Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le vendredi 23 janvier 2004

2 [Audience publique]

3 --- L'audience est ouverte à 9 heures 00.

4 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Greffier, appelez l'affaire.

5 M. LE GREFFIER : [interprétation] Affaire IT-01-47-T, le Procureur contre

6 Enver Hadzihasanovic et Amir Kubura.

7 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Monsieur le Greffier. Je vais demander à

9 l'Accusation de se présenter.

10 M. WITHOPF : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président, Madame,

11 Monsieur les Juges, membres du conseil de la Défense : Tecla Benjamin,

12 Ekkehard Withopf et notre assistante, Kimberly Fleming.

13 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Monsieur Withopf.

14 Je vais demander à la Défense de se présenter.

15 Mme RESIDOVIC : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président. Edina

16 Residovic, conseil principal, Stéphane Bourgon et Mirna Milanovic, notre

17 assistante. Merci.

18 M. IBRISIMOVIC : [interprétation] Bonjour. Rodney Dixon, Fahrudin

19 Ibrisimovic et M. Mulalic, notre assistant.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci.

21 La Chambre accueillit toutes les parties présentes, les représentants de

22 l'Accusation, les Défenseurs et les accusés.

23 Nous terminons cette semaine par l'audition prévue de deux témoins. Nous

24 allons commencer immédiatement s'il n'y a pas d'observations des uns et des

25 autres. Nous allons introduire le premier témoin.

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1 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

2 M. LE JUGE ANTONETTI : Bonjour, Monsieur. Je vais vous demander si vous

3 entendez les interprètes.

4 LE TÉMOIN : [aucune interprétation]

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous allez nous donner votre nom et votre prénom.

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Drago Pesa.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Quelle est votre date de naissance ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Le 25 septembre 1954.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Où êtes-vous né ?

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Je suis né dans la municipalité de Travnik,

11 village de Podovi.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Quelle est votre profession actuelle ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Je n'ai pas actuellement de profession. Avant,

14 j'étais technicien dans les mines.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Où résidez-vous actuellement ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Actuellement, je réside dans l'endroit où je

17 suis né.

18 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci beaucoup. Vous étiez demandé de témoigner par

19 l'Accusation. Je me dois de vous faire prêter serment. Vous allez lire le

20 texte que Mme l'Huissière va vous présenter. Vous le lisez dans votre

21 langue.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirais la

23 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

24 LE TÉMOIN: DRAGO PESA [Assermenté]

25 [Le témoin répond par l'interprète]

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1 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci beaucoup. Vous pouvez vous asseoir.

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous avez été le témoin visuel et, dans le cadre de

4 ce témoignage, vous allez être amené à répondre à des questions qui vont

5 vous être posées par les représentants de l'Accusation, qui sont situés à

6 votre droite. Après ces questions, les Défenseurs des accusés, qui sont

7 situés à votre gauche - ils sont six, mais il n'y en a que deux qui vous

8 poseront des questions - vous poseront également des questions. Les trois

9 juges, qui sont devant, le cas échéant, vont vous poser des questions aux

10 fins d'éclaircissements de certains points.

11 Quand vous répondez aux questions, essayez de répondre de la manière la

12 plus complète possible. Si vous ne comprenez pas le sens d'une question

13 vous pouvez demander, à celui qui vous pose la question, de la reformuler,

14 de la reposer à nouveau. S'il y a une difficulté quelconque, ne vous en

15 fait pas. Vous avez bien compris ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vais demander à l'Accusation, pour ces questions,

18 d'être précise que nous avons aujourd'hui deux témoins. Vous avez la

19 parole.

20 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président,

21 Madame, Monsieur les Juges.

22 Avant de commencer, Monsieur le Président, je souhaiterais attirer votre

23 attention sur les choses qui vont dans le "planning". Il était prévu que

24 l'interrogatoire principal dure 30 minutes, alors je souhaiterais vous

25 signaler, d'ores et déjà, qu'il est possible que j'aie besoin d'un peu plus

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1 de temps que une demi-heure. Merci.

2 Interrogatoire principal par Mme Henry-Benjamin :

3 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur Pesa.

4 R. Bonjour.

5 Q. Vous avez indiqué au président de la Chambre de première instance que

6 vous êtes né à Podovi, municipalité de Travnik. Pouvez-vous, s'il vous

7 plaît, dire aux Juges de la Chambre quelle était la composition de Podovi,

8 à ce moment là ?

9 R. A cette époque, le village était habité essentiellement par des

10 Musulmans et Croates.

11 Q. Pouvez-vous, s'il vous plaît, me donner un pourcentage ?

12 R. Il y avait environ 300 Croates et beaucoup de bosniens.

13 Q. Merci. Quelles étaient, à l'époque, les relations entre les habitants

14 du village ?

15 R. Relations entre les Croates et les Musulmans, c'est-à-dire, les

16 bosniens, pour ce qui est de la population de l'endroit, les relations

17 étaient très pratiques. Il y avait quelques mal entendus mineurs, mais ils

18 étaient toujours aplanis, grâce à des accords. En fait, on peut dire qu'il

19 n'y avait pas de difficultés majeures.

20 Q. Merci, Monsieur Pesa. Pourriez-vous avoir l'amabilité de vous approcher

21 des micros ? Merci. Etes-vous marié ?

22 R. Oui.

23 Q. Est-ce que vous avez des enfants ?

24 Q. J'ai huit enfants -- enfin j'ai neuf enfants. Il y en a huit qui sont

25 toujours de ce monde et il y en a un de mes fils, qui à été exécuté, qui à

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1 été fusillé, il est mort.

2 Q. Pouvez-vous nous dire en quelle année il a péri ?

3 R. En 1993. Le 8 juin 1993.

4 Q. Merci. En 1992, la guerre se déclarait en Bosnie. Avec le déclanchement

5 de la guerre, est-ce qu'il y a eu invasion d'étrangers -- l'arrivé

6 d'étrangers en Bosnie ?

7 R. Oui. Ils sont commencés à arriver au début de l'année 1992, de manière

8 organisée. Ils arrivaient dans des fourgons, des fourgonnettes, du minibus.

9 La plupart d'entre eux venaient de pays arabes.

10 Q. Pour désigner ces étrangers, est-ce que vous utilisiez un terme

11 particulier ?

12 R. Il avait des jours où on avait des marchés au cours desquels on vendait

13 des produits, ce qu'on produisait à Mehurici. Les Bosniens, les Musulmans

14 nous disaient que ces gens, qui étaient arrivés, venaient de pays arabes.

15 Ils étaient différents dans leur comportement, de par leur culture aussi et

16 leurs apparences étaient différentes aussi. Ils se distinguaient des

17 habitants de la Bosnie-Herzégovine.

18 Q. Merci, Monsieur le Témoin, mais ce que je veux savoir c'est si, pour

19 les désigner, on employait un terme particulier. Est-ce qu'on les désignait

20 d'une manière particulière ?

21 R. La plupart s'étaient des Arabes, j'ignorais leurs noms. Ils portaient

22 les habits que l'on porte typiquement dans les pays arabes avec des sorties

23 des couvre-chefs typiques. Ils étaient armés.

24 Q. D'accord, Monsieur le Témoin. Oui, vous pouvez me les décrirent, mais

25 ces gens -- ce groupe de gens, est-ce qu'on les désignait avec un terme

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1 particulier ? Je ne parle pas de chacun d'entre eux -- de nom personnel de

2 chacun d'être eux, mais est-ce que les groupes, dans un ensemble, étaient

3 désignés d'une manière particulière ?

4 R. On les appelait les Moudjahiddines, quelque chose comme cela.

5 Q. Merci. Monsieur Pesa, à un moment quelconque, avez-vous rejoint les

6 rangs d'une armée ?

7 R. Oui. J'étais membre de la Défense territoriale, qui était constituée

8 aussi bien de Musulmans, de Bosniaques et de Croates, et ceci de 1992

9 jusqu'à février 1993.

10 Q. Après 1993, avez-vous été membre de la JNA ?

11 R. Non. C'était mes derniers jours au sein de la Défense territoriale.

12 Mme RESIDOVIC : [interprétation] Je vous prie de m'excuser, mais, à la

13 ligne 11, du compte rendu d'audience, il semble qu'en posant sa question,

14 mon éminente consoeur a mentionné la JNA. Alors, le témoin n'a jamais dit

15 qu'il avait été membre de la JNA en 1992.

16 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Je vous prie de m'excuser, Monsieur

17 le Président, mais ce que je voulais lui demander, c'est si jamais -- si, à

18 un moment quelconque, il avait été membre de la JNA. Je vous prie de

19 m'excuser.

20 Q. Monsieur Pesa, est-ce qu'en 1993, vous avez été membre d'une autre

21 armée en 1993 ?

22 R. Non.

23 Q. Etiez-vous membre du HVO ?

24 R. Après notre expulsion, j'ai rejoint les rangs des Unités du HVO à Nova

25 Bila, mais avant j'ai servi au sein de l'armée -- de l'ex-armée yougoslave,

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1 et ceci en 1973 et 1974.

2 Q. Merci. Monsieur Pesa, au cours du printemps 1993, si vous en souvenez,

3 s'est-il passé quelque chose de particulier ?

4 R. Oui, tout à fait. Les frères de ma mère et leurs enfants, c'est-à-dire,

5 des membres très proche de ma famille, étaient concernés parce qu'ils

6 habitaient le village de Miletici. Dans ce village, il y a eu un massacre

7 atroce. Franjo Pavlovic a été massacré, ainsi qu'Anto Kozina, Tihomir

8 Pavlovic et Stipo Pavlovic. On leur a coupé la tête et empalé. On leur a

9 arraché le cur, et on a coupé leur tête et on l'a placé sur un plateau. On

10 a arraché le cur, on leur a dessiné des croix sur la tête. On a arraché

11 les organes de la partie intérieure de leur corps pour les placer dans leur

12 bouche. Ceux qui étaient encore vivants ont dû voir le sang de leurs

13 enfants.

14 Ils nous ont ensuite mis à bord d'un autocar et ont pris le chemin de

15 Mehurici; cependant, à côté du tunnel, nous étions toujours à bord des

16 autocars, et le chauffeur a reçu l'ordre de pousser l'autocar dans le

17 précipite qui se trouvait sous le tunnel, mais le chauffeur a refusé

18 d'obéir parce que je pense que sa conscience le lui a interdit. Je suis

19 désolé, mais cela me bouleverse de parler cela. Le chauffeur avait reçu

20 l'ordre de les emmener à Poljanice dans une étable. Normalement, on devait

21 brûler ces corps. Je ne veux pas mentionner le nom de cette personne. Si

22 c'est nécessaire, je peux le faire, je peux vous dire de qui il s'agit,

23 puisque cette personne est toujours de ce monde. Je le connais très bien.

24 C'est quelqu'un que j'avais en estime, donc cela ne fait pas -- ce qui

25 était prévu, ne s'est pas passé.

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1 Nous sommes allés jusque dans une école et, dans cette école --

2 Q. Merci de ces informations, mais il est nécessaire de poursuivre

3 l'interrogatoire principal. J'aimerais que vous me décriviez quelle était

4 l'atmosphère qui régnait en Bosnie, en particulier, dans votre village en

5 mai 1993, et vers cette période ?

6 R. Je viens de le dire. Des gens dans un village à côté vivaient ce genre

7 d'atrocité. Ils étaient témoins de ce genre d'atrocités. Je pense

8 qu'ensuite forcément l'atmosphère serait tendue après ce genre

9 d'événements.

10 Q. En quelques mots, pouvez-vous nous parler de l'atmosphère qui régnait

11 au cours de mai 1993. Est-ce qu'on pourrait dire globalement que

12 l'atmosphère était tendue ? Est-ce que cela serait une bonne manière de

13 qualifier l'atmosphère qui régnait à l'époque ?

