Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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  1   Le jeudi 8 novembre 2007

  2   [Déclaration de l'accusé]

  3   [Audience publique]

  4   --- L'audience est ouverte à 8 heures 59.

  5   [L'accusé est introduit dans le prétoire]

  6   M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Greffier, appelez le numéro de

  7   l'affaire, s'il vous plaît.

  8   M. LE GREFFIER : [interprétation] Merci. Bonjour, Madame et Messieurs les

  9   Juges. Affaire IT-03-67-T, le Procureur contre Vojislav Seselj.

 10   M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Monsieur le Greffier.

 11   Bien. En ce jeudi 8 novembre 2007, je salue toutes les personnes présentes.

 12   Je salue Mme Dahl qui représente l'Accusation; je salue M. Seselj; je salue

 13   M. Le Greffier; Mme la Juriste de la Chambre; je salue également l'huissier

 14   qui nous assiste; ainsi que les interprètes; et ainsi que les officiers de

 15   sécurité. Comme vous le savez aujourd'hui, c'est la journée qui est

 16   consacrée à la déclaration de l'accusé au titre de l'article 84 bis du

 17   Règlement. Donc la Chambre a alloué à M. Seselj toute la journée, toute la

 18   matinée, à savoir donc quatre heures de temps pour sa déclaration.

 19   Avant de donner la parole à M. Seselj, une intervention, Mme Dahl ?

 20   Mme DAHL : [interprétation] Oui, Monsieur le Président, deux choses; une à

 21   propos de la sécurité, l'autre en ce qui concerne la déclaration de M.

 22   Seselj ce matin. Hier, pendant ma déclaration liminaire, il y a eu un

 23   incident que j'ai vu du coin de l'œil et ça concernait un garde de sécurité

 24   et des gens qui se trouvaient dans la galerie publique, il y avait une

 25   espèce de contact ou de communication avec M. Seselj, et je voudrais que

 26   vous donniez des instructions à M. Seselj pour qu'il s'abstienne d'une

 27   quelconque communication avec les personnes qui seraient dans la galerie du

 28   public, que ce soit des amis à lui ou des gens qu'il n'aime pas. Je ne


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  1   connais pas les détails de cet incident, mais j'ai bien vu qu'il y avait

  2   une intervention du garde de sécurité qui écartait de la main  quelqu'un de

  3   la galerie du public pour qu'il la quitte.

  4   La deuxième chose, c'est une demande qu'on mette M. Seselj en garde avant

  5   qu'il ne fasse sa déclaration. S'il dit quoi que ce soit qui soit de nature

  6   à l'incriminer ou qui peut être utilisé contre lui au cours de ce procès,

  7   que ceci reçoive une certaine valeur probante parce que vous savez que

  8   c'est dangereux, c'est risqué de se défendre soi-même. Quelque part un

  9   accusé peut s'incriminer et je vais, moi en tout cas retenir quoi que ce

 10   soit qui sera dit par lui contre lui.

 11   M. LE JUGE ANTONETTI : Compte tenu de ce que vous avez dit, je vais lire

 12   l'article 84 bis pour la bonne compréhension de tout le monde, y compris

 13   des personnes qui suivent cette audience. Article 84 bis tiré du Règlement

 14   de procédure et de preuve :

 15   "Déclaration de l'Accusé.

 16   "(A) après les déclarations liminaires des parties ou si, en application de

 17   l'article 84, la Défense choisit de présenter sa déclaration liminaire

 18   après celle, le cas échéant, du Procureur, l'accusé peut faire, dans la

 19   version française, une déposition mais, dans la version anglaise, une

 20   déclaration s'il le souhaite, avec l'accord de la Chambre de première

 21   instance et sous le contrôle de cette dernière. L'accusé n'est pas tenu de

 22   faire une déclaration solennelle et n'est pas interrogé quant à la teneur

 23   de sa déposition.

 24   "(B) la Chambre de première instance statue sur l'éventuelle valeur

 25   probante de la déposition."

 26   De ceci, la Chambre en tire la conclusion que l'accusé peut intervenir

 27   après que le Procureur ait fait sa déclaration liminaire avec l'accord de

 28   la Chambre, sous le contrôle de la Chambre, l'accusé n'est pas tenu à faire


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  1   une déclaration solennelle et n'a pas à répondre à aucune question sur ce

  2   qu'il a pu dire. Et le paragraphe (B) indique que la Chambre statuera

  3   éventuellement sur la valeur probante de ce qu'il peut dire.

  4   Voilà ce que dit l'article 84 bis.

  5   Concernant l'incident qui a eu lieu, j'ai vu, effectivement, hier qu'il y

  6   avait un garde qui s'agitait un peu. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Ce

  7   garde fera certainement un rapport écrit à sa hiérarchie qui transmettra à

  8   la Chambre ce qui s'est passé.

  9   Monsieur Seselj, je vous donne la parole.

 10   L'ACCUSÉ : [interprétation] Madame et Messieurs les Juges, Mme Dahl se sert

 11   encore de contrevérités et d'interventions inadéquates, probablement pour

 12   user de mon temps. Elle n'a pas été capable d'utiliser ses quatre heures,

 13   elle a parlé pendant moins de trois heures et maintenant elle m'envie le

 14   fait de pouvoir parler pendant quatre heures et peut-être même plus. Hier

 15   il n'y a pas eu d'incident du tout. Il est arrivé qu'un homme dans le

 16   public s'était assis ici juste en face de moi, et pendant tout le temps il

 17   n'arrêtait pas de me regarder d'une façon que j'ai considéré comme étant

 18   provocatrice. Peut-être cela n'était-il pas le cas. J'ai pensé qu'une chose

 19   s'était passée avec Korchnoi lors du match en échec avec Karpov puis avec

 20   Spassky. Je ne sais plus si c'était aux Philippines, à l'époque. Et j'ai

 21   attiré l'attention du gardien. Le gardien est intervenu et ils ont déplacé

 22   cet homme-là dans une autre rangée. Il n'est arrivé rien d'autre. Je ne

 23   vois pas pourquoi faire autant d'histoires d'un rien du tout.

 24   Alors vous avez pu voir que lorsque la Chambre ou le Procureur enfreint mes

 25   droits, je sais très bien me battre pour défendre mes droits. Et encore ne

 26   parlons pas de ce cas où j'aurais fait une erreur ou je pourrais faire une

 27   erreur pour m'inculper moi-même. Je vais parler de faits que cela m'inculpe

 28   ou pas, peu importe. Je n'ai pas du tout ce genre de considération. Je ne


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  1   vais pas me gêner par rapport à vos opinions concernant mes positions, mon

  2   comportement et mes activités au fil des 15 ou 20 années écoulées. Cela ne

  3   m'intéresse guère. J'ai les mêmes opinions aujourd'hui comme cela a été le

  4   cas il y a 15 ou 17 ans, et je les ai perfectionnées davantage encore. Mais

  5   comme vous avez commencé me faire perdre mon temps précieux de façon dénuée

  6   de pertinence, je voudrais vous dire quelque chose d'important, brièvement.

  7   Je suis entré en contact avec mes collaborateurs et ils ont trouvé une

  8   agence Matiko à Belgrade. Cette agence est chargée de tâches de traduction

  9   vers les langues étrangères. Ça se trouve à la rue Proleterski Solidarnosti

 10   63; le numéro de téléphone 334-1335.

 11   Ils sont capables de faire traduire mes deux livres, sur lesquels

 12   j'insiste, d'ici à la fin janvier pour 25 000 euros. Ce prix pourrait être

 13   réduit de 4 ou 5 000, au cas où le Greffe ferait parvenir les parties de

 14   "L'idéologie du nationalisme serbe" qui ont été traduites déjà par

 15   l'Accusation, et j'ai à peu près estimé qu'il s'agissait du tiers de ce

 16   livre. Ce qui fait que cette tâche que vous m'avez confiée la fois passée,

 17   je m'en suis chargé comme il se doit. J'espère qu'à l'avenir, je n'aurai

 18   pas à faire le travail du Greffe ou du bureau du Procureur.

 19   M. LE JUGE ANTONETTI : Merci pour cette information concernant la

 20   traduction du livre. Alors maintenant vous avez la parole pour votre

 21   intervention en application du Règlement. Donc je vous donne la parole.

 22   L'ACCUSÉ : [interprétation] Madame, Messieurs les Juges, je n'ai nullement

 23   l'intention de blesser ou de vexer qui que ce soit en personne ici, aussi

 24   je dis que ceci est un tribunal illégal et illégitime. Moi je parle de

 25   l'institution qui a été, contrairement au droit, en 1993 mise sur pied par

 26   le Conseil de sécurité des Nations Unies en violant directement le droit

 27   coutumier international. Le Conseil de sécurité l'a fait suite à un dictat

 28   des Etats-Unis d'Amérique qui, ces années-là, était une superpuissance


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  1   mondiale sans conteste, et les autres membres permanents du Conseil de

  2   sécurité sans discuter faisaient tout ce que ces Etats-Unis demandaient. De

  3   façon inadéquate, les membres du Conseil de sécurité se sont référés au

  4   chapitre 7 de la Charte des Nations Unies qui parle de la mise en place ou

  5   de la sauvegarde de la paix internationale ou de la paix dans certaines

  6   zones, mais c'est la première fois qu'un tribunal dans l'histoire de

  7   l'humanité a été mis sur pied pour servir d'outil de sauvegarde ou de

  8   maintien de la paix.

  9   Donc dès le début cela n'a pas été la justice qui a été poursuivie,

 10   mais une justice tout à fait spécifique qui, à présent, dans la théorie

 11   politique s'appelle la Pax Americana à l'image de l'appellation qui était

 12   celle de l'époque, à savoir opération de pacification de la part de

 13   l'empire romain et qu'on appelait Pax Romana. Ce Tribunal, en sus du fait

 14   d'avoir été mis sur pied de façon contraire aux droits, a une orientation

 15   tout à fait anti-Serbes. La preuve en est dans le fait qu'un très grand

 16   nombre de Serbes ont été poursuivis devant ce Tribunal par rapport aux

 17   membres des autres groupes ethniques. Ensuite, les Serbes, de façon

 18   régulière, se voient faire l'objet de peines bien plus grandes que cela

 19   n'est le cas des Musulmans, des Croates et autres.

 20   Ce Tribunal a eu une mission, et cette mission est réalisée par les

 21   jugements rendus, pour falsifier l'histoire serbe récente. Un exemple

 22   drastique de cette falsification de l'histoire serbe récente est le fait de

 23   proclamer qu'il y a eu un génocide à Srebrenica en inventant le fait qu'il

 24   y a eu 7 ou 8 000 Musulmans prisonniers de guerre exécutés là-bas. Bien

 25   entendu, la vérité est tout à fait autre. On a trouvé au total 2 500

 26   cadavres, et ils ont fouillé tout le terrain; ils ont tout creusé, tout

 27   excavé. On a fait une liste des cimetières et les enquêteurs très assidus,

 28   sur ces 2 500 cadavres, ont constaté qu'il y en avait 800 qui ont été tués


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  1   entre 1992 et 1995 du côté des forces musulmanes. Et il faut savoir aussi

  2   qu'un grand nombre de soldats musulmans ont été tués à l'occasion de la

  3   percée opérée et qu'une partie est morte ou décédée dans des conflits entre

  4   les Musulmans eux-mêmes.

  5   Il a été communiqué ce fait au Parlement hollandais et les officiers

  6   hollandais ont constaté sur les lieux qu'il y a eu crime. Je ne conteste

  7   pas le fait que crime il y ait eu. Il a été exécuté 1 000 prisonniers de

  8   guerre. C'est terrible et c'est horrible, mais ce n'est pas un génocide.

  9   Cela a été fait intentionnellement pour dire que le peuple serbe est

 10   génocidaire afin que la Cour internationale de Justice reprenne ce type de

 11   qualification dans ses jugements. Et il est ridicule de penser qu'un

 12   génocide ait pu arriver ou survenir dans un petit endroit, dans une petite

 13   municipalité. Un génocide aurait été s'il y avait eu, par exemple,

 14   exécution de toute une population ou exécution de 2 500 000 en Bosnie, mais

 15   il y a là un petit groupe à Srebrenica qui a été exécuté. Alors il y a eu

 16   abus dans une zone protégée par les Nations Unies pour être proclamé comme

 17   étant un groupe protégé aux termes de la convention relative au génocide.

 18   Alors cela a marché, et grâce à des gens comme moi et -- moi-même,

 19   cela ne passerait jamais auprès du peuple serbe. Pourquoi me juge-t-on ici

 20   ? Parce-ce que je suis devenu insupportable aux yeux des Américains et à

 21   leurs alliés en Serbie, parce que dès 2002 on a déjà vu qu'il y avait

 22   danger de me voir moi-même et mon parti politique faire tomber, faire

 23   échouer, ce régime de mafieux que les Américains ont mis sur pied ou sur

 24   place après le 5 octobre 2000. Les Américains veulent assurer leurs

 25   poulains pour les sécuriser au pouvoir, afin de réaliser les autres

 26   objectifs anti-Serbes, pour nous priver du Kosovo, puis plus tard la

 27   Vojvodine, et que sais-je encore.

 28   Pourquoi les Américains et leurs alliés occidentaux sont-ils contre nous


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  1   autres les Serbes ? Parce que nous sommes un petit peuple insoumis, et

  2   parce que nous sommes proches des Russes ethniquement, de par les liens

  3   d'alliés, d'alliance, et par toutes sortes d'autres liens. Nous sommes des

  4   Russes d'origine. Nous sommes des Slaves de l'est, et nous n'avons pas

  5   honte de ces origines, à la différence des Slaves catholiques, qui ont

  6   renoncé à leurs origines et qui ont accepté de s'opposer à la Russie, de

  7   faire de soi des ennemis de la Russie. Nous ne l'avons pas fait. Nous

  8   sommes des alliés à ces Russes, et nous sommes des Russes de petite taille

  9   dans les Balkans. C'est pour cela que les alliés nous détestent et essayent

 10   de nous anéantir.

 11   On a dressé contre moi un acte d'accusation des plus dénué de sérieux. Vous

 12   m'avez dit, Monsieur le Président, lorsque vous avez été Juge de la mise en

 13   état, que j'ai toujours exprimé la volonté d'établir un dialogue direct

 14   avec l'Accusation pour tirer au clair les points litigieux de cet acte

 15   d'accusation, et que je leur apprenne aussi comment rectifier certaines

 16   inexactitudes pour ce qui est des données biographiques qui me concernent,

 17   et l'Accusation fuit cela comme la peste, ce type de dialogue. Ma

 18   condition, c'était de faire en sorte que mes collaborateurs soient

 19   présents, et que tout soit filmé avec des caméras.

 20   L'acte d'accusation a été bâclé. Cet acte d’accusation

 21   a été dressé par des gens maladroits, incapables, dénués de

 22   compétence juridique, et c'est la raison pour laquelle cela abonde

 23   d'erreurs que je me ferai un plaisir d'utiliser pour démontrer

 24   l'incompétence du bureau du Procureur de La Haye.

 25   Dès le début on dit qu'entre 1981 et 1984, j'ai enseigné les sciences

 26   politiques en ma qualité d'assistant à l'Université de Sarajevo. C'est une

 27   bêtise incroyable. Est-ce que dans vos pays les assistants enseignent les

 28   sciences politiques ou quelque autre matière que ce soit ? Les assistants


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  1   sont chargés des exercices. Ce sont les professeurs, les agrégés, les

  2   professeurs à titre ordinaire ou extraordinaire qui enseignent. Moi,

  3   j'étais vers la fin de mes études, et lorsque j'ai été chassé de la chaire,

  4   j'étais collaborateur scientifique, c'est ce qui correspond à un professeur

  5   assistant.

  6   Alors, on a dit que j'ai commencé comme communiste. C'est pas vrai. J'ai

  7   commencé comme un bébé. Je suis devenu communiste lorsque j'étais dans la

  8   puberté. C'est là que j'ai été reçu dans les rangs du Parti communiste.

  9   J'avais moins de 17 ans. J'ai été mis à la porte de ce Parti communiste de

 10   façon spectaculaire dès que j'ai cessé d'être adolescent. Et puis ils ont

 11   fait un spectacle de ma mise à la porte.

 12   Alors, pourquoi cela a-t-il été mis ici ? Vous le savez, nous avons vécu

 13   sous un régime communiste, qui était de caractère totalitaire sous la

 14   dictature de Tito, et là-bas il était habituel de voir des jeunes gens

 15   admis dans toutes les organisations politiques qui étaient placées sous la

 16   coupe du Parti communiste, et une fois arrivés à maturité, ils étaient

 17   reçus au Parti communiste. Ils recevaient les meilleurs élèves, les

 18   étudiants. C'était le système en place. Le marxisme était le seul point de

 19   vue qui était autorisé s'agissant du monde et de sa perception, et qui

 20   était enseigné à toutes les écoles. Lorsque j'ai commencé à penser de ma

 21   tête, je me suis insurgé contre le communisme. Etant donné que je n'ai pas

 22   commencé en tant que communiste, mais que j'ai commencé déjà bébé, et que

 23   bébé, j'étais déjà très problématique.

 24   Le bureau du Procureur aurait dû donc remonter bien plus loin dans mon

 25   passé et dire ce que j'ai fait comme bébé, ce que j'ai fait dans l'école

 26   primaire, ce que j'ai fait en tant qu'étudiant à la faculté, et ainsi de

 27   suite.

 28   On dit aussi qu'en me faisant critique vis-à-vis du régime communiste vers


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  1   le début des années 1980, j'ai établi des liens étroits avec des

  2   nationalistes, un groupe de nationalistes serbes. Quel groupe de

  3   nationalistes serbes ? Il n'y a pas eu du tout de groupe de nationalistes

  4   serbes à l'époque. Ils essaient de façon intentionnelle de prendre ou de

  5   situer un groupe de nationalistes serbes dans les années 1980 et proclamer

  6   ce groupe comme étant la cause de tous les maux dans les Balkans, et ce

  7   groupe, ils essaient même de l'identifier avec l'Académie des sciences et

  8   des arts serbe tout entière.

  9   Avec qui suis-je entré en contact ? Avec Ljubomir Tadic, le père du

 10   président serbe actuel, et avec Boris Tadic aussi, avec l'épouse de

 11   l'époque de Boris Tadic, Veselinka Zastavnikovic, et c'est là que j'ai été

 12   arrêté, à l'occasion de conférence de Milovan Djilas, et j'ai été relâché

 13   de prison à ses côtés en 1984. J'ai été aux côtés de Milovan Djilas, j'ai

 14   fréquenté les traîtres serbes notoires Nebojsa Popov, Vesna Pesic, Vuk

 15   Draskovic. J'ai fréquenté Dobrica Cosic qui, récemment dans l'un de ses

 16   livres, dit qu'il se trouvait être père spirituel de Zoran Djindjic, et il

 17   n'a jamais dit de lui-même qu'il était nationaliste. Pas un seul d'entre

 18   eux n'a jamais dit qu'ils étaient des nationalistes serbes. Ils ne se sont

 19   pas exprimés en tant que tel. Ils étaient dans la filière de l'école

 20   Praksis d'opinion ou de pensée. C'était une façon de voir marxiste le monde

 21   qui nous entoure.

 22   Or, je me suis exposé dès ces années-là comme étant un nationaliste serbe,

 23   je suis le seul intellectuel serbe qui, dans les années 1980 de façon

 24   publique et ouverte, à tout endroit et à tout point de vue, ai dit que

 25   j'étais un nationaliste serbe. On m'a interdit mes livres. C'est la raison

 26   pour laquelle je n'ai pas pu me trouver du travail, et c'est la raison pour

 27   laquelle j'ai été persécuté de toutes sortes de façons. Cela ne veut pas

 28   dire qu'il n'y a pas eu d'autres nationalistes serbes. Il y en a eu. Des


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  1   millions de gens se trouvaient être des nationalistes serbes, mais parmi

  2   les intellectuels serbes, il n'y en a pas eu un seul à avoir suffisamment

  3   de courage pour dire en public, bomber le torse et dire : "Je suis

  4   nationaliste serbe." Il n'y en a pas eu un seul à avoir dit : "Je suis

  5   anticommuniste." Il n'y en a pas eu des gens comme ça. Et s'ils avaient

  6   critiqué le communisme ou l'ordre communiste, ils le faisaient à

  7   l'intérieur de cette idéologie marxiste.

  8   Je suis donc fier d'avoir été pendant toutes ces années le seul à avoir été

  9   le seul nationaliste serbe s'étant exposé en tant que tel. Pourquoi les

 10   autres ne l'ont-ils pas fait ? Ils avaient peur des mesures de répression

 11   de la part du régime communiste. Les nationalistes étaient persécutés de la

 12   façon la plus terrible, je n'avais pas peur. Je n'ai pas peur non plus de

 13   nos jours. Je n'ai jamais eu peur. Je n'ai jamais eu peur de rien sur cette

 14   terre, et pour moi il n'y a eu que deux limitations dans mes activités.

 15   Comme le dirait Immanuel Kant, ce qui me limite, c'est ma loi morale à

 16   l'intérieur et le ciel couvert d'étoiles au-dessus de ma tête. Rien

 17   d'autre. Pas les tribunaux, pas les législations, pas la force, pas l'Etat,

 18   pas non plus les institutions internationales. Rien ne saurait me limiter

 19   lorsque j'estime qu'il y a comportement immoral, injuste ou contraire au

 20   droit, et j'en suis fier.

 21   Quand vous vous penchez sur l'acte d'accusation, vous pouvez voir plusieurs

 22   autres éléments ridicules. Au paragraphe 4, on dit qu'en juin 1990, j'ai

 23   créé le Parti du Renouveau national serbe. Ça, c'est un mensonge

 24   incroyable. Je n'ai jamais été membre d'un parti qui s'appellerait Parti du

 25   Renouveau serbe. Le Parti du Renouveau serbe, le 6 janvier, pas en juin

 26   1990 mais le 6 janvier 1990, a été mis sur pied avec Mirko Jovic par Vuk

 27   Draskovic. Moi, je n'ai jamais été membre de ce Renouveau national serbe,

 28   et le Renouveau national serbe n'a jamais été rebaptisé pour faire un


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  1   mouvement chetnik serbe. Ça, la Serbie tout entière le sait.

  2   Mais Mme Dahl s'en fiche du fait que devant toute la Serbie j'ai une

  3   preuve irréfutable que c'est un mensonge. Ils n'en font que peu de cas. Et

  4   ce n'est pas le seul mensonge. Je vais vous illustrer les autres. On dit

  5   plus loin : En décembre 1990, son parti a eu près de 100 000 votes. C'est

  6   un mensonge. Mon parti n'a pas participé aux élections de 1990, il n'a pas

  7   participé du tout. Mon parti s'appelait le Mouvement chetnik serbe. Et le

  8   régime communiste, qui n'avait pas encore été réformé, et qui était dirigé

  9   par Slobodan Milosevic, a refusé l'enregistrement de ce mouvement chetnik

 10   serbe en tant que parti politique, ce qui fait que nous n'avons pas pu

 11   participer aux élections. Et moi, en personne de la prison - donc dans des

 12   prisons de Milosevic - j'ai déposé ma candidature aux présidentielles de la

 13   part d'un groupe de citoyens. Et j'étais en prison lorsqu'on a communiqué

 14   en public que j'avais déposé ma candidature. Et en tant qu'individu proposé

 15   par un groupe de citoyens, j'ai eu 100,000 votes.

 16   Peut-être cela vous semble-t-il dénué de sérieux, mais pour moi,

 17   c'est sérieux. Ça prouve le manque de sérieux dans la rédaction de cet acte

 18   d'accusation. Plus loin, on dit que, très rapidement après cela, les

 19   autorités de la RSFY ont interdit le Mouvement chetnik serbe. Mensonge.

 20   Jamais personne n'a interdit le Mouvement chetnik serbe. Ça n'a pas été

 21   interdit, on a juste refusé de l'enregistrer en tant que parti politique,

 22   parce que le ministère de la Justice a dit qu'un tel parti politique ne

 23   saurait être enregistré sous ce nom. Ça a continué à déployer ses

 24   activités, il y avait même le journal "La Grande-Serbie" qui était publié.

 25   Les autorités ne s'en sont pas mêlées au niveau de la Fédération, c'était

 26   de la compétence des autorités de la Serbie.

 27   Ensuite, on dit dans le paragraphe - toujours de l'acte d'accusation

 28   - qu'après la création du Parti radical serbe, or le Parti radical serbe a


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  1   été créé par la réunification du Mouvement chetnik serbe et du Parti

  2   radical populaire le 23 février 1991, et on dit qu'aux meetings quotidiens

  3   pendant la campagne électorale, j'ai convié à l'unité des Serbes et à la

  4   guerre contre les ennemis historiques, à savoir contre la population des

  5   groupes ethniques, Musulmans, Croates et Albanais sur le territoire de

  6   l'ex-Yougoslavie. Ça, c'est un mensonge des plus absolus. Je vous rappelle,

  7   nous sommes en février 1991. J'ai toujours appelé à l'unité des Serbes, je

  8   le fais de nos jours encore, mais à l'époque, je n'ai jamais appelé à la

  9   guerre. Je n'ai jamais appelé à la guerre tant qu'il n'y avait pas de

 10   défense du peuple serbe en jeu.

 11   -- vis-à-vis d'ennemis variés traditionnels, les Allemands et le

 12   Vatican en premier lieu, et leurs serviteurs sur les territoires

 13   yougoslaves. Parce que cette guerre, où nous, Serbes, avons été

 14   temporairement battus, nous ne nous sommes pas battus contre les Musulmans

 15   et les Croates et les Albanais, nous nous sommes battus contre leurs

 16   patrons : le Vatican, l'Allemagne, l'Amérique, l'OTAN, et ainsi de suite.

 17   Et dans la phase finale de cette guerre, c'est l'OTAN qui est intervenue en

 18   direct, parce que les serviteurs ont perdu le pouvoir d'agir, les

 19   marionnettes n'ont plus pu faire grand-chose.

 20   Et alors, comme on ne peut m'attribuer aucun crime dans le concret,

 21   et c'est pour rien qu'on a entendu cette histoire qui fend le cœur - si

 22   c'est vrai, ça m'a aussi ému, je ne sais pas si c'est vrai - une mère

 23   musulmane qui serait restée sans ses deux enfants, qui auraient été tués,

 24   ses deux petits enfants. Et ce récit a duré une demi-heure. Et c'est ça

 25   l'exemple véritable de cette sale propagande. Où est la preuve du meurtre

 26   de ces deux petits enfants qui serait placé en corrélation avec moi. De

 27   quelle façon suis-je impliqué ? Ai-je voulu la guerre ?

 28   Ai-je provoqué la guerre pendant laquelle cela s’est produit ?


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  1   De quelle manière suis-je impliqué dans ce meurtre si, d’ailleurs,

  2   le meurtre a jamais eu lieu ?

