Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le mercredi 6 juin 2007

2 [Audience publique]

3 [L'accusé est introduit dans le prétoire]

4 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

5 --- L'audience est ouverte à 14 heures 17.

6 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] J'aimerais dire au début de cette

7 audience que l'ordonnance de la Chambre d'il y a deux jours au sujet de

8 l'audience de vendredi, dans cette ordonnance, la Chambre a omis de

9 mentionner que le vendredi 8, c'est-à-dire dans deux jours, nous ne

10 siégerons pas. Nous n'aurons pas d'audience le vendredi 8.

11 Je vois que Me Tapuskovic ne semble pas objecter.

12 Etait-ce M. Waespi qui interrogeait le témoin hier ou

13 M. Sachdeva ? Non, nous sommes toujours dans l'interrogatoire principal,

14 donc il s'agit de Me Tapuskovic.

15 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président. Bonjour,

16 Messieurs les Juges. Je vous remercie, mais j'aurais également quelque

17 chose à dire avant de commencer l'interrogatoire. Selon l'ordre des témoins

18 initial, c'était le Témoin Vaso Elez qui était sensé être interrogé,

19 ensuite cet ordre a été modifié et le Témoin Vaso Elez a été remplacé par

20 T-53, mais maintenant nous avons dû revenir à notre programme initial, donc

21 nous interrogerons d'abord le Témoin Vaso Elez. Nous l'avons fait savoir à

22 l'Accusation qui n'a pas opposé d'objection au retour à l'ordre initial.

23 Donc j'en notifie simplement la Chambre.

24 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je vous remercie.

25 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur Waespi, est-ce que j'ai fait une

26 erreur ?

27 M. WAESPI : [interprétation] Non, non, pas du tout.

28 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Très bien. Merci.

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1 LE TÉMOIN: Sinisa Krsman [Reprise]

2 [Le témoin répond par l'interprète]

3 Interrogatoire principal par M. Tapuskovic : [Suite]

4 Q. [interprétation] Monsieur Krsman, vous vous rappellerez que nous

5 parlions hier à la fin de l'audience d'une carte géographique, c'est là que

6 nous nous sommes arrêtés. Je demanderais que l'on remette en place cette

7 carte, ce plan. Est-ce qu'on peut zoomer un peu ?

8 S'agissant de l'espace le plus important que vous avez entouré d'un cercle

9 et pour lequel vous avez expliqué ce qu'il représentait, je vous

10 demanderais d'inscrire une lettre S sur l'écran à côté de cet espace.

11 R. Vous parlez de celui-ci, c'est le plus grand, n'est-ce

12 pas ?

13 Q. Oui, l'espace le plus grand.

14 R. [Le témoin s'exécute]

15 Q. Oui, très bien. Le deuxième espace entouré d'un cercle par vos soins,

16 qui est un peu plus petit, j'aimerais que vous annotiez à l'intérieur du

17 cercle la lettre E [comme interprété].

18 R. [Le témoin s'exécute]

19 Q. Maintenant, l'espace le plus petit, vous pouvez répéter ce qu'il

20 représente ?

21 R. Il représente un espace où vivaient une majorité de Serbes de Ravioci

22 [phon].

23 Q. Apposez-y la lettre S2, s'il vous plaît.

24 R. [Le témoin s'exécute]

25 Q. Hier nous en étions arrivés à discuter du premier incident, puis du

26 deuxième incident à la station-service Bozic. Que s'est-il passé ensuite,

27 en bref ?

28 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Excusez-moi, mais je vois M.

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1 Sachdeva debout.

2 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je suis tout à fait

3 désolé, mais j'avais cru comprendre que le conseil de la Défense demandait

4 au témoin d'apposer une lettre D dans le deuxième cercle au lieu du E.

5 J'aimerais savoir ce que représente la lettre E.

6 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] D ?

7 M. SACHDEVA : [interprétation] Je me demandais --

8 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je voulais savoir si D représentait

9 E.

10 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Ecoutez, cela n'a pas vraiment

11 d'importance car nous pouvons aussi utiliser la lettre E. Le témoin a déjà

12 expliqué que dans l'espace en question vivaient des gens qui étaient

13 arrivés récemment en 1974 à cet endroit et qu'ils n'y vivaient pas

14 auparavant, qui étaient arrivés de Serbie à l'époque.

15 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Très bien. Donc nous comprenons ce

16 que signifie cette lettre.

17 M. TAPUSKOVIC : [interprétation]

18 Q. Mr Krsman, pourriez-vous nous dire, je vous prie, quand les habitants

19 de ce secteur ont commencé à s'armer, dans la période dont nous sommes en

20 train de discuter et quels étaient les armements qu'ils se sont fournis ?

21 R. Comme je l'ai déjà dit, suite aux incidents qui ont eu lieu dans notre

22 village, nous nous sommes organisés en garde villageoise. Il y avait pas

23 mal de chasseurs dans mon village. Nous avons regroupé les chasseurs que

24 nous avons organisés en cinq ou six groupes, qui ont reçu des armes et qui

25 ont contrôlé ce territoire, donc l'endroit que je vous montre maintenant

26 sur le plan, de façon à éviter que des extrémistes n'arrivent et causent

27 des problèmes semblables à ceux qui s'étaient illustrés au cours de ces

28 deux incidents.

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1 Q. Dans l'espace E que s'est-il passé ?

2 R. En soirée, lorsque nous patrouillions, puisque c'étaient des voisins à

3 nous qui habitaient là, nous les rencontrions, et eux aussi patrouillaient.

4 En discutant avec eux nous avons compris qu'eux aussi s'étaient organisés

5 de façon à ce que leurs extrémistes ne viennent pas provoquer le même genre

6 de problèmes graves.

7 Q. Est-ce qu'à cette époque-là il y a eu des affrontements ? Et de quel

8 mois de l'année 1992 parlons-nous ?

9 R. Bien, nous parlons du mois de mars et du début avril 1992.

10 Q. Pouvez-vous dire aux Juges à présent ce qui s'est passé ensuite, suite

11 aux premiers jours d'avril puisque vous venez de parler d'avril ?

12 R. Par la suite, je ne sais pas qui nous l'a fait savoir, mais tous les

13 habitants de notre village, tous les hommes aptes à porter les armes, je

14 veux dire, sont allée à la caserne de Rajlovac. C'est une caserne où il se

15 faisait des entraînements dans le cadre des entraînements réguliers de la

16 Défense territoriale. Nos voisins musulmans de la zone E en ont fait aussi.

17 Nous avons distribué des armes à la caserne de Rajlovac ce jour-là, nous

18 étions environ 200. Nous avons reçu 200 fusils et eux, je parle de ceux qui

19 habitaient dans la zone E, ils étaient 800, ils ont reçu 800 fusils. Nous

20 sommes retournés dans nos villages et eux dans les leurs.

21 Q. Merci. Ensuite, que se passe-t-il, le temps passe, que se passe-t-il

22 par la suite ?

23 R. Bien, ce qui se passe à ce moment-là, c'est qu'il y a eu ce qu'on peut

24 appeler une espèce d'accalmie qui a duré jusqu'au 5 mai. Ce que je vais

25 vous dire maintenant, nous l'avons appris par la suite, ce jour-là, il est

26 fort probable que des extrémistes qui se trouvaient dans la zone E ont

27 attaqué le 5 mai avec toutes les armes disponibles dans le secteur de la

28 caserne Rajlovac ainsi qu'aux abords de mon village. Je pense

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1 particulièrement à ma maison en m'exprimant ainsi.

2 Q. Merci. Pourriez-vous indiquer l'emplacement de la caserne Rajlovac sur

3 le plan ?

4 R. [Le témoin s'exécute] Voilà, c'est là que se trouvait la caserne

5 Rajlovac.

6 Q. Veuillez inscrire la lettre R à côté de cette annotation ?

7 R. [Le témoin s'exécute]

8 Q. Que se passe-t-il ensuite ?

9 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Excusez-moi. Excusez-moi Monsieur le

10 Président. J'avais déjà demandé au témoin d'inscrire la lettre R à côté de

11 l'endroit où il travaillait.

12 Q. Donc, je demanderais au témoin d'inscrire la lettre K au lieu du R

13 qu'il vient d'apposer sur le plan à côté de la caserne.

14 R. [Le témoin s'exécute]

15 Q. Merci. Pourriez-vous dire aux Juges ce qui se passe ensuite, je vous

16 prie ?

17 R. Ce jour-là, le 5 mai, à côté de ma maison, Boro Bjelica a été tué.

18 C'est la première victime de notre village et de notre municipalité. Plus

19 de 30 obus sont tombés autour de ma maison. J'ai réussi à évacuer mon

20 épouse, mes deux enfants, mon père et ma mère, et nous nous sommes dirigés

21 à l'intérieur de ce secteur.

22 Q. Merci. Où avez-vous transféré votre épouse et vos enfants, votre père

23 et votre mère dans ces premiers instants ?

24 R. Dans ces premiers instants, mon père, ma mère, mes enfants et tous les

25 enfants de notre village ont été transférés dans le village situé de

26 l'autre côté -- dans le village de --

27 L'INTERPRÈTE : L'interprète n'a pas entendu le nom du village.

28 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Veuillez répéter votre réponse,

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1 Monsieur, car les interprètes n'ont pas entendu le nom du village.

2 M. TAPUSKOVIC : [interprétation]

3 Q. S'agissant de l'endroit où vous avez transféré toutes ces personnes.

4 R. Mon épouse, mes deux enfants, mon père, ma mère, ça c'était pour ma

5 famille, ainsi que tous les autres habitants de notre village qui faisaient

6 partie des catégories femmes, vieillards et enfants, ont été transférés

7 dans un village que l'on ne voit pas sur le plan, le village de Rjecica,

8 qui se trouve de l'autre côté de la rivière Bosna. Je vous indique la

9 direction de ce village sur le plan.

10 Q. Pourriez-vous me dire aussi où vous êtes allé vous-même ?

11 R. Moi-même et les hommes aptes à porter les armes avons avancé vers

12 l'intérieur et créé une ligne de défense que je peux annoter sur le plan,

13 si vous le souhaitez.

14 Q. Faites-le.

15 R. [Le témoin s'exécute]

16 Q. Pendant ces journées-là, avez-vous entendu parler de ce qui se passait

17 dans d'autres secteurs plus à l'est des secteurs que vous avez annotés sur

18 le plan ?

19 R. Nous n'en avons pas seulement entendu parler, mais nous l'avons vécu

20 aussi, car dans les dix jours suivants nous avons vécu des choses

21 terribles, entre le 15 et le 20 mai, autrement dit à la mi-mai, à partir du

22 village de Pofalici de la municipalité de Novo Sarajevo.

23 Q. Merci. Pourriez-vous dire d'où provenait le problème lorsque vous avez

24 prononcé le nom de cette localité. Je vous demanderais de l'annoter sur le

25 plan ?

26 R. Bien, voilà, c'est Pofalici qui se trouve ici. C'est un grand quartier,

27 grand lotissement qui correspond à peu près à ce que je dessine ici, habité

28 majoritairement à 90 % par des Serbes. [Le témoin s'exécute]

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1 Q. Pourriez-vous inscrire la lettre P dans ce nouveau cercle que vous

2 venez d'apposer sur le plan ?

3 R. [Le témoin s'exécute]

4 Q. Que s'est-il passé dans ce secteur à l'époque dont vous venez de parler

5 ?

6 R. Dans ce secteur qu'on appelait à l'époque les Bérets verts, à moins

7 qu'on ne les appelle la Ligue patriotique, ont attaqué tout ce secteur de

8 Pofalici, ont abattu plus d'une centaine de personnes au nombre desquelles

9 on trouvait des familles entières. Toute cette population comptant 5 000

10 personnes est passée par Zuc, par Debelo Brdo, par Perivoj pour arriver à

11 Rajlovac. Si vous le souhaitez, je peux indiquer leur trajet à l'aide d'une

12 flèche. Il s'agissait de 5 000 personnes, femmes et enfants.

13 Q. Faites ce que vous venez de proposer. Tracez cette flèche, je vous

14 prie.

15 R. [Le témoin s'exécute]

16 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Maître Tapuskovic, de quelle année

17 sommes-nous en train de parler ?

18 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Juge, vous pouvez poser la

19 question au témoin. Ce n'est pas à moi qu'il convient de témoigner. Il l'a

20 déjà dit d'ailleurs. Donc il peut vous dire d'ailleurs, le témoin, de

21 quelle année il parlait, en quel mois de quelle année, cette population, ce

22 groupe de plus de 100 personnes a été abattu. Le témoin peut vous le dire.

23 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Bien sûr. J'indiquerai simplement

24 qu'en général je m'efforce de respecter l'intégrité des conseils de la

25 Défense en posant mes questions destinées au témoin par le truchement du

26 conseil aussi longtemps que le conseil mène l'interrogatoire principal ou

27 le contre-interrogatoire. C'est seulement lorsque les conseils ont terminé

28 leurs questions et que le moment arrive où les Juges peuvent poser

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1 directement leurs questions au témoin que je m'adresse directement au

2 témoin.

3 Monsieur le Témoin, pouvez-vous me dire en quelle année tout cela s'est

4 passé ?

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Ceci s'est passé en 1992, au mois de mai, plus

6 précisément à la date du 19 mai.

7 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Merci.

8 M. TAPUSKOVIC : [interprétation]

9 Q. Qu'est-il advenu de ces 5 000 personnes qui sont arrivées à la caserne

10 ?

11 R. Ces 5 000 personnes ainsi que 1 000 personnes provenant du secteur S2,

12 toutes ces personnes sont allées dans la caserne et ont été accueillies à

13 la caserne dont la capacité d'hébergement pour une durée de cinq à dix

14 jours était suffisante.

15 Q. Essayons d'avancer le plus vite possible. Vous avez indiqué par une

16 flèche l'endroit où vous êtes allé au moment des premiers affrontements.

17 Combien de temps êtes-vous resté sur cette ligne de confrontation avec la

18 partie adverse et y a-t-il eu par la suite déplacement de cette de ligne de

19 défense, auquel cas je vous demanderais de l'indiquer sur le plan ?

20 R. En bref, c'est au cours de cette journée que la vraie guerre a

21 commencé. La ligne de défense, d'ailleurs j'indique que l'armée de la

22 Republika Srpska s'est créée d'urgence, donc nous avons créé une ligne de

23 défense, qui s'est déplacée dans une seule direction. Ici, j'indique la

24 façon dont nous nous sommes déplacés le 12 et le 13. Par la suite, cette

25 ligne s'est déplacée encore un peu plus à l'intérieur de notre secteur,

26 après quoi elle est restée inchangée.

27 Q. Pourriez-vous dessiner tout cela ?

28 R. La ligne de défense tenue par nous allait de la rivière Miljacka

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1 jusqu'à la caserne de Rajlovac, sans interruption, après quoi elle passait

2 par mon village de Zabrdje, se dirigeait vers Mijatovic Kosa, puis passait

3 d'un côté du mont Vis, ensuite d'un côté de mont Golo Brdo, d'un côté de

4 Zuc, en se dirigeant ensuite vers Kobilja Glava. [Le témoin s'exécute]

5 Q. Jusqu'à quand cette ligne est-elle restée à cet endroit ?

6 R. Du 12 juin 1993 jusqu'à la signature des accords de Dayton, cette ligne

7 n'a pas bougé.

8 Q. Au bout de cette ligne de défense, veuillez inscrire la lettre D sur le

9 plan.

10 R. [Le témoin s'exécute] Voilà, j'inscris un D au début de la ligne et un

11 D au bout de la ligne.

12 Q. Sur le plan géographique, quelle était la situation de cette ligne de

13 défense par rapport à l'emplacement des positions de la partie adverse ?

14 R. Alors, parlons de la partie adverse. On parle de la rivière Miljacka.

15 Sur ce plan, la cote est de 490 et quelques. Là se trouve ce qu'on appelle

16 le plateau de Rajlovac. La ligne -- là étaient nos positions. En face de

17 nous, ici, on a la cote qui se trouve à 100 mètres au-dessus et qui

18 s'appelle la colline. Donc, nous, nous étions en bas, et eux occupaient les

19 positions sur la colline à 100 mètres au-dessus. Nous étions, nous, plus

20 bas. Leur ligne passait ensuite par les zones habitées, par Zuc, Orlic,

21 traversait la zone de forêt à partir de Mijatovic Kosa, en passant par Vis,

22 qui se trouve à environ 700 mètres d'altitude, puis passait à 870 mètres

23 d'altitude aux alentours du mont dont j'ai parlé tout à l'heure, de Golo

24 Brdo, ensuite, Zuc à 756, et Orlic jusqu'à Hum, qui est la cote la plus

25 élevée, puisqu'il y a le relais de télévision pour la télévision de Bosnie-

26 Herzégovine. Autrement dit, notre ligne faisait face presqu'en permanence à

27 la ligne de l'ABiH, qui se trouvait en face de nous sur les collines.

28 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, Messieurs les

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1 Juges, est-ce que nous pourrions sauvegarder cette carte avec les

2 annotations en tant que pièce de la Défense ?

3 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Maître Tapuskovic, je n'ai pas

4 compris ce qu'a dit le témoin quand il a dit que les deux parties avaient

5 un front qui regardait vers le bas. Je n'ai pas bien compris ce qui figure

6 au compte rendu d'audience en anglais. Regardez-le, si vous voulez. En

7 anglais, nous lisons que le témoin aurait dit que toute la ligne regardait

8 vers le bas, alors que toute la ligne de l'ABiH - c'est bien de celle-là

9 que je parle - était sur les collines en train de regarder vers le bas.

10 Alors, qui est-ce qui est en haut, qui est-ce qui était en bas ? C'est

11 assez peu compréhensible d'après le compte rendu.

12 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Juge Harhoff, si c'est ce qui

13 est écrit en anglais, alors cela signifie que ça a mal été interprété. J'ai

14 très bien compris ce qu'a dit le témoin en B/C/S.

15 Q. Monsieur le Témoin, veuillez, je vous prie, expliquer en termes simples

16 finalement qui se trouvait sur les collines et qui se trouvait en dessous -

17 - ou plutôt, qui se trouvait tout près ?

18 R. Sur toute la longueur de la ligne - je vais être précis et exact - sur

19 toute la ligne de la Brigade de Rajlovac, les Musulmans occupaient les

20 collines et nous étions en dessous. Il n'y avait pas un seul endroit où

21 nous étions en dessus d'eux. Nous étions toujours en dessous. Ça c'est tout

22 à fait facile à vérifier lorsqu'on tient compte des cotes des endroits

23 constituant la ligne de confrontation.

24 Q. Je vous remercie.

25 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

26 Q. Quelle est la longueur en kilomètres de cette ligne, à peu près ?

27 Pourriez-vous le dire ? Aucun besoin de dessiner quoi que ce soit. Veuillez

28 simplement le dire en mots.

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1 R. Cette ligne fait à peu près plus de 20 kilomètres.

2 Q. Merci.

3 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Je demande à présent qu'une cote soit

4 octroyée à ce plan en tant que pièce de la Défense, si c'est possible.

5 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui.

6 M. LE GREFFIER : [interprétation] Monsieur le Président, il s'agira de la

7 pièce D211.