14 R. Tout à fait.

15 Q. Est-ce que vous voyez des soldats dans les rues à cette époque-là ?

16 R. Ma maison se trouve à côté de la route principale, qui connecte

17 l'ensemble de ce village, et, chaque matin, je les voyais passer dans le

18 cadre de leur exercice. Ils criaient des sortes de slogans, "Allah-U-

19 Ekber", "Tekbir". Il disaient également : "Ici cela va devenir turque." Ce

20 territoire va devenir un territoire turc.

21 Q. Vous dites : "Ils disaient cela." De qui parlez-vous quand vous utilisez

22 ce pronom personnel, "ils" ?

23 R. La plupart d'entre eux avaient des bandanas verts autour de la tête et,

24 ceux qui venaient des pays arabes, ils avaient des longues barbes et des

25 long couteaux, ainsi que des fusils automatiques -- semi-automatiques, des

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1 armes semblables.

2 Q. Merci. Monsieur Pesa, pouvez-vous relater aux Juges de la Chambre les

3 événements qui se sont déroulés le 7 juin 1993 ?

4 R. Je suis Croate et j'aimerais recevoir -- j'aimerais que, lorsqu'on

5 m'interprète les mois de l'année, on me les donne -- la dénomination croate

6 de ces mois.

7 Le 5 ou le 7 juin, on ignorait ce qui se passait. Chacun essayait de se

8 débrouiller de mieux qu'il pouvait puisque nous n'avions pas de prise sur

9 les événements. Etant donné que j'ai une famille extrêmement nombreuse,

10 j'avais beaucoup de kum parmi les Musulmans. Je veux dire qu'il y avait

11 beaucoup de Musulmans -- enfin, beaucoup de mes enfants avaient des

12 parrains musulmans et on ne pensait pas que quelque chose de semblable

13 aurait jamais pu se produire parce qu'on comptait les uns sur les autres.

14 Si je possédais quelque chose ou s'il se passait quelque chose, mon voisin

15 aussi pouvait avoir la même chose. Jamais on n'aurait pensé que quelque

16 chose de cette sorte ait pu se produire.

17 Q. Après ces quelques mots d'introductions, pouvez-vous nous dire ce qu'il

18 s'est passé le 7 juin 1993 ?

19 R. Oui, je vais vous en parler du 7 juin 1993.

20 Je pensais qu'il était inutile que j'aille où que ce soit. Je pensais que

21 je pouvais rester où j'étais; cependant, quand je me suis levé ce matin-là,

22 un homme est venu chez moi, dans ma maison. Je ne l'avais jamais vu

23 auparavant. Il m'a demandé quelle était mon appartenance ethnique. Je lui

24 ai répondu que j'étais croate. Ensuite, il m'a dit : "Que j'avais un

25 certain laps de temps pour quitter ma maison". J'ai répondu, en demandant :

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1 "Ce que j'avais fait ?". Cependant, ma femme et mes enfants étaient

2 complètement paniqués, et j'ai demandé : "Si j'avais fait quoi que ce soit

3 de mal, je l'ai imploré de ne pas toucher à mes enfants. J'ai dit qu'il

4 fallait me tuer plutôt que de tuer mes enfants." Il a répondu : "Non, on ne

5 va pas vous tuer. On vous donne simplement un certain temps pour quitter

6 votre maison." Ces gens, qui -- c'étaient des gens, qui avaient des

7 bandanas verts autour de la tête. Je crois que c'étaient des membres des

8 forces musulmanes, qui coopéraient, qui travaillaient avec ces Arabes, ces

9 gens qui venaient de pays arabes. Ils se tenaient sur le côté et ils

10 surveillaient ce que faisait cet homme qui était venu dans ma maison.

11 Ensuite, j'ai dit à ma femme et à mes enfants : "De partir pour chercher

12 certaines de leurs affaires", et je leur ai dit : "De partir, de s'enfuir".

13 Il y avait un de mes jeunes fils que je devais porter. On a dû -- on a

14 marché près d'un petit ruisseau à partir de la grotte de Malinska [phon].

15 Q. Est-ce que vous avez quitté votre maison ?

16 R. Oui.

17 Q. Comment cela s'est passé ?

18 R. On a pris la direction de Postinje et on passait par Postinje et,

19 ensuite, on a pris la direction de Maljine.

20 Q. Pouvez-vous nous dire, en quelques mots, qui constituaient ce groupe

21 qui a pris la direction de Maljine ?

22 R. Les habitants du village de Podovi, ainsi que les membres de ma

23 famille.

24 Lorsque nous sommes arrivés à Podovi, c'était un véritable enfer. On a été

25 encerclé de tous les côtés et ceux qui ont réussi ont pu ainsi préserver

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1 leur vie.

2 Q. De Maljine, est-ce que vous êtes allés dans un autre village ?

3 R. On est allé vers Krpeljici, mais, ensuite, quand Sreco Bobas, qui est

4 aujourd'hui mort ensuite, a dit qu'il fallait prendre la route vers Borovi.

5 C'est là qu'un des membres de ma famille a été tué, un parent - je ne me

6 souviens pas de son nom. Il avait un permis de port d'armes, mais pour un

7 pistolet, et ils ont trouvé ce pistolet sur lui, et c'est la raison pour

8 laquelle ils l'ont tué.

9 Mais Sreco nous a dit qu'il fallait qu'on aille vers Borovi, et je lui ai

10 répondu : "Sreco, ici on est complètement à découvert. Il y a des tireurs

11 embusqués qui vont nous prendre pour cibles". J'avais à peine prononcé ces

12 paroles que Sreco s'est effondré au sol et j'ai dit : "On continue à

13 descendre le ruisseau, poursuivons par cette voie pour arriver à

14 Krpeljici".

15 Q. Est-ce que vous pourriez dire aux Juges ce qui s'est passé ?

16 R. Il y avait des obstacles et il fallait faire très attention pour ne pas

17 se retrouver dans une partie ouverte du territoire, mais il fallait trouver

18 des buissons pour s'abriter.

19 Q. Pourquoi fallait-il s'abriter derrière les buissons ?

20 R. Il fallait s'abriter de l'attaque parce que je pensais que c'est ainsi

21 que je pouvais sauver ma famille, et nous y sommes parvenus, plus ou moins,

22 mais l'un de mes fils est resté derrière nous, tout comme ma mère et mon

23 père. Plus tard, nous avons rejoint mon frère et c'est ainsi que nous avons

24 poursuivi notre chemin et que nous sommes arrivés à Krpeljici à la fin.

25 Q. Donc vous dites, devant cette Chambre, que, lorsque vous étiez sur la

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1 route de Krpeljici, l'on tirait sur vous. Ai-je raison de dire cela ?

2 R. Oui, oui, oui, c'était horrible. C'était vraiment l'enfer.

3 Q. Est-ce que quelque chose, en particulier, est arrivée lorsque vous

4 étiez dans la ligne de mire ? Est-ce que vous avez vu quoi que ce soit

5 arriver à quelqu'un ?

6 R. Oui, il y a eu des morts. Mais, personnellement, comment dire, je ne

7 pouvais pas les reconnaître parce que j'essayais de sauver ma famille et

8 c'est à cela que je me suis consacré.

9 Q. Merci, Monsieur le Témoin. C'est tout à fait compréhensible.

10 Lorsque vous êtes arrivé à Krpeljici, dites-nous ce qui est arrivé. Est-ce

11 que vous y êtes restés ou est-ce que vous avez poursuivi votre chemin ?

12 R. Non, nous avons poursuivi notre chemin. Nous sommes allés vers Nova

13 Bila, mais à Radovcici, nous avons été accueillis, mais là je souligne,

14 encore une fois, que nous nous abritions derrière des buissons, et c'est

15 ainsi que la colonne a avancé vers la partie contrôlée par le HVO.

16 Q. A Nova Bila, avez-vous pu apprendre quoi que ce soit sur des membres de

17 votre famille ?

18 R. Oui. Lorsque je suis arrivé, le lendemain, Pavo Barac s'était échappé

19 d'une fusillade et Puselja - son prénom m'échappe maintenant, il est en

20 Amérique en ce moment - il avait une blessure tellement grande, ici à

21 gauche, qu'on pouvait placer quelque chose de la taille d'un verre à

22 l'intérieur. Il y avait Marijan Bobas, qui est mort récemment; Ljuban

23 Puselja; et Vlado Puselja. Ils se sont tous échappés de la fusillade -- de

24 l'exécution. Lorsque Pavo Puselja est arrivé à Nova Bila, j'étais déjà au

25 HVO à Nova Bila, et mon commandant m'a dit : "Drago, va à l'hôpital en bas.

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1 Je ne vais rien te dire. Tu vas apprendre toutes les informations sur

2 place." Lorsque j'y suis arrivé, Pavo était là, complètement affolé, et il

3 m'a dit : "J'ai fui de l'exécution et j'ai que ton petit Tihomir et les

4 autres, qui n'étaient pas armés et qui s'étaient rendus. Ils s'étaient

5 rendus parce qu'ils ne s'imaginaient pas du tout ce qui allait leur

6 arriver. Il m'a dit que mon petit Tihomir et ces autres jeunes hommes, qui

7 étaient des jeunes hommes vraiment bien, qu'ils avaient été fusillés.

8 Q. Merci, Monsieur le Témoin. Lorsque vous avez appris ces nouvelles

9 concernant votre fils, est-ce que quelque chose vous est arrivée à vous

10 personnellement.

11 R. Oui. A ce moment-là, lorsque j'ai appris cela, vous savez, à l'époque,

12 mes cheveux étaient noirs, mais, à partir de ce moment-là, du jour au

13 lendemain pratiquement, mes cheveux sont devenus blancs. J'ai eu ulcère, et

14 j'ai passé 21, 22 jours à l'hôpital. Après cela, je me ne suis jamais

15 vraiment remis et, encore aujourd'hui, je ne me sens pas bien.

16 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Monsieur le Président, peut-on

17 permettre au témoin de boire un peu d'eau, s'il vous plaît ?

18 Q. Monsieur le Témoin, si vous le souhaitez, vous pouvez prendre un peu

19 d'eau.

20 Pourriez-vous dire aux Juges, est-ce qu'à un moment donné, vous avez pu

21 sortir de l'hôpital ?

22 R. Par exemple, nous avons été expulsés le 8 juin, donc, si je calcule

23 bien, c'était vers la mi-juillet, début août -- donc, fin juillet, début

24 août.

25 Q. Où êtes-vous allé ?

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1 R. Je suis parti chez des cousins à Nova Bila. C'étaient des parents, ceux

2 qui avaient survécu.

3 Q. Pourriez-vous dire à la Chambre pourquoi vous n'êtes pas revenu chez

4 vous ?

5 R. Pourquoi je ne suis pas revenu chez moi ? Mon Dieu, qu'il le ferait

6 dans une telle situation ? Je pense que l'enfer était meilleur que cela à

7 l'époque.

8 Q. Prenez votre temps, et dites-nous si vous avez jamais appris si le

9 corps de votre fils a jamais été trouvé ?

10 R. Oui. Je l'ai eu dans un échange en 1994 -- janvier, février à peu près

11 1994 -- début de janvier, février, début de l'année. Là, on a appris que

12 sept cadavres avaient été remis par les autorités bosniaques musulmanes

13 dans le cadre d'un échange.

14 Q. Est-ce que vous vous souvenez où vous avez dû aller pour chercher le

15 corps de votre fils ?

16 R. Oui. C'est un endroit qui s'appelle Prahulje, au dessus de Nova Bila et

17 là, ils nous ont montré ces cadavres pour que la famille reconnaisse les

18 membres de leurs familles, leurs parents, leurs enfants parmi ces sept

19 cadavres.