  3   On se sert ici de construction disant qu'il y a eu entreprise

  4   criminelle commune au sujet de laquelle le bureau du Procureur, de façon

  5   artificielle, établit une corrélation de ma personne avec. Et on énumère,

  6   de façon arbitraire, on a complété les noms. On a mis Radmilo Bogdanovic

  7   dedans, qui lui, fin mars ou début avril 1991, a déposé sa démission aux

  8   fonctions de ministre de l'Intérieur, et il n'a pas eu de fonction

  9   importante, il a été député au parlement pendant quelques années qui ont

 10   suivi. Ensuite, on a mis Milan Babic, alors on peut se servir de celui-ci

 11   aujourd'hui, de l'autre le lendemain.

 12   Mais il a été impossible d'avoir une entreprise où j'aurais eu une

 13   implication quelconque avec les individus mentionnés, parce que, avec

 14   certains d'entre eux, j'étais en hostilité directe. Il y en a que je n'ai

 15   jamais rencontré. Pour certains, j'ai demandé leur révocation, comme, par

 16   exemple, c'est le cas du ministre Kadijevic de l'époque, et ainsi de suite.

 17   Je ne vais pas vous fatiguer avec les explications en long et en large pour

 18   ce qui est des relations que j'ai eues avec ces différentes personnes, je

 19   l'ai expliqué dans mon témoignage dans le procès de Slobodan Milosevic, et

 20   comme vous avez déjà rendu une décision pour ce qui est de faire en sorte

 21   que mon témoignage et sa transcription soient versés au dossier, je ne m'y

 22   suis pas opposé, et il n'est point nécessaire que je le répète, vous l'avez

 23   déjà. Je me propose maintenant de parler de la construction en tant que

 24   tel. Cette construction relative à ma participation à l'entreprise

 25   criminelle commune, en tant que forme de perpétration de délit au pénal, a

 26   été mise sur pied comme étant une pratique du Tribunal pénal de La Haye

 27   dans tous les procès où les inculpés sont des Serbes, bien que s'agissant

 28   de celle-ci, il n'y ait aucun fondement statutaire. En termes simples, le


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  1   statut du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie ne connaît pas

  2   ce type de détermination. Ceux qui ont construit cela, ceux qui l'ont

  3   promu, l'ont fait afin de faire introduire le principe de la responsabilité

  4   objective qui a été rejetée depuis belle lurette dans le droit du monde

  5   civilisé. De plus, ceci sert de fondement afin de pouvoir, dans le cadre

  6   des différents procès, procéder de manière arbitraire à l'encontre des

  7   groupes entiers en jugeant tel ou tel accusé. Donc des groupes entiers se

  8   voient accusés et jugés.

  9   De manière arbitraire, on choisit les participants à ces

 10   constructions. Et la preuve qu'il s'agit d'un choix arbitraire, vous la

 11   trouverez si vous vérifiez dans mon acte d'accusation la liste des

 12   participants, dans l'acte d'accusation de Milosevic, de Babic, de Martic,

 13   et cetera, donc c'est plutôt arbitraire, parce qu'il y a toute une série de

 14   noms qui ont été utilisés et qui sont employés. Donc afin de définir ce

 15   groupe, cette entreprise criminelle commune, on déclare qu'il y a eu un

 16   objectif, mais lui, on le prouve par des conséquences, des destructions de

 17   guerre. Leur identification est faite de manière extrêmement sélective, et

 18   toujours au détriment des intérêts serbes ou des Serbes. Donc ce qui

 19   ressort, c'est que seuls les Serbes ont commis des crimes, seuls les Serbes

 20   ont détruit, ont pillé, ont détruit des objets destinés au culte, et

 21   cetera. Des crimes ont eu lieu dans le cadre d'une guerre, et des crimes

 22   ont été commis par des participants de toutes parts, toutes les parties qui

 23   ont pris part à la guerre, tous ont commis des crimes de la même nature. Et

 24   la seule chose qui est possible ici, c'est de quantifier le crime, et non

 25   pas de qualifier le crime de manière différente.

 26   Produire le faux des faits historiques, donc les falsifier, et manipuler de

 27   manière délibérée des témoins mensongers de procès en procès, on cherche à

 28   déclarer les Serbes les principaux coupables de la guerre, et de tout ce


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  1   que la guerre a apporté. On affirme que c'est de manière planifiée,

  2   délibérée, que les crimes ont été commis par les Serbes dans la recherche

  3   de la réalisation de leurs objectifs politiques, et de manière si

  4   persévérante et si brutale ont fait cela, et enfin, on se retrouve dans une

  5   situation où tout Serbe qui, de quelque manière que ce soit, ait pris part

  6   à des efforts de guerre serbes peut tout simplement être déclaré

  7   participant à l'entreprise criminelle commune. En tant que membre de cette

  8   entreprise, on peut donc le juger pour tous les crimes qui ont été commis

  9   du côté serbe, indépendamment de savoir s'il ait jamais entendu qu'un crime

 10   ait été commis quelque part ou s'il ait connu les auteurs de ce crime.

 11   Par conséquent, peu importe les auteurs ou les complices des actes

 12   prohibés, leurs ordonnateurs ou leurs acolytes. Le seul fait qui est

 13   important c'est que ces criminels sont des participants à des efforts de

 14   guerre serbes, même si objectivement ils leur ont fait du tort. Des

 15   participants à des efforts de guerre ont commis divers crimes, par là même,

 16   cela veut dire que tous les autres qui ont pris part à des efforts de

 17   guerre sont coupables même s'ils n'étaient pas d'accord avec les crimes,

 18   même s'ils se sont même opposés à la perpétuation de ces crimes. Donc, on

 19   impose la notion de responsabilité pénale pour des actes commis par

 20   d'autres avec des actes avec lesquels l'accusé n'avait rien à voir, donc de

 21   là à établir la responsabilité du peuple serbe dans sa totalité, il ne

 22   reste qu'un pas.

 23   Pour ce qui est de l'entreprise criminelle commune, pour ce qui est

 24   de cette construction, il n'y a là aucun fondement dans le droit

 25   international pas plus que dans les juridictions interne. Le Statut du

 26   Tribunal de La Haye ne connaît pas non plus cette notion, cette catégorie

 27   et la pratique le connaît uniquement depuis le jugement en appel de Dusko

 28   Tadic du 15 juillet 1999. A partir de ce moment-là, il y a eu beaucoup


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  1   d'errements, on a cherché à définir la substance de cette construction, on

  2   a cherché à se demander s'il s'agissait d'un objectif, d'un plan, d'une

  3   intention ou d'une entreprise commune. Or, ce ne sont pas des synonymes

  4   même si les Chambres de ce Tribunal cherchent à représenter ces termes

  5   comme étant des synonymes. Dans le Statut, on insiste sur la responsabilité

  6   individuelle pénale, en revanche, la construction de l'entreprise

  7   criminelle commune introduit le principe de la responsabilité collective,

  8   par là, on élargit les compétences statutaires du Tribunal et on élargit la

  9   notion de la responsabilité pénale. Il n'est plus nécessaire de prouver que

 10   les soi-disant complices aient partagé le même dessein. Il suffit de dire

 11   que l'un des auteurs aurait pu commettre le crime, et en ayant la

 12   conscience des conséquences, un tel aurait assumé la responsabilité

 13   volontairement.

 14   Puisque cette manière d'établir la responsabilité individuelle n'a

 15   pas été prise en compte en temps pertinent et sur le territoire pertinent

 16   dans la loi pénale yougoslave. A aucun moment, aucun de ces accusés ne

 17   pouvait savoir qu'il se livrait à la commission d'un acte criminel. Il n'y

 18   avait pas de conscience de la nature prohibée de l'acte, donc cette

 19   construction viole le principe de nullum crimen sine lege et les

 20   possibilités de sanctionner de manière pénale sont illimitées,

 21   imprévisibles. Donc les poursuites pénales dépendent exclusivement du choix

 22   arbitraire et des intérêts et des finalités politiques. Au lieu de chercher

 23   à établir le règne du droit, la dominance du droit, le tribunal pénal

 24   yougoslave ainsi permet aux procureurs de créer de nouvelles normes

 25   arbitraires qui violent les principes d'équité et de justice.

 26   Une justice retardée est une justice déniée, les procès devant le

 27   Tribunal de La Haye durent très longtemps, on attend le début du procès

 28   très longtemps et la présentation des moyens dure extrêmement longtemps.


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  1   Les Juges du Tribunal de La Haye ont élargi le principe de la

  2   responsabilité du supérieur hiérarchique. Ils l'ont fait de leur propre

  3   chef et ils ont justifié cela de manière tout à fait arrogante.

  4   Publiquement, ils se sont opposés à tous leurs critiques, à tous les

  5   contestataires. Pour que l'entreprise criminelle commune soit crédible, on

  6   s'est servi des faux les plus transparents pour l'approuver. On a cherché à

  7   inventer, inventer ou exagérer des crimes. D'une manière unilatérale on les

  8   a sélectionnés afin de dissimuler les crimes qu'ont commis les adversaires

  9   des serbes lors de la guerre. On a qualifié de criminels certains individus et

 10   on a prouvé cela uniquement a posteriori. C'est de manière systématique

 11   qu'on a changé la nature des faits historiques et la soi-disant vérité, la

 12   vérité entre guillemets, est créée uniquement selon la volonté et les

 13   protagonistes du nouvel ordre mondial. Le contexte historique des

 14   événements balkaniques, de la guerre balkanique, en fait n'intéresse

 15   personne au tribunal de la guerre. Les juges du Tribunal de La Haye exécutent

 16   sans conditions le dictat américain car ils sont grassement payés pour obéir

 17   et non pas pour réfléchir ou se casser la tête avec des problèmes ethiques.

 18   Tous les crimes américains qui ont été commis lors de leurs

 19   différentes interventions militaires avec leurs avions super modernes, avec

 20   leurs bombes à l'uranium appauvri, ce n'est qu'une réalisation ultime de la

 21   justice suprême tandis que les adversaires des Américains ne sont que des

 22   criminels. Le Tribunal de La Haye s'est même livré à des enquêtes portant

 23   sur des crimes qui ont été commis lors de l'agression américaine menée

 24   contre la Serbie, puis ils ont renoncé à cela en affirmant qu'il n'y avait

 25   pas d'éléments justifiant les poursuites. Là est la preuve de la justice du

 26   Tribunal de La Haye. Pour que l'entreprise criminelle commune puisse

 27   s'appliquer sur des participants à la guerre, on a inversé la cause et la

 28   conséquence de la guerre. Des préjugés anti-serbes, des stéréotypes ont été


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  1   mis en place en tant que point de départ de la justice politique de La Haye

  2   et de la conclusion préliminaire a priori que les Serbes sont coupables de

  3   tout ce qui s'est produit.

  4   Donc à partir de ce moment-là, on a procédé à sélectionner des faits afin

  5   d'étayer cette conclusion a priori. Puisque des faits pertinents manquent

  6   régulièrement, alors, on se livre à des faux. Si des faits historiques sont

  7   contraires --

  8   M. LE JUGE ANTONETTI : Pouvez-vous parler plus lentement parce que les

  9   interprètes ont du mal à suivre.

 10   L'ACCUSÉ : [interprétation] Je vais faire un effort.

 11   M. LE JUGE LATTANZI : [interprétation] Je vous prierais aussi de parler

 12   aussi un peu plus à basse voix. Je comprends, j'ai toute la compréhension

 13   pour votre haute voix parce que moi aussi j'ai ce défaut. Mais on ne

 14   réussit pas à entendre dans les écouteurs la traduction parce que votre

 15   voix est trop haute. Merci beaucoup.

 16   L'ACCUSÉ : [interprétation] Je vais faire un effort pour ralentir et pour

 17   parler plus bas, je vous prie, de bien vouloir comprendre, Madame le Juge,

 18   cela fait cinq ans que l'adrénaline monte en moi et c'est le jour où cette

 19   adrénaline doit s'exprimer. Je vais faire un effort, mais il se peut que

 20   j'oublie de devoir faire cet effort, donc ma voix deviendra peut-être trop

 21   forte de nouveau.

 22   Si les faits historiques sont contraires aux notions idéologiques des

 23   créateurs du nouvel ordre politique, tant pis pour les faits. Puisque la

 24   vérité historique, les principes éthiques n'ont aucune importance, la

 25   manière volontariste de créer des règles dans le cadre des procès rappelle

 26   des tribunaux inéquitables, totalitaires et c'est cela qui domine dans

 27   l'approche du Tribunal de La Haye. Bien que la charge de la preuve doive

 28   reposer sur le Procureur, en pratique c’est l’accusé qui est obligé de


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  1   prouver son innocence. Là où il est question de l'entreprise criminelle

  2   commune du côté serbe, là où on affirme que l'accusé est membre de cette

  3   entreprise criminelle commune, on ne cherche à prouver rien d'autre.

  4   Le concept même de l'entreprise criminelle commune dépasse largement

  5   l'individualisation de la responsabilité pénale, établit la responsabilité

  6   collective, qui soi-disant parlerait de l'existence des entreprises, des

  7   organisations criminelles et l'Etat serbe est mis dans cette catégorie.

  8   Tout citoyen de la Serbie, de la République serbe ou de la République serbe

  9   de Krajina peut se voir accusé d'avoir été membre de l'entreprise

 10   criminelle commune de quelque manière qu'il ait pris part à l'effort de

 11   guerre du peuple serbe. Par conséquent, s'il n'a pas été traître, s'il ne

 12   s'est pas mis au service des services de Renseignement occidentaux de leurs

 13   activités de sabotage, leurs activités subversives, les accusés serbes

 14   n'ont aucun remède juridique, et souvent ils ne savent même pas de quoi on

 15   les accuse, ils ne sont pas en mesure de contrer de manière efficace ce

 16   dont on les accuse. Il s'agit des procès qui ne se sont pas fondés sur un

 17   principe d'égalité; à l'encontre, le Tribunal de La Haye a mis en place

 18   trois nouveaux concepts qui ne sont pas acceptables, trois nouvelles formes

 19   de responsabilité : responsabilité objective, responsabilité par analogie

 20   et responsabilité sur la base d'une culpabilité supposée.

 21   Pour ce qui est du choix arbitraire des futurs accusés, de ceux qui seront

 22   jugés, on se guide par des intérêts politiques du Procureur ou de ceux au

 23   service desquels se trouve ce Procureur qui se représentent comme étant des

 24   acteurs du maintien ou de la préservation et du rétablissement de la paix.

 25   Devant le Tribunal de La Haye, on a évité intentionnellement de sanctionner

 26   le crime contre la paix commis par des acteurs du démantèlement agressif de

 27   la Yougoslavie, même si c'est cela le crime de base duquel découle tous les

 28   autres crimes. L'entreprise criminelle commune principale n'a pu être que


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  1   le démantèlement de l'Etat yougoslave dont les frontières étaient garanties

  2   par l'acte final de la Conférence européenne d'Helsinki. Donc, sans

  3   chercher à établir les responsabilités pour le début de la guerre civile,

  4   sans chercher à poursuivre non seulement les acteurs nationaux mais

  5   également des acteurs internationaux, avant tout Allemands et Vaticanais

  6   qui ont aidé, qui ont été des acolytes et des complices, mais il n'y a pas

  7   lieu de juger ceux qui se sont opposés à un démantèlement unilatéral de

  8   l'Etat commun, de l'Etat fédéral, le long des frontières internes qui, à un

  9   moment donné de l'histoire, de manière arbitraire, ont été tracés par des

 10   communistes. Les Juges de La Haye et les Procureurs jusqu'à présent devant

 11   ce Tribunal ont fait attention de manière très minutieuse en agissant par

 12   les documents, pas le biais des témoins, ils ont fait attention à ne pas

 13   nuire à des intérêts politiques des puissances occidentales et encore moins

 14   de révéler leur participation directe aux crimes. Donc, de manière

 15   malicieuse on a hypertrophié les crimes qui auraient été commis par des

 16   individus du côté serbe. De manière artificielle, on leur attribue d'avoir

 17   planifié par avance, des niveaux les plus élevés du pouvoir civil et

 18   militaire, ces crimes.

 19   J'ai rédigé cette petite introduction pour représenter de manière résumée

 20   mon point de vue sur l'entreprise criminelle commune en tant que telle. A

 21   présent, je vais essayer de me fonder sur la pratique, sur les événements

 22   qui se sont produits pour vous montrer à quel point il est inapproprié

 23   d'appliquer cette catégorie. Mme Dahl a parlé pendant presque trois heures

 24   hier, elle m'a accusé d'avoir été pratiquement le principal acteur de la

 25   genèse de la guerre, parce que j'ai tenu des discours incendiaires. Mais

 26   celui qui est responsable du début de la guerre, c'est celui qui a pris

 27   part à l'entreprise criminelle commune. Qui est responsable du fait que la

 28   guerre a éclaté ? Celui qui a tenté de briser, de casser un Etat qui a


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  1   existé depuis pratiquement 100 ans, un Etat yougoslave qui était

  2   internationalement reconnu. Ou le responsable est celui qui a cherché à

  3   empêcher le départ unilatéral de certaines entités fédérales. Donc, qui est

  4   responsable ? Qui est coupable ?

  5   L'entreprise criminelle commune a été commise par ceux qui ont œuvré pour

  6   briser la Yougoslavie, et ce sont le Vatican et l'Allemagne avant tout. Par

  7   la suite, les Etats-Unis d'Amérique ont rejoint leurs rangs. La Yougoslavie

  8   n'aurait pas pu être brisée le long des frontières des entités fédérales.

  9   Ces entités fédérales ont été mises sur place par le régime communiste. A

 10   l'époque où cette décision a été prise, elle n'était pas légitime sur le

 11   plan juridique. Vous savez, dans le monde moderne, la légitimité s'obtient

 12   uniquement par la voie des élections, par le suffrage libre des citoyens,

 13   et pas autrement. La dictature communiste a tracé les frontières de ces

 14   entités fédérales. C'est elle qui les a créées après la Seconde Guerre

 15   mondiale.

 16   La Yougoslavie n'a pas existé depuis toujours. Avant la Première Guerre

 17   mondiale dans les Balkans, on avait la Serbie, le Monténégro, puis

 18   l'Autriche-Hongrie; puis au sud il y avait la Grèce, l'Albanie; à l'est, la

 19   Bulgarie et la Roumanie. Avant le Première Guerre mondiale, il n'y avait

 20   pas de Croatie, pas de Slovénie non plus, pas de Bosnie-Herzégovine, pas de

 21   Kosovo-Metohija, pas de Vojvodine, et cetera. La Serbie victorieuse après

 22   la Première Guerre mondiale comptait la Macédoine, le Monténégro et la

 23   Vojvodine en son sein. Puis le régent serbe Alexandre Karadjordjevic a

 24   accepté la demande des représentants populaires de l'Etat des Slovènes, des

 25   Croates et des Serbes de venir rejoindre le royaume de Serbie. Au moment où

 26   s'effondre l'Autriche-Hongrie, à Zagreb se rassemblent des représentants

 27   serbes, slovènes et croates, des représentants populaires en novembre 1918,

 28   et ils proclament l'Etat des Slovènes, des Croates et des Serbes et ils


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  1   demandent que cet Etat rejoigne la Serbie. Cet état improvisé, personne ne

  2   l'a reconnu dans le monde. Il a duré très brièvement, mais il est la preuve

  3   que la Yougoslavie a été créée par l'unification de la Serbie d'une part,

  4   donc qui englobait la Macédoine, la Vojvodine, le Monténégro et le Kosovo-

  5   Metohija, et d'autre part l'Etat des Slovènes, des Croates et des Serbes.

  6   Donc la Yougoslavie, si elle allait se décomposer, elle ne pouvait pas se

  7   décomposer le long des frontières communistes. Elle ne pouvait pas se

  8   décomposer pour en faire la Serbie d'avant la guerre, et les Slovènes,

  9   Croates, Serbes d'autre part, parce que là encore, les Serbes avaient été

 10 l'un des peuples constitutifs. Les Serbes se sont unifiés à eux-mêmes, et en plus

 11 il y avait les Slovènes et les Croates. Donc, le premier Etat de cet ordre a été

 12 appelé la Royauté des Serbes, des Croates et des Slovènes. Ensuite, peu de temps

 13 après, la Royauté a été transformée en Royaume, puis, en 1920… 1929, après le coup

 14 d’Etat du 6 janvier, le roi Alexandre, qui a dissout le parlement et les partis

 15 politiques, a proclamé que l’État s’appellerait désormais la Yougoslavie. Cette

 16 Yougoslavie était composée de neuf régions administratives et non pas autonomes,

 17 puis il y a eu des compromis avec les Croates. Donc deux régions administratives

 18   et puis d'autres parties ont été rassemblées pour créer la Banovina croate peu

 19   avant la guerre, mais finalement on a pas réussi à l'appliquer. On n'a pas

 20   eu le temps de le faire.

 21   Hitler a commis l'agression contre l'Etat unitaire yougoslave. Il a tenté

 22   tout d'abord par la voie pacifique, il a essayé de faire en sorte que cet

 23   Etat rejoigne le pacte tripartite, et le gouvernement de l'époque composé

 24   des politiciens serbes et croates a signé cette adhésion au pacte

 25   tripartite, mais le peuple serbe s'y est opposé, il est descendu dans la

 26   rue pour s'y opposer. Il y a eu un coup d'Etat, et Hitler a attaqué la

 27   Yougoslavie.

 28   Il a occupé la Yougoslavie, et ce faisant, il a divisé son territoire


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  1   pratiquement le long des frontières que nous connaissons aujourd'hui, donc

  2   les frontières qu'ont adoptées les Américains pour diviser la Yougoslavie.

  3   Donc la Slovénie a été partagée entre l'Allemagne et l'Italie; on a

  4   proclamé le soi-disant Etat indépendant de Croatie sur le territoire de la

  5   Croatie, de la Bosnie-Herzégovine et du Srem d'aujourd'hui; la Serbie s'est

  6   trouvée directement occupée par l'Allemagne; puis l'Allemagne et la Hongrie

  7   se sont partagé la Vojvodine. Le Kosovo et la Metohija ont été rattachés à

  8   la Grande-Albanie, et c'est la Bulgarie qui a obtenu le reste. Mais les

  9   lignes de partage sont les mêmes, anti-Serbes. Le peuple serbe pendant la

 10   guerre a connu deux mouvements antifascistes, un, nationaliste, donc il

 11   s'agissait de l'armée royaliste, et puis l'autre mouvement était

 12   communiste. Les alliés ont apporté leur soutien aux communistes, ils ont

 13   négocié avec Staline, et grâce à cela uniquement, les communistes l'ont

 14   emporté. Mais les Croates, comment se sont-ils comportés ? Quel est le rôle

 15   qu'ils ont joué ? En 1941, pratiquement, ils étaient tous favorables à

 16   Hitler. Des officiers allemands témoignent que l'armée allemande qui est

 17   arrivée à Zagreb a été accueillie avec autant de joie, que seul l'accueil

 18   qui a été réservé à Hitler dans son village natal d'Autriche peut être

 19   comparé à cela. Jusqu’à la capitulation de l’Italie de Mussolini,

 20   les Croates ont été fermement aux côtés de Hitler.

 21   La Légion croate, avec 10 000 soldats, a combattu à Stalingrad, et

 22   pratiquement tous ont été tués ou ont été faits prisonniers à cette

 23   occasion. Donc telle est la substance de nos conflits d'aujourd'hui.

 24   Les communistes, quant à eux, ont suivi la tradition du Komintern, et ils

 25   ont adopté un projet explicitement anti-serbe. Tout d'abord, ils se sont

 26   mis à créer des nouvelles nations, inventer des nouvelles inventions, pour

 27   réduire, minimiser le pourcentage des Serbes en Yougoslavie, puis en

 28   Macédoine, ils ont trouvé un terrain favorable à cela, la population


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  1   macédonienne est une sorte de transition entre les Serbes et les Bulgares,

  2   très proche des Serbes d'un côté, et très proche des Bulgares de l'autre

  3   côté, mais il n'y a pas vraiment de prise de conscience très articulée. Ils

  4   parlent une langue chtokavienne qui a la base de la langue serbe moderne,

  5   d'ailleurs. Et il n'y a jamais eu de problème, véritablement, avec les

  6   Macédoniens. De surcroît, les communistes ont inventé également la nation

  7   monténégrine, et les dirigeants communistes du Monténégro ont forcé les

  8   gens à se déclarer Monténégrins.

  9   Et puis, 20 ans après la Seconde Guerre mondiale, on a inventé la

 10   nation musulmane, mais ce sont des serbes de religion musulmane qui se sont

 11   convertis à l'Islam pour toutes sortes de raisons. Ils ont épousé cette

 12   religion après le règne Ottoman, et pourquoi pas, finalement, s'ils l'ont

 13   adoptée. Mais cette religion ne pouvait pas modifier leur appartenance

 14   ethnique. Ce sont les communistes qui l'ont modifiée.

 15   Et puis vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, les communistes

 16   ont fédéralisé la Yougoslavie. Puisqu'un génocide avait été commis contre

 17   le peuple serbe, plus d'un million de Serbes avait été tués, la plupart

 18   tués par des fascistes croates qu'on a appelé des Oustachi, des cléro-

 19   fascistes, qui avaient à leur tête le Vatican. Des prêtres catholiques

 20   romains, il y en a eu énormément qui ont pris part directement, qui ont

 21   égorgé de leurs propres mains des membres du peuple serbe. Vous avez des

 22   témoignages. Des volumes et des volumes de livres qui ont été consacrés à

 23   cela, des tonnes de documents. Je pense qu'il n'y a pas lieu que je

 24   démontre encore une fois cela ici.

 25   Une fois que ce génocide a été commis, les communistes ont tenté de

 26   mettre sur pied une politique de réconciliation nationale, mais dans le

 27   contexte d'un régime totalitaire, et ils ont cherché à niveler tout ce qui

 28   s'était produit dans la Seconde Guerre mondiale. Ils ont essayé de mettre


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  1   sur pied un état où il y aurait une espèce d'équilibre entre les six

  2   entités. Et c'est ainsi qu'on a créé la République de Croatie, la

  3   République populaire de Croatie, l'une des entités fédérées. Mais comment

  4   est-ce qu'on l'a constituée ? On a réuni des hommes politiques, des

  5   divisions politiques serbes et croates de cette région, et ils se sont mis

  6   d'accord que l'entité fédérale croate allait exister, mais que le peuple

  7   serbe et le peuple croate allaient être sur un pied d'égalité dans cette

  8   entité, et qu'ils allaient être tous les deux des facteurs constitutifs.

  9   Que signifie la catégorie de facteur constitutif en Yougoslavie du peuple

 10   en tant que catégorie constitutive ? Cela veut dire que personne, contre la

 11   volonté de ce peuple, ne peut prendre la décision de son statut, sans qu'il

 12   apporte son aval, même si cette autre instance est plus nombreuse ou plus

 13   importante. Donc les Croates n'ont jamais bénéficié du droit

 14   constitutionnel de modifier le statut des Serbes au sein de l'entité

 15   fédérée croate. Peut-être est-ce quelque chose qui ne vous est pas

 16   familier, peut-être est-ce que c'est quelque chose que vous n'avez pas

 17   rencontré jusqu'à présent. Je vais essayer de vous l'expliquer.