8 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, pour que les choses

9 soient encore plus claires, je vais demander au témoin ce qui suit.

10 Q. Monsieur Sinisa, pourriez-vous maintenant, s'agissant de tous ces

11 éléments, répondre à la question que je vais vous poser par rapport à une

12 autre carte; document 2829 de la liasse 65 ter. Je demande l'affichage de

13 cette carte à l'écran le plus rapidement possible.

14 Monsieur Krsman, je voudrais tout d'abord vous demander si vous voyez bien

15 ces lignes rouge et jaune à l'écran, sur la carte ?

16 R. Je les vois.

17 Q. Pouvez-vous avoir la gentillesse de nous indiquer sur cette carte la

18 zone, la zone qui était contrôlée par le groupe auquel vous apparteniez à

19 l'époque ?

20 R. Cette carte correspond à 90 % à celle que je vous ai déjà commentée,

21 hormis dans cette zone ici, où nous nous sommes déplacés ainsi le 12 juin.

22 La ligne rouge reflète bien la situation telle qu'elle était au 12 juin

23 1993.

24 Q. Je ne suis pas absolument certain de bien comprendre ce que vous nous

25 dites. Est-ce que vous pouvez nous dire quand cette ligne bleue apparaît ?

26 R. Après le 12 juin 1993, lorsque nous avons été repoussés. [Le témoin

27 s'exécute] C'est le seul changement de ligne de front qui a eu lieu le 12

28 juin. Hormis cela, la ligne rouge n'a pas bougé pendant toute la durée de

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1 la guerre.

2 Q. Pouvez-vous dessiner maintenant toute la zone qui était contrôlée par

3 le groupe auquel vous apparteniez ?

4 R. [Le témoin s'exécute] Qui correspond bien donc à la ligne rouge. C'est

5 cela.

6 Q. Combien de kilomètres est-ce que cela fait ?

7 R. Je vous ai dit tout à l'heure que cela faisait à peu près 20

8 kilomètres, je crois.

9 [La Chambre de première instance se concerte]

10 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Allez-y, je vous en prie.

11 M. TAPUSKOVIC : [interprétation]

12 Q. Monsieur Krsman, soyons très clairs, cette petite zone entre la ligne

13 bleue et la ligne rouge et tout le prolongement de la ligne bleue que vous

14 avez indiquée, est-ce que cela indique bien qu'en fait la ligne de front

15 longeait la ligne bleue après le 12 juin, la date que vous avez indiquée ?

16 R. Oui, c'est cela. La ligne bleue et la ligne rouge se recoupaient tout à

17 fait, hormis cette petite zone où, le 12 juin, nous avons subi une attaque

18 et nous avons été repoussés.

19 Q. Pouvez-vous nous indiquer la chose suivante : pouvez-vous nous parler

20 de ceux qui ont reçu les armes, ceux qui ont reçu des fusils, que leur est-

21 il arrivé ? Que leur est-il arrivé après avoir reçu les armes ? Vous avez

22 dit que de votre côté il y avait environ 200 personnes qui avaient reçu des

23 armes. Qu'est-il advenu de ces hommes ?

24 R. Nous avons mis en place une ligne de défense dans notre village, puis

25 très rapidement l'armée de Republika Srpska a été mise sur pied. Nous nous

26 sommes organisés sous la forme d'un bataillon, d'une brigade. Nous n'avions

27 pas initialement renforcé et fortifié nos positions, mais tout au long de

28 la guerre, nous nous sommes renforcés de façon à empêcher l'ennemi de nous

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1 repousser plus profondément dans notre territoire. Nous le considérions --

2 il nous semblait que nous devions défendre le territoire, les maisons dans

3 lesquelles nous avions vécu depuis plus de 300 ans.

4 Q. Etes-vous rentré, retourné à votre domicile après les accords de Dayton

5 ?

6 R. Ma maison a été incendiée en 1992. Pas seulement ma maison, d'ailleurs,

7 mais toutes les maisons qui se trouvaient sur cette ligne de séparation. Je

8 sais exactement combien de maisons ont été détruites. Je sais que les 8 750

9 habitants de Rajlovac de l'époque, il n'en reste plus que 50, tout au plus,

10 et ils sont tous âgés de plus de 70 ans.

11 Q. Cette ligne bleue que vous avez dessinée, vous l'occupiez. Pourriez-

12 vous nous dire ce que vous voyiez de la zone où vous aviez vécu lorsque

13 vous étiez sur la ligne de séparation ?

14 R. De jusqu'ici à mi-chemin, il y a la zone de forêt. Nos combattants, moi

15 y compris, nous ne pouvions voir que les positions de l'ABiH et le ciel,

16 nous ne voyions rien d'autre. En tout cas, dans cette zone de forêt, je

17 vous en parle, puisque justement nous étions en bas de la colline, nous

18 étions dans cette zone boisée, et il y avait tout au plus 30 à 70 mètres

19 qui nous séparaient de la ligne ennemie. Dans les zones habitées, en gros

20 depuis la caserne de Rajlovac jusqu'à la Miljacka, les tranchées longeaient

21 la ligne de chemin de fer, et là encore une fois nous étions en deçà des

22 positions de l'ABiH, et la pente étant moins raide, nous voyions à peu près

23 la première ou la deuxième rangée de maisons. Rien de plus.

24 M. LE JUGE MINDUA : Maître Tapuskovic, juste une petite question de

25 clarification au témoin.

26 Monsieur le Témoin, vous dites que votre maison ainsi que celles de vos

27 voisins ont été incendiées. Pouvez-vous préciser dans quelles conditions

28 ces maisons ont été incendiées ? Est-ce que c'est parce qu'elles se

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1 trouvaient sur la ligne de front ou -- et donc elles ont été en quelque

2 sorte la partie collatérale des activités de guerre ou elles ont été

3 incendiées dans d'autres circonstances ? Et par qui ?

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Le 12 juin, lorsque notre village a été

5 attaqué et lorsqu'on nous a repoussés plus profondément dans notre

6 territoire, repoussés d'environ 500 mètres, toutes les maisons ont été

7 incendiées. Elles ont d'abord été volées, pillées, ensuite elles ont été

8 incendiées avec de l'essence, des allumettes, tout cela. Ce n'est pas

9 vraiment des dégâts -- ce ne sont pas des dégâts collatéraux. Ils n'ont pas

10 fait l'objet de tirs de mortiers, par exemple, ou de tirs de fusils.

11 D'abord on les a volées, c'est ce que je dis, on les a pillées avant de les

12 brûler -- territoire.

13 M. LE JUGE MINDUA : Merci beaucoup, mais vous n'avez pas dit par qui

14 exactement.

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Ce sont les membres de l'ABiH qui ont commis

16 cela, puisque justement nous étions en guerre contre eux.

17 M. LE JUGE MINDUA : Merci.

18 M. TAPUSKOVIC : [interprétation]

19 Q. Puisque nous arrivons justement à ce sujet-là, pouvez-vous nous dire

20 quelle était votre vie, quelles étaient vos relations avec ces gens avant

21 le début de la guerre, ces gens aux côtés de qui vous aviez vécu pendant

22 des décennies ?

23 R. Nous n'avions jamais eu le moindre problème interethnique ou quoi que

24 ce soit. Nous nous rendions visite à Noël, à Bajram, mais ceci n'était vrai

25 que j'allais dire des indigènes, ceux qui vivaient là depuis bien longtemps

26 déjà. Mais quand les gens de Bosnie orientale, de Serbie, de Sandzak, et

27 d'autres, quand tous ces Musulmans sont arrivés, tout a changé et nous

28 savons ce qui est arrivé après.

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1 Q. Pourriez-vous m'indiquer ce qui s'est passé une fois que vous aviez

2 reçu vos armes ? Vous vous êtes installés sur la ligne de front, mais où

3 viviez-vous lorsque vous n'étiez pas sur le front ?

4 R. 90 % de la population de mon village a quitté le village pour

5 s'installer chez des parents, chez des amis. Certains sont allés en Serbie,

6 certains à Pale, certains en Croatie, certains autres même à l'étranger.

7 Quant à nous, nous étions vers Vogosca, vers Rjecica, et ceux qui n'avaient

8 nulle part où aller étaient à la caserne de Rajlovac.

9 Q. Pourriez-vous l'indiquer sur la carte. Pouvez-vous nous dire où est

10 Vogosca et nous indiquer peut-être approximativement où vous habitiez ?

11 R. [Le témoin s'exécute] Vogosca. La caserne. Et le territoire, ces

12 villages derrière Rjecisa, Dobrosevici, Reljevo. C'est là qu'étaient

13 regroupés les réfugiés de Zabrdje, en espérant que ça se calmerait, que les

14 choses se rétabliraient et qu'on pourrait rentrer chez nous.

15 Q. Pourriez-vous dire à la Cour, sur la base de cette ligne bleue que vous

16 avez indiquée un peu plus bas, puis cette ligne rouge qui va jusqu'à

17 Nisici, pouvez-vous nous dire ce que l'on voit depuis cette ligne, depuis

18 ces positions qui étaient aux mains RSK, si vous me permettez d'utiliser

19 cette qualification, et quelle était la vision du territoire qu'ils

20 avaient, les territoires à l'intérieur de cette zone délimitée par la ligne

21 rouge ?

22 R. Je le sais, puisque j'ai un grand nombre de membres de ma famille dans

23 d'autres parties de la ville. D'ailleurs, c'est le cas de tous les gens de

24 Sarajevo. Je peux vous dire qu'ils ne voyaient absolument rien au-delà de

25 cette ligne, puisque Zuc, Golo Brdo, Guru [phon] et Hum sont justement les

26 points culminants, les éléments les plus visibles. Donc on n'a pas vraiment

27 de vision profonde, on ne peut pas voir la ville, à proprement parler.

28 Q. Pourriez-vous prolonger cette ligne bleue pour aller jusqu'à où vous

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1 pensez qu'il peut y avoir une vue sur la ville, à proprement parler ?

2 R. [Le témoin s'exécute]

3 Je sais exactement où est cette ville, je sais qu'on ne peut pas voir

4 au-delà de ce point. Je ne suis pas allé plus haut. D'autres l'ont peut-

5 être fait et pourront vous en dire un peu plus.

6 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Messieurs les Juges, je souhaite verser

7 cette pièce au dossier comme pièce de la Défense.

8 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Nous l'admettons.

9 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce D212.

10 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Je m'excuse.

11 Q. Pouvez-vous nous rappeler ce qui a été encerclé ?

12 R. Vogosca, la caserne de Rajlovac, et troisièmement la zone où la

13 population de mon village s'est installée.

14 Q. Peut-être que vous pourriez indiquer un V dans ce cas-là ?

15 R. [Le témoin s'exécute]

16 Q. La ligne bleue ne va pas jusqu'à Nisici ?

17 R. Effectivement, la ligne va jusqu'à Kobilja Glava, puis ensuite jusqu'à

18 la vieille ville, ensuite traverse au-delà de Baric [phon].

19 Q. Merci.

20 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Pourriez-vous inclure cela et le verser au

21 dossier comme nouvelle pièce de la Défense, s'il vous plaît ?

22 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Non, ça n'a pas l'air tout à fait

23 nécessaire, Maître Tapuskovic.

24 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Oui, oui, je comprends. Je suis d'accord.

25 Ce n'est qu'un petit malentendu. Il y avait eu un léger malentendu avec

26 l'accusé, mais je pense que ce n'était jamais qu'un lapsus.

27 Q. Savez-vous quand le général Dragomir Milosevic a été nommé commandant

28 chef du Sarajevo-Romanija Corps ?

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1 R. Je sais que c'était en septembre ou octobre. Je dois vous dire que le

2 commandement et ceux qui étaient responsables du commandement ne nous

3 intéressaient pas particulièrement. Ce que nous cherchions c'était plutôt à

4 nous défendre, à défendre nos jeunes et nos malades et infirmes. Mais je

5 pense qu'il a été nommé au mois d'août.

6 Q. Merci. Aviez-vous un rang particulier, une fonction particulière à

7 remplir par rapport au reste des gens avec lesquels vous étiez ?

8 R. Oui, j'étais chef d'escadron, puis de peloton, puis de compagnie.

9 Q. A qui rendiez-vous des comptes ?

10 R. Mon supérieur direct était Zoran Terzic, le chef du bataillon. Il était

11 lui aussi de notre village de Zabrdje. Sa maison est un peu plus bas dans

12 la colline, à une centaine de mètres. Il était un officier d'active. Il

13 était capitaine de première classe, si j'ai bonne mémoire.

14 Q. Avant de devenir le commandant du Sarajevo-Romanija Corps - je fais,

15 bien entendu, référence au général Dragomir Milosevic - y avait-il des

16 activités sur ces lignes de front et si oui, lesquelles ?

17 R. Bien, après ces combats en 1993, au début du printemps 1994, nous avons

18 reçu un ordre selon lequel les armements lourds devaient être retirés et

19 portés à plus de 20 kilomètres de la ville. C'était une ligne de

20 séparation. Je dois dire que nous ne savions pas exactement à quoi cela

21 correspondait, ce que cela voulait dire. Mais nous savions que toute arme

22 d'un calibre supérieur à

23 12,7 millimètres, les mortiers, les canons, tous ces armements devaient

24 être retirés des positions que nous tenions et que le RSK détenait

25 également.

26 Q. Certes. Mais la question que je vous ai posée était de savoir ce qui se

27 passait sur ces lignes. Y avait-il eu des confrontations ?

28 R. De temps à autre.

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1 Q. Vous ne me comprenez peut-être pas très bien. Je vous ai tout d'abord

2 demandé si, jusqu'à la nomination du général Milosevic, il y avait eu des

3 combats et si oui, jusqu'à quand il y avait eu des combats intenses sur

4 cette ligne ?

5 R. Il y a eu des combats intenses tout au long de 1993, et jusqu'au

6 printemps 1994.

7 Q. Lorsque le général Milosevic a pris ses fonctions, quelle était la

8 situation ?

9 R. Lorsque le général a pris ses fonctions, il y a ensuite eu un cessez-

10 le-feu qui a été signé en août ou septembre, me semble-t-il, et jusqu'au

11 mois de novembre la situation était calme, jusqu'à ce qu'une offensive

12 généralisée depuis toutes les positions de l'ABiH a été lancée.

13 Q. En novembre, vous dites ? A quel moment le conflit a-t-il repris donc ?

14 R. Le conflit a repris en octobre, mais c'est au mois de novembre que les

15 combats étaient les plus vifs.

16 Q. Où ce conflit a-t-il commencé en octobre ?

17 R. Tous les matins, nous devions nous retrouver au QG et nous nous sommes

18 rendu compte -- plus exactement, nous avons reçu des informations grâce à

19 nos moyens d'information, que les forces de l'ABiH se retiraient de la

20 ville par ce tunnel que nous connaissons tous, et se regroupaient derrière

21 nous depuis le plateau de Nisic jusqu'à Kiseljak. La situation était très

22 délicate, jusqu'à ce que l'offensive soit lancée.

23 Q. Où étaient localisés les armements lourds ?

24 R. Je vous l'ai dit il y a quelques instants. Nous avons tout retiré, les

25 canons, les mortiers, tout. Nous avons tout envoyé à plus de 20 kilomètres

26 de nous. Nous avons tout envoyé dans la direction du plateau de Nisic, sauf

27 peut-être une batterie de mortiers qui était contrôlée par la FORPRONU et

28 un tank aussi. Un char, pardon, un char qui est resté, parce que nous

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1 n'avons pas pu le sortir de sa position. Le vérin et l'hydraulique ne

2 fonctionnaient pas, on ne pouvait pas le déplacer. Nous aurions eu beaucoup

3 de mal à le sortir de là. Nous avons réussi à le déplacer un peu avec

4 l'assistance de la FORPRONU. Mais je ne sais pas ce qui lui est arrivé

5 ensuite.

6 Q. Je vais vous poser une question à propos d'un document DD003553. Vous

7 voyez ce document ? Pouvez-vous nous dire d'où il émane, quand il a été

8 signé et par qui, s'il vous plaît.

9 R. Ce document a été produit par le commandant du SRK, signé donc par le

10 général Milosevic. Il est indiqué ici que les pièces d'artillerie ont été

11 retirées à plus de 20 kilomètres, et que le char, j'imagine que c'est celui

12 dont je parlais tout à l'heure, est resté en place, parce qu'il était

13 justement hors d'état et qu'il était en train de faire l'objet d'un

14 déplacement vers Cjevalovici qui devait se terminer vers le 11.

15 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, Messieurs les

16 Juges, je souhaite verser cette pièce au dossier.

17 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Accepté.

18 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce D213.

19 M. TAPUSKOVIC : [interprétation]

20 Q. Pourriez-vous dire à la Cour à quoi ressemblaient les ordres qui vous

21 ont été transmis ?

22 R. Les ordres que j'ai reçus tout au long de la guerre, puisque j'étais un

23 officier qui devait transmettre ces ordres aux soldats sur la ligne de

24 front, les ordres étaient les suivants : défendre ses positions, se

25 défendre, ne faire que se défendre et ne tirer que sous attaque, ne pas

26 gaspiller d'armements, de munitions. Si vous faites l'objet d'une attaque,

27 réagissez aussi vigoureusement que possible, si vos positions sont

28 attaquées ou si des équipements à proximité font l'objet d'une attaque.

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1 Q. Pourriez-vous me donner une réponse aussi précise que possible ? Sur le

2 territoire aux mains de l'ABiH, à quelle profondeur pouviez-vous voir ce

3 territoire ?

4 R. Comme je vous l'ai déjà dit il y a quelques instants, que depuis les

5 positions où étaient les tranchées, nous ne pouvions rien voir, absolument

6 rien. Nous avions néanmoins un certain nombre de ports d'observation où il

7 y avait des observateurs armés de jumelles, qui pouvaient suivre les

8 mouvements de troupes, voir où allaient les canons, les chars. Le soir nous

9 en parlions et nous cherchions à voir ce que nous devions faire pour les

10 neutraliser si jamais nos positions devaient être menacées. Mais depuis nos

11 positions à proprement parler nous ne voyions rien.

12 Q. Alors, avec des jumelles, quelle était votre vision maximale ?

13 R. Deux, trois kilomètres tout au plus. Mais tout cela est très serré,

14 très rapproché. En fait, ce n'était pas vraiment une menace. Même un coup

15 de fusil ne pouvait pas être tiré de façon à toucher des cibles à cette

16 distance-là. Aucune petite arme n'aurait eu cette portée.

17 Q. Où était, puisque vous, vous étiez dans la vallée ou dans le bas de la

18 colline, où se trouvaient les postes d'observation ?

19 R. Ces postes d'observation étaient à 2 ou 3 kilomètres au-delà de la

20 vallée sur les collines d'une petite montagne, sur les pentes d'une petite

21 colline, à 2 ou 3 kilomètres des lignes. Depuis ces positions-là, avec ces

22 jumelles très puissantes, on pouvait voir, parfois on pouvait même voir à

23 l'il nu quels étaient les déplacements, les activités sur la ligne de

24 front.

25 Q. A quelle distance se trouvaient ces postes d'observation de la ligne de

26 front, disiez-vous ?

