Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le vendredi 2 novembre 2007

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

5 --- L'audience est ouverte à 9 heures 03.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Bezruchenko, la déclaration

7 solennelle que vous aviez faite s'applique toujours.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président, Madame,

9 Monsieur les Juges. Je le sais. Je le comprends.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Depuis le temps, je suppose que je

11 n'ai plus besoin de vous rappeler ce point.

12 Maître Apostolski, vous avez la parole.

13 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président, Madame,

14 Monsieur le Juge.

15 LE TÉMOIN: VIKTOR BEZRUCHENKO [Reprise]

16 [Le témoin répond par l'interprète]

17 Contre-interrogatoire par M. Apostolski : [Suite]

18 Q. [interprétation] Monsieur Bezruchenko, bonjour.

19 R. Bonjour.

20 Q. Parmi les documents dont vous vous êtes servi lors de votre travail sur

21 la préparation du rapport, est-ce que vous avez appris que l'ALN avait des

22 casernes ?

23 R. Non, je ne crois pas. Il me semble avoir écrit qu'ils n'en avaient pas.

24 Q. Hier, page 49 du compte rendu d'audience officieux, non corrigé, vous

25 avez dit -- excusez-moi, page 48 -- vous avez dit que vous avez vu un ordre

26 qui a été émis par Ali Ahmeti, où il aurait cité certains règlements que

27 nous avons examinés hier. Vous en souvenez ?

28 R. Oui.

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1 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Peut-on, s'il vous plaît, présenter la

2 pièce 65 ter 212, R062-6938.

3 Q. C'est bien le document qui s'affiche devant vous ?

4 R. Excusez-moi, Monsieur. Juste un instant. Je voudrais vérifier si c'est

5 bien le bon numéro ERN.

6 Oui, je pense que c'est ce document-là.

7 Q. Est-ce que vous voyez si dans la partie supérieure de ce document il

8 est fait référence à des règlements ?

9 R. Oui, si on lit le premier paragraphe, on verra qu'il se lit comme suit

10 :

11 "Sur la base de l'expérience passée et afin de réorganiser l'Armée de

12 libération nationale afin d'appliquer des mesures plus concrètes et des

13 activités d'une manière uniforme, je donne l'ordre comme suit."

14 Je pense que la page de garde de ce document porte également la

15 signature d'Ali Ahmeti. C'est en fait un fac-similé.

16 Q. Est-il exact de dire qu'aucun règlement particulier n'est cité ?

17 R. Mais au point 1, je pense, le titre se lit comme suit : "Règlement

18 portant sur le cantonnement."

19 Q. En émettant cet ordre, est-ce qu'il s'est appuyé à un règlement ou à

20 des règles quelles qu'elles soient.

21 R. Je ne vous comprends pas très bien. Cela dépend du type de document, du

22 type de règlement. Dans chaque cas particulier, il n'est pas expressément

23 requis de se référer à un règlement.

24 Q. Hier, dans le cadre de votre déposition, vous avez dit qu'il s'est

25 référé à des règlements dans ce document; est-ce exact ?

26 R. Il s'agit peut-être là d'un malentendu. Il me semble que lorsque j'ai

27 parlé de cela hier, j'ai dit que j'avais vu un document signé par M. Ali

28 Ahmeti. C'est à ce document-là que j'ai pensé à ce moment-là, et c'est un

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1 ordre. Je pense que nous sommes en train de parler d'ordres.

2 Q. Est-ce que vous voyez la date sur ce document ? A quel moment est-ce

3 que ce document a été émis ?

4 R. Est-ce que vous voulez bien montrer la première page, ou la page de

5 garde ? Je ne crois pas qu'il y ait une date cependant.

6 Q. Monsieur, vous êtes en train de nous dire que ce document ne porte pas

7 de date ?

8 R. Pour autant que je puisse le voir, non.

9 Q. D'accord. Très bien.

10 Je vais vous reposer ma question : vous avez vu un ordre qui se

11 réfère aux règlements que nous avions examinés hier.

12 R. Je ne vous comprends pas tout à fait, Monsieur.

13 Q. Lorsque vous avez travaillé sur votre rapport, est-ce que vous avez vu

14 un quelconque ordre qui se réfère à des règlements que nous avons vus hier

15 ?

16 R. Directement, une référence dans le sens de les mentionner.

17 Q. Oui, l'ordre émis sur la base de ces règlements.

18 R. Il me semble que j'en ai vu.

19 Q. Est-ce que vous pourriez nous préciser de quel ordre il s'agit ?

20 R. Je pense que c'est la pièce 65 ter 159. C'est une carte qui porte une

21 mention brève, une mention d'explication, et qui est intitulée : Concept

22 d'opérations. Si vous lisez bien cette note, en particulier le paragraphe

23 qui concerne la création des brigades, je ne sais pas si je m'en souviens

24 très, très bien, je ne les pas sous les yeux. Je crois qu'il dit : Afin de

25 continuer de mettre sur pied des brigades conformément à l'organigramme tel

26 que prévu. Très clairement, à mon sens, ces brigades ont été créées sur la

27 base des organigrammes, à savoir ces documents dont nous avions déjà parlé

28 qui portent sur la création des brigades et des bataillons.

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1 Q. Très bien. Nous allons reprendre ce document plus tard. L'ordre que

2 vous avez sous les yeux, est-il vrai qu'il porte sur les casernes ?

3 R. Dans son intégralité, ce document qui est plutôt un document volumineux

4 porte, d'après ce que je vois, sur les règlements internes. Il s'agit d'un

5 éventail très riche de règles portant sur le fonctionnement de l'armée au

6 quotidien, y compris les casernes.

7 Q. Très bien.

8 La première page, celle que vous avez sous les yeux, elle comporte

9 des dispositions qui concernent le cantonnement, les casernes, le terrain

10 où se situent les casernes. Les trois pages qui suivent, excusez-moi, les

11 cinq pages qui suivent sont consacrées à ce sujet ?

12 R. Comme je l'ai déjà dit, je pense que ce document fait partie intégrante

13 d'un document plus important. Peut-être que ce sont des pages qui ont été

14 traduites. Je pense qu'il y en a un grand nombre de pages qui ont été

15 traduites plus tard. Je suis plutôt certain que ceci fait partie d'un

16 document plus important, plus grand.

17 Q. Très bien. Je vous remercie.

18 Maintenant, je vais reprendre les sujets dont nous avons parlé lorsque nous

19 nous sommes arrêtés hier en fin de d'audience. Vous vous souvenez, nous

20 avons parlé du territoire qui était entre les mains de l'ALN ?

21 R. Oui.

22 Q. Vous avez déclaré à ce sujet que c'était surtout les villages qui sont

23 passés sous contrôle de l'ALN ?

24 R. Je ne crois pas avoir dit cela. Ce que j'ai dit en revanche, c'est que

25 d'après les documents que j'ai eu l'occasion d'examiner, et plus

26 particulièrement en se fondant sur le rapport du ministère de l'Intérieur

27 pour l'année 2001, l'ALN a occupé environ 20 % du territoire de la

28 République de Macédoine, et en particulier c'était dans le nord et dans

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1 l'ouest du pays. Il y avait nombre de villages, bien entendu, qui se sont

2 trouvés entre leurs mains.

3 Q. Vous avez dit hier dans votre déposition que l'ALN n'a jamais exercé de

4 contrôle sur une ville; est-ce exact ?

5 R. Oui. Je ne crois pas que l'ALN ait pu contrôler entièrement une

6 quelconque ville. Cependant, il ressort clairement des documents que la

7 ville de Kumanovo s'est trouvée pratiquement entre les mains de l'ALN. Il y

8 avait pratiquement des combats de rue dans cette ville.

9 Q. Est-ce que vous pourriez en convenir avec moi que l'ALN n'avait sous

10 son contrôle que des villages ?

11 R. Oui, c'est vrai.

12 Q. Ces villages, est-ce que leur population était en majorité albanaise de

13 souche ?

14 R. Oui, pour la plupart.

15 Q. Est-il exact de dire que l'ALN a bénéficié du soutien de la population

16 albanaise de souche ?

17 R. Il est correct de penser ainsi. Je pense que l'ALN a bénéficié d'un

18 soutien assez considérable de la part de la population albanaise locale. En

19 réalité, pouvoir mobiliser une armée d'environ 8 000 hommes aurait été

20 pratiquement impossible sans qu'il y ait eu ce genre de soutien.

21 Q. Vous estimez que l'ALN a bénéficié du soutien des partis politiques

22 albanais également ?

23 R. Je ne me suis pas vraiment penché sur cet aspect-là du conflit.

24 L'aspect politique du conflit est plutôt éloigné des objectifs qui ont été

25 les miens dans le cadre de ce travail. Je dirais qu'il y avait pas mal de

26 sympathisants dans les rangs des partis albanais, par rapport à l'ALN.

27 Q. Le PDP et le DPA, ce sont les abréviations macédoniennes de ces partis

28 politiques. Ce sont ces partis albanais qui ont existé en Macédoine en

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1 2001; est-ce exact ?

2 R. Si vous vous référez maintenant au Parti démocratique des Albanais et

3 au Parti démocratique du progrès; c'est exact.

4 Q. Oui, c'est exactement ces partis-là que j'avais à l'esprit. Merci.

5 Lorsque vous dites que des villages qui sont passés sous contrôle de

6 l'ALN ont été contrôlés par l'ALN, vous voulez dire dans le sens militaire

7 du terme ?

8 R. Au niveau très élémentaire de base, lorsqu'on parle de contrôle

9 d'un village, je pense que cela signifierait qu'il n'y avait pas là de

10 présence des forces de sécurité macédonienne, et qu'il n'y avait pas de

11 présence d'autorités, de pouvoirs macédoniens, par exemple, de pouvoirs

12 locaux.

13 Q. Qu'en est-il des élus locaux, de ceux qui avaient été élus en

14 l'an 2000 ? Est-ce que ces instances de pouvoirs étaient en place ?

15 R. Je ne me suis pas vraiment intéressé à la question des pouvoirs locaux

16 dans chacun de ces villages. Pour en revenir à la question du contrôle du

17 territoire, je dirais que de nombreuses sources me permettent de penser que

18 nombre de villages, peut-être même des centaines de villages se sont

19 trouvés sous le contrôle de l'ALN.

20 Q. Le contrôle politique, est-ce qu'il était en train des mains de l'ALN

21 également dans ces villages ?

22 R. Comme je vous l'ai déjà dit, je ne me suis pas vraiment intéressé à

23 l'aspect politique de ce conflit. C'est un sujet totalement à part. Ce qui

24 requiert une méthode de travail, une analyse complètement différente.

25 L'analyse politique devrait se pencher sur des programmes politiques des

26 différents partis politiques sur des questions politiques de base, sur le

27 soutien apporté par la population, question des élections, et cetera. Mais

28 tout ceci n'a pas fait l'objet de mon étude.

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1 Q. Il y a un instant vous avez dit que l'ALN a bénéficié du soutien à la

2 fois des partis PDP et DPA et de la population albanaise de souche, est-ce

3 qu'on ne serait pas en droit d'en déduire que le DPA et le PDP ont exercé

4 un pouvoir politique dans ce village albanais ?

5 R. Ça c'est quelque chose qui exigerait une analyse plus approfondie, je

6 pense. Véritablement, on ne peut pas faire des déclarations à l'emporte-

7 pièce comme ça. Tout simplement, je ne peux pas vous dire si c'était le cas

8 ou non.

9 Q. Vous êtes un expert militaire, donc je vais vous demander maintenant la

10 chose suivante : du point de vue militaire, est-ce qu'il est justifié de

11 conquérir un village qui est sous le contrôle de la population qui vous

12 apporte son soutien ?

13 R. Monsieur, je ne comprends pas vraiment ce que vous êtes en train de

14 dire. Est-ce que vous impliquez là des connotations morales de politique

15 interne en Macédoine ? Je ne vois pas ce que ça a à voir avec les aspects

16 militaires.

17 Q. Mais je m'adresse à vous en votre qualité d'expert militaire. Vous êtes

18 un analyste militaire. Est-ce qu'on peut justifier cela d'un point de vue

19 militaire, de conquérir un village qui est sous le contrôle d'une

20 population qui vous apporte son soutien ?

21 R. Pour commencer, je ne comprends pas ce que vous entendez par le terme

22 "conquérir" ici. Si par là vous voulez dire occuper ou placer sous

23 contrôle, d'un point de vue militaire je dirais qu'il y a nombre d'exemples

24 dans l'histoire de la guerre où, en temps de conflit, il y a eu transfert

25 de pouvoir des mains des civils entre les mains des militaires.

26 Prenons, par exemple, la guerre en Bosnie. Là, vous avez nombre

27 d'exemples qui étaient ce que je viens de dire.

28 Q. Très bien. En travaillant sur cette partie de votre rapport où vous

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1 évoquez le pourcentage du territoire macédonien qui est passé sous contrôle

2 de l'ALN, vous vous référez à une carte que vous avez reçue de la part de

3 vos sources. Je pense que vous parlez là de sources albanaises, albanaises

4 de souche; est-ce exact ?

5 R. Lorsque j'ai fait cette estimation, cette évaluation, je me suis appuyé

6 sur plusieurs sources, y compris sur des sources provenant des autorités

7 macédoniennes, du gouvernement macédonien et qui, je pense, illustrent même

8 mieux la chose.

9 Q. Mais ma question est de savoir si vous avez cité cette source-là ? J'ai

10 lu votre rapport. Je sais quelles sont les sources que vous citez, donc je

11 voudrais savoir ce qui en est de cette source en particulier ?

12 R. Laquelle ? La carte ?

13 Q. L'explication sur la carte reçue de sources albanaises de souche.

14 R. Vous voulez dire le concept des opérations signé par Ali Ahmeti ?

15 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Est-ce qu'on peut montrer au témoin, s'il

16 vous plaît, la pièce P487. C'est une pièce qui a été versée au dossier.

17 Q. C'est la carte à laquelle vous vous référez ?

18 R. Oui, je me suis servi de cette carte, comme je me suis servi d'autres

19 sources.

20 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Nous n'avons plus besoin de la carte.

21 Merci.

22 Q. Vous estimez, vous pensez que c'est une carte qui reflète fidèlement la

23 situation qui a prévalue en Macédoine en 2001 ?

24 R. Je pense que c'est légèrement exagéré de dire cela. Ce que je suis en

25 train de dire, c'est que mon analyse et les chiffres, les pourcentages que

26 je cite dans mon rapport se fondent sur plusieurs sources, sur un nombre de

27 sources. Je n'ai pas dit dans mon rapport que je faisais une confiance

28 aveugle à cette carte. En toute guerre la situation pour ce qui est du

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1 contrôle du territoire, y compris le contrôle exercé dans certains

2 villages, par exemple, peut évoluer en fonction des opérations en cours.

3 C'est une situation qui change et qui peut changer très rapidement. Vous

4 avez, par exemple, une situation où un village s'est trouvé entre les mains

5 des forces amies juste quelques heures auparavant et qui sera pris par des

6 forces adverses ou des forces ennemies en l'espace de quelques heures.

