Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le lundi 22 janvier 2007

2 [Audience publique]

3 [L'accusé est introduit dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 9 heures 02.

5 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] On m'a dit que la Défense avait

6 quelque chose à soulever avant que le témoin n'entre dans le prétoire.

7 Est-ce que la Défense pourrait prendre la parole ?

8 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Messieurs les Juges, je tiens à vous

9 remercier tout d'abord de me permettre de soulever ce problème. J'espérais

10 qu'on pourrait le faire en huis clos partiel, si possible.

11 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, il faudrait passer à huis clos

12 partiel.

13 [La Chambre de première instance et le Greffier se concertent]

14 [La Chambre de première instance se concerte]

15 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, c'est huis clos partiel, vous ne

16 voulez pas un huis clos total ?

17 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] En effet, huis clos partiel m'ira

18 parfaitement.

19 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes maintenant à huis clos

20 partiel.

21 [Audience à huis clos partiel]

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25 [Audience publique]

26 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

27 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Il faudrait que le témoin fasse la

28 déclaration officielle. Je vais donc demander à l'huissière de lire la

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1 déclaration au témoin.

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

3 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

4 LE TÉMOIN: DZENANA SOKOLOVIC [Assermentée]

5 [Le témoin répond par l'interprète]

6 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Vous pouvez vous asseoir.

7 Maître Docherty, vous avez la parole.

8 Interrogatoire principal par M. Docherty :

9 Q. [interprétation] Bonjour.

10 R. Bonjour.

11 Q. Madame, pourriez-vous nous donner votre nom, s'il vous plaît.

12 R. Dzenana Sokolovic.

13 Q. Madame Sokolovic, pouvez-vous nous dire où vous avez grandi, s'il vous

14 plaît ?

15 R. A Sarajevo.

16 Q. Où habitiez-vous en novembre 1994 ?

17 R. A Bistrik.

18 Q. Etiez-vous mariée ou célibataire à l'époque ?

19 R. J'étais mariée.

20 Q. Avant de poursuivre, vous nous avez dit que vous habitiez à Bistrik.

21 Est-ce qu'il s'agit d'un quartier de Sarajevo ?

22 R. Oui.

23 Q. Etes-vous encore toujours mariée ?

24 R. Non, je suis divorcée.

25 Q. En novembre 1994, aviez-vous des enfants ?

26 R. Oui, deux.

27 Q. Pourriez-vous donner les noms et les âges de ces enfants en novembre

28 1994, s'il vous plaît ?

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1 R. Enida avait huit ans, et mon fils Nermin avait sept ans. Le nom de

2 famille pour les deux enfants est Divovic.

3 Q. Je vais vous poser des questions sur ce qui s'est passé un jour de

4 novembre 1994, quand on vous a tiré dessus et que vous avez été blessée,

5 mais avant cela je vous demande de dire aux personnes ici dans ce prétoire

6 comment cohabitaient les gens de différentes confessions et de différentes

7 nationalités avant bien sûr que le conflit armé ne commence.

8 R. On s'entendait normalement. Il n'y avait aucun problème.

9 Q. Aviez-vous des amis qui auraient été catholiques ou orthodoxes ?

10 R. Non.

11 Q. Aviez-vous des problèmes avec les catholiques ou les orthodoxes ?

12 R. Non.

13 Q. Je vais vous poser quelques questions à propos du jour où on vous a

14 tiré dessus. Le 18 novembre 1994, avez-vous quitté votre maison à Bistrik ?

15 R. Oui. J'étais allée chercher du bois chez ma belle-mère.

16 Q. Pourquoi deviez-vous vous rendre chez votre belle-mère pour aller

17 chercher du bois de chauffage ?

18 R. Je n'avais pas de bois pour mettre dans la chaudière pour que les

19 enfants aient chaud; il fallait que j'aille en chercher.

20 Q. Y avait-il des raisons ayant trait à la guerre qui vous auraient

21 obligée à aller chercher du bois ? Enfin, je vais vous poser la question

22 différemment. Normalement, comment faisiez-vous la cuisine chez vous ? Là,

23 ici bien sûr je parle des temps de paix.

24 R. Avec l'électricité.

25 Q. Pouviez-vous utiliser l'électricité au cours du conflit armé ?

26 R. Non, parce qu'il y en avait de temps en temps très peu, puis ensuite

27 l'électricité disparaissait.

28 Q. Vous utilisiez ce bois de chauffage pour faire la cuisine ?

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1 R. Oui.

2 Q. L'utilisiez-vous aussi pour chauffer votre habitation ?

3 R. Oui.

4 Q. Où réside votre belle-mère ? Dans quel quartier de Sarajevo ?

5 R. A Novo Sarajevo, le quartier de Hrasna.

6 Q. Pouvez-vous nous dire quelle est la distance à pied ? Enfin, combien de

7 temps faut-il à pied pour aller de Bistrik à Novo Sarajevo ?

8 R. Il faut bien trois, quatre heures.

9 Q. Surtout quand on est accompagné d'enfants, j'imagine ?

10 R. Oui.

11 Q. A quelle heure êtes-vous arrivée chez votre belle-mère ?

12 R. J'y suis arrivée dans la soirée. J'ai passé la nuit là-bas et, le

13 lendemain matin, j'avais l'intention de rentrer à la maison avec le bois

14 que j'avais pris.

15 Q. J'ai peut-être fait un lapsus. Vous êtes partie chez votre belle-mère

16 le 17 novembre et vous êtes revenue le 18 ?

17 R. Oui, oui.

18 Q. Votre fils Nermin, voulait-il quitter la maison de sa grand-mère le

19 18 ?

20 R. Non. Il n'arrêtait pas de me dire "maman, j'aimerais qu'on reste encore

21 aujourd'hui", et je disais "mais, mon fils, il faut bien que tu rentres

22 parce que tu dois aller à la maison". C'est pour cela que j'ai pris la

23 route.

24 Q. Quand vous êtes partie pour retourner à Bistrik, pouvez-vous nous dire

25 à peu près quelle heure il était ?

26 R. Il était -- il ne faut pas beaucoup de temps pour descendre de chez ma

27 belle-mère. Il devait être vers 11 heures ou midi. C'était la première

28 trêve qu'il y avait là-bas.

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1 Q. Dans votre réponse, vous venez de mentionner une trêve qui avait été

2 établie. Vous seriez-vous rendue chez votre belle-mère si --

3 R. Je ne savais pas qu'il y aurait une trêve, un cessez-le-feu. Vous

4 savez, on allait à gauche et à droite, on allait à la boulangerie, et c'est

5 comme cela que je suis partie de chez ma belle-mère de Trigovska. C'est le

6 nom du lieu. J'ai vu que c'était assez tranquille et je n'ai rien dit. J'ai

7 pris la route. Quand je suis arrivée à la gare, il n'y avait pas de

8 transport, alors j'ai commencé à marcher à pied. Il y avait pas mal de gens

9 avec nous.

10 Q. Très bien. Prenons les choses une par une, s'il vous plaît.

11 Vous nous avez dit que vous saviez qu'il y avait une trêve puisque vous

12 l'avez entendu dire par les gens dans la rue ?

13 R. Oui, oui.

14 Q. Y aurait-il eu d'autres façons pour vous de savoir qu'il y avait bel et

15 bien une trêve en cours le 18 novembre ?

16 R. J'ai vu des trams et j'ai supposé. Vous voyez ?

17 R. Mais les trams ne fonctionnaient-ils que pendant les trêves et les

18 cessez-le-feu ou fonctionnaient-ils aussi en dehors des cessez-le-feu ?

19 R. Seulement parce qu'on n'arrêtait pas de tirer sur les trams tout le

20 temps.

21 Q. Auriez vous emprunté la route de Novo Sarajevo à Bistrik, route que

22 vous avez empruntée ce jour-là, s'il n'y avait pas eu de cessez-le-feu ?

23 R. Non, non, non. J'aurais fait le tour par la boulangerie. C'était le

24 chemin que j'avais déjà pris avec les enfants à l'allée.

25 Q. Lors de ce retour à pied vers votre maison, êtes-vous à un moment

26 arrivée près du Holiday Inn et de la faculté de philosophie de

27 l'université ?

28 R. Non, non. Quand je suis arrivée au premier carrefour où il fallait

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1 traverser, la petite s'est mise à courir. Elle a traversé, elle a réussi.

2 J'étais là, j'attendais, et à un moment j'ai simplement vu le petit qui

3 était par terre, qui gisait au sol. En général je leur dis toujours que

4 quand on tire, il faut qu'ils se couchent sur le sol, donc je me suis dit

5 que c'était cela. Je n'ai pas compris tout de suite qu'il avait été blessé.

6 La FORPRONU l'a retiré derrière les buissons. A ce moment-là, je ne savais

7 même pas que mon petit était mort.

8 Q. Vous nous avez dit que vous étiez à un premier croisement. Je vais vous

9 montrer quelques photos et je vais vous demander d'identifier ce premier

10 croisement.

11 M. DOCHERTY : [interprétation] Je demande à notre commis aux affaires

12 d'afficher la photographie d'ensemble où l'on voit les différents lieux où

13 se sont produits des incidents de tirs embusqués.

14 Q. Madame Sokolovic, sur l'écran, voyez-vous une vue de Sarajevo ?

15 R. Je la vois, je la vois, oui.

16 Q. Voyez-vous le bâtiment jaune qui quand même ressort très bien ? Il

17 s'agit du Holiday Inn ?

18 R. Oui, oui.

19 Q. Voyez-vous plusieurs cercles rouges concentriques ?

20 R. Oui.

21 Q. Ces cercles ont-ils une relation quelconque avec l'endroit où vous vous

22 trouviez au moment où on a tiré sur vous et votre fils ?

23 R. Oui.

24 Q. Quand vous vous y trouviez, là, dans cet endroit marqué de ces cercles

25 rouges, étiez-vous dans un territoire détenu par les Serbes de Bosnie ou

26 par les Musulmans de Bosnie ?

27 R. J'étais sur le territoire des Serbes parce qu'on tirait à partir de

28 Metalka.

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1 Q. Quand vous dites "Metalka", voyez-vous des bâtiments blancs et rouges

2 sur cette photographie, en bas de la photographie ?

3 R. Oui.

4 Q. Metalka fait-il partie d'un de ces bâtiments ?

5 R. Croyez-moi, je ne sais pas exactement où cela se trouve, mais je sais

6 que c'est de là que venaient les tirs.

7 Q. Les tirs venaient de cet endroit, et vous déposez pour nous dire que

8 cette zone était contrôlée par les Serbes de Bosnie ?

9 R. Oui, oui.

10 Q. Revenons maintenant, si vous le voulez bien. Est-ce que puisque vous

11 étiez avec Enida et Nermin, vous étiez en train de marcher, est-ce que cet

12 endroit où vous vous trouviez, où l'on voit les trois cercles concentriques

13 sur le plan, était sous le contrôle des Musulmans de Bosnie ou des Serbes

14 de Bosnie ?

15 R. Je vais vous dire, je suis passée par en haut, par au-dessus.

16 L'INTERPRÈTE : Le témoin pointe sur le plan l'endroit où elle est passée.

17 M. DOCHERTY : [interprétation]

18 Q. Oui, je comprends bien que vous avez traversé la route, mais ce que je

19 vous demande, c'est si vous vous trouviez sur le territoire de l'armée

20 bosniaque, de l'armée des Musulmans de Bosnie au moment où vous avez

21 traversé cette route.

22 R. Non.

23 Q. Vous étiez bien en territoire sous contrôle des Musulmans de Bosnie

24 quand vous avez été pris pour cible ?

25 R. Ecoutez, qui est-ce qui tenait cet endroit, je ne sais pas exactement,

26 mais --

27 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Un instant, tout ceci n'est pas très

28 clair pour moi.

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1 M. DOCHERTY : [aucune interprétation]

2 Mme ISAILOVIC : J'ai le même problème parce que pour moi, c'était clair que

3 Mme, interrogée, observant les règles d'interrogatoire en chef, a répondu

4 quelque chose. J'objecte au fait que M. le Procureur utilise les méthodes

5 de "leading questions".

6 [La Chambre de première instance se concerte]

7 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] En effet, en effet. Bien entendu,

8 Monsieur Docherty, vous n'êtes pas habilité à poser des questions

9 directrices. Certaines des questions que vous avez posées l'ont été et je

10 ne suis pas intervenu, car elles étaient encore acceptables, mais je vous

11 rappelle pour qu'il n'y ait pas de problème entre les deux parties

12 qu'aucune question directrice n'est autorisée.