27 R. Deux à trois kilomètres derrière nous.

28 Q. S'agissant des conflits dont vous avez parlé il y a quelques instants,

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1 est-ce qu'ils ont commencé en octobre ? Vous avez dit qu'ils avaient

2 commencé en octobre et ils ont duré jusqu'à quand ?

3 R. Les conflits ont commencé en octobre, ils ont duré pendant tout le

4 mois d'octobre et le mois de novembre. Les forces de l'ABiH avaient coupé

5 la route à Srednje et ils sont sortis sur la route. Ils nous ont encerclés,

6 littéralement encerclés. Ensuite, nous avons réussi à regrouper nos troupes

7 et à reprendre ces territoires. Pour ce qui est de ma responsabilité là-bas

8 sur ce plateau, c'était Mosevacko Brdo, Jasin [phon]. Là j'ai eu une

9 section qui défendait ses positions pour que l'ennemi ne nous attaque pas

10 depuis les arrières, en fait, de derrière.

11 Q. Puisque vous n'aviez pas d'armes lourdes et que ces armes avaient été

12 retirées, comme vous le dites, dites-nous ce qui se passait avec les

13 positions, c'est-à-dire depuis quelles positions l'ABiH aurait pu vous

14 tirer dessus à Rajlovac et Iljas ?

15 R. Depuis toutes les positions de ville. Ils se servaient principalement

16 de mortiers s'agissant de la zone de responsabilité de mon unité, depuis

17 Sokolje, ils tiraient depuis les chars et des canons à Ilidza, puisqu'ils

18 pouvaient apercevoir Ilidza. Ilidza se trouvait un petit peu éloigné, mais

19 comme ils étaient en surplomb, ils pouvaient l'atteindre directement. Pour

20 ce qui est de Grbavica et les autres positions de la ville, ils pouvaient

21 tirer dessus depuis partout, depuis n'importe quelle position.

22 Q. Qu'en est-il d'Igman ?

23 R. Je peux vous dire, puisque mon frère avait été blessé, je l'avais

24 emmené à l'hôpital, à l'hôpital de Zica. Un Browning avait tiré depuis

25 Igman, la communication d'Ilidza et l'hôpital de Zica. Mes positions à moi

26 avaient tiré -- donc il y avait un canon Browning qui avait tiré sur

27 l'hôpital Zica d'Ilidza et --

28 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Tapuskovic, j'aperçois

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1 qu'une heure et 30 minutes se sont écoulées et que vous avez pris une heure

2 et 30 minutes pour ce qui est de l'interrogatoire de ce témoin. Donc vous

3 avez employé une heure et dix minutes de l'heure qui vous a été impartie,

4 donc il vous reste 20 minutes. Il reste 20 minutes à l'Accusation pour

5 contre-interroger.

6 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Juge, nous avions demandé

7 trois heures pour ce témoin.

8 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Excusez-moi. J'apporte une

9 correction. C'est trois heures. D'accord, On avait prévu trois heures pour

10 l'interrogatoire de ce témoin. Donc vous avez une heure 30, et vous avez

11 employé une heure dix minutes. Alors, poursuivez, je vous prie.

12 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Je vais m'efforcer de me dépêcher et nous

13 allons voir ce qui se passera ensuite.

14 Q. Monsieur, pourriez-vous nous dire, s'il vous plaît, à quel moment ces

15 conflits ont-ils arrêté, les conflits dont nous parlions, les conflits qui

16 s'étaient déroulés en octobre et en novembre ?

17 R. Ces conflits ont arrêté en décembre. Un cessez-le-feu a été signé, et

18 nous avions reçu un ordre selon lequel nous n'avions absolument pas le

19 droit de tirer les premiers, pas une seule balle.

20 Q. Très bien. Merci. Je vais maintenant vous montrer un document 65 ter,

21 00608. Je vous demanderais de prendre connaissance du point 4 et de me dire

22 si cela correspond à ce que vous venez de nous dire s'agissant de l'ordre

23 qui avait été donné ?

24 R. C'est le commandement de la 1ère Brigade d'Iljas. Nous avions reçu la

25 même chose, le même ordre de Rajlovac. Au point 4, on peut lire : Ouvrir le

26 feu qu'en cas d'attaque surprise sur les unités, les positions, et dans les

27 autres cas, dans toutes les autres situations, quand il est nécessaire,

28 ouvrir le feu et informer le QG du centre opérationnel de la brigade.

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1 Donc, j'ai transmis cet ordre littéralement, mais je savais, nous

2 savions très bien que le côté musulman n'allait pas respecter cet ordre.

3 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Je demanderais que cette pièce soit versée

4 au dossier en tant que document aux pièces de la Défense.

5 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Bien. C'est versé au dossier.

6 M. LE GREFFIER : [interprétation] Monsieur le Président, ce document

7 portera la cote D214.

8 M. TAPUSKOVIC : [interprétation]

9 Q. Monsieur Krsman, que s'est-il passé dans les mois qui ont suivi ? Le

10 cessez-le-feu a duré jusqu'à quand ?

11 R. Ceci a duré, comme je l'ai dit, nous savions très bien qu'ils

12 n'allaient pas respecter le cessez-le-feu, et cela a duré jusqu'au mois de

13 juin 1995. C'est à ce moment-là que le scénario du mois de novembre 1994 a

14 été répété. Ils nous ont attaqués de nouveau depuis toutes les positions

15 dans la région de Bisecka. Dans le plateau de Bisecka [phon], ils nous ont

16 attaqués sur les positions, les tranchées. C'était le moment le plus

17 difficile de la guerre. Ils nous ont attaqués avec tous les moyens dont ils

18 disposaient. Pour la première fois depuis le début de la guerre, même

19 pendant la nuit,

20 1 heure du matin, 2 heures du matin, on avait lancé plus de 1 000 obus. A

21 Trnovo il y avait -- tout brûlait à Trnovo. La ligne était en péril, et

22 j'avais perdu trois soldats. Donc, moi, trois et ma brigade 20, a perdu 20

23 hommes. Pour ce qui est du plateau de Nisici, il y avait aussi une attaque

24 très sérieuse. Mais nous avions de la chance, parce que pendant toute la

25 guerre les forces croates ne nous ont pas attaqués depuis Kiseljak.

26 Q. Très bien. Puisque vous avez déjà dit cela, montrez-moi sur cette

27 carte, je vous prie, de façon approximative, si vous voulez, entre la ligne

28 rouge et la ligne bleue, quelle est la distance entre les forces croates --

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1 enfin, quel était l'espace tenu par les forces croates ? Vous pourriez

2 peut-être nous dire cela. Montrez-le-moi, je vous prie, puis vous pouvez

3 peut-être regagner votre place ensuite.

4 R. Les forces croates tenaient les positions ici -- ces positions-ci.

5 C'était la Brigade Ban Jelacic et la Brigade du Roi Kresimir.

6 Q. Merci. Est-ce que vous pourriez me dire, s'agissant de ces lignes, si

7 on avait ouvert le feu soit l'un côté ou l'autre ?

8 R. De ces deux côtés, il y avait les Serbes, les Autochtones, et de

9 l'autre côté c'étaient les Croates qui y vivaient depuis 300, 400 ans. A

10 aucun moment, depuis les quatre années de guerre, on n'a tiré ni nous sur

11 eux ni eux sur nous. Ceci était quelque chose qui était très important pour

12 nous, puisque nos arrières étaient protégés, ou notre dos était protégé.

13 Q. Vous avez dit un peu plus tôt - vous avez parlé d'ailleurs des

14 événements qui ont eu lieu au mois de juin. Maintenant, j'aimerais vous

15 montrer un document et vous demander si cela correspond à ce que vous nous

16 avez dit il y a quelques instants concernant les événements. C'est le

17 document D107. C'est un document qui figure déjà en tant que pièce. Pendant

18 très longtemps elle a porté une cote MF, mais ce document porte maintenant

19 la cote D107.

20 Je vous demanderais de prendre connaissance de l'en-tête. Pourriez-

21 vous nous donner lecture de ce qui est indiqué sous l'en-tête, de quoi il

22 s'agit, de quelle proposition s'agit-il. J'aimerais appeler votre attention

23 sur le premier paragraphe et je vais vous poser une question par la suite.

24 Je vous prie, veuillez en prendre connaissance, s'il vous plaît, pour nous

25 dire de quoi il s'agit.

26 R. C'est un ordre qui a été émis par le commandant au nom du 1er Corps en

27 date du 26 juin 1995, pendant les attaques les plus sérieuses menées sur

28 nos positions. On peut lire : "Dans le but de lier les forces de

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1 l'agresseur autour de la ville et pour les étirer et défendre nos forces

2 dans la ville, cet ordre, cette proposition a été envoyée à leur brigade."

3 Q. Pourrait-on, je vous prie, maintenant prendre la page suivante, et

4 dites-nous, s'il vous plaît, si vous connaissez, si vous vous rappelez

5 d'autres événements liés à cette action à l'époque ?

6 R. Bien sûr que je m'en souviens. Ils nous ont touchés, ils ont touché une

7 de nos tranchées tout près de Sokolo Brdo. En fait, trois de mes soldats

8 ont été blessés. Il y avait Tambur, Cuk Mile et Krnjaic Dragan, donc

9 Tambur, Mirko, Cuk Mile et Krnjaic. L'obus est tombé directement dans la

10 tranchée où ces hommes se trouvaient.

11 Q. Alors, bien. Dites-moi maintenant, s'agissant de la Brigade de

12 montagne, ce que ce qu'on lit ici correspond à ce que vous venez de nous

13 dire.

14 R. Ici, on peut voir "But 3", c'est-à-dire dire qu'eux ils ont reçu pour

15 ordre de -- ils savaient que c'était la maison de Lemez, mon voisin, de

16 lancer une attaque avec un projectile RB, donc ils ont lancé une attaque

17 sur cette maison et ils ont blessé trois hommes. Mon voisin qui s'appelait

18 Boro Lemez.

19 Q. Pouvez-vous me dire, s'il vous plaît, s'agissant de toute cette période

20 et de ce qui est de la période pendant laquelle commandait Dragomir

21 Milosevic sur ces unités, est-ce que vous pourriez nous dire combien

22 d'hommes est-ce que vous avez perdus de votre unité et combien de civils

23 ont-ils perdus la vie ?

24 R. Je sais que dans mon village 41 personnes ont trouvé la mort, parmi

25 lesquelles il y avait six femmes, et 50 personnes avaient été blessées. Ma

26 tante a été tuée et mon frère a été blessé grièvement. Pour ceux de

27 Rajlovac, plus de 120 personnes ont été tuées dans la caserne et plus de

28 200 personnes ont été blessées. Vous savez, ils pouvaient leur tirer dessus

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1 depuis Sokolac comme si ces personnes étaient alignées pour être exécutées.

2 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Pardon, vous disiez ?

3 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Non, je n'ai plus d'autres questions,

4 Monsieur le Président. J'aimerais que ce document, par contre, soit versé

5 au dossier. En fait, cette pièce ne porte plus de cote MFI, ce n'est plus

6 identifié avec la cote MFI, ce document figure déjà en tant que pièce, et

7 je n'ai plus d'autres questions.

8 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Très bien, merci.

9 J'aimerais vous poser des questions, Monsieur. Vous venez de nous donner le

10 nombre de personnes qui avaient été tuées. J'aimerais vous demander de me

11 dire de quelle façon, comment est-ce que cet incident a débuté, cet

12 incident qui s'est soldé en la mort de ces personnes ? Est-ce que vous

13 pourriez-nous dire de quelle façon cela a commencé et qu'est-ce qui a mis

14 fin à cet incident ?

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Honorable Juge, toutes ces 41 personnes qui

16 ont trouvé la mort, elles ont été tuées à Zabrdje, c'est-à-dire dans le

17 village où ils sont nés, s'agissant de ces 41 personnes. Vingt personnes,

18 entre ces 41 personnes, ont été tuées par balle, soit tirées à la tête ou

19 atteintes au cur.

20 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Mais qui les a tuées ?

21 LE TÉMOIN : [interprétation] On a tiré sur eux -- c'est-à-dire des

22 personnes qui étaient de l'autre côté, en face de nous, c'est-à-dire les

23 membres de l'ABiH. C'est eux qui leur ont tiré dessus.

24 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Mais je veux savoir de quelle façon

25 tout ceci a commencé. Ce combat-là, comment a-t-il commencé ? Qui a tiré le

26 premier ?

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Je peux vous expliquer que le 5 mai, la

28 première attaque a été lancée, c'est-à-dire, c'était la première attaque

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1 qui avait été menée sur ce territoire, et cette attaque avait été lancée

2 par les membres des Bérets verts à l'époque, ensuite par l'ABiH.

3 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Et quand, exactement ?

4 LE TÉMOIN : [interprétation] C'était le 5 mai 1992.

5 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Alors de quelle année -- vous parlez

6 de quelle année ?

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Je parle de 1992. Le 5 mai, Boro Bjelice, mon

8 premier voisin qui habitait à côté de ma maison, a été tué par un obus.

9 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Donc, l'attaque, cette attaque-là

10 qui a fait en sorte que ces 41 personnes perdent la vie, c'était en 1992,

11 c'était l'attaque lancée par l'ABiH ?

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. C'est à ce moment-là que la première

13 personne a trouvé la mort, et en tout, pendant quatre ans de guerre,

14 s'agissant de mon village qui comptait de 600 à 700 habitants, 41 personnes

15 ont trouvé la mort. Chacune de ces personnes, donc ces 41 personnes, ont

16 été tuées pendant une période de quatre ans, et chacune de ces personnes a

17 été tuée chez eux, dans leur propre maison, devant chez eux ou dans la

18 maison.

19 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Pouvez-vous nous dire, s'il vous

20 plaît, de quelle façon cet incident a-t-il commencé, cet incident qui a

21 mené à toutes ces morts, ces 41 personnes qui ont perdu la vie au cours de

22 ces quatre ans, et ce qui m'intéresse tout particulièrement, ce sont les

23 années 1994 et 1995.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Alors, concrètement, voilà. Vuletic Nebojsa,

25 je vais vous parler de lui. Il est mort dans une tranchée en 1995 par une

26 roquette manuelle, et il a été donc atteint par cette roquette, et sa tête

27 a été éclatée par -- a été touchée par -- a été touché à la tête.

28 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Et qui était l'auteur de ce tir par

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1 lance-roquettes ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] C'était un membre de l'ABiH.

3 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] C'était à quel moment en 1995, de

4 quel mois nous parlez-vous ?

5 LE TÉMOIN : [interprétation] C'était au mois de juin 1995, lorsque cette

6 dernière offensive a eu lieu. Et dans l'autre tranchée, j'ai eu trois

7 autres soldats qui avaient été blessés. Ces trois soldats dont je vous ai

8 parlé il y a quelques instants, ils n'étaient pas dans cette tranchée-là

9 mais dans une autre tranchée. Eux, heureusement, n'ont pas été tués mais

10 ils ont été blessés.

11 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Pourriez-vous nous parler d'autres

12 incidents en 1994 et 1995 dont vous auriez un souvenir précis ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Sur ma ligne de responsabilité, cette année-

14 là, il y avait eu ces deux incidents-là, mais la plupart des personnes qui

15 ont perdu la vie, c'était en 1992 et 1993. C'était ces deux années-là qui

16 ont eu le plus de morts.

17 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Ce qui m'intéresse, c'est d'établir

18 si vous, les Serbes, ont riposté à ces attaques, car vous nous avez dit que

19 c'était des attaques qui avaient été lancées par l'armée de l'ABiH. Est-ce

20 que les Serbes ont riposté à ces attaques, et est-ce qu'à la suite de cette

21 riposte, s'il y en a eu une, est-ce que des membres de l'ABiH ont été tués

22 ?

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Nous ripostions à chaque attaque. Chaque fois

24 que l'on attaquait nos tranchées, nous ripostions. Je ne sais pas si de

25 leur côté il y a eu des morts, personne ne peut le savoir, mais je sais que

26 chez nous il y a eu des morts et que très souvent, nous mettions notre vie

27 en péril pour essayer de tirer une personne qui avait été soit tuée ou

28 blessée.

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1 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Les 41 personnes civiles qui avaient

2 été tuées, est-ce que ces personnes ont été tuées en 1992 ou est-ce le

3 nombre total de personnes tuées au cours d'une période de quatre ans ?

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Je l'ai dit tout à l'heure. Ce n'était pas

5 tous des civils, mais en tout, il y avait 41 personnes. Parmi ces 41

6 personnes, il y avait six femmes, qui étaient des civiles, mais je peux

7 vous parler de chaque incident de façon individuelle. En 1992, 15 personnes

8 ont été tuées. En 1993, 15 personnes. En 1994, trois personnes. Je peux

9 vous parler de chaque incident individuellement. Je sais quelle personne a

10 été tuée, où et quand ?

11 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Sachdeva.

12 Contre-interrogatoire par M. Sachdeva :

13 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur Krsman. Je vais vous poser quelques

14 questions, Monsieur le Témoin. Si vous avez besoin de quelques précisions,

15 veuillez me l'indiquer.

16 J'aimerais vous demander de nous parler de votre rôle que vous avez joué au

17 sein de la SRK. Si je comprends bien, votre compagnie faisait partie de la

18 3e Brigade de Sarajevo ?

19 R. Oui.

20 Q. Il y a quelques instants, s'agissant du dernier document que vous a

21 montré M. Tapuskovic --

22 M. SACHDEVA : [interprétation] J'aimerais que ce document soit affiché de

23 nouveau à l'écran, et j'aimerais que l'on reprenne le point 3, le point où

24 l'on parle de la cible 3.

25 Q. Est-ce que vous voyez ceci ?

26 R. Oui.

27 Q. J'aimerais simplement que l'on confirme ou que vous nous confirmiez que

28 des soldats dormaient dans cette maison. C'était un endroit destiné, un

Page 6263

1 dortoir pour soldats, si je ne m'abuse ?

2 R. Non, c'était une maison appartenant à Boro Lemez, et il habitait dans

3 cette maison. Cette maison était un point d'orientation. Eux, ils avaient

4 atteint la tranchée, mais pas la maison. La tranchée se trouvait devant la

5 maison.

6 Q. Très bien. Donc, ils ont atteint la tranchée et les soldats avaient été

7 tués.

8 R. Oui. En fait, ils ne sont pas tués, ils ont été blessés.

9 Q. Merci de cette précision. Revenons maintenant au rôle que vous assuriez

10 au sein de votre compagnie. Vous étiez commandant de compagnie. Pourriez-

11 vous nous expliquer à quel moment vous avez été nommé à ce poste ?

12 R. C'était le 13 juin 1993. C'est à ce moment-là que j'ai été nommé

13 commandant de la compagnie en question.

14 Q. Est-ce que votre compagnie était composée de sections, et si oui,

15 combien de sections faisaient partie de votre compagnie ? Est-ce que vous

16 assuriez le commandement de toutes ces sections ?

17 R. J'avais trois sections au sein de la 4e Compagnie.

18 Q. Alors, pourriez-vous nous dire combien il y avait d'hommes sous vos

19 commandements, dans votre section de peloton ?

20 R. J'avais 157 hommes en âge de porter les armes. J'avais également une

21 liste de 20 soldats qui étaient blessés et qui étaient en train de recevoir

22 des soins médicaux.