7 Donc, je ne peux pas faire une confiance absolue à cette carte, mais

8 en substance, j'aurais tendance à dire que cette carte représente assez

9 bien la situation telle qu'elle a véritablement prévalue sur le terrain, du

10 moins pour ce qui est des principales aires géographiques de Macédoine.

11 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Peut-on montrer au témoin la pièce P466,

12 page 48 dans la version anglaise, page 53 dans la version macédonienne.

13 Nous avons le paragraphe 165 dans ce document qui nous intéresse. Je pense

14 qu'il faudrait revenir un peu en arrière. Ce paragraphe se trouve trois

15 pages auparavant.

16 Est-ce que l'on pourrait revenir trois pages en arrière dans la version

17 anglaise, afin de voir le paragraphe 165 à l'écran.

18 Q. Voyez-vous maintenant le paragraphe 165 de votre rapport, où il est

19 dit, je cite :

20 "L'analyse de la chronologie du conflit laisse à penser que les

21 opérations menées par l'ALN en juillet et en août 2001 ont été menées

22 conformément aux instructions énoncées dans la directive. Malgré le fait

23 que tous les objectifs fixés dans la directive n'ont pas été véritablement

24 atteints entre le moment où la directive a été apparemment émise et la fin

25 du conflit, l'ALN a obtenu des gains considérables et a effectué une percée

26 vers le sud, à partir de Tetovo vers le sud-est et à partir de Kumanovo."

27 Vous vous êtes appuyé sur la directive et vous avez conclu que l'ALN

28 avait réussi à obtenir des gains considérables en repoussant les forces

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1 ennemies vers le sud à partir de Tetovo et vers le sud-est à partir de

2 Kumanovo ?

3 R. Je ne comprends pas ce que vous entendez par "gains considérables". De

4 nombreux rapports, à mon sens, laissent entendre qu'en juin, juillet et

5 août 2001, l'ALN menait toujours son offensive et obtenait un contrôle de

6 plus en plus important sur le territoire.

7 Les combats ont eu lieu essentiellement dans le secteur de Tetovo, au

8 nord et au sud de Tetovo en particulier ainsi que dans le sud-est de

9 Kumanovo.

10 Q. Mais vous affirmez que l'ALN a obtenu des gains de territoire

11 considérables en avançant vers le sud de Tetovo et au sud-est de Kumanovo.

12 Est-ce que je vous ai bien compris ?

13 R. Peut-être pourrais-je préciser ce que j'entends.

14 Q. Veuillez répondre simplement par oui ou par non. Est-ce que j'ai bien

15 compris ce que vous affirmez, oui ou non ?

16 R. Oui, l'ALN a effectué une percée en direction du sud à partir de

17 Tetovo. Et je pense qu'à la mi-août de nombreux villages se sont trouvés

18 sous son contrôle le long de la route menant de Tetovo à Jezince. Certains

19 villages au sud de Tetovo, notamment dans la région du lac de Marvovo, qui

20 se trouve au sud de Tetovo, ainsi que certains villages dans le secteur de

21 Gostivar, qui se trouve encore au sud de Tetovo, se sont trouvés sous

22 contrôle de l'ALN. L'ALN a effectué également une percée en direction du

23 sud-est et du sud-ouest de Kumanovo. Je pense que de nombreux combats ont

24 fait rage au sud-est et au sud-ouest de Kumanovo, ce qui ressort de

25 plusieurs documents. Je pense, pendant que l'ALN n'a pas véritablement

26 réussi à effectuer une percée importante vers Skopje.

27 Q. Mais l'ALN a réussi à prendre le contrôle de territoires situés à l'est

28 de Kumanovo, n'est-ce pas ?

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1 R. Oui, notamment dans la région de Skopska Crna Gora, à l'ouest de

2 Kumanovo.

3 Q. Mais dans votre rapport vous parlez du sud-est de Kumanovo.

4 R. Oui, c'est ce qui est indiqué, mais il pourrait également s'agir du

5 sud-ouest. En fait, la direction générale était vers le sud.

6 Q. Fort bien.

7 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Peut-on présenter au témoin la pièce P487.

8 Q. Reconnaissez-vous cette carte, il s'agit là de la directive, n'est-ce

9 pas ?

10 R. Oui.

11 Q. En vous appuyant sur cette directive, vous avez rédigé le paragraphe

12 165 au sujet duquel je vous ai interrogé précédemment, vous y avez fait

13 référence, n'est-ce pas ?

14 R. Oui.

15 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Peut-on agrandir la partie supérieure de

16 la carte, s'il vous plaît. Un petit peu plus ? Merci.

17 Q. Voyez-vous ici la ville de Kumanovo ?

18 R. Oui, je la vois.

19 Q. Pourriez-vous apposer le chiffre 1 à côté de la ville de Kumanovo, s'il

20 vous plaît.

21 R. [aucune interprétation]

22 Q. On n'arrive pas à voir ce que vous avez écrit. Est-ce que vous pourriez

23 apposer le chiffre 1 ici.

24 R. J'ai souligné le nom de Kumanovo sur cette carte et j'ai également

25 apposé le chiffre 1.

26 Q. Merci beaucoup.

27 Pourriez-vous indiquer à l'aide d'un X le secteur dans lequel l'ALN a

28 pénétré.

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1 R. L'ALN est entrée par là. J'appose ici le chiffre 2.

2 M. APOSTOLSKI : [interprétation]

3 Q. Mais c'est au nord.

4 R. Oui. C'est au nord, mais la direction c'est vers le sud. Vers le sud-

5 est, pour être tout à fait précis.

6 Q. Dans votre rapport, vous affirmez que l'ALN a effectué une percée vers

7 le sud à partir de Tetovo et vers le sud-est à partir de Kumanovo. Est-ce

8 que vous pourriez indiquer le secteur situé au sud-est de Kumanovo dans

9 lequel l'ALN a effectué une percée ?

10 R. Je ne pense pas que je pourrais faire cela sur cette carte, car même

11 pour indiquer un petit gain de territoire, il faudrait se servir d'une

12 carte plus précise que celle-ci.

13 Q. Mais vous affirmez qu'il s'agit là d'une carte militaire utilisée par

14 l'ALN.

15 R. Effectivement.

16 Q. Vous affirmez que cette carte a été préparée par un professionnel et

17 qu'elle est très précise.

18 R. Oui. Apparemment, c'est une carte préparée par un professionnel. Tout

19 du moins, nous voyons des symboles militaires sur cette carte.

20 Q. Je vous repose ma question : pouvez-vous nous indiquer le secteur situé

21 au sud-est de Kumanovo à l'aide d'une ligne ? Prenez Kumanovo comme point

22 de départ et tracez une ligne vers le sud-est.

23 R. Ce que j'ai dit dans mon rapport, me semble-t-il, c'est qu'en réalité,

24 l'ALN effectuait une percée vers le sud à partir de Tetovo, et vers le sud-

25 est à partir de Kumanovo. Si vous examinez de nouveau le secteur situé

26 autour de Kumanovo, vous constaterez qu'il y a une flèche à côté de

27 laquelle j'ai apposé le chiffre "2." Le point de départ de cette flèche se

28 trouve dans le secteur situé près de la frontière au nord de Kumanovo.

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1 Cette flèche se dirige vers le sud-est de Kumanovo.

2 Je ne pense pas qu'il y ait de contradiction sur ce point dans mon

3 rapport. Si vous parlez des gains territoriaux réalisés dans ce secteur,

4 comme je l'ai indiqué précédemment, pour indiquer ces gains il vaudrait

5 mieux se servir d'une autre carte. Je peux tout à fait imaginer qu'il y a

6 eu des gains territoriaux dans ce secteur.

7 Q. Est-ce que vous nous dites, par conséquent, que le secteur situé au

8 sud-est de Kumanovo a été occupé ?

9 R. Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit qu'il y avait sans doute eu des

10 gains territoriaux dans le secteur situé au sud-est de Kumanovo, mais

11 également au sud-ouest. En fait, si vous examinez ce secteur-ci --

12 Q. Monsieur le Témoin, je ne m'intéresse pas au secteur sud-ouest. Est-ce

13 que vous pourriez nous indiquer le secteur le sud-est sur cette carte ?

14 Voulez-vous que je vous donne lecture une fois de plus, du paragraphe 165

15 de votre rapport ?

16 R. Si vous le souhaitez. Je pense que j'ai déjà répondu à votre question

17 en affirmant qu'ils effectuaient une percée vers le sud-ouest et vers le

18 sud-est de Kumanovo. Si vous voulez que je vous indique précisément les

19 gains territoriaux réalisés dans cette région, je ne suis pas en mesure de

20 le faire. Cette carte n'est pas la bonne pour indiquer cela.

21 Par ailleurs, je ne sais pas exactement quels endroits dans cette

22 région ont été placés sous le contrôle de l'ALN. Il faut avoir des

23 connaissances très spécifiques pour répondre à cette question.

24 Q. Je vais relire ce qui est dit au paragraphe 165 du rapport. Je cite :

25 "L'analyse de la chronologie du conflit laisse à penser que les opérations

26 menées en juillet et en août 2001 ont été menées conformément aux

27 instructions énoncées dans la directive. Malgré le fait que tous les

28 objectifs fixés dans la directive n'ont pas été atteints entre le moment où

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1 la directive a apparemment été émise et la fin du conflit, l'ALN a obtenu

2 des gains considérables en effectuant une percée vers le sud à partir de

3 Tetovo et vers le sud-est à partir de Kumanovo."

4 Pourriez-vous, s'il vous plaît, indiquer le secteur situé au sud-est

5 de Kumanovo avec une flèche, donc direction sud-est à partir de Kumanovo.

6 R. Merci, Maître.

7 Je pense avoir déjà indiqué la direction nord/sud-est, à partir de

8 Kumanovo. Je pense que vous interprétez mal ce que je dis dans ce

9 paragraphe. Ce que je voulais dire c'est que l'ALN a obtenu des gains

10 territoriaux considérables, certes. Ce que j'affirme également ici, c'est

11 que l'ALN effectuait une percée vers le sud de Tetovo et vers le sud-est de

12 Kumanovo. Je ne crois pas qu'il faut interpréter ce paragraphe comme

13 signifiant que les seuls gains territoriaux obtenus l'ont été dans la

14 région de Kumanovo. Je parlais plutôt de la région de Tetovo.

15 Si l'on pouvait déplacer cette carte un petit peu, je pourrais vous

16 montrer de quoi je parle exactement.

17 Q. Est-ce que vous nous dites que ceci ne cadre pas avec ce qui est

18 indiqué au paragraphe 165 ?

19 R. Tout dépend de la manière dont vous l'interprétez et de la manière dont

20 vous prenez véritablement les choses.

21 Q. Je vous lis ce qui est écrit. Ce que je vois et ce que je peux lire

22 ici, c'est que l'ALN je cite : "a obtenu des gains considérables en

23 effectuant une percée vers le sud de Tetovo et vers le sud-est de

24 Kumanovo."

25 Est-ce que vous pourriez indiquer la région située au sud-est de Kumanovo à

26 l'aide d'une flèche ?

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Apostolski, nous savons

28 tous à quoi correspond la direction sud-est, que ce soit à partir de

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1 Kumanovo ou d'un autre endroit. Nous risquons de ne plus nous y retrouver

2 dans cette carte.

3 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Très bien.

4 Peut-on verser cette carte au dossier, s'il vous plaît, Monsieur le

5 Président.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Avant de faire cela, je signale que le

7 témoin a indiqué un secteur plus vaste vers l'ouest, et un peu vers le nord

8 de Kumanovo et le nord de Skopje. Est-ce que vous souhaitez qu'il appose un

9 chiffre à cet endroit car il en a parlé ?

10 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Etant donné qu'il a déjà indiqué cela, il

11 peut apposer le chiffre "3" à côté de cette flèche.

12 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense maintenant que le compte

13 rendu d'audience est tout à fait clair. Ce secteur est indiqué par le

14 chiffre 3. Ce secteur a été mentionné par le témoin, mais ce n'est pas

15 celui qui vous intéresse. Parlons du sud-est de Kumanovo.

16 Cette carte est maintenant versée au dossier.

17 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agit de la pièce 2D76.

18 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Peut-on maintenant présenter au témoin le

19 document 388 dans la liste 65 ter.

20 Q. Est-ce que vous pouvez lire ce qui est écrit sur cette carte ?

21 R. Oui.

22 Q. C'est le témoin Ali Ahmeti qui l'a réalisé ?

23 R. Oui.

24 Q. Est-il exact de dire que c'est Ali Ahmeti qui pouvait donner des

25 informations tout à fait précises au sujet des secteurs placés sous le

26 contrôle de l'ALN ?

27 R. Je ne m'aventurerais pas à faire de telles déclarations. Du point de

28 vue militaire, il était chef d'état-major. Il a participé aux actions et

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1 aux opérations tous les jours. Par conséquent, il doit mieux savoir ce qui

2 se passait effectivement sur le terrain.

3 Q. Est-il exact de dire qu'Ali Ahmeti était le commandant en chef de l'ALN

4 ?

5 R. Effectivement.

6 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Peut-on revoir la carte ? Peut-on agrandir

7 la partie supérieure de la carte où se trouve Kumanovo ? Cela se trouve au

8 milieu de la carte, là où nous pouvons lire Skopje. Voilà. C'est très bien

9 comme ça. Vous voyez ici également Tetovo à gauche de la carte, n'est-ce

10 pas ?

11 R. Oui.

12 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Peut-on montrer la partie inférieure de la

13 carte, s'il vous plaît. Merci.

14 Q. Est-ce que vous voyez ici le lac de Mavrovo, qui se trouve sur la

15 gauche, au sud-ouest de Tetovo ?

16 R. [aucune interprétation]

17 Q. On peut lire Mavrovo.

18 R. Oui, je le vois.

19 Q. Je souhaiterais que vous examiniez cette carte. Inutile de vous pencher

20 sur l'autre carte.

21 R. Oui, je vois ici le lac de Mavrovo.

22 Q. Conviendrez-vous avec moi que les cercles rouges sur cette carte

23 montrent les localités placées pour le contrôle de l'ALN ?

24 R. Je ne crois pas vraiment que je pourrais fonder mon analyse s'agissant

25 du contrôle du territoire uniquement sur cette carte.

26 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Saxon.

27 M. SAXON : [interprétation] Excusez-moi d'intervenir, Monsieur le

28 Président. J'ai peut-être mal vu car nous sommes vendredi matin. Je

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1 n'arrive pas à lire le nom de Mavrovo. Peut-être que mon confrère de la

2 Défense ou le témoin pourrait m'indiquer cela.

3 Maintenant je peux le voir.

4 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Bezruchenko, je suis désolé

5 que vous ayez été ainsi interrompu.

