Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le lundi 4 avril 2005

2 [Audience publique]

3 [L'accusé est introduit dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 9 heures 01.

5 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Veuillez citer l'affaire, Monsieur

6 le Greffier.

7 M. LE GREFFIER : [interprétation] Bonjour, Messieurs les Juges.

8 Affaire IT-01-48-T, le Procureur contre Sefer Halilovic.

9 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Je vous remercie.

10 Je salue toutes les personnes présentes. Avant que le témoin ne

11 commence sa déposition. Voulez-vous soumettre certaines questions à

12 l'intention des Juges ?

13 M. Weiner.

14 M. WEINER : [interprétation] Pas tout de suite.

15 M. LE JUGE LIU : [interprétation] J'ai une question à vous. Combien

16 de témoins y a-t-il pour aujourd'hui ?

17 M. WEINER : [interprétation] La semaine est très courte. Nous avons un

18 témoin aujourd'hui, un pour mercredi, un témoin pour jeudi. Vous

19 souviendrez qu'il y a une dizaine de jours, le jeudi qui a précédé le long

20 weekend, nous avons été notifié assez tard entre 17 et 18 heures qu'en plus

21 du fait que Muzenovic, qui était enlevé, le témoin qui devait le suivre

22 pour parler de Grabovica cette semaine était déplacé. On s'est fait avancer

23 le procès Uzdol, ou la partie, le volet Uzdol, mais nous n'avons que trois

24 témoins pour Uzdol cette semaine.

25 Nous avons sept témoins pour la semaine prochaine. Nous aurons deux témoins

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1 par audience pour les trois premiers jours. Mercredi, ce ne sera peut-être

2 pas possible parce que l'une des femmes est enceinte, qui sera le témoin.

3 Pour ce qui est de jeudi, vendredi, et du lundi d'après, nous aurons

4 Karavelic. Après, nous aurons toute une semaine remplie de témoins, en

5 l'occurrence trois, jusqu'à la pause pour l'audience réservée à l'outrage.

6 Nous nous excusons, mais nous avons dû passer rapidement de Grabovica à

7 Uzdol, et pour la semaine d'aujourd'hui, nous n'avons que trois témoins.

8 Je ne peux pas vous dire que la chose suivante sera définitive, mais il se

9 peut qu'on ait que deux jours. Nous aurons peut-être deux témoins mercredi,

10 mais je ne peux pas vous le dire de façon définitive.

11 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Qu'est-ce que vous allez faire de cette

12 dame qui est enceinte, qui devrait déposer ? Est-ce que vous avez la

13 retirer de la liste des témoins, ou est-ce que vous proposez une autre

14 méthode ?

15 M. WEINER : [interprétation] Elle va voir le médecin demain. Elle aura une

16 idée précise après ce rendez-vous avec le médecin, qui va décider si elle

17 peut voyager ou pas. Nous pourrions avoir une liaison vidéo très rapide ou

18 utiliser une autre méthode le 92 bis, par exemple.

19 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Merci. Je vais vous demander de déposer

20 une liste des témoins que vous prévoyez jusqu'au 22 avril.

21 M. WEINER : [interprétation] Cela a été fait, mais, très tard vers 17

22 heures, vendredi dernier. Le Greffe et votre Juriste devront en disposer,

23 sans doute, allez-vous la recevoir au cours de la matinée.

24 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Je vous remercie.

25 Maître Morrissey.

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1 M. MORRISSEY : [interprétation] Oui.

2 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Je crois comprendre que, l'autre jour,

3 vous avez dit avoir quelque conclusion à présenter en ce qui concerne la

4 déposition du Témoin Karic. Vous allez le faire maintenant, ou voulez-vous

5 le faire au courant de la semaine ? Cela dépend du temps dont vous avez

6 peut-être besoin pour vous préparer.

7 M. MORRISSEY : [interprétation] Je voulais le faire dans la semaine parce

8 que je savais que l'Accusation faisait l'impossible. pour trouver

9 suffisamment de témoins, mais ne remplissait pas la semaine, ce serait sans

10 doute plus utile de le faire plus tard dans la semaine. Aujourd'hui, nous

11 avons un témoin dont nous pourrions terminer l'audition aujourd'hui, si

12 nous commençons tout de suite, et vu cela je n'avais pas l'intention d'en

13 parler aujourd'hui, mais bien plus tard dans la semaine.

14 Mais est-ce que je pourrais évoquer d'autres questions ?

15 Tout d'abord, nous ne sommes pas rendu compte qu'il y avait une dame

16 qui était enceinte qui allait déposer. Elle a tout à fait droit à la

17 liaison vidéo, nous n'allons pas poser de problème, bien entendu. Il suffit

18 que l'Accusation nous le fasse savoir en temps utile.

19 Autre chose, mon estimé confrère me dit que l'Accusation voudrait

20 ajouter quelques pièces, à la liste des pièces avec ce témoin qui ne

21 figurait pas sur la liste. Vous savez que ce sont des témoins qui faisaient

22 partie du mémoire et qui étaient placés en annexe de la déclaration

23 préalable du témoin. J'en ai discuté avec

24 M. Weiner. Je lui ai fais part de notre accord, bien sûr, la dernière

25 décision revient aux Juges, mais nous sommes prêts à ce que ces trois

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1 pièces soient ajoutées, ce sont des cartes qui risquent d'être utiles.

2 Autre chose encore, l'Accusation a dit qu'elle voulait présenter par

3 le truchement du présent témoin quelques certificats de décès. J'avais

4 quelque réaction un peu paranoïaque en tant que Défense, mais l'Accusation

5 me dit que ce témoin était un fonctionnaire local et qu'on présente ce

6 témoin simplement pour attester de la mort de ces personnes, sans vouloir

7 parler des raisons de ces décès. Nous sommes d'accord, pas d'objection, je

8 voulais vous le dire à l'avance.

9 Voilà, merci.

10 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Pour ce qui est du témoin que nous

11 devrions entendre par liaison vidéo, j'espère que nous pourrons le savoir

12 dans les meilleurs délais, parce que vous savez qu'il faut un certain

13 temps, des semaines entières pour préparer une liaison vidéo.

14 Merci de votre bonne volonté, Maître Morrissey, pour ce qui est de la

15 déposition de cette dame, et aussi pour ce qui est des certificats de décès

16 concernant le présent témoin.

17 M. MORRISSEY : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

18 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Pour l'instant, ceci étant, est-ce que

19 nous pouvons faire entrer le témoin.

20 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

21 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Témoin.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

23 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Je vais vous demander de prononcer la

24 déclaration solennelle.

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

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1 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

2 LE TÉMOIN: KAZO ZELENIKA [Assermenté]

3 [Le témoin répond par l'interprète]

4 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Merci beaucoup, Monsieur, veuillez vous

5 asseoir.

6 Monsieur Weiner, vous avez la parole.

7 M. WEINER : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

8 Interrogatoire principal par M. Weiner :

9 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur.

10 R. Bonjour.

11 Q. Je vais vous demander d'incliner votre identité, aux fins du dossier de

12 l'audience.

13 R. Je m'appelle Kazo Zelenika.

14 Q. Quel âge avez-vous, Monsieur ? Quelle est votre date de

15 naissance ?

16 R. Je suis né le 24 février 1956. Ce qui veut dire que j'approche de la

17 cinquantaine.

18 Q. Je vais vous poser quelques questions qui nécessitent uniquement un oui

19 ou un nom comme réponse, pour avancer rapidement, pour passer ensuite au

20 moment qui vous concerne avec le HVO.

21 Vous êtes bien né à Uzdol, Monsieur ?

22 R. Oui.

23 Q. Aujourd'hui, vous vivez avec votre famille à Uzdol ?

24 R. Oui.

25 Q. Votre famille se compose d'une femme et de 11 enfants ?

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1 R. Oui.

2 Q. Vous êtes allé à l'école religieuse de Prozor et puis --

3 R. Non, à Split.

4 Q. À Split, excusez-moi. Vous avez terminé une école d'administration à

5 Mostar, c'est cela ?

6 R. Oui.

7 Q. Vous êtes devenu le fonctionnaire de l'état civil, n'est-ce pas, à

8 Uzdol en 1988 ?

9 R. Oui.

10 Q. C'est la personne qui s'occupe de l'état civil, naissance, mariage,

11 décès ?

12 R. Oui.

13 Q. Est-ce que vous avez été membre de la JNA pendant 15 mois, de 1976 à

14 1977 ?

15 R. Oui.

16 Q. Vous avez été mobilisé par le HVO, par l'armée du HVO en mars ou en

17 avril 1992 ?

18 R. Oui.

19 Q. Vous avez été versé dans les services de logistique ?

20 R. Oui.

21 Q. Vous avez fourni les rations aux effectifs dans le cadre de vos

22 services de logistique ?

23 R. Oui.

24 Q. Une dernière chose, pendant la guerre, vous êtes resté au village en

25 tant que fonctionnaire chargé de l'état civil d'Uzdol et aussi en tant que

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1 chargé de logistique fournissant les vivres aux effectifs ?

2 R. Oui.

3 Q. Parlant du début 1993, fin 1992, où se trouvait votre famille à ce

4 moment-là, où résidait-elle ?

5 R. Elle vivait à Prozor. Mon épouse et cinq enfants y vivaient. Quant à

6 mes parents, moi-même et une fille à moi, nous habitions Uzdol.

7 Q. Pourquoi est-ce que votre famille était divisée avec la moitié de

8 celle-ci vivant à Prozor ?

9 R. Mais la guerre a éclaté. L'ordre a été donné que les femmes et les

10 petits enfants quittent le village à cause des pilonnages.

11 Q. Mais vous, vous êtes resté à Uzdol et vous l'avez dit avec vos parents

12 et quelle fille ?

13 R. Avec Jadranka, mon ainée.

14 Q. Quel type d'habitation avez-vous ? Est-ce que c'était un appartement,

15 dans un building, ou est-ce que c'était une maison ? Où est-ce que c'était

16 une ferme ?

17 R. C'était une petite maison familiale de village.

18 Q. Je vous remercie.

19 Q. Avant que je vous montre quelques photos, est-ce que vous pourriez

20 décrire Uzdol à l'intention des Juges ?

21 R. C'est un endroit montagneux. Il y a plusieurs hameaux. Il y a Rajici,

22 Cer, il y a une école à Zelenike, Friz, Pale, Bobari, Budimi, Huris [phon].

23 Il y a quatre ou cinq hameaux et une centaine d'habitants au village.

24 Q. J'aimerais vous montrer une photo avec le numéro

25 ERN 0402-0894 ?

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1 R. D'accord.