 18   Imaginez que Mme Christine Dahl et moi-même, que nous faisions partie

 19   d'une communauté sociale, qu'il existe dans cette communauté des règles qui

 20   régissent notre comportement, nos droits, nos obligations, et cetera. Et

 21   puis, nous respectons ces règles, notre communauté fonctionne. Et puis, à

 22   un moment donné, un élément perturbateur se manifeste, quelqu'un essaie de

 23   modifier le statut des membres de cette communauté. Il nous dit : Mais nous

 24   allons vous mettre en minorité. Imaginez, moi, j'ai 120 kilos, et Mme Dahl

 25   en a 90, et, sur la base des 120 kilos, je dis : mais moi, je compte 120

 26   voix, et vous, avec 90 kilos, vous allez bénéficier de 90 voix. Et moi,

 27   avec mes 120 voix, je vous mettrai toujours en minorité, et je vais vous

 28   dire : désormais, votre statut n'est plus le même. Maintenant, vous êtes en


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  1   minorité. Vous êtes une minorité. Voilà. C'est exactement ce qui s'est

  2   passé en Croatie à partir du moment où Tudjman est arrivé au pouvoir.

  3   Tudjman, par un acte unilatéral, a modifié la constitution croate. Aux

  4   termes de cette Constitution, les Serbes ont perdu leur statut de peuple

  5   constitutif. Ils sont devenus une minorité nationale. Et les Serbes n'ont pas

  6   pu accepter cela, s'y résigner, et c'est la cause de la guerre civile dans

  7   l'entité fédérée croate.

  8   Selon la constitution de l'ex-Yougoslavie, pas une seule des unités

  9   fédérales n'avait le droit de se détacher du pays. Il était considéré que

 10   le droit à l'autodétermination et à la sécession ne pouvait se manifester

 11   qu'au moment de la création de la Fédération après la Seconde Guerre

 12   mondiale, et que par la suite, ce problème ne pouvait plus être évoqué. Or,

 13   il le pouvait. La Slovénie a pu se séparer de la Yougoslavie, car la

 14   Slovénie n'a aucun problème interne qui ne soit réglé, plus de 90 % de sa

 15   population est slovène, et cetera. Elle aurait dû discuter avec l'Etat

 16   fédéral sur des questions financières et économiques, c'était le seul

 17   problème à régler au moment de la sécession, mais la Croatie n'avait pas

 18   le droit de se séparer de la Yougoslavie. La Croatie n'aurait pas eu le

 19   droit de faire sécession de la Yougoslavie et de changer son statut, sans

 20   l'accord des Croates et des Serbes résidant sur le territoire de cette même

 21   Croatie. Seulement si les Serbes résidant en Croatie avaient accepté la secession

 22   de la Croatie par rapport à la Yougoslavie, la Croatie aurait pu faire secession.

 23   toutefois, sans le consentement des Serbes, ce n'était pas possible, et

 24   c'est dans ces conditions qu'a été créée l'unité constitutive croate. La

 25   République de Croatie, lorsqu'elle a été créée après la Seconde Guerre

 26   mondiale, reposait sur un principe, à savoir l'impossibilité de modifier son

 27   statut à l'initiative de qui que ce soit. L'exemple des communistes en Bosnie-

 28   Herzégovine était très illustratif. La majorité serbe existait en dépit du


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  1  génocide auquel avait procédé la Bosnie-Herzégovine, et donc tout cela relevait de

  2  la Serbie. Les communistes ont considéré que, puisque la Bosnie-Herzegovine était

  3  majoritairement serbe - et cela en dépit du génocide - elle devrait faire partie

  4  de la Serbie, mais il leur a semblé que la Serbie serait alors trop grande ter-

  5  -ritorialement et qu’il vaudrait alors mieux qu’elle soit une unité fédérale à

  6  part. La Bosnie-Herzégovine s'est créée en tant qu'unité fédérale dans laquelle

  7   trois peuples étaient égaux : les Serbes, les Croates et les Musulmans. Les

  8   Musulmans n'étaient pas considérés comme un peuple et une nation; ils

  9   étaient considérés comme un groupe ethnique particulier, distinct, parce

 10   qu'ils étaient de religion islamique et ils étaient très conscients de leur

 11   identité. Cela ne fait aucun doute, je ne conteste pas ce fait, il y avait

 12   une conscience collective parmi les Musulmans de Bosnie qui reposait sur la

 13   religion islamique. Ce n'était pas une nation, un peuple, c'était un groupe

 14   ethnique distinct, avec une religion particulière.

 15   Donc il y avait trois peuples constitutifs, et selon la constitution,

 16   ces trois peuples étaient des entités constitutives de la République. Alors

 17   qu'est-ce que cela signifie ? Lorsque les questions liées au statut des uns

 18   et des autres devaient être résolues, il n'était pas possible que l'une ou

 19   l'autre de ces entités vainque une autre entité sur la base des voix

 20   obtenues dans les urnes. La Bosnie-Herzégovine pouvait se séparer de la

 21   Yougoslavie uniquement si les représentants politiques des Serbes, des

 22   Croates et des Musulmans l'acceptaient. D'un point de vue juridique, il

 23   était impossible pour les Musulmans et pour les Croates de s'entendre pour

 24   faire sécession dans ces conditions en obtenant une majorité électorale par

 25   rapport aux Serbes. Donc légalement, la situation était intenable et les

 26   choses se sont par conséquent faites de façon illégale, c'est pourquoi les

 27   Serbes ont dû réagir.

 28   Si la Bosnie-Herzégovine s'était séparée de la Yougoslavie, les


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  1   Serbes auraient pu se séparer de la Bosnie-Herzégovine. Pourquoi pas ? Sur

  2   la base de la possibilité pour les Musulmans et les Croates de se séparer

  3   de la Yougoslavie, les Serbes qui résidaient depuis des siècles n'étaient

  4   pas autorisés à se séparer de la Bosnie-Herzégovine, où voit-on la logique

  5   de tout cela ? Des éléments étrangers sont intervenus. Le Vatican,

  6   l'Allemagne ont fait irruption dès janvier 1991 dans cette histoire, dès

  7   l'adoption du plan Vance pour la Krajina serbe. Ils ont fait irruption en

  8   vue de reconnaître l'indépendance de la Croatie. Les Juges, je n'ai rien à

  9   vous enseigner à ce sujet, il existe un principe du droit international qui

 10   est appliqué depuis longtemps, selon lequel quand on reconnaît l’indépendance

 11    d’États nouvellement créés, l'indépendance et la souveraineté ne

 12   peuvent être reconnues que sur un territoire qui est contrôlé par un

 13   gouvernement central. Lorsque l'indépendance de la Croatie a eu lieu, cette

 14   reconnaissance de l'indépendance ne pouvait concerner que le territoire

 15   sous le contrôle du gouvernement central de Zagreb à ce moment-là. Cette

 16   reconnaissance ne pouvait pas concerner un quelconque autre territoire.

 17   Dans le cas de la Bosnie-Herzégovine, même chose. L'indépendance ne pouvait

 18   être reconnue en même temps que la souveraineté que sur la partie du

 19   territoire contrôlé par le gouvernement d'Izetbegovic à partir de Sarajevo.

 20   Les Nations Unies, conformément au dictat américain, ont modifié

 21   cette façon d'appréhender le droit international et ont reconnu des Etats

 22   qui ne pouvaient pas être reconnus, qui ne devaient pas être reconnus.

 23   C'est ce qui a conduit à cette guerre civile sanglante qui s'en est suivie.

 24   La guerre civile s'est terminée au détriment des Serbes, et sur le plan

 25   historique, elle ne pouvait pas durer très longtemps.

 26   L'entreprise criminelle commune a été organisée par ceux qui ont

 27   voulu le démantèlement de la Yougoslavie, pas par nous qui nous sommes

 28   opposés à ce démantèlement de la Yougoslavie, qui nous sommes opposés à ces


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  1   sécessions unilatérales.

  2   L'acte d'accusation abonde d'endroits où je suis présenté comme un

  3   partisan de la Grande-Serbie, j'aurais insisté sur la création de la

  4   Grande-Serbie. Ensuite, ils établissent un lien entre mon engagement

  5   et les crimes concrets, et cela ne fait que montrer que l'Accusation ne

  6   comprend absolument pas l'idée de la Grande-Serbie. Le Procureur ne

  7   comprend pas ce dont il parle. Madame, Messieurs les Juges, vous pouvez

  8   vous en assurer vous-mêmes, personne ne peut être accusé d'avoir défendu

  9   l'idée de la Grande-Serbie plus que moi-même, personne dans la République

 10   serbe n'a défendu la Grande-Serbie, hormis le Parti radical serbe, c'est

 11   l'idéologie même de notre parti. Je suis le créateur moderne de cette

 12   idéologie, mais c'est une idéologie qui n'est pas nouvelle en tant que

 13   telle, elle est moderne mais enracinée très profondément dans le passé.

 14   Elle trouve ses origines dans un passé qui a plus de 300 ans. Cette

 15   idéologie signifie l'unité parmi tous les Serbes.

 16   Hier, Mme Dahl a dit à tort que j'aurais défendu l'existence d'une

 17   Grande-Serbie homogène; c'est un mensonge. En énumérant les pays qui font partie

 18   de la Grande-Serbie, se fondant sur mes discours et le programme de notre parti,

 19   elle a délibérément omis la partie où il est expliqué… dans cette Grande-Serbie

 20   qui inclura, outre la Serbie d’aujourd’hui, avec le Kosovo-Meto… et la Vojvodine,

 21   la Macédoine, la Bosnie-Herzégovine, Dubrovnik, la Dalmatie, la Lika, la région

 22   de Banija, de Kordun, la Slavonie et la Baranja… que nous allions y instaurer la

 23   fraternité et l’égalité des Serbes orthodoxes, des Serbes catholiques, des Serbes

 24   protestants et des Serbes athées.

 25   Les uns ne vont pas sans les autres. La Grande-Serbie est un

 26   objectif qui trouve son origine dans un passé très lointain. Afin de

 27   réaliser cet objectif, il ne nous est jamais venu à l'esprit d'expulser un

 28   million, deux millions ou trois millions de personnes de leur lieu de


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  1   résidence. Nous voulions simplement développer la conscience nationale.

  2   Nous voulions convaincre toutes ces populations qu'elles étaient serbes,

  3 nous voulions leur démontrer qu'elles étaient serbes, et que d'autres les avaient

  4 forcées à se présenter sous une fausse identité. Nous parlons la même langue, vous

  5 parlez de notre langue en l'appelant B/C/S, en fait, c'est la langue serbe dont vous

  6 parlez, il n'y a pas d'autres langues dans notre partie du monde, seule existe la

  7 langue serbe. Il n'y a pas de langue croate. La langue croate a existé, on en trouve

  8 des traces aujourd’hui, mais en linguistique elle s’appelle le tchakavien, tandis

  9 que le serbe c’est le chtokavien; c’est la slavistique. Nous tous qui sommes des

 10 chtokaviens, nous sommes des Serbes – de par notre langue, notre origine ; les

 11 tchakaviens sont Croates, les kaïkaviens sont Slovènes. Au VIIe siècle, on a vu

 12 arriver dans les Balkans deux peuples seulement qui étaient clairement identifiés:

 13 les Serbes et les Croates, il n’y en a pas eu un troisième. Naturellement, il ne

 14 faut pas oublier les Slovènes, mais ce ne sont plus les Balkans. Jadis, les Slovènes

 15 faisaient partie de la Grande-Moravie, État qui a existé jusqu’à ce que les Avares

 16 le détruisent. Par la suite, les Hongrois ont pénétré au cœur de la Moravie et ils

 17 ont séparé les Slovènes d’un côté, les Tchèques et les Slovaques de l’autre. Seuls

 18 les Serbes et les Croates sont arrivés dans les Balkans. En 1054, le schisme

 19 chrétien a eu lieu, deux tiers des Serbes à ce moment-là relevaient de l'Eglise  

 20 catholique occidentale, un tiers relevant de la patriarchie byzantine, c'est-à-dire

 21 de l’église orientale. Et ensuite au XIIIe siècle, les Serbes ont créé l'Eglise

 22 orthodoxe slave qui a été mise sur pied d'égalité avec toutes les autres églises

 23 slaves. A ce moment-là, la majorité des Serbes catholiques rejoignent eux aussi

 24 cette Eglise nationale, sauf les Serbes catholiques qui vivent sur le littoral, sur

 25 les iles, etc dans une vaste zone qui s’étend du nord de l’Albanie jusqu’à Omis, à

 26 proximité de Split. Donc dans tous ces territoires vivaient des Serbes catholiques,

 27 lorsque les Serbes ont été envahis par les Turcs. Cette chute était inévitable.

 28   En 1389, suite à la bataille du Kosovo, les Turcs prennent le contrôle,


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  1 la Serbie est devenue un Etat vassal au sein de l’empire Ottoman. C’est la raison

  2 pour laquelle la prise de contrôle sur la Serbie par la Turquie s’est déroulée plus

  3 progressivement que lors de l’invasion de la Hongrie et d’autres pays par les Turcs.

  4 Les Serbes ont continué à résider sur les territoires où ils résidaient précédem-

  5 -ment. Ils ont même eu une large autonomie quand la Serbie a subi l’occupation, car

  6 en période de paix, les Turcs s’efforçaient de démontrer leur tolérance religieuse.

  7   Alors que l'Eglise catholique a vu dans l'invasion ottomane de la

  8   Serbie une nouvelle chance de développer son influence en occident,

  9   l'Autriche, la Hongrie et d'autres ont aidé l'Eglise dans cette idée. A chaque

 10   famine, tout était fait pour prévoir l’arrivée de grandes quantités de blé en

 11   Dalmatie et on disait aux Serbes : «Si vous vous convertissez au catholicisme,

 12   vos enfants n’auront pas faim ; vous recevrez du blé». La littérature serbe

 13 abonde de tels exemples. Quelquefois, on a converti des Serbes au catholicisme par

 14 la force. Dans l'empire autrichien, un Serbe ne pouvait pas accéder au plus haut

 15 grade de l'armée s'il ne se convertissait pas au préalable au catholicisme, même

 16 chose dans la République de Venise. Et donc pendant des siècles et des siècles, 

 17 de manière systématique, une partie des Serbes ont été convertis au catholicisme.

 18   Au début du XIXe siècle, il n'y avait pas de peuple croate. Il

 19   existait un certain degré d'autonomie en Autriche, mais elle se réduisait à

 20   trois régions, trois petits territoires, Zagreb, Varazdin et Krizevci. Donc

 21   le Zagreb d'aujourd'hui et ses banlieues sont concernés par ce que je suis

 22   en train de dire, mais tout cela ne représente pas la Croatie entière. La

 23 Croatie réelle se situe entre la région de Cetina, de Gvozd et la Save. Et elle a

 24 complètement disparue sous la domination ottomane. Les Croates sont donc partis

 25 s’installer en Autriche, aujourd’hui il y en a encore qui vivent dans les environs

 26 de Vienne, au sud de Vienne, dans ce qu’on appelle Gradiste. Ils sont partis pour

 27 la Slovaquie, l’actuel Président de la Slovaquie est d’origine croate. Il y en a

 28 qui ont été déplacés en Italie, je crois qu’il y a encore deux ou trois villages


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  1 qui ont conservé des traces de la langue croate et où l’on sait que les Croates y

  2 ont été implantés dès le XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle. Ils se

  3 sont déplacés en Europe en fuyant les Turcs. Les Turcs ont lancé des expéditions

  4 de pillage sur les territoires qu'ils ne parvenaient pas à occuper et au fur et à

  5 mesure qu’ils pillaient ces régions, ils emprisonnaient les populations. Et c'est

  6 dans ces conditions que les Croates ont fini par disparaître. La noblesse croate

  7 s'est installée en Hongrie à partir du secteur de Zagreb qu'elle avait quitté. Les

  8 Slovènes étaient présents mais la noblesse croate s'est imposée à eux. Là-bas,

  9 encore de nos jours, la population parle le kaïkavien qui est une variante de la

 10 langue slovène. Cette nobelesse a imposé le nom de Croates à ces Slovènes trouvés

 11 sur place. Au moment de l’éveil national en Europe au XIXe siècle, les Croates

 12 n’existent pas. Il n'y avait pas de mouvement croate au début du XIXe siècle. Il y

 13 avait un mouvement illyrien dirigé par Ljudevit Gaj qui était Allemand. Avec l’aide

 14 de la Cour de Vienne, il voulait créer un mouvement national unifié rassemblant le

 15 plus grand nombre possible de Slaves, en fait des Serbes, mais le nom de mouvement

 16 serbe était inadapté à cause de la restauration de la Principauté serbe

 17 indépendante. Il est donc allé chercher le nom de mouvement illyrien dans un passé

 18 très lointain, même si nous, les Slaves, n’avons pas de points communs avec les

 19 Illyriens. Les Illyriens sont un peuple qui a disparu bien avant J.C. Cette

 20 dénomination imposée de manière artificielle ne s’est jamais véritablement enracinée

 21 dans le peuple. Ce premier mouvement national illyrien imprimait ses publications en

 22 langue kaïkavienne, donc en slovène. Il se limitait à Zagreb, Varazdin et Krizevci.

 23 Vient alors une nouvelle initiative: le yougoslavisme. Son protagoniste était

 24 l’évêque Strossmayer, qui était lui aussi d’origine allemande et agissait sur

 25 instruction de la Cour autrichienne; nous voulons rassembler tous les Serbes,

 26 disait-on, qu’ils soient orthodoxes ou catholiques, mais sous une dénomination

 27 yougoslave afin qu’il y ait une différenciation par rapport à la Principauté et,

 28 plus tard, par rapport au Royaume de Serbie. C'est seulement vers la fin du XIXe


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  1  siècle qu'une croatisation plus intense a commencé sous la direction de l'Eglise

  2  catholique romaine et le premier congrès catholique s'est tenu à Zagreb en 1900.

  3  Ce congrès a proclamé que tous ceux qui parlaient serbe et qui étaient de religion

  4  catholique étaient Croates et que donc, dans les Balkans, tous les Catholiques

  5  étaient des Croates. C'est à partir de ce moment-là que commence un mouvement de

  6  croatisation artificielle qui pose de plus en plus problème et tout cela est le

  7  fruit d'une action artificielle, comme je viens de le dire, on trouve de nombreux

  8  documents démontrant ce fait qui sont cités dans l'ouvrage dont je suis l'auteur

  9  et qui permettent donc d'étayer la thèse que je suis en train de vous soumettre.

 10   Ce qu'il ne faut perdre de vue dans ce contexte c'est le premier projet de

 11   création des terres serbes qui date de 1683 et qui a été défendu par le comte

 12 Djordje Brankovic après la grande guerre à l'issue de laquelle l’armée autrichienne,

 13 lors de sa marche victorieuse, a avancé jusqu’à Skopje au sud de ces territoires.

 14 L’empire autrichien était d'accord avec cela; il a même nommé le comte Brankovic

 15   comme dirigeant serbe, et selon la tradition, c'était un poste équivalent à

 16   un poste de vice-roi dans la tradition occidentale. Puisque l'Autriche n'a

 17   pas réussi à réaliser ses ambitions entières et que le général Piccolomini

 18   est mort, il a fallu que Djordje Brankovic se défende contre une forme

 19   d'isolation des plus importantes dans la ville de Heb sur les terres

 20   tchèques. Arsenije Gagovic, dirigeant du monastère Piva, a présenté aux

 21   représentants de l'Etat russe le projet que nous pouvons baptiser projet de

 22   Grande-Serbie, qui visait à regrouper tous les Serbes présents sur les

 23   territoires balkaniques. Un projet similaire a été envoyé par le prêtre

 24   métropolite serbe, Stevan Stanimirovic, en 1804 à l'empire russe.

 25 Le Nacertanije de Garasanin, en dépit des efforts du Bureau du Procureur visant à

 26 établir un lien avec le projet de la Grande-Serbie et à le prouver, n’est pas

 27 suffisamment proche de ce projet, car le Nacertanije de Garasanin, même si l’ouvrage

 28 prône la réunification du peuple serbe, concerne uniquement les territoires serbes


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  1 sous occupation turque. En revanche, le projet de Grande-Serbie souligne

  2 l’importance de tous les territoires serbes qu’ils soient sous occupation turque,

  3 autrichienne, hongroise ou encore vénitienne, du temps de l’existence de la

  4 République de Venise. Voilà d'où vient la différence. Je vais ralentir un peu

  5 ma lecture. Je n'ai pas pu tout écrire, mais je tiens à dire tout ce que je

  6 voulais vous dire aujourd'hui. Donc je pense que je vais m'exprimer avec les mots

  7 qui sont les miens plutôt que de continuer à lire ce qui est écrit sur le papier.

  8 S'agissant du projet de Grande-Serbie, Svetozar Miletic y a réfléchi; viennent

  9 ensuite les radicaux serbes en Voïvodine, en Bosnie-Herzégovine, en Croatie, en

 10 Slavonie; Stevan et Vladislav Kacanski ont publié la revue La Grande-Serbie dans

 11 les années 1880 et 1890; puis, Dragutin Ilic, le frère de Vojislav Ilic, l’un des

 12 plus grands poètes serbes à ce jour, a publié, en 1903, La Grande Serbie sous forme

 13 de quotidien; le journal La Grande Serbie a été publié comme quotidien sur le front

 14 de Salonique en 1916, 1917, 1918; dans les années 1920, à Belgrade, le Parti serbe

 15 a publié deux éditions de La Grande-Serbie. Donc la Grande-Serbie est une idée qui

 16 a été défendue par de nombreux intellectuels un peu partout. Il existait un club

 17 d'intellectuels serbes et également certains des membres du mouvement de Ravna Gora

 18 qui préconisaient et défendaient l’idée de la Grande-Serbie, mais cela n'a jamais

 19 été une idée qui aurait été à la base d'un mouvement politique quelconque, parce

 20 que le mouvement Ravna Gora insistait sur une nouvelle création d'une Yougoslavie

 21 unifiée, et son dirigeant, le général Dragoljub Mihaljovic, était un dirigeant

 22 de l'armée royale sur les terres de la patrie. Dans la tradition populaire, on

 23   appelait ces partisans de la Grande-Serbie des Chetniks, ainsi que les

 24   membres de cette armée parce que leurs opérations militaires au début de la

 25   Seconde Guerre mondiale trouvaient leur origine dans la guérilla chetnik.

 26   Par conséquent, cette idée de la Grande-Serbie n'a rien à voir avec

 27   Slobodan Milosevic ou l'un quelconque des personnages dont les noms

 28   figurent dans l'acte d'accusation comme étant un prétendu participant à


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  1   l'entreprise criminelle commune en rapport avec ma personne. L'idée de

  2   Grande-Serbie, en 1990, a vécu une période de renouveau grâce à nous, le

  3   Mouvement chetnik serbe, ainsi que le Mouvement radical serbe. Près de trois

  4   mille numéros du magazine La Grande-Serbie ont été publiés, donc il existe

  5   depuis presque dix-sept ans. Elle avait de nombreux lecteurs parce que

  6   nous distribuions ce magazine gratuitement à la population.

  7   J'aimerais préciser un point avant la pause, de façon à ensuite examiner le

  8   mémoire préalable au procès de l'Accusation après la pause. J'ai été accusé

  9   d'avoir prononcé fréquemment des discours haineux. Cette accusation de

 10   discours haineux n'a aucun précédent en droit international. Le Procureur

 11   n'est même pas capable de définir le sens qu'il donne à cette expression de

 12   discours haineux exactement. Le Conseil de l'Europe a parlé de discours

 13   haineux depuis 2001 et plusieurs recommandations ont été faites en rapport

 14   avec ce concept, sur le fond il importerait, dit-on, d'éviter tout discours

 15   appelant à la haine, en premier lieu dans les médias, et on insiste en même

 16   temps que, pour réprimer les discours appelant à la haine, il faut absolument

 17   éviter tout recours aux peines de prison, mais en revanche, recourir à d’autres

 18   moyens pour prévenir ce genre de discours. La construction de toutes

 19   pièces que constitue cette idée de discours haineux se fonde sur un certain

 20   nombre d'exemples de lutte contre l'expansion de la haine raciale dans le

 21   droit anglo-saxon.

 22   En Angleterre, lorsqu'on a essayé de développer cette idée de haine raciale

 23   et d'intolérance raciale ou religieuse, certaines difficultés se sont

 24   présentées. La Chambre des Lords n'a pas pu voter le projet de loi parce

 25   qu'elle considérait que c'était une atteinte à la liberté d'expression.

 26   Le Procureur déclare que l'idée de discours haineux a été appliquée

 27   par le Tribunal international pour le Rwanda. C’est vrai. Dans plusieurs

 28   jugements, mais ils ne m’ont jamais communiqué ces jugements. Et ils auraient


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  1   dû le faire. Tout ce qu’ils citent dans le mémoire préalable, ils étaient tenus

  2   de me le communiquer en serbe pour que je puisse m’en occuper. Ils ne l’ont

  3   pas fait. Donc au Rwanda, le Grand état-major a été créé, cela est

  4   incontestable, 800 000 personnes ont été tuées, ce qui signifie qu'un

  5   groupe national entier a pratiquement été tué.

  6   Le génocide, ça n'a rien à voir avec un crime de guerre. C'est un concept

  7   différent. Dans le cas de génocide, il faut apporter la preuve du dolus

  8   specialis, alors que ce n'est pas nécessaire lorsque l'on met en jugement

  9   d'autres crimes, des crimes qualifiés autrement. Pour que quelqu'un puisse

 10   être accusé de génocide, il faut prouver l'intention génocidaire, alors que

 11   si l'on parle d'autres accusés, d'accusés qui auraient donné des ordres

 12   pour que d'autres soient tués, nous sommes en présence de quelque chose de

 13   tout à fait différent. Il y a des gens qui ont été condamnés par le

 14   Tribunal du Rwanda pour avoir incité à tuer des Tutsi. Par exemple, le

 15   maire d'une ville où tous les Tutsi ont été tués a été à l'origine des

 16   crimes commis. Les gens au pouvoir appelaient à l'extermination d'un groupe

 17   ethnique entier dans ces circonstances.

 18   Cela ne s'est pas passé dans les Balkans. Rien de tel n'a eu lieu. Il

 19   n'y a pas eu génocide, et vous ne pouvez pas m'imputer une incitation à la

 20   commission de crimes, directement ou autrement. Vous avez besoin

 21   d'intervenir puisque l'acte d'accusation a été rédigé. Il faut qu’il y ait

 22   une action qui s’ensuive après l’incitation et non pas après plusieurs mois,

 23   après plusieurs années, etc.