20 Q. Avez-vous pu identifier votre fils ?

21 R. Oui.

22 Q. Pourriez-vous décrire devant cette Chambre ce que vous avez vu lorsque

23 vous avez vu votre fils ?

24 R. Lorsqu'on a procédé à la reconnaissance -- à l'identification de ces

25 cadavres, ils étaient dans des sacs en plastiques et, puisque cela avait

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1 été -- on avait sorti cela du la terre, il y avait beaucoup de boue. Nous

2 avons ouvert les sacs, nous avons écarté le plastique. Lorsque j'ai vu la

3 couleur des cheveux, il y avait un corps de la chair autour des yeux, donc

4 j'ai pu reconnaître. En ce qui mon fils, il était dans l'armée à Dolac,

5 mais il avait terminé son service, et il portait des bottes militaires qui

6 --

7 Q. Je vais vous interrompre, Monsieur le Témoin. Est-ce que vous pourriez

8 dire aux Juges si c'est votre feu fils, qui avait été au sein de l'armée,

9 ou un autre fils, lorsque vous dites le fils qui avait servi au sein de

10 l'armée ?

11 R. D'accord, lui, il n'était pas dans l'armée, mais il portait les bottes

12 qui avaient appartenu à mon fils aîné. Ils s'étaient échangés leurs bottes;

13 cependant, lorsqu'on a enlevé les bottes de son corps, cette femme, qui

14 surveillait le tout, elle a dit : "Miomir Pesa," et j'ai dit : "Non,

15 Madame, Marinko Pesa." Mais, en fait, à l'intérieur des bottes, il était

16 écrit "Marinko" et, immédiatement, j'ai compris qu'il s'agissait des bottes

17 de mon fils aîné.

18 J'ai regardé encore, j'ai lavé les bottes un peu mieux et, ainsi, nous

19 avons pu mieux lire le prénom et le nom de la personne à laquelle les

20 bottes appartenaient. C'est ainsi que nous avons conclu qu'il s'agissait de

21 mon enfant. On l'a sorti du sac et sa tête était tournée à droite, ses

22 mains étaient ligotées avec un fil de fer, du même que ses pieds. Excusez-

23 moi, mais je suis un peu ébranlé. Il y avait une balle d'entrée qui a

24 traversé son front et dans sa poitrine. La blessure d'entrée était un peu

25 plus petite d'environ un centimètre et celle de sortie était deux fois plus

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1 grande, deux centimètres à peu près.

2 Q. Avez-vous pu identifier les autres cadavres, mis à part celui de votre

3 fils ?

4 R. Vous savez, s'agissant d'un enfant, on se concentre sur son propre

5 enfant. A ce moment-là, je ne faisais plus attention aux autres choses

6 lorsque j'ai vu mon enfant, surtout comme cela, les mains ligotées, les

7 pieds ligotés. Ensuite, toutes mes pensées et souvenirs allaient vers cet

8 enfant, pour qu'on puisse le reconnaître au mieux.

9 Q. Merci beaucoup, Monsieur le Témoin. Mis à part l'identification

10 physique, est-ce que vous pouvez nous dire combien d'autres corps vous avez

11 vus ?

12 R. J'ai vu Balta, l'épouse de Mate, Ljubica Ceko; Mijo Tavic. Ils étaient

13 quatre -- il y avait encore cinq, six au total, mais tout ne me revient

14 pas. Il y avait encore deux corps qui n'ont pas été identifiés, qui étaient

15 marqués par "NN", noms inconnus et les autres ont été reconnus par des

16 membres de leur famille ou par leur parent.

17 Q. Merci, Monsieur le Témoin. Pour terminer, est-ce que vous pouvez dire à

18 la Chambre si vous avez eu l'occasion d'emporter votre fils et de

19 l'enterrer.

20 R. Oui, je l'ai enterré là, à Prahulje. C'était la morgue, du cimetière --

21 donc le cimetière était à une centaine de mètres. Mais il fallait faire

22 cela pendant la nuit puisque les formations musulmanes, bosniaques

23 pouvaient tirer, et ils le faisaient de jour ou de nuit. Mais les

24 enterrements, c'étaient surtout pendant la nuit que ceci s'effectuait.

25 Q. Pourriez-vous dire comment vous vous sentez maintenant et comment

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1 vivez-vous avec les séquelles de vos expériences ?

2 R. Je souhaite seulement ajouter quelque chose. Vous savez, pendant la

3 nuit, on enterrait surtout ces morts parce qu'il y avait surtout les

4 pilonnages.

5 Maintenant, je vais répondre à votre question. Vous savez --

6 Q. Merci.

7 R. Je souhaite souligner une chose. Vous savez, aujourd'hui, c'est un

8 stress pour moi. J'ai d'autres enfants et j'espère que je vais pouvoir les

9 aider à devenir des gens honnêtes, humains, de bon caractère, qu'ils soient

10 gentils envers tout le monde, qui que ce soit, parce que Dieu lui-même a

11 dit : "Pardonne et tu seras pardonné". C'était toujours ma maxime dans la

12 vie. J'ai des enfants et, encore aujourd'hui, j'ai des amis bosniens, des

13 amis serbes, et je dis à mes enfants : "N'éprouvez pas de haine envers qui

14 que ce soit". Si quelqu'un m'a blessé, ce sera mon fardeau, dans mon âme,

15 et je porterai ce fardeau, cette douleur, cette souffrance, mais, vous vous

16 ne devriez pas éprouver cela. J'ai encore huit enfants. Ils sont

17 merveilleux.

18 Q. Merci.

19 R. Ils ont des collègues musulmans, des amis, excusez-moi --

20 Q. Merci, Monsieur le Témoin.

21 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Monsieur le Président,

22 l'interrogatoire principal est terminé.

23 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous remercie.

24 Monsieur Pesa, vous allez avoir à répondre peut-être à des questions que la

25 Défense va poser. J'aurais juste deux petites précisions à vous demander,

Page 1880

1 qui ne portent pas sur les faits très douloureux dont vous venez relater

2 toutes les circonstances.

3 Questions de la Cour :

4 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous avez dit, tout au début, que, quand vous avez

5 vu arriver les Musulmans venant des pays arabes, pour vous cela avait,

6 semble-t-il été organisé. C'est ce que vous avez dit. Qu'est-ce qui vous

7 fait dire que c'était organisé, et organisé par qui, ces Musulmans

8 étrangers qui sont arrivés ? Qu'est-ce qui vous fait dire que cela avait

9 été organisé ?

10 R. Je faisais partie de la Défense territoriale à Mehurici, donc j'étais

11 dans le centre des Communications de la Défense territoriale. J'étais en

12 communication avec des personnes qui me disaient : "Nos frères viennent

13 nous aider. Nos frères de ces pays islamiques, ils nous viennent en aide

14 dans les opérations de combat." Cependant, ceci me mettait mal à l'aise

15 parce que je me disais si nous, de Bosnie-Herzégovine - j'ajouterais que

16 j'avais toujours été contre cette maudite guerre, je ne vois pas de raison

17 de s'entretuer.

18 Vous savez, ils contrôlaient le troisième étage de cette école. C'est

19 l'école primaire à laquelle j'allais, étant enfant et j'ai terminé à cette

20 école. Je la connaissais comme ma maison. Ils m'ont dit la chose suivante :

21 "Eux, ils ne savent pas qui sont les Serbes, ni qui sont les Croates, mais

22 ils luttent en général contre le chrétien," peu leur importe, si vous êtes

23 serbe ou croate. Ils reconnaissaient seulement les personnes de nationalité

24 musulmane, bosnienne, et il y en avait, ils les reconnaissaient seulement

25 eux, en tant qu'êtres humains, et ils arrivaient en quatre, cinq

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1 camionnettes, qui arrivaient remplis d'eux.

2 Et je vais ajouter une chose : J'avais un petit garçon. Il était petit, et

3 il a tué un serpent. C'était dans un café. Ils ont failli ce petit enfant

4 parce qu'il avait tué un serpent, en le menaçant avec un couteau.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. La deuxième question, qui va vous ramener

6 à l'événement douloureux que vous avez fait tout à l'heure, qui concerne

7 l'échange quand vous avez pu récupérer le corps de votre fils. Vous avez

8 dit qu'il y avait des personnes qui procédaient à cet échange. Les

9 personnes qui étaient là, à votre connaissance, c'étaient qui ces gens, qui

10 ont facilité la remise du corps de votre fils ?

11 R. Comment le dire ? C'était une sorte de coopération, un échange entre le

12 HVO et les représentants bosniens, musulmans, les représentants militaires,

13 qui étaient chargés de l'échange des morts ou des vivants ou des deux.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien.

15 Je vais retourner vers la Défense. Est-ce que la Défense a des questions à

16 poser au témoin, en prenant compte, évidement, de son état de père de la

17 victime ? Vous avez la parole.

18 Mme RESIDOVIC : [interprétation] Merci beaucoup, Monsieur le Président.

19 Contre-interrogatoire par Mme Residovic :

20 Q. Bonjour, Monsieur Pesa.

21 R. Bonjour à vous.

22 Q. Je suis Edina Residovic et je représente le général Enver

23 Hadzihasanovic, et je vous fais part de mes condoléances pour la perte que

24 vous avez subi de votre fils. Mais j'aurais juste quelques questions à vous

25 poser, s'il vous plaît.

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1 R. Allez-y, allez-y.

2 Q. Vous avez dit que, jusqu'en février 1993, vous étiez au sein de la

3 Défense territoriale, n'est-ce pas ?

4 R. Oui.

5 Q. Alors, certaines tensions ont augmenté entre l'armée de Bosnie-

6 Herzégovine et le HVO, et vous avez considéré que vous deviez quitter les

7 rangs de la Défense territoriale, n'est-ce pas ?

8 R. C'est ce qui m'a été suggéré par mes voisins bosniens, musulmans bien

9 veillant.

10 Q. Peu de temps après dans votre village, on a commencé à organiser des

11 tours des gardes et vous avez rejoint les rangs du HVO et vous avez

12 participé à l'organisation de ces tours de gardes. Est-ce exact ?

13 R. Oui.

14 Q. A la question de mon éminente collègue, vous avez parlé de la manière

15 dont les combattants étrangers sont arrivés dans votre région. Est-ce qu'il

16 est exact de dire que ces étrangers parlaient une langue que vous ne

17 comprenez pas ?

18 R. C'était l'arabe.

19 Q. Vous avez également dit qu'ils passaient à côté de votre maison, qu'ils

20 s'entraînaient, qu'ils criaient des mots à des moments pareils. Ils

21 parlaient arabe aussi ?

22 R. Oui. Je souhaite ajouter quelque chose. Ceux qui portaient des rubans

23 verts, ils étaient là, et puis il y avait des Arabes.

24 Q. Vous avez parlé du meurtre de vos voisins à Miletici, mais vous n'étiez

25 pas à Miletici vous-même ?

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1 R. Non, mais celui qui s'étaient échappé, Bozo Pavlovic m'a raconté tout

2 cela.

3 Q. Et vous n'avez jamais assisté à l'identification de ces cadavres-là du

4 village de Miletici, n'est-ce pas ?

5 R. Si. Lors de leur enterrement, entre Susanj, et il y a un cimetière. Il

6 y a des photos encore aujourd'hui, ils ont été pris. Je pense que c'est le

7 prêtre qui s'appelait, je pense, Pero Karajica, qui avait ces photos-là -

8 je ne suis pas sûr de son nom, mais je pense que c'était cela. C'est lui

9 qui possédait les photos -- tous les photos concernant ces crimes.