13 M. DOCHERTY : [interprétation] Oui, Monsieur le Président. Mais répondant à

14 un point évoqué par Me Isailovic, je tiens à dire qu'à mon avis, le témoin

15 n'a pas, à mon avis, encore apporté une réponse quant au fait de savoir

16 sous le contrôle de qui se trouvait ce territoire. Je pense que je n'ai pas

17 été suffisamment clair et je vais essayer d'obtenir une réponse plus claire

18 de la part du témoin.

19 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] A mon avis, une partie du problème

20 vient du fait que quand vous demandez au témoin, je cite : "Est-ce que vous

21 étiez sur un territoire sous contrôle des Musulmans de Bosnie quand vous

22 avez traversé la route ?" Qu'est-ce que vous lui demandez ? Vous lui

23 demandez si elle a traversé la route ou -- bon, d'accord, enfin, soyez plus

24 clair, je vous prie.

25 M. DOCHERTY : [interprétation] Je vais donc reformuler, Monsieur le

26 Président.

27 Q. Madame Sokolovic, je vais vous poser la question dans les termes

28 suivant. Quand vous étiez dans votre domicile à Bistrik, de quel côté de la

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1 ligne de front vous trouviez-vous, là où vous habitiez ?

2 R. Je vais vous dire, là-haut il y avait les nôtres, et de l'autre côté

3 les autres.

4 Q. Très bien, lorsque vous alliez chez votre belle-mère et que vous en

5 reveniez, est-ce que cela vous obligeait à traverser la ligne de front ou

6 est-ce que vous étiez tout le temps de votre côté de cette ligne de front ?

7 R. Non, je vais vous redire ce que j'ai dit tout à l'heure. Je suis un peu

8 nerveuse, voyez-vous, alors je ne sais pas très bien, mais quand je me

9 dirigeais vers Metalka, il y avait les hommes de la FORPRONU. On est arrivé

10 au premier endroit où il faut traverser, là où il y a les trois ronds, les

11 trois cercles sur le plan. C'est là qu'on a été touché.

12 Q. [aucune interprétation]

13 M. LE JUGE MINDUA : Madame le Témoin, une question de clarification.

14 Lorsque vous parlez de traverser, nous avons sur l'écran la photo de

15 l'emplacement. Devant nous, il y a le bâtiment jaune qui est l'hôtel

16 Holiday Inn.

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, oui.

18 M. LE JUGE MINDUA : A droite de la photo, c'est le grand bâtiment élevé, le

19 gratte-ciel.

20 LE TÉMOIN : [interprétation]

21 M. LE JUGE MINDUA : A gauche, il y a le bâtiment blanc. Que signifie

22 traverser ? Parce que nous sommes au point là où il y a plusieurs cercles.

23 Vous veniez de quel côté ? Du côté du bâtiment du gratte-ciel pour aller

24 vers le bâtiment blanc ou du bâtiment blanc pour aller vers le gratte-

25 ciel ? Qu'est-ce que vous avez traversé ? C'est la route

26 perpendiculaire qui va vers l'hôtel Holiday Inn ? Quelle était votre

27 direction, quand vous vous déplaciez ? Madame le Témoin.

28 [La Chambre de première instance se concerte]

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Là, depuis en haut.

2 L'INTERPRÈTE : Le témoin montre un endroit du doigt sur l'écran.

3 M. LE JUGE MINDUA : Est-ce que nous pourrions avoir l'aide de Mme

4 l'Huissière pour apporter un peu de clarté sur ce point ?

5 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Juge, nous avons dans le système

6 e-court un document qui montre à peu près la même chose que la photographie

7 qui est affichée à l'écran actuellement. Nous pourrions utiliser ce système

8 qui permettrait au témoin de décrire quelque chose sur la photographie, ce

9 qui n'est pas possible avec ce système actuel.

10 M. LE JUGE MINDUA : Je vous en prie.

11 M. DOCHERTY : [interprétation] Quelques instants, je vous prie, pour

12 afficher le document e-court.

13 M. LE JUGE MINDUA : Cela devrait être le document numéro 2.

14 M. DOCHERTY : [interprétation] C'est la photographie numéro 2, Monsieur le

15 Juge, et le numéro dans les documents 65 ter est 2819.

16 M. LE JUGE MINDUA : Je voudrais comprendre de quel côté venait Mme le

17 Témoin et vers quel côté allait-elle parce que je pense comprendre

18 l'affaire; à gauche de la photographie, l'espace blanc, et à droite, le

19 gratte-ciel qui est plus ou moins bleu. Devant nous, l'hôtel Holiday Inn

20 qui est en jaune. Voilà, si elle peut nous montrer du doigt comment elle

21 marchait, dans quelle direction.

22 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président --

23 M. LE JUGE ROBINSON: [aucune interprétation]

24 LE TÉMOIN : [interprétation] [Le témoin s'exécute]

25 M. LE JUGE MINDUA : Nous n'avons pas vu quand elle a dessiné, mais à notre

26 droite il y a le gratte-ciel bleu, là. Elle partait du gratte-ciel pour

27 aller vers la gauche ou elle venait de la gauche pour aller vers le gratte-

28 ciel ?

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Sur la gauche.

2 M. LE JUGE MINDUA : Je n'ai pas compris la réponse.

3 LE TÉMOIN : [interprétation] Sur la gauche.

4 M. LE JUGE MINDUA : Elle est partie du côté du gratte-ciel pour aller vers

5 la gauche, vers l'espace blanc à gauche de la photographie.

6 Oui, Maître.

7 Mme ISAILOVIC : Juste une proposition peut-être qu'on efface - parce qu'on

8 l'a déjà fait, on peut effacer - et que tout le monde voie. Merci.

9 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Maintenant, le tracé est effacé.

10 M. LE JUGE MINDUA : Allez-y, Madame. Montrez-nous votre marche ce jour-là.

11 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

12 M. LE JUGE MINDUA : Voilà, très bien. Maintenant, lorsque le Procureur

13 parle de traverser, vous avez donc traversé la route qui est

14 perpendiculaire à votre itinéraire, la route qui va vers l'hôtel Holiday

15 Inn. C'est cela, l'intersection que vous avez traversée ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, oui. Depuis là-haut, oui, oui.

17 M. LE JUGE MINDUA : Très bien, merci beaucoup.

18 La dernière question : est-ce qu'à partir de votre point de

19 l'intersection, vous pouvez savoir où se trouvait la ligne de front ? Est-

20 ce qu'il y avait une ligne de front qui séparait deux armées ou il n'y

21 avait pas de ligne de front à ce moment dans cette partie de la ville ?

22 Vous ne pouvez pas le savoir ?

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Voyez-vous, la ligne se trouvait derrière

24 Miljitska [phon], là-bas sur la gauche. Là-bas, il n'y avait personne

25 d'autre qu'eux à Grbavica. C'est de là qu'est partie la balle qui m'a

26 touchée, qui est passée tout près et a tué mon petit.

27 M. LE JUGE MINDUA : Merci beaucoup, Madame le Témoin, je pense que le

28 Procureur veut continuer.

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous en prie.

2 M. DOCHERTY : [interprétation]

3 Q. Madame Sokolovic, alors que vous marchiez vers Bistrik ce jour-là, est-

4 ce que vous pouvez nous dire comment était le temps ?

5 R. Ce n'était pas très couvert, c'était, vous savez --

6 Q. Est-ce qu'il y avait des problèmes pour voir ce qui se passait à

7 quelques centaines de mètres de distance ?

8 R. Je crois que oui.

9 Q. Est-ce que cela signifie que vous pouviez voir ce qui se passait à

10 quelques centaines de mètres de distance sans aucun problème ?

11 R. Non. Voyez-vous, je ne pouvais pas parce que là, il y avait la FORPRONU

12 à ce moment-là. Comme je vous le dis, je n'ai même pas observé ce qui se

13 passait.

14 Q. D'accord. Est-ce qu'il y avait des feuilles sur les arbres ?

15 R. Peu, très peu.

16 Q. Est-ce que c'était un jour de brouillard ?

17 R. Non.

18 Q. Quand vous avez commencé à traverser la route, de quel côté se trouvait

19 Nermin par rapport à vous ?

20 R. Sur la droite. Il se tenait à ma veste.

21 Q. Où se trouvait Enida ?

22 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Excusez-moi d'interrompre. Madame le

23 Témoin, est-ce que vous pourriez montrer avec votre main de quel côté se

24 trouvait votre fils par rapport à vous ?

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Ici.

26 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Merci beaucoup. Il était sur votre

27 gauche.

28 M. DOCHERTY : [aucune interprétation]

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1 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Merci beaucoup Madame, vous pouvez

2 vous asseoir.

3 M. DOCHERTY : [interprétation]

4 Q. Quand vous avez traversé la route, est-ce que vous avez été touchée par

5 une balle ?

6 R. Sans doute. Je n'étais pas débout, arrêtée.

7 Q. Vous a-t-on amenée à l'hôpital ?

8 R. Oui, et le petit est resté par terre derrière moi. Ce qui s'est passé

9 plus tard, je n'en sais rien.

10 Q. On vous a amenée à l'hôpital, n'est-ce pas, parce que vous aviez une

11 blessure due à une balle ?

12 R. Oui, avec la FORPRONU.

13 Q. Excusez-moi, je n'avais pas l'intention de vous interrompre.

14 R. Non, non, ce n'est pas un problème.

15 M. DOCHERTY : [interprétation] Revenons aux photographies, si vous voulez

16 bien, Monsieur le Président, Messieurs les Juges. Nous avons un certain

17 nombre de photographies, et je vois apparaître à l'écran la photographie de

18 tout à l'heure. J'indique que le témoin a indiqué le tracé de sa marche ce

19 jour-là comme partant de la gauche de la photographie pour s'achever sur la

20 droite de la photographie et je demande que ce tracé soit mémorisé par

21 ordinateur et versé au dossier avec une cote.

22 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, qu'une cote soit donnée à cette

23 image.

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] Pièce à conviction P88, Monsieur le

25 Président.

26 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, Messieurs les Juges,

27 j'aimerais que nous revenions à la photographie initiale, sans le tracé,

28 celle sur laquelle on voyait les trois cercles concentriques rouges.

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1 Q. Madame Sokolovic, nous allons maintenant partir de cette photographie

2 initiale, et je vais vous poser quelques questions pour vérifier avec vous

3 si cette photographie montre bien, de façon tout à fait exacte et conforme

4 à la réalité, l'image de ce carrefour où vous-même et Nermin avez essuyé

5 des coups de feu ce 18 novembre 1994.

6 M. DOCHERTY : [interprétation] Madame l'Huissière, est-ce que vous pouvez

7 commencer le processus à l'écran ? Je demanderais que l'on fasse tourner

8 cette photographie à l'écran sur 360 degrés.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

10 M. DOCHERTY : [interprétation]

11 Q. Attendez, Madame, s'il vous plaît, que l'image ait tourné complètement

12 après le déroulement d'un panoramique sur un autre écran.

13 Est-ce que ceci montrait bien, de façon exacte et conforme à la réalité,

14 l'aspect que présentait le carrefour où vous vous trouviez vous-même et

15 votre fils quand vous avez été pris pour cible ?

16 R. Oui.

17 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, je demanderais que

18 cette portion de vidéo soit versée au dossier.

19 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui.

20 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce P89, Monsieur le

21 Président.

22 M. DOCHERTY : [interprétation]

23 Q. Madame Sokolovic, vous rappelez-vous avoir parlé à un certain Barry

24 Hogan, enquêteur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, et

25 vous rappelez-vous qu'on vous a montré une vidéo qui avait été filmée à

26 Sarajevo ?

27 R. Oui.

28 M. DOCHERTY : [interprétation] Madame l'Huissière, je demanderais que l'on

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1 diffuse devant Mme Sokolovic les images de cette vidéo.

2 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] avant cela, je me demandais s'il ne

3 pourrait pas être demandé au témoin de montrer sur l'écran l'endroit exact

4 où elle dit avoir été touchée par une balle.

5 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, c'est exactement ce

6 qu'elle va être appelée à faire avec la prochaine vidéo. Vous verrez que

7 l'enquêteur lui demande de se placer exactement à cet endroit.

8 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] D'accord. Très bien.

9 M. DOCHERTY : [aucune interprétation]

10 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Merci.

11 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, je pense déjà que la vidéo, parce

12 que je l'ai vue, elle va suggérer. J'aurais préféré que le témoin montre

13 sur une photo l'emplacement exact, où était-elle et son fils lors de ce

14 tir, parce que la vidéo, c'est quelque chose qui a été filmé avec

15 participation de la partie adverse. Merci.

16 M. DOCHERTY : [interprétation] Puis-je répondre, Monsieur le Président ?

17 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, bien sûr, vous pouvez répondre.