 24   Le point le plus important de ce que je suis en train de dire est

 25   le suivant : le génocide a eu lieu au Rwanda en 1994. On ne peut donc pas

 26   appliquer la pratique du Tribunal international du Rwanda qui a jugé ces

 27   crimes pour juger les crimes présumés qui me sont imputés. Le Procureur ne

 28   peut pas trouver le moindre exemple dans les jugements du Tribunal du


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  1   Rwanda pour ce faire. Il s'efforce, il essaie d'établir un lien entre moi

  2   et le tribunal de Nuremberg, par exemple. A Nuremberg, on ne parlait pas de

  3   droit international à proprement parler, car il s'agissait d'un tribunal

  4   militaire qui était dirigé par les puissances victorieuses, et quatre

  5   puissances uniquement; la Russie; l'Amérique; la France; et l'Angleterre.

  6   Certains Etats participant à la coalition anti-hitlérienne ont demandé de

  7   pouvoir participer aux jugements, mais cela n'a pas été accepté. La

  8   Yougoslavie l'a demandé, entre autres, mais sa demande a été rejetée.

  9   Alors, je dis qu'il n'y a jamais eu un tribunal à proprement parler qui se

 10   soit trouvé dans la situation de celui-ci. Il y a eu jugement par le

 11   tribunal de Nuremberg à l'époque. Une liquidation s'en est suivie. Je suis

 12   d'accord que tous les accusés méritaient la peine qu'ils ont subie, sur un

 13   plan moral leurs crimes ont été prouvés. Julius Streicher a été jugé,

 14   c'était un haut fonctionnaire  paramilitaire du Parti nazi, et il s'est

 15   lancé dans la persécution des Juifs. C'est l'un des principaux responsables

 16   de la persécution des Juifs. Il ne cessait à demander la liquidation de

 17   tous les Juifs. C'était l'un des défenseurs les plus enflammés de

 18   l'Holocauste. Il a participé à la destruction d'un certain nombre de

 19   synagogues. Il a frappé les Juifs déjà prisonniers.

 20   Il a détruit la synagogue de Nuremberg de ses mains. C'est l'un des

 21   principaux organisateurs de la Nuit de cristal. Il n'a donc pas été

 22   condamné pour un crime de parole, mais pour avoir participé à

 23   l'extermination des Juifs au moment où le mot "génocide" ne figurait pas

 24   encore dans le droit international, la convention sur le génocide n'ayant

 25   été adoptée qu'après la Seconde Guerre mondiale. Ce dont on parlait à

 26   l'époque, c'était de l'extermination des Juifs. Alors, comment est-ce que

 27   le Procureur du TPIY peut me comparer à cela ? Comment est-ce que

 28   l'Accusation, et elle semble le faire de façon délibérée, peut oublier


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  1   qu'un homme a été jugé à l'époque ? Je veux parler de Hans Fritzsche qui

  2   était l'un des principaux responsables de la propagande, qui était le bras

  3   droit de Goebbels au sein du Reich allemand. C'était le chef du ministère

  4   de la Propagande. Il a supervisé 2 300 journalistes personnellement. Tous

  5   les journaux parus en Allemagne à l'époque du temps du pouvoir nazi étaient

  6   sous son contrôle. Hans Fritzsche, après Goebbels, a été l'un des

  7   principaux défenseurs du Reich. Il a été libéré malgré la défense du Reich

  8   qu'il a promue activement dans tous les médias, et malgré la politique

  9   raciale et totalitaire qu'il a appliquée, et cetera, de même que la

 10   politique de conquête qu'il a défendue. Comment est-ce qu'un jugement du

 11   tribunal de Nuremberg peut donc être pris pour base par le Procureur ici ?

 12   Ce qui s'est passé, c'est que quelqu'un a eu un avis dissident, il l'a

 13   exprimé par rapport à la libération de Fritzsche, et il est intéressant de

 14   remarquer, d'étudier les arguments qu'il a avancés dans le cadre de son

 15   avis dissident contre la libération de Fritzsche. Les Américains, les

 16   Français et un autre juge se sont opposés à ces arguments, et l'homme a été

 17   acquitté. Je ne suis pas sûr que j'aurais le temps de vous présenter tous

 18   les détails de cela avant la pause, car j'aimerais parler de quelque chose

 19   qui est encore plus important, et il me reste un certain temps, mais j'ai

 20   déjà utilisé pas mal de temps. Donc je reviendrai peut-être sur ce point

 21   plus tard, cette question de l'avis dissident et des arguments présentés

 22   par le juge Nikitchenko à Nuremberg dans un texte qui compte trois pages.

 23   Je vois que nous approchons de l'heure de la pause. Cela fait une heure et

 24   demie que je parle.

 25   Je pense que sur les discours haineux, j'aurais quelque chose à

 26   ajouter après la pause. La pause est d'une demi-heure, n'est-ce pas ?

 27   M. LE JUGE ANTONETTI : Non, il est 10 heures 30. En règle générale

 28   j'avais l'habitude de faire une pause de 20 minutes, mais à l'avenir je


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  1   pense faire 15 minutes. Vous voulez une pause de combien de temps, puisque

  2   c'est vous qui parlez ? Il vous faut combien de temps pour vous reposer.

  3   L'ACCUSÉ : [interprétation] Dix minutes me suffise, Monsieur le

  4   Président.

  5   M. LE JUGE ANTONETTI : Alors on va faire une pause de 15 minutes. Voilà.

  6   --- L'audience est suspendue à 10 heures 30.

  7   --- L'audience est reprise à 10 heures 52.

  8   M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur Seselj, vous avez la parole.

  9   L'ACCUSÉ : [interprétation] C'est avec quelques propos que j'ai l'intention

 10   de parler de ce crime reproché. qui est le discours de la haine. Alors, en

 11   sus du fait que cela soit inventé, un nouveau délit au pénal qui n'a jamais

 12   existé auparavant, pour ce qui est du droit coutumier international, cela

 13   ne peut pas exister non plus pour ce qui est de la perpétration physique

 14   par le biais du discours haineux. Je vais vous citer à cet égard deux

 15   exemples de la pratique judiciaire américaine : il y a Brandenberg contre

 16   Ohio. La Cour suprême des Etats-Unis d'Amérique, le 9 juin 1960, a conclu

 17   qu'il n'est pas punissable que de s'employer en faveur d'un comportement

 18   contraire au droit, mais une incitation directe à la perpétration d'un

 19   délit au pénal. Et pour ce qui est du cas Chaplinsky contre New Hampshire,

 20   le discours qui était contraire à la loi se devait, de façon directe et

 21   momentanée, donc direct, engendrer la violence.

 22   En essayant de quelque façon que ce soit de m'inculper pour ce qui est d'un

 23   discours de la haine et de la perpétration par ce biais d'un délit au

 24   pénal, le représentant de l'Accusation à cet effet prend des extraits de

 25   mes discours, de mes textes et les arrache à leur contexte. Je tiens à vous

 26   rappeler que le fait que dans la littérature souvent citée du Cardinal

 27   Richelieu : Donnez-moi une phrase de quelque texte que ce soit, et moi je

 28   trouverai dedans suffisamment de raisons pour faire guillotiner son auteur.


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  1   Je paraphrase, ce n'est peut-être pas à la lettre qu'il l'a dit ainsi.

  2   Alors, un incitateur doit connaître la personne d'incitée. Il doit y avoir

  3   donc une intention délibérée. Il n'y a pas d'incitation fortuite.

  4   Alors, non seulement dans l'acte d'accusation et dans le mémoire

  5   préalable, il n'y a guère de définition de ce qu'est un discours de la

  6   haine, un discours haineux, mais il n'y a pas de délit concret qui aurait

  7   été commis du fait de ce discours. On énumère bon nombre de délits au pénal

  8   commis par allez savoir qui ou allez savoir à quel endroit, mais il n'y en

  9   a pas un seul d'indiqué qui aurait fait la suite ou la conséquence directe

 10   de mon discours haineux. Il n'y a pas eu incitation directe à la

 11   perpétration d'un délit au pénal.

 12   Alors, il n'y a pas de liens subjectifs ou objectifs entre les

 13   complices. Très souvent il n'y a pas d'auteur de connu. Il n'y a pas

 14   d'incitation directe pour ce qui est de la perpétration individuelle au

 15   pénal, il n'y a pas le fait d'aider à sa perpétration, il n'y a pas

 16   d'association criminelle, rien de tout cela n'existe. Rien de tout cela

 17   n'existe, et du reste, on ne saurait prendre le droit pénal pour

 18   l'interpréter par des analogies au détriment de l'accusé.

 19   Je me propose maintenant de me référer au mémoire préalable de

 20   l'Accusation et sa partie finale qui constitue en réalité une version

 21   élargie de l'acte d'accusation. Je ne vais pas perdre mon temps d'abord sur

 22   l'acte d'accusation et puis sur cette partie-là. Et à cet effet, je me

 23   propose de reprendre point par point le fait que cela est rédigé de façon

 24   inadéquate, que cela ne correspond pas à des faits véridiques, et que cela

 25   est actuellement dénué de fondement. Dans le premier point, il est dit que

 26   dans la période pertinente, j'ai été l'un des hommes politiques les plus

 27   éminents en ex-Yougoslavie et que j'avais une puissance politique ou une

 28   influence politique considérable. C'est absolument faux. Mon parti


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  1   politique n'était pas du tout enregistré en 1990. En 1990, c'est à trois

  2   reprises que j'ai été emprisonné pour avoir organisé des manifestations,

  3   parce que ces manifestations n'ont pas plu au régime, et pour d'autres

  4   raisons également, bien sûr, mais c'était pour des raisons uniquement

  5   politiques.

  6   Alors, comment quelqu'un qui n'a pas de parti politique parlementaire

  7   pourrait avoir une influence politique considérable. En 1991, il y a eu

  8   enregistrement de ce Parti radical serbe; mais jusqu'au mois de juillet de

  9   la même année, nous étions un parti extraparlementaire. A des élections

 10   complémentaires organisées dans une unité électorale à Belgrade, fin juin

 11   1991, j'ai été élu député. Et pendant toute cette année 1991, pendant toute

 12   l'année 1992, j'ai été le seul député du Parti radical serbe au parlement,

 13   qui compte lui, 250 députés. Autrement dit, mon influence, mon pouvoir

 14   politique pouvait s'exprimer à l'échelle un pour 250.

 15   Je le dis rien que pour vous montrer à quel point le bureau du

 16   Procureur manque de sérieux. Ils disent que j'ai participé à la

 17   formulation, aux préparatifs et à la réalisation d'une entreprise

 18   criminelle commune. Alors, comment ai-je pu prendre part à la formulation,

 19   préparatifs et mise en œuvre ? Pendant que Milosevic m'avait mis en prison

 20   peut-être ? C'est là que j'avais planifié différentes choses, mais je n'en

 21   ai pas planifié une seule avec lui. J'ai planifié le fait de le faire

 22   tomber du pouvoir. Et on dit que je voulais faire expulser les non-Serbes

 23   de certains territoires en RSFY, en Croatie et ailleurs. Mais en 1991, 1992

 24   et dans tous mes discours politiques, en m'employant en faveur d'une

 25   Grande-Serbie et en parlant des territoires que doit englober la Grande-

 26   Serbie, j'ai parlé d'unité fraternelle et d'unité des Serbes orthodoxes,

 27   catholiques et musulmans et protestants. Je l'ai fait en ma qualité de

 28   membre de l'opposition, non pas comme étant quelqu'un faisant partie du


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  1   régime. Jusqu'en 1998, je n'ai jamais été partie intégrante du régime en

  2   place.

  3   C'est complètement nébuleux que de dire au paragraphe 2 que c'est

  4   sous ma direction, à moi et à mes collaborateurs, que les instances

  5   militaires et policières ont participé à la prise du pouvoir dans les

  6   municipalités sur le territoire tout entier de la Croatie et de la Bosnie-

  7   Herzégovine. Alors, la JNA, l'armée et la  police étaient sous ma

  8   direction, sous ma coupe ? Mais si j'avais eu cette influence à l'égard de

  9   l'armée et de la police, j'aurais pris le pouvoir dès 1991, moi. Pourquoi

 10   voulez-vous que j'aie attendu, si tout cela avait été sous ma coupe, je

 11   n'aurais pas eu besoin d'élections.

 12   Alors, armer en secret des civils serbes. Qui est-ce qui l'a fait ?

 13   D'où voulez-vous que j'aie pu prendre ces armes pour armer dans le secret,

 14   clandestinement, des civils serbes ? Alors, proclamation de régions

 15   autonomes en Croatie ou dans l'unité fédérale de Bosnie-Herzégovine. Le

 16   peuple l'a proclamé spontanément. Qui peut inciter une telle masse de

 17   personnes à un comportement politique si elles ne s'étaient pas senties

 18   même menacées pour des raisons variées ? Lorsque Tudjman est venu au

 19   pouvoir, tout de suite dans la Croatie entière, il y a eu toute la

 20   symbolique Oustachi qui est bien connue du peuple serbe depuis la Deuxième

 21   Guerre mondiale. Encore au parlement croate, il y a un député qui va saluer

 22   les autres avec un salut fasciste. Au parlement croate. Alors à quoi

 23   voulez-vous que les Serbes s'attendent encore ?

 24   Qu'ils restent les bras croisés comme en 1941 où ils ont paisiblement

 25   attendu ce génocide. Qui pouvait s'attendre à ce que les prêtres

 26   catholiques romains prennent les couteaux en main et aillent égorger eux

 27   mêmes ? Personne ne pouvait s'y attendre, mais après l'expérience de la

 28   Deuxième Guerre mondiale, personne parmi les Serbes ne pouvait rester les


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  1   bras croisés et attendre que la destinée qu'il a connue dans l'histoire se

  2   répète une fois de plus. C'est ça le problème crucial.

  3   On dit d'un nettoyage systématique de la population musulmane, croate

  4   et autre non-serbe. Où est-ce que cela a-t-il été fait ce nettoyage

  5   systématique ? Je n'exclue pas la possibilité, pour ma part, qu'il y ait eu

  6   des délits pénaux d'expulsion, mais il y a eu une guerre civile. Il s'est

  7   produit une guerre civile entre les Serbes orthodoxes, les serbes

  8   catholiques et les serbes musulmans. Et le fait qu'il y ait eu cette

  9   guerre, en soi, a généré de grands déplacements de la population. Les gens

 10   s'en allaient là où ils se sentaient plus en sécurité. Comme dans toute

 11   guerre civile, il y a eu des crimes de commis, mais tout crime porte un nom

 12   et un prénom. Il n'y a pas un seul crime pour lequel on ne serait connaître

 13   le nom de son auteur, le nom de ses complices, quels qu'ils soient,

 14   d'ailleurs.

 15   Alors quelles sont ces mesures restrictives sur ces territoires, mesures

 16   restrictives et discriminatoires à l'égard de cette autre population et

 17   d'où aurais-je pu tirer le pouvoir de le faire ? Si je n'ai pas eu le

 18   pouvoir, je ne pouvais rien faire, si ce n'est parler.

 19   Pour ce qui est de mes éléments concrets de responsabilité, on dit d'abord

 20   que j'ai incité à commettre des crimes de guerre en demandant la création

 21   d'un Etat, avec des Serbes uniquement à l'intérieur et une dominance des

 22   Serbes, qui serait la Grande-Serbie, et la frontière occidentale, elle

 23   était censée aller sur la ligne Karlobag-Karlovac-Ogulin-Virovitica, pour

 24   englober de grandes parties de la Bosnie-Herzégovine et de la Croatie, bien

 25   sûr. Alors, si la Yougoslavie se désintègre, elle peut se désintégrer en

 26   parties constitutives, donc en territoire serbe, d'une part, et en

 27   territoire croate et autre, d'autre part. Pourquoi la Yougoslavie se

 28   démantèlerait-elle suivant les frontières des républiques à l'intérieur ?


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  1   Parce que ça n'a jamais été formulé. Ça n'a jamais été reconnu

  2   internationalement comme étant des frontières. Il n'y avait des frontières

  3   internationales que pour ce qui est de la Yougoslavie. C'était garanti par

  4   la conférence de l'OSCE, et ce droit a été bafoué.

  5   Alors, à la place de ces frontières internationalement reconnues, on ne

  6   peut pas en proclamer unilatéralement de nouvelles. On ne peut pas parler

  7   de frontières nouvelles qu'en parlant de frontières administratives, cela

  8   n'est pas adapté, cela n'est pas conforme aux principes élémentaires du

  9   droit international. On dit aussi que, de façon publique et systématique,

 10   pour ce qui est de générer la peur chez les non-Serbes, pour ce qui est des

 11   Croates et des Musulmans, en disant que ce sont les ennemis des Serbes,

 12   pour intensifier une ambiance qui a dégénéré en violence vis-à-vis de

 13   populations non-Serbes, on dit que j'ai encouragé à commettre des crimes,

 14   tels qu'énumérés à l'acte d'accusation. Pourquoi voulez-vous que je fasse

 15   générer la crainte et la haine, alors que c'est une chose qui est déjà

 16   survenue, ou qui se déroulait sous nos yeux ? Le fait que le premier homme

 17   croate ait dit que la Croatie allait faire sécession vis-à-vis de la

 18   Yougoslavie, ça avait déjà généré la peur et la haine. Parce que si Tudjman

 19   n'avait pas souhaité la sécession de la Croatie, il n'y aurait pas eu de

 20   guerre. Tudjman a déclaré lui-même qu'il n'y aurait pas eu de guerre si les

 21   Croates ne l'avaient pas voulue. Cette déclaration a déjà été citée à

 22   maintes reprises. S'il n'y avait pas eu de séparatisme croate, il n'y

 23   aurait pas eu de guerre. Il y aurait eu pas mal de problèmes pour ce qui

 24   est de la politique à l'intérieur de l'Etat pour réglementer les relations,

 25   pour satisfaire à tous les intérêts, mais c'est une question de processus

 26   politique, cela. Ceux qui avaient voulu la sécession de la Croatie ont

 27   généré la guerre. Ceux qui avaient voulu que la Bosnie-Herzégovine fasse

 28   sécession ont également engendré la guerre.


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  1   Pour ce qui est maintenant des ennemis serbes, j'ai parlé seulement de

  2   faits historiques, pour ma part. Les faits historiques disent que les

  3   Croates ont été un outil de manipulation pour ce qui est de l'Eglise

  4   catholique romaine. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Croates ont

  5   été les alliés sincères et loyaux de Hitler jusqu'en 1943. Et ils ont

  6   commencé à changer de camp lorsqu'ils ont vu que Hitler allait perdre la

  7   guerre et ils sont allés faire partie des unités de partisans. Il n'y en a

  8   que très peu de Croates qui étaient des antifascistes sincères dès 1941. Le

  9   soulèvement contre Hitler et ses alliés n'est survenu que sur les

 10   territoires où il y avait des Serbes orthodoxes.

 11   Les Musulmans, pendant la Deuxième Guerre mondiale, ont été

 12   instrumentalisés par les Croates, et en grande partie ont participé aux

 13   crimes commis par les Croates, mais pas tous les Musulmans. Il y a eu des

 14   Musulmans qui ont été partisans et il y a eu des Musulmans chetniks. Il y

 15   avait un voïvode chetnik qui était musulman : Ismet Pupovac, il avait un

 16   détachement de 2 000 Chetniks musulmans sous ses ordres. Et le vice-

 17   président du comité national du Mouvement de la Ravna Gora de Draza

 18   Mihajlovic était un Musulman, Mustafa Mulalic. Après la guerre, les

 19   communistes l'ont jugé aux côtés de Draza Mijhajlovic. Je n'ai fait que

 20   présenter les vérités historiques; la vérité historique ne saurait être

 21   dissimulée. La vérité historique doit être répétée sans cesse, expliquée

 22   sans cesse, et étudiée sans cesse, afin que l'on en tire des enseignements

 23   à l'avenir.

 24   Là où l'on dissimule les vérités historiques, les peuples sont

 25   condamnés à voir cette histoire se répéter.

 26   En recrutant, organisant, finançant et apportant son soutien, et

 27   encourageant, incitant à s'enrôler, pour ce qui est des volontaires serbes,

 28   alors, en effet, j'ai rassemblé, organisé des volontaires serbes, et en ma


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  1   qualité de président du Parti radical serbe, dont faisait partie également

  2   partie le Mouvement chetnik serbe, je les ai envoyés au front. Ils ont

  3   participé aux combats. Cependant, ici, il convient de faire la distinction

  4   entre certaines choses. Les volontaires du Parti radical serbe s'appelaient

  5   les Chetniks serbes. Ce n'étaient pas les seuls Chetniks serbes dans cette

  6   guerre. Les adversaires serbes appelaient tous leurs adversaires Chetniks,

  7   mais il y a eu les membres du Mouvement du Renouveau serbe et du Parti

  8   démocratique serbe qui se disaient également Chetniks, et allez savoir

  9   encore les membres de quels autres partis. Donc il y a eu une grande

 10   identification des Serbes avec les Chetniks. Plus personne ne voulait dire

 11   de soi et s'identifier à l'appartenance, à l'autre option qui a gagné la

 12   Deuxième Guerre mondiale aux côtés des partisans. Alors, je puis avoir une

 13   responsabilité morale pour ce que, pendant la guerre, ont éventuellement

 14   fait, commis les volontaires du Parti radical serbe, ceux que le Parti

 15   radical serbe a pris dans Belgrade pour les envoyer au front.

 16   Mais on doit limiter à cela la formulation. On a dit tout le temps

 17   Chetniks. Et quand chaque fois on a dit Chetnik, on a dit un homme à

 18   Seselj. Et à chaque fois qu'on a dit que c'était quelqu'un à Sesejl,

 19   c'était véritablement un homme à Sesejl. Qu'est-ce que cela veut dire, tout

 20   cela ? Après ce procès, il peut arriver que l'on voie les procureurs, les

 21   Juges, le personnel, deviennent des hommes à Seselj, et je m'efforcerai de

 22   faire en sorte, je ne sais pas si ça va pouvoir se faire. Mais qu'est-ce

 23   que ça veut dire, les hommes à Seselj ? Il faut qu'on tire la chose au

 24   clair. Les volontaires du Parti radical serbe, pendant la guerre, ont

 25   participé uniquement dans les rangs de l'armée populaire yougoslave et,

 26   ultérieurement, dans les rangs de l'armée serbe de la République de la

 27   Krajina serbe et de l'armée serbe de la Republika Srpska.

 28   Il n'y en a eu que très peu dans la police de la Krajina serbe et dans la


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  1   police de la Republika Srpska. Jusqu'au mois de juillet 1991 seulement, les

  2   volontaires du Parti radical serbe allaient sur le front, indépendamment de

  3   la JNA. Je suis fier de leur grande victoire à Borovo Selo, le 2 mai 1991,

  4   sur la police croate qui s'est attaquée par surprise à ce village. Depuis

  5   que la JNA est entrée en guerre en 1991, donc au mois de juillet, nulle

  6   part, pas un seul des volontaires du Parti radical serbe n'a participé à

  7   cette guerre, en dehors des rangs de la JNA. L'armée, elle, a désigné une

  8   caserne pour les volontaires du Parti radical serbe. Ça s'appelle Bubanj

  9   Potok et c'est à Belgrade. Nous avons rassemblé nos volontaires, et nous

 10   les avons envoyés là-bas. Ils avaient là-bas une formation. C'est là qu'ils

 11   recevaient des uniformes. Et chaque volontaire du Parti radical serbe avait

 12   vu inscrit des temps d'ancienneté ou des périodes d'ancienneté dans son

 13   livret de travail. Jamais un volontaire du Parti radical serbe n'a été

 14   identifié comme étant personnellement l'auteur de quelque crime de guerre,

 15   pas un seul, et je vais le démontrer ultérieurement. Je le répète, pas un

 16   seul.

 17   On dit que j'ai encouragé et incité des groupes et des individus au sein

 18   des forces serbes, dans la JNA, l'armée de Yougoslavie, la TO serbe,

 19   l'armée serbe de la Krajina, l'armée de la Republika Srpska, la TO de la

 20   Serbie-et-Monténégro, les forces locales de la police, les services de la

 21   Sûreté de l'Etat, la police à Martic, les milices, et cetera, et cetera, et

 22   que je les aurais tous encouragés et incités. A quoi ? Encouragé à inciter

 23   certains d'entre eux à commettre des crimes ? Comment ? Si je les ai

 24   encouragés, je les ai encouragés à vaincre dans la guerre. Je n'ai

 25   encouragé personne à commettre des crimes. Il y a trop de discours de ma

 26   part et d'allocutions à l'égard des combattants serbes en disant qu'il

 27   fallait se comporter en chevalier à l'égard des prisonniers de guerre, des

 28   prisonniers, des femmes, des enfants, et cetera, et l'Accusation a tout


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  1   cela, je lui ai communiqué cela en 2003 déjà, il y a une traduction en

  2   anglais, mais ils n'en ont rien à faire de tout cela. Alors, on doit que

  3   j'ai encouragé des volontaires à d'autres institutions serbes à commettre

  4   des crimes. Alors, attendez, le Parti radical serbe avait une cellule de

  5   Crise qui avait été nommée cellule de Guerre et le Procureur se réfère sans

  6   cesse à ce QG de Guerre. Qu'a-t-il fait ce QG de Guerre ? Vous pouvez

  7   l'apprendre au mieux partant de sa composition. Il y avait dix à 15

  8   personnes à y siéger, quatre ou cinq femmes, entre autres, il n'y avait

  9   qu'un seul officier de réserve du reste, un pilote réserviste, Zoran

 10   Drazilovic, et tous les autres hommes étaient des gens qui avaient fait

 11   leur service militaire régulier, et il n'y en avait pas un seul à avoir un

 12   grade d'officier. Alors, que voulez-vous qu'ait pu faire ce QG de Guerre,

 13   commander ?

 14   Non. Il a fait -- enfin, il a procédé à l'organisation des volontaires et à

 15   leur rassemblement dans la Serbie, leur acheminement vers Belgrade, et

 16   ensuite vers la caserne de Boban Potok. Ce QG de Guerre a essayé parfois de

 17   trouver des quantités de cigarettes et autres produits. Il a veillé à ce

 18   que chaque volontaire bénéficie d'années d'ancienneté, s'il venait à être

 19   tué on organisait son enterrement, on organisait une aide à l'intention de

 20   sa famille, ainsi de suite. Ce QG de Guerre parfois essayait, s'il y avait

 21   des cas d'indiscipline, d'intervenir par des moyens et des mesures

 22   politiques et morales aux fins d'influer sur la solution du problème. Ce QG

 23   de Guerre n'avait pas de pouvoir. La seule sanction pouvant être prononcée

 24   était l'exclusion des rangs du Parti radical serbe, pas une autre sanction

 25   autre ou différente; et il n'y a pas eu de violation disciplinaire ou

 26   d'enfreinte disciplinaire. Nous avons exclu du Parti radical serbe des

 27   personnes, et là il pouvait plus être envoyé au front en tant que

 28   volontaire, au cas où il aurait volé, au cas où il se serait saoulé, au cas


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  1   où il aurait été indiscipliné, et ainsi de suite. Nous n'avons jamais eu un

  2   seul cas de crime sérieux de commis, à étudier nous-mêmes, et

  3   officiellement nous n'avons jamais été informés de la commission d'un crime

  4   grave, et le bureau du Procureur n'a aucun élément de preuve à cet effet.