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Il n'y a aucun problème, Monsieur le

7 Président.

8 M. APOSTOLSKI : [interprétation]

9 Q. Pourriez-vous apposer le chiffre 1 à côté du lac de Mavrovo, s'il vous

10 plaît.

11 R. Nous pouvons voir ici, lac de Mavrovo.

12 Q. Vous avez déclaré précédemment que comme il est dit au paragraphe 165,

13 l'ALN avait réussi à occuper des villages situés au sud de Tetovo,

14 également près de Mavrovo. Vous souvenez-vous avoir déclaré cela ?

15 R. Si vous me permettez, Maître Apostolski, je souhaiterais ajouter que le

16 village de Pirok, par exemple, était lui aussi placé sous le contrôle de

17 l'ALN. Le village de Vrapciste également. Tous les petits hameaux situés le

18 long de cette route étaient sous le contrôle de l'ALN ainsi que ceux situés

19 dans cette région-ci.

20 Un peu plus au nord, je dirais qu'un certain nombre de hameaux dont le nom

21 n'apparaît pas sur cette carte étaient placés sous le contrôle de l'ALN. Si

22 nous nous dirigeons vers le sud et vers l'est, il y a davantage de villages

23 que je pourrais vous indiquer qui étaient également sous le contrôle de

24 l'ALN.

25 Q. Ali Ahmeti ne savait pas que Pirok et Vrapciste étaient sous son

26 contrôle ? Je ne sais pas s'il le savait ou pas. Je ne peux pas parler en

27 son nom. Comme je l'ai dit plus tôt, mon analyse ne s'est pas fondée

28 exclusivement sur cette carte, comme vous pouvez l'imaginer. Cela n'aurait

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1 pas été responsable ni professionnel. Je me suis appuyé sur de nombreuses

2 sources macédoniennes ainsi que sur des sources au sein de l'ALN. Par

3 conséquent, je ne peux pas vraiment dire si M. Ali Ahmeti avait tort ou

4 raison sur ce point. Tout ce que je puis dire, c'est qu'apparemment, comme

5 il ressort de nombreuses autres sources le territoire contrôlé par l'ALN

6 allait bien au-delà des villages indiqués sur cette carte.

7 Q. Lorsque vous étiez en train de préparer votre rapport, avez-vous eu

8 cette carte à disposition ?

9 R. Oui.

10 Q. Dans votre rapport, avez-vous cité cette carte à un moment ou un autre

11 ?

12 R. Je ne cite pas M. Ali Ahmeti ni ses déclarations pour des raisons que

13 j'ai déjà mentionnées à de nombreuses reprises.

14 Q. Le secteur que vous avez encerclé au nord de Skopje, pourrait-il être

15 annoté du chiffre 1, s'il vous plaît -- non, plutôt du chiffre 2, étant

16 donné que nous avons déjà annoté le lac de Mavrovo du chiffre 1 ?

17 R. [Le témoin s'exécute]

18 Q. Pourriez-vous dire exactement ce à quoi correspond ce territoire qui

19 est marqué d'un 2 ?

20 R. C'est le territoire qui est au nord de Skopje. Une partie du

21 territoire, c'est le Skopska Crna Gora. L'autre partie, c'est la zone de

22 Kumanovo. Un certain nombre des villages de cette zone étaient sous

23 contrôle d'ALN. Si vous me permettez, je vais vous citer une liste de tous

24 les villages parce qu'ainsi nous serons plus rapides. Je peux vous donner

25 une liste de tous ces villages.

26 Q. Monsieur le Témoin, j'ai lu tout cela dans votre rapport. Je sais

27 exactement de quels villages vous voulez parler qui auraient été sous le

28 contrôle de l'ALN. Vous avez annoté ce secteur d'un numéro 2 pour marquer

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1 les zones qui étaient sous le contrôle de l'ALN jusqu'à la fin du conflit,

2 n'est-ce pas ? En août 2001, que se --

3 R. C'est une toute autre en question, Monsieur Apostolski.

4 Je croyais que vous parliez des villages qui étaient sous le contrôle de

5 l'ALN sans référence temporel. Maintenant, vous êtes en train de me parler

6 de la fin du conflit. La question est plutôt différente.

7 Q. Je veux savoir si l'ALN contrôlait uniquement les villages, ou si elle

8 contrôlait toute la zone, c'est-à-dire même les espaces entre les villages

9 ?

10 R. Je ne comprends pas votre question.

11 Q. Je répète : Est-ce que l'ALN ne contrôlait que les villages ou est-ce

12 qu'elle contrôlait aussi les zones entre les villages, dans ce secteur que

13 vous avez encerclé?

14 R. Je pense qu'on ne se comprend pas, Monsieur Apostolski. Dans mon

15 rapport, j'ai dit qu'environ 20 % du territoire entier de la Macédoine

16 étaient sous le contrôle de l'ALN. Maintenant, vous me demandez s'il s'agit

17 d'une zone compacte, ou non, ou dense. Je ne sais pas. Ça représente quand

18 même une superficie assez importante. Je ne sais pas si le terme "compacte"

19 s'applique bien.

20 Q. Alors je vais vous la poser autrement : ces 20 % de territoires,

21 étaient-ils reliés les uns aux autres ?

22 R. Comme je l'ai déjà dit très souvent, au cours du conflit plusieurs

23 fronts ont été ouverts dans le pays. Si vous lisez les documents militaires

24 macédoniens, surtout les rapports de synthèse du renseignement du ministère

25 de la Défense, on parle surtout de trois zones qui étaient les zones de

26 crise; Kumanovo, Skopje, Tetovo. Pour généraliser, on pourrait dire que si

27 on parle de ces trois zones que l'on voit ici, sans Gostivar et Debar, ça

28 fait quand même une superficie assez importante, puis ça vous prendrait une

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1 bonne partie du territoire de toute la zone.

2 Q. Oui, mais répondez à ma question. Je voulais savoir si ces zones

3 étaient reliées les unes aux autres.

4 R. Je vais être descriptif.

5 Je pense, en effet, que l'ALN essayait de relier ces fronts les uns

6 aux autres. Je vais vous donner un exemple --

7 Q. Je ne voudrais pas que vous annotiez cette carte à nouveau. Je voudrais

8 -- non, je ne pourrais pas la verser au dossier. Ne mettez aucune

9 annotation sur cette carte.

10 J'ai encore une question sur la carte. Vous voyez les villages au sud

11 ou au sud-est de Kumanovo, ce sont des villages que M. Ali Ahmeti a marqué

12 comme étant des villages sous le contrôle de l'ALN ?

13 R. [aucune interprétation]

14 Q. [aucune interprétation]

15 R. Oui, au sud de Kumanovo.

16 Q. Non, c'est le sud-ouest de Kumanovo.

17 R. [aucune interprétation]

18 Q. [aucune interprétation]

19 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Maintenant, j'aimerais, s'il vous plaît,

20 verser cette pièce au dossier.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je ne voudrais que l'on ait du mal à

22 essayer à se retrouver avec cette carte, si à un moment ou un autre on a

23 besoin de s'y référer.

24 Je crois que j'ai bien compris le témoin, mais il a commencé par

25 annoter des zones où il a dit que se trouvaient des villages qui étaient

26 contrôlés par l'ALN. Il a déterminé trois grandes zones sur cette carte.

27 Il a aussi dit que si l'on pouvait montrer le nord de la carte ou que

28 si l'on pouvait aussi montrer la carte plus au sud ou plus à l'ouest, il

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1 aurait pu repérer d'autres secteurs. En tout cas, moi, c'est ce que j'ai

2 compris.

3 Est-ce que j'ai raison ou pas ?

4 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Oui, je pense que la meilleure chose à

5 faire, en effet, serait maintenant d'afficher la carte entière.

6 Pourrions-nous avoir à l'écran la pièce 548.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Que voulez-vous faire ? Vous voulez

8 que l'on fasse un cliché de la carte entière ou non ?

9 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Je voudrais surtout que l'on verse au

10 dossier cette carte-ci, dans une première étape, la carte telle qu'elle est

11 à l'écran, ensuite voir la carte entière et l'annoter à nouveau pour voir

12 où se trouvaient les territoires contrôlés par l'ALN. Cette carte-ci a été

13 employée pour que les annotations se fassent uniquement en ce qui concerne

14 la zone qui se trouve au sud de Tetovo et la zone de Kumanovo.

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Procédons de la sorte et

16 nous allons verser cette pièce au dossier.

17 M. LE GREFFIER : [interprétation] Elle recevra la cote 277 [comme

18 interprété].

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Si je vous ai bien compris maintenant,

20 vous voulez la carte vierge mais en plein écran; c'est bien cela ?

21 M. APOSTOLSKI : [aucune interprétation]

22 M. LE JUGE PARKER : [aucune interprétation]

23 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Je voudrais la carte 388 à l'écran, s'il

24 vous plaît, celle qui porte la cote 388, de la liste 65 ter.

25 Maintenant, il faudrait à nouveau zoomer, et maintenant revenir un

26 peu en arrière, mais d'une seule étape. Passez à droite. Voir l'est et voir

27 le nord, s'il vous plaît. Un petit peu plus au nord. Merci. Merci.

28 Maintenant, cadrons un petit peu en montrant un peu plus le sud.

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1 Q. Il faudra arriver à voir le lac d'Ohrid.

2 R. Mais là les caractères sont très petits. J'ai beaucoup de mal à lire.

3 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Il faudrait cadrer la carte afin de voir

4 aussi la frontière nord de la République de Macédoine.

5 Rapetissez maintenant la carte encore un peu.

6 Q. J'aimerais maintenant, Témoin, savoir si vous avez une carte qui

7 montre suffisamment le territoire pour que vous puissiez annoter tous les

8 territoires contrôlés par l'ALN ?

9 R. Oui, mais l'ennui c'est que je ne vois absolument rien. Les caractères

10 sont beaucoup trop petits. Je n'arrive absolument pas à repérer les noms

11 des villages.

12 Q. Il s'agit de faire des annotations approximatives. Je ne vous demande

13 pas une liste exhaustive de tous les villages qui étaient sous contrôle de

14 l'ALN, mais je voudrais juste que vous marquiez les parties et les

15 territoires de la Macédoine qui faisaient partie de ces 20 % du territoire

16 sous le contrôle de l'ALN.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je suis désolé d'intervenir, Maître

18 Apostolski, mais si vous voulez que le témoin et que les Juges de la

19 Chambre puissent lire les noms des villages, ne serait-ce même que les noms

20 des bourgades qui sont quand même écrits en "font" un tout petit peu plus

21 grand, il va falloir que vous procédiez par étapes et que nous nous

22 attachions à chaque fois sur un morceau de la carte où les toponymes sont

23 visibles, sinon ça ne servira à rien.

24 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Très bien. Je vais procéder de la sorte et

25 je vous remercie de votre conseil.

26 Pourrions-nous commencer par la zone de Kumanovo ? Il s'agit de la

27 partie supérieure de la carte. Je vous remercie.

28 Q. Pourriez-vous, Monsieur le Témoin, marquer le territoire sous contrôle

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1 de l'ALN dans ce secteur. Je ne voudrais pas que vous ayez recours à votre

2 dossier pour vous rafraîchir la mémoire.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Apostolski, soyons sérieux.

4 Vous pensez que le témoin va se souvenir de tous les détails géographiques,

5 de tous les toponymes, de tous les hameaux de Macédoine sous le contrôle de

6 l'ALN, et ce, de tête, sans se référer au moindre document ? Vous demandez

7 quelque chose là de très compliqué à ce témoin.

8 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Oui, je suis désolé. Je m'excuse d'après

9 de tout le monde. Je pense que j'étais un petit peu exigeant, en effet.

10 Q. Pourriez-vous, dans cette partie du territoire, nous dire quel était le

11 secteur qui était sous le contrôle de l'ALN vers la fin du conflit en 2001

12 ?

13 R. Très bien. Cela va malheureusement être assez approximatif.

14 Tout d'abord, à cause de l'échelle de la carte. Je n'ai pas du tout

15 une carte militaire topographique. Ça me semble plutôt être une carte

16 routière.

17 Ensuite, je ne vais pas pouvoir faire un repère extrêmement précis,

18 étant donné que mon feutre lui-même va faire une ligne d'épaisseur d'au

19 moins 1 millimètre, qui représente, vu l'échelle de la carte, plusieurs

20 kilomètres.

21 Q. [aucune interprétation]

22 R. Tout ceci va être assez approximatif, mais je me lance. Il y avait

23 quelques combats dans la zone de Tabanovce, alors que le territoire de Crna

24 Gora et à l'est de Kumanovo, là il y avait énormément d'activités de l'ALN

25 jusqu'à Aracinovo et Skopje, qui étaient au sud de cette zone.

26 Ensuite, pour ce qui est de l'ouest.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Sachez que dès que l'on modifie quoi

28 que ce soit sur la carte, dès que l'on se déplace dans la carte, on perd

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1 tout ce qui a été annoté. Il va falloir procéder par étapes. Un secteur,

2 une sauvegarde; un secteur, une sauvegarde.

3 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Très bien. J'aimerais donc que nous

4 sauvegardions cette carte annotée.

5 M. LE JUGE PARKER : [aucune interprétation]

6 M. LE GREFFIER : [interprétation] Elle recevra la cote 2D78.

7 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Passons maintenant à la zone de Tetovo,

8 s'il vous plaît. Pouvons-nous avoir le secteur de Tetovo en plein écran.

9 Bien. Merci.

10 Q. Pourriez-vous repérer sur cette carte la zone qui était sous contrôle

11 de l'ALN dans ce secteur.

12 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ce serait peut-être plus utile pour le

13 témoin d'identifier quels sont les secteurs qui l'intéresse en fin de

14 compte. Ainsi, je pense que nous aurions une bien meilleure idée de ce

15 qu'il veut dire. Je pense que ce serait presque au témoin de nous dire

16 quelles sont les zones sur lesquelles il convient de zoomer à chaque fois,

17 puisque c'est lui qui doit nous dire où se trouve le secteur.

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, tout à fait.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Il y a ce secteur de Radushani [phon], ainsi

21 que le sud de cette bourgade qui était sous contrôle de l'ALN. Je le

22 marque.

23 Ensuite, la zone au sud de la route Tetovo-Skopje est finalement

24 tombée sous le contrôle de l'ALN à un moment ou un autre. Donc, je le

25 repère.

26 Ensuite, la zone à l'ouest de Kumanovo a vu énormément de combat et à

27 plusieurs reprises au cours de conflit, elle se trouvait sous le contrôle

28 de l'ALN.

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1 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous vouliez dire Tetovo ou Kumanovo ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Je suis désolé. C'était Tetovo.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Pourriez-vous, s'il vous

4 plaît, repérer ce secteur que vous venez d'encercler

5 d'un 3.

6 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] La première zone que vous avez

8 repérée, pourriez-vous y apposer un 1, c'est-à-dire au nord de la route

9 Tetovo-Skopje.

10 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Pour la troisième zone qui nous reste,

12 pourriez-vous, s'il vous plaît, la noter d'un 2.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] [Le témoin s'exécute]

14 Pourrions-nous passer à un autre secteur ?

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, mais souvenez-vous qu'il faut

16 d'abord sauvegarder cette carte, car sinon nous allons tout perdre.