18 M. DOCHERTY : [interprétation] La vidéo, Monsieur le Président, ne suggère

19 rien. Vous verrez simplement que l'enquêteur lui demande de se mettre

20 debout à l'endroit où elle a essuyé les tirs. Dans la vidéo, rien n'est dit

21 quant à l'emplacement de cet endroit. L'enquêteur ne demande pas à Mme le

22 Témoin de se placer quelque part en particulier. Vous verrez le témoin qui,

23 sans l'aide ou les instructions de personne, se dirige vers l'endroit où

24 elle a essuyé ce tir.

25 Je crois que cette vidéo ne peut pas être qualifiée de suggestive.

26 Par ailleurs, je pense qu'il pourrait être intéressant pour les Juges de la

27 Chambre que cette vidéo soit versée au dossier de façon à comprendre plus

28 aisément la déposition de ce témoin ainsi que les événements dont elle

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1 parle dans sa déposition.

2 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Nous allons voir la vidéo, et si à un

3 moment ou à un autre nous décidons qu'elle est trop suggestive, nous ne

4 permettrons pas les questions de suivi.

5 M. DOCHERTY : [interprétation] Madame la Commis aux audiences, je vous

6 demanderais de diffuser les images de cette vidéo.

7 [Diffusion de la cassette vidéo]

8 L'INTERPRÈTE : L'enquêteur demande au témoin de se placer à l'endroit

9 où elle a essuyé ce tir le 18 novembre 1994.

10 Il demande au témoin de tendre le doigt dans la direction de la suite

11 de son itinéraire.

12 Il lui demande ensuite de mettre le doigt à l'emplacement de son

13 corps où la balle a pénétré son corps ainsi qu'à l'emplacement où la balle

14 est sortie. Il lui demande de le faire à l'aide de la main droite, ce que

15 fait le témoin.

16 L'enquêteur demande au témoin de montrer à quel endroit à côté d'elle

17 se trouvait son fils au moment du tir, ce que fait le témoin.

18 Enfin, il lui demande de tendre le doigt ou la main dans la direction

19 d'où elle estime que le tir provenait ce jour-là.

20 Enfin, l'enquêteur remercie le témoin.

21 [Fin de la diffusion de la cassette vidéo]

22 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, je ne vais pas

23 demander le versement au dossier de ce document immédiatement, car il

24 s'agit d'un DVD qui comporte un certain nombre d'interviews, donc je vais

25 encore en utiliser certaines. Je demanderai le versement au dossier de

26 l'intégralité du DVD quand j'en aurai terminé.

27 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] D'accord. Merci.

28 [La Chambre de première instance se concerte]

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1 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Maître Isailovic, si vous avez des

2 arguments à présenter ou quelque chose à dire au sujet de la vidéo, vous

3 pourriez peut-être le faire immédiatement. Faites-le.

4 Mme ISAILOVIC : Je vais faire mes arguments après, mais juste maintenant je

5 peux dire que l'endroit où s'est posée Mme, sous -- pour moi la suggestion

6 peut-être qui est intervenue avant la prise de cette vidéo n'est pas la

7 même qu'indiqué dans sa déclaration aujourd'hui, mais je vais en venir

8 après.

9 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui. Monsieur Docherty, à vous.

10 M. DOCHERTY : [interprétation] Pour le moment, je n'ai pas entendu

11 d'objection, donc je suppose que je peux poursuivre ?

12 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, vous pouvez poursuivre. Mais je

13 sais qu'en ce moment, en cet instant même vous ne demandez pas le versement

14 de cette vidéo au dossier, Monsieur Docherty, car il n'y a pas un témoin

15 unique qui peut authentifier l'intégralité du DVD, donc nous procéderons

16 pas à pas, nous le ferons au fur et à mesure, et à la fin nous en

17 demanderons le versement.

18 Q. Madame Sokolovic, nous vous avons vue sur les images de la vidéo placer

19 la main sur l'emplacement de votre corps où la balle a pénétré votre corps

20 ainsi que sur l'emplacement de votre corps d'où celle-ci est sortie. Une

21 fois que la balle est sortie, où est-ce qu'elle est allée ?

22 R. Elle est allée vers là où se trouvait la FORPRONU.

23 Q. Excusez-moi, Madame, je n'ai peut-être pas été suffisamment clair. La

24 balle, elle a pénétré votre corps à un endroit précis et elle en est sortie

25 à un autre endroit ?

26 R. Oui.

27 Q. Elle est donc ressortie de l'autre côté de votre corps ?

28 R. Oui, de l'autre côté.

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1 Q. Ensuite, qu'est-il advenu de cette balle par rapport à votre fils ?

2 R. A ce moment-là, le petit est tombé par terre, et elle a touché sa joue

3 et elle est ressortie par sa tête, cette balle.

4 Q. Etait-ce la même balle que celle qui venait de traverser votre corps ?

5 R. Oui, la même, la même balle.

6 Q. Avant de poursuivre, je voudrais vous demander, s'agissant de la vidéo

7 que nous venons de voir, si les images reflètent bien les questions que

8 vous a posées l'enquêteur M. Hogan.

9 R. Oui.

10 Q. Quelle blessure avez-vous eue suite à ce tir qui vous a touchée, qui

11 vous a frappée ?

12 R. Croyez-moi, je n'ai pas demandé au docteur. J'étais avec la petite qui

13 était toute seule, donc je suis sortie très vite et il n'y avait personne

14 pour m'aider. Je n'ai pas demandé, voyez-vous.

15 Q. Je vais reformuler ma question. Est-ce que vous souffrez encore des

16 conséquences de cette balle qui vous a frappée le 18 novembre 1994 ?

17 R. Oui.

18 Q. Pouvez-vous décrire aux Juges de la Chambre la nature de ces

19 séquelles ?

20 R. Voyez-vous, j'ai mon abdomen, là, qui a été complètement coupé dans ce

21 sens-là, et je me suis vidée à l'époque. Tous mes muscles ont lâché. J'ai

22 des problèmes au foie. J'ai des douleurs terribles, surtout quand le temps

23 change.

24 Q. Quel effet cela a-t-il eu sur votre psychisme, le fait d'avoir essuyé

25 cette balle le 18 novembre 1994 ?

26 R. Je vais vous dire, psychiquement --

27 Q. Pouvez-vous nous dire quelles sont les conséquences sur le plan

28 psychique pour vous ?

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1 R. A l'intérieur, j'ai des problèmes, le foie, les muscles. Il y a

2 beaucoup de choses qui sont parties, mais je suis gênée de devoir énumérer

3 tout cela.

4 Q. Quels sont vos sentiments, vos émotions suite à ce tir que vous avez

5 essuyé ? C'est cela que j'essaie de vous demander maintenant, vos émotions,

6 vos sentiments.

7 R. Pas bien du tout, très mal, très mal.

8 Q. Depuis que vous avez essuyé ce tir, est-ce que vous avez pu conserver

9 un emploi à temps plein ?

10 R. Non.

11 Q. Comment est-ce que vous financez votre vie ?

12 R. Je reçois une indemnité pour les enfants. C'est de cela que je vis.

13 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Que faisiez-vous ? Quel était votre

14 métier avant cet incident ?

15 Monsieur Docherty, voudriez-vous réitérer la question ?

16 M. DOCHERTY : [interprétation]

17 Q. Madame, avant d'avoir été blessée, quel était votre métier ?

18 R. Je faisais des ménages. Je lavais les fenêtres dans les maisons

19 d'autres personnes.

20 Q. En conséquence de la balle qui l'a touché, qu'est-il arrivé à votre

21 fils Nermin ?

22 R. Ils l'ont amené à la morgue. Je suppose qu'ils l'ont enterré par la

23 suite. J'en ai seulement été informée cinq ou six jours plus tard. Ils

24 cachaient le fait qu'il avait été tué.

25 Q. Avez-vous pu assister à l'enterrement de Nermin ?

26 R. Non, ils ne m'y ont pas autorisée.

27 Q. Etiez-vous toujours à l'hôpital ?

28 R. Comme je vous l'ai dit, j'aurais dû rester plus longtemps à l'hôpital,

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1 mais sept ou huit jours plus tard j'ai signé les papiers nécessaires pour

2 pouvoir quitter parce que --

3 Q. Pourriez-vous dire à la Chambre en quelques phrases quel type d'enfant

4 était Nermin ?

5 R. C'était un enfant adorable. Je ne dis pas seulement cela parce que

6 c'était mon enfant. J'ai oublié de dire, lorsque nous avons commencé notre

7 promenade, une étrangère est venue et lui a caressé la joue et a dit :

8 "J'ai vu beaucoup d'enfants dans cette ville, mais je n'ai jamais vu un

9 enfant aussi mignon."

10 Q. Depuis la mort de Nermin, avez-vous eu un autre fils ?

11 R. J'ai deux fils.

12 Q. Quels sont leurs noms ?

13 R. Le plus jeune s'appelle Nermin, pour reprendre le nom du premier,

14 Nermin, et l'autre s'appelle Edim.

15 M. DOCHERTY : [interprétation] Je n'ai plus d'autres questions, Monsieur le

16 Président.

17 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Madame Isailovic, veuillez garder à

18 l'esprit le fait que ce témoin a vécu des incidents extrêmement

19 traumatisants, et je compte bien que vous en teniez compte lors de votre

20 contre-interrogatoire, s'il vous plaît.

21 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, juste pour répondre à votre

22 remarque, donc vraiment il faut que je vous avoue que je me sens mal toute

23 la matinée juste étant une mère; mon fils a le même âge que ce malheureux

24 enfant. Mais parce que je suis avocate de la Défense et parce qu'on se

25 trouve dans le cadre d'une procédure pénale où il faut vraiment les faits

26 tragiques éclaircir, et il se trouve que j'ai en possession --

27 M. LE JUGE ROBINSON: [aucune interprétation]

28 Mme ISAILOVIC : -- oui, j'ai en possession - je continue, c'est dans ce

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1 sens - les documents qui vont à l'encontre des dires de Mme Sokolovic. Je

2 serai obligée de --

3 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Allez-y, allez-y.

4 Contre-interrogatoire par Mme Isailovic :

5 Q. Tout d'abord, Madame, je suis Branislava Isailovic, avocate au barreau

6 de Paris. Je suis très désolée pour ce qui s'est passé avec vous et avec

7 votre fils, mais il faut maintenant que je fasse mon travail d'avocate de

8 la Défense de M. le Général Milosevic, qui est accusé devant cette Chambre

9 pour des crimes très graves, et il doit répondre devant cette Chambre pour

10 cela. Pour cela, il faut établir certains faits, et je m'excuse à l'avance,

11 peut-être que cela ne va pas être très agréable, mais je me trouve dans le

12 devoir de le faire.

13 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, on a eu un problème technique avec

14 les documents. J'ai trouvé un document 65 ter de l'Accusation. Avec mon

15 assistance, Mme Jovanovic, on a fait tout ce qui était nécessaire et prévu

16 par la procédure d'e-court pour avoir aujourd'hui devant vous ce document

17 dans le système. Là, on a averti aujourd'hui qu'on n'a pas pu trouver parmi

18 les documents pourtant énoncés par le Procureur, c'est le document 65 ter

19 1484. C'est un document très, très important pour moi, surtout pour votre

20 Chambre, pour établir un fait très important.

21 Là, on se trouve peut-être 10 minutes avant la pause et, à cause de ce

22 problème, on n'a pu peut-être avoir la "hard copy" de ce document parce

23 qu'on n'arrive pas avec la technique de résoudre ce problème et de le

24 mettre dans le système immédiatement. Comme le temps presse --

25 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Si vous avez une copie papier, allez-

26 y.

27 Mme ISAILOVIC : Oui, mais j'ai une seule, pour l'instant j'ai une seule,

28 donc j'ai voulu faire la photocopie même si c'est en B/C/S.

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1 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Quelle est la taille du document,

2 s'il vous plaît ?

3 Mme ISAILOVIC : Il s'agit de la documentation médicale.

4 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Combien de pages ?

5 Mme ISAILOVIC : Plus long, mais ce qui m'intéresse, c'est un document de

6 quatre pages. Dans ce document, il ne m'intéresse qu'une seule phrase.

7 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Vous devriez commencer le contre-

8 interrogatoire, puis lorsque nous y arriverons, nous pourrons traiter du

9 problème.

10 Mme ISAILOVIC : Bon, je vais de toute façon commencer par quelque chose de

11 différent.

12 Q. Madame Sokolovic, ce que j'ai bien compris de la photo qu'on vous a

13 montrée, vous étiez sur le traversier piétons au moment où vous avez essuyé

14 le tir; est-ce vrai ?

15 R. Oui.

16 Q. Est-ce que vous consentez que l'endroit où vous étiez pendant le

17 tournage du vidéo n'était pas le même ?