23 Q. Vous étiez commandant de compagnie, vous y avez été jusqu'en décembre

24 1995, n'est-ce pas ?

25 R. Oui, j'étais le commandant de cette compagnie mais j'ai également été

26 commandant de la compagnie de Rajlovac puisque leur commandant de compagnie

27 avait été grièvement blessé. Je l'ai remplacé pendant un certain temps.

28 Mais j'ai également été commandant de la compagnie sur le plateau de

Page 6264

1 Nisici, pendant que les combats y avaient lieu.

2 Q. Votre bataillon, c'est-à-dire l'unité militaire qui se trouvait au-

3 dessus de votre compagnie, s'agissant de la hiérarchie, vous nous avez dit

4 que le commandant c'était le commandant Terzic; est-ce que c'est exact ?

5 R. Oui.

6 Q. Est-ce qu'il était commandant jusqu'à la fin du conflit ou pendant

7 toute la durée du conflit jusqu'en décembre 1995 ?

8 R. Non, il est venu en 1993. Il est né dans notre village de Zabrdje. Nous

9 avions confiance en lui, nous lui faisions confiance. Nous lui avions

10 demandé pour qu'il soit notre commandant.

11 Q. Lorsqu'il est arrivé en 1993, il est resté commandant jusqu'en 1995;

12 est-ce que c'est exact ?

13 R. Oui.

14 Q. Quel était le nom du bataillon ?

15 R. Nous nous appelions le Bataillon de la Rajlovac.

16 Q. Le bataillon que vous nous avez dit un peu plus tôt faisait partie de

17 la 3e Brigade de Sarajevo, n'est-ce pas ?

18 R. [aucune interprétation]

19 Q. Son commandant c'était le commandant Dragan Josipovic de 1993 à 1995 ?

20 R. Oui, je crois que oui. Je ne sais pas exactement à quel moment, mais

21 c'était un vrai officier, un homme très honnête, Dragan Josipovic.

22 Q. Vous avez dit un peu plus tôt, vous nous avez parlé des réunions

23 régulières que vous aviez avec le commandant de votre bataillon. Vous

24 souvenez-vous d'avoir dit cela ?

25 R. Oui.

26 Q. Si je ne m'abuse, j'imagine que vous les rencontriez soit de façon

27 quotidienne, ou aux deux jours ? De quelle façon et à quelle fréquence,

28 quelle était la fréquence de vos réunions ou rencontres ?

Page 6265

1 R. Ces réunions avaient lieu deux fois par semaine. Je voyais le

2 commandant tous les jours puisqu'il habitait à Zabrdje. Il venait voir ses

3 parents donc à Zabrdje. On prenait un café au commandement et voilà.

4 Q. Les autres commandants de compagnie assistaient à ces réunions aussi ?

5 R. Oui.

6 Q. Lorsque vous ne rencontriez pas votre commandant lors d'une réunion,

7 j'imagine que vous aviez des contacts réguliers avec le commandant du

8 bataillon, n'est-ce pas ?

9 R. Oui.

10 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je remarque l'heure,

11 mais je me demandais si vous vouliez peut-être prendre la pause.

12 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui, voilà, c'est l'heure de la

13 pause. Alors, nous allons prendre une pause de 20 minutes.

14 --- L'audience est suspendue à 15 heures 44.

15 --- L'audience est reprise à 16 heures 08.

16 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Sachdeva.

17 M. SACHDEVA : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

18 Q. Monsieur Krsman, avant la pause nous parlions des communications. Je

19 vous demandais si vous aviez des communications régulières avec le

20 commandant de votre bataillon. Vous avez répondu par l'affirmative. Sous

21 quelle forme se faisaient ces

22 communications ?

23 R. Nous avions des lignes téléphoniques reliées au commandant du

24 bataillon.

25 Q. Je suppose que chaque fois qu'il y avait nécessité pour vous de

26 communiquer avec le commandant de votre bataillon ou d'autres officiers au

27 sein du commandement du bataillon, vous pouviez le faire, n'est-ce pas ?

28 R. Oui.

Page 6266

1 Q. Vous aviez donc de bonnes communications avec le commandant de votre

2 bataillon, et je suppose que de même le commandant de votre bataillon avait

3 de bonnes communications avec sa hiérarchie supérieure, c'est-à-dire avec

4 le commandant de sa brigade n'est-ce pas ?

5 R. Je ne sais pas avec certitude, mais je pense que oui.

6 Q. Puis, si nous continuons dans la voie hiérarchique, le commandant de la

7 brigade avait des communications efficaces avec les membres du commandement

8 du corps d'armée, et ce, jusqu'au niveau du général Milosevic, n'est-ce pas

9 ?

10 R. Ça, vraiment, je n'en sais rien. Je connais ce qu'il en était jusqu'au

11 niveau du commandant du bataillon.

12 Q. En fait, vous avez passé quatre ans au poste de commandant de

13 compagnie. Je vous demande s'il est exact de dire que le Corps de Sarajevo-

14 Romanija était un corps qui fonctionnait de façon efficace; c'est bien ça ?

15 R. Etant donné le territoire que nous devions franchir pour aller de

16 Rajlovac jusqu'à Lukavica, par exemple, ce n'est pas ce que je dirais. Le

17 territoire affecté à notre corps d'armée de Sarajevo-Romanija était

18 tellement énorme que nous ne pouvions pas le couvrir en automobile en une

19 journée. Donc vous imaginez ce que cela signifie s'agissant de la nécessité

20 de relier tous ces secteurs. Je suis assez septique là-dessus.

21 Q. Mais si vous aviez des bonnes communications avec le commandant de

22 votre bataillon et que le commandant de votre bataillon avait probablement

23 de bonnes communications avec le commandant de sa brigade, cette situation

24 se serait retrouvée identique dans toute l'armée de la Republika Srpska,

25 n'est-ce pas ?

26 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Une seconde. Maître Tapuskovic ?

27 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, le témoin est

28 appelé à parler de ce qu'il connaît qu'avec certitude, alors qu'en ce

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1 moment on l'interroge dans un domaine qui relève davantage des conjectures,

2 et je ne pense pas que ce soit acceptable.

3 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui. Je pense que votre remarque a

4 quelques mérites.

5 Monsieur Sachdeva, posez une autre question, je vous prie.

6 M. SACHDEVA : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

7 Q. Monsieur Krsman, avez-vous à quelque moment que ce soit rencontré ou vu

8 Dragan Milosevic - je parle du général Dragan Milosevic - alors que vous

9 étiez commandant de compagnie ?

10 R. Je ne l'ai vu qu'une fois sur le plateau de Nisic au moment de

11 l'offensive, mais ce jour-là je n'ai pas parlé avec lui. Nous sommes

12 simplement passés près l'un de l'autre et c'est la seule fois où je l'ai

13 vu.

14 Q. Vous savez, n'est-ce pas, que le général se rendait sur le terrain pour

15 rencontrer régulièrement les commandants de sa brigade et les commandants

16 de compagnie, n'est-ce pas ?

17 R. Oui. Il est même venu chez-nous, mais hélas, je n'étais pas présent à

18 ce moment-là. Il allait souvent en première ligne à Rajlovac. Il nous

19 disait toujours de nous protéger, de ne pas tirer sur les positions d'en

20 face sans nécessité, d'économiser nos munitions et de protéger nos vies

21 ainsi que le territoire où nous vivions.

22 Q. Vous avez dit qu'il se rendait fréquemment sur la ligne de front, je

23 suppose que vous voulez parler de votre front. A quelle fréquence vous

24 rendait-il visite au front ?

25 R. Je ne sais pas exactement, mais je sais simplement qu'il était connu

26 comme étant un général qui s'occupait des hommes, qui prenait grand soin de

27 ses hommes. Je pense qu'il passait davantage de temps sur le front qu'au

28 poste de commandement.

Page 6268

1 Q. Oui. Il importait pour le général de se mettre au courant de la

2 situation militaire sur le terrain, n'est-ce pas, c'est la raison pour

3 laquelle il faisait ces voyages, ces visites ?

4 R. Oui. Mais en dehors de l'information sur la situation militaire, il

5 s'intéressait au fait de savoir comment nous vivions, si nous avions

6 suffisamment à manger, quelle était la situation de nos familles, si nos

7 familles étaient en sécurité. Il s'occupait aussi de cela en dehors de

8 l'aspect militaire, même si l'aspect militaire avait la priorité.

9 Q. Oui. Donc il s'occupait du moral des troupes ?

10 R. Entre autres choses, il élevait notre moral aussi.

11 Q. D'après vous, puisque vous étiez militaire, ce genre d'action de la

12 part d'un général faisait de lui un commandant performant, n'est-ce pas ?

13 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui, Maître Tapuskovic ?

14 Il est peu probable que je sois d'accord avec vous si vous vous apprêtiez à

15 élever une objection, mais dites ce que vous avez à dire.

16 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Je considère simplement qu'il n'est pas

17 autorisé de demander un avis personnel au témoin, une opinion.

18 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Il peut parler de ces questions. Il

19 était au commandement d'un certain nombre d'hommes lui-même.

20 Quelle est votre réponse à la question, Monsieur le Témoin ?

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Je répondrais simplement en demandant à

22 l'Accusation de me préciser le sens du terme "performant", "un général

23 performant."

24 M. SACHDEVA : [interprétation] Pas de problème.

25 Q. Ce que j'essaie de dire, c'est que le général, lorsqu'il faisait ses

26 visites sur le front, considérait qu'il était important pour lui de se

27 mettre au courant de la quantité de munitions dont disposait éventuellement

28 la brigade, et des nécessités sur le plan de l'arsenal militaire, donc que

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1 ses préoccupations étaient avant tout liées aux armes ?

2 R. Le général avait un service à sa disposition pour cette tâche. Il

3 recevait des renseignements du commandant de la brigade, Mais, à mon avis,

4 c'est qu'il voulait se mettre au courant d'un certain nombre de choses

5 personnellement, et je comprends tout à fait les raisons qui l'ait poussé à

6 se rendre sur le front. Ces motivations sont les mêmes pour n'importe quel

7 travail, mais elles s'appliquent plus spécialement encore au travail d'un

8 officier de l'armée.

9 Q. Très bien. D'accord. Je vais maintenant parler des armes dont disposait

10 votre compagnie. Je suppose que votre compagnie possédait des mortiers ?

11 R. Oui.

12 Q. Combien de mortiers et quels mortiers exactement possédiez-vous ?

13 R. Nous avions des mortiers de 60-millimètres, des mortiers de calibre 82

14 aussi, que nous avons remis au printemps 1994, date à laquelle nous n'avons

15 plus possédé de mortiers.

16 Q. Qu'en est-il des obusiers ou de canons antiaériens ? Est-ce que vous en

17 possédiez aussi ?

18 R. Non. En tant que compagnie, nous ne possédions pas ce genre d'armes.

19 Ces armes étaient au niveau des brigades et peut-être même seulement au

20 niveau des corps d'armée.

21 Q. Vous n'aviez pas de soutien d'artillerie; c'est ce que vous êtes en

22 train de nous dire ?

23 R. Je n'ai pas dit que nous n'avions pas d'appui ou de soutien. Je vous a

24 dit qu'au sein de la compagnie, nous ne possédions pas ces armes, et ce

25 faisant, je répondais exactement à votre question.

26 Q. Etes-vous en train de dire que vous aviez un appui d'artillerie ?

27 R. Dans le cas des attaques dont j'ai parlé un peu plus tôt dans ma

28 déposition, il nous était impossible de nous défendre uniquement avec des

Page 6270

1 armes d'infanterie. Donc à plusieurs reprises nous avons demandé un appui

2 de mortier et un appui des forces de l'artillerie, et nous avons reçu

3 chaque fois cet appui.

4 Q. Cet appui d'artillerie que vous avez demandé et reçu régulièrement,

5 revêtait-il la forme de chars et d'obusiers ?

6 R. Comme je l'ai déjà dit, après le printemps 1994, nous n'avions plus

7 rien à notre disposition, et jusqu'au printemps 1994, nous avions un char

8 abîmé qui nous servait de canon. Je crois me rappeler que nous avions une

9 batterie de canons B1. Quant aux obusiers, il n'était possible de les

10 utiliser qu'en dernier recours lors d'une attaque plus azimut.

11 Q. Lorsque vous parlez du printemps de 1994, je suppose que vous parlez de

12 l'accord conclu au sujet de la zone d'interdiction aérienne totale, n'est-

13 ce pas ?

14 R. Oui.

15 Q. Savez-vous, Monsieur Krsman, pourquoi cet accord sur la zone

16 d'interdiction totale a été signé ?

17 R. Croyez-moi, nous ne nous adonnions pas à la politique. Cet accord

18 d'ailleurs a été conclu avec difficulté, et il était difficile à

19 comprendre, car le rapport des forces entre nous et l'infanterie de l'ABiH

20 était de un à dix. Donc nous n'avions littéralement que des armes

21 d'infanterie pour nous défendre. Mais nous avons tout de même respecté cet

22 accord.

23 Q. Mais vous étiez à Sarajevo pendant toute la durée du conflit, n'est-ce

24 pas ?

25 R. Oui.

26 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Maître Isailovic, y a-t-il quelque

27 chose que vous aimeriez dire ?

28 Mme ISAILOVIC : [chevauchement] -- que le -- la dernière partie de la

Page 6271

1 phrase, donc, qui était faite par M. le Témoin était "On a respecté --"

2 M. LE JUGE ROBINSON : [aucune interprétation]

3 Mme ISAILOVIC : Juste une intervention sur la traduction, c'est-à-dire

4 plutôt le reflet de -- des dires de M. le Témoin dans le transcript parce

5 qu'il a fini. Donc c'est la ligne 20 où commence sa réponse, page 36 du

6 compte rendu. Donc il a dit à la fin de la phrase "On était -- on est resté

7 avec le -- seulement les armes d'infanterie, mais on a respecté cet

8 agrément." C'était la fin de la phrase. On peut vérifier par, je suppose,

9 audio enregistrement.

10 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je n'ai pas l'intention de vérifier

11 sur la cassette audio, mais je pense que, prenant note de ce que vous venez

12 de dire, Me Isailovic, nous pourrons maintenant poursuivre. Je vous

13 remercie.

14 M. SACHDEVA : [interprétation]

15 Q. Monsieur Krsman, je vous interrogeais au sujet des raisons qui avaient

16 justifié la conclusion de l'accord sur la zone d'exclusion totale. En tant

17 que militaire à Sarajevo pendant la guerre, vous étiez au courant de

18 l'incident du marché de Markale le

19 5 février 1994; n'est-ce pas ?

20 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Maître Tapuskovic ?

21 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] On interroge le témoin en qualité d'homme

22 qui se trouvait à Sarajevo, mais ce n'est pas dans la ville, dans le

23 centre-ville de Sarajevo qu'il se trouvait. La question n'est pas précise.

24 Il faudrait lui préciser un quartier de Sarajevo, un endroit, un lieu. Le

25 Procureur devrait préciser la nature exacte de sa question lorsqu'il lui

26 indique au préalable qu'il se trouvait à Sarajevo, selon ses termes.

27 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je ne comprends pas très bien ce que

28 vous voulez dire.

Page 6272

1 Monsieur le Témoin, où étiez-vous stationné ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] J'habitais à Rajlovac, sur une partie du

3 territoire qui était sous le contrôle de l'armée de la Republika Srpska. Je

4 n'étais pas dans la ville même de Sarajevo. Pendant toute la guerre, nous

5 nous sommes trouvés hors de la ville même, hors des limites de la ville.

6 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Bien. Veuillez, Monsieur Sachdeva,

7 tenir compte de cela dans vos questions, et vous pouvez reformuler votre

8 question.

9 M. SACHDEVA : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

10 Q. Monsieur Krsman, je maintiens toutefois ma question. Est-ce que vous

11 avez entendu parler de l'incident survenu au marché de Markale en février

12 1994 ?

13 R. Oui.

14 Q. Vous avez entendu, n'est-ce pas, qu'au cours de cet incident, 66 civils

15 à peu près ont été tués et 120 blessés. Vous avez entendu cela aussi; vous

16 l'avez appris aussi ?

17 R. Oui.

18 Q. Vous savez que le 8 [comme interprété] février 1994, l'accord

19 concernant la zone d'exclusion totale est entré en vigueur, n'est-ce pas ?

20 R. Oui.

21 Q. Selon cet accord, entre autres, ordre a été donné à l'ABiH de retirer

22 toutes les armes lourdes à une distance supérieure de

23 20 kilomètres, ordonné, entre autres, à l'armée des Serbes de Bosnie de

24 retirer toutes leurs armes lourdes à une distance supérieure à 20

25 kilomètres à partir du cur de la ville. N'est-ce

26 pas, vous étiez au courant de cela ?

27 R. Oui.

28 Q. Vous avez témoigné aujourd'hui en disant que s'agissant de vous et des

Page 6273

1 responsabilités qui étaient les vôtres à Rajlovac, vous avez respecté cet

2 accord et retiré toutes les armes lourdes au-delà de 20 kilomètres du cur

3 de Sarajevo; n'est-ce pas ?

4 R. Oui. Complètement.

5 Q. De même que vous l'avez fait, les autres commandants de compagnie ainsi

6 que les commandants de bataillon et de brigade ont également respecté cet

7 accord et retiré leurs armes lourdes à une distance supérieure de 20

8 kilomètres hors de Sarajevo; n'est-ce pas ?

9 R. Oui.

10 Q. Il était important pour vous de respecter cet accord précisément parce

11 que la FORPRONU était présente a Rajlovac, n'est-ce pas, à partir de 1993 ?

12 R. Pendant toute la durée de la guerre, la FORPRONU était présente à

13 Rajlovac, en particulier, à savoir que l'entrepôt principal contenant les

14 vivres destinés au centre de la ville se trouvait à cet endroit. Il était

15 dans notre intérêt de ne pas ouvrir le feu sur ces hommes, et nous ne

16 l'avons pas fait, à aucun moment.

17 Q. L'une des missions principales de la FORPRONU --

18 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Excusez-moi, Me Isailovic est

19 debout.

20 Mme ISAILOVIC : Excusez-moi, Monsieur le Président. Donc, c'est juste pour

21 le transcript, parce que moi, donc, j'essaie de voir un petit peu donc

22 d'utiliser donc cette possibilité de comprendre les trois langues, et donc,

23 la ligne -- page 39, ligne 9, donc ça reflète pas la réponse donnée par M.

24 le Témoin. Et si vous voulez, donc, je voudrais pas donner à sa place la

25 réponse, mais là il est écrit: "It was in our interest not to fire," au

26 FORPRONU. C'était pas dit du tout.

27 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je vais poser la question au témoin.

28 Qu'avez-vous dit ? Pouvez-vous le rappeler ?

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] J'ai dit que pendant toute la durée des

2 actions de guerre, les forces de la FORPRONU étaient stationnées à Rajlovac

3 pour une raison en particulier, à savoir que l'aide humanitaire qui devait

4 aller de l'aéroport jusqu'à Rajlovac était ensuite distribuée dans la ville

5 à partir de Rajlovac, et c'est la raison pour laquelle la FORPRONU était

6 là, pour effectuer des vérifications nécessaires. Elle a également effectué

7 les vérifications relatives aux armes lourdes, et notamment dans la période

8 où il fallait retirer ces armes à plus de 20 kilomètres de Sarajevo. Mais

9 nous n'avons jamais eu le moindre problème avec la FORPRONU.