17 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Pourrions-nous verser au dossier cette

18 partie de la carte.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, mais cela dit, voyez-vous encore

20 sur cet écran des zones que vous voulez encercler ?

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, mais il faudrait passer plus au nord.

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Dans ce cas-là on perdra tout. Ce

23 n'est pas possible tout de suite.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous comprends.

25 Je vois quand même cette zone entre Gostivar et la frontière. Cette zone

26 aussi était plus ou moins sous contrôle de l'ALN.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Pourriez-vous l'annoter

28 d'un 4.

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] [Le témoin s'exécute]

2 Vers Mavrovo, s'il y avait un peu d'activités de l'ALN.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Marquez cela d'un 5, s'il vous plaît.

4 LE TÉMOIN : [interprétation] [Le témoin s'exécute]

5 Vers Debar aussi, il y avait quelques activités de l'ALN. C'était au

6 sud, je crois, de Debar, mais je préfère vérifier auprès de mes documents.

7 C'est la zone qui se trouve vers le village de Goranci, un petit peu à

8 l'est de Debar.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Marquez cela d'un 6.

10 LE TÉMOIN : [interprétation] [Le témoin s'exécute]

11 En ce qui concerne cette partie de la carte, je crois que j'ai tout

12 annoté.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous voulez sans doute la verser au

14 dossier.

15 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Oui.

16 M. LE GREFFIER : [interprétation] Cette portion de carte annotée recevra la

17 cote D279.

18 M. APOSTOLSKI : [interprétation]

19 Q. Monsieur le Témoin, pour être parfaitement clair, vous avez entouré la

20 carte de Tetovo à Gostivar. Votre trait semble plus ou moins chevaucher la

21 route. Alors, dites-nous, la route qui allait de Tetovo à Gostivar n'était

22 pas sous le contrôle de l'ALN, n'est-ce

23 pas ?

24 R. Cela, je n'en suis pas certain, car je crois qu'il y avait quelques

25 villages entre Tetovo et Gostivar qui étaient contrôlés par l'ALN.

26 Q. Oui. Je voudrais qu'on sache, aux fins du compte rendu, si la route

27 entre Tetovo et Gostivar a été sous contrôle de l'ALN.

28 R. Comme vous le voyez, il y a deux routes qui vont de Tetovo à Gostivar.

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1 Il y a d'abord l'autoroute, puis il y a une petite route plus à l'ouest. Je

2 crois que Kamenjane et Pirok ainsi que Vrapciste qui se trouvent ici sur

3 cette petite route, je les entoure, ainsi que le village de Lisec

4 d'ailleurs, étaient contrôlées par l'ALN.

5 Q. Oui, l'autoroute allant de Gostivar à Tetovo n'était pas contrôlée par

6 l'ALN.

7 R. Je ne pense pas.

8 Q. Merci.

9 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Pouvons-nous maintenant montrer le secteur

10 qui est plus au sud.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Attention, vous allez tout perdre.

12 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Oui. Je vais demander le versement au

13 dossier de cette pièce.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien.

15 M. LE GREFFIER : [interprétation] Elle recevra la cote 2D80.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maintenant, Monsieur le Témoin,

17 voulez-vous à l'écran une autre portion de la carte ?

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, je voudrais que l'on voie le nord-est,

19 s'il vous plaît. Merci.

20 Comme je l'ai déjà dit, grand nombre de villages dans ce secteur étaient

21 sous le contrôle de l'ALN.

22 Ainsi qu'un grand nombre de villages qui se trouvaient au sud de

23 cette route.

24 M. APOSTOLSKI : [interprétation]

25 Q. On a déjà repéré ce secteur dans la carte précédente. Vous êtes en

26 train d'encercler exactement les mêmes zones.

27 R. Oui, vous avez tout à fait raison.

28 Je m'en excuse. Passons à l'est.

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1 Q. Oui. Je pense que nous devrions aller plus au sud, car vous avez déjà

2 repéré la zone autour de Kumanovo.

3 A votre avis, vous nous avez dit que les fronts étaient Kumanovo,

4 Tetovo, Gostivar, mais il y a certaines zones autour de lac Ohrid que je

5 crois que vous vouliez repérer. Je pense que nous devrions passer à la

6 partie est.

7 R. Ecoutez, j'ai déjà marqué la zone qui est à gauche, c'est-à-dire à

8 l'ouest de Kumanovo. J'ai marqué aussi la zone du côté de Radusa au sud de

9 la route Tetovo-Skopje. Tout ce qui était à l'ouest de Tetovo, je l'ai

10 aussi marqué, ainsi que la zone de Gostivar, la zone de Debar. Nous

11 pourrions quand même maintenant nous pencher sur la zone du lac Ohrid.

12 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Voulez-vous verser cette portion de la

13 carte ?

14 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Non, puisque ce n'est que la répétition de

15 ce que nous avons déjà fait précédemment.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Nous allons laisser cette

17 carte. Nous n'allons pas sauvegarder les annotations. Nous allons

18 maintenant nous concentrer sur la partie sud où l'on voit le lac.

19 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Merci.

20 Q. Alors, est-ce une partie de la carte qui vous sied, Monsieur le Témoin

21 ?

22 R. Oui. Il y avait, je crois, des activités de l'ALN au sud de Debar ou

23 dans ses environs. Mais c'est à peu près tout.

24 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Très bien.

25 Pourrions-nous, s'il vous plaît, verser cette pièce au dossier.M. LE JUGE

26 PARKER : [interprétation] Oui.

27 M. LE GREFFIER : [interprétation] Elle recevra la cote 2D81.

28 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Peut-être pouvons-nous faire une pause ?

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1 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, tout à fait.

2 Nous reprendrons à 11 heures.

3 --- L'audience est suspendue à 10 heures 30.

4 --- L'audience est reprise à 11 heures 05.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Apostolski, vous avez la

6 parole.

7 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Merci, Monsieur le Président, Madame,

8 Monsieur les Juges.

9 Je demanderais que l'on présente au témoin la pièce P466, page 29 dans la

10 version anglaise, 32 dans la version macédonienne. Il s'agit du rapport.

11 Q. Il s'agit du paragraphe 106 de votre rapport. Vous avez souvent cité

12 des communiqués de presse ou des communiqués produits ou diffusés par l'ALN

13 ?

14 R. Oui.

15 Q. Dans ce paragraphe, vous vous y référez et vous dites qu'afin de faire

16 connaître ces objectifs et ces actions auprès d'un public plus large, l'ALN

17 a diffusé un certain nombre de communiqués. Vous dites qu'un résumé de ces

18 communiqués ainsi que des déclarations additionnelles figurent dans la

19 liste fournie dans le tableau qui suit ?

20 R. Oui. Il s'agit là de communiqués qui ont été tous reçus des autorités

21 macédoniennes par le biais des demandes d'assistance.

22 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Je voudrais que l'on tourne la page dans

23 la version anglaise.

24 Q. Est-il exact de dire que vous avez reçu en partie ces communiqués de la

25 part d'Ali Ahmeti ?

26 R. Je ne pourrais pas vous dire exactement. Je ne me souviens plus très

27 bien. Je pense qu'il y avait trois sources principales de ces communiqués.

28 Premièrement, il y avait le gouvernement macédonien et, comme j'ai déjà

Page 7228

1 dit, on les a reçus par l'entremise des demandes officielles d'assistance.

2 La deuxième source, c'était le ministère de l'Intérieur macédonien, c'était

3 son "Livre blanc." C'est là qu'un certain nombre de ces communiqués ont été

4 publiés. Troisièmement, je suppose c'est venu de M. Ali Ahmeti.

5 Q. Je vous soumets que vous avez reçu tous ces communiqués de la main de

6 M. Ali Ahmeti. Vous seriez d'accord avec moi ?

7 R. Non. Si vous vous référez par exemple, au "Livre blanc," à la fin de

8 cette publication, vous trouverez un chapitre qui est entièrement consacré

9 à ces communiqués. Je me souviens très bien que certains de ces communiqués

10 ont été traduits en macédonien, en fait je les ai lus en macédonien. Ce qui

11 me permet de penser qu'ils ont été reçus de la part des autorités

12 macédoniennes.

13 Q. Vous avez estimé que ces communiqués étaient véridiques ?

14 R. Je n'avais pas de raison particulière de remettre en doute

15 l'authenticité de ces communiqués. Comme je l'ai déjà dit, nous en avons

16 reçu beaucoup de la part des autorités macédoniennes. Vous pouvez vous-même

17 vous référer au "Livre blanc" pour vous en apercevoir. Il y en a qui sont

18 publiés dedans.

19 Q. Dans votre rapport, vous vous êtes servi de ces communiqués ? Vous les

20 avez cités comme étant véridiques. En aucun endroit, vous ne remettez en

21 doute leur véracité ?

22 R. Je ne comprends pas où vous voulez en venir avec cette question,

23 Monsieur. Dans quel sens devrais-je faire confiance ou non à ces

24 communiqués ? Est-ce que vous êtes en train de dire que c'est des faux,

25 qu'ils n'ont pas existé ou que nous ne les avons pas

26 reçus ?

27 Q. Non. Je suis en train de vous soumettre que certains d'entre eux sont

28 des faux. C'est ce que je vais vous démontrer.

Page 7229

1 Devant vous, vous avez un tableau. Je pense que vous pourrez vous mettre

2 d'accord avec moi pour dire que la première colonne concerne la date du

3 communiqué. Vous êtes d'accord ?

4 R. Oui.

5 Q. La deuxième colonne correspond à la date de démission de diffusion.

6 R. [aucune interprétation]

7 Q. Ensuite, dans la troisième colonne nous avons le contenu du communiqué.

8 R. [aucune interprétation]

9 Q. Puis dans la quatrième colonne, nous avons la signature de la personne

10 qui a signé ?

11 R. On dirait que oui, en effet.

12 Q. Alors, je vais maintenant appeler votre attention sur le communiqué du

13 5 mai 2001. Vous l'avez sous les yeux ?

14 R. Oui.

15 Q. Dans ce communiqué, il y a la description des opérations de combat de

16 la 113e Brigade dans le secteur de Kumanovo et Lipkovo. Le communiqué dit

17 que le gouvernement macédonien s'est servi de l'hélicoptère Mi-24, de

18 mitrailleuses et d'un obusier de

19 155-millimètres, et de divers mortiers, des chars et des véhicules blindés.

20 Dans la suite il est dit que des membres de la 113e Brigade ont tué 20

21 membres de l'armée de la police des paramilitaires macédoniens. Ils ont

22 détruit trois chars et quatre véhicules blindés et qu'ils ont abattu deux

23 hélicoptères.

24 Vous l'avez sous les yeux ?

25 R. Oui, je l'ai.

26 Q. C'est l'état-major qui a signé.

27 R. Oui, je peux confirmer cela.

28 Q. D'après vous, c'est un communiqué véridique ?

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1 R. Je pense que ce communiqué a effectivement été diffusé. Ce document

2 existe véritablement. Toutefois, je pense que les chiffres constituent une

3 exagération grossière lorsqu'il est question des pertes essuyées du côté

4 des forces macédoniennes.

5 Q. Mais dans votre rapport vous ne formulez aucun commentaire à ce sujet.

6 R. Mais, Monsieur, ce chapitre-là du rapport se penche en réalité sur des

7 communiqués qui ont été diffusés par l'ALN. Je me suis contenté de résumer

8 ces communiqués dans ce tableau numéro 4. Je n'allais pas me pencher sur

9 chacun d'entre eux de manière détaillée. Je n'allais pas non plus confirmer

10 ou réfuter les informations qu'ils contiennent, mais il me semble qu'il

11 ressort de manière tout à fait claire de ce communiqué que les pertes sont

12 exagérées. Vous pouvez le dire si vous procédez à une comparaison avec

13 d'autres sources.

14 Mais comme je l'ai déjà dit, si j'ai communiqué cela, c'était pour

15 une tout autre raison. Je n'allais pas me pencher sur chacun de ces

16 communiqués pour vérifier s'ils étaient véridiques ou non. Tout simplement,

17 je les ai cités pour faire état d'un fait et pour montrer qu'on a

18 effectivement rédigé, diffusé ce genre de communiqué.

19 Q. Est-ce que par là vous cherchez à dire que les communiqués qui ont été

20 donnés par l'ALN ont été exagérés, qu'ils n'étaient pas véridiques ?

21 R. Non, je ne suis pas en train d'insinuer cela. Ce que je suis en train

22 de dire c'est que l'information dans ce communiqué en particulier, pour ce

23 qui est de l'importance des victimes, des pertes, semble être exagérée,

24 mais cela ne veut pas dire nécessairement que tous les communiqués relèvent

25 de cette même catégorie.

26 Q. Pensez-vous que lors des opérations de Kumanovo et de Lipkovo, l'ALN a

27 pu détruire trois chars, quatre véhicules blindés et qu'ils ont abattu des

28 hélicoptères ?

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1 R. Non, je ne pense pas que ce soit vrai.

2 Q. Mais ceci ne vous a pas incité à commenter cela dans votre rapport.

3 Nulle part, dites-vous, que vous ne prêtiez pas foi à ces communiqués, que

4 vous ne pensez pas qu'ils étaient véridiques ?

5 R. Monsieur, vous voyez que ce chapitre entier est consacré aux

6 communiqués de l'ALN. Comme je l'ai déjà dit, je n'allais pas tout

7 particulièrement m'attacher à ce communiqué. S'il était vraiment nécessaire

8 de formuler ce genre de commentaires, ce serait plutôt sur l'ensemble des

9 opérations de Kumanovo et Lipkovo et non pas sur ce communiqué uniquement.

10 Q. Très bien. Par conséquent, vous serez d'accord pour dire que ce

11 communiqué n'est pas un communiqué véridique ?

12 R. Il est exagéré. Je ne pense pas qu'à un moment du conflit, quel qu'il

13 soit, l'armée macédonienne n'ait perdu deux hélicoptères. D'après ce que

14 j'en sais, il y a eu un seul incident où un hélicoptère de l'armée

15 macédonienne s'est écrasé. Je pense que c'est dans la zone de Popovo Sapka,

16 et il y a eu aussi des tentatives de l'ALN d'abattre des hélicoptères

17 macédoniens à l'aide de missiles antiaériens portables, mais je n'ai jamais

18 vu d'autres rapports où la même information aurait été contenue.

19 Q. Mais le village de Vejce, il se situe en Macédoine; c'est exact ?

20 R. Oui.

21 Q. Et le village de Sipkovica se situe également en

22 Macédoine ?

23 R. Oui, c'est exact.

24 Q. Lorsque vous avez rédigé votre rapport, vous vous êtes appuyé sur des

25 documents étrangers également ?

26 R. Vous voulez dire --

27 Q. De documents internationaux.

28 R. Oui.

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1 Q. Est-ce que vous avez vérifié la véracité de ces documents ?