18 R. Je n'avais pas remarqué cela. Quand j'ai regardé la vidéo, cela me

19 paraissait la même chose.

20 Q. Madame Sokolovic, quand vous étiez sur la place ou pendant le tournage,

21 est-ce que devant vous vous avez vu, cela s'appelle "zebra", zèbre ?

22 R. Oui, oui.

23 Q. C'est le même passage, traversier pour les piétons, vous savez, qu'on

24 appelle nous en B/C/S, qu'on appelle "zebra". Est-ce que c'est le même où

25 vous étiez quand vous étiez avec votre fils et quand lui a été tué et vous

26 blessée ?

27 R. Oui.

28 Q. Vous me dites maintenant que lors de la prise de la vidéo avec le

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1 Procureur, avec M. Barry Hogan, vous n'étiez pas sur l'endroit où vous

2 étiez quand vous étiez blessée; ai-je raison ?

3 R. Vous savez, il y avait une certaine confusion dans mon esprit. Cela se

4 trouvait un petit peu en dessous de l'endroit où je me trouve avec cet

5 homme sur la vidéo.

6 Q. Si je peux confirmer vos dires, l'endroit exact, c'était le traversier

7 piétons que vous avez déjà mentionné dans votre déclaration aujourd'hui ?

8 R. Oui.

9 Q. Votre fils, vous l'avez tenu par la main gauche. Ai-je raison ?

10 R. Non, je portais un sac, et il tenait par la main ma veste.

11 Q. Oui, de toute façon, il se trouvait de votre côté gauche, disons, parce

12 que là tout à l'heure on a eu des problèmes pour établir la droite et

13 gauche. Est-ce que vous pouvez montrer maintenant s'il vous plaît de quel

14 côté ?

15 R. [Le témoin s'exécute]

16 Q. Merci, merci beaucoup.

17 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Veuillez reprendre place.

18 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, puisque le témoin a

19 fait un geste, est-ce qu'on pourrait indiquer sur le compte rendu que le

20 témoin a indiqué le côté gauche ?

21 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, tout à fait.

22 Mme ISAILOVIC :

23 Q. Ai-je raison de dire que derrière vos dos est resté le bâtiment du

24 musée de la révolution ?

25 R. Oui.

26 Q. Est-ce que - je m'excuse encore de remuer vos souvenirs qui sont

27 certainement douloureux - votre fils se tenait, excusez-moi, tout le temps,

28 il tenait tout le temps votre veste ou il bougeait ? Vous avez mentionné

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1 tout à l'heure une étrangère qui s'est approchée. Est-ce qu'il courrait ou

2 il se tenait tout le temps par votre veste, s'il vous plaît ?

3 R. Pendant tout le temps, il ne m'a pas quittée. La fille était devant

4 nous.

5 Q. Est-ce qu'à un instant ou l'autre, il s'est tourné vers vous, ou vous

6 étiez toujours dans la même direction ?

7 R. Nous marchions normalement, nous discutions. Ma fille était devant

8 nous. Il n'a jamais quitté mes côtés.

9 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Juge, il y a un problème avec -- parce que je

10 suis aussi en B/C/S. Ce que dit le témoin, elle a dit : "Il se tournait

11 vers moi." Là, dans notre transcript, on voit -- et après elle disait --

12 mais là je vais -- pour qu'elle me confirme.

13 Q. Madame, est-ce que vous avez dit tout à l'heure qu'il se tournait ? On

14 a pu entendre cela. Est-ce qu'il se tournait vers vous lors de votre

15 passage ?

16 R. Oui. Nous nous parlions, alors pour me parler, parfois il se tournait

17 vers moi puis ensuite se retournait et regardait droit devant lui.

18 Q. Madame, encore une question peut-être aussi douloureuse. Votre fils, je

19 suppose, il a eu sept ans. Sa taille était à peu près jusqu'à votre

20 taille ?

21 R. Je vous dirais oui, oui. Jusqu'à ma taille, oui, pas un centimètre de

22 plus.

23 Q. Madame Sokolovic, à quel moment vous avez vu --

24 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Madame Isailovic, puis-je vous

25 demander, est-ce votre thèse que cet incident n'aurait jamais eu lieu ?

26 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, pas du tout. J'essaie seulement,

27 forte des documents que j'ai et forte des déclarations de madame, de vous

28 aider à établir le point exact d'où le tir venait.

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1 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Je vois, très bien, merci.

2 Mme ISAILOVIC :

3 Q. Madame Sokolovic, vous avez vu sur votre chemin les soldats de la

4 FORPRONU; est-ce exact ?

5 R. Oui.

6 Q. Vous reconnaissez les soldats de la FORPRONU ?

7 R. Alors que nous marchions, nous étions accompagnés d'une autre femme. Je

8 ne me souviens plus de son nom en ce moment. C'est elle qui m'a dit qu'il

9 s'agissait de la FORPRONU. Je ne l'aurais pas su. C'est elle qui m'a dit

10 que c'étaient des soldats de la FORPRONU qui étaient debout, tout près.

11 Q. Est-ce que c'était après ou avant votre accident ?

12 R. Non, j'ai appris cela plus tard. Je ne le savais pas, mais on en a

13 parlé à l'hôpital.

14 Q. Est-ce que vous avez parlé à l'hôpital avec les médecins ou avec peut-

15 être des journalistes ?

16 R. Oui, j'ai parlé à un journaliste du nom de Petar Sharp ou quelque chose

17 comme cela. Il est venu me voir à l'hôpital. Il m'a aussi rendu visite à la

18 maison.

19 Q. Madame Sokolovic, à quel instant avez-vous su exactement que les tirs

20 venaient du bâtiment Metalka ? Qui vous a dit le premier ce mot "Metalka" ?

21 Est-ce que vous vous souvenez ?

22 R. A l'hôpital, lorsque je me suis réveillée ou j'ai repris conscience,

23 j'ai entendu dire que j'avais été touchée par une balle venant de Metalka.

24 D'autres personnes en parlaient. Ils ont dit que les tirs venaient de

25 Metalka.

26 Q. Parce que tout à l'heure, vous nous avez dit que vous ne pouviez pas

27 reconnaître ce bâtiment sur la photo. Cela ne vous dit rien; est-ce vrai ?

28 R. Permettez-moi de vous expliquer. Je ne connais franchement pas cet

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1 immeuble. Je ne me rendais pas souvent à Grbavica. Je connaissais surtout

2 Bistrik et Princip. Je m'y rendais rarement, je ne sais pas.

3 Q. Madame Sokolovic, vous vous souvenez, après ce qui s'est passé, il y

4 avait une enquête policière. Est-ce que vous avez vu des policiers ?

5 R. Je ne me souviens pas de les avoir vus. Croyez-moi, je ne peux vraiment

6 pas m'en souvenir.

7 Q. Là, je vais montrer ce document parce qu'on a eu des problèmes

8 techniques pour le montrer tout de suite sur l'écran comme c'est l'habitude

9 ici. Après la pause, je vais avoir ce compte rendu de l'enquête en votre

10 langue en B/C/S pour que vous puissiez voir.

11 Mme ISAILOVIC : Pour l'instant, j'aurais préféré m'abstenir de poser les

12 questions qui concernent cette enquête parce qu'il me semble que le temps

13 est venu pour la pause. Je me trompe ?

14 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Il nous reste encore cinq minutes

15 avant la pause.

16 Mme ISAILOVIC : L'assistante me dit qu'on a résolu ce problème et qu'on a

17 le document sur e-court. Entre-temps, on a essayé de le résoudre.

18 Je vous demande de nous montrer tout d'abord la page 3.

19 Q. Madame Sokolovic, est-ce que vous savez lire ? Est-ce que cela ne vous

20 pose pas de problème de lire ?

21 R. Je n'arrive pas à voir, je n'ai pas mes lunettes sur moi.

22 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, est-ce que vous m'autorisez à lire

23 en B/C/S ? On va avoir la traduction. Les interprètes ont le document en

24 B/C/S. Oui, maintenant on a un petit peu plus grand.

25 Q. Est-ce que maintenant cela va aller, Madame Sokolovic, ou cela vous

26 pose --

27 R. Non, non, je n'arrive pas à le voir.

28 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Bien. Lisez le B/C/S.

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1 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Est-ce que vous pouvez nous indiquer

2 l'origine du document ?

3 Mme ISAILOVIC : L'origine du document. On l'a eu du Procureur lors de la

4 communication des pièces. C'est le document sur la liste 65 ter du

5 Procureur. Je suppose que le Procureur a eu le document de la police

6 bosniaque. C'est sur "exhibit list".

7 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Merci. Malheureusement, je n'ai pas

8 la liste des pièces sous les yeux. Est-ce que vous voulez bien nous

9 expliquer la nature même du document ? S'agit-il d'un rapport de police ou

10 d'autre chose ?

11 Mme ISAILOVIC : C'est le document 65 ter 1484. Il s'agit bien de compte

12 rendu d'une enquête policière qu'on mène après les incidents de cette

13 sorte, une enquête de la police criminelle. Là, on a comme dans toutes les

14 institutions, je suppose, dans d'autres pays aussi, un rapport sur la page

15 3, un rapport. Il est mentionné "Opis Dogadjaja". La police, suite à cet

16 incident, nous dit que c'est la deuxième partie de la première phase --

17 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Monsieur Docherty.

18 M. DOCHERTY : [interprétation] Je ne me rendais pas compte que Mme

19 Isailovic allait se lancer dans une lecture du document. A moins qu'il ne

20 s'agisse d'alléguer que ce témoin aurait, par le passé, fait une

21 déclaration incohérente, je formule une objection à ce qu'on fasse des

22 reproches à ce témoin sur la base de document qu'elle n'a pas écrit, qui

23 n'est pas sa propre déposition.

24 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Bien. On peut lui soumettre le

25 document et lui demander si elle confirme ce qui est affirmé par la

26 Défense.

27 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, après le document suivant - c'est le

28 compte rendu du rapport médical suite à l'hospitalisation de Mme Sokolovic

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1 - après, elle peut nous dire si c'était bien elle. C'est le document qui

2 provient du Procureur. Ce n'est pas le mien. Justement, je me suis

3 débrouillée pour le trouver sur la liste des documents du Procureur.

4 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Le fait que cela émane de

5 l'Accusation ne suffit pas pour que le document soit recevable. Les

6 critères de recevabilité doivent de toute manière être remplis. Pouvez-vous

7 nous montrer dans ce document quelque chose qui nous indique son origine ?

8 Vous avez parlé de l'intitulé, mais est-ce que je pourrais en avoir une

9 traduction ? Ce document est-il signé par quelqu'un ?

10 Mme ISAILOVIC : Oui, Monsieur le Président, sur la page 4 de ce document,

11 on voit dans l'en-tête qu'il s'agit de -- sur la page suivante, on a la

12 signature, Salko Cerimagic et Sulejman Pilav. Ce sont les noms récurrents

13 dans ce genre de document qui provient de la police de Sarajevo.

14 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Bien. Nous allons prendre la pause,

15 puis nous allons trancher cette question après la pause.

16 --- L'audience est suspendue à 10 heures 30.

17 --- L'audience est reprise à 10 heures 58.

18 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, Madame Isailovic.

19 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, je peux continuer avec ce document ?

20 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Une objection a été formulée. Le

21 substitut du Procureur a formulé une objection. Je vais lui demander de

22 réitérer son objection et de développer son argument quelque peu. Puis, je

23 vous demanderai de répondre.

24 M. DOCHERTY : [interprétation] En fait, je préfère retirer mon objection.

25 Si j'ai bien compris, Mme Isailovic va soumettre une thèse au témoin, et je

26 n'ai aucune objection à ce propos.

27 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Très bien.

28 Alors veuillez poursuivre, Madame Isailovic.

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1 Mme ISAILOVIC : Alors je voudrais retourner à la page qu'on a eue tout à

2 l'heure à l'écran, c'est la page 2 -- 3, de ce document.

3 Q. Dans le rapport fait par la police de Sarajevo, il est écrit dans la

4 deuxième partie de la première phrase que vous avez sous le titre - et

5 comme madame a des difficultés à lire, on m'a expliqué tout à l'heure par

6 le Procureur, on a l'interprète --

7 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Monsieur Docherty.

8 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, le document à l'écran

9 est en B/C/S, mais il existe une traduction en anglais. Est-ce qu'on

10 pourrait aussi voir cette traduction ?

11 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui. Cela nous aiderait beaucoup.

12 Madame, avez-vous la traduction en anglais ?

13 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, parce que --

14 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Monsieur Docherty.