10 [La Chambre de première instance se concerte]

11 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Donc, Monsieur le Témoin, dans votre

12 réponse antérieure, avez-vous dit ou n'avez-vous pas dit qu'il était dans

13 votre intérêt de ne pas tirer sur la FORPRONU ?

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Non.

15 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Qu'avez-vous dit sur cette question

16 ?

17 LE TÉMOIN : [interprétation] J'ai dit qu'il était dans notre intérêt que la

18 FORPRONU soit présente à cet endroit pour voir qui tirait, qui ouvrait le

19 feu en premier, et pour voir que nous, nous n'avons jamais ouvert le feu en

20 premier.

21 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je vois. Je vous remercie.

22 M. SACHDEVA : [interprétation]

23 Q. Monsieur Krsman, j'aimerais vous poser une question faisant suite à la

24 réponse précédente que vous avez faite au sujet de cette question sur la

25 FORPRONU et les armes lourdes. Etes-vous en train de dire dans votre

26 déposition qu'en qualité de commandant de compagnie, vous n'avez à aucun

27 moment reçu la moindre protestation ou la moindre plainte de la FORPRONU

28 relative à un écart par rapport à la nécessité de respecter l'accord sur la

Page 6275

1 zone d'exclusion totale ou par rapport à une quelconque violation de cet

2 accord ? C'est bien ce que vous dites aux Juges et à la Chambre ?

3 R. Oui.

4 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je demande

5 l'affichage sur les écrans du document 65 ter portant le numéro 00066.

6 Q. Monsieur Krsman, je vous indique que dans un instant vous allez avoir

7 devant vous, sur l'écran, un document, dont on attend l'affichage, et cela

8 me donne la possibilité de vous demander si vous savez, n'est-ce pas, que

9 les canons de calibre 20-millimètres montés sur des véhicules étaient

10 également interdits dans le cadre de cet accord sur la zone d'exclusion

11 totale, n'est-ce pas ? Vous le saviez ?

12 R. Oui.

13 Q. J'attends l'affichage de la version anglaise du document sur les

14 écrans. Monsieur Krsman, je vous prie de m'excuser, mais parfois il y a

15 quelques petits problèmes techniques.

16 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Est-ce bien le document ?

17 M. SACHDEVA : [interprétation] Oui, ce l'est.

18 Q. Monsieur Krsman, vous pouvez voir sur la page de garde de la version

19 dans votre langue que c'est un document qui vient du QG -- de la FORPRONU,

20 du siège du QG de Sarajevo; est-ce bien le cas ?

21 R. Oui.

22 Q. En bas, en bas de ce tableau, il est indiqué sujet, et c'est également

23 daté du 10 décembre 1994. Le voyez-vous ?

24 R. Oui.

25 Q. Si, Monsieur, vous voulez bien avoir la gentillesse de passer à la page

26 2 -- j'ai dû me tromper. Je crois que c'est la troisième page dans la

27 version en B/C/S qui nous intéresse ici.

28 Monsieur Krsman, vous voyez ici, au numéro 2, qu'il est indiqué :

Page 6276

1 "Violations de l'exclusion dans la zone d'exclusion totale" ?

2 R. Oui.

3 Q. Je vais lire ce qui est indiqué au 2(A) : "Dans la zone d'exclusion

4 totale de Sarajevo, à 10 heures 11, le 10 décembre 1994, une arme, un obus

5 de 20-millimètres, monté sur un camion, a été observé au point 843617. Une

6 protestation a été envoyée au Bataillon de l'armée serbe de Rajlovac."

7 Est-il, au vu de ce rapport, toujours votre position que vous n'avez

8 en aucun cas violé l'accord d'exclusion et reçu une protestation ?

9 R. Je ne sais pas qui a envoyé ça, mais tout ce qui est indiqué c'est

10 qu'il y avait un camion sur lequel était monté un canon. Donc, il n'y a eu

11 aucun coup de tirer. Je ne vois pas pourquoi en faire une protestation. Si

12 nous avions voulu le cacher, nous ne l'aurions pas montré de cette façon.

13 Peut-être que c'était quelque chose qui ressemblait à un canon, mais

14 honnêtement on n'aurait jamais transféré cela à 11 heures du matin, en

15 pleine rue, en pleine vue des uns et de autres, monté sur une remorque.

16 C'est très clair.

17 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Sachdeva, vous devriez nous

18 indiquer exactement quelle est la source et la provenance de ce document.

19 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai, me semble-t-il,

20 demandé au témoin de confirmer que c'était bien un document émanant des

21 Nations Unies, ce à quoi le témoin a répondu oui.

22 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Très bien.

23 M. SACHDEVA : [interprétation]

24 Q. Monsieur Krsman, j'entends bien votre réponse, mais l'accord ne disait-

25 il pas non seulement qu'on ne devait pas tiré de coups de feu de ces pièces

26 d'artillerie, mais également qu'elles devaient se trouver au-delà de la

27 limite des 20 kilomètres de la ville ?

28 R. Oui, je comprends bien, mais je suis en train de vous dire, cher

Page 6277

1 Monsieur, que si ce canon se trouve sur une remorque, vous avez une idée de

2 la taille d'une telle remorque, 20 tonnes, et je peux vous dire très

3 clairement qu'un canon de 20-millimètres ne s'est jamais trouvé sur une

4 telle remorque. Si ça a été vu, c'est sans doute qu'on était en train

5 d'enlever des canons qui n'étaient plus en activité, qu'on allait sans

6 doute emmener à la fonderie.

7 Q. Sur la base de quoi dites-vous que c'est une remorque ? Dans le

8 document, je lis que c'était monté sur un camion.

9 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Maître Tapuskovic ?

10 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Messieurs les Juges, en B/C/S la

11 traduction sur ce camion nous a indiqué "trailer truck," donc l'équivalent

12 de "trailer truck" est de "remorque". La question est de savoir si la

13 traduction est bonne ? Si l'on parle de camion remorque, on parle de

14 véhicule utilisé pour le transport et le déplacement, non pas juste un

15 camion. Ce qu'on a entendu, c'est le camion et les objets destinés -- c'est

16 bien un véhicule destiné à déplacer des objets lourds.

17 [La Chambre de première instance se concerte]

18 M. LE JUGE MINDUA : Je pense que ce document, il est des Nations Unies.

19 Quel est le texte qui fait autorité ? C'est le texte en B/C/S ou le texte

20 en anglais ? D'où vient en fait le document que -- parce que moi, j'ai deux

21 documents ici; un texte en B/C/S et un autre en anglais. Alors, les deux

22 traductions ne correspondent pas. Nous devons retourner au texte original,

23 à celui qui fait autorité. C'est lequel ?

24 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Juge, l'original, c'est le

25 document des Nations Unies, rédigé en anglais. C'est celui-là qui fait

26 autorité.

27 M. LE JUGE MINDUA : Bien. Alors, nous allons examiner celui-là.

28 M. SACHDEVA : [interprétation]

Page 6278

1 Q. Monsieur Krsman, le document des Nations Unies indique ici que ce canon

2 était monté sur un véhicule, sur un camion. Vous nous avez dit, vous, tout

3 à l'heure, que les canons montés sur des véhicules en mouvement étaient

4 parfaitement interdits dans la zone d'exclusion totale. C'est bien ce que

5 vous avez dit ?

6 R. Oui.

7 Q. Le Bataillon de Rajlovac, c'est bien le vôtre, n'est-ce pas ?

8 R. Oui.

9 Q. Avez-vous reçu une lettre de protestation des Nations Unies ? Est-ce

10 que vous vous en souvenez désormais ?

11 R. Non. Peut-être que le commandant du bataillon l'avait reçue, mais moi,

12 en tant que chef de compagnie, je n'ai jamais rien reçu.

13 Q. N'avez-vous jamais entendu parler du chef de commandant du bataillon

14 comme ayant reçu un tel document ?

15 R. Je n'en ai jamais entendu parler, puisque justement nous respections le

16 cessez-le-feu depuis décembre jusqu'au mois de juin 1995. Aucun coup de feu

17 n'a été tiré.

18 Q. Malgré ce document, votre témoignage reste ce qu'il était lorsque vous

19 nous l'avez donné au début, c'est-à-dire que vous n'avez pas violé ou plus

20 exactement que votre bataillon n'a pas violé l'accord sur la zone

21 d'exclusion totale ?

22 R. En fait, nous n'avons jamais tiré de coups de feu. Je vous dis

23 clairement et simplement que c'était sans doute un canon qui ne

24 fonctionnait plus qui a été mis sur cette remorque et qui était envoyé à la

25 casse.

26 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je vous demande

27 d'accepter le versement de cette pièce.

28 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui.

Page 6279

1 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce P760.

2 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je ne comprends pas pourquoi la

3 version en B/C/S confond un "camion" et un "semi-remorque."

4 M. SACHDEVA : [interprétation] Peut-être que l'Accusation pourrait

5 organiser ou mettre en place une nouvelle traduction, mais encore une fois

6 la pièce dont j'ai demandé le versement au dossier est en anglais. C'est ça

7 l'original.

8 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Non, ce n'est pas la peine. Ce n'est

9 pas nécessaire.

10 M. SACHDEVA : [interprétation]

11 Q. Monsieur Krsman, j'ai commencé à parler de la zone d'exclusion totale,

12 puisque vous avez commencé à nous parler de vos mortiers. Permettez-moi de

13 revenir aux armes plus précisément, non pas spécifiquement ou

14 nécessairement ceux dont vous aviez la responsabilité, mais ceux qui

15 étaient utilisés dans la brigade et dans votre bataillon.

16 Entre 1994 et 1995, j'imagine que vous avez entendu parler de ces

17 bombes aériennes modifiées ?

18 R. Je n'en ai jamais entendu parler. Je crois que dans notre compagnie et

19 dans notre bataillon on n'en a jamais eues et on n'en a jamais parlé.

20 Q. Mais, vous savez ce que c'est qu'une bombe aérienne modifiée, n'est-ce

21 pas ?

22 R. Je sais qu'est-ce une bombe aérienne, une bombe larguée. Je sais parce

23 que j'en ai vu à la télévision, mais je n'en ai jamais vu de près. En ce

24 qui concerne une bombe modifiée, je n'ai pas la moindre idée de ce que

25 c'est. Nous avions toutes sortes d'armes à notre disposition, mais ça, ça,

26 je n'en ai jamais vu.

27 Q. Voulez-vous avoir la gentillesse d'écouter ma question. Je ne vous

28 demande pas si vous en avez vu, je vous demande si vous savez. Les bombes,

Page 6280

1 c'est une bombe qui est larguée depuis un avion; c'est bien cela ? C'est

2 bien ce que vous êtes en train de me dire ?

3 R. Oui.

4 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Maître Tapuskovic ?

5 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Messieurs les Juges, il a déjà donné une

6 réponse. Si on lui pose la question : "Savez-vous ?" Il a déjà donné une

7 réponse. Pourquoi pouvez-vous lui demander ?

8 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui, mais, on va au-delà de la

9 question initiale. On progresse. On ne répète pas la même question.

10 Monsieur Sachdeva, vous avez la parole.

11 M. SACHDEVA : [interprétation]

12 Q. Monsieur le Témoin, vous venez de nous dire que ces bombes sont prévues

13 initialement pour être larguées depuis des avions. C'est bien ce que vous

14 nous avez dit ?

15 R. Oui.

16 Q. J'imagine que vous savez qu'entre 1994 et 1995, l'armée des Serbes de

17 Bosnie, et plus particulièrement la brigade dont vous faisiez partie, a

18 modifié ces bombes et en a tiré depuis la zone sous sa responsabilité. Vous

19 le savez, n'est-ce pas ?

20 R. C'est absolument inexact. J'en aurais entendu parler si ça avait été le

21 cas.

22 Q. Donc vous êtes en train de dire à ce Tribunal que si votre brigade, la

23 3e Brigade d'infanterie, avait eu à sa disposition ces bombes aériennes

24 modifiées, vous, commandant de compagnie, l'auriez su ?

25 R. J'en aurais au moins entendu parler, au moins entendu dire que ces

26 armes avaient été utilisées et tirées. Je peux vous dire que je n'en ai

27 jamais vu, et certainement pas dans la zone qui était sous la

28 responsabilité de ma compagnie, et je ne sais pas à quoi cela sert, comment

Page 6281

1 cela s'utilise et quelles pourraient en être les cibles.

2 Q. Vous, est-ce que vous savez que ces armes, ces bombes aériennes

3 modifiées, ne sont pas précises dans leur utilisation ?

4 R. J'ai déjà dit que je ne savais même pas à quoi cela ressemblait mais si

5 c'est modifié, j'imagine effectivement qu'elles sont peu précises. Mais je

6 ne sais pas à quoi ça ressemble, comment on les utilise, si on les largue,

7 si on les tire, si on les envoie. Je ne sais pas.

8 Q. Vous n'avez jamais entendu dire qu'on avait attaché des fusées à ces

9 bombes et qu'on les tirait depuis des camions ? Vous n'avez jamais entendu

10 parler de cela lorsque vous étiez chef de compagnie à Rajlovac ?

11 R. Jamais. C'est la première fois que j'en entends parler. C'est la

12 première fois de toute ma vie que j'en entends parler, et je n'en ai

13 toujours pas vu.

14 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] J'imagine donc que c'est la première

15 fois que vous entendez parler d'une bombe aérienne modifiée ? C'est bien ce

16 que vous êtes en train de nous dire, cher Monsieur, que vous entendez

17 parler pour la première fois ici, dans ce prétoire, de ce que des bombes

18 aériennes modifiées ont pu être utilisées. C'est-à-dire une bombe ordinaire

19 modifiée et lancée en y attachant des fusées. Est-ce que c'est bien ce que

20 vous êtes en train de nous dire, que c'est la première fois que vous en

21 entendez

22 parler ?

23 LE TÉMOIN : [interprétation] J'ai bien dit que c'était la première fois que

24 j'entendais parler de ce qu'on mettait des fusées derrière ces bombes, et

25 c'est la première fois que j'entends parler qu'elles étaient utilisées à

26 Rajlovac, dans ma zone de responsabilité. C'est la première fois que j'en

27 entends parler. J'ai déjà entendu le vocable "bombe modifiée," mais je n'en

28 ai jamais vu et nous n'en avons jamais utilisé dans notre bataillon pendant

Page 6282

1 la guerre.

2 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Sachdeva, vous avez la

3 parole.

4 M. SACHDEVA : [interprétation]

5 Q. Mais ces bombes ont bien été utilisées par votre brigade, n'est-ce pas

6 ?

7 R. Je ne le sais pas. En tout cas, pas par mon bataillon, ça c'est sûr.

8 Q. En fait, ces bombes modifiées ont été tirées depuis Butile, qui est

9 dans la zone de responsabilité de l'armée serbe de Bosnie, n'est-ce pas ?

10 R. Effectivement, c'est dans ce territoire, sous sa responsabilité, mais

11 je n'ai jamais entendu parler de cet événement.

12 Q. Vous savez que la tour de la télévision à Sarajevo a été touchée par

13 une telle bombe modifiée ? Vous le savez, j'en suis sûr.

14 R. J'en ai vu les images à la télé, effectivement, mais je ne sais pas

15 quelle arme et ce qui a touché exactement la tour de la télévision. Je

16 pense qu'il est impossible de le déterminer précisément.

17 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je voudrais qu'on

18 affiche désormais la pièce 65 ter 03191, le document 65 ter 03191.

19 Q. Monsieur Krsman, vous voyez désormais un document sur la droite de

20 l'écran intitulé "Sarajevo-Romanija Corps." Le voyez-vous ?

21 R. Je le vois.

22 Q. Etes-vous d'accord pour dire que c'est un document authentique émanant

23 du RSK ?

24 R. Oui.

25 Q. Dans la version B/C/S on voit bien la signature, que c'est la signature

26 de Cedomir Sladoje, le chef d'état-major, n'est-ce pas ?

27 R. Oui.

28 Q. Je voudrais vous accorder quelques instants pour que vous puissiez lire

Page 6283

1 ce document, mais pour ne pas perdre trop de temps, je crois qu'il est

2 évident que ce document donne l'ordre d'approvisionner cinq pièces

3 modifiées, cinq bombes, trois bombes de 105 kilos et deux de 250, et de les

4 apporter à la 3e Brigade de Sarajevo, c'était la vôtre d'ailleurs; c'est

5 bien cela ?

6 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Tapuskovic ?

7 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Me permettez-vous ?

8 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui, bien sûr, allez-y.

9 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Je sais exactement ce que cela dit dans ma

10 langue, et je peux vous dire effectivement, cela indique que c'est très

11 urgent. Ce n'est pas un ordre. Cela indique que c'est à transmettre de

12 toute urgence. Ce n'est pas un ordre à proprement parler, c'est pourtant ce

13 qu'on a dit au témoin.

14 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Très bien, nous en prendrons bonne

15 note.

16 Monsieur Sachdeva, je ne vois pas où est indiqué que ce sont des bombes

17 aériennes modifiées.

18 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, dans le courant de

19 son procès, il y a eu des témoignages selon lesquels les bombes aériennes

20 modifiées utilisées à Sarajevo étaient connues sous le vocable "FAB," qui

21 est repris ici dans ce document. Cela a déjà été dit dans le courant de ce

22 procès.

23 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui. Mais comment partir du

24 présupposé que le témoin connaisse parfaitement quels sont les témoignages

25 qui ont été apportés à ce Tribunal ?

26 M. SACHDEVA : [interprétation] Je suis en train de proposer au témoin que

27 les FAB 105 et FAB 250 sont en fait les armes modifiées qui ont été livrées

28 à sa brigade.

Page 6284

1 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui. Comment réagit-il ?

2 Maître Tapuskovic, vous avez la parole.

3 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Je redis ce que j'ai déjà dit. FAB 250 et

4 FAB 105 kilos, c'est une bombe aérienne. Nulle part il n'est fait référence

5 à des bombes modifiées. Au contraire, si c'est modifié, cela devrait

6 apparaître et ce devrait être dit très clairement dans le texte. Nulle part

7 il n'y a de référence précise au fait que ce soit des bombes modifiées. Je

8 crois que c'est cela que nous sommes en train de remettre en cause.

9 [La Chambre de première instance se concerte]

10 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Sachdeva, je voudrais

11 désormais que vous reposiez la question de façon très claire, de façon à ne

12 pas détourner le document tel qu'il est présenté. Puisque dans le document

13 à proprement parler, il n'est fait à aucun moment référence à une bombe

14 modifiée, peut-être voudriez-vous reposer la question.

15 M. SACHDEVA : [interprétation] Très bien, Monsieur le Président.

16 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Je voudrais rajouter quelque chose à

17 ce que le Président vient de dire. Je crois qu'il est très peu clair quant

18 aux destinataires de ces bombes, qu'elles soient ou non modifiées

19 d'ailleurs. D'après ce que je lis, il est indiqué qu'elles doivent être

20 livrées à la 1ère Brigade et non pas à la 3e, et qu'au contraire le

21 commandant de la 3e Brigade doit juste recevoir l'information de ce que ces

22 bombes ont été livrées à la 1ère Brigade. Et si j'ai bien compris, le témoin

23 était le commandant d'une compagnie relevant de la 3e Brigade.