2 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce portant la cote

3 provisoire MFI298.

4 M. WEINER : [interprétation] Merci.

5 Q. Vous voyez l'image; elle est devant vous ?

6 R. Oui, je la vois.

7 Q. Pourriez-vous nous dire ce que cette image, ce que cette photo

8 représente ?

9 R. C'est le village d'Uzdol et une partie de Here, là-haut dans le coin

10 supérieur.

11 Q. Est-ce que ceci montre bien l'école telle qu'elle existait en septembre

12 1993 ?

13 R. Oui.

14 Q. Est-ce qu'il y a un bâtiment qu'on appelle l'école communément ?

15 R. Oui.

16 Q. Nous avons un feutre spécial qui peut être utilisé et je vais vous

17 demander d'entourer ce bâtiment d'un cercle, et d'y apposer le chiffre "1".

18 R. C'est fait. J'ai mis le 1 dans le cercle.

19 Q. Est-ce que vous voyez l'église du village ?

20 R. Oui. En fait, il y en a deux.

21 Q. Est-ce qu'elles sont adjacentes ?

22 R. Il y a environ une cinquantaine de mètres qui les séparent.

23 Q. Je vais vous demander d'apposer le chiffre "2", entre ses deux

24 églises ?

25 R. [Le témoin s'exécute]

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1 Q. Est-ce que vous voyez votre demeure sur cette photo ?

2 R. Oui.

3 Q. Est-ce que vous pourriez tracer un cercle autour de cette maison et y

4 apposer le chiffre "3" ?

5 R. Il y a un étable à proximité de la maison, ici en tout cas sur cette

6 photo parce qu'elle est nouvelle, parce qu'avant elle avait été incendiée;

7 et il y a aussi un fumoir.

8 Q. Vos voisins s'appellent Zelic, n'est-ce pas ? Vous voyez leur maison

9 sur cette photo ?

10 R. Oui.

11 Q. Est-ce que vous pourriez tracer un cercle autour de leur maison avec le

12 chiffre "4" ?

13 R. Vous avez d'abord la vieille maison; l'autre c'est la nouvelle.

14 Q. Est-ce que la nouvelle maison et l'ancienne maison existaient en

15 septembre 1993 ?

16 R. Oui. Les Zelic vivaient dans la vieille maison. Ils n'avaient pas

17 encore emménagés dans la nouvelle.

18 Q. Est-ce que vous voyez la maison de Domin Rajic sur cette photo ?

19 R. Oui.

20 Q. Est-ce que vous pourriez entourer cette maison d'un cercle et y apposer

21 le chiffre "5" ?

22 R. [Le témoin s'exécute]

23 Q. Est-ce que vous voyez la maison de la famille Prkovic ?

24 R. Je ne connais pas bien ce nom de famille, ce patronyme ? Perkovic; ce

25 n'est pas Prkovic, c'est Perkovic.

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1 Q. Petkovic ?

2 R. Non, Perkovic. Oui, je la vois.

3 Q. Je vais vous demander d'apposer le chiffre "6" ?

4 R. C'est fait.

5 Q. La maison des Grubesa ?

6 R. Je la voie.

7 Q. Veuillez apposer le chiffre "7" ?

8 R. [Le témoin s'exécute]

9 Q. Enfin est-ce que vous voyez la maison de Kata et Mato Ljubic ?

10 R. Oui.

11 Q. Veuillez y apposer le chiffre "8".

12 R. [Le témoin s'exécute]

13 Q. Voyez-vous la maison de Luca et Janja Zelenika ? Vous l'avez ?

14 R. Oui.

15 Q. Veuillez y apposer le chiffre "9".

16 R. Celle-ci c'est la maison de Janja, l'autre on la voit pas très bien. On

17 voit bien que la maison de Janja. L'autre c'est --

18 elle est dans un verger, donc, on ne la voit pas très bien.

19 Q. Il y a la maison de Luca.

20 R. Oui. Elle est à côté de l'autre, mais on ne la voit pas très bien à

21 cause des pruniers.

22 Q. Enfin, est-ce que vous pourriez indiquer ou voir la maison de Dragica

23 Zelenika ?

24 R. Oui, oui, je la vois.

25 Q. Veuillez apposer le chiffre "10", s'il vous plaît. Je vous remercie.

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1 M. WEINER : [interprétation] Je demande le versement de la pièce, Monsieur

2 le Président.

3 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Je suppose qu'il n'y aura pas

4 d'objection. Ce document est versé au dossier.

5 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce de l'Accusation P299.

6 M. WEINER : [interprétation] Merci, Madame l'Huissière. Je n'ai plus besoin

7 de vos bons services. Merci.

8 M. MORRISSEY : [interprétation] Je ne m'oppose pas au versement de la photo

9 précédente. Je pensais simplement que c'était 298. Je ne sais pas si ces

10 deux photos vont être versées.

11 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Il y a deux photos. Il y a l'original

12 c'est la 298.

13 M. MORRISSEY : [interprétation] C'est cela.

14 M. WEINER : [interprétation]

15 Q. Monsieur Zelenika, revenons-en au mois de septembre, exactement au 13

16 septembre 1993. Pourriez-vous nous dire où vous avez passé la nuit ce jour-

17 là ?

18 R. J'ai passé la nuit à Prozor avec ma femme et mes enfants.

19 Q. Le lendemain matin, à quelle heure vous êtes-vous levés, pour autant

20 que vous vous en souvenez ?

21 R. Vers 6 heures. Peut-être même était-il 5 heures du matin. Quelqu'un a

22 dit qu'Uzdol était en feu. Nous sommes aussitôt partis à Uzdol.

23 Q. Où étiez-vous lorsqu'on vous a dit qu'Uzdol était en feu ?

24 R. J'étais au balcon du bâtiment où je me trouvais.

25 Q. Quelle distance y avait-il entre Prozor où vous étiez et Uzdol ?

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1 R. Une douzaine de kilomètres, je dirais.

2 Q. Est-ce qu'il vous a été possible de voir quoi que ce soit dans la

3 direction d'Uzdol après que vous ayez appris qu'Uzdol était en feu ?

4 R. On ne voit rien depuis Prozor parce que Prozor est plutôt en contrebas.

5 Il faut faire à peu près un kilomètre en sortant de Prozor pour pouvoir

6 voir Uzdol et, à ce moment-là, on a vu des flammes, de la fumée. Il y avait

7 des bâtiments en proie aux flammes.

8 Q. Est-ce qu'il vous a été possible d'entendre quoi que ce soit venant

9 d'Uzdol ?

10 R. On entendait le bruit que faisaient les tirs. C'est très loin, mais il

11 arrivait d'entendre le bruit de déflagrations, d'obus qui explosaient.

12 Enfin, c'est à partir du moment où de l'endroit où il était possible de

13 voir Uzdol.

14 Q. Vous avez dit que, je vous cite : "Nous étions partis pour Uzdol". Avec

15 qui êtes-vous partis à Uzdol ?

16 R. Avec Rajic et Slavko Zelenika. Cela était mon chauffeur, c'était un

17 chauffeur et il conduisait un TAM, un véhicule TAM.

18 Q. En route, est-ce que vous avez rencontré quelqu'un ?

19 R. Nous avons rencontré quelqu'un à Perici. Un enfant à Ivan Stojanovic

20 était là. L'enfant courrait le long de la route en pleurant. Il a dit :

21 "Ils ont tué ma mère à Kriz, elle s'appelait Anica Stojanovic."

22 Q. Est-ce que cet enfant, le petit Stojanovic, vous a dit qui avait tué sa

23 mère ?

24 R. Il a dit : "C'est Saban Hero, qui a tué ma mère." Il est mort, mais

25 pendant la guerre, plus tard.

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1 Q. Est-ce que vous connaissiez ce Hero Saban ?

2 R. Oui. Il travaillait à Gradina, c'était une entreprise de Prozor qui

3 s'appelait comme cela.

4 Q. Est-ce que vous savez si cet homme avait servi dans l'une ou l'autre

5 armée ?

6 R. Je ne le savais pas. Je ne sais pas quand il a été appelé. Il était

7 sans doute dans une armée

8 L'INTERPRÈTE : Les interprètes n'ont pas entendu ce que le témoin a dit à

9 la fin de son intervention.

10 M. WEINER : [interprétation]

11 Q. De quelle armée avez-vous parlé, Monsieur le Témoin ?

12 R. Dans l'ABiH. Parce que nous, nous étions dans la HVO et eux c'était

13 l'ABiH. Je ne sais pas qui était dans l'ABiH.

14 Q. Vous dites : "Nous, nous étions dans la HVO". Quelle était la

15 composition ethnique du village d'Uzdol ?

16 R. C'est un village purement croate. Les autres villages, les villages

17 voisins de Ljubunci, Kranjcici, et Donja Vas sont des villages à population

18 mixte. Le village de Here, mais le village de notre communauté locale ne

19 comptait que des musulmans de Bosnie dans sa population.

20 Q. Vous, vous êtes de quelle appartenante ethnique, Monsieur le Témoin ?

21 R. Je suis un Croate. Je suis de nationalité croate car, il n'y avait pas

22 de Serbes chez nous dans aucun de ces villages.

23 Q. Après avoir parlé à M. Stojanovic, est-ce que vous avez poursuivi la

24 route ?

25 R. On a continué sur la route plus loin. Le petit avait peur, il est parti

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1 pour Prozor et, nous, on est parti vers Uzdol.

2 Q. A quel moment êtes-vous arrivés à Uzdol ?

3 R. Il était peut-être 7 heures, 7 heures et demie.

4 Q. Où avez-vous arrêté, garé la voiture ?

5 R. On s'est garé à deux, trois kilomètres à distance d'Uzdol, dans le

6 champ de Kracko Polje entre Kolanusici et Kracko Polje.

7 Q. Qu'avez-vous fait après avoir garé la voiture à deux ou trois

8 kilomètres de distance6

9 R. On a laissé le TAM et on a continué à pied, vers Uzdol. On voyait qu'il

10 y avait des flammes partout, tous les hameaux étaient en flammes.

11 Q. Où vous êtes-vous rendus dans un premier temps à Uzdol ?

12 R. Je suis allé tout d'abord à la maison de Rade Stojanovic et c'est là

13 qu'on a croisé des civils qui étaient en fuite. Il y en avait qui était

14 blessé. Ils s'enfuyaient vers Prozor. Nous, on est sorti vers la maison de

15 Mijo Maric, là où se trouvé l'école à secteur nord. C'était un chemin de

16 traverse.