  5   Maintenant, étant donné que le bureau du Procureur ne dispose pas

  6   d'éléments de preuve pour ce qui est des deux premières années de guerre,

  7   pour ce qui est des crimes, persécutions et autres, pour des raisons

  8   politiques dans l'acte d'accusation il est inséré un cas de Hrtkovci en

  9   Vojvodine, et on dit que j'ai publiquement incité à l'expulsion de citoyens

 10   du groupe ethnique croate dans certaines parties de la Vojvodine. Ça ne

 11   s'est pas passé vraiment ainsi. Je n'ai pas publiquement incité à les

 12   expulser. J'ai promis des expulsions lorsque je serais venu au pouvoir.

 13   J'ai promis des mesures de représailles parce que Tudjman avait chassé plus

 14   de 200 000 Serbes des territoires en Croatie qui étaient sous son contrôle

 15   à lui, et au nom de mon parti dans ma campagne électorale, j'ai lancé une

 16   promesse électorale, à savoir des mesures de représailles. Et si j'ai

 17   convié quelqu'un à procéder à des représailles, c'est le régime de l'époque

 18   qui avait refusé de procéder à des mesures de rétorsion, et après les

 19   députés se sont opposés au parlement pour ce qui est de cette exigence que

 20   j'avais formulée. Alors, le bureau du Procureur voudrait démontrer que j'ai

 21   incité directement des gens à accéder ou à procéder à des persécutions.

 22   C'est là la falsification que fait le bureau du Procureur et je me propose

 23   d'y revenir plus tard pour aller plus en détail et pour étudier le détail

 24   de cette question.

 25   Voyez-vous, page 5, ils citent mes propos dans un discours où il est

 26   question du territoire que doit englober la Grande-Serbie, puis ils

 27   omettent la fraternité limitée des Serbes orthodoxes, catholiques,

 28   protestants, musulmans et athées. Ensuite, ils exposent, ils parlent, ils


Page 1903

  1   reprennent d'un de mes discours de la fin de l'année 1990, une mise en

  2   garde. Et pour ce qui est de la phrase : "C'est nous les Chetniks serbes,

  3   nous lançons un message à Franjo Tudjman et à la nouvelle direction

  4   Oustachi croate de ne pas jouer des jeux avec la population serbe. Il

  5   s'agit du territoire serbe." Vous avez tout cela traduit, page 5 du mémoire

  6   préalable de l'Accusation. Je m'adresse aux interprètes là, puisqu'ils me

  7   mettent en garde, disons que je parle, je lis trop rapidement.

  8   Bref, ils affirment que par là, j'ai de nouveau commis un crime. Mais

  9   quand est-ce que cela s'est produit ? C'était à la fin de l'année 1990. A

 10   la fin de cette année-là, l'année 1990, en prononçant un discours, j'ai

 11   obtenu pour conséquence que quelqu'un en 1991, 1992 ou 1993, commette un

 12   crime de guerre ? Mais ceci n'a rien à voir avec le bons sens. C'est

 13   complètement insensé. En 1990, je mets en garde Tudjman de ne pas jouer de

 14   jeux avec le peuple serbe, car nous n'allons pas accepter que le territoire

 15   sur lequel vit la population serbe soit séparé de sa mère patrie, de la

 16   Yougoslavie. Donc, en temps voulu, je n'ai pas dit de ne pas jouer à la

 17   guerre. Je veux empêcher la guerre. Je lui adresse des mises en garde très

 18   fortes. Je le menace même pour qu'il abandonne cette intention qu'il a.

 19   Ensuite, on m'attribue d'autres choses. Là encore, il s'agit d'un de

 20   mes discours qui date de la même époque. "Il est le plus important qu'en

 21   même temps de la fédération yougoslave on ne voit pas partir les Slovènes

 22   et les Croates." Tout d'abord, il faut que partent les Slovènes et après,

 23   celui qui se trouvait au pouvoir à Belgrade amputera la Croatie le long de

 24   l'ancienne ligne donc, Karlobag-Ogulin-Karlovac-Virovitica. Et nous tous,

 25   nous autres, Serbes, Catholiques, Orthodoxes, Musulmans, Athées et autres,

 26   nous vivrons ensemble dans la concorde là-dedans."

 27   Mais je vois à ce moment-là qu'il est difficile de préserver la

 28   Yougoslavie. Donc, c'est l'année 1990. Et je me dis si les Slovènes et les


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  1   Croates doivent partir, que partent tout d'abord les Slovènes parce qu'il

  2   n'y a pas de questions en suspens entre nous. Moi, je m'étais opposé à

  3   l'intervention de l'armée en Slovénie. Je m'étais opposé au bain de sang en

  4   Slovénie. Ça a été causé par le ministre de la Défense de l'époque,

  5   Kadijevic et par Ante Markovic, un Croate qui était le premier ministre

  6   yougoslave à l'époque. Il voulait par la force empêche la Slovénie de

  7   partir. Mais moi, en tant que démocrate, je m'y suis opposé. Je me suis dit

  8   si les Slovènes, la population slovène veut partir, qu'elle parte au plus

  9   vite. Mais les puissances occidentales n'ont pas voulu laisser faire, ils

 10   voulaient que les Croates partent ensemble pour que l'objectif criminel de

 11   l'Allemagne et du Vatican se réalise, à savoir que les frontières du régime

 12   communiste de l'époque, donc les mesures arbitraires soient confirmées.

 13   Mais ça, on ne pouvait autoriser ça, on ne pouvait pas accepter cela. Si

 14   les Croates ne voulaient pas vivre en Yougoslavie, mais alors procédons à

 15   l'amputation. Mais cette idée ne vient pas de moi. Le roi Alexandre

 16   Karadjordjevic, en 1929, s'était posé cette question. Il y a réfléchi, il y

 17   a pensé. Il a dit si les Croates ne veulent pas vivre en Yougoslavie, mais

 18   la Yougoslavie peut se passer d'eux, seulement il faut procéder à

 19   l'amputation. Et je ne vois pas pourquoi cette idée serait illégitime, je

 20   ne vois pas pourquoi ce serait une idée criminelle ? En particulier si

 21   c'est en 1990 qu'on l'a exprimée.

 22   Là encore, il cite encore un de mes propos dans la suite : "Pour ce qui

 23   nous concerne, les Croates peuvent quitter la Yougoslavie quand ils le

 24   veulent." Je suis fier d'avoir dit ça. Donc je ne force pas les Croates à

 25   partir. Mais s'ils veulent partir, je ne vais pas les garder par la force.

 26   Puis je dis : "A tout moment, dès qu'ils le souhaitent, ils peuvent partir,

 27   mais très franchement, très ouvertement, ils doivent savoir qu'ils

 28   n'emporteront pas avec eux, ne serait-ce qu'un pouce de terre serbe; là où


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  1   il y a des sites serbes, que ce soit des camps, des églises, des fosses

  2   communes, des villages, des églises détruites ou autre, ils ne pourront pas

  3   emporter cela. Car si nous acceptions cela, nous devrions avoir honte. Donc

  4   ce n'est pas à cette condition-là que les Croates peuvent créer leur état;

  5   ils peuvent le créer uniquement si on respecte la frontière qui va de

  6   Karlobag au sud jusqu'à Karlovac au nord. Tout ce qui se trouve de l'autre

  7   côté à l'est est Serbe."

  8   Mais encore aujourd'hui, je maintiens la même chose. Nous n'avons pas pu

  9   réaliser cela puisque des forces obscures occidentales se sont opposées à

 10   cela. Mais si j'avais été commandant d'une armée, en temps utile, j'aurais

 11   donné l'ordre que l'armée se retire de Slovénie, qu'elle se retire du

 12   territoire en Croatie où il n'y a pas de Serbes qui vivent, puis j'aurais

 13   dis aux Croates : Si vous voulez rester en l'espace de la Yougoslavie, on

 14   va créer un état démocratique d'égalité des citoyens, mais si vous voulez

 15   opérer une sécession, partez avec la partie du territoire qui vous

 16   appartient. Mais qu'est-ce qui est de plus logique à ce moment-là ? Il n'y

 17   avait qu'un seul problème qui s'est posé : le destin, l'histoire ne m'a pas

 18   permis d'arriver au pouvoir à temps. C'est le seul problème qui s'est posé.

 19   Si j'étais arrivé au pouvoir à temps, tout se serait passé différemment. En

 20   fait, je cherche à convaincre les Slovènes à partir le plus vite possible

 21   et le Procureur cite mes propos. Je dis : Mais vous, les Slovènes, à vos

 22   yeux, la Serbie -- ou pour vous, la Serbie constitue une puissance que vous

 23   ne pouvez pas vaincre parce qu'eux ils se targuaient d'être très grands,

 24   très importants, et cetera, mais ils auraient jamais eu leur état si la

 25   Serbie ne les avait pas libérés pendant la Première Guerre mondiale. Avant

 26   1918, la Slovénie n'avait jamais eu d'état. Ils ont toujours, de par le

 27   passé, été uniquement des comtés ou des duchés sur le territoire

 28   autrichien.


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  1   Donc tant que nous sommes prêts à vous laisser partir, partez. Après

  2   vous ne pourrez plus le faire, puisque après nous allons créer une

  3   Serboslavie à partir de la Yougoslavie. Donc je cherche à convaincre les

  4   Slovènes à partir le plus vite possible, et ce, pour une raison simple. A

  5   partir du moment les Slovènes seront partis, on se mettra plus facilement

  6   d'accord sur le maintien du reste de la Yougoslavie parce que, dans les

  7   années 1980, il faut savoir que les dirigeants politiques slovènes ont été

  8   les principaux éléments perturbateurs en Yougoslavie. C'est eux qui

  9   voulaient transformer de la Yougoslavie en confédération, c'est eux qui

 10   voulaient toute une série d'autres choses qui étaient inacceptables.

 11   Donc pour ce qui est de l'année 1990, l'Accusation cite mes propos.

 12   D'autres propos parlent de mes menaces, de mes invitations à punir, et

 13   cetera, mais toutes mes menaces sont conditionnelles. Si ceci, alors cela,

 14   donc par conséquent, ce sont des mises en garde, ce sont des

 15   avertissements, ce ne sont pas des incitations. Car si ça avait été des

 16   incitations, c'était uniquement des incitations à des événements qui

 17   allaient se produire un, deux, trois ans plus tard. Et je le dis très

 18   clairement à un endroit, c'est lorsque je prends la parole à la télévision

 19   d'Etat en décembre 1990.

 20   J'explique, à cet endroit, comment il faut punir les Croates pour les

 21   crimes qui ont été commis pendant la Seconde Guerre mondiale. Donc les

 22   Croates, s'ils décident de prendre la voie du séparatisme, il faut les

 23   punir de la manière dont on punit dans le monde civilisé. On punit des

 24   peuples pour des crimes qu'ils commettent ou que leurs régimes commettent

 25   dans une situation de guerre, et cette punition c'est la perte du

 26   territoire. Et il y a beaucoup d'autres choses que je dis là-bas, mais le

 27   Procureur l'a omis. "Nous, nous sommes un peuple chevaleresque nous, les

 28   Serbes. Nous n'allons pas nous venger sur la tête des femmes et des


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  1   enfants. Nous ne commettons pas de génocide, nous ne tuons pas. Si nous

  2   nous vengeons, alors nous allons nous venger de cette manière que nous

  3   allons faire perdre du territoire à nos adversaires. Nous allons l'emporter

  4   sur eux dans une guerre."

  5   Mais nous n'avons pas souhaité cette guerre. Personne dans le peuple serbe,

  6   en 1990, 1991, pas l'âme qui vive ne souhaitait une guerre. La guerre a été

  7   souhaitée par ceux qui voulaient opérer une sécession de la Yougoslavie.

  8   "Et maintenant on me dit que j'ai cherché à humilier le peuple croate. J'ai

  9   dit que 80 000 Oustachi ont été rassemblés par le nouveau chef oustachi

 10   Tudjman, et qu'ils ne constituaient pas un danger pour nous. Et c'est vrai;

 11   ce n'était pas un danger pour nous." Encore aujourd'hui, la Krajina serbe

 12   serait libre si les Américains n'avaient pas pris part à l'opération en

 13   1995. Et au Kosovo, s'il n'y avait pas eu d'agressions américaines, les

 14   Serbes y seraient. Qu'on appelle cela la Serbie, la Grande-Serbie ou la

 15   Yougoslavie, on aurait toujours cet Etat si les Américains, les Allemands,

 16   le Vatican ne s'y étaient pas immiscés.

 17   Puis, je mets en garde les "pan-Islamistes bosniens" - tout ça c'est au

 18   point 7 - "qu'ils nous fassent la guerre à nous, les Serbes ? Mais

 19   récemment on leurs a dit : Ecoutez, ne faites pas ça, n'acceptez pas que

 20   les Musulmans soient instrumentalisés entre les mains criminelles croates

 21   comme ceci leur est arrivé pendant la Première et la Deuxième guerres

 22   mondiales. Faites attention, ne vous mêlez pas de ce conflit croato-serbe.

 23   Si les Croates vous utilisent de nouveau, la vengeance serbe sera terrible.

 24   Vous ne vous arrêterez pas avant d'avoir atteint l'Anatolie."

 25   Puis, c'est une mise en garde en 1991, avant que la guerre n'éclate en

 26   Bosnie. Je les mets en garde, et je dis aux pan-Islamistes bosniens cela,

 27   je ne m'adresse pas à des Musulmans dans leur totalité, ce n'est pas à eux

 28   que je dis qu'ils ne vont pas s'arrêter avant d'avoir atteint l'Anatolie.


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  1   Dès le début des années 1980, j'avais mis en garde contre ces tendances

  2   pan-islamistes en Bosnie-Herzégovine. J'ai montré du doigt ce danger, mais

  3   nulle part vous ne me verrez dire du mal de la religion islamique, comme

  4   vous avez essayé de faire. Moi je respecte pleinement l'Islam, mais je suis

  5   un adversaire intraitable de tout fondamentalisme. Aujourd'hui c'est le

  6   fondamentalisme et l'extrémisme islamique qui est le plus dangereux, mais

  7   du côté chrétien, si on remarquait les mêmes tendances, je m'y opposerais

  8   de la même façon. Je parle de pan-Islamistes maintenant, de

  9   fondamentalistes, d'extrémistes, d'autres termes que j'emplois à d'autres

 10   endroits.

 11   Mais ce qui est le plus important c'est qu'un an avant que la guerre

 12   n'éclate en Bosnie, je mets en garde, je dis qu'il ne faut pas que cette

 13   guerre éclate. Donc je suis un faiseur de paix. Certes, j'emploie des

 14   termes un peu plus forts mais, hélas, on ne m'a pas écouté. Si on m'avait

 15   écouté -- on ne m'a pas écouté, non pas parce que j'étais puissant, parce

 16   j'étais fort, mais parce qu'ils ne me prenaient pas au sérieux à l'époque.

 17   Ils minimisaient mon importance, ils disaient j'étais un dissident

 18   communiste qui avait passé ma vie dans les prisons, et cetera. Il a fallu

 19   pas mal de temps pour que, sur le plan politique, je gagne de l'influence

 20   et de la puissance. A ce moment-là, je n'en avais pas encore, il fallait

 21   que je fasse mes preuves à ce moment-là.

 22   Puis une autre mise en garde. Tous ceux qui n'ont pas la conscience

 23   tranquille doivent avoir peur, peur devant nous les Serbes. Et encore

 24   aujourd'hui, je maintiens cela. Il faut que ces gens nous redoutent encore

 25   aujourd'hui. De par l'histoire, nous avons trop pardonné, nous les Serbes.

 26   Si les Croates décident de commettre un nouveau génocide contre les Serbes,

 27   non seulement nous allons nous venger pour toute victime, mais nous allons

 28   également leur demander de rendre compte pour des victimes des guerres


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  1   mondiales précédentes. Là où nous ne sommes pas, là où nous ne pouvons pas

  2   nous défendre, nous allons nous ranger là où les Croates sont les plus

  3   faibles. Tout simplement, nous parlons le langage du pouvoir, de la

  4   puissance.

  5   Mais je n'invite pas les Serbes à tuer des Croates, des femmes, des

  6   enfants, non, c'est une mise en garde, un avertissement. Il y en a eu qui

  7   étaient plutôt des plaisanteries. A un moment donné pour un journal, j'ai

  8   donné un entretien et j'ai menacé, j'ai dit que nous avions des sous-marins

  9   fluviaux, et que nous allions utiliser la Save pour atteindre le cœur de

 10   Zagreb. Il y a eu des plaisanteries comme ça, mais tout ceci a eu pour

 11   objectif de lancer un avertissement, un nouveau génocide allait se produire

 12   contre les Serbes. C'était un danger très réel. Sur la scène politique, il

 13   y avait tous les protagonistes qui avaient commis le génocide pendant la

 14   Seconde Guerre mondiale. Le Vatican, l'idéologie oustachi et le régime

 15   oustachi de Franjo Tudjman à Zagreb. De l'émigration, il a fait venir les

 16   plus durs de l'émigration oustachi. Susak, l'un d'entre eux, est devenu son

 17   ministre de la Défense, le chef de l'émigration oustachi au Canada, Susak.

 18   Donc, certes, mes propos sont assez fermes et forts, mais ils

 19   correspondent au contexte historique et politique dans lequel ils sont

 20   prononcés. Un avertissement plus doux n'aurait pas été possible à ce

 21   moment-là, parce qu'il n'aurait pas produit d'effet. Hélas, celui-ci non

 22   plus n'a eu d'effet. Il s'est avéré que c'était en vain que j'avais averti.

 23   Là encore, je menace : "S'ils tentent un nouveau génocide contre le peuple

 24   serbe" - point 8 - "nous nous vengerons," et cetera, "nous leur demanderons

 25   de rendre compte," et cetera. Mais à plusieurs endroits, j'ai dit en quoi

 26   consistera notre vengeance. J'ai dit que nous n'allons pas refaire ce qui

 27   avait été fait par les Oustachi contre les Serbes.

 28   Je menace, par exemple, les Chetniks vont frapper contre Zagreb, ils


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  1   utiliseront toute leur force si on massacre la population civile serbe.

  2   Mais c'était une menace réelle que l'on massacre la population serbe qui

  3   n'était pas offensive. Mais dès que Tudjman est arrivé au pouvoir, 200 000

  4   Serbes se sont enfuis de Croatie. Ce n'est pas étonnant, parce que tout de

  5   suite on a commencé à les limoger, à les harceler, des mesures ont été

  6   prises contre les Serbes immédiatement. Donc la question qui se pose dans

  7   cette guerre est, qui a été le premier à commettre des crimes ? Ce sont les

  8   Croates qui se sont mis les premiers à tuer des Serbes. Les Musulmans en

  9   Bosnie, ils ont été les premiers à commencer à tuer des Serbes. Ils ont tué

 10   le père d'un jeune marié devant l'église orthodoxe serbe de Sarajevo au

 11   moment de la noce, du mariage. L'un des criminels musulmans s'est approché

 12   et il a tué le père du marié. Mais c'est cela qui a causé le bain de sang

 13   et le conflit. Il s'en est tiré impuni. Il y a quelques mois, on a tenté de

 14   le traduire en justice, il y a un an peut-être. Je ne sais pas exactement.

 15   Je ne crois pas qu'il a été condamné. Enfin, je n'ai pas vraiment suivi de

 16   près ce procès.

 17   Donc à chaque fois que politiquement ou militairement les Serbes

 18   agissaient, c'était toujours en réaction à quelque chose qui avait été fait

 19   par quelqu'un d'autre. On prive les Serbes de leur statut constitutionnel,

 20   ils demandent l'autonomie. Tudjman veut se séparer de la Yougoslavie, les

 21   Serbes veulent rester en Yougoslavie, où ils veulent se rattacher à la

 22   Serbie, de même en Bosnie-Herzégovine. Donc il y a eu des mesures

 23   séparatistes des Musulmans et des Croates, et plus cela s'intensifiait, et

 24   plus ça devenait ouvert et explicite, plus les Serbes réagissaient pour

 25   chercher l'autonomie et l'indépendance par rapport à ces pouvoirs, ces

 26   autorités séparatistes. Je dis que : "la Bosnie est incontestablement

 27   serbe, cela ne plait pas aux fondamentalistes musulmans, si ça ne leur

 28   plait pas, il faudra plier bagage." Mais je parle là d'extrémistes, de


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  1   fondamentalistes, pas de Musulmans, et le Procureur a parmi ses documents,

  2   entre autres, l'appel que j'ai lancé aux Musulmans, je leur dit : "Frères

  3   Serbes…" Ça a été publié également dans mes livres, dans la Grande-Serbie.

  4   Ça a été publié à plusieurs reprises, et c'est quelque chose que j'ai dit

  5   en 1990. C'est avec beaucoup de chaleur que je m'adresse aux Musulmans,

  6   beaucoup d'amour. Je cite les grandes personnalités à travers l'histoire

  7   musulmane qui étaient conscients de leur appartenance nationale serbe.

  8   D'ailleurs, la noblesse musulmane est consciente encore aujourd'hui de son

  9   origine serbe, voire même Alija Izetbegovic s'est déclaré serbe dans les

 10   années 1950 et 1960, tant qu'on n'a pas inventé la nation musulmane. Ils

 11   sont originaires de Sabac, qui est à côté de Belgrade. Donc, ce sont des

 12   faits historiques incontestables. C'est notoire. On n'a pas à le prouver.

 13   Vous n'allez pas vous amuser à me prouver qu'il y a la langue croate et la

 14   langue bosniaque, mais enfin c'est complètement absurde.

 15   "La population loyaliste doit toujours bénéficier de tous les droits

 16   civiques, toutes les libertés." Là il n'y a rien qui pose problème. Puis je

 17   dis que c'est dans sa racine que la serbité est menacée, mais tout cela est

 18   vrai. A Osijek, on a tué le chef de la police croate, Kir. Et pourquoi ?

 19   Parce qu'il s'opposait à ce que les Oustachi s'en prennent à des civils

 20   serbes. Il a été tué, lui. Qui était là en poste ? Qui était le numéro 1 ?

 21   Glavas ou peu importe. Peu importe le nom maintenant. Telle a été

 22   l'ambiance, ambiance de grande peur, d'insécurité, et mes menaces, ce sont

 23   des avertissements.

 24   Bien entendu, moi, je n'ai pas été écouté par l'armée. L'armée n'a pas

 25   voulu se retirer des zones qui étaient exclusivement slovènes ou croates.

 26   Tout aurait été mieux si elle avait opéré ce repli, ce retrait.

 27   Mais les généraux, ils avaient leur rêve, ils voulaient préserver la

 28   Yougoslavie et leur puissance politique, leur influence. Ils ont même créé


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  1   leur parti, la Ligue des Communistes, Mouvement pour la Yougoslavie. Tous

  2   les généraux devaient être membres de ce parti. C'était une obligation.

  3   Maintenant, le Procureur évoque mes techniques de propagande. C'est assez

  4   ridicule, ce qu'ils disent, mais comme nous allons avoir dès le mois de

  5   décembre leur soi-disant expert, Oberschall, ce sera vraiment un plat de

  6   résistance pour moi de contre-interroger cet homme et de prouver qu'il

  7   n'est absolument pas un expert.

  8   Puis on parle de stéréotypes nationaux. On dit que c'est le fait de

  9   recourir aux termes tels que Oustachi et pan-islamistes musulmans, mais ce

 10   ne sont pas des stéréotypes. C'est une réalité. L'idéologie oustachi est

 11   toujours forte. Elle le sera tant que le Vatican sera là pour mener une

 12   action contre le peuple serbe. Si nous avions cédé, nous les Serbes, il y a

 13   un siècle, si nous avions accepté de devenir des Catholiques, les Croates

 14   n'existeraient pas aujourd'hui. Il y a deux siècles, trois siècles, le

 15   Vatican a envoyé Juraj Krizanic, un Serbe catholique en Russie. Il a été

 16   dépêché là-bas sur la cour russe. Il y est resté pendant une dizaine

 17   d'années ou plus. Il avait pour mission de convaincre la cour russe

 18   d'accepter le catholicisme, ou tout simplement de reconnaître l'autorité

 19   suprême du Pape, enfin de le faire reconnaître par l'Eglise orthodoxe

 20   serbe. A partir de ce moment-là, le Vatican aurait pu gouverner tous les

 21   Slaves. Ils étaient mêmes prêts à renoncer à la Pologne, à remettre la

 22   Pologne dans sa totalité à la Russie, à condition que l'Eglise orthodoxe

 23   russe se place sous l'autorité du Vatican.

 24   Ce sont des choses très graves. Dans la science, ça a été prouvé

 25   depuis longtemps. Ce ne sont pas du tout des clichés ou des stéréotypes.

 26   L'idéologie oustachi est toujours vivante, active. Elle se cache peut-être

 27   un petit peu par rapport aux années 1990, 1991, mais ça n'enlève rien à sa

 28   force aujourd'hui.


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  1   J'ai pris un petit peu plus de temps pour me consacrer à des questions de

  2   principe, il faudra maintenant que j'abrège un petit peu pour en venir à

  3   des questions qui vont peut-être vous intéresser un peu plus. Mais

  4   permettez-moi d'ajouter ceci : l'Accusation affirme que dans la diffusion

  5   de la propagande, j'ai été aidé par des médias qui étaient placés sous le

  6   contrôle d'un autre membre de l'entreprise criminelle commune, à savoir

  7   Slobodan Milosevic, le président de Serbie. Ils disent que c'est lui qui

  8   m'a donné accès aux médias.

  9   A Belgrade, il y a un hebdomadaire qui s'appelle "Vreme" qui a commencé à

 10   sortir en 1990, ses journalistes sont des agents de la CIA, donc des

 11   renseignements américains et d'autres services de renseignements

 12   occidentaux. Ils sont toujours publiés simplement parce que c'est

 13   l'étranger qui les finance, Soros et des fondations anti-serbes autres.

 14   Alors, cet hebdomadaire, "Vreme", "le temps", vers la fin de l'année 1992

 15   ou en 1993, a publié un livre. L'un des auteurs est Jasminka Milivojevic,

 16   je ne me souviens pas du nom de l'autre. "Mise à l'écran des élections",

 17   c'est ça le titre de ce livre. Ils ont procédé à l'analyse de la

 18   participation des différents partis politiques en 1992, et ils ont prouvé

 19   que, parmi les principaux partis politiques, le Parti radical serbe a eu le

 20   moins accès aux médias, était le moins représenté dans les médias, et

 21   surtout dans les médias du régime, les médias contrôlés par l'Etat. Donc ce

 22   parti a été le moins représenté, mais c'était une étude scientifique, donc

 23   ce sont des preuves, et en plus qui ont été publiées par un journal qui

 24   m'était adverse. Et le Procureur affirme le contraire. Mais là n'est pas la

 25   substance.

 26   Moi, j'ai vraiment eu le moins d'accès aux médias, moi et mon parti. Mais,

 27   je me suis servi de la manière la plus efficace du temps qui a été mis à ma

 28   disposition par ces médias. L'autre ne savait pas le faire. Mais pour


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  1   chacun de ces dirigeants, chefs d'autres partis politiques, je les ai

  2   toujours vaincus, dans tous les duels, tous les représentants du régime.