10 Q. Et plus tard, vous avez vu ces photos ?

11 R. Oui, et ces photos existent encore aujourd'hui.

12 Q. Ce que vous avez relaté devant cette Chambre de première instance,

13 concernant l'aspect physique de ces cadavres, et même de ce que vous avez

14 vu sur ces photos-là, n'est-ce pas ?

15 R. Oui.

16 Q. Merci, je n'ai plus de questions à poser, Monsieur le Président.

17 Mme RESIDOVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

18 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous remercie.

19 Est-ce que les autres défenseurs veulent intervenir ?

20 M. IBRISIMOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, nous n'avons pas

21 de questions à poser. Je vous remercie.

22 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci.

23 Est-ce que l'Accusation veut poser d'autres questions ?

24 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Non, nous n'avons plus de questions à

25 poser, Monsieur le Président. Merci.

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1 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien.

2 Monsieur Pesa, votre interrogatoire est terminé. La Chambre a pris

3 conscience de l'effort qu'il vous a fallu déployer pour témoigner sur ces

4 souvenirs, qui sont bien présents dans votre esprit, qui sont très

5 douloureux. Nous vous remercions d'avoir apporté votre contribution à la

6 manifestation de la vérité, d'être venu à La Haye dans le cadre de cette

7 citation à comparaître. Nous vous souhaitons un bon voyage de retour.

8 Je vais demander à Mme l'Huissière de vous raccompagner à la porte de la

9 salle d'audience.

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous remercie également et je vous souhaite

11 du succès dans vos activités.

12 [Le témoin se retire]

13 M. LE JUGE ANTONETTI : Il nous reste une demi-heure avant la pause. On

14 pourrait peut-être commencer. On va faire venir le second témoin.

15 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Bonjour, Monsieur, est-ce que vous entendez la

17 traduction par l'interprète ?

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Comme vous avez été appelé par l'Accusation à

20 témoigner, je me dois de recueillir votre nom et votre prénom. Pouvez-vous

21 indiquer à la Chambre quel est votre nom et votre prénom ?

22 LE TÉMOIN : [interprétation] D'abord, je tiens à dire bonjour à toutes ces

23 personnes présentes dans cette salle d'audience. Mon nom est Vinko Tadic.

24 M. LE JUGE ANTONETTI : Quelles sont votre date de naissance et votre lieu

25 de naissance ?

Page 1885

1 LE TÉMOIN : [interprétation] Je suis né le 15 octobre 1965.

2 M. LE JUGE ANTONETTI : A quel endroit ?

3 LE TÉMOIN : [interprétation] L'endroit s'appelle Cukle, municipalité de

4 Travnik.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. Quelle est votre profession actuelle ?

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Je suis agent commercial.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous habitez dans quelle ville ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vis à Nova Bila, municipalité de Travnik.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Comme vous avez été appelé à témoigner en justice,

10 vous devez porter serment et, pour ce faire, Mme l'Huissière va vous

11 présenter un texte que vous devez lire dans votre langue.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

13 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous remercie. Vous pouvez vous asseoir.

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

16 LE TÉMOIN: VINKO TADIC [Assermenté]

17 [Le témoin répond par l'interprète]

18 M. LE JUGE ANTONETTI : Comme je vous l'ai indiqué tout à l'heure,

19 l'Accusation a estimé utile pour manifestation de la vérité, que vous

20 veniez témoigner dans le cadre du procès qui est actuellement en cours.

21 Vous avez avoir à répondre à des questions qui vont vous être posées par

22 l'Accusation, qui est située à votre droite. Après ces questions, les

23 défenseurs des accusés, qui sont eux situés à votre gauche, pourront vous

24 poser des questions. Le cas échéant, les trois Juges, qui sont devant vous,

25 pourront aussi vous poser des questions s'ils estiment qu'il convient

Page 1886

1 d'éclaircir certains points, ou de recueillir certains éléments

2 d'information utile pour la manifestation de la vérité.

3 Lorsque la question vous est posée, essayez d'y répondre de la manière la

4 plus complète possible. Si vous ne comprenez pas le sens d'une question,

5 vous pouvez toujours demandé à la personne, qui vous pose la question, de

6 la reformuler différemment.

7 Vous allez donc commencer l'interrogatoire qui va durer pendant 25 minutes,

8 parce qu'après, pour des raisons techniques, nous sommes obligés de faire

9 une pause. Nous ferons la pause à 10 heures 30 et nous reprendrons

10 l'audience à 10 heures 55.

11 Je vais, sans perdre du temps, donner la parole à l'Accusation, qui va

12 procéder à l'interrogatoire principal.

13 Madame Benjamin, vous avez la parole.

14 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

15 Interrogatoire principal par Mme Henry-Benjamin :

16 Q. Bonjour, Monsieur Tadic. Vous avez indiqué à la Chambre que vous êtes

17 né à Cukle dans la municipalité de Travnik. Pouvez-vous dire à la Chambre

18 aussi -- lui donner une idée de la composition ethnique de cette localité

19 de Cukle ? Merci.

20 R. Pour ce qui est de la localité de Cukle, je dirais à peu près qu'il y a

21 avait 70 % de la population qui étaient Croates et les 30 % restant étaient

22 de Musulmans, c'est-à-dire, des Bosniens.

23 Q. Merci. Pouvez vous aider la Chambre et dire quelles avaient été les

24 relations qui prévalaient entre ces villageois de Cukle ?

25 R. Pour ce qui est des relations entre les villageois, tout allait bien,

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1 tout était bon, jusqu'au début de ce triste conflit.

2 Q. Merci. Avez-vous été membre de la JNA et, si dans l'affirmatif, pouvez-

3 vous dire à la Chambre la durée de la période de votre service ? Merci.

4 R. J'ai fait partie de la JNA entre 1985 -- enfin, à partir de 1985,

5 pendant 13 mois. J'ai fait mon service militaire à Belgrade, et j'ai fait

6 partie de la garde à Tito.

7 Q. Avez-vous fait en fonction autre que cela ?

8 R. Non.

9 Q. Avez-vous fait partie de ces gardes -- de cette garde villageoise de

10 Cukle ?

11 R. Pour ce qui est de ces gardes de la patrie, on sait qu'avant mon

12 emprisonnement, avant le 6 juin, une vingtaine de jours avant, les

13 villageois ont commencé à s'organiser, eux-mêmes, à monter des gardes

14 villageoises. Il y avait une espèce d'appréhension qui plainait -- qui

15 était présente, une sorte d'incertitude. Les gens avaient peur, mais ils

16 n'avaient pas d'armes. Ils ne faisaient qu'assurer des permanences.

17 Q. Le matin du 6 juin 1993, pouvez-vous indiquer à la Chambre où est-ce

18 que vous vous trouviez ?

19 R. Ce 6 juin 1993, j'étais sur les pentes du mont Vlasic. C'est une petite

20 localité à Konjska. On y gardait les moutons, il y avait là des cabanes

21 pour les nomades, et c'est là qu'ils s'installaient pour garder les

22 troupeaux de moutons l'été.

23 Q. Pendant que vous vous trouviez là-bas, avez-vous vu ou entendu quoi que

24 soi ?

25 R. Avant cela, le samedi -- j'étais fait prisonnier le dimanche. Donc, le

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1 samedi, avec mon père, j'avais quitté Cukle, et mon frère, sa femme et ses

2 quatre enfants se trouvaient déjà sur l'hauteur, à proximité où il y avait

3 leurs troupeaux. Nous sommes arrivés et entre -- en route entre Cukle et

4 Konjska, on avait entendu déjà des coups de feux provenant du secteur de

5 Mehurici. Cela veut dire de Stari Travnik, sans pour autant savoir ce qui

6 se passait. Une fois arrivé, il y avait, je précise, des femmes, des

7 enfants et des gens qui gardaient les moutons. J'étais avec mon frère et

8 ils nous ont indiqués que des conflits avaient commencés à Travnik et que

9 c'est à partir de Mehurici que certaines forces, certains effectifs avaient

10 commencés à tirer.

11 Q. A un moment donné, est-ce que vous êtes arrivé à votre cabane ? Si,

12 oui, est-ce que quelqu'un s'est approché de vous ? Qu'est-il arrivé ?

13 R. Pour ce qui est de la journée de samedi, nous sommes arrivés au soir en

14 fin d'après midi. Nous avons passé la nuit et, avant de nous réveiller, au

15 levé du soleil entre 6 heures et 7 heures du matin, mon père était sorti.

16 Il a dit qu'il se trouvait à l'extérieur parce qu'il s'était levé un peu

17 plus tôt, un peu avant que les autres, les autres n'aient pas encore tous

18 réveillés. Dans une cabane, il y avait moi, mon frère, sa femme et des

19 enfants. Il y avait Nikola Volic et sa femme, sa fille et son fils.

20 On a entendu du bruit, un vacarme à l'extérieur. Nous nous sommes levés

21 pour voir de quoi il en retournait et, lorsque nous sommes sortis ou

22 arrivés à la porte, on a entendu des cris. Mon père m'a dit : "On nous

23 convit à nous rendre, nous sommes fait prisonniers." Mais on ne savait pas

24 du tout de quoi il s'agissait. Il n'y avait pas d'armée du tout et il n'y

25 avait aucune position militaire rien du tout.

Page 1889

1 Q. Vous avez dit à cette Chambre qu'"ils" ont dit : "Que vous étiez

2 prisonniers." Pouvez-vous me dire que vous entendez par "ils" ?

3 R. Au fur et à mesure de l'évolution de la situation, nous avons appris de

4 quoi il s'agissait. Il y avait cinq ou six jeunes hommes qui portaient des

5 uniformes militaires et sur leurs manches gauches, ils avaient des espèces

6 de rubans verts. Ils étaient armés

7 -- assez bien armés et ils étaient très en colère et ils étaient révoltés,

8 ils étaient en train de nous rassembler et, entre temps, ils ont amassés là

9 de personnes -- un nombre grandissant de personnes.

10 Q. Monsieur le Témoin, à ce moment-là, avez vous eu l'impression qu'il

11 avait une personne qui était au-dessus des autres, qui commandaient les

12 autres ?

13 R. A l'occasion de l'emprisonnement, lorsqu'il nous ont tous amassés et

14 qu'ils étaient restés quelques enfants dans les cabanes qui -- des enfants

15 qui étaient encore endormis, il n'y avait pas mal d'enfants d'ailleurs.

16 L'homme, qui s'était approché de moi, que les autres appelait Hadzija, cet

17 homme s'est approché de moi, il avait dans sa paume une grenade à main et

18 s'approché pour me frapper à la tête. Alors, j'ai un peu reculé et ils nous

19 ont pris pour nous escorter en contre barre vers Mehurici.

20 Q. Ces gens, au sujet desquels vous avez dit qu'ils avaient montés la

21 garde autour de vous et qu'ils avaient -- vous avaient escortés en

22 direction de Mehurici, je voudrais que vous décriviez à l'intention de la

23 Chambre, leurs apparences et le type de vêtements qu'ils portaient ?

24 Q. Ils étaient, en tout et pour tout, 13 ou 14. Ils portaient tous des

25 uniformes militaires bariolés. Ils étaient armés de fusils, de type

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1 différents, de models différents, et j'en ai remarqué deux qui portaient

2 des espèces de sacs à dos, dont ils sortaient des grenades à fusils à la

3 manche gauche, ils avaient des bandes de tissu de couleur vert foncé.

4 Q. Avez-vous pu remarqué si, sur ces bandes attachées aux manches, il y

5 avait une inscription ou c'était uni ?

6 R. L'un des côtés, il y avait dans insignes ovales verts avec une

7 inscription "MOS" et un croissant de lune et une étoile. Je ne me souviens

8 pas s'ils avaient tous ce type d'insigne, mais j'ai remarqué l'insigne en

9 question sur plusieurs soldats.