2 R. Monsieur, si par votre question vous voulez dire ai-je vérifié la

3 crédibilité des sources et des documents dont je me suis servi, je vais

4 vous répondre par l'affirmative.

5 Q. Avez-vous vérifié que la teneur de ces documents était véridique ?

6 R. Mon étude ne s'appuyait pas sur un seul document. Généralement, je

7 procédais à des recoupements pour étayer ces analyses, ces informations à

8 l'aide d'autres sources.

9 Q. Très bien.

10 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Je voudrais maintenant que l'on montre la

11 pièce P466 au témoin, page 18 dans la version anglaise, 19 dans la version

12 macédonienne.

13 Q. J'attire votre attention sur le paragraphe 54. Dans ce paragraphe, vous

14 dites : "Le Grand état-major était à Prizren tandis que l'état-major

15 tactique était à Sipkovica."

16 C'est la note de bas de page 68 à laquelle vous renvoyez, et vous dites :

17 "Shefi, connu sous le nom de Kravata, a été identifié comme dirigeant

18 logistique. Den Korabi était l'assistant d'Ali Ahmeti sur le plan

19 administratif. Nazim Beqir a été identifié en tant que porte-parole de

20 l'ALN tandis que Fazli Hajdari a été l'officier chargé des opérations."

21 Vous vous référez à une note de bas de page 69, l'ensemble des documents

22 sur la Macédoine.

23 Est-ce que vous avez vérifié cette information que vous citez au paragraphe

24 54 ?

25 R. Ce paragraphe ne se base pas sur cette seule source, mais également sur

26 des sources comparables que j'ai eu également l'occasion de consulter

27 pendant que je travaillais sur mon rapport. De manière générale, je dirais

28 que cette information est correcte et exacte.

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1 Q. Très bien. Je reprends au début : "Le Grand état-major de l'ALN était

2 situé à Prizren. L'état-major tactique était situé à Sipkovica.

3 Est-ce que c'est exact ?

4 R. C'était le cas, du moins pendant quelque temps. Cela on jugeait d'après

5 les documents.

6 Q. Vous affirmez que pendant une période donnée du conflit, c'est à

7 Prizren qu'était situé le Grand état-major de l'ALN ?

8 R. Oui, d'après les documents.

9 Q. Est-il exact de dire qu'Ali Ahmeti est le mieux placé pour savoir où

10 était situé le Grand état-major ? Vous avez vérifié cela dans sa

11 déclaration ?

12 R. Encore une fois, Monsieur, si vous m'y permettez, si on me permettait,

13 l'information que l'on trouve dans la déclaration de

14 M. Ali Ahmeti a pu être corroborée grâce à d'autres sources. Je pense que

15 vous en conviendriez avec moi pour dire que les personnes qu'on auditionne

16 ont leurs raisons pour dire ou ne pas dire certaines choses parfois. Dans

17 nombreux de cas, il y a des conjectures dans les déclarations des témoins.

18 C'est la raison pour laquelle j'ai fait de mon mieux pour m'appuyer

19 sur des documents solides, y compris ceux émanant des organisations

20 internationales, et plus particulièrement de l'OTAN.

21 Q. Mais vous étiez présent pendant l'audition d'Ali Ahmeti; c'est exact ?

22 R. Oui, c'est exact.

23 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Est-ce que l'on peut montrer au témoin la

24 pièce 65 ter 2D235, page 6 dans la version macédonienne et anglaise.

25 Paragraphe 31.

26 Ce n'est pas le bon document. 65 ter 2D325, s'il vous plaît.

27 Q. Vous avez sous les yeux la déclaration d'Ali Ahmeti. C'est la

28 déclaration qui a été donnée le 30 juillet 2005.

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1 R. Oui, je la vois.

2 Q. Je vais vous donner lecture du paragraphe 31. M. Ali Ahmeti, qui était

3 le commandant suprême de l'ALN en Macédoine, dit que le Grand état-major et

4 le commandement Suprême étaient situés à Vejce en mars, que le commandement

5 Suprême et le Grand état-major se sont déplacés à Sipkovica en avril 2001,

6 où ils sont restés jusqu'à la fin du conflit.

7 Est-ce que vous seriez d'accord avec moi pour dire que M. Ali Ahmeti a fait

8 une déclaration où il omet de mentionner que c'est à Prizren que se

9 trouvait le Grand état-major ?

10 R. C'est exact. Il n'a jamais mentionné ce fait.

11 Q. Et ceci est différent de ce que vous avez affirmé.

12 R. Oui, c'est exact. Moi, je me suis appuyé sur des sources de l'OTAN qui

13 disposaient vraisemblablement de leurs propres sources d'information.

14 Comme je l'ai déjà dit, j'ai essayé de m'appuyer sur des sources

15 solides vérifiables. Je n'ai pas trouvé d'information en préparant mon

16 rapport qui corroborerait le fait qu'au mois de mars 2001 le Grand état-

17 major de l'ALN se trouvait à Vejce. C'était peut-être le cas, mais je n'ai

18 pas trouvé d'information qui confirmerait cela.

19 Cependant, il est également exact de dire que le Grand état-major a été

20 transféré à Sipkovica, et je pense que c'est mentionné dans mon rapport

21 comme il se doit.

22 Q. Mais l'état-major ne s'est jamais trouvé à Prizren, comme vous

23 l'indiquez dans votre rapport.

24 R. Cette information provient de sources de l'OTAN et je n'ai aucune

25 raison de mettre en doute ces sources.

26 Q. Très bien. Merci.

27 Est-il exact que toutes les brigades de l'ALN combattaient conformément au

28 plan qu'elles avaient établi et leur propre évaluation de la situation ?

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1 R. Dans le cadre de la préparation de mon rapport, je n'ai trouvé aucun

2 élément permettant de penser cela.

3 En réalité, je dirais que les actions menées par les brigades de

4 l'ALN étaient coordonnées et visaient, de façon générale, à atteindre un

5 but ultime, à savoir obtenir des gains territoriaux aussi importants que

6 possible, passer vers le sud en direction de la frontière avec l'Albanie et

7 obtenir un contrôle plus important des secteurs situés à proximité de la

8 capitale.

9 Q. Donc vous estimez que les brigades menaient des actions coordonnées en

10 fonction d'un plan coordonné établi au préalable et en suivant leur propre

11 évaluation de la situation en vue de mener leurs actions.

12 R. Apparemment il existait un plan général fixant les objectifs à

13 atteindre en vue de la résolution du conflit.

14 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Pourrait-on présenter au témoin le

15 document 65 ter 3D367, s'il vous plaît. 3D367.

16 En fait, il s'agit du document 2D367.

17 Q. Il s'agit de la déclaration faite par Gezim Ostreni. La voyez-vous ? Ce

18 qui m'intéresse c'est la page 10 dans la version macédonienne et la page 11

19 dans la version anglaise, paragraphe 53.

20 Voyez-vous ce paragraphe ? Il s'agit d'un paragraphe extrait de la

21 déclaration préalable de Gezim Ostreni. Vous avez dit qu'il était le mieux

22 placé pour parler des actions de l'ALN en sa qualité de chef de l'état-

23 major général; est-ce exact ?

24 R. Oui, c'est exact.

25 Q. Au paragraphe 53, ligne 6, il est dit, je cite : "Chaque brigade

26 disposait de sa propre zone de responsabilité. Chacune combattait

27 conformément au plan qu'elle avait fixé et à son jugement. Nous n'avons

28 jamais eu la possibilité de mener des opérations coordonnées impliquant

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1 plusieurs brigades."

2 Est-il exact de dire que M. Gezim Ostreni déclare que chaque brigade

3 combattait conformément à son propre plan et à son propre jugement ?

4 R. Oui, mais nous interprétons ce paragraphe de façon différente tous les

5 deux.

6 Ce qui est dit ici, c'est qu'au niveau tactique, chaque brigade

7 disposait de son propre plan. Toutefois, cela signifie également qu'au

8 niveau stratégique il y avait certains concepts. Il y avait une certaine

9 coordination dans les actions menées par les brigades.

10 Si vous examinez le document intitulé Concept des opérations, et la

11 carte que nous avons décrite, vous constaterez qu'il est manifeste qu'il y

12 a eu une série d'actions menées par les brigades de l'ALN.

13 Monsieur Gezim Ostreni affirme également que l'ALN n'a pas eu la

14 possibilité d'effectuer des actions coordonnées impliquant plusieurs

15 brigades. C'est tout à fait vrai, mais c'est une question tout autre. Ce

16 qu'il veut dire par là, c'est qu'il n'y avait pas d'opérations conjointes

17 impliquant plusieurs brigades. Ce qui ne signifie pas nécessairement pour

18 autant qu'il y avait une stratégie générale et que les actions des brigades

19 menées conformément à ce point n'étaient pas coordonnées.

20 Enfin, en tout cas, c'est comme ça que je comprends ce paragraphe.

21 Q. Merci. Dans la partie de votre rapport consacrée au financement, vous

22 dites que l'ALN a reçu un soutien financier important. Vous citez les

23 différentes sources de financement. Est-il exact de dire que l'ALN n'avait

24 pas de budget centralisé ?

25 R. Je ne pense pas avoir mentionné le terme "budget" à quelque endroit que

26 ce soit de mon rapport.

27 Q. Est-il alors exact de dire qu'il n'y avait pas de système financier

28 centralisé mis en place par l'ALN ?

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1 R. Sous votre respect, je ne pense pas avoir utilisé l'expression "un

2 système financier centralisé" en parlant de l'ALN. Ce que vous voulez dire

3 par là qu'il y avait des fonds, un financement, un système permettant de

4 recueillir les contributions apportées à l'ALN, je pense qu'il existait de

5 tels fonds, un tel financement, et il existait sans doute une certaine

6 forme de système.

7 Q. Dans votre rapport, vous dites qu'il s'agissait d'un mouvement organisé

8 et qu'un conflit armé faisait rage. Vous avez parlé d'insurrection visant à

9 atteindre des objectifs politiques; est-ce exact ?

10 R. Pour l'essentiel, oui.

11 Q. Est-ce qu'il est classique dans les pays démocratiques de voir des

12 insurrections alors qu'on peut résoudre les problèmes par le biais des

13 moyens démocratiques ?

14 R. Je pense qu'il s'agit d'une question d'ordre général qui n'a pas grand-

15 chose à voir avec l'objet de mon rapport.

16 Mais pour répondre à votre question, je dirais qu'un processus

17 politique visant à résoudre les différends pour ce qui est des questions

18 sociales, politiques et économiques, ce processus politique est l'une des

19 caractéristiques fondamentales de toute société démocratique. La violence

20 n'est pas une manière de résoudre les problèmes dans une société

21 démocratique.

22 Q. Est-il exact de dire qu'en Macédoine, en 2001, les représentants du

23 peuple, soit du parlement et du gouvernement, ont été démocratiquement élus

24 ?

25 R. Oui, c'est exact.

26 Q. Vous dites au paragraphe 15 de votre rapport que les deux partis au

27 conflit ont signé les accords d'Ohrid. De quels partis voulez-vous parler ?

28 R. Je crains qu'il s'agisse d'une erreur de traduction en anglais. Il

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1 n'est pas question de partis au conflit dans ce paragraphe. Ce que je

2 voulais dire par là, c'est que les partis politiques ont signé les accords

3 d'Ohrid. Vous savez pertinemment que les choses se sont passées ainsi. Les

4 quatre principaux partis politiques macédoniens ont signé les accords

5 d'Ohrid.

6 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Pourrait-on montrer au témoin la pièce

7 P466, page 7. Je souhaiterais que l'on affiche le document dans sa version

8 anglaise et dans sa version macédonienne.

9 Ce qui m'intéresse c'est le paragraphe 15. Nous devons revenir une page en

10 arrière dans la version anglaise.

11 Q. Vous dites ici, je cite, que : "La période la plus intense du conflit

12 s'est achevée le 13 août 2001, date à laquelle suite à l'intervention des

13 diplomates américains et de l'Union européenne, les parties ont signé les

14 accords cadre d'Ohrid, bien que le cessez-le-feu eut été violé après cette

15 date.

16 Est-ce que vous voulez dire que les deux parties au conflit ont signé

17 l'accord, ou les partis politiques ?

18 R. Vous voulez parler du paragraphe 15 ?

19 Q. Oui.

20 R. Oui. Ici, je voulais parler des partis politiques, des quatre partis

21 politiques, si je me souviens bien, qui ont signé les accords d'Ohrid.

22 Q. Au paragraphe 15, vous ne mentionnez pas l'adjectif politique. Vous

23 dites simplement : "Les partis."

24 R. Oui, c'est exact. Le terme "politique" n'apparaît pas, mais je voulais

25 parler des partis politiques.

26 En réalité, je pense que les accords d'Ohrid, en tant que tels, n'ont

27 pas fait l'objet de mon analyse.

28 Q. Toujours est-il que vous avez estimé que les accords d'Ohrid étaient

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1 peu représentés, peut-être à la fin du conflit militaire en Macédoine.

2 R. Dans les accords d'Ohrid, on a décrété la fin des activités militaires

3 et la fin des violences. Ce document a permis également de modifier de

4 façon très importante la constitution de la Macédoine, notamment son

5 préambule ainsi qu'un certain nombre de dispositions importantes concernant

6 l'utilisation de la langue albanaise ainsi que les droits des Albanais à

7 suivre une éducation dans leur langue maternelle. Des changements ont

8 également été apportés en ce qui concerne les instances du pouvoir, la

9 réorganisation de certaines fonctions et de pouvoirs administratifs au

10 niveau des municipalités.

11 Si vous le souhaitez, je peux formuler des commentaires

12 complémentaires au sujet de ces accords. Comme je l'ai déjà dit, ce n'est

13 pas sur ce document que j'ai centré l'essentiel de mon analyse. Nous

14 pouvons considérer qu'il s'agit d'un document fondamental qui a

15 officiellement mis un terme aux violences. Je pense que la fin effective du

16 conflit a eu lieu le 26 septembre 2001, date à laquelle l'ALN a

17 officiellement annoncé sa démobilisation.

18 Q. Lorsque vous parlez de démobilisation, est-ce que vous voulez dire que

19 l'ALN a été désarmée ?

20 R. J'entends par démobilisation que l'ALN a annoncé qu'elle se

21 démobilisait. Ce fut le cas après la fin de l'opération Moisson

22 essentielle.

23 Q. A-t-elle également été désarmée ?

24 R. L'ALN, conformément aux termes de l'accord, a rendu un certain nombre

25 d'armes en accord avec les autorités macédoniennes et l'OTAN. Si vous nous

26 demandez si elle avait des armes à sa disposition, je ne peux pas répondre

27 à cette question, car je ne me suis pas intéressé à cet aspect des choses.

28 Pour moi, la date qui marque la fin du conflit c'est le 26 septembre 2001.

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1 Q. Pouvez-vous me répondre de façon concise. Selon vous, après avoir

2 analysé les documents dont vous vous êtes servi pour préparer votre

3 rapport, l'ALN a-t-elle été désarmée le 26 septembre ?