15 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai une traduction

16 de ce document en anglais. J'en ai des copies papier, mais je crois aussi

17 qu'on le trouve sous le numéro 65 ter 1484, mais si je peux vérifier --

18 Mme ISAILOVIC : On va l'avoir, la traduction.

19 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Est-ce qu'on trouve cela dans le e-

20 court ?

21 M. LE GREFFIER : [interprétation] J'ai le document sur le e-court dans sa

22 forme originale, donc le B/C/S, mais il n'y a pas de traduction en annexe.

23 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Utilisons la copie sur papier sur

24 l'ELMO.

25 Mme ISAILOVIC : [hors micro]

26 M. DOCHERTY : [interprétation] Est-ce que je peux remettre à la Chambre ces

27 copies papier ?

28 Mme ISAILOVIC : Excusez-moi. En attendant, est-ce que je pourrais

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1 poursuivre avec le témoin juste pour introduire le document ?

2 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, allez-y.

3 Mme ISAILOVIC :

4 Q. Madame Sokolovic, vous avez vu les policiers déjà à l'hôpital; est-ce

5 vrai ?

6 R. Oui.

7 Q. Est-ce que ce sont les policiers qui vous ont indiqué l'endroit d'où

8 l'on a tiré sur vous et votre fils ?

9 R. Oui. Les tirs venaient de Metalka. Ils m'ont montré que les tirs

10 venaient de Metalka. C'est ce qu'ils ont dit.

11 Q. Est-ce qu'ils vous ont examinée, à l'hôpital ?

12 R. [aucune interprétation]

13 Q. Est-ce que vous vous souvenez de quel hôpital s'agissait-il ?

14 R. L'hôpital Kosevo.

15 Q. L'hôpital qu'on appelle Klinicki Centar ?

16 R. Oui.

17 Q. Maintenant, je voudrais -- mais comme vous avez des difficultés à lire,

18 peut-être physiquement reconnaître le document. C'est la page 8. Cela

19 commence par --

20 M. LE GREFFIER : [interprétation] La traduction que nous avons en anglais

21 n'a que quatre pages.

22 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Donnez-lui le temps d'identifier le

23 passage et nous verrons si ce passage se trouve dans la version, dans la

24 traduction anglaise ou non.

25 Mme ISAILOVIC :

26 Q. Madame Sokolivic, est-ce que vous êtes à même de poursuivre, s'il vous

27 plaît ?

28 R. [aucune interprétation]

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1 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Madame Sokolovic, est-ce que vous

2 pouvez poursuivre ?

3 LE TÉMOIN : [interprétation] En ce qui concerne l'hôpital ?

4 Mme ISAILOVIC :

5 Q. Oui, oui, tout à fait.

6 R. A l'hôpital, les policiers m'ont dit que les tirs venaient de Metalka,

7 l'immeuble Metalka, mais ils ne sont pas revenus pour me poser des

8 questions.

9 Q. Même si vous ne pouvez pas lire le document, est-ce que vous

10 reconnaissez le document sur l'écran ? Est-ce que c'est bien la feuille que

11 vous avez eue à l'hôpital ?

12 R. [aucune interprétation]

13 Q. Ce document, il y a plusieurs feuilles de ce document, quand on va chez

14 le médecin, on nous donne la documentation, vous savez cela, où on écrit de

15 quoi on a été guéri ou opéré à l'hôpital. Est-ce que vous savez cela ?

16 R. Oui.

17 Q. Sur la page, on peut tourner deux pages, et sur cette feuille, au fond

18 de cette page, le médecin qui vous a opérée, qui vous a soignée dans cet

19 hôpital a écrit le rapport sur les blessures pour lesquelles vous étiez

20 opérée. Est-ce que vous comprenez cela ?

21 R. [aucune interprétation]

22 Q. Est-ce que vous avez vu ce document ?

23 R. Oui, plus tôt, mais croyez-moi, comme je souffrais d'énormes douleurs,

24 je n'ai pas pu lire le document dans son entier.

25 Q. Au bout de la page, et je vais lire en B/C/S pour que vous compreniez,

26 et les traducteurs vont traduire, et la Chambre a déjà la traduction, je

27 suppose, en anglais.

28 [interprétation] "A la gauche, on voit une blessure d'entrée, 0,5

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1 centimètres de diamètre, une façon paramédiane. Puis, sur la droite, de

2 façon paramédiane également blessure qui saigne, et ce, de, on voit la

3 blessure de sortie --"

4 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] On ne trouve pas cela dans la

5 traduction que l'on nous a remise.

6 M. DOCHERTY : [interprétation] Je ne vois pas non plus cela. Les numéros

7 ERN sont en séquence, mais nous ne voyons pas cela dans notre traduction.

8 Il s'agit peut-être d'une suite.

9 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Veuillez poursuivre, Madame.

10 Mme ISAILOVIC :

11 Q. Madame Sokolovic, vous vous êtes brouillée tout à l'heure par la

12 détermination des côtés droit et gauche; est-ce vrai ?

13 R. Oui.

14 Q. Je peux en conclure que vous n'êtes pas sûre, quand on parle de droite

15 ou gauche, de quel côté vraiment c'est ?

16 Est-ce que vous pouvez dire quelque chose dans le micro ? Parce que quand

17 vous acquiescez par la tête, cela, on ne peut pas le lire après sur

18 transcript.

19 R. Pourriez-vous expliquer ?

20 Q. Est-ce qu'il vous arrive que vous n'êtes pas sûre de quel côté il

21 s'agit quand vous parlez de droite ou de gauche ? Est-ce qu'il vous arrive

22 de vous tromper ?

23 R. Oui. Oui, il y a une certaine confusion dans mon esprit.

24 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Monsieur Docherty, avez-vous le

25 document ?

26 M. DOCHERTY : [interprétation] Oui, j'ai le document en anglais, mais je

27 n'ai que cet exemplaire. Peut-être pourrait-on mettre ce document sur

28 rétroprojecteur afin que tout le monde, les anglophones puissent voir le

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1 document ?

2 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, procédons ainsi.

3 Mme ISAILOVIC :

4 Q. Maintenant, on va voir la traduction de ce document dont on a parlé en

5 anglais pour que tout le monde qui parle anglais dans cette salle puisse

6 voir, Madame Sokolovic. Je vais continuer après avec mes questions. Est-ce

7 que vous êtes d'accord ?

8 R. Oui, et merci.

9 Mme ISAILOVIC : Là, Monsieur le Président, Messieurs de la Chambre, c'est

10 juste maintenant sur notre écran, et on peut lire la phrase :

11 [interprétation] "Entrée de la blessure gauche paramédiane,

12 saignement et point de sortie sur la droite, et saignement."

13 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, oui. Nous voyons cela.

14 Mme ISAILOVIC :

15 Q. Madame Sokolovic, je vais vous poser maintenant une question justement

16 qui concerne la sensation de la douleur au moment où vous étiez blessée. Ce

17 que je crois --

18 R. [aucune interprétation]

19 Q. Oui, donc vous étiez blessée. Bon, peu importe, on a le document. Au

20 moment tout à l'heure, vous avez décrit l'événement malheureux qui s'est

21 passé et, si je peux le récapituler, vous dites -- non, je n'ai pas le

22 droit. Vous étiez sur le passage avec votre fils qui était à votre gauche.

23 Vous nous avez montré. Il tournait la tête pour vous parler, donc à un

24 instant vous n'avez encore rien senti, votre fils est tombé; est-ce vrai ?

25 R. Oui.

26 Q. Des gens qui étaient sur la place parce que votre fils est tombé vous

27 ont retirée de ce passage piétons derrière une voiture; est-ce vrai ?

28 R. Croyez-moi, j'ai vu qu'on l'avait amené. Je crois que cela s'est passé

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1 tout de suite dans -- enfin, je crois qu'ils l'ont amené parce qu'ils ne

2 m'ont pas permis de me retourner, donc je n'ai pas su exactement dans

3 quelles circonstances.

4 Q. Madame Sokolovic, à cet instant, vous n'avez pas su exactement de quel

5 côté vous étiez blessée; est-ce vrai ?

6 R. Oui, c'est vrai, c'était le côté gauche.

7 Q. Parce qu'on a le document, mais à l'instant où vous avez --

8 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Monsieur Docherty.

9 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, je formule une

10 objection, car l'avocat dit que le rapport médical démontre que le point

11 d'entrée était sur la gauche, mais il est question de la gauche

12 paramédiane. A moins que la Défense nous dise exactement ce que signifie

13 paramédiane, je pense qu'elle exagère en disant que le rapport nous montre

14 le point d'entrée.

15 Il y a d'autres documents que j'utiliserai lorsque je poserai

16 d'autres questions qui démontrent que le point d'entrée était sur la

17 droite, comme le témoin l'a dit lors de l'interrogatoire principal.

18 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Madame Isailovic.

19 Mme ISAILOVIC :

20 Q. Alors à cet instant, Madame Sokolovic, vous nous dites que le point --

21 vous étiez blessée d'après vous sur quel côté ?

22 R. Du côté gauche.

23 Q. Pouvez-vous montrer encore ?

24 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Le témoin a montré du doigt ou de la

25 main son côté droit.

26 Mme ISAILOVIC :

27 Q. Maintenant, je reviens à ma question que j'ai voulu poser tout à

28 l'heure. Est-ce qu'au moment de votre blessure, parce que vous ne vous êtes

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1 même pas rendu compte que vous étiez blessée tout de suite, vous avez su -

2 excusez-moi - vous avez su exactement comment la balle vous a traversée, de

3 quel côté vers quel côté, que c'était une balle ou quelque chose comme

4 cela ? Que saviez-vous exactement à cet instant de votre blessure ?

5 R. Vous savez, je ne savais rien du tout. Je n'ai même pas vu le sang --

6 Q. Parlez lentement pour que tous puissent vous comprendre. Excusez-moi,

7 Madame Sokolovic.

8 R. Oui, pas de problème.

9 Q. Continuez.

10 R. Je tournais le dos. Je n'ai rien senti, mais après il y avait les

11 buissons, il y avait les voitures. C'était caché. C'est à ce moment-là que

12 j'ai vu du sang, mais je n'ai rien senti d'autre. Je commençais à prendre

13 conscience, puis j'ai perdu conscience.

14 L'INTERPRÈTE : Les interprètes n'ont pas pu comprendre la dernière partie

15 de la réponse.

16 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Auriez-vous l'obligeance de répéter

17 ce que vous venez de dire, la dernière partie de votre réponse, Madame

18 Sokolovic ? Vous avez dit : "Je sais que le petit était avec moi", et

19 puis ?

20 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est ce que j'ai dit. J'ai demandé à la dame

21 à l'hôpital où se trouvait le petit. Elle a dit qu'il se trouvait en

22 sécurité, qu'on l'avait ramené à la maison.

23 Mme ISAILOVIC :

24 Q. A quel instant vous saviez que vous étiez blessée de la sorte, que vous

25 étiez -- oui, oui, continuez.

26 R. Vous savez, lorsque j'ai repris conscience, j'étais dans une salle à

27 l'étage. Il y avait des femmes avec moi qui me posaient des questions.

28 Puis, j'ai entendu à ce moment-là, j'ai senti, c'est comme si quelqu'un

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1 avait renversé sur moi quelque chose de très chaud. C'est là où je me suis

2 rendu compte que j'avais été blessée.

3 Q. Madame Sokolovic, après, on vous a parlé de -- parce que vous parlez

4 après au policier.

5 R. [aucune interprétation]

6 Q. Dans le rapport, c'est le document qu'on a vu tout à l'heure, c'est la

7 troisième page de votre document.

8 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, on peut voir le document en serbe.

9 Q. Les policiers disent que tout d'abord c'était votre fils qui a été

10 transpercé par une balle et qu'après, la balle vous a blessée vous. Est-ce

11 que vous avez parlé de quelque chose qui ressemble à cela avec les

12 policiers, s'il vous plaît ?

13 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Monsieur Docherty.

14 M. DOCHERTY : [interprétation] Je formule une objection à ce propos. C'est

15 une façon de dénaturer le témoignage du témoin en disant qu'il s'agit d'un

16 témoignage du témoin puisque le témoin a dit justement le contraire, que la

17 balle l'a atteinte en premier.

18 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Je croyais qu'elle se référait à la

19 déclaration faite par le policier dans le rapport. N'est-ce pas le cas ?

20 Mme ISAILOVIC : Oui, qui est sur l'écran.

21 Justement parce que je tiens compte de l'objection de M. Docherty. Il

22 a tout à fait raison. Je vais poser la question autrement.

23 Q. Est-ce qu'à cet instant, au moment où votre fils est tombé et vous,

24 vous étiez blessée, vous avez eu l'idée de ce qui s'est passé, qui était

25 blessé en premier, qui était blessé en deuxième ? Est-ce que vous en saviez

26 quelque chose au moment de la blessure ?