10 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Monsieur le Président, je demanderais

11 à monter au témoin la pièce à conviction P4.

12 Q. Monsieur le Témoin, pouvez-vous aider les Juges de la Chambre et,

13 partant de la description que vous venez de nous donner, dites-nous si vous

14 êtes à même de reconnaître l'un quelconque des insignes parmi ceux-ci comme

15 étant celui dont vous avez parlé.

16 R. C'est à peu près ce qui figure au numéro 9, mais, en plus, dans le

17 cadre de ce croissant de lune, il y avait une étoile jaune et, en blanc, en

18 dessous, il y avait les lettres "MOS". C'était tourné à l'envers.

19 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Monsieur le Président, pouvons-nous

20 attribuer une cote à ce document et le verser au dossier ?

21 [Le Conseil de l'Accusation se concerte]

22 M. LE JUGE ANTONETTI : -- la lui présenter le document écrit pour qu'il

23 mette ses initiales ? Vous avez un document écrit ? Une copie ?

24 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Monsieur le Président, ce document

25 particulier a déjà été versé au dossier et porte la cote P4.

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1 M. LE JUGE ANTONETTI : Mais, si le document porte, effectivement,

2 l'identification P4, il suffit que le transcript indique que l'intéressé a

3 reconnu, sur la pièce P4, le signe numéro 9. Cela suffira. Ce n'est pas la

4 peine d'aller verser virtuellement une manche qui apparaît sur vidéo. On va

5 se contenter de la reconnaissance visuelle par l'intéressé, d'un signe qui

6 n'est pas tout à fait le même que celui qui figure au numéro 9. Il nous a

7 dit qu'il y avait d'autres éléments.

8 Monsieur le Témoin, puisque nous sommes sur l'insigne numéro 9, est-ce que

9 vous avez vu la mention, marquée "7e Brigade musulmane" ? Est-ce que vous

10 avez vu cette mention ?

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, il n'y avait pas d'inscription "7e

12 Brigade des Musulmans", mais il y avait "MOS" en lettres blanches. C'était

13 tourné dans l'autre sens. Le croissant de lune et la petite étoile étaient

14 inversés et, en dessous, il y avait cette inscription "MOS".

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien.

16 Poursuivez, Madame la Procureure.

17 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le

18 Président. Cela a visé juste à clarifier l'apparence de l'insigne.

19 Q. Monsieur, vous nous avez dit que vous avez reçu des instructions, vous

20 disant de vous diriger vers Mehurici. Y vous êtes-vous conformez ?

21 R. A partir de l'emprisonnement même, les ordres venaient de cet homme,

22 que les autres appelaient Hadzija. Je ne connais pas du tout son véritable

23 nom et prénom. A partir du début même, ils avaient insisté pour que tous

24 les moutons -- tous les troupeaux soient rassemblés à un endroit et que le

25 tout redescende avec nous vers Mehurici; cependant, cela s'est avéré

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1 impossible, la tentative a échoué. Comme ils se trouvaient pressés, ils ont

2 renoncé à ce faire, et il n'y a que nous, les femmes et les enfants, qu'ils

3 ont escortés vers le bas.

4 Le terrain est très accidenté et il y a beaucoup de rochers, des forêts, et

5 nous avons eu du mal à redescendre.

6 Q. Lorsque vous êtes enfin arrivés à Mehurici, où êtes-vous allés dans

7 Mehurici ? Est-ce que le groupe était resté entier ou est-ce que l'on vous

8 a séparés les uns des autres ? Pouvez-vous nous indiquer ce qui est arrivé

9 lorsque vous êtes venus à Mehurici ?

10 R. Pour ce qui est de ce déplacement vers Mehurici, nous y allions tous

11 ensemble. Ils se trouvaient de côté, autour de nous, ils nous escortaient.

12 Avant Mehurici, une fois descendu du mont Vlasic, il y a un petit hameau

13 qui s'appelle Sohido [phon] -- non, plutôt cela s'appelle Poljanice, je

14 m'excuse. Alors, lorsque nous sommes arrivés dans ce hameau, nous avons

15 remarqué un grand nombre de soldats, armés jusqu'aux dents. Il y en avait

16 en uniformes militaires, en vêtements civils, mais ils étaient très bien

17 armés et d'après moi, ils devaient être plus de 100. Ils étaient prêts à se

18 diriger quelque part et ils nous disaient des mots injurieux. Nous sommes

19 arrivés avec ces soldats qui nous ont remis aux autres.

20 Q. Merci. Vous êtes donc arrivés à Mehurici et où vous a-t-on alors

21 emmenés ?

22 R. Arrivés à Mehurici, nous avons été conduits jusqu'à l'école primaire,

23 au rez-de-chaussée, dans la salle de sport -- la salle de gym et nous y

24 avons passé une heure, une heure et demie. Il y a eu séparation des hommes

25 et des femmes et des enfants.

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1 Q. Où a-t-on placé les femmes et les enfants ?

2 R. Les femmes et les enfants sont restés dans cette salle. C'est nous qui

3 avons été emmenés à l'extérieur, à quelques 100 ou 150 mètres de là, dans

4 une espèce de construction en briques. Je connais assez bien le terrain. Il

5 y avait eu des forges à cet endroit-là et on nous a installés à

6 l'intérieur. Il y avait trois bancs en bois et le sol était en béton.

7 Q. Pouvez-vous nous dire quelles avaient été les dimensions de cette

8 pièce ?

9 R. La pièce était -- faisait trois mètres sur trois. C'était une petite

10 pièce avec une petite fenêtre ou une ouverture qui faisait à peine 30

11 centimètres sur 30 centimètres, qui était une sorte d'ouverture estimée à

12 aérer la pièce, et on avait colmaté cette ouverture avec des bouts de

13 vêtements.

14 Q. Veuillez indiquer aux Juges de la Chambre combien de personnes il y

15 avait dans votre groupe.

16 R. Je ne sais pas vous répondre avec certitude, mais nous étions plus de

17 10, entre 10 et 13. Je connais à peu près les noms des personnes qui se

18 trouvaient au départ avec nous avant l'arrivée des autres.

19 Q. Pouvez-vous nous donner des noms, je vous prie ?

20 R. Je vais essayer. Je vais commencer par mon frère, Jozo Tadic; Nikola

21 Volic; Dragan Volic; Frano Volic; son fils, il s'appelait aussi Frano

22 Volic; son fils, Mladen Volic; Ferdo Tadic, mon frère; Mato Tadic, mon

23 père; et Mijo Jelovic.

24 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Monsieur le Président, étant donné

25 que l'heure de la pause s'approche, Peut-être le moment serait bon de

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1 procéder à une pause.

2 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien.

3 Monsieur le Témoin, nous allons interrompre l'audience pendant une durée de

4 25 minutes, afin de permettre aux techniciens de faire les changements

5 nécessaires, et nous reprendrons l'audience à 10 heures 55.

6 --- L'audience est suspendue à 10 heures 29.

7 --- L'audience est reprise à 10 heures 58.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Nous allons continuer l'interrogatoire.

9 Madame Benjamin, vous avez la parole.

10 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

11 Q. Monsieur le Témoin, au moment où nous avons fait la pause, vous étiez

12 en train de nous décrire la pièce où vous vous trouviez. Vous nous avez dit

13 que cette pièce se trouvait dans les locaux d'un forgeron. Pouvez-vous nous

14 la décrire, s'il vous plaît ?

15 R. Cette pièce faisait à peu près trois mètres sur trois. Au sol, c'était

16 du béton. Il y avait trois bancs en bois sur le côté et, au fond, il y

17 avait une ouverture -- une ouverture ronde, circulaire, qui faisait environ

18 30 centimètres de diamètre. Initialement, c'était utilisé à des fins de

19 ventilation de la pièce, mais ce conduit avait été colmaté au moyen d'un

20 tissu -- une pièce de tissu, disant que la pièce était complètement sombre,

21 et elle avait une porte en bois.

22 Q. Merci beaucoup.

23 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Je souhaiterais, Monsieur le

24 Président, présenter au témoin une photographie que j'ai ultérieurement

25 l'attention de verser au dossier -- plusieurs photographies.

Page 1895

1 Q. Monsieur le Témoin, à l'écran, nous avons la première photographie. Sur

2 la première photographie on voit que le numéro qu'elle porte est le suivant

3 : "0124-08187". Cela se trouve en haut à droite de la photographie. Est-ce

4 que vous reconnaissez ce qui figure sur cette photographie ?

5 R. Ici, c'est une série de remises. Il y en avait cinq ou six qui étaient

6 les uns à côtés des autres, adjacents et cela est la porte de la pièce où

7 on était détenu, là où on trouverait fûts. A côté des fûts, et là où se

8 trouvait -- en fait, là, où il y avait les fûts, il y avait des bancs où

9 s'asseyaient les gardes qui étaient chargés de nous garder -- qui étaient

10 de gardes. De l'autre côté, il y avait une maison à quatre ponts, un

11 bâtiment civil. Ils se réunissaient -- ils se rassemblent dans la cour

12 devant cette maison et ils lançaient toute sorte d'invectives, ils nous

13 provoquaient, et cetera. Mais cela c'est de l'autre côté de la route, sur

14 la gauche.

15 Q. Très bien.

16 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Est-ce qu'on pourrait montrer au

17 témoin la deuxième photographie, s'il vous plaît ?

18 Q. Pouvez-vous faire le même exercice avec votre photographie, s'il vous

19 plaît, et nous dire si vous êtes en mesure d'identifier ce qu'on le voit

20 ici ?

21 R. A l'intérieur de cette pièce, je vois une fenêtre, ainsi qu'un certain

22 nombre de choses dans cette pièce, mais, à l'époque, la pièce était

23 complètement vide. Comme je l'ai déjà dit précédemment, il y avait, dans la

24 pièce, trois bancs en bois, mais je ne me souviens pas qu'il y ait eu une

25 fenêtre. Il y avait simplement une ouverture, un trou circulaire, qui avait

Page 1896

1 précédemment servi de conduit de ventilation.

2 Q. Vous avez parlé d'un trou rond. Vous voulez parler d'une sorte

3 d'ouverture, c'est cela ?

4 R. Oui, oui.

5 Q. Merci.

6 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Photographie suivante, je vous prie.

7 Q. Est-ce que ce qui semble être l'intérieur d'une pièce, ce qu'on voit à

8 l'écran ? Est-ce que cela vous dit quelque chose ? Est-ce que vous

9 reconnaissez cet endroit ?

10 R. Oui, c'est l'intérieur d'un bâtiment, d'une pièce, mais là, il y a un

11 revêtement sur le sol, alors qu'à l'époque, il n'y avait absolument rien

12 dans la pièce où on était. Il n'y avait rien par terre. C'était juste un

13 sol en béton et là, où on voit la fenêtre aujourd'hui, c'est à peu près

14 l'endroit où se trouvait l'ouverture, c'est avant la ventilation qui avait

15 été colmatée, comme je l'ai expliqué.

16 Q. Merci.

17 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Photo suivante.

18 Q. Pourriez-vous nous dire la chose suivante ? Précédemment, vous nous

19 avez dit que cette porte vous l'aviez reconnue, c'était la porte d'entrée.

20 Est-ce qu'on a ici la porte d'entrée que vous aviez identifié sur la

21 première photographie qu'on a vu ? Est-ce que c'est la même porte ?

22 R. Pour vous dire la vérité, je ne me souviens pas très bien à quoi

23 ressemblait la porte, de quelle couleur elle était, mais je peux affirmer,

24 cependant, avec certitude, qu'il y avait une porte en bois qui était une

25 porte de fortune, grossièrement taillée, mais je ne peux pas vous dire si

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1 c'est vraiment cette porte-là. En tout cas, ce que je sais qu'il y avait

2 une porte en bois.