17 Q. Qu'avez-vous pu remarquer à proximité de l'école ou dans les alentours

18 de l'école ?

19 R. Quand on est arrivé à Uzdol, j'ai vu le corps de Pero Kocalija, un

20 soldat du HVO et à une dizaine de mètres de lui, de la maison de Cuba, il y

21 avait aussi le corps d'un membre de l'ABiH, d'un Bosnien, mais je ne sais

22 pas qui c'était.

23 Q. Par la suite, qu'avez-vous fait, Monsieur ?

24 R. Je suis parti vers mon village et au croisement des routes qui vont

25 vers l'église, vers ma maison de Zelenike, on a vu Slavko Mendes, qui était

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1 chauffeur dans notre service sanitaire. Il avait été attaché ou ligoté, ses

2 mains étaient attachées dans le dossier, il a été tué par une armée à feu.

3 Q. Quels étaient les habits qu'il portait, Monsieur ? Etait-il en uniforme

4 ou en civil ?

5 R. Il était en uniforme, il était chauffeur de l'ambulance.

6 Q. Très bien, Monsieur. Je vais vous montrer des croquis, je voudrais que

7 vous examiniez cela.

8 R. Je vois.

9 Q. Pour commencer, je voudrais examiner la feuille qui porte le numéro

10 0293-7633, c'est le numéro ERN.

11 R. Oui, je vous en prie.

12 Q. Monsieur, reconnaissez-vous ce document ? Le document que vous avez

13 sous les yeux ?

14 R. Je le reconnais.

15 Q. De quoi s'agit-il ?

16 R. Tu vois cela, c'est mon croquis qui représente mon village, mais en bas

17 il manque quelque chose, enfin on voit l'école, on voit le village vers

18 Zelenike c'est mon village. Depuis l'école en bas, il y a Rajic, Ljubic,

19 Kata et Mata, puis Perkovic plus haut, puis Mara Grubesa. Là où on voit

20 Luca et Janja Zelenika, puis Dragica Zelenika. Plus haut, encore plus haut,

21 jusqu'à ma maison, on voit ma maison, puis à Zelici, la maison de Zelic, et

22 le chemin qui part vers Here.

23 Q. Très bien. Avant de commencer qui a dessiné ce croquis ?

24 R. Moi-même, j'ai dessiné ce croquis.

25 Q. Ce croquis, est-ce qu'il représente l'itinéraire qui a été le vôtre, en

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1 passant par le hameau de Zelenike ?

2 R. Oui, c'est comme cela que j'ai avancé. On voit le numéro "1", j'étais à

3 l'école d'abord, puis j'ai monté, en suivant la route.

4 Q. Très bien. Vous avez dit que vous avez vu un corps.

5 R. Oui, je l'ai vu.

6 Q. De Slavko Mendes, chauffeur d'ambulance. Pouvez-vous nous dire --

7 R. Oui, de Slavko Mendes. C'était à peu près ici, --

8 [Le témoin s'exécute]

9 On voit mieux sur l'image en couleur qui est à côté. Sa femme a érigé un

10 moment à sa mémoire, là sur l'image où j'ai inscrit des chiffres, on voit

11 mieux.

12 Q. Très bien. On reviendra à cela.

13 M. WEINER : [interprétation] Je voudrais qui soit consigné au compte rendu

14 d'audience que le témoin a montré le bâtiment carré qui ne porte pas de

15 nom, qui se trouve en face de l'école, comme étant l'endroit où il a trouvé

16 le corps de Slavko Mendes.

17 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui, Maître Morrissey.

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Ce n'est pas --

19 M. MORRISSEY : [interprétation] Si je puis faire une suggestion, il sera

20 difficile de s'y retrouver.

21 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui.

22 M. MORRISSEY : [interprétation] Excusez-moi. Il serait peut-être utile que

23 l'on donne au témoin un autre exemplaire de ce croquis, pour qu'il puisse

24 porter des mentions là-dessus, pour qu'on puisse s'y retrouver par la

25 suite, qu'il nous montre où il a vu les corps.

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1 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui, je pense que c'est une bonne

2 suggestion.

3 M. WEINER : [interprétation]

4 Q. Est-ce que vous pouvez inscrire le chiffe 1, dans un cercle à l'endroit

5 où vous avez vu le corps de Slavko Mendes.

6 R. Ce n'est pas une maison. Si j'ai dessiné ceci, c'est simplement pour

7 montrer où il se trouvait. En bas, il y avait une ancienne coopérative

8 agricole, le corps était un peu en surplomb en amont par rapport à la -- à

9 peu près ici.

10 Q. Est-ce que vous pouvez inscrire le chiffre "1" ici, s'il vous plaît ?

11 R. "1", voilà.

12 Q. Par la suite, où vous êtes-vous rendu après avoir vu le corps de Slavko

13 Mendes ?

14 R. On est parti vers la maison de Domin Rajic, et c'est là que l'on a vu

15 Ivka, la femme de Domin, c'est la première maison après ma maison. C'est de

16 l'autre côté de la route.

17 Q. Pouvez-vous inscrire le chiffre "2" à cet endroit ?

18 R. [Le témoin s'exécute]

19 Q. Quels sont les corps que vous avez trouvés à cet endroit ?

20 R. J'ai trouvé Domin; son fils, Ivo; et son épouse, Ivka Rajic, pas loin à

21 quatre ou cinq mètres, il y avait Zorka Glibo. Elle était un peu plus loin,

22 elle n'était pas avec leur corps à côté de la maison.

23 Q. Est-ce que vous vous souvenez quels sont les vêtements que portait

24 Ivo ?

25 R. Il était soldat du HVO, je ne me souviens pas très bien ce qu'il avait,

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1 ce dont je m'en souviens c'est qu'il avait une grande bosse sur la tête,

2 qui était due à un coup. Je ne sais pas à quoi, c'était au-dessus de son

3 il.

4 Q. Sa mère, Ivka, et son père, Domin, comment étaient-ils habillés ?

5 R. Ils avaient des vêtements simples de paysans, ils n'étaient pas en

6 uniforme militaire, je m'en souviens, ils étaient en civil.

7 Q. Ivka, était-ce la mère ou l'épouse d'Ivo ? Ai-je tort ?

8 R. Non, vous n'avez pas tort.

9 Q. Donc, Ivka était l'épouse d'Ivo ?

10 R. Sa mère. Domin était son père.

11 Q. Je vous remercie. Vous avez dit que vous avez vu une quatrième

12 personne, Zorka Glibo ?

13 R. Oui, une quatrième personne. Elle était à quatre ou cinq mètres de leur

14 maison.

15 Q. Savez-vous qui était Zorka Glibo ?

16 R. Zorka était l'épouse de Marko Glibo, du village de Bobari, entre Here

17 et Budin. Là-haut, il y avait trois ou quatre maisons, et parce que

18 c'était à proximité des opérations de guerre, ils se sont repliés plus près

19 d'Uzdol, en bas. Il y en avait chez Pero, il y en avait d'autres chez

20 Domin, et elle se trouvait en tant que réfugiée chez Domin.

21 Q. Elle-même, comment était-elle habillée ? Était-elle un uniforme ou en

22 civil ?

23 R. Mais non en civil. En vêtement de paysan.

24 Q. Étaient-elles en vie ou étaient-elles mortes ces quatre personnes ?

25 R. Elles étaient toutes mortes.

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1 Q. Après avoir vu ces corps, qu'avez-vous fait ? Où êtes-vous allé ?

2 R. J'ai poursuivi vers ma maison, et à une cinquantaine de mètres, 40, 50

3 mètres de cette maison, il y a la maison de Ljubicic, elle était en feu

4 devant, il y avait Mate Ljubicic et derrière il y avait Kata Ljubicic, ils

5 étaient morts. Cette maison était en feu.

6 Q. Sur le croquis, pourriez-vous inscrire le chiffre "3" sur cette maison.

7 R. [Le témoin s'exécute]

8 Mate est par là, Kata par là. Probablement, elle a essayé de s'enfuir

9 vers l'église.

10 Q. Kata Ljubic, y avait-il un lien de parenté entre elle et vous-même ?

11 R. Elle était ma "kouma" [phon], marraine. Je ne sais comment dire.

12 Q. La voyez-vous souvent, à l'époque ?

13 R. Oui, je la voyais souvent. Elle habitait à côté de l'endroit où je

14 travaillais près de l'école.

15 Q. Très bien. Savez-vous si Kata ou Mate Ljubic était un membre des forces

16 armées ?

17 R. Mato était un homme âgé. Il n'était pas dans l'armée. Kata aidait à

18 faire du pain avec de la farine qu'on importait. Après quand on a reçu du

19 pain, elle n'a plus fait cela. Il y avait d'autres femmes plus jeunes qui

20 étaient là.

21 Q. Comment était-il vêtu lorsque vous les avez trouvés ? Etaient-ils en

22 uniforme ou en civil ?

23 R. Mais c'était des vêtements ordinaires, civils, aussi bien pour Mate que

24 pour Kata.

25 Q. Où êtes-vous allé après la maison de Mate Ljubic ?

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1 R. J'ai poursuivi le chemin vers ma maison et je suis arrivé à la maison

2 de Kata et Stipo Perkovic. Kata était morte dans la maison, au seuil devant

3 le seuil et Stipo est sorti d'une certaine façon. Il a survécu. C'est un

4 homme âgé. Il a eu peur. Il ne s'est même pas rendu compte que son épouse

5 était morte, tuée. Il est sorti en enjambant son corps.

6 Q. Est-ce que vous pouvez inscrire un "4" sur la maison de Kata et Stipo

7 Perkovic sur le croquis -- est-ce que vous pouvez inscrire un "4" ?

8 R. Je viens d'inscrire cela sur le toit de la maison.

9 Q. Où se trouvait Kata ?

10 R. Elle était juste devant la porte. Elle était vêtue en noir. Elle avait

11 des lunettes avec des verres très épais. Elle voyait très mal. Elle avait

12 besoin de gros verres.