27 R. [aucune interprétation]

28 Q. Merci.

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1 Mme ISAILOVIC : Merci, Monsieur Docherty, pour votre objection, elle était

2 tout à fait à sa place. Là, on a la réponse que je souhaitais avoir. Merci.

3 Q. Vous parlez ensuite, Madame Sokolovic, des buissons derrière lesquels

4 on vous a cachée, vous avez dit pour vous protéger suite à la chute de

5 votre fils; c'est vrai ?

6 R. Oui.

7 Q. Parce que je connais un petit peu Sarajevo, est-ce qu'il est vrai -- et

8 peut-être on pourrait voir la photo qui nous a été montrée par l'Accusation

9 tout à l'heure, c'est la photo 65 ter 2835. Je parle maintenant de cet

10 endroit où vous êtes familière parce que vous êtes de Sarajevo d'origine.

11 Il y a beaucoup de sapins, du pin, ce sont des arbres qui ne perdent pas

12 les feuilles dans cette période de l'année.

13 Mme ISAILOVIC : On va voir tout à l'heure la photo, encore la technique,

14 excusez-moi, 2835, c'est une photo. Excusez-moi.

15 Q. Est-ce que sans photo, vous pouvez nous dire quelque chose ? Qu'est-ce

16 qu'il vous semble ? Est-ce qu'il y avait des buissons?

17 R. Oui.

18 Q. Est-ce qu'il est vrai qu'il y a toujours des feuilles sur ces arbres

19 autour du musée, parce que ce sont des conifères ?

20 R. J'en ai vu très peu, j'ai vu très peu de ce qu'il y avait autour de moi

21 parce que j'étais sur le point de perdre conscience. Je ne faisais pas très

22 attention. J'avais surtout très peur.

23 Q. Maintenant, parce que vous vivez toujours à Sarajevo, quand vous pensez

24 à cette partie de la ville, est-ce que maintenant avant votre arrivée ici,

25 est-ce que c'est toujours vert ?

26 R. Oui.

27 Q. Madame Sokolovic, là je ne peux exprimer toute ma peine vraiment de ce

28 qui s'est passé avec votre fils en tant que mère et surtout en tant que

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1 citoyenne, mais est-ce que vous savez que -- je vais oser, je vais le dire

2 comme cela : est-ce que vous savez que le lendemain, on a utilisé à votre

3 insu la photo de votre pauvre fils allongé sur ce passage, traversier de

4 piétons, pour des buts qui n'ont rien à voir avec vous en tant que

5 citoyenne ordinaire de Sarajevo ? Est-ce que vous savez cela, Madame ?

6 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Quelle est la pertinence de votre

7 question, Madame ?

8 Mme ISAILOVIC : Là, je suis en train vraiment de "put my case before the

9 witness", et notre "case" consiste justement à cette médiatisation de la

10 situation très souvent par les journalistes. On a sciemment déformé les

11 faits pour avoir un effet sur l'opinion publique qui était très, très

12 contrôlée et toujours dirigée à l'encontre d'une partie au conflit armé qui

13 a eu lieu, c'est vrai, à Sarajevo et aux alentours et en Bosnie. C'est

14 cela, l'importance et la pertinence de ma question posée au témoin.

15 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Mais même s'il s'est avéré, quelle en

16 est la pertinence ? Quelle en est la conséquence pour les éléments de

17 preuve que vous soumettez à la Chambre et que nous devons évaluer ? Si les

18 médias à Sarajevo déformaient les faits, et je ne sais pas si c'est

19 vraiment le cas, mais si tel est le cas, quelles conséquences est-ce que

20 cela peut avoir sur les éléments de preuve qui nous sont soumis et que nous

21 devons évaluer ?

22 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, justement on a soulevé les faits, on

23 a eu les éléments de preuve qui montrent la véracité, pardon, de ces faits.

24 Vous allez juger, c'est votre rôle. Mon rôle ici, c'est de vous soumettre

25 peut-être encore un document qui va être soumis aussi par un autre témoin

26 de l'Accusation qui va comparaître prochainement qui était prévu pour

27 demain. Le hasard a fait qu'en étudiant les pièces qui ont été soumises

28 avec cet autre témoin, j'ai découvert cette photo, et là vraiment j'hésite

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1 trop parce que c'est vraiment, c'est horrible. C'est le jeu avec les

2 sentiments des gens, et nous, ici, on est là pour établir les faits et les

3 responsabilités.

4 M. LE JUGE MINDUA : Oui, Maître. Justement, si la Chambre s'est posée des

5 questions à la suite de votre question, c'est parce que vous posez et vous

6 demandez à Mme le Témoin d'interpréter politiquement la situation que vous

7 présentez. Notre témoin n'est pas là pour faire de l'analyse politique de

8 la situation. Ce dont nous avons besoin, nous la Chambre, c'est de

9 connaître la vérité sur l'incident. Quelles étaient les blessures ? Quelles

10 étaient les personnes impliquées ? Qui était à l'origine du tir ou des

11 tirs ? De quel côté ? Voilà ce qui nous intéresse, et c'est là que nous

12 attendons que vous puissiez apporter votre preuve, mais pas sur l'analyse

13 politique ou médiatique que vous allez soumettre au témoin. Ce n'est pas

14 cela.

15 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, Messieurs de la Chambre, j'acquiesce

16 et je retire ma question. Peut-être que je me suis un petit peu emportée,

17 vraiment, peut-être par une sorte de fureur que tout cela a eue sur moi.

18 Excusez-moi, je retire ma question.

19 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Monsieur Docherty.

20 M. DOCHERTY : [interprétation] Je dois formuler une objection. La question

21 dont on parle qu'on a pu voir a eu pour effet que cela a beaucoup perturbé

22 le témoin. On a pu voir la photo de son fils. Elle n'aurait pas dû le voir.

23 Est-ce que nous pouvons faire une pause pour lui permettre de se reprendre.

24 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, c'est très malheureux. Nous

25 allons prendre une pause de 10 minutes.

26 --- La pause est prise à 11 heures 32.

27 --- La pause est terminée à 11 heures 40.

28 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, Madame Isailovic.

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1 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, je suis déjà vraiment désolée pour

2 ce qui s'est passé tout à l'heure parce que justement on n'a pas peut-être

3 concerté très bien la publication de cette photo. Je m'en excuse surtout

4 parce que je me sens un petit peu maintenant coupable des douleurs

5 supplémentaires de Mme Sokolovic, que vraiment je ne souhaitais pas. Je

6 m'en excuse vraiment. Je suis très, très désolée et je vais traiter de

7 cette photo avec un autre témoin.

8 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Madame, nous acceptons vos excuses.

9 Nous devrions poursuivre, toutefois.

10 Mme ISAILOVIC :

11 Q. Madame Sokolovic, j'ai voulu aborder avec vous cette photo des lieux,

12 et c'est cela, la photo qui était prévue de vous montrer par le Procureur.

13 C'est la photo de Sarajevo qu'on a dans notre atlas. C'est la photo numéro

14 1, 65 ter 0617-1144.

15 Vous avez dit tout à l'heure que c'est à peu près toujours comme cela,

16 toujours ouvert aux plantes qui sont plantées autour du musée, et là vous

17 pouvez voir maintenant. Est-ce que vous voyez sur votre écran la photo,

18 Madame Sokolovic ?

19 R. Oui.

20 Q. Plusieurs cercles. C'est l'endroit où l'Accusation vous a filmée; est-

21 ce vrai ?

22 R. Oui.

23 Q. Est-ce que vous pouvez maintenant nous montrer la place où vous étiez

24 lors de cette blessure et de la chute malheureuse de votre fils ?

25 R. Voilà où --

26 Q. Je vous demande de prendre, oui, le stylo, parce que je vais demander

27 après la conservation en tant que preuve de la photo marquée par le témoin,

28 s'il vous plaît. Madame Sokolovic, est-ce que vous pouvez y aller et

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1 montrer avec ce stylo.

2 R. Voilà l'endroit où le petit garçon --

3 Q. [hors micro]

4 R. [Le témoin s'exécute]

5 Q. Vous êtes sûre ?

6 R. Oui, oui.

7 Q. Vous êtes sûre que c'est plutôt sur le trottoir et pas sur le passage ?

8 R. Oui, il y avait une certaine confusion dans mon esprit. Quand je l'ai

9 décrit pour la première fois, j'étais nerveuse.

10 Q. Maintenant, vous nous dites, vous étiez sur le passage, sur la

11 traversée, sur le zèbre ou à l'endroit où vous appuyez maintenant ?

12 R. Je suis désolée. J'étais ici. Toutes mes excuses pour cette confusion.

13 Ici, le point que j'indique, c'est là où j'étais, où était mon petit garçon

14 lorsqu'il a été abattu.

15 Q. Est-ce que vous pouvez montrer alors l'endroit où il est tombé

16 précisément ?

17 R. C'est ici, il était juste à côté de moi, comme cela.

18 Q. Là, pour être sûres qu'on parle de la même chose, est-ce que vous

19 pouvez encore montrer la direction dans laquelle vous vous déplaciez ?

20 R. Depuis ici, du bas vers le haut.

21 Q. [hors micro]

22 R. [Le témoin s'exécute]

23 Dans cette direction.

24 Q. Est-ce que, Madame - peut-être la photo, elle n'est pas très claire

25 pour vous - est-ce que vous pouvez identifier les bâtiments qui se trouvent

26 à droite ?

27 R. [aucune interprétation]

28 Mme ISAILOVIC : Est-ce que, s'il vous plaît, Madame l'Huissière --

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1 Q. Vous pouvez montrer la droite, le bâtiment qui s'y trouve, c'est

2 quoi ?

3 R. Ce sont les musées.

4 Q. Et en face ?

5 R. Croyez-moi, à cet instant-là je n'ai pas regardé autour de moi. Croyez-

6 moi, je n'en sais rien. J'étais complètement perdue.

7 Q. Madame Sokolovic, vous vivez toujours à Sarajevo. Vous connaissez cette

8 ville.

9 R. Permettez-moi de vous expliquer. Franchement, je ne sais pas, je ne me

10 déplace pas beaucoup par là. Je viens de Bistrik et je ne m'en éloigne pas.

11 C'est juste arrivé qu'à cette occasion-là j'y étais allée pour aller

12 chercher du bois.

13 Q. Mais, Madame Sokolovic, si c'est le cas, si vous ne connaissez pas le

14 coin, le fait qu'après les faits vous avez donné une déclaration, c'est-à-

15 dire deux déclarations de témoin au Procureur; la première est du 14

16 novembre 1995 --

17 Mme ISAILOVIC : Je demande tout d'abord une cote pour la photo marquée par

18 le témoin même si on a le transcript peut-être pour décrire les marques sur

19 la photo.

20 [La Chambre de première instance se concerte]

21 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, que cela soit fait.

22 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce D18.

23 Mme ISAILOVIC : Maintenant, si on peut avoir sur l'écran, s'il vous plaît,

24 la déclaration, la première page publiée, la première page de la de

25 déclaration. Excusez-moi, on a des soucis techniques.

26 Q. Vous vous souvenez que vous avez donné deux déclarations au Procureur,

27 Madame Sokolovic ?

28 R. Oui, oui.

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1 Q. Maintenant, c'est votre première déclaration que vous avez donnée le 14

2 novembre 1995.

3 Mme ISAILOVIC : Est-ce qu'on peut avoir la page suivante ? Parce qu'on a la

4 copie en B/C/S et la copie en anglais.

5 Q. Sur la deuxième page de la déclaration, vous dites entre autres :

6 [interprétation] "La balle a pénétré mon abdomen du côté droit et est

7 ressortie. Cette même balle a blessé mon fils. Je peux le confirmer sur la

8 base de l'origine des tirs qui ont plus tard été déterminés par l'enquête.

9 Je peux vous assurer que les tirs venaient de la direction de Grbavica

10 tenue par les Chetniks. J'étais bien informée du fait qu'il s'agissait d'un

11 lieu très dangereux en raison des tireurs embusqués."

12 [en français] Dans votre déclaration donnée le 19 avril 2006 que je

13 demande la publication, vous dites --

14 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Concernant votre dernière question,

15 vous citez la déposition. Il faudrait que l'on puisse le voir en lettres un

16 petit peu plus grandes sur l'écran. "La balle a pénétré mon abdomen sur la

17 droite et est ressortie sur la droite." Est-ce que cela se trouve vraiment

18 dans la déclaration ?

19 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, je lis l'original en B/C/S. Il est

20 marqué :

21 [interprétation] "Sur la droite et est ressortie sur la gauche."

22 [en français] Peut-être il y a un souci avec la traduction, mais je

23 ne m'en suis pas rendu compte parce que je lisais un original.