3 Q. Merci.

4 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] La prochaine.

5 Q. Cette photographie-là, 0124-8191, est-ce que cela ressemble à ce dont

6 vous nous avez parlé ?

7 R. Cela, c'est cette ligne -- cette série de dépendances, de remises qui

8 se suivent, qui sont adjacentes, et on était détenu dans l'une de ces

9 remises. Au coin-là, là où on voit le début de la clôture, ce qui est

10 derrière la clôture métallique, cela serait -- c'est la zone par laquelle -

11 - c'est par là qu'ils nous faisaient passer pour ensuite nous emmener être

12 interroger. Là, il y a un bâtiment qui appartient à la société Sebesic. Il

13 y avait un restaurant où on nous y emmenait pour nous interroger. Ensuite,

14 on nous emmenait aussi après aux toilettes. En fait, c'est le même endroit.

15 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Pour finir, je souhaiterais présenter

16 la pièce, la photographie 0124-8192.

17 Q. Pouvez-vous nous expliquer ce que l'on voit sur cette photographie ?

18 R. On voit la série de remises. Cela, c'est la route en goudronnée, qui

19 mène au marché au bétail. Là, vous voyez cet homme -- l'homme debout. Là il

20 va en direction de l'école, du centre de Mehurici. On aperçoit une partie

21 du bâtiment où se trouvait le restaurant.

22 Mais, pour ce qui est du vieux bâtiment à côté du restaurant, c'est dans ce

23 bâtiment-là, à côté du restaurant Ugar -- c'est dans ce bâtiment-là qu'on

24 nous emmenait aux toilettes.

25 Q. Merci beaucoup, Monsieur le Témoin. Avant que nous ne versions au

Page 1898

1 dossier ces photographies, pouvez-vous dire à la Chambre ce qui vous permet

2 de dire que vous êtes certain que ces photographies, que vous avez vues et

3 que vous avez commentées, représentent l'atelier de forgeron dans lequel

4 vous avez été détenus ? Qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer avec

5 certitude ?

6 R. Je peux affirmer avec 100 % de certitude parce qu'avant j'allais à cet

7 endroit, je fréquentais cet endroit avant le conflit -- avant la guerre.

8 J'allais à cette forge à Mehurici et j'allais aussi au marché au bétail qui

9 se trouve par là. Dans ce vieux bâtiment, à l'avant, devant le bâtiment, il

10 y a une rue de goudronné, et là il y avait un bureau d'enregistrement.

11 Q. Merci.

12 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Je souhaiterais demander le versement

13 au dossier de ces photographies.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. Nous les suivrons par ordre parce que

15 comme cela peut soulever un certain nombre de difficultés.

16 On va prendre d'abord la dernière photo, la 8192.

17 Monsieur le Témoin, sur la photo 8192 que vous avez devant les yeux, il y a

18 trois portes. Quand vous avez été détenu, vous êtes entré par quelle porte

19 des trois ? La porte centrale, la porte de droite ou la porte de gauche ?

20 LE TÉMOIN : [interprétation] On est entré par la porte centrale, celle qui

21 se trouve au milieu.

22 M. LE JUGE ANTONETTI : Donc on peut en déduire que c'est dans la pièce

23 située derrière cette porte que vous avez été détenu.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

25 M. LE JUGE ANTONETTI : On nous a dit que, sur la droite, à l'endroit, où il

Page 1899

1 y a le monsieur qui est debout, il y avait le restaurant, et ils allaient

2 aux toilettes dans le bâtiment dont nous voyons que le mur est peint en

3 blanc. C'est bien cela ? Vous alliez aux toilettes dans ce bâtiment ?

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Je crois qu'ils nous emmenaient dans -- là-bas

5 dans le vieux bâtiment. Mais, étant donné l'état de crainte qui était le

6 nôtre, je ne suis pas tout à fait sûr si c'était le grand bâtiment ou le

7 vieux bâtiment, alors l'un des deux, mais il est plus probable que c'était

8 dans le bâtiment ancien qu'on nous a emmenés.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, cela on le voit sur la photo ?

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, oui, on peut le voir. On voit cette

11 partie du bâtiment, à droite, juste à droite des remises. Je parle de ce

12 vieux bâtiment-là, à droite des remises.

13 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien.

14 Alors, on va donner un numéro pour cette photo. Vous allez, Monsieur,

15 marquer sur la photo qu'on va vous déposer, votre nom, prénom et la date

16 d'aujourd'hui.

17 LE TÉMOIN : [interprétation] La date d'aujourd'hui ?

18 M. LE JUGE ANTONETTI : Oui.

19 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, présentez ce document à l'Accusation,

21 présentez le document à la Défense --aux Défenseurs, aux accusés. La

22 Chambre va regarder ce document.

23 Monsieur le Greffier, donnez-moi un numéro définitif.

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] La cote de ce document sera P42.

25 M. LE JUGE ANTONETTI : P42.

Page 1900

1 On va passer à la photo précédente. Alors, je vais demander à l'Accusation

2 de basculer la photo précédente sur le moniteur. Voilà. C'est la photo qui

3 se termine par le chiffre 91. Le témoin nous a déclaré qu'il sortait par la

4 porte, que nous voyons là, dans la petite cour, pour être conduit à

5 l'interrogatoire. C'est bien cela, Monsieur le Témoin ? Il y a une petite

6 cour avec une grille où, vous avez dit tout à l'heure, que vous sortiez par

7 cette porte.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, non, non. On n'empruntait pas cette

9 porte-là. On sortait par la porte qui se trouve entre les fûts, et au

10 niveau de la clôture, il y a une petite entrée pour passer la clôture et,

11 ensuite, on passait par cette petite cour pour aller à l'interrogatoire.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Il nous dit qu'il sortait par la porte, qui est

13 entre les fûts, la porte centrale, et il pénétrait par une petite porte,

14 qui est après la grille, pour aller sur les lieux de l'interrogatoire, qui

15 était dans le restaurant. C'est cela ? C'est bien cela ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, oui, oui.

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. Sur cette photo, que vous avez, marquez à

18 nouveau votre nom, votre prénom et la date d'aujourd'hui.

19 LE TÉMOIN : Le témoin s'exécute]

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, montrez la photo à l'Accusation, aux

21 Défenseurs, aux accusés, à la Chambre.

22 Monsieur le Greffier, donnez-moi un numéro.

23 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce document portera la cote P43.

24 M. LE JUGE ANTONETTI : P43.

25 L'Accusation, mettez-nous sur le vidéo l'autre photo-là. C'est la photo qui

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1 se termine par le chiffre 90.

2 Sur l'interrogation de l'Accusation, l'intéressé n'a pas été en mesure de

3 nous dire si c'était bien la porte qu'il avait vue à l'époque.

4 Donc, Monsieur le Témoin, la photo que vous avez sous les yeux, est-ce que

5 cela peut correspondre à la porte centrale et à la pièce où vous étiez

6 détenu ? Si vous ne savez pas, vous dites non.

7 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est indéniablement la même pièce, mais je

8 dois répéter que je ne peux pas affirmer, avec certitude, que c'est

9 exactement la même porte parce que je me rappelle que c'était une porte en

10 bois, mais, sur cette photographie, on voit l'intérieur de la pièce. Alors,

11 de vous dire si c'est exactement la même porte ou pas, cela je ne peux pas,

12 je ne m'en souviens pas. Mais, en tout cas, il y avait une porte en bois,

13 cela j'en suis sûr.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Concernant la pièce, vous ne pouvez pas non plus

15 dire si c'était la pièce dans laquelle vous étiez ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Pour ce qui est de la pièce, de l'intérieur de

17 la pièce, l'intérieur de la pièce était semblable à ce qu'on voit à la

18 photo. Il y avait un sol en béton. Ici, on voit qu'il y a une sorte de

19 revêtement sur le sol, mais, à l'époque, il n'y avait rien du tout par

20 terre. Il y avait simplement trois bancs en bois à l'intérieur, un point

21 c'est tout.

22 M. LE JUGE ANTONETTI : Marquez votre nom, prénom et la date d'aujourd'hui.

23 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

24 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Greffier, donnez-moi un nouveau numéro.

25 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de P44.

Page 1902

1 M. LE JUGE ANTONETTI : MERCI.

2 L'Accusation, mettez-nous la photo suivante qui a le chiffre 89.

3 Monsieur le Témoin, cette photo représente une pièce. Vous nous avez dit

4 que, dans votre souvenir, il y avait une ouverture qui ne correspond pas à

5 la fenêtre que vous voyez, et vous ne pouvez pas dire si cette la pièce

6 dans laquelle vous étiez. C'est bien cela ?

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Pour ce qui est de l'intérieur de la pièce,

8 ici, on voit qu'il y a plein de choses dans l'intérieur de cette pièce,

9 mais la pièce, dans laquelle nous on se tenait, n'avait pas cette fenêtre

10 carrée, où il y avait une ouverture ronde qui, sans doute, servait à

11 ventiler la pièce précédemment, mais, quand on y était, nous, on l'avait

12 colmaté au moyen de tissus, de chiffons. Donc nous étions dans une pièce

13 qui était semblable à cette pièce, pour ce qui est des murs, des parois, et

14 cetera, sauf pour la fenêtre puisque il n'y avait rien à l'intérieur de la

15 pièce que trois bancs en bois et, par terre, c'était de béton.

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Marquez à nouveau votre nom et prénom et la

17 date d'aujourd'hui.

18 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, sur la photo qui porte le numéro 89, Monsieur

20 le Greffier, donnez-moi un numéro.

21 M. LE GREFFIER : [interprétation] La cote de ce document sera P45.

22 M. LE JUGE ANTONETTI : P45.

23 Nous passons à la photo suivante. Sur cette photo, il figure le chiffre 88

24 en final.

25 Est-ce que cette photo de la porte représente la porte d'entrée éventuelle

Page 1903

1 par laquelle vous avez pénétré dans la pièce où vous étiez détenu ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. C'est à 100 % -- à 100 %, c'est cette

3 porte. C'est la porte. Ici, on voit l'extérieur, on voit la pièce, vue de

4 l'extérieur, et, depuis la route, il n'y avait qu'une seule porte.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : La fenêtre, qui est au fond, ce n'est pas la fenêtre

6 qui existait quand vous étiez là ?

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, non, non. Non, elle n'était pas là. Il

8 n'y avait pas de fenêtre de cette forme à l'intérieur. Il y avait une

9 ouverture, et pas cette fenêtre.

10 M. LE JUGE ANTONETTI : Cette fenêtre est-ce qu'elle a été mise peut-être

11 après ?

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Sans doute. Je dois dire qu'à ce moment-là, il

13 n'y avait pas de fenêtre. Cela je peux l'affirmer avec certitude.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : L'ouverture, que vous avez mentionnée, est située à

15 la place de la fenêtre ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, a peu près sur le même mur, à peu près au

17 même endroit, sur le mur du fond de la pièce.

18 M. LE JUGE ANTONETTI : Marquez votre nom et prénom, et la date

19 d'aujourd'hui.

20 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Greffier, donnez-moi un numéro.

22 M. LE GREFFIER : [interprétation] La photographie portera la cote P46.

23 M. LE JUGE ANTONETTI : P46.

24 Il n'y a plus de photo ?

25 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Encore une photo

Page 1904

1 M. LE JUGE ANTONETTI : Il y en a encore une, la photo qui a le chiffre 87

2 en final. Monsieur le Témoin, cette photo vous avait été présentée en

3 premier. Vous nous aviez dit, sur la question de l'Accusation, que c'était

4 la porte d'entrée par laquelle vous aviez pénétré lorsque vous avez été

5 conduit dans la salle, où vous aviez été détenu et que cette photo

6 représentait ce que vous aviez appelé des pièces de forgeron. C'est bien

7 cela ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, cela c'est la porte d'entrée.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous remarquez que, sur cette porte d'entrée, juste

10 en bas de la porte, il y a une petite surface en ciment qui monte, alors

11 que, dans la porte d'à côté, on ne la voit pas. Est-ce que vous souvenez

12 qu'il y avait cette partie en ciment qui est en plan incliné à la porte ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne me souviens pas à 100 % si cela avait

14 exactement l'apparence que cela sur cette photographie, s'agissant de ce

15 qui se trouve juste devant la porte. Je ne me souviens pas qu'il y ait eu

16 une marche. C'était au même niveau -- c'était au même niveau que la route.