24 M. SACHDEVA : [interprétation] Je crois comprendre quelque chose de

25 légèrement différent. L'ordre - mais je ne veux pas dire que c'est un

26 ordre.

27 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Il est pourtant indiqué que c'est un

28 ordre. Il semble indiquer ici que ça doit être livré à la 1ère Brigade comme

Page 6285

1 un ordre.

2 M. SACHDEVA : [interprétation] Le document semble avoir effectivement été

3 envoyé pour information à la 3e Brigade. Et pourtant il est indiqué un peu

4 plus loin, qu'effectivement, que les pièces suivantes doivent être données

5 à la 3e Brigade.

6 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Toutes mes excuses, je ne l'avais pas

7 vu.

8 M. SACHDEVA : [interprétation] Je vais reprendre ma question en la

9 formulant légèrement différemment.

10 Q. Vous voyez ici un document qui demande le transfert de trois pièces de

11 FAB 105 et deux pièces de FAB 250, soient transférées immédiatement à la 3e

12 Brigade de Sarajevo. Vous le lisez, n'est-ce pas ?

13 R. Je vois ici, au point 1, FAB 105 kilos, trois unités; puis deuxièmement

14 FAB 205 kilogrammes, deux unités. Honnêtement, si vous ne me l'aviez pas

15 dit, je n'aurais pu, en aucune façon, imaginé que c'étaient des bombes

16 aériennes. Et pourtant c'est tout ce qui est indiqué ici.

17 Q. Bien, vous saviez donc que la 3e Brigade avait à sa disposition dans

18 son arsenal ces FAB ?

19 R. Non, c'est inexact. Je vous dis très clairement --

20 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Maître Tapuskovic ?

21 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Je n'ai rien dit il y a quelques instants,

22 mais mon cher collègue de l'Accusation utilise les termes suivants : "il

23 est exigé," "il est ordonné." Mais ce n'est pas le cas. La question qu'on

24 lui a posée est tout à fait hypothétique.

25 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je crois effectivement que c'est une

26 interprétation de l'anglais. Il est indiqué ici, "vous devez transmettre

27 immédiatement les équipements suivants." Est-ce que ce n'est pas ce que ça

28 dit en B/C/S ?

Page 6286

1 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, ce sont des

2 linguistes qui pourraient régler ce problème. Je ne veux pas m'étendre sur

3 cette question. C'est peut-être beaucoup plus strict dans notre langue. Je

4 crois que nous ne devrions pas remplacer des termes par d'autres. S'il est

5 indiqué immédiatement, nous savons ce que ça veut dire. Je crois qu'il ne

6 faut pas faire de l'interprétation et de rajout de mots. On ne doit pas

7 parler de "devoir" ou "d'ordre" puisqu'ils ne se trouvent pas dans

8 l'original.

9 L'INTERPRÈTE : Pour la traduction des deux premières lignes : sur la base

10 de la décision du commandement du Corps de Sarajevo-Romanija, transmettre

11 immédiatement à la 3e Brigade les pièces d'équipement matériel suivant, et

12 cetera, et cetera. Note de l'interprète qui connaît le B/C/S.

13 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je ne suis pas sûr, mais

14 effectivement, il est indiqué "qu'il faut transmettre immédiatement."

15 Monsieur Sachdeva, vous avez -- donc du coup ça ressemble parti --

16 M. SACHDEVA : [interprétation]

17 Q. Vous en aviez ou pas des bombes aériennes ?

18 R. Je ne sais pas si la traduction est exacte, mais nous avions un

19 bombardier.

20 L'INTERPRÈTE : Nous avons entendu un - est-ce que c'est bombe ou bombardier

21 ?

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Nous n'avions pas de bombardier.

23 M. SACHDEVA : [interprétation]

24 Q. Etes-vous bien en train de dire que vous n'aviez pas de bombardier ?

25 R. Comment est-ce qu'une compagnie peut avoir un bombardier ?

26 Q. Votre brigade non plus n'en avait pas, n'est-ce pas ?

27 R. Oui, effectivement.

28 Q. Donc, si ces FAB sont bien des bombes aériennes, vous n'alliez pas les

Page 6287

1 larguer depuis des avions donc ?

2 R. J'imagine que non, effectivement.

3 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je souhaite verser

4 cette pièce au dossier.

5 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Elle sera admise.

6 M. LE GREFFIER : [interprétation] Sous la cote P761.

7 M. SACHDEVA : [interprétation]

8 Q. Monsieur Krsman, lors de l'interrogatoire principal, en réponse à

9 une question, vous avez parlé d'observateurs. Vous vous souvenez de cela ?

10 R. Oui.

11 Q. Si je ne m'abuse, vous avez dit que votre compagnie ou votre bataillon

12 était composé d'observateurs ou avait en son sein des observateurs. Vous

13 aviez des observateurs déployés sur le terrain; est-ce que c'est exact ?

14 R. Oui.

15 Q. Concernant les mortiers, vous savez très bien que l'emploi

16 d'observateurs est tout à fait typique pour choisir les cibles, n'est-ce

17 pas ?

18 R. Ces observateurs, en fait, nous ne nous servions pas de ces personnes

19 pour rien de spécial. Je ne vois pas le sens de votre question.

20 Q. Mais vous avez des observateurs sur le terrain; n'est-ce pas, c'est des

21 personnes qui vous informaient par voie radio. Ils informaient le personnel

22 qui s'occupait d'armes, les servants, par exemple, d'armes.

23 R. Non, jamais. Nous n'avions pas de personnes qui transmettaient ce genre

24 de message par voie radio. Est-ce que vous pensez aux observateurs des

25 Nations Unies ? Je ne comprends pas.

26 Q. Mais non. Je parle de ce que vous avez dit un peu plus tôt lorsque vous

27 avez mentionné que vous aviez des observateurs sur le terrain qui donnaient

28 de l'information concernant l'endroit où se trouvait l'ennemi. Vous

Page 6288

1 souvenez-vous d'avoir dit cela ? Je résume ce que vous avez dit, mais c'est

2 quelque chose dans ce sens-là, n'est-ce pas, que vous aviez répondu à la

3 question ?

4 R. Oui. Mais pour moi, ce sont des personnes qui ne font que regarder ou

5 observer. En B/C/S, "obs --" [imperceptible].

6 Q. [aucune interprétation]

7 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Excusez-moi, je vois que Mme

8 Isailovic s'est levée.

9 Mme ISAILOVIC : Donc, il y a -- il y a une différence. Donc, je cherchais

10 le mot en français, donc utiliser. C'est plutôt la reconnaissance, et je ne

11 suis pas sûre en anglais, parce que je ne connais pas complètement --

12 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je vous remercie, Madame Isailovic.

13 Monsieur Sachdeva ?

14 M. SACHDEVA : [interprétation]

15 Q. Monsieur Krsman, lorsque ces personnes effectuaient ce travail de

16 reconnaissance pour trouver l'endroit où se trouvait l'ennemi, cette

17 information était transmise au commandement; n'est-ce pas ?

18 R. Oui.

19 Q. Et tout comme votre compagnie, votre bataillon était muni de ces

20 personnes qui effectuaient la reconnaissance, vous serez d'accord avec moi

21 que d'autres brigades, d'autres bataillons au sein de la SRK se servaient

22 aussi de personnes affectées à la reconnaissance pour trouver ou repérer

23 les cibles ?

24 R. Je sais que pour mon bataillon je me suis souvent rendu sur les lignes

25 pour observer les lignes. Pour les autres bataillons, je ne le sais pas. Je

26 ne veux pas m'avancer car je ne suis pas sûr s'ils en avaient ou pas.

27 Q. Vous avez également parlé, lorsque je vous ai demandé de me parler de

28 pelotons de sections, vous nous avez expliqué que votre compagnie était

Page 6289

1 composée de trois sections. Vous souvenez-vous d'avoir dit cela aux Juges

2 de cette chambre ?

3 R. Oui.

4 Q. Et chaque section était composée de combien d'hommes ?

5 R. Chaque section était composée de 50 à 60 hommes, dépendamment de

6 personnes blessées, par exemple. Donc, en tout, environ 60, 50 ou 60

7 personnes.

8 Q. Et à l'intérieur d'une section, il y avait des personnes qui avaient

9 pour tâche -- enfin, qui étaient spécialisées en tirs -- des tireurs

10 embusqués. Il y avait donc des tireurs embusqués.

11 R. Oui. Nous n'avions pas, au sein de la Brigade de Rajlovac, de tireurs

12 embusqués. Nous n'aurions pas pu nous servir de tireurs embusqués, de toute

13 façon.

14 Q. Mais à l'intérieur de votre brigade il y avait des tireurs embusqués;

15 n'est-ce pas ?

16 R. Je sais que les tireurs embusqués sont des personnes qui ont une

17 formation particulière. Ce sont des personnes qui ont des tâches

18 particulières, alors que pour ce qui est de notre brigade, je peux vous

19 affirmer -- ou pour ce qui est de notre bataillon, je peux vous affirmer

20 avec certitude qu'il n'y avait pas de tireurs embusqués. Mais pour ce qui

21 est de la brigade, même si je doute qu'il y ait eu des tireurs embusqués,

22 je ne peux pas vous l'affirmer ou vous l'infirmer. Il faudrait poser cette

23 question à quelqu'un d'autre.

24 Q. Très bien. Donc, passons maintenant -- enfin, ne parlons pas de tireurs

25 embusqués en tant que tels, mais au sein de votre bataillon, il y avait des

26 hommes d'infanterie avec des fusils, avec des mitraillettes; n'est-ce pas ?

27 R. Les membres de notre bataillon étaient munis d'armes légères, de

28 fusils, alors que les mitrailleuses se trouvaient sur des points

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1 particuliers, et eux, ils n'étaient pas transportés sur la ligne. Donc ces

2 armes-là n'étaient pas transportées sur la ligne.

3 Q. Est-ce que vous êtes en train de nous dire que votre compagnie ainsi

4 que les autres compagnies n'ont jamais utilisé de tireurs embusqués ou de

5 personnes qui avaient cette formation et qui auraient pu faire partie de la

6 brigade ?

7 R. Ce n'était ni nécessaire, nous n'étions pas non plus dotés de tireurs

8 embusqués, nous n'en avions pas, car comme j'ai déjà expliqué lors de

9 l'interrogatoire, nous étions dans une vallée, et donc cela ne servait

10 absolument à rien d'avoir des tireurs embusqués.

11 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je souhaiterais

12 demander que l'on affiche le document 65 ter 02197.

13 Q. Monsieur Krsman, vous voyez bien ici qu'il s'agit d'un document, c'est

14 un rapport sur un ordre émanant de l'infanterie de la Brigade de Sarajevo,

15 et c'est un document qui date du 15 janvier 1995 ?

16 R. Oui.

17 Q. Et le commandant, en fait, était Dragan Josipovic. C'est ce que vous

18 avez dit aux Juges de cette Chambre, n'est-ce pas, au document du 5 janvier

19 1995 ?

20 R. Oui.

21 M. SACHDEVA : [interprétation] Je demanderais à l'Huissier de prendre la

22 dernière page, de passer à la dernière page dans les deux versions, s'il

23 vous plaît.

24 Q. Vous voyez vers le bas de la page un tampon avec le nom Dragan

25 Josipovic, lieutenant-colonel Dragan Josipovic. Voyez-vous cela ?

26 R. Oui.

27 Q. C'est un document qui est valide, qui est authentique, n'est-ce pas ?

28 R. Je présume que oui.

Page 6291

1 M. SACHDEVA : [interprétation] Pourrait-on passer à l'avant-dernière page.

2 C'est la page qui précède celle-ci. Pourriez-vous l'afficher, je vous prie.

3 Q. Voyez-vous, juste en haut de la liste, au-dessus de cette liste,

4 l'endroit où on dit : "Nous recommandons les personnes suivantes pour une

5 formation de tireurs embusqués," et il y a des noms qui sont énumérés. On

6 parle de Miroslav, de Slavko Peric, d'Aleksandar Jokic, de Zoran --

7 L'INTERPRÈTE : L'interprète n'a pas saisi le nom de famille.

8 M. SACHDEVA : [interprétation]

9 Q. Voyez-vous cela ?

10 R. Oui.

11 Q. Donc vous êtes d'accord avec moi pour dire que c'est un document qui a

12 été signé par le commandant de la 3e Brigade d'infanterie recommandant des

13 personnes se trouvant au sein de son commandement pour suivre une formation

14 de tireur embusqué ? Est-ce que vous êtes d'accord avec moi, que c'est ce

15 que l'on lit sur ce document ?

16 R. C'est un document qui énumère une série de tâches que doivent effectuer

17 les instructeurs, et l'une de ces tâches est de former les tireurs

18 embusqués, mais je ne connais absolument aucune de ces quatre personnes. Il

19 y avait une femme aussi. Il y a même Ivetic Miroslavka. C'est un nom de

20 femme.

21 Q. Donc, vous seriez d'accord avec moi pour dire que la 3e Brigade

22 d'infanterie avait des tireurs embusqués, des personnes formées pour

23 effectuer des tâches de tireurs embusqués, parmi d'autres, n'est-ce pas ?

24 Vous seriez d'accord avec moi quand même.

25 R. Ici, on peut lire qu'on planifie envoyer ces personnes afin de suivre

26 une formation, mais je ne sais pas si ces derniers ont suivi cette

27 formation ou pas, puisqu'à la lecture de ce document on ne peut pas le

28 voir. Et de un. Et de deux, probablement que, dans les structures

Page 6292

1 militaires, il y a des tireurs embusqués au sein d'une armée. Ce n'est pas

2 inhabituel, mais je sais que nous, nous n'en avions pas.

3 Q. J'essaie simplement de comprendre votre réponse. Est-ce que vous êtes

4 encore en train d'affirmer qu'il n'y avait absolument pas de tireurs

5 embusqués au sein de la 3e Brigade d'infanterie ?

6 R. Comme je l'ai dit, et je le maintiens, au sein de mon bataillon, il n'y

7 avait pas de tireurs embusqués et il n'y avait surtout pas de personnes qui

8 tiraient à partir d'un fusil à lunette. Donc, je ne sais pas du tout si ces

9 personnes avaient suivi une formation. Il y avait beaucoup d'ordres qui

10 avaient été donnés, mais très souvent il arrive que ces ordres ne soient

11 pas du tout effectués ou menés à bien puisque -- que l'on ne se plie pas

12 aux ordres, soit parce qu'il y a une attaque, ou parce qu'on n'a pas le

13 temps ou parce que quelque chose d'autre arrive. Voilà.

14 Q. Très bien, merci.

15 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je demanderais que ce

16 document soit versé au dossier.

17 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Le document est versé au dossier.

18 M. LE GREFFIER : [interprétation] En tant que pièce P762, Monsieur le

19 Président, Messieurs les Juges.

20 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je remarque l'heure

21 et je me demande si vous aimeriez prendre une pause. Je ne sais pas si

22 l'heure de la pause vous convient.

23 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Je crois que la pause est plutôt à -

24 - je crois que c'est à moins 25.

25 M. SACHDEVA : [interprétation] Voila, excusez-moi.

26 M. LE GREFFIER : [interprétation] Monsieur le Président, j'aimerais avoir

27 une précision pour le compte rendu d'audience. Il semblerait que le

28 document 65 ter qui porte le numéro 02197 que nous avions versé au dossier

Page 6293

1 en tant que pièce P762 a déjà été versé au dossier sous la cote P682.

2 [La Chambre de première instance se concerte]

3 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] M. le Greffier va s'en occuper.

4 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je voulais que l'on

5 affiche un document, et j'ai déjà informé en fait la Défense que ce

6 document ne figurait pas sur ma liste initiale. Après en avoir informé la

7 Défense, ils n'avaient pas d'objection à ce que ce document soit affiché.

8 Est-ce que je pourrais avoir votre aval également, Monsieur le Président ?

9 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Certainement.

10 M. SACHDEVA : [interprétation] Je demanderais que l'on affiche le document

11 65 ter 03208. Pourriez-vous afficher ce document, s'il vous plaît ?

12 Q. Est-ce que vous voyez ceci à l'écran ?

13 R. Oui.

14 Q. Est-ce que vous voyez que le document est adressé au -- ou provient,

15 plutôt, du Corps de Romanija-Sarajevo, et il est indiqué également que

16 l'état-major de l'armée serbe -- de la VRS, en est informé également ?

17 R. Oui.

18 Q. Le document semble avoir été rédigé par le colonel Bosko Pasic, le

19 commandant adjoint chargé du renseignement -- de l'approvisionnement; est-

20 ce c'est bien cela ?

21 R. Oui.

22 Q. Le texte dit : "Sur la base d'une conversation effectuée avec le

23 général Mladic, le commandant de l'armée de la SR BiH, nous vous demandons

24 de fournir l'équipement suivant pour les besoins suivants de la Brigade de

25 Rajlovac; 50 uniformes de camouflage, huit fusils à lunette, et 20

26 pistolets." Vous voyez cela ?

27 R. Oui.

28 Q. Et en fait la Brigade de Rajlovac était votre brigade à vous, n'est-ce

Page 6294

1 pas ? Vous étiez membre de la Brigade de Rajlovac, n'est-ce pas ?

2 R. Oui.

3 Q. Monsieur, si je vous disais que vous aviez effectivement des tireurs

4 embusqués, vous seriez d'accord avec moi, j'imagine ?

5 R. Nous n'avions absolument pas de tireurs embusqués. Je peux vous

6 affirmer que mon bataillon, et surtout ma compagnie, n'a jamais disposé de

7 tireurs embusqués, n'a jamais déployé des tireurs embusqués sur les lignes

8 pendant toute la durée de la guerre, qui a duré quatre ans. Pour ce qui est

9 du colonel Bosko Pasic, je ne l'ai jamais vu. Je ne le connais pas. C'est

10 le début de la guerre et l'on demande à ce que ces approvisionnements

11 soient envoyés à quelqu'un, mais je ne sais pas si ça a été fait ou non. Je

12 n'ai pas vu de pistolets du tout pendant toute la durée de la guerre. J'ai

13 peut-être vu deux pistolets chez deux officiers et c'est tout. Je ne

14 connais pas le colonel Bosko Pasic, mais je connais le général Mladic, même

15 si je ne l'ai jamais vu.

16 Q. Donc, malgré tout ceci, tout ce qui est écrit sur ce document, le

17 document précédent, vous affirmez encore qu'il n'y avait pas de tireurs

18 embusqués dans votre brigade ?

19 R. Je le répète de nouveau : dans mon bataillon, il n'y avait absolument

20 pas de tireurs embusqués. Je peux l'affirmer également pour ce qui est de

21 mon bataillon, de ma compagnie.

22 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je demanderais que ce

23 document soit versé au dossier.

24 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui.

25 M. LE GREFFIER : [interprétation] Oui, en tant que pièce P763.

26 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Tapuskovic, je vous écoute.