24 Q. Il y a l'autre - et après je vais poser ma question - l'autre

25 déclaration donnée le 19 avril 2006, très récemment, et vous dites, c'est

26 la troisième page, dans le paragraphe 10 :

27 [interprétation] "Les balles qui nous ont touchés venaient depuis le

28 bâtiment Metalka à Grbavica."

Page 808

1 [en français] Tout à l'heure, Madame Sokolovic, dans votre déclaration

2 devant cette Chambre, vous avez dit que vous ne saviez pas où se trouve, où

3 est-ce que c'est que Metalka, et tout à l'heure vous dites que vous n'êtes

4 pas très familiarisée avec le quartier où ce malheureux incident a eu lieu.

5 Ai-je raison d'avancer cela ?

6 R. Oui. Je ne savais pas où se trouvait Metalka et je me promenais très

7 rarement par là, pour vous dire la vérité.

8 Q. Vous dites dans votre déclaration de 1995, que : [interprétation]

9 "Les Chetniks ont tiré sur nous."

10 [en français] Qui vous a dit cela ?

11 R. C'est ce que disaient les gens en masse, que c'étaient eux qui tiraient

12 sur nous.

13 Q. Madame Sokolovic, parce que vous avez vécu tout le temps de ce conflit

14 à Sarajevo, est-ce que c'était toujours les Chetniks qui ont tiré ?

15 R. Oui, sans aucun doute, c'étaient eux.

16 Q. Avez-vous vu, Madame Sokolovic, dans votre quartier de Bistrik,

17 d'autres soldats ?

18 R. C'étaient nos hommes, l'ABiH, les soldats. Mon frère a été tué alors

19 qu'il se trouvait à Mostarici. C'était ainsi que se passaient les choses.

20 Q. Votre mari, Pasa, il était aussi à l'armée, dans la 101e Brigade

21 motorisée ?

22 R. Oui, c'était bien le cas, il était à Hrasno Brdo.

23 Q. Il y avait une guerre à Sarajevo entre deux parties en conflit, d'après

24 vous ?

25 R. Oui.

26 Q. Saviez-vous qu'on tirait des snipers et des armes automatiques des deux

27 côtés ?

28 R. Je ne peux pas vous le dire. J'ai entendu qu'il y avait des tirs venant

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1 de ce côté. Je crois qu'il n'y aurait eu aucune raison pour nos hommes de

2 tirer sur nos hommes.

3 Q. Merci, Madame Sokolovic. Je sais que c'était très dur et je vous en

4 remercie encore plus fort.

5 R. [aucune interprétation]

6 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Madame Isailovic, pouvez-vous nous

7 donner la date du rapport de police que vous avez cité ?

8 Mme ISAILOVIC : Bien sûr, Monsieur le Président. La date est le 19 novembre

9 1994. La date de la documentation médicale, c'est le 21 novembre, parce que

10 c'est, je pense, lors de la sortie de Mme de la clinique. On a sur ce

11 document médical aussi la date de l'entrée à la clinique le 18 novembre

12 1994 et, après, la date de sortie, le 25 novembre 1994. J'ai oublié de

13 demander l'admission en tant que preuve de ce document.

14 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Vous avez cherché un peu plus tôt à

15 nous donner un argument concernant la publication dans les médias. Pouvez-

16 vous nous donner la date de cette publication que vous avez évoquée ?

17 Mme ISAILOVIC : Le 4 novembre 1994, Monsieur le Président.

18 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Merci.

19 Mme ISAILOVIC : Est-ce que je peux avoir une cote juste pour ce document,

20 65 ter 1484 ?

21 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira la pièce D19.

22 Mme ISAILOVIC : On a eu la traduction. Je pense que cela se fait

23 automatiquement que la traduction se joint. Oui, merci.

24 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Monsieur Docherty, gardez à l'esprit

25 : pas de questions tendancieuses lors de l'interrogatoire supplémentaire.

26 M. DOCHERTY : [interprétation] Très bien, Monsieur le Président.

27 Nouvel interrogatoire par M. Docherty :

28 Q. [interprétation] Madame Sokolovic.

Page 810

1 R. Oui.

2 Q. Mme Isailovic vous a posé quelques questions concernant des soldats. A

3 l'emplacement où vous et Nermin avez essuyé les tirs, y avait-il un combat

4 à cet endroit, à ce moment-là ?

5 L'INTERPRÈTE : Problème technique dû au fait que la cabine française

6 travaille également vers l'anglais et que le canal n'était pas réglé.

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Je n'ai vu aucun soldat de l'armée. Je n'ai vu

8 que des membres de la FORPRONU. C'est ce qui m'est arrivé à moi et

9 également à de nombreuses autres personnes qui me suivaient.

10 M. DOCHERTY : [interprétation]

11 Q. Mais vous avez dit dans votre dernière réponse que vous n'aviez vu

12 aucun combat. Qu'en était-il des combats, plus précisément ? Est-ce qu'il y

13 en avait dans ce secteur ?

14 R. Non, non.

15 Q. Madame --

16 R. Oui, il y avait des tirs quand j'ai été blessée. J'ai entendu des cris,

17 des gens qui criaient à plusieurs endroits, quand j'avais encore toute ma

18 conscience. J'étais encore consciente du fait que des tirs étaient tirés

19 ailleurs aussi.

20 Q. Je vous demandais s'il y avait deux armées qui se faisaient face et qui

21 se combattaient à cet endroit-là, à l'endroit où vous avez essuyé un tir et

22 au moment où vous avez été blessée.

23 R. Non, non, non, je n'en ai pas vu.

24 Q. J'aimerais maintenant vous montrer ce rapport de police qui a été

25 utilisé au cours du contre-interrogatoire.

26 M. DOCHERTY : [interprétation] Je crois me rappeler que dans la liasse des

27 documents 65 ter, ce document porte le numéro 1484, et la page qui

28 m'intéresse plus précisément est la page dont le numéro ERN est RR25-1020-

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1 RR25-1024-ET/Translation. C'est la version en B/C/S. J'aimerais savoir,

2 Monsieur le Président, si la traduction en anglais est disponible ou pas;

3 sinon j'ai une copie papier.

4 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Est-ce que la traduction est

5 disponible ?

6 L'INTERPRÈTE : Signe de tête affirmatif.

7 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Le greffier vient de me répondre que

8 oui.

9 M. DOCHERTY : [interprétation] J'aimerais que la régie montre la page

10 précédente en version B/C/S, car pour l'instant les deux pages affichées à

11 l'écran ne correspondent pas. Je demande la page précédente de la version

12 B/C/S, s'il vous plaît.

13 Q. Je vais, Madame Sokolovic, vous donner lecture d'un passage qui se

14 trouve dans la page affichée en anglais.

15 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, ma commis aux

16 audiences qui parle couramment le B/C/S me fait savoir que la page en B/C/S

17 et la page en anglais qui sont affichées en ce moment ne correspondent pas.

18 Il faudrait que nous accordions quelques instants à la solution de ce

19 problème.

20 Je viens de recevoir une note écrite dans laquelle il m'est dit que je

21 devrais demander la page dont le numéro ERN B/C/S est RR-25-1202, le numéro

22 ERN de la page B/C/S qui m'intéresse. Merci, Monsieur le Président, de nous

23 avoir accordé le temps nécessaire pour régler ce problème.

24 Q. Madame Sokolovic, je vais maintenant vous lire un passage en anglais où

25 nous trouvons une description des blessures que vous présentiez lors de

26 votre admission à l'hôpital. Je cite : "L'orifice d'entrée se trouve sur la

27 droite; l'orifice de sortie se trouvant sur la gauche de l'abdomen." Dans

28 votre souvenir de l'endroit où vous avez été touchée ce jour-là, est-ce que

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1 cela correspond à ce que vous nous avez montré tout à l'heure ?

2 R. Non.

3 Q. Je sais que la question vous a déjà été posée. Je vous prie de

4 m'excuser de vous la reposer, mais je vous demande toutefois de bien

5 vouloir vous lever pour nous montrer une nouvelle fois où la balle est

6 entrée. Je vous prie vraiment de m'excuser, car je sais qu'on vous l'a déjà

7 demandé. Mais Nermin se trouvait où par rapport à vous ?

8 R. Ici.

9 M. DOCHERTY : [interprétation] Pour le compte rendu d'audience, j'indique

10 que le témoin a montré le côté gauche de son corps.

11 Q. La balle est entrée de quel côté de votre estomac ?

12 R. [Le témoin s'exécute]

13 Q. Elle est sortie de quel côté de votre estomac ?

14 R. [Le témoin s'exécute]

15 Q. Madame Sokolovic, je vous prie de m'excuser. Je sais que la matinée a

16 été très difficile et très longue pour vous, mais vous nous avez montré

17 comme point d'entrée et point de sortie de la balle le même côté. Je me

18 permettrai de vous reposer la question.

19 Quand vous avez été touchée par la balle, la balle est entrée de quel côté

20 de votre corps ? Pouvez-vous montrer ce côté de votre corps à l'aide de

21 votre main ?

22 R. Elle est entrée là et elle est sortie là.

23 M. DOCHERTY : [interprétation] Pour le compte rendu d'audience, Monsieur le

24 Président, Messieurs les Juges, je vous indique que le témoin a d'abord

25 pointé du doigt le côté droit de son corps et ensuite le côté gauche de son

26 corps. Elle a montré le côté droit de son corps à l'aide de sa main droite

27 et le côté gauche à l'aide de sa main gauche.

28 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui.

Page 813

1 M. DOCHERTY : [interprétation] Je n'ai plus de questions.

2 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, parce que M. le Procureur a posé une

3 question, je ne suis pas intervenue, parce qu'il essaie de nier l'évidence.

4 Est-ce que vous m'autorisez une dernière question en réplique pour

5 confirmer ce qui a été dit tout à l'heure ?

6 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Votre temps est écoulé, Maître,

7 n'est-ce pas ?

8 Mme ISAILOVIC : C'est pour cela que je vous demande l'autorisation; si je

9 ne l'ai pas, je ne vais pas y aller.

10 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Quel est le fondement, Maître ? Quel

11 est le fondement qui justifie que vous nous demandiez cette autorisation ?

12 Mme ISAILOVIC : Le fondement, je l'ai expliqué déjà. Dans le nouvel

13 interrogatoire en chef, on pose une question qui a été déjà posée. Lors du

14 contre-interrogatoire, le témoin a déjà expliqué qu'il ne savait pas à cet

15 instant ni le point d'entrée ni le point de sortie. Je trouve cela déloyal

16 de reposer la question en suggérant la réponse qu'on a déjà faite lors de

17 la prise de la vidéo.

18 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] La question de savoir où la balle est

19 entrée et où la balle est sortie a été évoquée au cours contre-

20 interrogatoire. Il est tout à fait opportun que l'Accusation revienne sur

21 cette question lors des questions supplémentaires. Finalement, les Juges de

22 la Chambre devront trancher et déterminer à quelle réponse ils font

23 confiance. Vous n'êtes pas autorisée, Maître, vu les circonstances, à poser

24 votre question.

25 M. le Juge Harhoff a une question à poser.

26 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

27 Ma question est sans doute une demande d'éclaircissement quant à la

28 direction dans laquelle marchait le témoin. Je demanderais l'aide des

Page 814

1 parties pour que soit établi le lieu de résidence du témoin à Sarajevo, le

2 secteur de Bistrik. Quant à Hrasno, je pense que nous savons où Hrasno se

3 situe, ce qui peut-être permet de déterminer avec précision l'endroit où

4 retournait le témoin et ce qui donne une meilleure idée de la direction

5 dans laquelle marchait le témoin lorsqu'elle a été blessée. Est-ce que je

6 suis en droit de dire ce que je viens de dire ? Je demanderais l'aide des

7 parties.

8 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Juge Harhoff, vous pouvez sans

9 aucun doute demander l'aide du témoin. Pour ma part, ma façon d'aborder le

10 problème consistera à demander à ce témoin qui vient de Sarajevo

11 d'identifier le secteur de Bistrik et le secteur de Hrasno où vivait sa

12 belle-mère. Je ne crois pas que Mme Sokolovic pourra nous aider si on lui

13 soumet un plan.

14 Avec le respect que je dois à la Chambre, je proposerais qu'un autre témoin

15 vienne un peu plus tard dans le cadre des témoins que nous citerons à la

16 barre, un témoin qui connaît la ville de Sarajevo à qui cette question

17 pourra être posée et à qui des photographies pourront être montrées plutôt

18 que de le faire ce matin, car le témoin ne pourra pas répondre avec un

19 plan.

20 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Est-ce que la Défense accepterait que

21 nous montrions tout de même un plan au témoin en lui demandant de nous

22 montrer où se trouve le secteur de Bistrik ?