17 M. LE JUGE ANTONETTI : En espèce devant -- il semble d'être un petit toit,

18 est-ce que vous vous rappelez que cela existait au dessus de la porte ?

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne me souviens pas. Je ne me souviens pas

20 si c'était là ou pas.

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Il ne se souvient, ni de levant, ni de la porte avec

22 l'incliné en ciment.

23 Marquez votre nom et votre prénom et la date d'aujourd'hui.

24 LE TÉMOIN : Le témoin s'exécute]

25 Monsieur le Greffier, donnez-nous un numéro définitif pour cette photo.

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1 M. LE GREFFIER : [interprétation] La cote de cette photographie sera P47.

2 M. LE JUGE ANTONETTI : P47

3 L'Accusation, vous avez à nouveau la parole pour la suite de

4 l'interrogatoire principal.

5 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

6 Monsieur le Président, je signale, pour le compte rendu d'audience, que ces

7 photographies ont été prises au cours de l'année 2002.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Pouvez-vous aussi préciser le mois quand ces

9 photographiés ont été prises ? La date -- le jour et le mois ?

10 Monsieur Withopf, vous avez cette précision.

11 M. WITHOPF : [interprétation] Monsieur le Président, étant donné qu'a

12 l'époque, ma consoeur ne faisait pas encore partie de notre équipe, je peux

13 intervenir pour vous fournir cette information. A moins que je ne me trompe

14 complètement, cette photographie a été prise en avril 2002.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. Merci.

16 Madame Benjamin.

17 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

18 Q. Monsieur le Témoin, nous avons décrit l'aspect de ces pièces -- de

19 cette pièce. Pouvez-vous maintenant nous expliquer les conditions de votre

20 détention dans cette pièce ?

21 R. Les conditions de détentions étaient atroces, terribles. Au tout début

22 de notre détention, on était 10 ou 11 à peu près dans cette pièce. Après

23 l'attaque généralisée, on a amené d'autres personnes qui ont été détenus à

24 cet endroit avec nous. Il n'y avait à l'intérieure de la pièce trois bancs

25 et certains d'entre nous pouvaient dormir sur ces bancs, sinon, il n'y

Page 1906

1 avait rien d'autre pour pouvoir dormir. Il y avait également un sceau en

2 plastic noir, que nous utilisions pour les besoins hygiéniques, c'était au

3 début. Plus tard, ils ont commencés à nous faire sortir pour nous emmenés

4 aux toilettes.

5 Q. Au cours de votre détention, est-ce que vous pourriez dire à la Chambre

6 si vous receviez de la nourriture et ce que c'était ?

7 R. Au début, pendant les trois ou quatre premiers jours, on ne recevait

8 pratiquement rien à boire, ni à manger et, au bout de ces trois à quatre

9 jours, de temps en temps, ils venaient avec une boîte de conserve ou

10 quelques boîtes de conserve et un pain pour toutes ces personnes, mais

11 c'était catastrophique, en ce qui concerne la nourriture, pratiquement

12 rien.

13 Q. Au cours de votre détention, est-ce que vous avez subi,

14 personnellement, quelconque interrogatoire, à quelque moment que ce soit ?

15 R. Le 8 juin, c'était deux jours après notre capture, lorsque l'attaque

16 généralisée a commencé sur d'autres villages croates. Lorsque la population

17 a été expulsée, après trois à quatre jours, ils ont ajoutés encore quelques

18 personnes chez-nous. L'école était pleine de civiles croates, des femmes et

19 des enfants et parfois des hommes âgés. Au bout d'une quinzaine de jours,

20 il y avait un échange. Les civiles sont emmenés vers Nova Bila, où ils ont

21 été échangés --

22 Q. Excusez-moi, Monsieur le Témoin, de vous interrompre, mais, à ce stade,

23 je souhaite que vous disiez à la Chambre les choses suivantes. Pendant que

24 vous étiez détenu dans la forge, est-ce que vous avez subi des

25 interrogatoires de quels que types quoi que ce soit ?

Page 1907

1 R. Oui, bien sûr, simplement je voulais présenter les choses dans l'ordre.

2 On était emmené à l'interrogatoire dans l'immeuble où se trouvait le

3 restaurant et c'est là que deux hommes en uniformes, avec des ceintures en

4 glands, nous attendaient et on faisait sortir les hommes, un à un, pour

5 subir des interrogatoires. Ces jeunes hommes venaient et, tous les jours,

6 c'étaient les mêmes personnes -- c'étaient les mêmes jeunes hommes. Ceci a

7 duré pendant deux, trois jours.

8 Q. Avez-vous été soumis à un quelconque, mauvais traitement pendant votre

9 interrogatoire ?

10 R. En ce qui concerne l'interrogatoire, lui-même, il y en avait des sortes

11 différentes de mauvais traitements. Il y en a un qui s'était présenté comme

12 policier militaire de Zenica. Il était à peu près de mon âge et l'autre

13 était en face sur une chaise, il jouait avec son couteau, il nous menaçait

14 ainsi. C'étaient des interrogatoires, où ils disaient : où sont les Unités

15 croates ? Où est le HVO ? Ils me demandaient concernant les mouvements de

16 troupes qu'on n'avait aucune idée de tout cela. D'ailleurs, on ne savait

17 pas du tout pourquoi nous étions détenus dans de telles conditions et un

18 tel endroit.

19 Q. Ces hommes, qui se sont présentés comme policiers militaires, est-ce

20 que vous avez pu identifier s'ils venaient d'un bataillon particulier ?

21 R. Ils nous ont dit qu'ils étaient de la police de Zenica. Ils avaient des

22 ceinturons, ils avaient des pistolets. Je ne me souviens pas de leurs noms

23 et prénoms d'ailleurs, je ne le savais pas. Ce sont des hommes que je ne

24 connaissais pas avant et, après, je ne les ai plus jamais revu.

25 Q. Merci. Est-ce que quelqu'un de votre groupe a été blessé parmi ces

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1 personnes qui étaient détenus avec vous dans la forge ?

2 R. Par la suite, lorsque d'autres personnes sont venues après l'attaque

3 généralisée du 8 juin, Zeljko Puselja est venu. Il avait été grièvement

4 blessé de son bras. Je ne me souviens plus si c'était le bras gauche ou

5 droite. Son bras était cassé et il a été pansé seulement de manière

6 provisoire. Il était grièvement blessé et, en fait, il s'était échappé

7 d'une exécution, qui a eu lieu, ces jours-ci, à Bikose.

8 Q. Pendant que vous alliez dans d'autres bâtiments, est-ce que vous pouvez

9 dire à la Chambre si vous avez vu ou remarqué concernant ces bâtiments :

10 les occupants des bâtiments, l'aspect général de l'immeuble, et cetera.

11 R. En ce qui concerne ces occasions après l'échange des civiles, de nos

12 femmes et enfants qui ont été échangés, on a dû nettoyer les égouts autour

13 de l'école. A ce moment-là, on a remarqué, comme je l'ai dit, des soldats

14 sur place. Nous avons fait cela pendant deux jours.

15 Q. Est-ce que vous pourriez nous décrire, en nous donnant quelques

16 détails, si, à ce moment-là, vous avez pu reconnaître qui étaient ces

17 soldats-là et, éventuellement, à quel bataillon ils appartenaient.

18 R. En ce qui concerne la reconnaissance des unités, vous savez, je n'osais

19 pas vraiment regarder, j'étais pris de panique. Mais nous avons remarqué,

20 dans l'école, au deuxième -- troisième étage, qu'il y avait ces Unités de

21 Moudjahiddines qui portaient des barbes assez longues et puis ils avaient

22 le teint foncé.

23 En ce qui concerne le deuxième étage, il y avait aussi beaucoup de soldats,

24 soi-disant, c'étaient des gens de Krajina et il y avait cette 7e Unité

25 musulmane.

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1 Q. Merci. Poursuivez.

2 R. Au premier étage, il y avait des soldats aussi de l'armée de Bosnie-

3 Herzégovine. C'est ainsi qu'ils s'appelaient à l'époque. De toute façon,

4 aux trois étages, c'était rempli de soldats et ils nous humiliaient de

5 sortes différentes pendant qu'on y travaillait, alors qu'ils étaient censés

6 simplement nous garder.

7 Q. Combien de temps êtes-vous resté à la pièce du forgeron ?

8 R. J'y suis resté dans cette pièce pendant environ un mois, jusqu'à

9 l'échange -- ou plutôt jusqu'au transfert au KP Dom de Zenica.

10 Q. Monsieur le Témoin, pour terminer, du KP Dom, est-ce que vous pouvez

11 nous dire où vous avez été transféré ou, sinon, ce qui vous est arrivé.

12 R. Après le transfert du KP Dom, il y a eu cet échange dans le cadre

13 duquel nous ne savions pas du tout où on allait partir. Tout simplement,

14 ils nous ont mis dans des cars et nous avons été échangés dans la région de

15 Zepce.

16 Q. Lorsque vous êtes arrivé à Zepce, est-ce que vous avez rejoint les

17 rangs d'une armée en particulier ?

18 R. Lorsque je suis arrivé à Zepce, au bout de dix ou 15 jours, j'ai

19 rejoint les rangs du HVO.

20 Q. Pour terminer, Monsieur le Témoin, est-ce que vous pourriez dire aux

21 Juges de cette Chambre comment vous vous sentez aujourd'hui, eu égard les

22 expériences que vous avez vécues au cours de cette période de mois de juin

23 1993. Merci.

24 R. Franchement, j'essaie d'oublier tout cela, de laisser cela derrière

25 moi, mais ce n'est pas possible. Ceci a laissé des traces profondes sur ma

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1 santé et mon état psychologique. Je suis invalide à 70 %, mais voilà, on ne

2 peut pas changer le passé.

3 Q. Au cours de cette période, est-ce que vous avez perdu du poids ou non ?

4 Est-ce que vous pouviez dire cela aux Juges.

5 R. En ce qui concerne mon séjour au KP Dom de Zenica, les conditions là-

6 bas étaient catastrophiques aussi, la nourriture était pitoyable. Après

7 l'échange à Zepce, en ce qui me concerne, moi-même, j'avais perdu 26 kilos,

8 alors qu'il y avait des gens qui étaient sur le point de mourir.

9 Q. Merci, Monsieur le Témoin.

10 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Monsieur le Président, Madame,

11 Monsieur les Juges, l'interrogatoire principal est terminé.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Madame Benjamin.

13 Avant de donner la parole à la Défense, j'aurais quelques petites

14 précisions à vous demander.

15 Questions de la Cour :

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Quand vous avez été arrêté, quel était votre

17 statut ? Est-ce que vous étiez civil ou militaire, membre du HVO ?

18 R. Quand j'ai été capturé, j'ai été capturé en tant que civil. Je gardais

19 les moutons quand cela m'est arrivé. Mais, d'après les unités qui nous ont

20 capturés, d'après le traitement qu'ils nous ont réservé, après, pendant la

21 détention et avant dans la capture, ils nous traitaient comme si on était

22 des soldats du HVO, alors que ce n'était pas du tout le cas. A l'époque, il

23 n'y avait même pas de ligne de front.