13 Q. Très bien. Après cette maison, où êtes-vous allé, après la maison de

14 Perkovic ?

15 R. J'ai poursuivi le chemin le long de la route en direction de ma maison.

16 Là, il y avait la maison de Gorcic [phon] Kovcalija et Slavko. La maison

17 était en feu, ainsi que l'étable. A côté, il y a un petit chemin qui mène

18 vers la maison de Mara Grubesa. L'étable était en feu et c'est dans cette

19 étable qu'a brûlé Mara. Elle était en train de laisser partir le bétail et

20 ils ont mis feu à l'étable. On a trouvé des os là-dedans. Dans la maison de

21 Mara, on a trouvé la belle-mère de Mara, Marica Zelic. Mais après elle est

22 décédée à l'hôpital psychiatrique près de Travnik.

23 Q. Procédons dans l'ordre. Est-ce que vous pouvez inscrire le chiffre "5",

24 là où se trouvait la maison de Mara Grubesa.

25 R. Grubesa. Cela c'est la maison et Mara était là. Là, il y a l'étable à

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1 peu près à cet endroit. Il y a un petit chemin pour le tracteur ou un

2 véhicule, et la maison se trouve en amont, alors que l'étable se trouve en

3 aval du chemin.

4 Q. L'étable qui était en flamme, est-ce que vous avez pu y pénétrer ?

5 R. Non, on n'a pas pu entrer, c'était complètement en flamme. C'était

6 recouvert de tôle et tout est tombé dans le feu. Ce sont des températures

7 très élevées. On ne peu pas approcher à 20 mètres.

8 Q. Avez-vous demandé à qui que ce soit où se trouvait Mara ?

9 R. On a demandé à sa mère qu'on a trouvé dans la maison de Pavo. Mais elle

10 ne savait rien. Elle s'était cachée dans le lit d'un petit ruisseau. C'est

11 là qu'elle a survécu, mais elle ne savait rien. Elle nous a dit, Mara est

12 parti libérer le bétail qui était attaché dans l'étable. Il y avait sa

13 fille Janja dans la maison. Les soldats l'ont appelé pour qu'elles viennent

14 les rejoindre et elle a commencé à tirer -- elle a commencé à fuir et ils

15 ont tiré et elle a été blessée à la main, mais elle ne savait pas ce qui en

16 était advenu de Mara.

17 Q. Après le 14 septembre 1993, a-t-on jamais revu Mara ?

18 R. Non, jamais. Elle a été inhumée avec les autres victimes.

19 Q. A-t-on jamais trouvé ses restes dans cette étable ?

20 R. Le mari dit qu'il a trouvé des choses. Je ne l'ai pas vu moi-même ce

21 qu'il a ramassé. Ils ont ramassé des choses à côté de la porte en bois de

22 l'étable. Il y avait des choses, mais je ne n'ai pas vu, je n'ai pas

23 regardé, je ne sais pas.

24 Q. Y a-t-il un monument sur le site aujourd'hui ?

25 R. Oui. Pavo, son mari, il a déblayé. Il a dit qu'il n'allait pas

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1 reconstruire une nouvelle étable. Il a dressé un monument avec son image

2 dans le granit et il a inscrit sa date de naissance, sa date de mort et son

3 nom. C'est peut-être 50 sur 60 centimètres, et cela se trouve là à

4 l'endroit où il y avait l'étable avant. C'est là qu'il dépose toujours des

5 fleurs à cet endroit.

6 Q. Où êtes-vous allé après la maison de Mara Grubesa ?

7 R. A 70 ou 100 mètres de là, vers la maison de Luca et Janja, Zelenika

8 Luca était morte devant la maison d'entrée de -- la porte d'entrée de sa

9 maison, et elle était très âgée. Elle était née en 1906, puis Janja aussi

10 était morte. Peut-être qu'elle a essayé de s'enfuir, de sa maison vers la

11 maison de Luca.

12 Q. Est-ce que vous pouvez inscrire un 6, là où se trouvait les maisons de

13 Luca et de Janja Zelenika ?

14 R. Luca est ici, et Janja par derrière. Luca à l'intérieur de la maison,

15 et Janja en amont par rapport à la maison derrière le mur en haut.

16 Q. Est-ce qu'il y avait un lien de parenté entre vous et Luca ?

17 R. Oui. Elle était la tante de mon père. Janja, elle avait aussi un lien

18 de parenté avec mon père. Elle était sa cousine. C'étaient les enfants des

19 deux frères.

20 Q. Très bien. Par la suite où êtes-vous allé, Monsieur ?

21 R. Je suis parti immédiatement vers la maison de Dragica Zelenika par un

22 petit chemin. La maison était en feu, ainsi que l'étable. Il y avait une

23 entrée bétonnée de deux mètres, et c'est là que Dragica était morte. Elle

24 avait été à moitié brûlée. Probablement lorsque -- au moment où la maison

25 brûlait, cela l'a touchée lorsque le toit s'est effondré. Elle était

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1 enflée, sa tête était à moitié brûlée et elle s'est trouvée près du feu.

2 Q. Est-ce que vous pouvez inscrire un chiffre "7" à côté de la maison de

3 Dragica Zelenika ?

4 R. [Le témoin s'exécute]

5 Q. Est-ce qu'il y avait un lien de parenté entre vous-même et ?

6 R. Non. Il n'y avait pas de parenté. Elle a épousé l'un de mes proches, un

7 de mes cousins. Elle était Kovcalija de naissance. Il y a peut-être un lien

8 de parenté au cinquième ou sixième degré. Il y a un lien de parenté et mon

9 père.

10 Q. Pour le compte rendu d'audience, Dragica, Luca et Janja, les trois

11 femmes Zelenika. Vous avez vu leurs corps. Étaient-elles en vie ou étaient-

12 elles mortes lorsque vous les avez vues ?

13 R. Elles étaient toutes mortes.

14 Q. Très bien. Après la maison de Dragica, où êtes-vous allé ?

15 R. J'ai poursuivi vers ma maison. La maison de Pero Zelenika était en feu,

16 la maison aussi bien que l'étable. Après, je suis arrivé à côté de la

17 maison de Josip Zelenika, j'ai appelé Josip, il était en vie, il était le

18 frère de Janja, mais je ne l'ai pas trouvé. Après, je suis arrivé près de

19 ma maison. On voyait le couloir ma fille, Jadranka, allongée dans le

20 couloir. La maison, là porte de la chambre qui donnait sur le couloir était

21 ouverte. Je voyais mon père, il gisait à plein ventre près de la porte dans

22 la Chambre et ma mère était sur le lit, leur lit conjugal, son crâne était

23 ouvert et on voyait la cervelle au mur, éclabousser le mur et aussi bien, a

24 éclaboussé le plafond.

25 Q. S'il vous plaît, pourriez-vous inscrire le chiffre "8", là se sont

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1 trouvés vos parents -- là où se trouvait la maison de vos parents.

2 R. [Le témoin s'exécute]

3 Q. Vous avez dit, Monsieur, que vous avez tout d'abord vu votre fille

4 lorsque vous êtes entré dans la maison. Dans quel état était-elle ?

5 R. Elle était allongée sur le dossier, elle était en train de

6 prononcer quelques mots, mais elle n'arrivait pas à articuler, elle n'avait

7 pas d'air, elle soupirait. Je ne sais pas quoi faire, je l'embrassais, je

8 pleurais, je voyais aussi --ma mère, elle était more aussi. Je l'ai

9 transportée sur le lit. Mon père était très lourd, il avait peut-être une

10 centaine de kilos, je n'ai pas pu le relever, il gisait par terre dans la

11 Chambre.

12 Q. Est-ce que vous pouvez donner le nom de votre fille, s'il vous plaît,

13 pour le compte rendu d'audience ?

14 R. Jadranka Zelenika, née en 1981.

15 Q. Votre père ?

16 R. Mon père, Ivan Zelenika, né en 1930.

17 Q. Votre mère ?

18 R. Ruza Zelenika, née Rajic, née en 1931.

19 Q. Après cela, avez-vous quitté la maison ?

20 R. Je devais, je sentais que je devait continuer, il y avait ma voisine

21 Ruza et Marie et Stjepan, ses enfants qui ont joué avec mes enfants.

22 J'éprouvais le besoin d'aller voir ce qui en était. C'était à une certaine

23 distance de ma maison. On ne les a pas trouvés, on a vu qu'une grenade

24 avait été jetée devant la fenêtre de l'ancienne maison puis on ne savait

25 pas où aller. On est allé vers le croisement. J'ai pris une tenue de

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1 jogging du petit Stipe, une petite tenue bleu. Là, on a trouvé deux

2 grenades à main, un chargeur d'un fusil automatique, et on a --

3 Quand on est descendu en bas sur la route, on a vu Ruza tuée sur la

4 route, Stipo a essayé de courir vers ma maison, c'est là été fauché. Il

5 avait juste un "sweater" et un petit short jaune, il n'a pas même eu le

6 temps d'enfiler son jogging et la petite Marija a couru presque jusqu'à la

7 route pour errer à deux ou trois mètres. Elle a été tuée, elle était à

8 plein ventre par terre, ils étaient tous morts.

9 Q. Est-ce que vous pourriez inscrire un numéro 9 sur la maison des Zelic,

10 là où vous êtes allé, il n'y avait personne dans la maison.

11 R. Le numéro "9", ils ont été tués à peu près ici. Le témoin marque

12 l'indication sur la carte.

13 Q. Pourriez-vous indiquer le numéro "10", là où vous avez trouvé ces trois

14 corps sans vie.

15 R. [Le témoin s'exécute]

16 Q. Quel âge avait Stjepan Zelic à peu près ?

17 R. Il avait un an de moins que ma fille, Jadranka, il était né en 1982.

18 Marija avait un an de plus que ma fille. Elle était née en 1980, elle

19 s'appelait Marija. Ils étaient un peu plus grands que ma fille. Ma fille

20 était assez menue, plus petite qu'eux.

21 Q. Leur maman s'appelait, Ruza ?

22 R. Oui, elle s'appelait Ruza Zelic, née Dzalo. Elle était de Bobari, elle

23 avait épousé un Zelic.

24 Q. Est-ce que vous vous souvenez si Marija, Stjepan ou Ruza étaient

25 chaussés lorsque vous les avez vus ?

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1 R. Non, le petit Stipo étaient en caleçons, Ruza, elle avait enfilé

2 quelque chose, elle avait pas mal de vêtements sur elles, elle vait cet

3 espèce de manteau mais elle était aussi pieds nus, l'autre aussi. Ils

4 n'avaient pas eu le temps d'emporter le moindre vêtement.