  3   Jamais moi-même je n'ai été vaincu lors d'un de ces duels. Et c'est de là

  4   qu'on a cette impression, le fait que j'ai été capable de faire des choses

  5   fantastiques. Je m'en félicite. Je parle logiquement, de manière concise,

  6   je fonde mes arguments historiquement, factuellement, je ne raconte jamais

  7   de bêtises, on me connaît comme étant tel.

  8   Ni Kostunica, ni Tadic, ni Micunovic, ni je ne sais pas qui, personne

  9   d'entre eux n'a jamais été à ma hauteur. Ce qui m'a empêché le plus,

 10   entravé le plus, c'était les médias du régime, c'était les médias de

 11   Milosevic. Et en particulier dans ces périodes où je l'ai attaqué de la

 12   manière la plus vigoureuse. Et je l'ai attaqué toujours quand il a cédé

 13   face aux puissances occidentales. Il cède aux Américains et moi, je me

 14   lance, je l'attaque, lui et son régime.

 15   Le Procureur dit que j'étais parfaitement conscient de ma capacité d'avoir

 16   une influence sur les gens par la voie de mes discours. Mais bien entendu,

 17   tout homme politique cherche à avoir un impact sur son public. Le succès de

 18   tout homme politique est mesuré par l'impact qu'il peut avoir. Mais comment

 19   est-ce que j'ai eu de l'influence ? Par mes paroles, par ce que je disais.

 20   Et ça ne peut pas être des phrases en l'air, parce que vous savez les gens

 21   écoutent un petit peu les plaisanteries, et puis des formules toutes

 22   faites, mais la saturation vient très vite. Il faut que ce soit

 23   intelligent, bien articulé, bien développé, si on veut avoir vraiment un

 24   impact sur son auditoire. Mme Dahl a tenu un discours ici hier, elle a

 25   cherché les faits, à susciter des émotions, et cetera. Est-ce qu'elle a pu

 26   avoir de l'effet ? Non, parce que ça n'a pas semblé convainquant à un

 27   auditoire large.

 28   Vous savez, les gens reconnaissent, ils savent distinguer entre ceux qui


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  1   disent la vérité et ceux qui ne la disent pas. C'est dans les yeux de

  2   quelqu'un qu'on lit la vérité. Tout comme d'après le regard de quelqu'un,

  3   vous pouvez savoir si quelqu'un ment, souvent on peut le faire. Quelqu'un

  4   cherche à éviter le regard, il se cure le nez, enfin c'est comme ça qu'on

  5   sait qu'il ne dit pas la vérité. Donc je dois être coupable parce que j'ai

  6   un impact sur la population.

  7   On dit que je disais à mes volontaires qu'il fallait qu'ils tuent les Turcs

  8   ou les Oustachi. Ils ont trouvé un imbécile parmi les témoins, je ne sais

  9   pas de qu'il est question exactement, peut-être que cela sera rendu public

 10   plus tard, que j'aurais publié une déclaration disant que j'appelais les

 11   Musulmans des Turcs. Jamais, jamais, je n'ai appelé les Musulmans des

 12   Turcs. Jamais de ma vie. Et il n'existe pas une seule preuve de cela,

 13   hormis peut-être un faux témoin que le bureau du Procureur va fait

 14   comparaître. Quand j'entendais quelqu'un dans mon parti utiliser le terme

 15   de Turcs, cela arrivait quelquefois, je lui demandais de se corriger. Il

 16   n'y a pas la moindre preuve démontrant cela.

 17   Seul un primitif totalement ignorant peut appeler les Musulmans des

 18   Turcs. Bien sûr, il est arrivé que les Musulmans de Bosnie se soient

 19   identifiés aux Turcs de temps en temps, lorsque les Turcs étaient au

 20   pouvoir, mais cela fait belle lurette que les Turcs n'exercent plus de

 21   pouvoir en Bosnie. Et les Bosniaques ont conservé la langue serbe, ils ne

 22   sont jamais parvenus à maîtriser la langue turque. Il y en a ici ou là qui

 23   peut-être ont réussi à apprendre le turc, mais ils sont rares. Les

 24   Musulmans de Bosnie ont continué à utiliser, à propager le folklore serbe,

 25   les chants, les poèmes, et cetera.

 26   Le Procureur m'accuse d'avoir exercé une influence publique et aussi

 27   une influence morale. Je cite le paragraphe 21 de son mémoire préalable au

 28   procès. Ecoutez, il faut qu'un homme qui veut avoir une influence publique


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  1   soit également une autorité en matière morale. Comment suis-je devenu une

  2   autorité morale ? Parce que je n'ai jamais cédé par rapport à l'injustice,

  3   je n'ai jamais rien volé, je n'ai jamais rien fait qui était contraire à la

  4   morale. J'ai toujours agi d'une façon qui a fait de moi une autorité

  5   morale. C'est la seule façon d'y parvenir et il faut beaucoup de temps pour

  6   y parvenir, il faut des années et des années, des dizaines d'années. A La

  7   Haye d'ailleurs depuis mon arrivée, je n'ai fait que développer et

  8   accroître mon autorité morale. Aujourd'hui, mes pires ennemis politiques me

  9   respectent d'ailleurs, et je remercie le Tribunal de La Haye pour cela, mon

 10   autorité morale aujourd'hui est invulnérable, invincible.

 11   Le Procureur affirme : "Seselj savait ou aurait dû savoir que ses

 12   discours publics ou sur le terrain ne pouvaient que pousser ses partisans

 13   et ses volontaires à commettre des actes de violence." C'est curieux, les

 14   termes utilisés par le Procureur, actes de violence. Dans une guerre, qui

 15   a-t-il donc que des actes de violence. Pourquoi est-ce qu'ils n'ont pas

 16   écrit actes criminels, ça aurait été beaucoup plus clair.

 17   Est-ce que j'ai encouragé les soldats serbes sur tous les fronts pour

 18   qu'ils se battent en héros ? Oui, bien sûr. Mais on ne trouvera nulle part

 19   la moindre preuve du fait que j'aurais incité à un crime quelconque. Et il

 20   y a de nombreuses preuves du fait que j'ai parlé de tous les crimes et que

 21   j'ai appelé les membres des autres formations à ne plus commettre de

 22   crimes. Je ne vais pas dire que je n'ai pas attaqué telle ou telle personne

 23   pour avoir commis des crimes. Les médias serbes -- l'opinion serbe est très

 24   au courant de cela. Je ne vais pas mettre en cause ma personnalité en niant

 25   ce fait. Bien sûr que j'ai cité un certain nombre de personnes, mais à

 26   moins qu'il ne s'agisse de Vuk Draskovic, le meilleur ami de Carla del

 27   Ponte à Belgrade, je n'ai rien fait de répréhensible. Vuk Draskovic est le

 28   meilleur ami de Carla del Ponte d'un côté, et par ailleurs, il m'impute


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  1   toute sorte de crimes. Nous verrons au cours du procès ce qu'il en est

  2   exactement. Et nous verrons quel est le rôle joué par Carla del Ponte dans

  3   la dissimulation des crimes et des criminels dès lors que les crimes

  4   visaient la Garde serbe, des crimes atroces qui sont tous imputés aux

  5   volontaires du Parti radical serbe. Mais puisque aucun membre du Parti

  6   radical serbe ne peut se voir reprocher le moindre crime, on les impute aux

  7   forces serbes de façon générale qui sont présentées comme responsables de

  8   tout et on parle des hommes d'Arkan, des hommes Djindjic, des Guêpes jaunes

  9   ou de toutes sortes d'autres formations qui portent des noms divers et

 10   variés.

 11   Par ailleurs, l'Accusation va faire venir des témoins qui prétendront que

 12   j'ai encouragé à tuer tous les enfants de couples mixtes, que lors d'un

 13   meeting à Subotica en public, j'aurais dit qu'il fallait assassiner tous

 14   les enfants de couples mixtes. Contre cela, ici, je ne vais pas me

 15   défendre. Je souhaite que vous m'accusiez et que dans un des points du

 16   jugement il soit indiqué clairement que j'ai été condamné parce que j'ai

 17   ordonné que les enfants des couples mixtes soient assassinés. Il y avait 5

 18   000 personnes présentes à ce meeting de Subotica, ces personnes savent que

 19   ce que dit le Procureur est contraire à la vérité, toute la Serbie sait que

 20   c'est contraire à la vérité. Vous ne me sauriez me rendre un meilleur

 21   service que de me condamner en affirmant que j'ai dit cela, alors qu'en

 22   Serbie tout le monde sait que je ne l'ai pas dit et d'ailleurs que je

 23   n'aurais pas pu le dire. Je vous invite à me condamner pour cela. Ce sera

 24   un service historique que vous me rendriez.

 25   Plus loin, le Procureur affirme que : "Nombre de volontaires du Parti

 26   radical serbe et du Mouvement chetnik serbe étaient des criminels bien

 27   connus." Et en note de bas de page, on évoque un témoin. Mais alors

 28   pourquoi est-ce que vous ne convoquez pas à la barre ces personnes, faites


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  1   dire à quelqu'un en public qu'un tel et un tel était un criminel notoire,

  2   il a été mis en prison pour tel acte il a été mis en prison pour tel acte

  3   criminel, et ensuite il est devenu un volontaire du Mouvement radical

  4   serbe. Personne n'a effectué une meilleure sélection des volontaires que le

  5   Mouvement radical serbe, c'est seulement chez nous qu'un volontaire ne

  6   pouvait être admis en tant que volontaire que s'il avait déjà effectué son

  7   service militaire, à l'exception des femmes, parce qu'il y avait pas mal de

  8   femmes qui étaient volontaires aussi chez nous. C'est seulement chez nous

  9   que l'on procédait à des vérifications pour voir s'ils n'étaient pas

 10   alcooliques, s'ils n'étaient pas toxicomanes, s'ils n'avaient pas un casier

 11   judiciaire, et cetera, et cetera.

 12   Et maintenant, on se contente de cette phrase générale, c'était des

 13   criminels bien connus. S'ils étaient des criminels bien connus, donnez leur

 14   nom. L'opinion connaît les noms des volontaires.

 15   Ce que le Procureur présente comme un problème c’est le fait que j’ai assisté

 16   au rassemblement du peuple serbe à Srb où étaient présents aussi les

 17   dirigeants du Parti démocratique serbe, le 25 juillet 1990. Cela

 18   semble poser problème au bureau du Procureur. Mais moi, je suis fier

 19   d'avoir été là-bas et, bien sûr, j'y étais.

 20   On m'accuse aussi d'avoir été à l'origine de la création des régions

 21   autonomes serbes. Moi, je soutenais l'idée de la création de ces régions

 22   autonomes serbes, je suis fier d'avoir défendu cette idée.

 23   Compte tenu du temps qui court, je vais maintenant traiter plus précisément

 24   des accusations retenues contre moi. J'aurais pu, bien sûr, consacrer

 25   davantage de temps à traiter de ces questions plus générales et des

 26   structures du Parti radical serbe, et cetera, mais je suis sûr que je

 27   manquerai de temps pour le faire. Donc je vais maintenant passer en revue

 28   les unes après les autres les charges retenues contre moi. Je pense que


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  1   nous avons encore quelque temps avant la pause, n'est-ce pas ?

  2   Alors, Vukovar, novembre 1991. Les volontaires du Parti radical serbe

  3   étaient à Vukovar, c'est indiscutable, et le Parti radical serbe est encore

  4   fier aujourd'hui de leur comportement. Les volontaires du Parti radical

  5   serbe se sont d'abord battus à Borovo Selo, il y a un endroit de l'acte

  6   d'accusation où le Procureur me reproche cela également. Ils défendaient

  7   les civils serbes là-bas. Il y a même eu un cessez-le-feu, une trêve qui a

  8   été signée à ce moment-là, un genre d'accord de paix avec les autorités

  9   civiles locales.

 10   Les barrages routiers ont été retirés à ce moment-là, les volontaires

 11   sont restés à Borovo Selo, la situation était relativement calme et à ce

 12   moment-là les Croates à bord d'autobus avec de nombreux policiers ont fait

 13   irruption dans Borovo Selo et ils se sont mis à tirer immédiatement. Ce ne

 14   sont pas les Croates qui ont été attaqués à Borovo Selo, ce sont les Croates qui

 15 ont attaqué. Les premières victimes, le premier à mourir a été Vojislav Milic qui

 16 était originaire des environs de Valjevo. C'était un volontaire, membre du Dusan

 17 Silni, qui allait devenir plus tard les Aigles blancs. Mais à ce moment-là ils ne

 18 s’appelaient pas les Aigles blancs. C’étaient des volontaires du Renouveau national

 19   serbe. Et lui était le seul volontaire du Renouveau national serbe, tandis qu’il

 20   y avait seize volontaires du Parti radical serbe. Il a été surpris sans armes

 21   devant le bâtiment où étaient logés les volontaires et tué. Les autres ont

 22   entendu les coups de feu, ils ont saisi leurs armes et ils ont combattu les

 23   policiers croates. Seize d'entre eux ont réussi à l'emporter sur une

 24   centaine au moins de policiers croates, ou même peut-être étaient-ils plus

 25   nombreux, en tout cas les 16 en question étaient des jeunes gens pleins de

 26   bravoure et je suis fier de leur attitude.

 27   Et plus loin dans l'acte d'accusation, on dit que le 12 novembre, ou à peu

 28   près à cette date, je suis arrivé à Vukovar pour rendre visite aux


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  1   volontaires et rehausser le moral des troupes et que lors de ce meeting qui

  2   s'est tenu dans une maison de la rue Nova au numéro 81, où se trouvait le

  3   poste de commandement de la JNA et de la Défense territoriale des Serbes de

  4   la région. Donc j'ai assisté à ce meeting avec d'autres dirigeants du Parti

  5   radical serbe et des officiers de la JNA dont les noms sont fournis,

  6   notamment : Sljivancanin, le capitaine Radic et d'autres, voilà ce qu'on

  7   peut lire dans l'acte d'accusation. Or, cette réunion, ce meeting n'a

  8   jamais eu lieu. Le poste de commandement de la 1ère Brigade des Gardes était

  9   une tente dans la périphérie de Vukovar, et c'est là que s'exerçait le

 10   commandement de la Bridage des Gardes, puis le colonel Mile Mrksic a

 11   organisé un dîner à mon intention, j'y ai assisté. A ce dîner se trouvaient

 12   ses principaux officiers, le colonel d'armée Panic, chef d'état-major de la

 13   1ère Brigade de Gardes qui m'a proposé son casque en cadeau parce que

 14   j'étais venu avec un casque tout petit, enfin ce n'est pas le casque qui

 15   était trop petit pour moi, c'est ma tête est grande, et ce casque ne me

 16   donnait pas une allure acceptable.

 17   Donc, le général d'armée Panic m'a proposé son casque à lui en cadeau. Un

 18   grand nombre d'officiers assistaient à ce dîner mais la réunion dont parle

 19   le bureau du Procureur est une construction de toutes pièces. L'Accusation

 20   a découvert un mensonge qui fonctionne avec la CIA et affirme avoir surpris

 21   des conversations derrière une porte entr'ouverte et avoir pris de notes

 22   sur un carnet de notes. Ce sont le genre de mensonges sur lesquels s'appuie

 23   le bureau du Procureur de ce Tribunal. Moi, je dis que c'est indigne que

 24   pas un seul Oustachi n'aurait dû pouvoir être autorisé à quitter Vukovar

 25   vivants. Et le bureau du Procureur a appelé des témoins pour leur demander

 26   de dire que j'aurais fait une allocution publique devant les troupes. Je

 27   n'ai jamais prononcé un tel discours devant les troupes, je n'ai pas visité

 28   les soldats de Vukovar parce que cela est devenu impossible. Tous les


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  1   groupes supérieurs à deux ou trois hommes étaient empêchés de circuler

  2   parce que les Croates bombardaient à l'aide d'obus de mortier incessamment.

  3   Il n'y a pas eu de réunions publiques, pas de meetings, pas d'allocutions,

  4   rien de ce genre. Je n'essaie même pas de répliquer à cette accusation du

  5   bureau du Procureur selon laquelle j'aurais dit que pas un seul Oustachi ne

  6   devait quitter Vukovar vivants. De la même façon que l'on peut souhaiter la

  7   mort de tous les nazis, j'aurais pu parler de mort pour les Oustachi. Même

  8   il n'est pas possible que je l'aie fait à ce moment-là dans les conditions

  9   indiquées parce que je n'ai pas pu assister à une telle réunion. Et même

 10   observation de ma part pour le fait que j'aurais dit qu'il fallait tuer

 11   tous les prisonniers de guerre.

 12   On affirme également que les volontaires du Parti radical serbe ont

 13   participé à la liquidation des prisonniers de guerre à Ovcara et à Velepromet.

 14   Moi, je dispose de déclarations de six chauffeurs d'autobus qui ont témoigné

 15   avoir personnellement conduit des volontaires du Parti radical serbe en Serbie

 16   dès la libération de Vukovar. Ces hommes sont entrés chez eux à toute vitesse

 17   pour changer de tenue, prendre un bain, et cetera. Certains d'entres eux

 18   ont peut-être passé encore quelque temps à Vukovar. Peut-être certains y

 19   sont-ils restés, mais s'ils l'ont fait, ils l'ont fait parce qu'ils l'ont

 20   décidé personnellement. Un procès très important est en cours à Belgrade au

 21   sujet de ce qui s'est passé à Ovcara. Il n'y a qu'un seul volontaire du

 22   Parti radical serbe en cause, c'est Zoran Katic, entre autres. Le jugement

 23   à son égard a été un jugement d'acquittement. Lisez donc le texte de

 24   jugement prononcé par la cour spéciale de Belgrade.

 25   Le bureau du Procureur de ce tribunal poursuit en disant que Milan

 26   Lancuzanin, surnommé Kameni, était un Chetnik convaincu. Oui, il était

 27   convaincu, mais il a été la première victime de mon procès par ce Tribunal.

 28   Parce que le régime traître pro-occidental de Belgrade a fait des


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  1   marchandages avec le bureau du Procureur de La Haye pour condamner Milan

  2   Lancuzanin, Kameni, à tout prix, même s'il n'était responsable d'aucun

  3   crime. Je ne sais pas qui sont les personnes réellement responsables. Je ne

  4   connais pas leurs noms. J'affirme que pas un seul volontaire du Parti

  5   radical serbe n'a participé aux assassinats d'Ovcara et de Velepromet, et

  6   j'affirme que Kameni n'a rien fait dans ce contexte. Lorsque je lui ai posé

  7   des questions plusieurs années plus tard, il a juré devant moi sur tout ce

  8   qu'il avait de plus sacré qu'il n'avait rien fait et je le crois, c'est un

  9   homme honorable. Mais ce n'était pas un des volontaires du Parti radical

 10   serbe envoyés à Vukovar, il était né à Vukovar. Il a commandé le

 11   détachement de la Défense territoriale de Vukovar, Leva Supoderica, en tant

 12   que capitaine de réserve de première classe de la JNA, et il a commandé ses

 13   propres concitoyens à ce moment-là, alors que le commandant de la Brigade

 14   des Gardes a décidé plus tard que les volontaires du Parti radical serbe

 15   qui se trouvaient dans la caserne de Bubanj Potok devaient être rattachés à

 16   ce détachement, et donc c'est de cette façon que le détachement en question

 17   est passé sous le commandement de la 1ère Brigade des Gardes.

 18   A ce moment-là, Milan Lancuzanin, surnommé Kameni, a effectivement rejoint

 19   le Parti radical serbe, après en avoir été volontaire, et il est donc

 20   devenu adhérent ou membre du parti. Je l'ai élevé au grade de voïvodat,

 21   parce que c'était un homme plein de bravoure, plein de courage au combat,

 22   et en le faisant voïvode, j'ai récompensé sa bravoure au combat. Ceci n'est

 23   mentionné nulle part dans les documents du bureau du Procureur.

 24   De façon à me faire au moins porter moralement la responsabilité des crimes

 25   d'Ovcara, il faudrait apporter la preuve que ce sont bien des volontaires

 26   du Parti radical serbe qui sont responsables de ces actes. Or, s'ils

 27   étaient rentrés en Serbie avant les crimes en question, je n'ai évidemment

 28   aucune responsabilité morale à cet égard.


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  1   J'ai entendu parler du crime plus d'un an plus tard, peut-être même deux

  2   ans plus tard, par rapport à l'heure des événements. Quelqu'un a parlé de

  3   Topola comme ayant un lien avec la commission de ces crimes. Moi, je ne me

  4   rappelle aucun homme qui s'appellerait Topola. Il n'est pas impossible

  5   qu'un homme portant ce surnom ait fait partie des volontaires, mais s'il

  6   est resté à Vukovar après la libération de Vukovar, tout ce qu'il y faisait

  7   était de sa responsabilité personnelle. Je ne suis pas chargé de courir

  8   derrière chacun des volontaires pour voir ce qu'il fait une fois que la

  9   mission qui lui a été confiée s'est achevée, mission confiée par le Parti

 10   radical serbe.

 11   Le bureau du Procureur affirme que j'ai envoyé plus tard ce  même

 12   Topola à la guerre en Bosnie-Herzégovine. Ceci est contraire à la vérité.

 13   Parce que tout homme qui se serait rendu coupable d'une grave infraction à

 14   la discipline en Slavonie était exclu du Parti radical serbe, et nous ne

 15   l'aurions envoyé nulle part par la suite. Il était exclu. Il ne faisait

 16   plus partie du Parti radical serbe. Je vous citerais un exemple, celui de

 17   Vojin Vuckovic, surnommé Zuca, qui était très indiscipliné en Slavonie et

 18   qui lui-même a dit qu'il avait quitté le Parti radical serbe parce qu'il

 19   n'en appréciait pas la politique. La politique ne lui disait rien, ne lui

 20   plaisait pas. Mais, bien sûr, l'Accusation va chercher toutes sortes de

 21   prétextes pour présenter les choses autrement.

 22   Alors, s'agissant de Vocin, aucun crime n'a été commis là-bas par un

 23   quelconque volontaire du Parti radical serbe. La seule chose qui est vraie,

 24   c'est que le commandant sur les lieux était Radovan Novacic, c'était un

 25   homme très bien, plein d'honneur, qui a perdu une jambe à la guerre, et qui

 26   n'a commis aucun crime. Les volontaires du Parti radical serbe, à l'époque

 27   des crimes présumés, défendaient Masic, Sagovina, et Masic-Sagovina c'était

 28   le dernier rempart, la dernière voie de retraite ouverte aux forces serbes.


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  1     Au cours d’une seule journée, onze de nos volontaires ont été

  2     tués à Masicka Sagovina. D’autres, blessés, dont une jeune fille,

  3     Dusica Nikolic, ont été faits prisonniers. Emmenés dans une prison

  4     croate, ils y ont subi toutes sortes de sévices; c’était du

  5     défoulement, au sens propre du terme, mais ils ont tous été

  6     libérés six mois plus tard et aucun d’entre eux n’a été

  7     traduit en justice.

  8   Alors, certains crimes ont eu lieu en Slavonie occidentale, et un

  9   crime a été commis à Vukovar, à Ovcara et Velepromet. Un groupe d'officiers

 10   a été jugé. On a appelé les responsables présumés la troïka de Vukovar, le

 11   commandant de la Brigade des Gardes, Mile Mrksic, a été condamné. Radic a

 12   été acquitté, Sljivancanin a été condamné, mais il y a une chose que ce

 13   procès n'a pas permis d'établir, à savoir qui a donné l'ordre de remettre

 14   aux autorités civiles les volontaires qui se trouvaient à l'hôpital de

 15   Vukovar, qui a ordonné qu'ils soient remis aux autorités civiles de la

 16   région autonome de Slavonie, du Baranja et du Srem occidental. Cet ordre

 17   n'aurait pas pu venir du commandant de la Brigade des Gardes. Il n'a pas pu

 18   être donné non plus par le commandant de la Brigade de Kragujevac. Il a été

 19   donné par celui qui a exercé le commandement après la libération de

 20   Vukovar. Le Tribunal n'a même pas essayé de se prononcer sur ce sujet. Mais

 21   moi, je vais vous le dire aujourd'hui. Je vais vous dévoiler un secret

 22   important.

 23   Les crimes de Vukovar sont tous liés les uns aux autres. Le général

 24   Aleksandar Vasiljevic, chef du service de sécurité militaire de la JNA, est

 25   venu sur place en personne pour organiser ce crime. Pourquoi ? Parce que la

 26   haute direction de la JNA croyait encore, à cette époque-là, à la

 27   possibilité d'une intervention américaine, intervention américaine qui

 28   aurait pu avoir pour résultat la restauration de l'importance de la JNA


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  1   dans la restauration d'un ordre antérieur, un ordre public correspondant à

  2   celui qui avait cours à l'époque du régime de Tito. En 1990, ces hommes ont

  3   créé leur propre mouvement, le Mouvement pour la Yougoslavie était le nom

  4   de ce mouvement qui était dirigé par le général à la retraite Branko

  5   Mamula, par Veljko Kadijevic, Blagoje Adzic, Aleksandar Vasiljevic, qui en

  6   étaient les principaux membres de ce nouveau parti, et il a commencé à

  7   fonctionner en 1991 et dans la période ultérieure.

  8   La direction de l'armée et le service de sécurité militaire de

  9   l'armée avaient besoin de crimes, de crimes imputables aussi bien à des

 10   Serbes qu'à des Croates, de façon à trouver là une justification suffisante

 11   pour une intervention militaire qui pourrait faire tomber du pouvoir aussi

 12   bien Milosevic à Belgrade, que Franjo Tudjman à Zagreb. Le service de

 13   sécurité militaire a organisé la commission de crimes des deux côtés à la

 14   fois. La sécurité militaire a été à l'origine de l'explosion du bâtiment

 15   municipal qui était mis à la disposition des Juifs de Zagreb. Ce service de

 16   sécurité militaire était à l'origine de l'explosion du cimetière juif de

 17   Zagreb, qui avait pour but de tourner l'opinion publique mondiale contre

 18   Tudjman. 

 19   Même chose pour les crimes qui ont été provoqués du côté serbe, car ils

 20   avaient également pour but d'ouvrir la voie à un règlement de comptes avec

 21   les nationalistes serbes.

 22   Aleksandar Vasiljevic en personne a fait venir les Aigles blancs en

 23   Slavonie occidentale. Les Aigles blancs ont été amenés sur place en

 24   contradiction avec les voies utilisées d'habitude par les volontaires du

 25   Parti radical serbe lorsqu'ils se rendaient quelque part sur le front. La

 26   caserne de Bubanj Potok et les autobus officiels de la JNA ont été utilisés

 27   en Slavonie occidentale. Le commandant de la Défense territoriale de la

 28   Slavonie occidentale, qui était un colonel d'active, Jovan Trbojevic, a eu


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  1   son rôle à jouer. Voilà quelle était la voie normale pour envoyer des

  2   volontaires à un endroit ou un autre, mais Vasiljevic lui, il avait ses

  3   propres voies. Aleksandar Vasiljevic a retiré à la banque de Vukovar

  4   plusieurs millions de marks allemands. C'était un butin qu'il devait

  5   normalement rendre au service de sécurité militaire à la banque yougoslave,

  6   mais il ne l'a jamais fait. Toute trace de cet argent a disparu.