4 R. C'est ce qu'a annoncé l'ALN.

5 Q. Est-ce que vous êtes de cet avis ?

6 R. Non. Je pense que les violations du cessez-le-feu se sont poursuivies

7 quelque temps après cette date. Je pense que le processus de démobilisation

8 a été assez difficile. Il est difficile de déterminer quelles unités ont

9 été aussitôt démobilisées et quelles unités ont pris plus longtemps avant

10 d'être démobilisées.

11 Q. Est-ce que la 113e Brigade a rendu toutes les armes à sa disposition ?

12 R. Je ne saurais vous répondre car je n'ai pas participé à cette

13 opération. Je n'ai vu aucun document laissant à penser que cela n'a pas été

14 le cas.

15 Q. Ljuboten relevait de la zone de responsabilité de la 113e Brigade,

16 n'est-ce pas ?

17 R. Je ne pense pas. Je pense que c'est la 114e Brigade qui opérait dans ce

18 secteur.

19 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Excusez-moi, une erreur s'est glissée au

20 compte rendu d'audience. Je vous ai demandé s'il est exact de dire que

21 Ljuboten était une zone contrôlée par la 114e Brigade.

22 Q. Vous avez déjà répondu à cette question.

23 Dites-moi, je vous prie, si la 114e Brigade a été désarmée le

24 26 septembre 2001 ?

25 R. Si j'ai bien compris, toutes les brigades de l'ALN ont rendu un certain

26 nombre d'armes qui correspondait au total convenu auparavant. Si votre

27 question porte précisément sur la 114e Brigade, je ne peux pas vraiment

28 vous donner de réponse précise, et ce, pour plusieurs raisons.

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1 Premièrement, je n'ai pas vu le nombre exact d'armes dont disposait cette

2 brigade. Deuxièmement, je n'ai vu aucun document laissant à penser que les

3 armes dont disposait cette brigade était en nombre plus important que les

4 armes qu'elles ont rendues.

5 Q. Très bien.

6 Conviendrez-vous avec moi que vous consacrez une partie de votre

7 rapport aux événements survenus à Ljuboten entre le 10 et 12 août 2001 ?

8 R. Oui, effectivement.

9 Q. Le bureau du Procureur vous a demandé d'analyser les documents et

10 éléments pertinents et de donner votre avis sur les actions menées par les

11 forces macédoniennes dans le village de Ljuboten, le 11 et le 12 août 2001.

12 Votre analyse de ces événements s'est fondée sur trois sources : les

13 forces de sécurité macédonienne, à savoir l'armée et la police, l'ALN et

14 les organisations internationales.

15 R. Oui, c'est exact.

16 Q. Vous êtes-vous rendu à Ljuboten et dans les environs ?

17 R. Je pense y être allé à deux brèves occasions.

18 Q. Est-ce que vous vous êtes rendu sur les positions tenues par les forces

19 de sécurité macédonienne ?

20 R. Oui.

21 Q. Je pense aux positions tenues par les forces de sécurité macédonienne

22 en août 2001, entre le 10 et le 12 août 2001.

23 R. Je me suis rendu sur les positions tenues par l'armée macédonienne au-

24 dessus du village de Ljuboten. J'ai vu d'anciennes tranchées et ce qui

25 ressemblaient à des positions de mortiers.

26 Q. Vous êtes-vous rendu sur la position appelée Smok ?

27 R. Je pense que oui.

28 Q. Etes-vous allé à Ljubostenki Bacila, là où le 10 août 2001 des soldats

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1 de l'armée macédonienne ont été tués et d'autres blessés ?

2 R. Je me suis trouvé dans cette zone au sens large.

3 Q. Etes-vous allés à Ljubanci ?

4 R. Nous avons traversé ce village en route vers Ljuboten.

5 Q. Avez-vous remarqué la présence d'un terrain de football sur la route

6 reliant Ljubanci et Ljuboten ?

7 R. Je ne me suis pas vraiment intéressé à ce terrain de football. Ce qui

8 m'intéressait davantage, ce sont les positions tenues par l'armée

9 macédonienne, notamment les positions de mortiers et d'artillerie situées

10 au-dessus du village.

11 Q. Etes-vous allé à l'endroit où se trouvait le poste de contrôle de

12 Radisani ?

13 R. Je ne crois pas. Personnellement, je ne pense pas y être allé.

14 Q. Est-il exact que vous vous êtes appuyé sur des déclarations préalables

15 de témoins étrangers, notamment Henri Bolton et Frantz-Josef Hutsch, tous

16 deux témoins à charge ?

17 R. Comme je l'ai déjà dit, je me suis efforcé autant que possible de ne

18 pas m'appuyer sur des déclarations préalables pour rédiger mon rapport. Si

19 cela était le cas, cela a été exceptionnel, et seulement pour des points

20 bien précis.

21 Q. Pour ce qui est des forces étrangères ou des documents émanant des

22 organisations étrangères, vous vous êtes appuyé sur le rapport de "Human

23 Rights Watch" ainsi que sur les notes prises par Frantz-Josef Hutsch,

24 n'est-ce pas ?

25 R. Oui.

26 Q. Est-il exact que vous pouviez consulter tous les documents en la

27 possession du bureau du Procureur concernant les événements survenus à

28 Ljuboten, entre le 10 et le 12 août 2001 ?

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1 R. Je pense que oui.

2 Q. Avez-vous examiné tous les documents concernant les événements de

3 Ljuboten en 2001 qui provenaient des organisations internationales ?

4 R. Comme vous avez pu le constater, il y a plus de 1 000 notes de bas de

5 page dans mon rapport. Je me suis appuyé sur un nombre considérable de

6 documents. Si je vous disais que j'ai examiné tous ces documents, je

7 pourrais me tromper. Il me serait impossible d'affirmer que je les ai tous

8 examinés de près.

9 Q. Connaissez-vous le rapport de l'OSCE à propos des événements de

10 Ljuboten ? Avez-vous utilisé ce rapport ou l'avez-vous lu ?

11 R. De quel rapport parlez-vous ?

12 Q. Le rapport du 16 août 2001. Il s'agit d'un rapport spécial consacré aux

13 événements de Ljuboten.

14 R. Je sais qu'il y a eu quelques rapports de ce type. Est-ce que vous

15 pourriez me montrer un extrait de ce rapport ?

16 Q. Oui, je peux vous le montrer. Cela vous permettra de vous rafraîchir la

17 mémoire.

18 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Pourrions-nous montrer au témoin, s'il

19 vous plaît, la pièce 1D24.

20 Q. Voyez-vous le document à l'écran ?

21 R. Oui.

22 Q. Avez-vous eu ces documents à votre disposition lorsque vous avez

23 préparé votre rapport ?

24 Q. Pouvez-vous passer à la page suivante, s'il vous plaît.

25 R. Oui.

26 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Pourrions-nous avoir la page suivante à

27 l'écran, s'il vous plaît.

28 LE TÉMOIN : [interprétation] Pourriez-vous allez à la page suivante aussi ?

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1 Je crois que j'ai déjà vu ce rapport. Je l'ai vu malheureusement après

2 avoir rédigé mon rapport, enfin si je me souviens bien.

3 Q. Vous dites que vous avez suivi le procès depuis le début ?

4 R. Tout à fait.

5 Q. N'avez-vous pas pensé que ce document méritait qu'on s'y arrête en ce

6 qui concerne les événements qui avaient eu lieu à Ljuboten en 2001 ?

7 R. Mon rapport a été rédigé avant que le procès ne commence bien entendu,

8 or il s'agit d'un document ici de l'OSCE.

9 Q. Oui, mais après avoir fait votre rapport préliminaire, vous l'avez

10 quand même modifié, par la suite ?

11 R. Laissez-moi terminer. Comme je l'ai dit, il s'agit ici d'un rapport qui

12 émane de l'OSCE. Bien sûr, l'OSCE a ses propres observateurs sur le

13 terrain. Cela dit, je préférais utiliser les rapports de l'armée de

14 Macédoine et les rapports du ministère de la Défense de Macédoine qui

15 paraissaient quand même beaucoup plus fiables au niveau des faits, au

16 niveau des détails, au niveau de tout ce qui s'était passé à Ljuboten. Pour

17 une raison bien simple, ce sont des documents qui là émanaient d'une

18 première main, d'une première source.

19 Alors qu'ici, nous avons un rapport qui décrit les faits mais a

20 posteriori. C'est un rapport qui est daté d'un moment ultérieur à ce qui

21 s'est passé à Ljuboten. C'est un rapport qui semble faire des conjectures

22 en ce qui concerne l'évaluation de la situation. Je tiens à dire qu'il ne

23 s'agit pas d'un rapport incorrect.

24 Q. Très bien. Vous avez aussi utilisé le rapport de "Human Right Watch"

25 qui était intitulé : Abus contre les civils --

26 R. Je crois que ce rapport-là était vraiment le seul rapport dont nous

27 disposions lorsque j'ai commencé la rédaction de mon propre rapport.

28 Q. Vous êtes quand même d'accord avec moi pour dire qu'il s'agit d'un

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1 rapport qui a été rédigé a posteriori ?

2 R. Oui.

3 Q. Cela dit, vous y avez accordé énormément d'attention et vous l'avez

4 cité dans votre propre rapport, lorsque vous avez parlé des attaques qui

5 avaient eu lieu à Ljuboten ?

6 R. Je ne pense pas que j'aie cité ce rapport bien précis dans le chapitre

7 portant sur les événements de Ljuboten. Nous pourrions peut-être vérifier.

8 Q. Je suis désolé. Il y a eu une erreur d'interprétation, car à la ligne

9 19 alors qu'il est écrit : "Vous n'avez accordé que très peu d'attention à

10 ce rapport," j'ai en fait dit : "Vous avez accordé énormément d'attention."

11 R. Vous parlez du rapport du "Human Right Watch" ?

12 Q. Oui, c'est à celui-là que je fais allusion. Vous l'avez cité dans votre

13 résumé de l'attaque sur Ljuboten. Vous y avez fait référence au paragraphe

14 483 de votre rapport ?

15 R. En effet.

16 Q. Vous dites à cette occasion que les observateurs de l'OSCE et les

17 enquêteurs de "Human Right Watch" qui se sont rendus sur les villages - je

18 suis désolé, il y a une erreur de la traduction en macédonien que je suis

19 en train de lire. Donc je comprends. Paragraphe 483.

20 R. [aucune interprétation]

21 Q. Les observateurs de l'OSCE et les enquêteurs de "Human Right Watch" qui

22 se sont rendus sur Ljuboten peu après l'attaque n'ont trouvé aucune

23 tranchée, aucune casemate, aucun emplacement de canon, aucune position

24 fortifiée ou aucun graffiti pro-ALN, alors que normalement ceci constitue

25 des preuves d'une présence organisée au niveau des unités de l'ALN et des

26 préparations de la Défense de l'ALN."

27 Vous vous êtes basé sur le rapport de "Human Right Watch" pour en arriver à

28 cette conclusion dans votre résumé de l'attaque sur Ljuboten au paragraphe

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1 483 ?

2 R. Oui, en effet. Je cite ce rapport dans mon propre rapport. Je cite

3 d'autres documents dans un amendement que j'ai préparé par la suite.

4 J'aimerais attirer votre attention plus précisément sur le paragraphe

5 481(A). Je peux vous le lire si vous le voulez.

6 "Selon --"

7 Q. Je vais vous permettre de le lire. Vous n'y faites pas référence dans

8 votre résumé sur l'attaque de Ljuboten.

9 R. C'est parce que ce sont les documents que j'ai reçus après avoir fini

10 de rédiger mon rapport. Il y a un addendum qui a été ajouté par la suite et

11 qui se base sur tous les nouveaux documents que j'ai obtenus après la

12 rédaction du rapport.

13 Q. Oui, vous avez modifié votre rapport initial, mais pour autant, vous

14 n'avez pas jugé utile de faire un autre addendum qui aurait expliqué de

15 façon factuelle ce qui s'était passé à Ljuboten entre le 10 et le 21 août

16 2001 ?

17 R. Je pense que si vous lisez avec attention les modifications que j'ai

18 apportées au rapport, vous verrez que sur environ 20 paragraphes, trois-

19 quarts de ces paragraphes portent les événements de Ljuboten. Je tiens à

20 vous lire celui que je voulais vous citer, le 481(A) :

21 "Selon les documents du ministère de l'Intérieur, dès février et mars

22 2001, l'administration en charge de la sécurité et du contre-espionnage

23 recevait des informations selon lesquelles l'ALN recrutait des combattants

24 à Ljuboten en juin 2001. Nos informations ont été Aracinovo et Ljuboten

25 pour favoriser les actions de l'ALN vers Skopje et pour fournir un appui

26 logistique aux forces de l'ALN. A la fin juin 2001, des casemates ont été

27 érigées dans les environs."

28 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Pourrions-nous, s'il vous plaît, montrer

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1 au témoin la page 5 en anglais, et les pages 4 et 5 du document en

2 macédonien qui est à l'écran. Il s'agit du rapport spécial de l'OSCE à

3 propos de ce qui s'est passé à Ljuboten en date du 16 août 2001.

4 Le paragraphe commençant par : "Finalement, il semble très probable

5 qu'il y avait des EAAG dans le village au cours des hostilités récentes et

6 que l'EAAG avait une certaine influence dans le village. Etant donné ceci,

7 les observateurs ont trouvé des rapports selon lesquels les villageois

8 albanais de souche étaient restés dans leurs maisons au cours des

9 hostilités 'parce qu'ils sont des citoyens tout à fait fidèles et loyaux

10 qui n'ont aucune raison de se partir,' mais le HVO considère que ces

11 rapports à propos de ces villageois albanais ethniques sont extrêmement

12 perturbants. La mission n'est pas au courant qu'il y ait des villages où il

13 n'y ait pas d'influence de l'EAAG où une majorité de la population

14 albanaise de souche ait décidée de rester chez eux avec leurs familles,

15 alors qu'un conflit était en train de se préparer dans le village ou juste

16 à côté. Ceci m'est arrivé que dans les villages où il y avait présence de

17 l'EAAG."

18 L'OSCE emploie les termes EAAG pour parler de l'ALN. C'était pour ça que

19 l'OSCE utilise ce sigle dans son rapport.

20 Je poursuis : "Il semble y avoir une tactique de l'EAAG qui

21 impliquerait l'utilisation ou, au moins, 'des suggestions' et des pressions

22 exercées sur les villageois pour qu'ils restent au cours des combats. Cette

23 tactique résulte dans le fait que l'on emploie les civils comme boucliers

24 humains. Ce qui fait que les civils risquent aussi d'être exposés à des

25 incidents avec les troupes. Le but de cette tactique est soit d'obtenir un

26 manque d'application du gouvernement alors qu'il y a agression et incidents

27 qui auraient pu être exploités à la vue de propagande. Ce n'est donc non

28 seulement illégal, mais c'est aussi un emploi extrêmement cynique d'une

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1 population amicale et vulnérable qui est utilisé par des groupes armés."