5 Q. Qu'avez-vous ensuite, où êtes-vous allé ?

6 R. Nous sommes allés vers le village de Kriz. Nous sommes partis, nous

7 sommes d'abord allés à Budin qui se trouve entre Zelenike et Kriz. Il y a

8 quatre ou cinq maisons dans ce hameau. Pas une seule maison n'avait été

9 incendiée, la plupart des gens habitent en Autriche. Personne ne vivait là.

10 Du sud, la partie sud de Kriz, parce qu'on avait ouvert le feu à partir du

11 nord de Kriz, nous sommes allés à la maison d'Anica Stojanovic, qu'on

12 appelle aussi Brko.

13 Q. Un instant s'il vous plaît. On a un premier croquis, ce croquis "A" que

14 vous avez annoté, il porte le numéro ERN 0293-7633.

15 M. WEINER : [interprétation] Je vais en demander le versement, Monsieur le

16 Président.

17 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui.

18 M. MORRISSEY : [interprétation] Pas d'objection.

19 M. LE GREFFIER : [interprétation] Cela sera la pièce de l'Accusation P300.

20 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Mais, quand est-il de l'original.

21 M. WEINER : [interprétation] Il y a les deux, l'original et l'exemplaire

22 annoté par le témoin. Nous demandons le versement des deux.

23 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui.

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] Le croquis annoté portant le même numéro

25 ERN sera la pièce P301.

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1 M. WEINER : [interprétation]

2 Q. Examinez, si vous le voulez bien, Monsieur, le croquis "B". On trouve

3 la lettre "B" dans le coin supérieur droit le numéro ERN 0293-7634; est-ce

4 que vous voulez bien regarder ce croquis-là ?

5 Quelle maison voit-on sur ce croquis ?

6 R. Ici, il s'agit du hameau de Kriz.

7 Q. Qui a tracé ce croquis, Monsieur ?

8 R. C'est moi.

9 Q. Fort bien. Est-ce qu'on voit ici la route que vous avez suivie pour

10 aller dans le hameau de Kriz ?

11 R. Oui. Tout d'abord, on est arrivé à la maison d'Anto Stojanovic. Puis

12 nous avons poursuivi notre chemin pour entrer dans le village même jusqu'à

13 l'église.

14 Q. Mais une question. Vous avez dit avoir été dans le hameau de Budin,

15 avant celui de Kriz, et que rien n'avait été endommagé. Est-ce que

16 quelqu'un vivait dans ce village là-haut dans ce hameau ?

17 R. Non, il n'y avait pas de dégât et personne n'y habitait. Ils savaient

18 sans doute qu'il n'y avait personne dans le village. Aucune étable, aucune

19 maison n'avait été incendiée.

20 Q. Je vous remercie. Vous êtes entré dans Kriz, où êtes-vous allé tout

21 d'abord, à quelle maison ?

22 R. On venait du sud, parce qu'il y a une hauteur là, nous sommes arrivés à

23 la maison d'Anto Stojanovic, surnommé Brko. C'était un homme assez âgé, à

24 la retraite. Il était mort. Il gisait devant sa maison, peut-être 20 mètres

25 devant sa maison. Comme s'il était parti dans la direction de Budin. Je ne

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1 pense pas qu'il était chaussé, je crois qu'il avait de grosses chaussettes

2 aux pieds.

3 Q. Veuillez bien indiquer la maison d'Anto Stojanovic par le chiffre "1",

4 dans la maison peut-être ?

5 R. Lui il est à peu près ici.

6 Q. Je vois que vous avez indiqué par un "X" l'endroit où se trouvait le

7 corps.

8 R. Il était à une vingtaine ou trentaine de mètres de la maison. Il a dû

9 avoir essayé de prendre la fuite en direction de Budin.

10 Q. Après avoir été à la maison d'Anto Stojanovic, où êtes-vous allé ?

11 R. Il y a quelques étables à l'arrière de sa maison. Nous sommes partis

12 dans la partie basse du village qui s'appelle Stojanovic; c'est là que nous

13 avons Ivka Zelenika qui avait survécu. Elle était là dans des broussailles

14 dans une espèce de verger, dans un terrain en friche. Elle est sortie en

15 pleur, elle ne savait pas qui on était, elle était atterrée. Elle disait

16 simplement, mais mon fils, je ne sais rien, je ne sais rien. On lui a dit,

17 assieds-toi. On va voir s'il y a encore d'autres personnes en vie. Elle

18 avait peur, mais elle ne voulait pas rester là, elle voulait nous

19 accompagner, rester avec nous. Nous sommes ainsi arrivés à la maison

20 d'Anica Stojanovic, qui avait été tuée. Elle était en proie à la plus

21 grande détresse, lorsqu'elle a vu Anica, on a dû verser de l'eau sur elle,

22 parce qu'Anica avait été tuée devant sa propre maison.

23 Q. Pourriez-vous indiquer par le chiffre "2" l'endroit où vous avez

24 rencontré, ou vous avez trouvé Ivka.

25 R. [Le témoin s'exécute]

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1 Q. Indiquez par le chiffre "3" la maison d'Anica Stojanovic ?

2 R. [Le témoin s'exécute]

3 Q. Vous avez dit que vous avez vu qu'Anica Stojanovic avait été tuée, où

4 se trouvait son corps ?

5 R. Il était sur la route, devant la maison. Il y a un chemin qui mène à la

6 maison bétonnée, il a un peu de ciment là. Puis, le chemin longe la maison

7 en descendant. Puis un autre qui va par le dessus, et elle avait été tuée

8 sur le sentier. Elle avait les jambes en l'air, ou sur le côté et elle

9 avait la tête, le visage tourné vers le haut je pense.

10 Q. Est-ce qu'Anica avait un lien de parenté avec quelqu'un qui avait été

11 tué ce jour-là ?

12 R. Oui. Elle était la fille de Kata Perkovic. Son mari, Stipo, avait

13 survécu. Elle s'était mariée à Kriz. C'était celle qui avait des grosses

14 lunettes.

15 M. WEINER : [interprétation] Peut-on montrer au témoin la photographie,

16 0402-0932 qui porte le numéro ERN 0402-0932.

17 Q. Monsieur, pourriez-vous nous dire ce que cette photographie

18 représente ?

19 R. Elle vous montre le village de Kriz.

20 Q. Voyez-vous la maison d'Anto Stojanovic ?

21 R. Oui.

22 Q. Je vais vous demander de l'entourer et d'y apposer le chiffre "1".

23 R. [Le témoin s'exécute]

24 Q. Où est la maison d'Anica Stojanovic ?

25 R. Voici la maison d'Anica Stojanovic.

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1 Q. Est-ce qu'on voit sur cette photo la maison de Ratkic ?

2 R. Oui. On voit la nouvelle maison, parce que la vieille maison, elle,

3 elle a été rasée par l'incendie.

4 Q. Veuillez y apposer le chiffre "3".

5 R. On voit qu'elle a été construite plus tard cette maison. Le

6 gouvernement a participé à ce projet.

7 Q. Est-ce que c'est là que se trouvait la vieille maison avant ?

8 R. Oui au même endroit, sur les mêmes fondations. La nouvelle maison a été

9 construite sur les anciennes fondations.

10 Q. Voyez-vous enfin la maison de Franjo et de Serafina Stojanovic sur la

11 photo ?

12 R. On ne la voit pas très bien, parce que leur maison est sur l'autre

13 versant de la colline. La route contourne, notamment la maison mais on voit

14 les étables au sommet, Kriz et leur maison se trouvent en contrebas sur

15 l'autre versant.

16 Q. On va utiliser une autre photo.

17 M. WEINER : [interprétation] Monsieur le Président, je voudrais demander le

18 versement de cette photo, de l'original et de la photo annotée.

19 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui.

20 M. MORRISSEY : [interprétation] Pas d'objection.

21 M. LE GREFFIER : [interprétation] La photographie sera la pièce P306,

22 l'autre annotée P307, et le croquis précédant qui portait le numéro ERN

23 0293764 sera la pièce P302. Le croquis annoté dans le prétoire portera la

24 cote P303.

25 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Je voudrais vous poser une question,

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1 Monsieur Weiner : quel est le lien entre les deux villages Uzdol et Kriz ?

2 Est-ce que Kriz fait partie d'Uzdol, ou est-ce qu'il s'agit de villages

3 distincts ?

4 M. WEINER : [interprétation] Je vais poser la question au témoin.

5 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui.

6 M. WEINER : [interprétation] Merci.

7 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Après nous ferons peut-être une pause

8 avant que vous ne commenciez la partie suivante de la déclaration.

9 M. WEINER : [interprétation] D'accord, Monsieur le Président.

10 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui.

11 M. WEINER : [interprétation]

12 Q. Nous avons parlé de plusieurs hameaux, Monsieur le Témoin. Nous avions

13 commencé par Zelenike ?

14 R. Oui.

15 Q. Zelenike fait partie de quel village, c'est un hameau de quel village ?

16 R. Tous ces hameaux Kriz, Zelenike notamment, se trouvent à Uzdol. Si

17 quelqu'un, un enfant est né à Kriz ou à Zelenike, il est inscrit à l'état

18 civil comme étant né à Kriz; c'est pareil aussi pour Rajici et Budin. Uzdol

19 compte cinq ou six hameaux. Chaque hameau compte cinq ou six maisons, ou

20 encore neuf ou dix. Par exemple, vous avez aussi Kranjcici, Kranjcici le

21 haut, Kranjcici le bas, Ljubunci, Memici, Nedzari [phon], Glibe, Jurici,

22 beaucoup de ce genre de villages.

23 Q. Je vous remercie.

24 M. WEINER : [interprétation] Si vous pensez que le moment est venu de faire

25 la pause, Monsieur le Président, je suis prêt.

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1 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Faisons la pause. Nous reprendrons à 11

2 heures moins quart.

3 --- L'audience est suspendue à 10 heures 17.

4 --- L'audience est reprise à 10 heures 45.

5 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Monsieur Weiner, veuillez poursuivre.

6 M. WEINER : [interprétation]

7 Q. Nous sommes toujours dans la matinée. Nous étions au village de Kriz au

8 moment où nous avons eu notre suspension d'audience. Vous veniez de quitter

9 la maison d'Anica Stojanovic. Où êtes-vous allé ensuite ?

10 R. Lorsque nous sommes arrivé à la maison, la maison de Martin Ratkic, la

11 maison était en feu, le toit s'était effondré --

12 Q. Un instant, je vais vous monter le croquis, Monsieur le Témoin.

13 R. Merci.

14 Q. Excusez-moi d'avoir oublié ce croquis qui est maintenant placé sur le

15 rétroprojecteur. Vous êtes allé à la maison de Martin et de Kata Ratkic.