  7   Aleksandar Vasiljevic était venu sur place pour témoigner en tant que

  8   témoin public dans le procès de Milosevic. Une partie de sa déposition

  9   s'est faite à huis clos partiel, mais la majorité s'est faite en audience

 10   publique. L'Accusation ne lui a jamais demandé de témoigner en revanche

 11   durant le procès intenté à la troïka de Vukovar. Pourquoi ? Pourquoi est-ce

 12   que cet homme n'a pas été appelé à témoigner contre moi ? J'aurais beaucoup

 13   apprécié. Le bureau du Procureur ne lui a pas demandé de faire ça, parce

 14   que ce n'est pas la vérité qui l'intéresse. Ce qui intéresse le bureau du

 15   Procureur, c'est de me poursuivre en justice pour des motifs politiques et

 16   autres. Le bureau du Procureur n'a absolument rien à faire des crimes qui

 17   ont été organisés à Ovcara et en Slavonie occidentale.

 18   Jusqu’en mai 1992, des menaces importantes de coups d'Etat militaires ont existé.

 19   Borisav Jovic ainsi que d'autres l'a confirmé, ce fait. La mobilisation en

 20   Serbie n'a pas réussi en 1991 parce que Milosevic avait peur d'un putsch

 21   militaire, c'est la raison pour laquelle son régime n'a rien fait pour

 22   organiser la mobilisation des citoyens. Il a préféré s'appuyer uniquement

 23   sur les volontaires pour les verser dans les rangs de la JNA, parce qu'il

 24   savait que la direction militaire ne pourrait pas instrumentaliser les

 25   volontaires aux fins de mener à bien un coup d'Etat militaire, or c'était

 26   l'objectif qui était le sien. Le taux de mobilisation en Serbie n’était que

 27   de quelques pour cent, tandis qu’au Monténégro il était de plus de 100%.

 28   Cela ne vient pas du fait que les Serbes sont des


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  1 lâches. Cela vient du fait que le régime serbe ne voulait pas un succès plein et

  2 entier de la mobilisation, et que bien sûr plusieurs partis politiques agissaient

  3 contre cette mobilisation pour défendre leurs propres intérêts. Toutefois, lorsque

  4 le danger d'un coup d'État militaire a disparu, en 1998, avant l’agression de

  5 l’OTAN, alors les Serbes ont répondu à plus de 100% à l’appel de mobilisation,

  6   parce que les Serbes sont un peuple de braves, un peuple de héros prêts à

  7   défendre leur pays en toutes circonstances. Ce ne sont pas des lâches,

  8   contrairement à ce que l'Accusation essaie de dire à l'image d'eux que le

  9   bureau du Procureur essaie de donner en 1991.

 10   Aleksandar Vasiljevic a été jugé à Belgrade en raison du scandale de

 11   Zagreb, mais il n'a été condamné qu'à une peine faible, et tout cela

 12   n'était qu'une énorme entreprise de dissimulation.  Plusieurs scandales ont

 13   eu lieu, Opera, entre autres, et d'autres affaires. Ceux qui connaissent

 14   les services de sécurité militaire savent bien ce qui constitue le plus

 15   grand danger pour la sécurité de l'Etat.

 16   Alors, Bijeljina maintenant. Il n'y a jamais eu de volontaires du Parti

 17   radical serbe à Bijeljina. Au cours du conflit opposant les Serbes et les

 18   Musulmans à Bijeljina en avril 1992 ou peut-être jusqu'à la fin mars, des

 19   représentants locaux du Parti radical serbe ont participé aux

 20   affrontements. Je veux parler notamment de Mirko Blagojevic de Bijeljina,

 21   qui a participé à cet affrontement, mais sans jamais commettre le moindre

 22   crime. Les hommes d'Arkan et les hommes de Mauzer, qu'on ne vienne pas me

 23   parler d'eux. Pas un seul membre du Parti radical serbe en revanche n'a été

 24   envoyé à Bijeljina. Pas un seul, je vous le dis, et donc je ne vois pas

 25   pourquoi j'aurais besoin de parler de Bijeljina.

 26   Même remarque pour Brcko. Au cours des combats à Brcko, il n'y a pas eu un

 27   seul volontaire du Parti radical serbe. Il y a des endroits où les

 28   volontaires du Parti radical serbe étaient nombreux. Or, il est intéressant


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  1   que les charges retenues contre moi dans l'acte d'accusation ne reposent

  2   que sur des endroits où ils n'étaient pas présents. Parlons de Skelani,

  3   du plateau de Nisic et d’autres, mais ça, ça ne fait pas l'objet

  4   d'une seule accusation contre moi. Vous avez utilisé des lieux, des

  5   localités où ne se trouvait pas un seul volontaire du Parti radical serbe.

  6   Et puis : "Il y a ce lien établi entre les volontaires de Seselj et

  7   les Tigres d'Arkan." Ça, c'est indigne. Il n'y a jamais eu action

  8   coordonnée ou conjointe entre les volontaires du Mouvement radical serbe et

  9   les Tigres d'Arkan. Les volontaires du Parti radical serbe avaient des

 10   instructions très strictes leur imposant de ne pas se mêler aux hommes

 11   d'Arkan où que ce soit, de ne pas se mêler à quelque moment que ce soit aux

 12   Guêpes jaunes, ou aux hommes de Mauzer, ou aux Aigles blancs, aux hommes de

 13   Mauzer, aux Aigles blancs ou à la Garde serbe, et à toutes les variétés de

 14   ces formations, entre autres les Bérets rouges. Des instructions politiques

 15   strictes étaient données aux volontaires du Parti radical serbe à cet

 16   effet. Pourquoi ? Parce que nous avions des raisons importantes pour donner

 17   de telles instructions, mais je ne vais pas en discuter ici, car je n'ai

 18   pas obligation de le faire. Ce n'est pas ce que je vous dois. Je vais

 19   parler des accusations qui ont été retenues contre moi pour des crimes et

 20   autres.

 21   M. LE JUGE ANTONETTI : [chevauchement] -- la pause. Je crois que

 22   malheureusement, on ne peut pas faire une pause de moins de 20 minutes à

 23   cause du temps pour le changement de la bande. A l'issue de la pause à 12

 24   heures 40, nous reprendrons donc l'audience et a priori aux environs de 13

 25   heures 45 vous aurez eu quatre heures d'audience.

 26   Donc grosso modo, il vous reste une heure et quelques pour terminer. Voilà

 27   ce que voulais vous indiquer.

 28   Nous nous retrouvons dans 20 minutes.


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  1   Mme LE JUGE LATTANZI : Je voulais demander à M. Seselj s'il pouvait quand

  2   même être si gentil et finir dix minutes, une quart d'heure avant, parce

  3   qu'après on a encore une autre audience, deux d'entre nous. Donc s'il

  4   pouvait finir pour 1 heure 30 ou 35, je lui serais très, très

  5   reconnaissante.

  6   M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Nous nous retrouvons donc dans 20 minutes.

  7   --- L'audience est suspendue à 12 heures 21.

  8   --- L'audience est reprise à 12 heures 40.

  9   M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. L'audience est reprise à 12 heures 40. Je

 10   donne la parole à M. Seselj.

 11   L'ACCUSÉ : [interprétation] Puis-je continuer ?

 12   Je me propose d'en terminer avec ma déclaration de l'accusé jusqu'à 1

 13   heure 30 afin de répondre aux nécessités exprimées par Madame le Juge

 14   Lattanzi. Mais j'espère qu'en autre occasion lorsque j'aurai besoin de

 15   rallonger de 20 minutes un contre-interrogatoire, j'espère que vous aurez

 16   de la compréhension à mon égard également. Merci.

 17   J'ai commencé à parler des événements à Bosanski Samac. Effectivement, là-

 18   bas il y a eu plusieurs individus qui avaient, auparavant été des

 19   volontaires du Parti radical serbe, entre autres, Srecko Radovanovic,

 20   surnommé Debeli. Il était tellement bon combattant, si mes souvenirs sont

 21   bons, qu'il est devenu commandant de la brigade ou adjoint de commandant de

 22   la 2e Brigade de la Semberija, je n'arrive plus à m'en souvenir exactement.

 23   Alors, comment se sont-ils trouvés là-bas ? Après la libération de Vukovar,

 24   et Srecko Radovanovic se trouvait être un volontaire en Slavonie, l'armée

 25   avait choisi les plus aptes des volontaires et leur a proposé d'aller

 26   suivre un entraînement spécial. Je ne sais plus où se trouvait ce

 27   campement. Et Srecko Radovanovic s'est adressé à moi pour me demander

 28   quelle était mon opinion. Je suis tombé d'accord pour ce qui était d'aller


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  1   à cet entraînement, et après cette formation, il est parti, et un groupe où

  2   il n'y avait pas que des membres du Parti radical serbe a été envoyé à

  3   Samac à bord d'hélicoptères de la JNA. C'est ainsi que, de façon régulière,

  4   il faisait partie à part entière de la JNA. Je ne sais pas s'il y a eu des

  5   crimes de commis à Samac ou pas, mais je sais que Srecko Radovanovic jamais

  6   n'a commis aucun crime de guerre. 

  7   Et bien que j'aie eu des conflits avec lui sur d'autres sujets au

  8   sein du Parti radical serbe, et il a dû quitter le parti, et cetera. Mais

  9   lui n'est certainement pas un tribunal de guerre. Alors, Dragan Djordjevic,

 10   surnommé Crni, et d'autres, ça, je ne sais pas qui c'est. On dit que

 11   Slobodan Miljkovic, surnommé Lugar, appartenait au service de Sûreté de

 12   l'Etat de Serbie. Je ne le sais pas. Je sais qu'à un moment donné, il s'est

 13   affilié au Parti radical serbe à Kragujevac, mais il a vite été expulsé, et

 14   ensuite il a été tué dans un conflit avec un membre de la Sûreté de l'Etat.

 15   Alors, de là à savoir ce qui s'est passé dans tout cela, je ne le sais pas,

 16   et en l'occurrence, cela m'intéresse peu.

 17   Pour ce qui est de Zvornik, tout d'abord, le bureau du Procureur mentionne

 18   un rassemblement ou un meeting à Zvornik en mars 1992, où j'aurais

 19   prétendument tenu un discours, et dit : "Chers frères chetniks, notamment

 20   vous de l'autre côté de la Drina, c'est vous qui êtes les plus courageux.

 21   Nous allons nettoyer la Bosnie de ses impies, et nous allons leur montrer

 22   la route vers l'est. C'est là qu'ils doivent appartenir." Alors, eux, ils

 23   n'ont pas dit "infidèles" ils ont dit "païens". Alors, je pense vous avoir

 24   déjà dit que je ne suis pas capable de m'exprimer de façon aussi primitive.

 25   Je tiens des discours enflammés. Ils peuvent même inciter à la guerre, mais

 26   ils ne sont jamais aussi bêtes, parce que quand j'étais à l'école primaire,

 27   même là, je ne m'exprimais pas de façon aussi primitive, parler de païens,

 28   ou de gens qui ne savent pas ce que c'est qu'une divinité. D'abord, les


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  1   Musulmans, je ne les ai jamais considérés comme étant des païens, ou des

  2   gens qui ne savaient pas ce c'était une divinité.

  3   L'Islam est une religion qui constitue une suite directe du Judaïsme

  4   et de la Chrétienté. Ils connaissent l'Ancien et le Nouveau Testament. Ils

  5   ne reconnaissent pas Christ comme étant un dieu, mais ils savent que c'est

  6   un prophète de Dieu. Et Mohammed, dans le Coran, dit que Isha [phon], le

  7   fils de Jérémiah [phon] jusqu'à la fin des temps viendra juger les uns et

  8   les autres. C'est juste un primitif qui peut dire cela en mon nom,

  9   quelqu'un qui n'a aucune éducation en matière religieuse, ou quoi que ce

 10   soit d'autre. Alors, je pouvais parler de pan-islamistes et d'intégristes,

 11   je ne pouvais pas les qualifier de "païens" mais je pouvais les qualifier

 12   d'"impurs". Alors ça, c'est un problème qui est celui de vos traducteurs.

 13   Parce que depuis la création de ce Tribunal, il y a énormément de Croates à

 14   embaucher pour ce qui est des employés du territoire de l'ex-Yougoslavie,

 15   il y a beaucoup plus de Croates que de Serbes, Musulmans, Albanais,

 16   Macédoniens, et le reste tout ensemble. C'est une politique du Tribunal. Le

 17   Tribunal est bien entendu anti-Serbes et je n'en suis guère étonné.

 18   Mais le problème survient lorsque l'on parle de traduction, parce

 19   qu'en application des accords de Vienne, en 1850, à l'occasion des réunions

 20   d'intellectuels éminents Serbes et Croates, les Croates ont accepté le

 21   serbe comme étant leur langue littéraire, parce que leur langue a été

 22   négligée. Ils parlaient soit le latin, soit le hongrois, soit l'allemand.

 23   Ils n'avaient pas de littérature dans leur propre langue. Donc ils ont

 24   accepté la langue serbe, et à partir du moment où ils ont accepté cette

 25   langue, ils ont commencé à la déformer avec des expressions artificielles.

 26   Et de nos jours encore, ils fabriquent des mots nouveaux. Et des fois, il

 27   faut investir des efforts énormes pour comprendre la signification de leurs

 28   propos. Parce que vous avez ici des prisonniers croates, des détenus. Quand


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  1   ils sortent d'ici, au bout de quelques années, ils ne sauront plus parler

  2   cette langue nouvellement créée en Croatie. En langue serbo-croate, il y a

  3   une différence très nette entre "pogani" et "pagani". "Pagani", les païens,

  4   ce sont des gens qui ont plusieurs divinités. "Pogan," c'est une espèce

  5   d'excrément, d'impureté. Je ne vais pas me servir d'un terme plus vulgaire.

  6   Et là, la différence est très nette. Donc, l'erreur peut être faite par des

  7   traducteurs. J'aurais pu parler d'excréments intégristes, mais parler de

  8   païens, non, je ne suis pas si bête. C'est impossible.

  9   Aux yeux du Procureur, cela était possible, et aux yeux des

 10   traducteurs, cela est possible aussi, ils ont déformé la langue serbe, et

 11   tous les jours ils inventent des mots nouveaux. Les volontaires du Parti

 12   radical serbe ont participé en début avril 1992 à la libération de Zvornik.

 13   Auparavant, Zvornik était prise par des formations paramilitaires

 14   musulmanes. En mars et avril 1992, tout ce qui n'était pas JNA, c'était des

 15   formations paramilitaires. Les Serbes ont dû fuir Zvornik. Ensuite, dans

 16   une contre-offensive, les Serbes ont pris Zvornik, et il y a eu

 17   participation des volontaires du Parti radical serbe, sous le commandement

 18   de la JNA. Il y a eu deux groupes de volontaires : l'un a été envoyé depuis

 19   Belgrade, de notre QG de guerre, dont j'ai parlé, et l'autre a été créé par

 20   le comité municipal de notre parti à Loznica. Et ces groupes se sont

 21   trouvés à Zvornik à compter du 8 avril, jusqu'à la chute de cette ville

 22   forteresse. C'est une place sur les hauteurs de Zvornik, et c'est en

 23   dernier lieu que c'est tombé le 23 avril. Alors, c'est là que les

 24   volontaires sont revenus, et il est resté un tout petit groupe pour

 25   sécuriser la ligne de front, face à Tuzla. Mais ce groupe aussi est revenu

 26   durant la première quinzaine du mois de mai.

 27   Lorsque la JNA n'est retirée de la Bosnie-Herzégovine, à savoir le 19

 28   mai, à Zvornik, il n'y avait plus eu du tout de volontaires du Parti


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  1   radical serbe. Les volontaires ont participé uniquement au combat. Nulle

  2   part, les volontaires du Parti radical serbe, ni à Zvornik ni ailleurs,

  3   n'ont tenu des centres de détention, n'ont tenu des prisonniers, n'ont mis

  4   en détention, mis aux arrêts ou quoi que ce soit de ce genre, absolument

  5   nulle part. Or, ici, on dit : les forces serbes, y compris les volontaires.

  6   On ne peut pas identifier les volontaires du Parti radical serbe comme

  7   étant des auteurs de crimes, alors ils se servent de la notion plus large

  8   en disant forces serbes, parmi lesquelles il y avait des volontaires. Or,

  9   c'est une construction ridicule. Les volontaires du Parti radical serbe qui

 10   ont été envoyés depuis Belgrade ont été commandés par Miroslav Vukovic

 11   Cele. Au mois de mai, il a quitté Zvornik, fin mai 1992, il était avec moi

 12   à Podgorica, et il a été blessé dans un attentat. On a jeté une grenade sur

 13   moi, et l'un des volontaires a eu la présence d'esprit -- ils étaient à

 14   proximité, ils étaient là pour sécuriser la réunion, et il a donné un coup

 15   de pied à cette grenade pour la balancer sous une voiture. Miroslav Vukovic

 16   a dit que c'était lui qui l'avait fait. Là aussi, il y a eu contestation.

 17   Un autre homme de Pancevo a dit que c'était lui qui l'avait fait, mais nous

 18   avons attribué ce fait à Miroslav Vukovic. Et Miroslav Vukovic a été blessé

 19   du fait d'éclats de grenade. J'ai été blessé moi aussi, mais je n'ai pris

 20   qu'un éclat. Et lui, il a été blessé aux deux jambes, et au bas-ventre.

 21   Alors, c'est ce qui prouve que fin mai ou deuxième quinzaine de mai, il ne

 22   pouvait pas être à Zvornik.

 23   Alors, de là à savoir ce qui s'est passé par la suite là-bas, point

 24   n'est utile de me fatiguer avec. Nous avons remporté la victoire dans les

 25   combats pour Zvornik. Si maintenant quelqu'un par la suite est venu

 26   enfreindre les lois, il doit être poursuivi. Stratégiquement, Zvornik,

 27   c'était une ville très importante pour la Republika Srpska, c'est pour cela

 28   qu'il fallait libérer Zvornik. Il fallait arracher Zvornik aux mains des


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  1   Musulmans et des formations paramilitaires musulmanes. Pour ce qui est de

  2   ce qui s'est produit par la suite, doit en assumer la responsabilité celui

  3   qui a commis des crimes. A vous de le déterminer. Mais ce qui m'intéresse,

  4   c'est de savoir comment on va mettre cela en corrélation avec moi. Ça ne va

  5   pas pouvoir se faire partant du concept d'entreprise criminelle commune.

  6   Maintenant, pour ce qui est de Sarajevo, il y a trois sites qui sont

  7   en corrélation avec trois hommes. D'abord, il y a Ilijas. Et je vais tout

  8   d'abord procéder à des raccourcissements. On aura le temps lors de

  9   l'audition des témoins de l'Accusation de se pencher sur les détails.

 10   Vasilije Vidovic, surnommé Vaske, était un volontaire du Parti radical

 11   serbe à Benkovac, en Dalmatie, en 1991. Il s'est battu en héro.

 12   A la fin de la guerre, suite au plan Vance, il est revenu dans sa localité

 13   natale, qui s'appelle Ilijas. Il n'a pas été envoyé là-bas par le Parti

 14   radical serbe. Au début de la guerre à Ilijas, il a été formé une unité

 15   dont il a été commandant. Jamais le Parti radical serbe n'a envoyé vers

 16   cette unité des volontaires de Belgrade. Et pendant la guerre, j'ai

 17   effectivement visité deux fois Ilijas. J'ai rendu visite à son unité. J'ai

 18   une confiance tellement illimitée à en cet homme, que lorsque les Serbes

 19   ont dû quitter après les accords de Dayton cette localité d'Ilijas, je l'ai

 20   emmené à Belgrade et je l'ai nommé chef de mes effectifs de sécurité

 21   personnelle. Pour moi, c'est quelqu'un de moral sans tache aucune.

 22   Je ne crois pas qu'il ait pu commettre quelque crime que ce soit, et

 23   quand bien même ce serait le cas, qu'est-ce que cela peut bien avoir à

 24   faire avec moi ? Alors, on dit qu'il avait un crâne humain sur sa voiture.

 25   Est-ce qu'on a déterminé si c'était un vrai crâne ou un crâne en matière

 26   plastique ? Si c'était un vrai, de quand datait-il ? Alors, on prétend que

 27   c'était le crâne d'un Musulman. Mais alors sur le capot il devrait y avoir

 28   un casque musulman, et ça vous l'avez passé sous silence. Sur le crâne, on


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  1   avait mit un casque bleu de la FORPRONU des Nations Unies, et si Vaske

  2   Vidovic voulait faire peur à quelqu'un avec ce crâne, ce n'était pas les

  3   Musulmans, parce qu'eux il n'y en avait pas dans son entourage. Il y avait

  4   les forces des Nations Unies. Maintenant, si faire peur aux forces des

  5   Nations Unies est un crime de guerre, vous pouvez inaugurer ou mettre en

  6   place, créer ce crime au pénal également.

  7   On affirme qu'il a commis des crimes vis-à-vis de civils ou vis-à-vis

  8   de détenus. Je crois qu'il n'est point nécessaire de le commenter, mais ce

  9   sont là des inventions pures et simples. Alors s'agissant des volontaires

 10   du Parti radical serbe au début de la guerre sur le territoire de Sarajevo,

 11   il y en a eu à Grbavica. Les volontaires là-bas sont arrivés sous le

 12   commandement de Branislav Gavrilovic, Brne. Il est venu personnellement à

 13   bord d'un hélicoptère de la JNA. Les forces militaires musulmanes et les

 14   volontaires se sont battus pour Grbavica.

 15   Il y a eu un groupe de volontaires qui s'est fait capturé à Hrasno.

 16   C'est la continuation de Grbavica. Il y avait un grand péril de les voir

 17   tous abattus, et Gavrilovic m'a appelé à Belgrade pour intervenir à Pale,

 18   pour demander de l'aide. Je l'ai fait. Puisque vous avez des conversations

 19   téléphoniques mises sur écoute, vous devez le savoir. Lorsque Grbavica a

 20   été fermement mise sous l'autorité des Serbes, les volontaires sont revenus

 21   à Belgrade, en Serbie. Mais Branislav Gavrilovic étant né à Sarajevo, il

 22   est resté dans sa ville natale, puis il est passé à Ilidza pour faire

 23   partie des rangs de la Brigade d'Ilidza dans les rangs de la VRS.

 24   On dit que là-bas quatre prisonniers auraient été malmenés par lui, et il y

 25   en aurait eu un de tué, un Serbe notamment qui faisait partie des rangs des

 26   forces musulmanes. Je ne pense pas qu'il soit raisonnable d'en discuter. Je

 27   ne pense pas que ce soit le cas. Quand bien même cela serait le cas,

 28   pourquoi aurais-je à me pencher dessus ? Peut-être avait-il des raisons


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  1   particulières privées datant d'avant la guerre. Qui sait ? Alors, on

  2   m'attribue tout cela en vrac, et maintenant il faudrait que je me penche

  3   sur ce qui s'est passé. Pour ce qui me concerne, il ne s'est rien passé du

  4   tout parce que lui à ce moment-là n'était pas un volontaire du Parti

  5   radical serbe.

  6   Slavko Aleksic au début de la guerre était membre du Parti démocratique

  7   serbe, et il était responsable de ce Parti démocratique serbe à Novo

  8   Sarajevo. Lorsque la guerre a éclaté, il s'est avéré être très courageux et

  9   un brave. Il est vite devenu un officier de l'armée de la Republika Srpska.

 10   Il a tenu le point le plus névralgique du front de Sarajevo, à savoir le

 11   cimetière des Juifs. Il y avait tous les jours des combats acharnés à ce

 12   niveau-là. Le Parti radical serbe est fier de son héroïsme, mais ce n'était

 13   pas un volontaire que nous avons envoyé de Belgrade vers le front. C'était

 14   un homme de Sarajevo. C'est en 1992 qu'il est devenu membre du Parti

 15   radical serbe. Dans son unité, il n'y avait pas de volontaires du Parti

 16   radical serbe que nous aurions envoyé depuis la Serbie. Il avait des

 17   volontaires, mais venus des pays différents. Il y avait des Russes; il y

 18   avait des Bulgares; il y avait de Roumains; des Grecs; il y avait même un

 19   Japonais. J'ai même personnellement fait la connaissance de ce Japonais.

 20   Tous les crimes éventuellement attribués à Slavko Aleksic ont été inventés

 21   de toutes pièces, ça a été attribué à lui de façon tout à fait erronée. Je

 22   n'ai pas de raison pour le moment personnellement de le défendre, parce que

 23   lorsque Biljana Plavsic a trahi la Republika Srpska, lui il a suivi après

 24   cela Biljana Plavsic, et j'ai interrompu tout contact avec lui. Il m'a déçu

 25   sur le plan politique, mais pendant la guerre c'était un combattant sans

 26   reproche.

 27   Mostar. D'abord, comprenons-nous bien. En Herzégovine, il y avait deux

 28   groupes de volontaires. Premier groupe 1992 à Mostar sous le commandement


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  1   d'Oliver Dennis Barrett, qui est albanais de nationalité, et qui s'appelle

  2   en fait Mujo Bunjaku, c'est son vrai nom. Ce n'est pas moi qui l'ai forcé à

  3   changer de nom. Moi, je le respectais, je considérais que c'était un homme

  4   d'honneur, mais lui personnellement pour une raison ou pour une autre a

  5   décidé de choisir le nom Oliver Dennis Barrett selon un héros de "Une

  6   histoire d'amour". Vous vous rappellerez peut-être ce film tourné en 1966,

  7   qui a eu un très grand succès et qui s'appuyait sur ce roman d'amour. Il

  8   est resté là-bas jusqu'en mai 1992. En mai 1992 il était avec moi à la

  9   réunion de Podgorica, et il a été blessé gravement par la grenade qui a été

 10   lancée à cet endroit ce jour-là. Il a eu des blessures importantes aux

 11   jambes. Il est rentré à Belgrade. C'est Branislav Vakic qui a pris le

 12   commandement en Herzégovine. Vous n'imputez pas un seul crime, ni à Oliver

 13   Dennis Barrett ni à celui qui lui a succédé. Vous imputez ces crimes à des

 14   gens qui n'avaient pas le moindre rapport avec le Parti radical serbe, et

 15   vous dites qu'ensuite j'en suis responsable.