2 Monsieur Bezruchenko, vous ne considérez pas que vous auriez pu employer ce

3 rapport de l'OSCE pour préparer votre rapport ?

4 R. Les deux paragraphes que vous avez cités ne m'apprennent absolument

5 rien. Il y a énormément d'allégations dans la presse et dans d'autres

6 documents selon lesquelles l'ALN exerçait une pression très forte sur les

7 populations pour qu'elles restent dans les villages au cours des combats.

8 Donc je ne vois pas vraiment ce que rajoutent ces paragraphes.

9 Q. Vous nous dites qu'il y avait énormément de rapports des médias et des

10 rapports de l'OSCE qui racontaient absolument la même chose ?

11 R. Oui, je suis en train de dire qu'il y avait énormément de rapports que

12 j'ai vus, rapports émanant soit de l'OSCE, soit d'autres agences

13 internationales, des rapports de presse, des déclarations faites par

14 différentes personnes, hommes politiques, qui allaient tous dans le même

15 sens, en disant que l'ALN était en train d'exercer des pressions très

16 fortes sur les villageois dans certains villages pour qu'ils restent en

17 place et servent en fait de boucliers humains.

18 Mais j'en ai parlé déjà et j'ai déjà dit que les malheurs des

19 populations civiles et les problèmes ayant trait à la sécurité des villages

20 qui sont repris dans ces rapports se retrouvent dans mon propre chapitre 5

21 de mon rapport lorsque je parle du déroulement du conflit.

22 Mais à l'époque je ne voyais pas pourquoi il serait utile de rabâcher

23 cela, puisque finalement c'était quelque chose qui était déjà bien connu.

24 Q. Mais vous n'en avez pas parlé dans le chapitre où vous parlez des

25 tactiques de l'ALN ?

26 R. Ces deux paragraphes semblent décrire de façon très générale la

27 situation bien que le rapport tout entier traite de Ljuboten.

28 De plus, ce rapport contredit les déclarations de certains

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1 villageois, de certains résidents du village de Ljuboten. Donc il serait

2 très difficile de ne compter que sur ce rapport pour évaluer si les

3 villageois de Ljuboten ont été obligés de rester ou s'il serait fait de

4 leur propre chef. Cela dit, je crois me souvenir d'avoir vu un rapport

5 émanant des militaires macédoniens qui suggéraient qu'il y avait en effet

6 des pressions qui étaient exercées sur ces villageois pour qu'ils restent.

7 Q. Très bien. Poursuivons.

8 Avez-vous eu connaissance du rapport rédigé par l'ambassade d'Allemagne à

9 propos des événements ayant eu lieu à Ljuboten du 10 au 12 août 2001 ?

10 R. Pouvez-vous me préciser de quel rapport vous parlez ?

11 Q. Voudriez-vous le voir à l'écran, cela vous permettra de vous rafraîchir

12 la mémoire ?

13 R. S'il vous plaît.

14 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Pourrions-nous avoir à l'écran la pièce

15 1D224.

16 Pourrions-nous avoir aussi la version anglaise à l'écran ? Merci.

17 Q. Voyez-vous le document sous les yeux ?

18 R. Oui, je le vois.

19 Q. Aviez-vous connaissance de ce rapport lorsque vous étiez en train de

20 rédiger votre propre rapport ?

21 R. Il me semble que quand j'ai préparé mon propre rapport, je n'avais pas

22 encore reçu ce document, mais cela dit, depuis je l'ai vu.

23 Q. Pensiez-vous que ce document aurait pu être utile pour votre rapport,

24 si ce n'est pour le rapport principal, au moins pour les amendements que

25 vous y avez apportés par la suite ?

26 R. Non, ce n'était pas vraiment un document qui était très utile. Comme je

27 l'ai déjà dit, dans le chapitre de mon rapport portant sur Ljuboten, j'ai

28 trouvé des sources bien plus précises venant des services de l'armée de

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1 Macédoine et du directorat en charge de la sécurité et du contre-

2 espionnage.

3 Q. Oui, mais il s'agit quand même des informations à propos de Ljuboten.

4 Vous le voyez à l'écran, n'est-ce pas ?

5 R. Oui.

6 Q. On voit bien qu'au paragraphe 2, il y a un résumé du déroulement des

7 événements.

8 R. [aucune interprétation]

9 Q. Certes.

10 Je vais lire ce qui est contenu dans ce paragraphe 2, déroulement des

11 événements :

12 "Conversations intensives. Le déroulement semble être le suivant.

13 Ljuboten a une population principalement albanaise, mais une partie du

14 village est habitée par des Macédoniens. L'incident de la mine du 10 août

15 est arrivé du côté albanais du village. L'ALN a essayé de capturer, de

16 prendre la ville à plusieurs reprises, mais en a été empêchée par les

17 forces de sécurité macédoniennes.

18 "L'attaque des forces de sécurité du 12 août a été dirigée par la

19 partie macédonienne de la ville contre le centre de la ville, mais il est

20 évident que les trois premières attaques de mortier étaient dirigées contre

21 les forces de sécurité. Ce sont ensuite les forces macédoniennes qui ont

22 pris le relais en utilisant d'autres mortiers."

23 Vous êtes d'accord avec moi pour dire que l'ambassade allemande est une

24 source d'information tout à fait indépendante, étant donné qu'elle ne

25 prenait partie ni pour les Macédoniens ni pour les Albanais. On donnait une

26 version tout à fait objective des événements et qu'il aurait pu être

27 extrêmement judicieux d'avoir recours à ce document dans le cadre de votre

28 propre rapport ?

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1 R. Comme je l'ai déjà dit, mon rapport était déjà terminé lorsque j'ai

2 reçu ce document. Ça, je tiens à le dire.

3 Ensuite, ce qui est dit dans ce document, surtout au paragraphe 2,

4 n'est pas vraiment corroboré par d'autres sources, principalement par les

5 sources macédoniennes.

6 Ensuite troisièmement, ce rapport semble être fondé sur un certain

7 nombre d'entretiens, entretiens avec des militaires macédoniens, puisqu'au

8 début il est écrit un grand nombre de conversations ont eu lieu, et suite à

9 ces conversations, il semble que le déroulement des événements soit le

10 suivant.

11 Je n'ai pas vu de rapports militaires macédoniens qui sembleraient dire que

12 l'ALN essayait de prendre Ljuboten avant le

13 12 août 2001, surtout en ces tentatives qui sont dans ce document

14 qualifiées comme étant des tentatives brutales et rapides, "hit-and-run" en

15 anglais. J'ai parcouru tous les rapports des Macédoniens, les rapports de

16 l'état-major, et cetera, les rapports opérationnels de tout le mois d'août

17 2001, et rien ne semble indiquer ce type d'actions brutales -- il ne semble

18 pas qu'il y ait ce type d'actions type coups de poing qui a eu lieu, "hit-

19 and-run".

20 Q. Très bien. Poursuivez.

21 R. Pour ce qui est des attaques de mortier, il y a en effet des tirs de

22 mortier, des échanges de tirs de mortier dans le village. Cela dit, dire

23 que les trois premières attaques de mortier étaient dirigées contre les

24 forces de la sécurité n'est pas vraiment confirmé par les rapports

25 militaires macédoniens. Je crois que ce jour-là, le 10 août, l'ALN a

26 attaqué les positions de l'armée macédonienne mais assez tard, et bien plus

27 tard que cela -- non pas le 10 mais le 12. En tout cas ça, ça semble être

28 ce que l'on lit dans les rapports du 3e Bataillon de la 1ère Brigade des

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1 Gardes.

2 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Mesdames, Messieurs les Juges, pensez-vous

3 que nous pourrions faire la pause ?

4 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Tout à fait. Nous reprendrons à 13

5 heures.

6 --- L'audience est suspendue à 12 heures 30.

7 --- L'audience est reprise à 13 heures 04.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Apostolski, vous avez la

9 parole.

10 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

11 Q. Monsieur Bezruchenko, c'est le 30 mars 2006 que vous avez terminé la

12 rédaction de votre rapport; est-ce exact ?

13 R. Oui, c'est ce qu'il me semble.

14 Q. La Défense a reçu cela -- excusez-moi.

15 C'est le 31 mars 2006 que la Défense a reçu votre rapport. C'était

16 dans la liasse 17. Lorsque vous avez rédigé votre premier rapport, tous les

17 documents du bureau du Procureur étaient mis à votre disposition; c'est

18 bien cela ?

19 R. Oui, pour autant que je le sache.

20 Q. Il vous a été possible de consulter les documents en macédonien, en

21 B/C/S, en anglais. Comme vous l'avez dit vous-même, vous n'aviez pas besoin

22 d'attendre que les traductions soient faites puisque vous parlez toutes ces

23 langues.

24 R. Oui, c'est exact. Autrement, j'ai bien peur que mon travail aurait pris

25 beaucoup plus de temps.

26 Q. Vous avez déclaré aujourd'hui, dans le cadre de votre témoignage, que

27 le rapport de l'OSCE est quelque chose que vous n'avez pas pu voir avant

28 que vous n'ayez rédigé votre premier rapport. Vous vous en souvenez ?

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1 R. Je l'ai formulé d'une manière légèrement différente. J'ai dit que c'est

2 après la finalisation de mon rapport que j'ai vu cet autre rapport.

3 Q. Si j'affirme pour ma part que la Défense a reçu ce rapport du bureau du

4 Procureur le 7 novembre 2005 et que cela faisait partie de la série numéro

5 3, cela nous permettrait de penser que vous aviez accès à ce rapport avant

6 de rédiger votre premier rapport, n'est-ce pas ?

7 R. Il se peut que cela soit vrai, mais je ne suis pas certain.

8 Q. Monsieur, vous êtes d'accord avec moi pour dire que vous aviez accès à

9 ce document même avant d'avoir rédigé votre premier rapport ?

10 R. Je ne peux que vous répéter ce que je vous ai déjà dit dans ma réponse,

11 à savoir je pense avoir vu ce rapport uniquement après avoir finalisé mon

12 rapport.

13 Q. Vous vous souviendrez peut-être que je vous ai montré également un

14 document de l'ambassade allemande, portant sur les événements de Ljuboten ?

15 R. Oui, bien sûr.

16 Q. Vous vous souvenez avoir dit qu'avant d'avoir rédigé votre premier

17 rapport, vous n'aviez pas vu ce document-là non plus ? Vous en souvenez;

18 c'est exact ?

19 R. Je n'ai pas véritablement dit cela. Je pense que j'ai dit que je

20 pensais avoir vu ce rapport après avoir terminé le mien, Encore une fois,

21 je ne suis pas certain.

22 Permettez-moi d'ajouter un commentaire, cependant. Je ne pense

23 véritablement pas que l'un ou l'autre, pour les raisons que je vous ai déjà

24 expliquées. Il y a des dizaines et des dizaines de documents comparables

25 qui ont été analysés et qui corroborent l'idée générale que j'ai tracée

26 dans mon rapport et qui sont d'une qualité bien meilleure que ces deux

27 rapports que vous citez.

28 Q. Vous avez eu la possibilité de lire la déclaration de Peter Matthiesen,

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1 qui était l'attaché militaire à Skopje; c'est exact ?

2 R. Oui, je vous ai dit que j'ai lu ses déclarations.

3 Q. Si je vous disais que Peter Matthiesen, dans sa deuxième déclaration du

4 16 du 18 janvier 2006, a joint le document que je vous ai montré. Seriez-

5 vous d'accord avec moi pour dire que ce rapport était déjà disponible, que

6 vous auriez pu avoir accès avant d'avoir terminé votre rapport ?

7 R. Je me souviens de nombreux documents qui ont été fournis par M.

8 Matthiesen au bureau du Procureur. Il se peut que le rapport dont vous

9 parlez en ait fait partie. Comme je vous l'ai déjà dit, j'avais déjà avancé

10 pas mal sur les aspects essentiels de mon rapport, grâce à des documents

11 militaires macédoniens et en particulier ceux du renseignement militaire et

12 de la direction chargée de la sécurité et du contre-espionnage du ministère

13 de l'Intérieur.

14 S'il y avait des documents importants parmi ceux fournis par M. Matthiesen,

15 il y en avait très peu comparé à d'autres documents qui étaient fournis par

16 des sources originales, à savoir par l'armée macédonienne. Ces documents ne

17 seraient que secondaires, d'une importance marginale par rapport à mes

18 yeux.

19 Q. Lorsque vous avez déclaré aux Juges que vous n'avez pas vu ces

20 documents avant d'avoir rédigé votre premier rapport, cette déclaration

21 n'est pas exacte.

22 R. Non, ce n'est pas cela. J'ai vu ces documents après avoir fourni mon

23 rapport. Cela, je l'affirme au mieux de mes souvenirs.

24 Q. Vous êtes un analyste militaire. Il était de votre devoir d'étudier

25 tous les documents.

26 R. Mais c'est ce que j'ai fait. J'ai effectivement examiné tous les

27 documents. J'ai sélectionné ceux qui, à mes yeux, étaient les meilleurs.

28 Q. Vous avez terminé votre rapport modifié en août 2007; est-ce exact ?

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1 R. Oui.

2 Q. Est-ce que vous seriez d'accord avec moi pour dire que ce rapport n'est

3 pas véritablement différent de votre premier rapport ? Il n'y a pas de

4 différences substantielles.

5 R. Je pense que c'est vrai qu'il n'y a pas de différences substantielles.

6 Toujours il faut dire qu'il contient à l'annexe plusieurs éléments

7 d'information importants qui peuvent permettre de repenser certains

8 événements qui se sont produits en Macédoine en 2001, et ce, concernant

9 Ljuboten également.

10 Q. Ce deuxième rapport que vous avez rédigé, vous n'y citez pas les

11 déclarations préalables des témoins; est-ce exact ?

12 R. Oui, vous avez parfaitement raison, Monsieur. Je ne sais plus combien

13 de fois j'ai répété cela déjà dans ma déposition, à savoir que j'ai essayé

14 de m'appuyer sur des documents solides vérifiables et fiables. J'ai essayé

15 d'écarter toute la spéculation et tout déclaration préalable de témoin dans

16 toute la mesure du possible.

17 Q. A en juger d'après les notes de bas de page, vous avez également rayé

18 toute référence aux déclarations préalables des témoins et aux notes prises

19 par des enquêteurs pendant les auditions des témoins; est-ce exact ?

20 R. Oui, c'est exact.

21 Q. Si je vous disais que dans les notes de bas de page, vous citez au

22 moins 180 extraits de déclarations préalables dans votre premier rapport,

23 que répondriez-vous à cela ?

24 R. Je pense que ce chiffre est un peu exagéré. Mais effectivement, je

25 crois que j'ai cité un nombre important de déclarations de témoins dans mon

26 rapport initial, et ce, pour palier le manque de documents disponibles.