16 M. MORRISSEY : [interprétation] Excusez-moi de vous interrompre.

17 Je voulais vérifier, est-ce que ce document a été versé au dossier ou pas

18 en tant que pièce à conviction ?

19 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Vous parlez de quel document ?

20 M. WEINER : [interprétation] Je pense que Me Morrissey parle du croquis "B"

21 qui porte le numéro ERN 02937634. Je n'ai pas encore demandé le versement.

22 M. MORRISSEY : [interprétation] Si on apporte d'autres annotations, alors

23 qu'il a été versé, cela pourrait poser problème, mais si cela n'a pas

24 encore été versée, pas de problème.

25 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agissait de la pièce de l'Accusation

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1 303.

2 M. WEINER : [interprétation] Je n'ai pas demandé officiellement le

3 versement, mais on n'avait d'abord vu les photos. Je n'avais pas encore

4 demandé le versement.

5 M. MORRISSEY : [interprétation] Pas d'objection. Il est tout à fait

6 souhaitable que toutes les annotations se trouvent sur un seul et même

7 croquis. C'est pour cela que je suis intervenu maintenant. Si cela n'a pas

8 encore été versé au dossier, pas d'objection à ce que le témoin apporte de

9 nouvelles annotations à une pièce qui a déjà été versée au dossier.

10 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Merci, Maître Morrissey.

11 M. WEINER : [interprétation] Merci, cher confrère.

12 Q. Monsieur le Témoin, vous êtes allé à la maison de Martin et Kata Ratkic

13 et avez-vous dit, elle était en feu ? Est-ce que vous avez réussi à vous

14 approcher de la maison ?

15 R. C'était un feu féroce. Nous nous sommes dits que peut-être que ces gens

16 étaient brûlés aussi. La maison de son frère se trouve un peu en contrebas.

17 Kata et Martin étaient morts, et une oreille de Martin avait été coupée.

18 Q. Vous dites que vous êtes allé chez son frère, une maison qui se

19 trouvait en contrebas. Comment s'appelait son frère ?

20 R. Blaz, Blasko Ratkic. Les maisons sont adjacentes toutes proches l'une

21 de l'autre.

22 Q. Je vais vous demander tout d'abord d'inscrire un chiffre "4" à la

23 maison de Martin et de Kata Ratkic sur ce croquis ?

24 R. [Le témoin s'exécute]

25 Q. Est-ce que vous pourriez indiquer d'un carré l'endroit où se trouvait

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1 la maison de son frère, Blaz ou Blasko Ratkic ?

2 R. [Le témoin s'exécute]

3 Voilà, c'est à peu près ici.

4 Q. Vous dites que vous êtes allé au sous-sol et qu'est-ce que vous avez

5 trouvé au sous-sol de la maison de Blaz ?

6 R. Nous avons vu Martin et Kata. Ils se tenaient. En fait ils avaient été

7 projetés l'un contre l'autre, et Martin avait une oreille qui lui avait été

8 coupée.

9 Q. Ils étaient en vie ou ils étaient morts ?

10 R. Ils étaient morts.

11 Q. Où êtes-vous allés ensuite ?

12 R. Il n'a pas été possible d'aller dans la maison de Franjo et Serafina

13 Stojanovic parce que c'était vers le nord en direction de Kriz, en

14 direction de Krisaj [phon], et là il y avait un espace dégagé, des

15 prairies, ce qui veut dire que nous n'avons pas pu aller rentrer chez nous

16 avant la tombée de la nuit. Nous avons rebroussé chemin. Il y a un sentier

17 qui va de la maison d'Anto Stojanovic vers l'église.

18 Q. Pourquoi est-ce qu'il n'a pas été possible d'aller à la maison de

19 Franjo et Serafina Stojanovic ? Qu'est-ce qui vous a empêché d'y aller ?

20 R. Mais il y avait des tirs depuis les collines, où la colline de

21 Krstiste. Il y avait un espace dégagé, et les maisons faisaient face à

22 Krstiste.

23 Q. Est-ce que vous avez jamais revu Franjo et Serafina Stojanovic ?

24 R. Je les ai vus lorsqu'on les a emmenés à l'école pendant la nuit,

25 lorsqu'ils sont allés à Prozor. Ils ont été placés dans des camions et ont

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1 été conduits à Prozor, mais je n'ai pas été les voir. Ils ont été emmenés à

2 l'école et un camion est venu et les a emmenés à Prozor, puis à Split.

3 Q. Vous dites qu'ils avaient été emmenés à l'école. Mais lorsqu'ils ont

4 été emmenés à l'école en camion, est-ce qu'ils étaient en vie ou morts ?

5 R. Non, ils étaient tous morts. Ils ont été emmenés dans un camion sans

6 bâche, dans un camion TAM 110.

7 Q. Pourriez-vous apposer le chiffre "6" sur ce croquis à l'endroit où se

8 trouve la maison de Franjo et Serafina Stojanovic ?

9 R. [Le témoin s'exécute]

10 M. WEINER : [interprétation] Je veux maintenant demander le versement de

11 l'original et du croquis annoté.

12 M. MORRISSEY : [interprétation] Pas d'objection.

13 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Ce sera versé au dossier.

14 M. LE GREFFIER : [interprétation] L'original, c'est la pièce P302 et le

15 croquis annoté porte la cote P303.

16 M. WEINER : [interprétation] Je vous remercie.

17 Je voudrais maintenant présenter au témoin une photographie portant le

18 numéro ERN 0149-4700. Je répète 0149-4700.

19 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agit de la pièce portant la cote

20 provisoire MFI308.

21 M. WEINER : [interprétation]

22 Q. Monsieur, cette photographie que représente-elle ? La voici maintenant

23 qui est affichée à l'écran.

24 R. Il s'agit du village de Kriz.

25 Q. Est-ce qu'on voit là bien le village de Kriz qui fait partie d'Uzdol,

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1 tel qu'on pouvait le voir en 1993 ?

2 R. Oui.

3 Q. Nous parlons de la maison de Franjo et Serafina Stojanovic. Est-ce

4 qu'on la voit sur cette photo ?

5 R. Oui, c'est ici qu'elle se trouve en contrebas.

6 M. WEINER : [interprétation] Merci, Madame l'Huissière. Merci,

7 Monsieur le Greffier d'audience.

8 Q. Monsieur le Témoin, je vais vous demander d'entourer d'un cercle la

9 maison de Franjo et Serafina Stojanovic.

10 R. [Le témoin s'exécute]

11 Il y avait aussi une étable qui a été incendiée, on ne la voit pas

12 ici, elle n'a pas été reconstruite, c'est pour cela qu'on ne le voit pas

13 ici sur cette photo.

14 M. WEINER : [interprétation] Je demande qu'il soit consigné au compte rendu

15 d'audience que la maison est entourée d'un cercle et qu'on voit par une

16 ligne l'endroit où se trouvait l'étable.

17 M. MORRISSEY : [interprétation] Pas d'objection.

18 M. LE JUGE LIU : [interprétation] L'original et la photo annotée sont

19 inscrites et versées au dossier.

20 M. LE GREFFIER : [interprétation] L'original portera la cote P308 et la

21 pièce annotée P309.

22 M. WEINER : [interprétation]

23 Q. Vous avez dit qu'après avoir quitté la maison des Stojanovic, vous

24 étiez parti vers un autre hameau.

25 R. On n'est même pas arrivé à la maison de Stojanovic le premier jour,

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1 dans la courant de la journée, je veux dire. C'est seulement la soirée que

2 Franjo et Serafina ont été amenés là. Nous avons quitté la maison de Martin

3 Ratkic pour aller vers Rajici, en direction de l'église et de la maison.

4 Q. Un petit point avant d'abandonner cette partie. Vous avez dit que

5 Franjo et Serafina avaient amenés là. Vous parlez de leurs corps qui

6 avaient amenés à l'école dans la soirée du 14 septembre ?

7 R. Oui. Il n'a pas été possible parce que c'était un espace dégagé qui se

8 trouvait là, et il a été difficile de parvenir à la maison.

9 Q. Fort bien. Vous dites être allé au village de Rajici par la suite.

10 M. WEINER : [interprétation] Peut-on montrer au témoin le croquis "C", le

11 numéro ERN est celui-ci, 0293-7635. On voit la lettre "C" dans le coin

12 supérieur droit.

13 M. LE GREFFIER : [interprétation] Cela sera la pièce portant la cote MFI

14 310.

15 M. WEINER : [interprétation] C'est le dernier des trois croquis.

16 Q. Est-ce que vous reconnaissez ce croquis, Monsieur le Témoin ?

17 R. Oui.

18 Q. Pourriez-vous dire au Juge ce qu'il représente ?

19 R. Vous voyez ici le village de Rajici, les maisons, l'église et une zone

20 qui se trouve entre Kriz et l'église.

21 Q. Qui a fait ce croquis ?

22 R. C'est moi.

23 Q. Est-ce qu'il décrit l'endroit où vous êtes allés, à Rajici, le 14

24 septembre 1993 ?

25 R. Oui. Vous voyez la maison de Prskalo, vous avez aussi la maison de

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1 Rajic. Ils ont été tués dans ces deux maisons, seulement ces deux maisons.

2 Q. Commençons par Rajici. Où êtes-vous allé d'abord dans ce hameau de

3 Rajici ?

4 R. La première maison, c'est la maison de Pero Prskalo et aussi la maison

5 de Jako Rajic. La première se trouve en contrebas, l'autre plus haut, mais

6 elles sont l'une près de l'autre. La maison de Pero Prskalo est une grande

7 maison, elle était en feu, le toit s'était effondré, les tuiles, tout était

8 tombé des murs aussi.

9 A côté de la maison, il y a un petit sentier qui avait été fait pour que la

10 voiture arrive jusqu'à la maison depuis la route principale. Les corps

11 gisaient là. Il y avait le corps de Luca Rajic, le corps de Stanko, son

12 maritime, chacun tourné dans une direction différente.