27 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Je vous demanderais de faire attention au

28 temps utilisé par l'Accusation, car je sais que nous avons été également

Page 6295

1 limités par le temps, donc il faudrait faire attention au temps imparti à

2 l'Accusation. Nous avions, nous, un temps limité, tout comme le Procureur.

3 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui, justement je m'apprêtais à le

4 faire. Monsieur Sachdeva, on vous a alloué une heure et 30 minutes, et vous

5 avez employé jusqu'à maintenant environ une heure et 20 minutes.

6 M. SACHDEVA : [interprétation]

7 Q. Monsieur Krsman, je voudrais vous demander de nous parler de la zone de

8 responsabilité de votre brigade, de la 3e Brigade d'infanterie. C'est exact

9 de dire, n'est-ce pas, que votre zone de responsabilité allait de Rajlovac

10 vers l'ouest, nord-ouest, jusqu'à --

11 L'INTERPRÈTE : L'interprète n'a pas saisi le nom.

12 M. SACHDEVA : [interprétation]

13 Q. -- et comprenait la Brigade à Mirkovici, n'est-ce pas ?

14 R. Oui.

15 Q. Votre zone de responsabilité comprenait également une élévation connue

16 sous le nom de Spicasta Stijena ?

17 R. Oui, j'en ai entendu parler, mais je ne me suis jamais rendu sur ces

18 positions.

19 Q. Mais vous savez que Spicasta Stijena est une crête et qu'il y a un

20 endroit en dessous qui s'appelle Grdonja [phon], est-ce que vous le savez,

21 au pied de cette montagne ?

22 R. Je ne sais vraiment pas. Croyez-moi, je ne suis jamais allé là-bas de

23 ma vie.

24 Q. Vous avez dit que vous aviez entendu dire que le Corps de Sarajevo-

25 Romanija effectuait le contrôle sur Spicasta Stijena, n'est-ce pas ? C'est

26 ce que vous aviez entendu.

27 R. Oui.

28 Q. Et même si vous ne vous êtes jamais rendu personnellement à cet

Page 6296

1 endroit, la localité de Spicasta Stijena permettait d'observer, d'avoir un

2 bon point de mire sur la ville de Sarajevo ?

3 R. Je ne sais pas, parce que si je le savais, je vous l'aurais dit.

4 Q. Vous aviez également entendu dire que les soldats de la SRK qui avaient

5 le contrôle de Spicasta Stijena tiraient sur les civils et le village de

6 Sedrenik et touchaient des civils. C'étaient des tireurs embusqués qui

7 étaient positionnés à ces endroits-là ?

8 R. C'est quelque chose que j'avais entendu aux informations, de la

9 propagande musulmane, mais je n'avais jamais entendu ceci de nos officiers

10 ou de qui que ce soit. Je n'ai aucune connaissance de cela.

11 Q. J'imagine que vous regardiez le journal télévisé sur une base

12 quotidienne ou de façon régulière ?

13 R. Lorsque j'étais libre, oui. Quand il y avait du courant et de

14 l'électricité.

15 Q. J'imagine que vos collègues et les autres soldats regardaient également

16 le journal télévisé ?

17 R. Cela dépendait. Certaines personnes, oui, d'autres personnes, non.

18 Q. Est-ce que l'on peut dire que vous et vos collègues saviez ce qui se

19 passait à Sarajevo ? Vous aviez connaissance du fait que des civils avaient

20 été tués à Sarajevo, que l'on tuait des civils à Sarajevo ?

21 R. Puisque c'était la guerre, et puisque notre population et leur

22 population ont fait l'objet de tir, leurs soldats, nos soldats également,

23 perdaient la vie. Dans une guerre on perd la vie, on meurt. Je ne sais

24 vraiment pas combien de personnes ont été tuées en général, mais je sais

25 combien il y avait de personnes de notre côté. Selon les informations

26 obtenues par la télévision musulmane, si l'on croyait aux chiffres qu'ils

27 avançaient, il n'y aurait pas suffisamment d'habitants en Bosnie-

28 Herzégovine pour que l'on puisse dire que nous les ayons tués de façon nous

Page 6297

1 les avions tués. Ces allégations qu'on en ait tué ces personnes n'auraient

2 pas pu se faire puisqu'on avançait un chiffre supérieur de personnes qui

3 habitaient sur ce territoire.

4 Q. Je ne vous demande pas de parler de chiffres. Je vous demande

5 simplement de nous dire si vous aviez entendu ceci aux informations, par

6 exemple, le journal télévisé, pour ce qui est de la ville de Sarajevo ?

7 R. Nous écoutions les deux bulletins télévisés, enfin les deux chaînes.

8 Ils montraient des civils tués. Sur nos chaînes à nous, nous pouvions voir

9 qu'il y avait des enfants qui avaient été tués à Grbavica, à Mirkovici, à

10 Ilidza, à Rajlovac, et j'imagine que c'était également le cas à Sarajevo.

11 Je ne sais pas. Je n'étais pas là.

12 Q. Mais, de toute façon, n'est-il pas exact de dire qu'à Sarajevo, puisque

13 la SRK, vos collègues et les soldats tiraient dans la ville, il y avait des

14 morts.

15 R. Ma section, ma compagnie, mon bataillon n'a jamais tiré sur des civils.

16 Nos cibles étaient uniquement des cibles militaires, des objectifs

17 militaires appartenant aux membres de l'ABiH, et les positions depuis

18 lesquelles on tirait avec toutes les armes possibles, indépendamment du

19 lieu où se trouvaient ces installations avec les armes. C'étaient nos

20 cibles.

21 Q. Donc, si j'ai bien compris votre réponse, si l'ennemi tirait en votre

22 direction, vous ripostiez indépendamment de la position depuis laquelle

23 l'ennemi tirait sur vous. Est-ce que c'est ce que vous nous dites ?

24 R. Si l'ennemi avait tiré, si un canon tirait depuis une position qui

25 avait été reconnue par notre observateur, nous tirions dans cette

26 direction-là. Dans la zone de responsabilité de mon bataillon, il n'y avait

27 de civils. Il n'y avait pas de civils à deux ou trois kilomètres à la

28 ronde. De cet endroit-là, nous ne pouvions pas voir depuis nos positions.

Page 6298

1 Nous ne pouvions même pas voir les premières lignes de maisons. Nous

2 pouvions seulement voir leurs tranchées. Donc, nous ne pouvions pas tirer

3 sur des civils, puisqu'il n'y en avait pas à cet endroit-là.

4 Q. N'y avait-il pas une mosquée dans votre zone de responsabilité ? Tout

5 du moins, il y avait une mosquée que vous pouviez voir ?

6 R. Bien sûr que oui. Elle est encore là, aujourd'hui. Non pas dans ma zone

7 de responsabilité, mais à Sokolj, dans la colline qui se trouve au-dessus

8 de nous.

9 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Sachdeva, est-ce que vous

10 allez terminer bientôt ?

11 M. SACHDEVA : [interprétation] Je crois que j'aurais besoin d'encore 10

12 minutes. Je sais que j'ai déjà dit cela il y a quelques instants, mais

13 j'aurais encore besoin de 10 minutes.

14 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Bien. Nous prendrons notre pause

15 maintenant.

16 --- L'audience est suspendue à 17 heures 35.

17 --- L'audience est reprise à 18 heures 01.

18 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Sachdeva, veuillez

19 poursuivre, je vous prie.

20 M. SACHDEVA : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

21 Q. Monsieur Krsman, encore un point, pour finir. Avant la pause, je vous

22 ai posé la question suivante, je cite : "Ou que vous vous trouviez, je

23 conclus d'après votre réponse que si l'ennemi tirait sur vous, vous

24 ripostiez, nonobstant l'état de la situation; c'est bien cela ? C'est ce

25 que vous avez dit, n'est-ce pas ?"

26 Et votre réponse consistait à dire que si un camion tirait sur une

27 position identifiée par votre observateur, vous preniez ce lieu pour cible

28 le lieu d'où le camion avait tiré. A

Page 6299

1 Vous vous rappelez avoir dit cela dans votre déposition ?

2 R. Oui, tout à fait, précisément.

3 Q. Et c'est une façon de procéder que vous avez continué à mettre en uvre

4 pendant toute la guerre, y compris en 1994 et 1995, n'est-ce pas ?

5 R. En 1994 et 1995, nous n'avions pas d'armes lourdes susceptibles de

6 viser ces positions.

7 Q. Mais alors qu'est-ce que vous diriez ? Quelles armes utilisiez-vous ?

8 R. Nous appelions le commandant du bataillon, ce commandant de bataillon

9 appelait le commandant de brigade, et les hommes qui étaient sous le

10 commandement de la brigade étaient utilisés pour viser la cible en

11 question.

12 Q. De quelles armes s'agissait-il ?

13 R. Cela dépendait des hommes qui avaient tiré à partir de leur position.

14 Si c'était un canon qui avait tiré, nous ripostions avec un canon. Si

15 c'était un mortier qui avait tiré, nous nous efforcions de le localiser

16 d'abord et nous ripostions à l'aide soit d'un canon, soit d'un mortier.

17 Q. Quels étaient les mortiers avec lesquels vous ripostiez ?

18 R. Eux avaient un mortier sur leur position, un mortier qui était monté

19 sur un véhicule et qui changeait de position très souvent, donc nous

20 attendions de voir apparaître ce mortier, et dès lors que ce mortier

21 engageait le combat, qu'il tirait un obus, nous tirions sur ce mortier à

22 l'aide d'un canon B-1.

23 Q. Vous dites que vous utilisiez également des mortiers pour tirer sur les

24 positions en question. Vous avez dit que votre compagnie possédait des

25 mortiers de calibre 82-millimètres ainsi qu'un mortier de 60-millimètres ?

26 R. Oui. Ma compagnie en a possédé jusqu'à l'ordre de retrait des armes

27 lourdes de 1994.

28 Q. Vous ne voulez pas dire plutôt 1995 ?

Page 6300

1 R. Oui, oui.

2 Q. Vous vouliez dire 1994 ?

3 L'INTERPRÈTE : Il s'agissait d'une erreur au compte rendu d'audience en

4 anglais.

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, oui, 1994.

6 M. SACHDEVA : [interprétation] Monsieur le Président, je n'ai plus de

7 questions.

8 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Merci, Monsieur Sachdeva. Des

9 questions supplémentaires, Maître Tapuskovic ?

10 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Je n'ai pas

11 de questions supplémentaires.

12 Questions de la Cour :

13 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Monsieur le Témoin, j'aurais une

14 petite question à vous poser au sujet de ce que vous avez dit dans votre

15 déposition au sujet de Spicasta Stijena. Si j'ai bien compris ce que vous

16 avez dit, vous avez dit que cet endroit était sous le contrôle du Corps de

17 Sarajevo-Romanija, n'est-ce pas ?

18 R. Oui.

19 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Savez-vous si ce corps d'armée, le

20 SRK, avait des tranchées à Spicasta Stijena ?

21 R. Je sais que nous avons tenu cette position, mais ce qu'il en était

22 exactement, je ne le sais pas parce que je ne m'y suis jamais trouvé

23 personnellement.

24 M. LE JUGE HARHOFF : [interprétation] Merci beaucoup.

25 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur Krsman, ceci conclut votre

26 déposition. Merci d'être venu au Tribunal pour témoigner. Vous pouvez

27 maintenant vous retirer.

28 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci à vous aussi.

Page 6301

1 [Le témoin se retire]

2 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Votre témoin est qui, Maître

3 Tapuskovic ?

4 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, le témoin suivant

5 est M. Vaso Elez, c'est-à-dire, T17.

6 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

7 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Monsieur le Témoin, veuillez

8 prononcer votre déclaration solennelle.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

10 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

11 LE TÉMOIN: VASO ELEZ [Assermenté]

12 [Le témoin répond par l'interprète]

13 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Vous pouvez vous asseoir.

14 Maître Tapuskovic, vous pouvez commencer.

15 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Je vais

16 encore une fois m'efforcer de passer rapidement sur les premières questions

17 que je poserai de façon très directe au témoin pour gagner du temps.

18 Interrogatoire principal par M. Tapuskovic :

19 Q. [interprétation] Monsieur le Témoin, pourriez-vous dire aux Juges quels

20 sont vos noms et prénoms, je vous prie.

21 R. Je m'appelle Vaso Elez.

22 Q. Je vais tout de suite revenir sur un point que je vous ai déjà

23 expliqué. N'oubliez pas de veiller à ne pas commencer de répondre avant

24 que, sur l'écran, le curseur se soit arrêté. Je ferai de même de mon côté,

25 et ceci nous permettra d'en terminer plus rapidement avec cet

26 interrogatoire. Vous êtes né le 30 juin 1959, n'est-ce pas ?

27 R. Oui.

28 Q. Vous êtes né à Poljice, dans la municipalité de Foca, en Bosnie-

Page 6302

1 Herzégovine, n'est-ce pas ?

2 R. Oui.

3 Q. Vous avez commencé à vivre à Sarajevo en 1969, n'est-ce pas ?

4 R. Oui.

5 Q. Vous avez fait votre école primaire dans une école de Grbavica, n'est-

6 ce pas ?

7 R. Oui.

8 Q. Votre lycée ainsi que le lycée professionnel de formation en travaux du

9 bois, vous en avez suivi les cours et vous êtes allé jusqu'au bout de cette

10 éducation secondaire à Pofalici Sarajevo en 1979, n'est-ce pas ?

11 R. Oui.

12 Q. Vous vous êtes donc engagé dans cette profession correspondant à votre

13 formation secondaire, et vous y avez travaillé à Sipat depuis 1980 jusqu'à

14 1982, n'est-ce pas ?

15 R. Oui.

16 Q. Comme tout citoyen de l'Etat qui existait à l'époque, vous avez

17 accompli votre service militaire en passant l'année 1982 dans les rangs de

18 l'armée populaire yougoslave, de la JNA, n'est-ce pas ?

19 R. Oui.

20 Q. A votre retour du service militaire au sein de la JNA en 1983, vous

21 avez repris votre emploi dans l'entreprise Sipat et vous êtes resté dans

22 cette entreprise de Sarajevo jusqu'à 1992, n'est-ce pas ?

23 R. Oui.

24 Q. J'aimerais maintenant vous montrer un plan qui vous permettra sûrement

25 - en tout cas, c'est mon avis - de mieux expliquer un certain nombre de

26 choses. Je parle du document D22.

27 Il y a déjà des annotations sur ce plan, je voulais un plan vierge.

28 Excusez-moi. En fait, il s'agissait du document 2872 dans la liasse

Page 6303

1 65 ter. Erreur de ma part.

2 Est-ce qu'on pourrait mieux voir la partie sud de ce plan ? Donc, un

3 zoom, s'il vous plaît, sur la moitié inférieure du plan, et je demande

4 qu'on relève le plan à l'écran. Est-ce qu'on peut également déplacer le

5 plan un peu sur la droite et zoomer dans la partie droite à présent. Est-ce

6 qu'on pourrait zoomer un peu ? Je crois que maintenant tout ira bien.

7 Monsieur Vaso, est-ce que ce que nous voyons maintenant à l'écran, la

8 partie du plan que nous voyons, vous suffit pour montrer l'emplacement de

9 la maison de votre famille, donc l'endroit où vous habitiez ?

10 En fait, il faudrait déplacer le plan davantage sur la droite.

11 Est-ce que maintenant vous pouvez trouver cet emplacement sur ce qu'on voit

12 du plan à l'écran ?

13 R. Pour moi ce plan est trop petit.

14 Q. Si je demandais qu'on zoome sur la partie qu'on voit maintenant, est-ce

15 que cela irait mieux ?

16 R. Oui.

17 Q. Est-ce que c'est mieux maintenant ?

18 R. Oui, cela me suffira pour m'y retrouver.

19 Q. Pourriez-vous dire où est l'emplacement de la maison de votre famille

20 sur ce plan ?

21 R. La maison de ma famille se trouve ici.

22 Q. Merci. Pourriez-vous inscrire la lettre K à côté du petit cercle que

23 vous avez tracé ?

24 R. [Le témoin s'exécute]

25 Q. Vous habitiez à cet endroit en compagnie de qui ?

26 R. Je vivais dans la maison de ma famille en compagnie de ma mère, de mon

27 frère et de sa famille à lui. J'y ai vécu jusqu'en 1983, date à laquelle

28 j'ai déménagé à Grbavica dans un appartement sis au numéro 107 de la rue

Page 6304

1 Lénine chez mon épouse, en compagnie de la mère de mon épouse.

2 Q. Pourriez-vous indiquer l'emplacement de cet autre endroit, la rue que

3 vous venez de citer et le bâtiment dont vous venez de parler ?

4 R. Je peux le faire.

5 [Le témoin s'exécute]

6 Q. Veuillez indiquer un L à côté de ce cercle.

7 R. [Le témoin s'exécute]

8 Q. A l'époque, lorsque le conflit s'est engagé, pouvez-vous me dire ce

9 qu'il est arrivé, ce qu'il est advenu des personnes qui vivaient dans votre

10 maison de famille ?

11 R. Lorsque le conflit a éclaté, à Grbavica, mon frère et sa famille sont

12 partis. Ma mère est restée seule. Quant à moi, je continuais de vivre dans

13 l'appartement, à Grbavica, et je suivais de près le déroulement des

14 événements en Bosnie par l'intermédiaire de la télévision.

15 Q. Pourriez-vous nous dire ce qui est advenu à votre frère ? Où est-il

16 allé ?

17 R. Mon frère est parti en Autriche.

18 Q. Est-il rentré après les événements ? Répondez-moi brièvement, s'il vous

19 plaît.

20 R. Non, il n'est jamais rentré.

21 Q. Qui restait-il de votre famille lorsque le conflit a éclaté ?

22 R. Mon épouse, ma fille de 7 ans, ma belle-mère et ma mère, ma mère donc

23 qui vivait dans notre maison de famille.

24 Q. Pendant toute la durée du conflit, est-ce que les gens qui vivaient

25 avec vous dans l'appartement où vous habitiez sont allés ailleurs ?

26 R. Pendant le conflit qui a duré quatre ans, ma famille ne s'est rendue

27 nulle part. Ils sont restés à mes côtés à Grbavica et à Kovacici.

28 Q. Pourriez-vous indiquer aux Juges ce qui vous est arrivé dans les jours

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1 et les mois du début de l'année 1992 ?

2 R. Au tout début de l'année 1992, je ne participais pas aux événements, je

3 n'ai fait qu'observer grâce aux médias ce qui se passait. Ainsi, lorsque

4 les troubles ont éclatés, lorsque les premiers tirs se sont faits entendre,

5 il était tout à fait impossible de se rendre au travail. Les rues se sont

6 vidées. Tout le monde avait peur et moi aussi j'avais peur. Je me demandais

7 ce que je devais faire. Après les événements que l'on sait dans les

8 casernes de Sarajevo, après les attaques contre les troupes et les hommes

9 qui se trouvaient à Dobovoje, dans la rue de Dobovoje à Pofalici, les gens

10 se sont rendus à Grbavica. Un grand nombre de ces personnes disaient qu'il

11 y avait eu beaucoup de morts, beaucoup de gens qui avaient été arrêtés, qui

12 ont disparu également. Tout ceci s'est passé au mois de mai.