24 M. LE JUGE ANTONETTI : Quand vous étiez interrogé au restaurant par les

25 deux soldats, qui, apparemment, étaient toujours les mêmes, les questions

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1 qui vous étiez posées, elles avaient quel objet ? On voulait savoir quoi en

2 vous posant des questions ?

3 R. Simplement, leur but était de savoir où étaient les armes, où étaient

4 les Unités croates, où étaient les soldats du HVO, quel était le nombre de

5 soldats, et cetera. Il s'agissait de donner ce que l'on ne connaissait pas

6 du tout. Je n'étais pas du tout impliqué dans ce genre de chose.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Cet interrogatoire était un interrogatoire oral ou

8 ceux, qui procédaient à l'interrogatoire, mentionnaient vos réponses par

9 écrit ? C'était oral ou écrit ?

10 R. En ce qui concerne l'interrogatoire, c'était plus pour nous provoquer.

11 Il n'y avait pas de compte rendu par écrit, ni de choses archivées. Tout

12 simplement, on harcelait les gens, on les attaquait, agressait et frappait.

13 Un jeune homme, qui s'appelait Ivica Jankovic, il a été grièvement blessé à

14 la tête et, après, ils n'ont pas voulu lui donner des soins médicaux dont

15 nous avons dû nous débrouiller pour arrêter le saignement.

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Dernière question. Pendant que vous étiez dans cette

17 forge, est-ce que vous avez eu la visite des représentants de la Croix

18 rouge ou de personnes autres ou de membres de famille ? Est-ce que vous

19 étiez visités ?

20 R. En ce qui concerne la visite de la Croix rouge, sur dix tentatives de

21 leur part, depuis notre capture au début des attaques et tout cela, au bout

22 de quelques jours, ils ont essayé d'entrer à Mehurici, mais la 7e Brigade

23 musulmane et les Moudjahiddines ne leur permettaient pas, et ils les

24 renvoyaient à chaque fois. A la dixième tentative, ils ont réussi à venir

25 nous voir et à nous enregistrer. S'ils n'avaient pas fait cela, à mon avis,

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1 cela aurait été très mal pour nous et je suis sûr qu'on ne serait pas

2 vivants aujourd'hui.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Est-ce dire qu'ils sont venus vous voir dans la

4 forge ?

5 R. Oui, ils sont venus et ils nous ont enregistrés. On a reçu des sortes

6 de cartes avec les noms et les prénoms, avec d'autres détails personnelles.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Juste une dernière question. Vous avez dit tout à

8 l'heure que vous êtes invalide à 70 %. Qui a reconnu votre invalidité ? Il

9 y a des preuves à ces faits ?

10 R. Oui, des documents existent, qui concernent cela, mais, en ce qui

11 concerne mon niveau d'invalidité, je peux dire qu'après l'échange, j'ai été

12 au bout de deux, trois. J'ai été grièvement blessé et, après, j'ai subi un

13 traitement. Donc, entre la capture, la détention et ce qui m'est arrivé

14 après, j'ai subi des séquelles. Je suis invalide à 70 %.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci. Je vais donc -- ces précisions ayant été

16 fournies.

17 Je vais donner la parole à la Défense pour le contre-interrogatoire.

18 Mme RESIDOVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

19 Contre-interrogatoire par Mme Residovic :

20 Q. Bonjour, Monsieur Tadic. Je suis Edina Residovic, et je représente le

21 général Enver Hadzihasanovic. Je vais juste vous poser quelques questions

22 aux fins de clarification.

23 Vous avez dit qu'après le 8 juin, quelques autres personnes ont été

24 emmenées à cette pièce de forgeron où vous étiez. L'une de ces personnes

25 était blessé. Est-ce qu'il est exact de dire que c'était Zeljko Puselja ?

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1 R. Oui. C'est vrai à 100 %. Il avait fait l'objet d'une fusillade. Il

2 s'est échappé, et il a été emmené chez nous.

3 Q. Lorsqu'il est entré dans la pièce de forgeron, vous avez vu

4 immédiatement que sa main -- son bras était pansé ?

5 R. Oui, oui. Nous avons vu cela immédiatement. Son bras était pansé, il

6 avait été grièvement blessé pendant la fusillade.

7 Q. Est-ce qu'il est exact de dire que Zeljko Puselja vous a dit qu'un

8 autre soldat du HVO avait réussi, lui aussi, à s'échapper de l'exécution,

9 Darko Puselja, qu'il avait été grièvement blessé et qu'il avait été

10 transféré à l'hôpital de Zenica immédiatement ?

11 R. Darko Puselja n'était pas un soldat du HVO. C'était un mineur à

12 l'époque, il n'était pas dans les Unités du HVO. Mais ce qui est vrai,

13 c'est qu'au moment de l'exécution, il se trouvait à Bikose et cet homme a

14 réussi à fuir, lui aussi. Après cela, il a été capturé et transféré à

15 l'hôpital de Zenica et, après, il a pu sortir de l'hôpital et rejoindre des

16 membres de sa famille à Zenica. Finalement, il n'a pas été exécuté. C'est

17 ce que j'essaie de dire.

18 Q. Est-ce qu'il est exact de dire qu'après l'échange des civils, vous

19 étiez en train de faire des travaux de nettoyage des égouts autour de

20 l'école ?

21 R. Oui.

22 Q. Pendant que vous faisiez cela, vous n'avez jamais eu l'occasion

23 d'entrer dans l'école et de monter au premier, deuxième, ou troisième

24 étage ?

25 R. Je suis entré simplement jusqu'au premier étage. Ce jour-là, nous avons

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1 tous été passés à tabac par des soldats qui étaient -- qui avaient des

2 bâtons en bois. Solidement, il fallait qu'on fasse sortir de la poubelle,

3 alors qu'autour de l'école, on nettoyait des égouts. On pouvait les voir,

4 on pouvait les entendre crier des choses, et cetera, à la fenêtre.

5 Q. Pendant que vous travailliez, pendant que vous subissiez les

6 interrogatoires, la police civile assurait votre sécurité, la police de

7 Mehurici ?

8 R. Non, ce n'était la police civile, c'étaient d'autres personnes que je

9 connaissais de vue. Je ne me souviens pas maintenant de leurs noms ou

10 prénoms, mais c'étaient des gens que je connaissais déjà, mais ce n'était

11 pas des membres de la police civile. Je pense que c'étaient des membres de

12 la civile de réserve ou quelque chose comme cela. Je ne suis pas sûr, mais,

13 de toute façon, ils ne portaient pas les uniformes de la police civile.

14 Q. Merci beaucoup, je n'ai plus de questions à vous poser.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous remercie.

16 Je me retourne vers les autres défenseurs.

17 M. DIXON : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Nous n'avons pas

18 de questions, au nom de la Défense de M. Kubura.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous remercie, Monsieur Dixon.

20 Je me tourne vers l'Accusation.

21 Mme HENRY-BENJAMIN : [interprétation] Monsieur le Président, nous n'avons

22 pas de questions supplémentaires pour ce témoin.

23 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous remercie.

24 Monsieur le Témoin, votre interrogatoire est terminé. Vous avez répondu aux

25 questions, tant de l'Accusation, que les Juges et les défenseurs. Nous vous

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1 remercions d'avoir apporté votre contribution à la manifestation de la

2 vérité dans le cadre du serment que avez prêté. Nous vous souhaitons un bon

3 retour dans votre pays.

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci. Merci à vous.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vais demander à Mme l'Huissière de vous

6 raccompagner à la porte de la salle d'audience.

7 [Le témoin se retire]

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Nous avons achevé cette semaine d'audition des

9 différents témoins.

10 Pour la semaine à venir, est-ce que l'Accusation est en mesure de nous

11 dresser le planning prévisible ? Je donne la parole à M. Withopf.

12 M. WITHOPF : [interprétation] Monsieur le Président, Madame, Monsieur les

13 Juges, la semaine prochaine, le Procureur citera à la barre cinq témoins.

14 Hier, dans l'après-midi, nous avons mis à jour la liste des témoins pour la

15 semaine prochaine et nous avons soumis cela. Au fond, nous avons simplement

16 changé l'ordre de comparution des témoins et il y a eu un remplacement.

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. Nous avons un témoin, qui est prévu

18 lundi; deux témoins, mardi; un témoin, mercredi; un témoin, jeudi; et deux

19 témoins, vendredi. C'est bien cela ?

20 M. WITHOPF : [interprétation] C'est exact, Monsieur le Président.

21 M. WITHOPF : [interprétation] La semaine prochaine, nous serons d'audience

22 tous les après-midi, du lundi au jeudi, et l'audience le vendredi matin.

23 J'ai cru, par ailleurs, comprendre que la Défense posait la question de

24 savoir s'il y aurait des interruptions d'audience, afin de permettre à la

25 Défense de régler la question des archives de l'Union européenne. Comme, je

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1 l'ai indiqué la semaine passé ou au début de semaine, il y aura un jour

2 férié qui est le 2 février, et nous aurons -- le vendredi 6 février, nous

3 n'aurons pas d'audience parce que la salle d'audience doit, sur le point de

4 la logistique, faire la maintenance, qui fera l'objet de travaux. Dans la

5 première semaine de février, il y a déjà deux jours où il n'y aura pas

6 d'audience, le 2 février en raison d'un jour férié, et le vendredi de la

7 semaine. Vous allez bénéficier de deux jours pour vous permettre, bien

8 entendu, d'accéder à la documentation dans la mesure où on vous ouvrira la

9 possibilité d'avoir accès à ladite documentation.

10 J'ai également cru comprendre que vous posiez la question pour le mois

11 d'avril, concernant la période de Pâques. En état de mémoire, il me semble

12 qu'il y a un vendredi qui est férié, et un lundi qui est férié. Il y aura

13 au mois d'avril deux jours où il n'y aura pas d'audience, le vendredi et le

14 lundi, alors, je n'ai pas exactement la date. Si la Défense estime qu'il

15 lui faut des jours supplémentaires pour qu'elle puisse se préparer d'ici

16 là, mais je vous demande de le faire le plus tôt possible. Faites-le moi

17 savoir afin que je puisse en aviser les services compétents du Greffe pour

18 la mise en place du planning du mois de mars et d'avril. Mais, si vous

19 estimez qu'il vous faut pendant cette période de Pâques quelques jours de

20 préparation, vous me l'indiquez. Etant précisé qu'il y a déjà deux jours

21 qui seront automatiquement sans audience, c'est le vendredi qui est un jour

22 férié, et le lundi qui sera un jour férié.

23 Est-ce que les uns et les autres, vous voulez faire part d'observations.

24 Je me tourne vers la Défense. Pas de question ?

25 Je me tourne vers l'Accusation. Oui, Monsieur Withopf ?

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1 M. WITHOPF : [interprétation] Très brièvement, Monsieur le Président, nous

2 avons appris maintenant qu'il n'y aura pas d'audience le vendredi, 6

3 février. Je souhaite profiter de l'occasion pour souligner que ceci ne

4 devrait pas aller à l'encontre de la demande de la moitié d'une année, qui

5 est le cadre temporaire réservé au Procureur dans la présente affaire.

6 M. LE JUGE ANTONETTI : Concernant le 6 février, je vous indique que c'est -

7 - cela figurait dans l'horaire provisionnel des services du Greffe, qui

8 avait indiqué que, pour le 6 février, il y avait "court maintenance".

9 Voilà.

10 L'ordre du jour de cette audience, étant épuisé, je vais lever l'audience

11 et j'invite tout le monde de revenir pour l'audience de lundi prochain, qui

12 débutera à 14 heures 15.

13 --- L'audience est levée à 11 heures 58 et reprendra le lundi 26 janvier

14 2004, à 14 heures 15.

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