13 Sima Rajic, une vieille dame, était là aussi, ainsi que sa fille, Mara

14 Rajic. Mara est la fille de Sima Rajic. Jela Dzalo était morte dans la

15 maison, c'était une réfugiée qui était chez Prskalo. Elle avait trois

16 enfants. Sa sur était venue d'Autriche et avait réussi à s'échapper

17 jusqu'au petit commerce local où elle a été capturée par les soldats. Elle

18 leur avait donné de l'argent et elle avait réussi à s'enfuir avec ses

19 enfants. Ils sont en Autriche maintenant, sains et saufs. Son mari, Stanko,

20 il y avait le fils, Mijo, et leur fille, j'ai oublié son nom -- non, non,

21 elle s'appelait Brigita. Maintenant, ils sont en Autriche et ils vivent

22 chez une tante en Autriche avec le mari de Jela, Stipe.

23 Q. Une chose à la fois. Pourriez-vous indiquer par le chiffre "1" sur le

24 croquis l'endroit où se trouvait la maison de Prskalo ?

25 R. [Le témoin s'exécute]

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1 Q. Pourriez-vous nous indiquer où vous avez trouvé les corps sans vie de

2 Lucija Rajic, Stanko Rajic et Sima Rajic ?

3 R. Il y a un petit sentier ici, ici, vous voyez la route principale. Il y

4 a un sentier à côté de la maison. Ils ont été tués juste là, à mi-chemin.

5 La maison avait été détruite par l'incendie mais depuis elle a été re-

6 construite c'est une belle grande maison.

7 Q. Pourriez-vous indiquer l'endroit où se trouvaient ces trois corps par

8 le chiffre "2" ?

9 R. [Le témoin s'exécute]

10 Q. Vous avez dit que Mara, la fille de Sima, était là aussi, tuée. Où se

11 trouvait ce corps ?

12 R. Tout près.

13 Q. Pourriez-vous l'indiquer par le chiffre "3" ?

14 R. [Le témoin s'exécute]

15 Q. Vous avez inscrit un "4". Pourriez-vous inscrire un "3" à la place ?

16 R. [Le témoin s'exécute]

17 Q. Merci. Vous avez appris que Jela Dzalo était morte à l'intérieur de la

18 maison. Est-ce qu'on a trouvé ses restes ?

19 R. Non, jamais. C'était une grande maison et l'incendie était important.

20 Sa sur dit qu'elle était rentée dans la maison, à l'intérieur, parce

21 qu'elle avait oublié quelque chose et qu'elle était allée le chercher. Mais

22 elle a été tuée. On n'a plus revu, on a célébré une messe pour elle et pour

23 toutes les autres personnes qui ont été tuées. Les enfants sont encore en

24 vie, ils vivent en Autriche, le mari aussi. Il travaillait en Autriche

25 avant la guerre, parfois il revient. Son mari s'appelle Stipo.

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1 Q. Est-ce qu'il y a un monument à sa mémoire ?

2 R. Oui. A Uzdol, c'est un monument érigé à sa mémoire, à la mémoire des

3 Grubesa. C'est un petit monument où un lieu qui a été érigé à la mémoire de

4 toutes ces personnes. Leurs dates de naissance, et leurs noms sont

5 indiqués.

6 Q. Après avoir été à la maison des Prskalo, où êtes-vous allé ?

7 R. Nous sommes allés à l'église. La maison de Jaka Rajic se trouvait près

8 de la route, elle n'avait pas été incendiée. -- Jaka Rajic. Sans doute,

9 Sima et Mara étaient parties en courant vers la maison de -- l'autre

10 maison.

11 On trouve un peu en contrebas de la route, la maison d'Ivan Rajic, un

12 peu plus bas celle de Mijo. Mijo était dehors devant la maison, il avait

13 été tué sur le seuil de sa porte. Sa femme, Ivka, était à l'intérieur.

14 C'était une femme malade qui avait une crise cardiaque, ou un infarctus,

15 elle avait été tuée à l'intérieur de la maison. Alors que Mijo était tué à

16 l'extérieur.

17 Q. Pourriez-vous tout d'abord indiquer par un chiffre "4" sur le croquis,

18 la maison de Mijo et d'Ivka Rajic.

19 R. [Le témoin s'exécute]

20 Q. Vous avez dit que Mijo se trouvait juste à l'extérieur de la maison,

21 qu'il était mort, c'est là que vous l'avez trouvé ?

22 R. Oui. Devant la maison, sur le seuil de sa porte. Il était là au sol.

23 Q. Vous dites qu'Ivka avait eu un infarctus; est-ce qu'elle pouvait

24 marcher en septembre 1993 ?

25 R. Non. Elle ne marchait plus depuis au moins 10 ans, elle était

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1 grabataire. Cela faisait longtemps qu'elle ne marchait plus.

2 Q. Quel âge avait-elle à peu près ?

3 R. Je pense qu'elle était née en 1921, Mijo devait avoir un ou deux ans de

4 moins. Elle s'appelait Mendes de son nom de jeune fille. Elle était née

5 tout près de là.

6 Q. Merci.

7 M. WEINER : [interprétation] Je vais demander le versement de l'original et

8 du croquis annoté.

9 M. MORRISSEY : [interprétation] Pas d'objection.

10 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui, la pièce est versée au dossier, les

11 pièces plus exactement.

12 M. LE GREFFIER : [interprétation] Le croquis qui porte le numéro 02937635,

13 l'original sera la pièce de l'Accusation P304, le même croquis annoté par

14 le témoin ici même, portera la cote P305.

15 M. WEINER : [interprétation] Merci.

16 Je vais maintenant demander de présenter au témoin le document portant le

17 numéro ERN, 04020929.

18 M. LE GREFFIER : [interprétation] C'est la pièce portant la cote

19 provisoire, MFI310.

20 M. WEINER : [interprétation]

21 Q. Monsieur le Témoin, cette photo, que nous montre t-elle ?

22 R. Vous voyez le village d'Uzdol, de Donji Rajici et on voit jusqu'au

23 village de Zelenike, on voit ma maison, le jardin, la maison des Zelic,

24 ici. On voit Rajici, l'église, les deux églises, l'école.

25 Q. Le hameau de Rajici, fait-il partie d'Uzdol ?

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1 R. Oui, le tout c'est Uzdol. Kriz, Bobari, Zelenike, Rajici, puis on voit

2 plus bas dans les champs, la maison de Gojko Maric, la maison de

3 Stojanovic, on voit d'autres maisons ici. Tout cela fait partie d'Uzdol.

4 Q. Cette photo représente t-elle bien le hameau de Rajici, comme certaines

5 parties d'Uzdol, telle qu'il se présentait en septembre 1993 ?

6 R. Oui.

7 Q. Est-ce qu'on voit sur cette photo, la maison de Prskalo ?

8 R. Oui. Elle était reconstruite.

9 Q. Est-ce qu'elle a été reconstruite là où se trouvait la maison au

10 départ ?

11 R. Oui. Au même endroit.

12 Q. Je vais vous demander d'annoter cet endroit, par le chiffre "1".

13 R. [Le témoin s'exécute]

14 Q. La maison de Mijo et Ivka Rajic, la voit-on sur cette photo ?

15 R. Oui. C'est ici. Ici c'est la maison de Jaka et ici c'est la maison

16 d'Ivan et de Mijo est la troisième au milieu, en contrebas de la route, la

17 maison de Prskalo est la seule qui se trouve au-dessus de la route.

18 Q. Pourriez-vous indiquer par le chiffre "2", la maison de Rajic ?

19 R. La dernière maison, c'est la maison de Stanko et Lucija Rajic, près de

20 cette maison-ci. Voici la maison de Stanko, la maison de Stanko et de

21 Lucija Rajic. Elle n'a pas été incendiée.

22 Q. Il y a un trait indiquant ou près de la maison de Stanko et de Lucija

23 Rajic.

24 M. WEINER : [interprétation] Je tiens à le préciser aux fins du compte

25 rendu d'audience. Je demande le versement.

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1 M. MORRISSEY : [interprétation] Pas d'objection.

2 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Fort bien. C'est versé au dossier.

3 M. LE GREFFIER : [interprétation] --

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Cette maison-ci, ici la première maison,

5 c'est la maison de Sima et Mara Rajic, celle près de la maison de Prskalo,

6 la maison de Jako. Jako était mort, puis on voit la maison de Sima et du

7 père de Mara.

8 M. LE GREFFIER : [interprétation] L'original sera la pièce de l'Accusation

9 P310, et la photo désormais annotée porte la cote P311.

10 M. WEINER : [interprétation] Je vous remercie.

11 Q. Je tiens à préciser aux fins du compte rendu d'audience, qu'il y a une

12 ligne sous forme d'U, qui indique à la droite du numéro "1", l'endroit où

13 se trouvait la maison de Sima Rajic.

14 R. La maison de Simo et de Mara.

15 Q. Merci, Monsieur. Après avoir quitté la maison de Mijo et Ivka, où est-

16 ce que vous êtes allé ?

17 R. Nous sommes descendus la route vers l'église. Il y a une espèce dégagée

18 ici. Nous avons essuyé des tirs qui venaient du haut de la colline, nous

19 nous sommes mis à courir en direction des bois ici, nous sommes arrivés au

20 nord de l'école.

21 Q. J'ai quelques questions à vous poser à propos des personnes que vous

22 avez trouvées tuer. Mis à part Ivo Rajic, la première maison où vous êtes

23 allé, c'était ce jeune soldat qui gisait sans vie. Toutes ces autres

24 personnes que vous avez vues tuer, est-ce qu'il y avait parmi ces personnes

25 une seule personne qui était en tenue militaire, en uniforme ?

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1 R. Non, c'était tous des civils.

2 Q. De ces personnes que vous avez vues tuer, disons au mois d'août, au

3 mois de septembre, est-ce que vous aviez vu une de ces personnes en tenue

4 militaire ?

5 R. Non.

6 Q. En août ou en septembre 1993, est-ce qu'il vous est arrivé de voir ces

7 personnes qui ont été tuées portant une arme ?

8 R. Non, non, non.

9 Q. Est-ce que vous avez vu auprès ou près de l'une quelconque de ces

10 personnes qui ont été tuées des armes ?

11 R. Je ne sais pas à ce moment-là, j'ai vu que des cadavres, mais je ne me

12 souviens pas de tout ce qui avait autour. Il y avait des soldats qui

13 avaient des armes, mais peut-être que quelqu'un a laissé ses propres armes.

14 Je ne sais pas.

15 Q. Pour autant que je vous le sachiez, est-ce que parmi ces personnes qui

16 ont été tuées, il y en avait qui étaient membres du HVO, ou d'une autre

17 formation militaire ?