13 Q. Pouvez-vous nous dire quand, à quel moment et comment vous êtes entré

14 en possession d'une arme et comment vous avez décidé de rentrer en

15 possession d'une arme ?

16 R. Un grand nombre de personnes avaient déjà des armes, des voisins, des

17 amis. Il n'était donc plus raisonnable ou sûr de vivre sur place dans un

18 état de peur constante. C'est pourquoi je me suis présenté aux autorités et

19 j'ai reçu un - c'est ce qu'on appelait - en tout comme cela qu'on

20 l'appelait - un fusil Thompson. D'autres avaient reçu des fusils semi-

21 automatiques, des mitraillettes, des fusils automatiques. J'ai reçu

22 ultérieurement un fusil automatique parce que justement le Thompson, lui,

23 n'était pas sûr, d'ailleurs il n'y avait pas de munitions pour ce Thompson.

24 Q. Très bien. Merci. Pouvez-vous avoir la gentillesse de dire aux Juges de

25 la Cour ce qu'il en était en temps de paix, lorsque quelqu'un disait ou

26 parlait de la "Défense territoriale" ?

27 R. La Défense territoriale c'était un système dans lequel chacun, dans

28 chaque commune, devait s'organiser de façon à défendre sa commune et son

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1 pays contre les attaques de l'extérieur.

2 Q. Pour que les Juges de la Cour le comprennent mieux, pourriez-vous nous

3 dire, lorsque vous parlez "d'attaques contre le pays," d'où ces attaques

4 pouvaient venir ?

5 R. D'attaques extérieures.

6 Q. Comment avez-vous vécu aux côtés de tous vos voisins pendant toutes ces

7 années à Sarajevo et à Grbavica ? Quelles relations entreteniez-vous avec

8 toutes ces personnes ?

9 R. Les relations avec les Musulmans étaient tout à fait amicales. Nous

10 étions des amis, des voisins. Parfois certains étaient même des amis très

11 proches, des membres de la famille même. Je ne pensais pas, je ne pouvais

12 pas penser que ce qui s'est passé pendant les quatre années qui ont suivi

13 pouvait jamais arriver.

14 Q. Merci. Lorsque l'on vous a attribué ces armes, que s'est-il passé ? Où

15 avez-vous reçu cette arme très précisément ? Est-ce que vous pourriez nous

16 dire cela tout d'abord ? Répondre à la question; quand et où ?

17 R. On m'a donné cette arme à la mi-mai, au QG de la Défense territoriale

18 de Grbavica, dans la municipalité de Grbavica.

19 Q. Très bien. Merci. Pouvez-vous nous dire ce qui s'est passé ensuite ?

20 Vous avez reçu cette arme, et ensuite ?

21 R. J'ai été intégré dans une compagnie déployée le long de la Miljacka,

22 entre le pont de Vrbanja et le pont de la Fraternité et de l'Unité. Donc

23 nous occupions cette zone entre les deux ponts.

24 Q. Je vais vous demander peut-être un peu plus tard de nous indiquer

25 exactement sur ce plan où ces points se trouvent. Mais avant toute chose,

26 je voulais vous demander de nous dire à quelle unité vous vous êtes

27 rattaché.

28 R. Je me suis engagé dans les armées de la Republika Srpska, de façon à

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1 défendre ma propre vie et celle de ma famille, les biens que je possédais à

2 Grbavica et à Kovacici.

3 Q. Merci. Aviez-vous reçu des missions particulières à ce moment-là, au

4 tout début ?

5 R. Jusqu'à la fin 1992, j'étais un soldat tout ce qu'il y a de plus

6 ordinaire.

7 Q. Merci. Pourriez-vous nous dire plus précisément où était la ligne de

8 séparation entre vous et l'autre partie, s'il y en avait une, lorsque vous

9 étiez dans les forces armées ? D'ailleurs, je vais vous poser une autre

10 question. Est-ce qu'il y avait une ligne de séparation ?

11 R. La ligne de démarcation, la ligne de séparation passait sur la rive

12 gauche de la Miljacka. De notre côté, on avait l'armée de la Republika

13 Srpska.

14 Q. Répondez-moi juste par oui ou par non.

15 R. [aucune interprétation]

16 Q. Est-ce que vous vous êtes mépris ou est-ce que vous faites cela très

17 précisément, les indications que vous êtes en train de porter sur la carte

18 ?

19 R. Visiblement, je me suis trompé, une énorme erreur. Je suis allé jusqu'à

20 la route alors que je cherchais la rivière. Ainsi donc, je reprends.

21 J'indique ici les ponts, entre le pont de Vrbanja et le pont de l'Unité et

22 de la Fraternité. De l'autre côté se trouvait l'ABiH. Quant à nous, nous

23 étions repliés sur nos positions fortifiées ici.

24 Q. Arrêtez-vous un instant. Pourriez-vous avoir la gentillesse de nous

25 indiquer la ligne de séparation sur toute sa longueur entre vous et l'ABiH

26 dans la zone de Grbavica ?

27 R. Depuis le pont de Vrbanja, certaines zones de Beogradska, Ljubljanska,

28 Miska Jovanovica, jusqu'au cimetière juif, puis jusqu'au pied du Debelo

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1 Brdo. Sur le Debelo Brdo se trouvaient des troupes de l'ABiH.

2 Q. Monsieur Elez, je vous en prie, indiquez clairement tout d'abord sur la

3 carte la ligne de séparation. Je ne vous ai posé aucune question quant à ce

4 que vous êtes en train de me dire. Pour l'instant, dessinez, je vous en

5 prie.

6 R. Ensuite, cela repartait le long de la Miljacka jusqu'à Streljevac

7 [phon], puis vers le stade, puis à Sanac, Zagorska, Milinklatska, Ozrenska,

8 je vous donne le nom des rues, jusqu'à Djukica Potok, puis ensuite jusqu'à

9 Lukavica.

10 Q. Merci. Pouvez-vous nous dire de l'autre côté, jusqu'où allait la ligne

11 de séparation ?

12 R. Vous voulez dire le côté que je n'ai pas tout à fait fini, vers Debelo

13 Brdo; c'est ça ? Cela allait donc jusqu'à Debelo Brdo. Alors, je ne suis

14 pas absolument certain de me repérer tout à fait sur cette carte, mais je

15 crois que c'est à peu près là.

16 Q. Merci. Est-ce que vous pouvez nous indiquer où est Debelo Brdo sur

17 cette carte ?

18 R. [Le témoin s'exécute]

19 Q. De l'autre côté, y avait-il également une colline ?

20 R. De l'autre côté il y avait Mojmilo, à gauche.

21 Q. Pourriez-vous nous dire comment les choses se sont déroulées pendant

22 les premiers jours du conflit et comment la vie se déroulait à Grbavica,

23 étant donné les événements qui commençaient à ce moment-là de se déployer,

24 comme vous l'avez dit vous-même ?

25 R. La vie à Grbavica était très difficile. C'était vrai pour les soldats,

26 pour les militaires, mais également pour les habitants, tout simplement.

27 Nous nous trouvions dans une zone surbaissée qui pouvait être vue de

28 partout. A droite, il y avait Debelo Brdo, qui se trouvait très élevé.

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1 C'est de là justement que les ennemis tiraient. Puis, depuis Mojmilo

2 également, depuis Samac et Hrasno. Puis, depuis l'autre rive de la Miljacka

3 depuis les immeubles résidentiels les plus élevés, certains tirs étaient

4 tirés.

5 Q. Pourriez-vous mettre un M dans la zone délimitée que vous nous avez

6 indiquée être Mojmilo, et pourriez-vous avoir la gentillesse de mettre un D

7 à côté du cercle où vous nous avez dit que se trouvait Debelo Brdo ?

8 R. [Le témoin s'exécute]

9 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, Messieurs les

10 Juges, je souhaiterais que cette carte soit enregistrée telle qu'elle est

11 aujourd'hui et qu'elle soit versée au dossier par la partie défenderesse.

12 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Admis.

13 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce D215, Monsieur le

14 Président.

15 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, Messieurs les

16 Juges, pour compléter cette partie introductive, je dois présenter au

17 témoin une photographie tirée de la liste 65 ter, le 02906. L'Accusation a

18 accepté que nous l'utilisions. Alors même qu'elle n'était pas sur notre

19 liste initialement, je vous demande de m'en accorder la permission,

20 Monsieur le Président.

21 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui. Très bien. Vous pouvez le

22 faire.

23 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Pouvez-vous zoomer, je vous prie ?

24 Q. Monsieur Elez, pouvez-vous nous montrer, je vous prie, la maison dans

25 laquelle vous habitiez avec votre épouse et votre enfant ?

26 R. On ne voit pas la maison. Il faudrait peut-être pousser -- enfin,

27 bouger un peu vers la gauche.

28 Q. Pouvez-vous nous montrer la maison dans laquelle vous viviez avec votre

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1 épouse et votre enfant ?

2 R. Là, c'est ici. C'est l'entrée par ici. C'est au deuxième étage.

3 Q. Veuillez, je vous prie, nous tracer la ligne de démarcation sur cette

4 photo.

5 R. La ligne de séparation était le long de la Miljacka ici, enfin longeait

6 la Miljacka. Mais on n'a pas le côté gauche et le côté droit de la photo.

7 Q. Merci.

8 M. LE JUGE ROBINSON : [aucune interprétation]

9 M. DOCHERTY : [interprétation] Monsieur le Président, le témoin avait dit

10 que la ligne de séparation était délimitée par la rivière Miljacka, donc il

11 nous l'avait déjà dit. Ce n'est pas un point controversé pour ce qui est de

12 ce procès. Je crois que l'Accusation est parfaitement prête à accepter que

13 la ligne de séparation était la rivière Miljacka.

14 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] En fait, est-ce qu'on voit de l'eau

15 ici, derrière ? Est-ce que c'est l'eau qu'on voit derrière la ligne ? En

16 fait, ce n'est pas un exercice en matière de cartographie. Voilà. Nous

17 savons de quoi nous parlons.

18 M. TAPUSKOVIC : [interprétation]

19 Q. Je voudrais que le témoin nous indique, avec une autre couleur,

20 l'endroit où il se trouvait pendant le conflit, donc sur la ligne de

21 séparation.

22 R. Je vous montre les positions où j'étais avec ma section.

23 Q. Oui, justement, je vous ai posé une question afin que vous puissiez

24 nous expliquer de quoi il en est.

25 R. Ce que j'ai indiqué à l'aide de la couleur bleue, c'est là où on avait

26 dit que la ligne de séparation était la Miljacka, mais nos positions se

27 trouvaient dans les installations telles que le Pionirski Dom, le Centre

28 des pionniers, qui était abandonné. Et derrière ici, la muraille, il y

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1 avait également une installation qui était plus en avant, qui se trouvait

2 plus près de Miljacka, et l'école. En 1993, je suis devenu commandant de la

3 section et ce que je vous ai montré là c'était la zone de responsabilité de

4 cette section.

5 Q. Cette ligne se trouvait à quelle distance en mètres du bâtiment dans

6 lequel habitaient votre femme et votre enfant ?

7 R. Le bâtiment dans lequel habitait ma famille, donc depuis le bâtiment et

8 la ligne ou les positions, il y avait environ 150 mètres entre le bâtiment

9 et la position.

10 Q. C'était ainsi pendant toute la guerre, votre femme et votre enfant se

11 trouvaient littéralement derrière vous ?

12 R. Pendant toute la guerre, ma famille se trouvait dans ce bâtiment, tout

13 comme d'autres familles qui vivaient là avant.

14 Q. Pourriez-vous nous indiquer, à l'aide du stylet, l'endroit où se

15 trouvaient approximativement les forces de l'ABiH ?

16 R. L'ABiH se trouvait derrière cette rangée d'arbres, dans les bâtiments :

17 l'école d'économie, l'école technique, la faculté de mécanique,

18 l'entreprise Unioninvest, les musées. Je ne sais pas quels sont les

19 bâtiments qui se trouvent derrière. [Le témoin s'exécute] Ils étaient

20 fortifiés, tout comme nous étions fortifiés de notre côté.

21 Q. Cela ressemblait à quoi exactement lorsqu'il y avait un conflit ?

22 Comment ça se passait ?

23 R. Les tirs étaient intermittents, les uns et les autres tiraient, nous

24 ouvrions le feu sur des positions militaires, sur leurs positions. Eux

25 aussi faisaient la même chose pour ce qui est de nous. Nous ne pouvions pas

26 très bien les voir à cause de cette rangée d'arbres et à cause d'autres

27 bâtiments également. De l'autre côté, il n'y avait pas de bâtiments.

28 C'étaient des entreprises, des universités, des écoles. En profondeur, il y

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1 avait une caserne, la caserne du Maréchal Tito où ils étaient cantonnés.

2 Ensuite, il y a la gare ferroviaire aussi.

3 Q. Où est-ce que -- un instant s'il vous plaît.

4 Pourriez-vous nous indiquer l'endroit où se trouvait la caserne du

5 Maréchal Tito ?

6 R. Voilà, maintenant tout est détruit. [Le témoin s'exécute] C'est ce

7 périmètre-ci.

8 Q. Les deux bâtiments qui se trouvent à gauche de vos positions, les deux

9 tours, est-ce qu'elles portaient un nom ?

10 R. Dois-je l'indiquer à l'aide du stylet ?

11 Q. Oui.

12 R. [Le témoin s'exécute] Ce bâtiment s'appelait "La boite d'allumettes"

13 parce qu'elle ressemble à une boite d'allumettes. Ici, il y avait

14 l'entreprise Ernegoinvest. Ici, c'est la Faculté des sciences et des

15 mathématiques.

16 Q. Un instant je vous prie. Je vais vous demander de nous indiquer

17 certains bâtiments. Mais, avant cela, permettez-moi de vous poser la

18 question suivante. Jusqu'à quand êtes-vous resté au poste de commandant du

19 peloton ?

20 R. Le commandant de la section, je suis resté à ce poste jusqu'en 1993,

21 jusqu'à la fin de 1993.

22 Q. Merci. Veuillez expliquer, je vous prie, aux Juges de la Chambre ce qui

23 s'est passé pour que vous cessiez d'être commandant de la section ?

24 R. Je n'ai plus voulu être commandant de la section parce que je ne

25 pouvais plus choisir les soldats qui iraient dans la rue Ozrenska pour

26 prêter main forte aux combattants, car la moitié de ces hommes perdaient la

27 vie et ne retournaient plus. Pour moi, c'était très difficile. Il m'était

28 beaucoup plus facile d'être un simple soldat que de prendre ce genre de

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1 décision.

2 Q. Où se trouvait la rue Ozrenska dans Grbavica ?

3 R. La rue Ozrenska se trouve à gauche de Grbavica, sous la montagne

4 Mojmilo. Il y avait des maisons privées là, les positions se trouvaient

5 également dans les maisons. Les maisons étaient éloignées de cinq à dix

6 mètres les unes des autres. Très souvent, les soldats de l'ABiH faisaient

7 des percées pour ce qui est de la ligne, tuaient des gens et retournaient.

8 C'est ce qui est arrivé au deuxième flan, pour ce qui est de la rue

9 Zagrebacka, de la rue Beogradska, du pont Vrbanja, de la rue Miska

10 Jovanovica et de la rue Ljubljanska aussi, où les incursions se faisaient

11 de manière constante.

12 Q. Merci beaucoup. Dites-moi, je vous prie, combien de soldats avaient été

13 tués avant que vous décidiez de vous démettre de vos fonctions ?

14 R. La moitié des soldats mouraient en fait, pour vous donner un exemple

15 pour ce qui est de ce bataillon -- 199 soldats ont été tués. De ces 199

16 soldats, 120 ont perdu la vie sur la rue Ozrenska.

17 Q. Merci. Pourriez-vous nous indiquer cet espace ? Mettez, je vous prie,

18 la lettre T sur ce périmètre autour duquel vous avez tracé un trait.

19 R. [Le témoin s'exécute]

20 Q. Ce que vous nous avez expliqué tout à l'heure, c'est la Faculté

21 de mécanique ou la Faculté des sciences et des mathématiques, je vous

22 prierais d'inscrire la lettre M.

23 R. [Le témoin s'exécute]

24 Q. Pour ce qui est du bâtiment qui ressemble à une boîte d'allumettes, je

25 vous prierais de faire un S, pour "sibicara", donc un S puisque le H

26 n'existe pas en anglais.

27 R. [Le témoin s'exécute]

28 Q. Ensuite, le dernier bâtiment, pourriez-vous je vous prie l'indiquer

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1 avec la lettre C ?

2 R. [Le témoin s'exécute]

3 Q. Vous nous avez dit que vous avez quitté vos fonctions et, par la suite,

4 vous êtes simplement devenu un simple soldat. Dites-nous combien de temps

5 est-ce que vous avez passé dans les tranchées après vous être démis de vos

6 fonctions ?

7 R. Là où se trouvait ma section le long de la rivière Miljacka, il y avait

8 des parties de la ligne de front à cet endroit-là sur les rives, nous

9 n'étions pas toujours là puisqu'il nous fallait prêter main-forte ailleurs

10 comme à Sanac, à Moravska, à Ozrenska rue, et aussi de l'autre côté avec

11 l'aide de Vrbanja, Miska Jovanovica. Donc dans la région de Vrbanja, de la

12 rue Miska Jovanovica, nous ne pouvions pas nous déplacer librement et

13 lorsque l'ABiH attaquait un flanc, tout Grbavica était couverte de tirs de

14 fusils, de mortiers. C'était absolument impossible de se déplacer à ce

15 moment-là.

16 Q. Merci. Et les membres de votre section avaient quel type d'armes,

17 s'il vous plaît ?

18 R. Les soldats de ma section étaient munis d'armes semi-automatiques et de

19 fusils automatiques. C'étaient des armes d'infanterie. Il y avait aussi une

20 vieille mitraillette M-53 qui n'était pas toujours fonctionnelle. On

21 pouvait tirer quelques balles, et ensuite, ça coinçait, et voilà. C'était

22 une vieille arme de la JNA.

23 Q. Pourriez-vous nous dire quels autres types d'armes existaient sur

24 Grbavica ?

25 R. Il n'y avait que des armes d'infanterie sur Grbavica. Nous n'avions pas

26 d'autres armes. Nous ne pouvions pas non plus nous défendre avec d'autres

27 types d'armes. Toutefois, nous avions un transporteur de troupes blindé,

28 qui était devant le bâtiment de la police, et qui était prêt à prendre les

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1 blessés et les morts -- ceux qui avaient été blessés sur la rue Belgradska.

2 C'était une rue qui n'était pas couverte, ce n'était pas protégé, donc les

3 gens pouvaient facilement être blessés à cet endroit-là. Donc, ce blindé,

4 transport de troupes, servait à évacuer les blessés. Mais je n'ai rien vu

5 d'autre.

6 M. TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, je crois que c'est

7 l'heure de la fin de cette session.

8 M. LE JUGE ROBINSON : [interprétation] Oui, voilà. Nous allons lever la

9 séance et nous nous retrouverons demain après-midi en salle I.

10 --- L'audience est levée à 19 heures 00 et reprendra le jeudi 7 juin 2007,

11 à 14 heures 15.

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