23 Mme ISAILOVIC : Tout à fait, Monsieur le Juge.

24 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Bien, dans ces conditions, pour ma

25 part, j'aimerais faire un essai avec le témoin, lui montrer un plan de

26 Sarajevo et lui demander de nous situer son lieu de résidence dans le

27 secteur de Bistrik.

28 M. DOCHERTY : [interprétation] Dans ce cas, Monsieur le Juge, je

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1 demanderais que le document 65 ter numéro 2824 soit soumis au témoin. Vous

2 vous souviendrez sans doute que c'est un plan de grande taille assez

3 complexe. Il nous faudra quelque temps pour obtenir les renseignements

4 nécessaires.

5 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Nous avons demandé un plan de

6 meilleure qualité. Est-ce qu'il n'est toujours pas disponible -- un plan de

7 Sarajevo ?

8 M. DOCHERTY : [interprétation] Vous avez demandé un plan de meilleure

9 qualité. Nous devons vous le fournir, mais ce n'est pas encore fait.

10 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Bien. Travaillons avec ce que nous

11 avons, dans ce cas-là.

12 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, on a mis un plan de Sarajevo dans le

13 système. Je ne suis pas sûre si on a réussi à l'avoir. C'est un plan pour

14 les touristes à Sarajevo, avec toutes les rues. Si on peut voir une partie

15 qui englobe le centre-ville et englobe aussi Bistrik. Après, vous pourrez

16 voir si cela convient à votre demande. Est-ce qu'on peut y aller ?

17 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, oui, parce que le plan qu'on

18 vient de voir une seconde à l'écran n'est pas très utile, me semble-t-il.

19 Mme ISAILOVIC : Il faut le tourner. Si on zoomait un petit peu, il me

20 semble, oui.

21 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Madame Sokolovic, vous voyez le plan

22 qui est à l'écran ?

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

24 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Pouvez-vous trouver sur ce plan

25 l'endroit où se trouve votre maison, l'endroit où vous habitez ? Si vous

26 n'en êtes pas sûre, Madame Sokolovic, dites-le-nous, mais si vous pensez

27 trouver sur le plan l'endroit où se trouve votre lieu de résidence, votre

28 maison, alors faites-le, s'il vous plaît.

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Excusez-moi, mais là je peux trouver Hrasno,

2 si je ne me trompe pas. Voilà, c'est ici. Mais votre question me trouble un

3 peu.

4 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Est-ce que l'endroit que vous venez

5 d'indiquer sur le plan est l'endroit où vous vivez ou l'endroit où vit

6 votre belle-mère ?

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Ma belle-mère, ma belle-mère.

8 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] C'est exact. Vous, vous vivez où ?

9 LE TÉMOIN : [interprétation] A Bistrik.

10 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Vous voyez cet endroit sur le plan ?

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Je regarde, mais non, je ne le vois pas.

12 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Cela ira. Merci beaucoup, Madame

13 Sokolovic.

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous en prie.

15 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Madame Sokolovic, votre déposition

16 est arrivée à son terme. Je vous remercie d'être venue témoigner, et vous

17 pouvez maintenant vous retirer.

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous remercie aussi.

19 [Le témoin se retire]

20 [La Chambre de première instance se concerte]

21 Mme MARCUS [interprétation] Excusez-moi, Monsieur le Président. Je vous

22 demanderais l'autorisation de quitter la salle, s'il vous plaît.

23 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Madame Isailovic.

24 Mme ISAILOVIC : Est-ce que l'on doit garder ce document marqué par le

25 témoin, ou pas ?

26 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Non, non.

27 Vingt minutes de pause.

28 --- L'audience est suspendue à 12 heures 21.

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1 --- L'audience est reprise à 12 heures 52.

2 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

3 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Monsieur Docherty, à vous.

4 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, le témoin suivant de

5 l'Accusation déposera avec des mesures de protection et dès que le témoin

6 aura prononcé la déclaration solennelle, je vous donnerai les détails à ce

7 sujet.

8 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Que le témoin prononce la déclaration

9 solennelle, je vous prie.

10 LE TÉMOIN : [hors micro]

11 L'INTERPRÈTE : Le témoin est inaudible pour les interprètes.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

13 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

14 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Veuillez vous asseoir.

15 L'INTERPRÈTE : L'interprète signale que le micro n'est pas branché.

16 [La Chambre de première instance et le Greffier se concertent]

17 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Est-ce que la Chambre a déjà reçu une

18 requête en vue de l'application des mesures de protection ?

19 M. DOCHERTY : [interprétation] Oui, Monsieur le Président, la semaine

20 dernière, la Défense a été sollicitée pour savoir si elle avait des

21 objections et elle a indiqué qu'elle n'en n'avait pas.

22 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] La Chambre a accordé des mesures de

23 protection ?

24 M. DOCHERTY : [interprétation] En effet, oui, Monsieur le Président.

25 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Je crois comprendre qu'il y a un

26 problème de micro. Peut-être pourrait-on relever le micro en position

27 verticale.

28 L'INTERPRÈTE : L'interprète dit que le témoin a sans doute prononcé la

Page 819

1 déclaration solennelle toujours inaudible pour les interprètes, mais

2 l'interprète, connaissant le texte, va le dire.

3 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

4 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

5 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Merci. Veuillez vous asseoir.

6 LE TÉMOIN: TÉMOIN W-35 [Assermentée]

7 [Le témoin répond par l'interprète]

8 M. DOCHERTY : [interprétation] Est-ce qu'on peut soumettre au témoin la

9 feuille de papier où est inscrit son pseudonyme ?

10 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui.

11 Interrogatoire principal par M. Docherty :

12 Q. [interprétation] Madame, je vous demanderais de lire ce qui est écrit

13 sur la feuille de papier qu'on vous tend en ce moment et de dire si c'est

14 bien votre nom sans prononcer votre nom.

15 L'INTERPRÈTE : Le témoin est inaudible pour la cabine française, mais selon

16 le compte rendu d'audience en anglais, le témoin a répondu oui.

17 R. [hors micro]

18 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Greffier, est-ce que le

19 pseudonyme peut maintenant être montré à la Défense ?

20 M. LE GREFFIER : [interprétation] La feuille de papier sur laquelle figure

21 le pseudonyme devient la pièce à conviction P90, à conserver sous pli

22 scellé.

23 M. LE JUGE ROBINSON: [aucune interprétation]

24 M. DOCHERTY : [interprétation]

25 Q. Madame le Témoin, où habitez-vous ?

26 R. [hors micro]

27 Q. [hors micro]

28 L'INTERPRÈTE : L'interprète dit que la réponse du témoin est "depuis avril

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1 1992", lue sur le compte rendu d'audience en anglais.

2 M. DOCHERTY : [interprétation]

3 Q. Témoin, le 21 février 1996, est-ce que vous avez fait une déclaration

4 devant un enquêteur du bureau du Procureur de ce Tribunal?

5 L'INTERPRÈTE : Lecture de la réponse sur le compte rendu en anglais,

6 réponse : "oui".

7 M. DOCHERTY : [interprétation]

8 Q. Est-ce que vous avez examiné cette déclaration dans le bureau du

9 Procureur hier avant de venir dans le prétoire ?

10 L'INTERPRÈTE : Les réponses du témoin ne sont pas entendues par la cabine

11 française. Elles seront donc toujours lues et traduites à vue à partir du

12 compte rendu d'audience en anglais.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

14 M. DOCHERTY : [interprétation]

15 Q. Dans quelle langue avez-vous lu cette déclaration ?

16 R. En langue bosniaque.

17 Q. La déclaration que vous avez lue est-elle véridique et décrit-elle de

18 façon exacte ce que vous avez dit le 21 février 1996 ?

19 R. Intégralement.

20 Q. Si l'on devait aujourd'hui vous poser les mêmes questions que celles

21 que l'enquêteur de ce Tribunal vous a posées en février 1996, est-ce que

22 les réponses seraient les mêmes ?

23 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Laissez le témoin répondre, et après

24 nous entendrons Me Isailovic.

25 Quelle est la réponse du témoin ?

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

27 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, les interprètes français indiquent

28 le problème avec la cabine. Il faut qu'ils passent par le truchement de ce

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1 qui est inscrit. Ce n'était pas l'idée de la traduction directe, il me

2 semble. Je vous demande de demander aux techniciens de résoudre ce problème

3 parce que j'essaie de suivre les deux, les trois. Mais bon, il faut qu'ils

4 puissent suivre la même chose.

5 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Le technicien arrive.

6 L'INTERPRÈTE : Merci à Me Isailovic.

7 M. DOCHERTY : [interprétation] Est-ce que la Chambre souhaite que je

8 poursuive, ou est-ce que je dois attendre le technicien ?

9 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Maître Isailovic, vous n'entendez pas

10 l'interprétation en français ?

11 Mme ISAILOVIC : Monsieur le Président, personnellement je peux suivre en

12 B/C/S aussi, ce n'est pas un problème, mais j'ai des soucis pour ceux qui

13 suivent cela dans la langue française. Ils ont droit à avoir la traduction

14 directe des dires de Mme le Témoin.

15 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Dans ces circonstances, nous

16 poursuivons, car le problème semble être réglé.

17 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, Messieurs les Juges,

18 je demande le versement au dossier de la déclaration préalable du témoin,

19 document 2832 de la liasse des documents 65 ter. Il s'agit de la

20 déclaration faite par le témoin en février 1996.

21 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Le document est admis.

22 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce P91, Monsieur le

23 Président.

24 M. DOCHERTY : [interprétation] Je demande que cette pièce soit conservée

25 sous pli scellé, car le nom du témoin y figure.

26 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui, conservation sous pli scellé.

27 M. LE GREFFIER : [interprétation] La pièce sera conservée sous pli scellé,

28 Monsieur le Président.

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1 M. DOCHERTY : [interprétation]

2 Q. Témoin, le 19 avril 1996, avez-vous rencontré une nouvelle fois un

3 enquêteur du TPIY ?

4 R. Oui.

5 Q. Est-ce que ce que vous avez dit a été consigné dans un rapport ?

6 R. Oui.

7 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Je suis informé que le problème

8 technique a été réglé.

9 L'INTERPRÈTE : Confirmation des interprètes de la cabine française.

10 M. DOCHERTY : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

11 Q. Témoin, est-ce que vous avez lu avec attention le rapport en question

12 dans le bureau du Procureur hier ?

13 R. Oui.

14 Q. Ce rapport, vous l'avez lu dans quelle langue ?

15 R. En bosniaque.

16 Q. Ce rapport rend-il de façon véridique et fidèle à la réalité les propos

17 que vous avez tenus le 19 avril 1996 ?

18 R. Oui.

19 Q. Si toutes les questions que l'enquêteur vous a posées le 19 avril 1996

20 devaient vous être reposées aujourd'hui, est-ce que nous obtiendrions les

21 mêmes réponses que celles qui figurent dans le rapport ?

22 R. Intégralement.

23 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, Messieurs les Juges,

24 je demande le versement au dossier de la déclaration du témoin faite le 19

25 avril 1996, numéro 2883 [comme interprété] des documents 65 ter. J'en

26 demande la conservation sous pli scellé.

27 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui.

28 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction P92

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1 conservée sous pli scellé, Monsieur le Président.

2 M. DOCHERTY : [interprétation]

3 Q. Vos deux déclarations préalables faites devant les enquêteurs du

4 Tribunal ont été versées au dossier en tant que pièces à conviction,

5 Témoin, mais j'aurais quelques questions supplémentaires à vous poser pour

6 obtenir quelques éclaircissements et quelques documents supplémentaires à

7 vous soumettre également.

8 Je commencerai par le point suivant. Je crois savoir que vous avez été

9 blessée à Sarajevo. Vous avez essuyé un tir pendant le conflit armé, n'est-

10 ce pas ?

11 R. Oui.

12 Q. Que faisiez-vous et où vous trouviez lorsque vous avez essuyé ce tir ?

13 R. J'étais à bord d'un tramway en tant que voyageuse.

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18 M. DOCHERTY : [interprétation] Je demande à ma commis aux audiences de bien

19 vouloir diffuser les images de la séquence vidéo dont je viens de parler.

20 Monsieur le Président, nous allons voir des images qui montrent le témoin

21 sans déformation à l'écran. Je demande que nous passions à huis clos

22 partiel.

23 M. LE JUGE ROBINSON: [interprétation] Oui.

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur

25 le Président.

26 [Audience à huis clos partiel]

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13 Pages 824-837 expurgées. Audience à huis clos partiel.

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19 --- L'audience est levée à 13 heures 47 et reprendra le mardi 23 janvier

20 2007, à 9 heures 00.

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