27 Q. Conviendrez-vous avec moi que votre rapport initial se fondait sur les

28 déclarations préalables des témoins à charge ?

Page 7259

1 R. Seulement en partie. Comme je l'ai déjà dit, depuis le début j'ai

2 essayé de préparer mon rapport en m'appuyant sur des documents, mais au

3 moment de la rédaction du rapport, j'ai repéré un certain nombre de lacunes

4 dont il a fallu s'occuper pour traiter d'un certain nombre de questions.

5 Le cas échéant, lorsqu'il n'y avait pas de documents permettant

6 d'apporter des renseignements sur certains points qui pouvaient s'avérer

7 d'une certaine importance, j'ai dû m'appuyer sur des déclarations

8 préalables. Je répète que, même au début lorsque j'ai commencé à rédiger

9 mon rapport en 2006, j'ai fait de mon mieux pour m'appuyer le moins

10 possible sur ces déclarations préalables.

11 Q. Vous serez d'accord avec moi pour dire, n'est-ce pas, que dans la

12 partie de votre rapport consacré à Ljuboten, vous renvoyez aux notes et aux

13 croquis réalisés par le témoin Franz-Josef Hutsch ?

14 R. C'est exact. Malheureusement, ou plutôt dirais-je en raison de

15 certaines circonstances, je n'avais pas d'autres moyens. Je ne pouvais rien

16 faire d'autre que de m'appuyer sur certains documents fournis par M. Franz-

17 Josef Hutsch. Il y avait certains points concernant les événements de

18 Ljuboten qui comportaient des lacunes, par conséquent, il m'a semblé que

19 les documents présentés par Franz-Josef Hutsch seraient utiles pour traiter

20 de ces points.

21 Mais une fois encore, je tiens à dire que malheureusement, il

22 n'existait pas d'autres documents permettant de combler ces lacunes. Si je

23 n'avais pas fait cela, j'aurais eu l'impression que mon rapport était

24 incomplet puisqu'il n'aurait pas traité de ces questions.

25 Q. Est-il exact de dire qu'en votre qualité d'analyste militaire, vous

26 avez assisté à l'audition de tous les soldats interrogés au sujet de leur

27 présence à Ljuboten ?

28 R. Je pense avoir déjà dit dans le cadre de ma déposition que, j'avais

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1 assisté à certaines auditions de témoins. Je ne sais pas si j'ai assisté à

2 toutes les auditions des membres des forces armées. Je crois que non, mais

3 seulement à certaines d'entre elles.

4 Q. Je vais revenir sur une question que je vous ai posée au sujet du

5 témoin Franz-Josef Hutsch et des croquis qu'il a réalisés. Est-il exact

6 qu'en citant ces propos dans votre rapport, vous avez mentionné le fait

7 qu'il avait été précédemment officier dans les rangs de l'armée allemande ?

8 R. Je crois que c'est ce qu'il a dit, lui-même.

9 Q. Est-ce que j'aurais raison de dire qu'il était journaliste allemand

10 pendant la période qu'il a passée à Ljuboten. Ceci ne figure-t-il pas dans

11 votre rapport ?

12 R. Ceci paraît logique dans une certaine mesure. Cela aurait dû être

13 inclus dans mon rapport. Le fait qu'il était un ancien officier de l'armée

14 allemande avec un certain degré de formation militaire, une certaine

15 expérience, c'était plus important à mes yeux. Son opinion permettait

16 d'éclairer certaines questions militaires du point de vue d'un

17 professionnel.

18 Q. Mais M. Peter Matthiesen, en tant qu'attaché militaire, ne vous

19 semblait pas être une source plus crédible en ce qui concerne les rapports

20 ?

21 R. Je crois qu'il y a une grosse différence entre la déclaration de M.

22 Hutsch et celle de M. Matthiesen. Je ne pense pas que M. Matthiesen ait

23 jamais déclaré s'être retrouvé dans le secteur de Ljuboten pendant la

24 période couverte par mon rapport.

25 Q. Il ne fait aucun doute qu'en sa qualité d'attaché militaire il aurait

26 fait un récit véridique des événements. Son récit devait s'appuyer sur des

27 faits avérés ?

28 R. Je n'ai aucune raison de douter de la véracité du rapport de M.

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1 Matthiesen. Permettez-moi de rappeler que lorsque je me suis intéressé aux

2 événements de Ljuboten dans mon rapport, j'ai dû nécessairement m'appuyer

3 sur certains documents présentés par M. Hutsch, qui lui, affirmait s'être

4 retrouvé dans la région. En réalité, je n'avais aucune raison particulière

5 de douter du fait qu'il se serait trouvé sur place.

6 Q. Vous mentionnez notamment, un croquis versé au dossier par cette

7 Chambre de première instance, la pièce P00296. Il y est fait un croquis du

8 village de Ljubanci et de la situation à la date du 11 août 2001. Vous en

9 souvenez-vous ?

10 R. Je pense qu'il y a eu un tel croquis, en effet.

11 Q. Est-ce que vous avez comparé ce croquis avec la situation sur le

12 terrain ? Est-ce que ce croquis représente la situation telle qu'elle

13 existait dans le village de Ljubanci ?

14 R. Que voulez-vous dire au juste, Monsieur ?

15 Q. Est-ce que ce croquis correspond à la carte du village de Ljubanci ?

16 R. Je dois dire que je n'ai jamais vu de carte du village de Ljubanci. Je

17 ne crois pas que nous ayons jamais reçu une telle carte.

18 Q. Vous mentionnez ce croquis à la note de bas de page 668 de votre

19 rapport, ainsi qu'au paragraphe 507.

20 Tout le paragraphe 507 traite du croquis en question ?

21 R. Oui, apparemment. Malheureusement, je ne vois pas d'autres documents

22 qui puissent étudier les informations contenues dans ce paragraphe ou qui

23 puissent réfuter les informations qu'il contient.

24 Q. Vous avez considéré que ce croquis était conforme à la réalité. C'est

25 la raison pour laquelle vous l'avez mentionné au paragraphe 507 de votre

26 rapport, n'est-ce pas ?

27 R. Comme je l'ai déjà dit à l'époque où j'ai préparé ce rapport, je

28 n'avais aucune raison particulière de douter des propos tenus par M.

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1 Hutsch.

2 Q. Vous n'avez pas vérifié la validité de ces informations ?

3 R. Je ne comprends pas. Comment aurais-je pu vérifier les points

4 mentionnés dans le rapport de M. Hutsch ? Est-ce que j'aurais dû comparer

5 sur le terrain les informations figurant dans son croquis avec

6 l'emplacement des maisons dans le village ? Qu'entendez-vous exactement par

7 là ?

8 Q. Oui, c'est exactement à cela que je pensais. Est-ce qu'il n'aurait pas

9 été nécessaire de vous rendre sur place pour vérifier toutes ces

10 allégations avant de rédiger votre rapport ?

11 Comme vous l'avez déjà dit, vous vous étiez déjà rendu sur les lieux. Vous

12 étiez allé voir les positions tenues par les forces de sécurité

13 macédonienne. Vous êtes allé à la position Smok. Vous êtes allé à

14 Ljubostenki Bacila. Est-ce que vous n'avez pas jugé utile de vérifier le

15 reste ?

16 R. J'ai vérifié les informations que nous avions reçues en m'appuyant sur

17 plusieurs sources, notamment les rapports établis par l'armée et la police

18 macédonienne ainsi que certaines déclarations préalables. Je pense que

19 cette vérification avait pour but d'éviter toute erreur crasse dans mon

20 évaluation de la situation.

21 Au jour d'aujourd'hui, je ne suis toujours pas certain que les

22 croquis fournis par M. Hutsch contiennent des erreurs ou des divergences

23 importantes.

24 Q. Pour rédiger votre rapport, surtout en ce qui concerne les événements

25 de Ljuboten qui ont eu lieu en août 2001, du 10 au

26 12 août 2001, vous avez aussi envoyé des documents venant de l'ALN, n'est-

27 ce pas, comme source supplémentaire ?

28 R. Oui.

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1 Q. Mais vous n'avez utilisé qu'un seul document de l'ALN comme source ?

2 R. De quel document parlez-vous, s'il vous plaît ?

3 Q. Les documents que l'on cite à la note de bas de page 699, qui est un

4 document émanant de l'ALN ?

5 R. Tout à fait, j'ai cité ce document dans ma note de pied de page 699.

6 Q. Dans tout le paragraphe 526 de votre rapport, vous faites référence à

7 une personne appelée, Muzafer Agushi qui venait d'Aracinovo le 12 août, aux

8 environs de Ljuboten. Tout ceci est au paragraphe 526 de votre rapport.

9 Cette personne, ce Muzafer Agushi, pouvez-vous me dire si - vous en parlez

10 à deux occasions - s'il a été tué dans Ljuboten ou aux alentours de

11 Ljuboten ?

12 R. Voici le document de la liste 65 ter qui est cité à ce paragraphe, le

13 document 778 et qui ne spécifie pas exactement où cette personne a été

14 tuée. Ce document contient plusieurs colonnes. C'est un tableau avec des

15 colonnes, qui contient le nom de personnes, avec la date de naissance, leur

16 lieu de naissance, la date de leur mort et le lieu de leur mort, et

17 d'autres informations dans la dernière colonne. Pour ce qui est le lieu de

18 la mort, en ce qui concerne cette personne-là, dans ce tableau il est

19 mentionné Ljuboten et uniquement Ljuboten.

20 Q. Très bien. L'endroit de la mort et Ljuboten. Ljuboten, c'est l'endroit

21 où cette personne aurait été tuée. C'est Ljuboten et on ne parle pas des

22 alentours de Ljuboten. On ne parle que de Ljuboten ?

23 R. Oui, en effet. On ne parle pas directement des environs de Ljuboten.

24 Q. Ce paragraphe 526, on devrait plutôt lire : "Lorsque l'on parle de ce

25 document, que le combattant de l'ALN, Muzafer Agushi, né le 20 juin 1981,

26 venant d'Aracinovo, a été tué le 12 août 2001, à Ljuboten," non pas "à ou

27 aux environs de Ljuboten".

28 R. Oui, on pourrait l'interpréter de la sorte, en effet. On pourrait aussi

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1 envisager que cette personne aurait pu être tuée aux alentours de Ljuboten,

2 puisqu'il y avait énormément de combats ce jour-là, aux alentours de

3 Ljuboten.

4 Q. Lorsque vous avez préparé ce document et ce rapport portant sur les

5 événements de Ljuboten qui ont eu lieu en 2001, vous avez aussi employé des

6 sources que l'on appelle, macédoniennes ?

7 R. Oui, il s'agit bel et bien de sources macédoniennes.

8 Q. Il s'agit de sources -- des forces de sécurité macédonienne, donc des

9 documents écrits émanant la police et des militaires macédoniens.

10 R. Oui.

11 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, regarder la note de base de page 675.

12 Il s'agit de la déclaration consolidée du témoin Osman Ramadani. C'est une

13 déclaration préalable, en application de l'article 92 ter, paragraphes 12

14 et 15.

15 Pourriez-vous nous dire dans quel groupe vous incluriez cette

16 déclaration ?

17 R. Visiblement, c'est la déclaration d'un résident de Ljuboten.

18 Q. Au début, lorsque vous parlez de vos sources, vous mettez vos sources

19 en plusieurs catégories. D'un côté sources venant de l'ALN, sources venant

20 de la mission internationale, ensuite sources venant de la Macédoine.

21 Pourriez-vous nous dire dans quelle catégorie vous incluriez cette

22 déclaration ?

23 R. Je ne pense pas que cette déclaration ait trait à l'une ou l'autre de

24 ces catégories. Lorsque j'ai parlé de ces trois catégories de sources, je

25 voulais dire que chacun de ces groupes contenait des déclarations de

26 témoins.

27 Q. Très bien. Mais dans ce cas-là, pour ce qui est de cette déclaration de

28 témoin-ci, dans quelle catégorie la classeriez-vous ?

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1 R. Je ne pense pas que c'est une source émanant de l'ALN. Je n'ai aucune

2 preuve me permettant de dire que cette personne appartenait bel et bien à

3 l'ALN. Cette déclaration devrait peut-être être considérée comme étant une

4 déclaration rentrant dans une catégorie étant parfaitement autonome.

5 Q. Bien. Pour ce qui est de vos sources employées pour ces événements de

6 Ljuboten, vous nous avez dit que vous avez employé aussi des sources venant

7 de Macédoine. Vous avez dit que vous avez assisté à l'audition de certains

8 militaires. Pour ce qui est de ces entretiens auprès des militaires, avez-

9 vous classé ces déclarations résultantes de l'audition la catégorie

10 macédonienne ?

11 R. Je ne comprends vraiment pas votre question.

12 Q. Je reformule. Vous avez assisté à l'audition du capitaine Grozdanov

13 Nikolce.

14 R. Tout à fait.

15 Q. Au cours de l'audition, M. Grozdanov a annoté des photographies en

16 indiquant les positions de l'ALN dans le village de Ljuboten, le 12 août

17 2001.

18 R. Oui, en effet. Il a annoté et repéré sur ces photos un certain nombre

19 de cibles qu'il a justement visées avec son unité à Ljuboten. Je crois

20 surtout qu'il pensait que ces cibles étaient des sites appartenant à l'ALN.

21 Q. Avez-vous jugé utile d'employer ces photographies annotées comme étant

22 des preuves obtenues par le côté macédonien lorsque vous rédigé votre

23 rapport ? Est-ce que vous considérez que ces photographies tombaient dans

24 la catégorie macédonienne ?

25 R. Je ne me souviens pas de quelle photographie vous faites allusion. Cela

26 dit, il y a plusieurs rapports faits par les militaires macédoniens à

27 propos des cibles bien précises à Ljuboten. J'ai énormément étudié tout

28 cela lors de mon rapport.

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1 Il y avait plusieurs rapports qui avaient été rédigés par des

2 militaires macédoniens, des officiers du 3e Bataillon de la 1ère Brigade des

3 Gardes ainsi que d'officiers appartenant au QG de la 1ère Brigade des

4 Gardes. J'ai analysé tous ces rapports lorsque j'ai préparé mon propre

5 rapport, y compris le rapport fourni, par exemple, par Mario Jurisic, par

6 le capitaine Grozdanovski, par le lieutenant Brasnarski.

7 M. APOSTOLSKI : [interprétation] Je sais qu'il n'est pas tout à fait

8 l'heure de lever la séance, mais je vais passer à une autre série de

9 questions. Je pense que nous pourrions peut-être lever la séance. Je tiens

10 à dire aux Juges de la Chambre, ainsi qu'à mon éminent confrère de

11 l'Accusation, que j'ai l'intention de terminer mon contre-interrogatoire au

12 cours de la première séance de la prochaine audience.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien, Maître Apostolski. Nous

14 allons lever la séance. Nous reprendrons lundi à 14 heures 15.

15 --- L'audience est levée à 13 heures 43 et reprendra le lundi

16 5 novembre 2007, à 14 heures 15.

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