 16   Un certain Arsen Grahovac, ça vous le citez. Vous dites qu'il faisait

 17   partie du Mouvement chetnik-serbe, qu'il tenait un petit café qui

 18   s'appelait Ravna Gora, et que ce café était fréquenté par des hommes du

 19   Parti radical serbe. Moi, ce Arsen Grahovac, je ne l'ai jamais rencontré de

 20   ma vie, mais mes collaborateurs ont fait des recherches de très fouillées

 21   sur sa vie. Arsen Grahovac était membre du Parti serbe du Renouveau. A

 22   Nevesinje, il était candidat aux élections municipales pour ce parti, pour

 23   ce Mouvement de Renouveau serbe. Il a été tué en 1993. Nevesinje était une

 24   place forte du Mouvement de Renouveau serbe. Il y avait trois fois plus de

 25   députés du Mouvement de Renouveau serbe provenant de Nevesinje que de

 26   députés du Parti démocratique serbe.

 27   Alors, vous dites que cet homme a commis des crimes. Je ne sais pas s'il

 28   les a commis. Je n'en sais rien, mais si l'on parle d'Ubarak ou Sutina


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  1   comme étant un lieu où des crimes auraient été commis, le bureau du

  2   Procureur m'a communiqué des documents qui émanent du tribunal cantonal de

  3   Mostar ou du tribunal de district de Mostar qui montrent que ce tribunal

  4   avait émis un acte d'accusation contre 30 Serbes pour des crimes commis à

  5   Ubarak et à Sutina. Ces 30 personnes sont originaires de Mostar, de

  6   Nevesinje ou des villages environnants, pas un seul qui viendrait de

  7   Serbie. Donc, le bureau du Procureur invente un discours que j'aurais

  8   prononcé à Nevesinje en 1991 ou 1992. Ça, ça n'a jamais existé. Je n'ai

  9   jamais tenu le moindre meeting en cet endroit.

 10   Le bureau du Procureur parle d'un certain Zdravko Kandic qui aurait

 11   commandé les volontaires du Mouvement radical serbe et du Parti radical

 12   serbe. Je n'ai jamais fait la connaissance d'un homme portant ce nom. C'est

 13   quelqu'un qui habite là-bas. Ce n'est pas un volontaire qui vient de

 14   Serbie. Vous, au bureau du Procureur, vous l'avez entendu. Hier, on a

 15   essayé de me communiquer quatre CD sur lesquels on trouve les propos tenus

 16   par un certain nombre de suspects durant leurs auditions, et en particulier

 17   Zdravko Kandic. Le Procureur sait très bien que ce n'est pas quelqu'un qui

 18   vient de Serbie. Il sait que ce n'est pas moi qui l'aie envoyé sur les

 19   lieux. Alors, qu'est-ce qu'on veut que j'aie à voir avec lui ?

 20   On parle aussi de Teleca Lastva, cela n'a aucun rapport avec moi. Je ne

 21   sais même pas si un crime n'a été commis là-bas, mais en tout cas aucun

 22   rapport avec moi, ni avec le Parti radical serbe.

 23   Lipovaca, quel rapport y a-t-il avec les volontaires du Parti radical serbe

 24   ? Vous parlez des volontaires du parti de Draskovic. Pourquoi ? Parce

 25   qu'apparemment des petits bébés ont été assassinés, et vous, ça vous

 26   arrange de penser que je suis celui qui aurait donné l'ordre criminel de

 27   tuer ces petits bébés, qui aurait donné un tel ordre à mes volontaires.

 28   Comment peut-on être plus vil qu'en se livrant aux tentatives qui sont


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  1   celles du bureau du Procureur ? Je n'ai jamais entendu parler d'un seul des

  2   crimes qui est évoqué dans l'acte d'accusation dressé contre moi. Je parle

  3   de l'acte d'accusation définitif.

  4   Finalement, disons quelques mots de Hrtkovci, parce que j'aurais quelques

  5   petites choses à dire à ce sujet très rapidement. Il y a un seul point qui

  6   est exact, c'est que durant le premier semestre de 1992, j'ai dit en public

  7   en Serbie, dans le cadre de ma campagne électorale, qu'il faudrait des

  8   mesures de rétorsion. Plus de 200.000 réfugiés serbes avaient fui le régime de

  9   Tudjman pour venir en Serbie. La Serbie était dans un état terrible. Ces

 10   réfugiés n'avaient pas suffisamment à manger. Ils n'avaient pas de toit sur

 11   la tête. Il fallait, en tout cas c'est ce que je pensais, trouver une

 12   solution rationnelle. C'est la raison pour laquelle au cours de la campagne

 13   électorale du Parti radical serbe en 1992, j'ai dit ce que j'ai dit.

 14   Toutefois, j'ai également prononcé une allocution à Hrtkovci le 6 mai. Vous

 15   avez ce discours enregistré sur CD. Il est publié à deux reprises dans des

 16   ouvrages dont je suis l'auteur, une fois il y a quelques années, et une

 17   deuxième fois tout récemment dans mon nouvel ouvrage "L'apprenti du Diable,

 18   le Pape Jean Paul II." Nous voyons donc quel est le programme que je

 19   défendais. Il n'est pas vrai que j'ai donné lecture d'une liste de noms.

 20   L'un de nos membres a donné lecture de la liste des Croates qui avaient

 21   quitté Hrtkovci pour se rendre en Croatie depuis pas mal de temps, et qui

 22   avaient rejoint la Garde nationale croate de Tudjman, donc voilà quels sont

 23   les noms qu'on trouvait sur cette liste. En Vojvodine, il n'y a eu aucune

 24   attaque contre la population civile où que ce soit. Il y a eu des incidents

 25   ponctuels avant ce meeting et après ce meeting, mais la police a enquêté et

 26   a fait toute la lumière sur ces incidents, et cela a été annoncé durant le

 27   meeting.

 28   Un assassinat avait eu lieu, mais il n'avait rien à voir avec ce dont je


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  1   suis en train de parler, et vous savez que pour qu'un crime soit traité par

  2   le Tribunal pénal de l'ex-Yougoslavie de La Haye, il faut qu'il ait été

  3   commis dans le cadre d'un conflit armé, n'est-ce pas ? C'est la première

  4   condition. Et deuxièmement, il faut qu'il y ait une attaque généralisée et

  5   systématique. Or là, il n'y a pas eu d'attaque. Ça c'est un point clair,

  6   alors que les incidents en question se sont déroulés dans la rue, et dans

  7   d'autres lieux publics ça c'est inévitable quand on a un grand nombre de

  8   réfugiés qui viennent de Croatie, des Serbes expulsés par le régime de

  9   Tudjman. Mais qu'est-ce que cela a à voir avec moi ? J'ai adressé un

 10   rapport de près de 400 pages qui a été élaboré par mes collaborateurs aux

 11   responsables du Tribunal. Je l'ai fait pour apporter ma contribution aux

 12   objections que j'élève par rapport à l'acte d'accusation. Vous pouvez

 13   l'examiner et le lire de façon détaillée, vous verrez le nombre d'ouvrages

 14   cités dans ces documents, mais le point le plus important, c'est que pas un

 15   seul Croate n'a été déporté hors de Serbie, pas un seul Croate n'a été

 16   expulsé hors de Serbie. La propriété des Croates vivant en Serbie n'a pas

 17   été confisquée. Il y a eu simplement des échanges de propriété entre

 18   Croates et Serbes, et l'Eglise catholique romaine a toujours agi en tant

 19   que médiatrice, aucun accord n'a jamais été conclu tant que l'Eglise

 20   catholique, par ses propres voies, n'avait pas vérifié ce qu'il en était de

 21   la propriété que les Serbes laissaient derrière eux en Croatie, et lorsque

 22   l'Eglise estimait que les Serbes avaient une propriété convenable, un

 23   échange pouvait avoir lieu, et ce sont toujours les Croates qui s'en sont

 24   mieux sortis que les Serbes à l'issue de ces échanges.

 25   J'ai déjà dit ce que je pensais au sujet de ce que le bureau du Procureur

 26   affirme quant aux enfants de couples mixtes, j'aurais dit qu'il fallait les

 27   tuer, puis il y aussi le fameux chausse-pied rouillé qui a été cité par

 28   le bureau du Procureur. Ça, c'est une comédie digne de Minimax, parce que


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  1   c'était les communistes à l'époque qui avaient des préjugés anti-serbes,

  2   qui présentaient les Chetniks serbes comme des assassins, des gens qui

  3   coupaient la gorge de certaines personnes. C'est comme ça que les

  4   communistes les montraient à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale. Dans

  5   cette émission de la télévision Minimax, on me demande si les Chetniks

  6   coupent toujours la gorge de certaines personnes, et j'ai répondu très

  7   rapidement : "Bien sûr, mais on ne leur coupe plus la gorge avec des

  8   couteaux. On leur coupe la gorge avec des chausse-pieds rouillés, donc vous

  9   voyez les victimes de cela auraient attrapé le tétanos, ce qui aurait pu

 10   être plus grave que de se voir couper la gorge." Voilà, c'est de l'humour

 11   noir peut-être, peut-être que cela ne vous plait pas, moi-même, il y a deux

 12   ans quand j'ai revu cette émission - d'ailleurs je l'ai écrit dans un des

 13   ouvrages dont je suis l'auteur - j'ai dit ce que j'en pensais, mais

 14   l'Accusation a trouvé un faux témoin qui déclare que c'est un propos que

 15   j'aurais tenu en public à un meeting à Subotica, que j'aurais dit que :

 16   "Nous allions couper la gorge des Croates, leur arracher les yeux avec un

 17   chausse-pied rouillé." Quand je parle de chausse-pied, je ne parle pas de

 18   Croates dans le même contexte. Jamais, évidemment.

 19   Alors, Madame, Messieurs les Juges, j'ai encore quelques mots à dire dans

 20   les 22 minutes qui restent. Quatre ans de détention ont constitué une

 21   violation systématique des droits qui sont les miens, ce qui est tout à

 22   fait évident. Cela bien sûr entache l'intérêt que l'opinion peut avoir,

 23   ainsi que la crédibilité et l'intégrité morale et juridique du Tribunal

 24   pénal international, même si son action était légitime et légale. Cela a

 25   fini de démolir le droit de ce Tribunal de me traiter en accusé et de me

 26   mettre en jugement. Il est tout à fait clair qu'il s'agit d'une procédure

 27   abusive qui ne s'appuie que sur le pouvoir discrétionnaire des Juges de la

 28   Chambre, et qu'il n'y aura pas jugement de l'accusé que je suis. En


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  1   revanche, il y aura violation de tous mes droits en tant qu'accusé. Cela

  2   fait cinq ans que j'attends ce procès, donc il est impossible de parler de

  3   procès équitable après un tel temps d'attente, et toutes les tentatives qui

  4   seront faites par la Chambre pour me juger ne peuvent que constituer une

  5   violation de la légalité des droits et des sentiments qui sont les miens.

  6   Les violations de mes droits sont très graves. Donc, il sera impossible à

  7   la Chambre et au Tribunal de conserver son intégrité, sauf à exercer son

  8   droit discrétionnaire de déclarer nul et non avenu l'acte d'accusation.

  9   Depuis plus de cinq ans, je fais l'objet de torture systématique. Alors, en

 10   quoi se composent ces désagréments, ces ennuis ? Tout au long de ma

 11   détention, ce qu'on appelle un délai raisonnable a été dépassé et largement

 12   dépassé. Il n'y a pas un avocat au monde qui ne confirmera pas que cela

 13   fait longtemps que la notion de délai raisonnable est dépassée. A deux

 14   reprises, on m'a refusé tout contact avec ma famille proche immédiate,

 15   d'abord pendant sept mois, puis ensuite pendant deux mois. Aucun contact

 16   téléphonique et aucun autre contact de quelque nature qu'il soit. Pendant

 17   quatre ans on a tenté de m'imposer un conseil contre mon gré. D'abord cela

 18   m'a causé une forte perturbation mentale et la procédure a été très

 19   coûteuse. La procédure judiciaire a été entamée avec une Chambre

 20   néerlandaise. J'ai dû trouver des gens qui assureraient la défense de mes

 21   intérêts. La Chambre néerlandaise voulait m'imposer un conseil et pendant

 22   quatre ans j'ai été empêché de communiquer avec mes collaborateurs

 23   juridiques régulièrement. Au début, on a aussi refusé de me communiquer les

 24   documents en serbe et sur papier. Il a fallu quatre ans pour venir à bout

 25   de cette tentative de m'imposer la communication électronique. Ensuite, on

 26   a limité la longueur autorisée de mes requêtes. La Chambre a d'ailleurs, en

 27   agissant ainsi, outrepassé ses pouvoirs car ce n'est pas un acte juridique

 28   qui peut faire l'objet d'une recommandation juridique. Donc cela n'a rien à


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  1   voir avec l'application du Statut ou du Règlement de procédure et de

  2   preuve.

  3   S'agissant du nom de certains membres du Greffe et de leurs actions

  4   délictueuses, je tiens à dire que j'ai été empêché de parler et on m'a

  5   retiré le micro et la parole. Tous les comptes rendus d'audience ont été

  6   expurgés, ce qui est encore une fois contraire à la loi, personne au Greffe

  7   ne peut empêcher que quelqu'un soit jugé par le public. En juin 2005, on

  8   m'a appris qu'une initiative avait été prise, qui était à mon encontre,

  9   j'étais accusé d'avoir manqué de respect au Tribunal, et je ne sais pas

 10   quel est le contenu exact de la requête parce que tout cela s'est fait

 11   secrètement. Donc, je ne sais pas pourquoi le Procureur a lancé cette

 12   procédure d'outrage au tribunal à mon encontre. A la fin 1995, la Chambre a

 13   émis une ordonnance de saisie de documents en ma possession, documents qui

 14   m'avaient été précédemment communiqués par l'Accusation. Je ne sais pas

 15   encore aujourd'hui quel était le contenu de ces documents, je n'ai pas eu

 16   le temps de les lire, mais tout cela s'est fait dans les conditions

 17   suivantes, des gens ont fait irruption dans ma cellule, se sont saisis des

 18   documents en question, et aujourd'hui on me dit que le Greffe a stocké ces

 19   documents quelque part. Je ne sais pas où ils sont, je ne sais pas ce

 20   qu'ils contiennent.

 21   En application de l'article 68(i) du Règlement, tout document qui risque

 22   être à décharge doit m'être communiqué, cela n'a pas été le cas. Ce que

 23   j'ai reçu est négligeable par rapport à l'ensemble des documents que

 24   l'Accusation va utiliser. J'ai été contraint pendant ces cinq ans de subir

 25   des pressions systématiques et très pénibles, de la coercition, comme le

 26   font tous ceux qui n'acceptent pas un plaidoyer de culpabilité avec

 27   l'Accusation ou qui n'acceptent pas de témoigner contre d'autres accusés.

 28   Pas mal de faux témoignages ont eu lieu. Il y a eu aussi des assassinats,


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  1   un groupe d'officiers accusé de crimes à Srebrenica, le colonel d'armée

  2   Dragan Jokic a été amené ici alors qu'il aurait déjà dû être jugé, il a été

  3   contraint de témoigner mais n'a pas signé d'accord de plaidoyer et

  4   puisqu'il a refusé de témoigner, même sous pression, la procédure d'outrage

  5   a été lancée à son encontre.

  6   L'intimidation, les pressions, toutes autres formes de méthodes coercitives

  7   sont très courantes de la part du bureau du Procureur. Ce sont des gens qui

  8   considèrent quelqu'un très rapidement comme un suspect potentiel et qui

  9   sont tout à fait enclins à le mettre en accusation. Des gens viennent

 10   témoigner, après avoir conclu un accord avec le bureau du Procureur,

 11   viennent témoigner contre moi, mais lorsque le Tribunal de La Haye ne peut

 12   plus les menacer de poursuites contre eux, ils refusent de devenir des faux

 13   témoins. L'Accusation promet à d'autres personnes que s'ils témoignent

 14   contre moi, leurs familles seront transférées à l'étranger, qu'elles seront

 15   relogées, et cetera, et cetera. Ces gens-là acceptent, ils vendraient leur

 16   âme au diable quoi, qu'il en soit, puis, ils s'affairent que le bureau du

 17   Procureur du Tribunal les ont trompés, qu'ils n'obtiennent rien de ce qui

 18   leur a été promis, et donc, ils refusent de témoigner.

 19   En dépit des décisions de principe, Monsieur Antonetti, en tant que Juge

 20   chargé de la période préalable au procès, les questions de financement de

 21   ma défense ne sont toujours pas encore résolues, je vous dois le dire. Par

 22   ailleurs, l'une des formes de harcèlement et d'exaction c'est cette

 23   décision de la Chambre de première instance de poursuivre la procédure pour

 24   outrage en raison des accusations proférées par moi à l'égard du bureau du

 25   Procureur. Il est dit dans cette décision que cela aura lieu dès la fin de

 26   mon procès, cela n'a aucun sens. Il faut traiter de cela de façon urgente.

 27   Sur le plan administratif, un grand nombre de mes écritures m'ont été

 28   retournées en raison de leurs contenus insultants. J'admets avoir dit


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  1   certaines choses insultantes, j'ai donné consigne à mes collaborateurs

  2   d'écrire un certain nombre de choses au sujet de Van der Spoel, que la

  3   Chambre a essayé de m'imposer en qualité de conseil, mais ces documents ne

  4   peuvent pas m'être restitués sur décision administrative. La Chambre doit

  5   rejeter au préalable mes écritures, expliquer sa décision et la motiver. Le

  6   Greffe, ici, reprend des compétences qui, en fait, sont celles de la

  7   Chambre de première instance. On m'a interdit de prononcer des noms aux

  8   Conférences de mise en état au prétexte que peut-être il s'agissait de

  9   témoins protégés, ce qui est un non-sens absolument incroyable.

 10   Il y a trop de témoins qui bénéficient de mesures de protection. C'est

 11   inconcevable pour un procès équitable et régulier. Il est illégal de

 12   retarder la révélation d'identité des témoins à 30 jours avant le début du

 13   procès aux motifs que le premier témoin fait démarrer le procès. Le procès

 14   a commencé hier. Il est tout à fait illégal de décider que l'identité d'un

 15   témoin ne peut m'être révélée que 30 jours avant qu'il ne témoigne. Il y a

 16   des fondements à cela dans le Règlement. L'acte d'accusation à mon encontre

 17   est désormais réduit. Mais en fait, il ne l'est pas. La Slavonie

 18   occidentale, Bijeljina, Brcko, et cetera, et cetera, ont été enlevés, mais

 19   le bureau du Procureur n'a pas réduit le nombre de témoins et entend

 20   continuer à évoquer les mêmes crimes comme base de l'acte d'accusation,

 21   donc je ne sais pas si je dois me défendre contre tel ou tel aspect

 22   exactement. Puis, ce procès a commencé sans que soit respectée l'une

 23   quelconque des procédures préalables au procès qui normalement est

 24   prescrite.

 25   Depuis la déclaration liminaire de l'Accusation hier, il est tout à fait

 26   clair que je suis jugé, que l'acte d'accusation dressé à mon encontre l'a

 27   été en raison de l'idéologie nationaliste que je défends et que tout cela

 28   se résume à mon idéologie nationaliste et aux allocutions prononcées par


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  1   moi, qui diffusaient cette idéologie nationaliste dont je suis fier.

  2   Avec cet acte d'accusation mensonger, le bureau du Procureur m'a aidé à

  3   rendre mon idéologie encore plus subtile et à la mettre en forme de façon

  4   encore plus perfectionnée depuis cinq ans. Je suis particulièrement

  5   reconnaissant au bureau du Procureur de m'avoir permis de souffrir pour mon

  6   idéologie. Avec ce procès, mon idéologie du nationalisme serbe ne pourra

  7   plus être arrachée de l'esprit de la population serbe. Cette idéologie qui

  8   est la mienne va s'étendre avec des racines de plus en plus profondes. Ma

  9   vie ne m'importe plus guère. C'est mon idéologie qui est en vie et c'est

 10   elle qui vivra pendant des siècles et des siècles après ma mort.

 11   Mais pour que cette idéologie soit puissante et forte, il faut qu'elle

 12   puisse apporter la preuve qu'elle a une architecture et que celui qui la

 13   défend et prêt à souffrir pour elle. Et je suis reconnaissant au Tribunal

 14   de La Haye de m'avoir donné l'occasion de souffrir pour mon idéologie.

 15   J'exprime simplement quelques regrets à l'égard des auteurs du Statut du

 16   TPIY qui n'ont pas envisagé l'application de la peine de mort, ce qu'a pu

 17   vivre avec fierté et dignité en restant debout, mon ami Saddam Hussein,

 18   j'aurais pu en agissant comme lui, apposer un sceau définitif sur mon

 19   idéologie. Je serais devenu immortel. Etant privé de cette possibilité, la

 20   seule chose qui me reste c'est de faire appel à vous pour que vous veillez

 21   bien à prononcer une peine aussi sévère que possible, la peine la plus

 22   dure, la plus sévère. Plus la peine sera sévère, plus mon idéologie sera

 23   forte.

 24   J'ai vécu assez longtemps, mais je veux que mon idéologie soit immortelle.

 25   Je l'ai déjà rendue immortelle en lui apportant la sagesse, l'enracinement

 26   profond dans la réalité historique, l'anti-mondialisation qui la

 27   caractérise, en faisant de cette idéologie une forme d'opposition très

 28   nette à l'homogénéisation de la planète à la mode américaine, je suis


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  1   opposé à cela et je suis opposé également à l'Union européenne, quant à

  2   l'OTAN, je suis l'un de ses pires ennemis. C'est la raison pour laquelle

  3   d'ailleurs je suis jugé, c'est la première raison et je pense que c'est une

  4   bonne idée.

  5   A la fin de mon exposé, j'aimerais vous rappeler un grand ouvrage de

  6   littérature, "Guerre et Paix," de Leo Tolstoy, qui rappelle les

  7   circonstances dans lesquelles les soldats de Napoléon entrent dans Moscou,

  8   Moscou est en feu, et ces soldats arrêtent un groupe d'hommes russes qu'ils

  9   mènent à l'exécution. Parmi ces Russes arrêtés se trouvent le comte Pierre

 10   Berukhov qui a les mains ligotées et qui se rend avec les mains ligotées

 11   sur le lieu de son exécution. A un certain moment, il éclate de rire, un

 12   rire tout à fait sincère et le comte Bezukov dit : "Ils pensaient qu'ils

 13   pouvaient me ligoter. Ils pensaient qu'ils pouvaient ligoter mon âme

 14   mortelle." Ce Tribunal de La Haye et le bureau du Procureur pensent qu'ils

 15   peuvent me condamner, qu'ils peuvent condamner mon idéologie nationaliste,

 16   et moi, je réponds par un grand rire fort : Ha, ha, ha. Vous ne pouvez rien

 17   faire contre mon âme immortelle. Vous ne pouvez rien faire contre

 18   l'idéologie nationaliste immortelle qui est la mienne. Il est possible que

 19   je meure bientôt, mais si je le ferai, je mourrai de rire en raison du

 20   caractère risible et ridicule de cet acte d'accusation, du caractère

 21   risible de ce Tribunal, du caractère risible des Etats-Unis et des autres

 22   puissances occidentales qui sont derrière ce Tribunal ridicule.

 23   Je vous remercie de votre attention.

 24   M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Donc, Monsieur Seslej, vous avez terminé, en

 25   l'application de l'article 84 bis, votre déclaration.

 26   L'ACCUSÉ : [interprétation] Je ne reçois pas la traduction.

 27   M. LE JUGE ANTONETTI : Je recommence. Je viens de dire que vous avez

 28   terminé votre déclaration en application de l'article 84 bis. Je vous


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  1   remercie d'avoir bien voulu réduire le temps qui vous a été accordé. Bien

  2   entendu, lorsqu'en cas de nécessité vous aurez besoin du temps

  3   supplémentaire, nous vous le donnerons. Je ne peux terminer cette audience

  4   sur la conclusion à laquelle vous êtes arrivé. Sachez que ce Tribunal ne

  5   vous condamnera pas ou vous acquittera en fonction d'une idéologie, mais à

  6   partir d'éléments de preuve apportés par le Procureur qui, au-delà du doute

  7   raisonnable, devront être donc confortés. Et votre responsabilité, le cas

  8   échéant, sera déterminée uniquement en fonction des éléments de preuve à

  9   l'issue d'un procès où vous-même apporterez vos propres éléments comme vous

 10   l'avez fait, d'ailleurs sur certains points relatés dans le mémoire

 11   préalable. Sachez, en ce qui me concerne - et je pense pouvoir le dire au

 12   nom de mes collègues - vous avez en face de vous trois Juges qui sont

 13   totalement indépendants et qui ne jugeront qu'en fonction d'un dossier.

 14   Voilà ce que je tenais à vous dire. Ce qui s'est passé avant le début de ce

 15   procès est une chose; ce procès sera autre chose.

 16   Nous nous retrouverons, comme vous le savez, le 11 décembre, puisque le 11

 17   décembre un témoin est donc prévu sur trois jours; le témoin Oberschall.

 18   Nous sommes en train de réfléchir sur l'heure exacte du commencement de

 19   l'audience. De mémoire, je pense que c'est le matin; ce sera mardi,

 20   mercredi et jeudi matin, mais le cas échéant, pour des raisons liées au

 21   fait que les trois juges qui sont devant vous ont parallèlement un autre

 22   procès, il se peut qu'à se moment-là, afin de leur permettre de faire une

 23   jonction entre les deux procès, il leur faudrait au moins une heure de

 24   répit entre les deux affaires, et qu'à ce moment-là on soit amené à

 25   commencer l'audience à 8 heures 30. Mais cela nous vous le dirons parce

 26   qu'il faut qu'on délibère dessus.

 27   Madame Dahl, oui, je vous donne la parole.

 28   Mme DAHL : [interprétation] Oui, nous avons indiqué que nous aurions un


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  1   témoin portant sur les faits incriminés pour le troisième jour dans le cas

  2   où la déposition de M. Oberschall se fera sur deux jours. Je pense que,

  3   comme nous allons avancer dans le procès, nous allons pouvoir voir quelle

  4   sera notre vitesse de croisière et voir combien de temps tout ceci nous

  5   prendra. Je suis, en tout cas, assez parcimonieuse quand il est du temps

  6   que j'utilise dans le prétoire et je fais attention de prévoir quelqu'un

  7   d'autre dans le cas où cela irait plus vite.

  8   M. LE JUGE ANTONETTI : Comme il me reste une minute avant 13 heures 30, je

  9   tiens à vous rappeler, Madame Dahl, que je demande -- ce n'est pas un

 10   souhait, c'est une exigence, que lorsque le premier témoin viendra, vous

 11   mettiez à la disposition de la Chambre un dossier avec les documents, de

 12   telle façon qu'également M. Seselj ait aussi ce propre dossier, parce que

 13   le système e-court étant trop compliqué pour quelqu'un qui se défend tout

 14   seul, il ne pourra pas regarder en même temps et manipuler l'écran pour

 15   rechercher les documents. Donc il faudrait et il faudra qu'il y a, dans ce

 16   dossier, tous les documents. Et puis moi, personnellement, je travaille

 17   également sur des documents écrits.

 18   Voilà, il est 13 heures 30. Je vous remercie et je vous dis au 11 décembre.

 19   --- L'audience est levée à 13 heures 29 et reprendra le mardi 11 décembre

 20   2007.

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