18 R. Non, je ne le pense pas. Ils étaient tous des personnes âgées à

19 l'exception du fils de Domin et Slavko qui était chef du véhicule

20 d'urgence. Ils étaient tous des personnes âgées. Certains étaient des

21 retraités, puis il y avait des femmes, de vieilles femmes et des enfants.

22 Q. Vous avez mentionné Kata Ljubic. Vous la connaissiez depuis combien de

23 temps ?

24 R. Je la connaissais depuis très, très longtemps car elle venait de Kriz.

25 Elle a épousé un homme de Zelenike à Uzdol et ils vivaient sur la colline,

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1 au-dessus de Zelici, ils ont construit une nouvelle maison entre l'église

2 et le col. Ils ont été tués devant cette maison. Avant ils avaient vécu

3 pendant 10 ans près de Glisina Brdo [phon]. Il n'y avait pas de route, donc

4 ils ont construits une petite route depuis l'endroit, depuis cet endroit-là

5 jusqu'à l'église et l'école.

6 Q. Est-ce que vous savez si le HVO avait mobilisé Kata ?

7 R. Je sais qu'au début de la guerre, elle faisait du pain avec de la

8 farine car nous n'avions pas de possibilité d'acheter de la nourriture et

9 les femmes qui étaient jeunes pouvaient faire du pain. Mais ceci ne durait

10 pas pendant longtemps. Au bout d'un certain temps, nous avons cessé de

11 faire notre propre pain et nous le recevions de nouveau.

12 Q. Vous dites qu'elle faisait du pain. Pour qui le faisait-elle ?

13 R. Elle faisait du pain pour les soldats du HVO. Puis il y avait d'autres

14 femmes, mais elles ne préparaient pas le pain à l'endroit où se trouvaient

15 les soldats, mais elles le faisaient chez elle, puis elles venaient avec

16 des corbeilles; elles apportaient le pain. Il y en avait qui faisait deux

17 pains par jour, puis d'autres deux ou trois pains par jour. Elles

18 travaillaient dans la cuisine. Elles se relayaient. Il y avait la première,

19 la deuxième, la troisième relève. Celles, ces jeunes femmes qui avaient été

20 ainsi mobilisées. Mais je ne sais rien d'autre.

21 Q. Combien de temps est-ce que ceci a duré ?

22 R. Pendant je ne sais pas, peut-être deux, trois jours, peut-être même un

23 mois. On faisait du pain pour nous-même avant la possibilité d'en recevoir

24 de nouveau.

25 Q. Est-ce que vous savez si elles faisaient du pain pour le HVO en 1993 ?

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1 R. Je ne sais pas. Je pense que non car je suis sûr qu'à ce moment-là, on

2 recevait les pains.

3 Q. Est-ce que vous connaissiez un certain homme qui s'appelle Domin Rajic

4 que vous avez vu ce jour-là, qui a été tué ?

5 R. Je connais Domin. Il travaillait à Split et il a pris sa retraite en

6 1993, ou peut-être en 1992. Il est rentré. Il n'était pas simplement un

7 retraité pendant longtemps car il avait travaillé dans une entreprise à

8 Split.

9 Q. Est-ce que vous savez s'il a été mobilisé en 1993 ?

10 R. Non. Domin, il ne l'était pas. Mais je ne le sais pas.

11 Q. Est-ce que vous savez, vous êtes au courant d'un groupe de personnes

12 appelées les "domobranis" [phon] ?

13 R. Les "domobranis" c'était plus tard. Il s'agissait d'un groupe constitué

14 des hommes, des gens âgés, qui patrouillaient le village le soir afin de

15 voir et écouter ce qui ce passait. Mais je ne suis pas sûr s'ils montaient

16 vraiment la garde au sens strict du terme. Nous n'avions pas ce genre de

17 choses à Zelenike où à Kriz. Il n'y avait pas d'électricité, il n'y avait

18 d'éclairage dans les rues, donc il n'était pas sûr de se déplacer à travers

19 le village pendant la nuit. On risquait de se faire tuer.

20 Q. Est-ce que les gens qui faisaient partie des "domobranis" portaient des

21 uniformes, ces personnes âgées ?

22 R. Non. Pas ceux qui gardaient le village. Il s'agissait -- il y avait une

23 unité qui gardait Kracko Polje et ils portaient des uniformes, mais là il

24 s'agissait des personnes plus jeunes âgées d'environ 40 à 50 ans, mais ceux

25 qui n'avaient pas été envoyés sur les lignes du front en raison d'une

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1 maladie ou d'autres incapacités, qui n'étaient pas aptes à combattre, ou

2 qui ne pouvaient pas aller sur les lignes du front pour une autre raison

3 faisaient partie de ce groupe-là.

4 Q. Est-ce que les personnes qui faisaient partie des "domobranis"

5 portaient des armes ou participaient aux exercices militaires ?

6 M. MORRISSEY : [interprétation] Monsieur le Président, peut-être il

7 faudrait d'abord diviser les questions.

8 M. WEINER : [interprétation] Très bien.

9 Q. Tout d'abord, est-ce que les membres de "domobranis" portaient des

10 armes, ces personnes âgées ?

11 R. Ceux qui étaient à Kranacko Polje, ils étaient dans les parties en

12 arrière de la ligne du front, donc ils gardaient les routes, les

13 croisements, et cetera. Ils portaient les armes. Franjo Rajic, Pavo

14 Grubesa, Ivan Ljubic, le mari de Kata, ils portaient des uniformes et des

15 fusils, Glibo aussi. Mais en ce qui concerne les autres, cela je ne le sais

16 pas de même que ceux qui ont été tués. Le frère de Domin, Franjo, il avait

17 un fusil. Il avait été né en 1939-40 peut-être. Il était "domobranis", puis

18 Ivan, Pavo aussi et ils gardaient de Kracko Polje. Mais ils n'allaient pas

19 sur les premières lignes de front.

20 Q. Est-ce que Domin a jamais été envoyé à Kracko Polje ?

21 R. Non. Domin n'était pas la personne appropriée pour cela car il y serait

22 allé avec de l'eau de vie, se saoulerait, n'aurait pas été bien pour qui

23 que ce soit.

24 Q. Très bien. Est-ce que des personnes âgées qui faisaient partie des

25 "domobranis" ont participé aux exercices militaires ?

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1 R. Non. Ils ne participaient pas aux exercices. Ils étaient âgés de 55 ans

2 environ. Ils travaillaient à Split. Ils avaient travaillé à Split ou à

3 Hydro Granja [phon], à Sarajevo, et cetera. Lorsque la guerre a éclaté, ils

4 n'avaient plus de travail. Ils sont restés chez eux, donc le commandement

5 ne souhaitait pas les envoyer sur les premières lignes du front, mais

6 souhaitait les engager afin d'empêcher que l'on place des mines dans les

7 routes, et ce genre de choses. C'est ce qu'ils gardaient. Ils étaient

8 constitués en sections.

9 M. WEINER : [interprétation] Monsieur le Président, peut-on montrer au

10 témoin la vidéo D000-3719, il s'agit de la pièce à conviction en vertu de

11 l'Article 65 ter, numéro 174 et puisque, dans le système de la cours

12 électronique, il n'est pas prévu de visionner des cassettes vidéos. Je vais

13 vous montrer juste deux petites séquences car la vidéo elle-même dure plus

14 de deux heures. Mais nous n'allons pas montrer cela, seulement 35 minutes,

15 peut-être 36 ou 37, concernent Uzdol. Nous avons un petit nombre de

16 séquences que nous souhaitons montrer un témoin pour identifier les

17 témoins. Il n'est pas nécessaire d'avoir l'interprétation bien que nous

18 ayons une transcription. Mais il n'est pas nécessaire que nous allons avoir

19 besoin de cela, simplement pour identifier les cadavres. J'ai déjà dit au

20 témoin que nous n'allions pas lui montrer cela. Egalement la situation qui

21 concerne sa maison, ses parents et fille. Nous n'allons pas montrer cette

22 partie-là et nous allons en informer la Défense également.

23 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira du MFI 312.

24 M. WEINER : [interprétation] Nous allons commencer à 17 minutes 20 second

25 et 18 minutes et 10 secondes.

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1 [Diffusion de cassette vidéo]

2 M. WEINER : [interprétation]

3 Q. Est-ce que vous pourriez nous dire qui c'est ?

4 R. C'est Domin Rajic qui portait des vêtements civils.

5 Q. Les deux personnes que l'on vues juste avant, qui étaient-ils,

6 Monsieur ?

7 R. C'était le fils de Domin et la femme de Domin, Ivka. Au-dessus de

8 Domin, à 4 ou 5 mètres, il y a Jela Dzalo, aussi John Doe. Tout cela était

9 près de la maison de Domin.

10 Q. Nous allons continuer, vous nous direz qui vous reconnaissez. 18

11 minutes et 02 secondesé.

12 [Diffusion de la cassette vidéo]

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Domin Rajic, Zorka Glibo.

14 M. WEINER : [interprétation]

15 Q. Merci. Nous allons voir maintenant la séquence à 20 minutes 25 second

16 jusqu'à 21 minutes 30 secondes.

17 [Diffusion de la cassette vidéo]

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Mato Ljubic est ici, dans cette partie.

19 [Diffusion de la cassette vidéo]

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Mato Ljubic.

21 [Diffusion de la cassette vidéo)

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Kata Ljubic.

23 [Diffusion de la cassette vidéo]

24 M. WEINER : [interprétation] Merci.

25 La séquence suivante est à 21 minutes 58 secondes jusqu'à 22 minutes 15

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1 secondes.

2 [Diffusion de la cassette vidéo]

3 LE TÉMOIN : [interprétation] Kata Ljubic.

4 M. WEINER : [interprétation] Merci.

5 La séquence suivante est à 22 minutes 55 secondes jusqu'à 23 minutes

6 21 secondes.

7 [Diffusion de la cassette vidéo]

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Kata Perkovic, elle portait des

9 lunettes.

10 [Diffusion de la cassette vidéo]

11 M. WEINER : [interprétation] La séquence suivante est à 23 minutes 30

12 secondes jusqu'à 23 minutes 40.

13 [Diffusion de la cassette vidéo]

14 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est la maison de Tvrtko et Slavka Kovcalija.

15 [Diffusion de la cassette vidéo]

16 M. WEINER : [interprétation]

17 Q. Qu'est-ce que c'est ?

18 R. Mara Grubesa a brûlé de cette étable. Aujourd'hui il y a un petit

19 monument en son honneur et cela n'existe plus.

20 R. Merci.

21 M. WEINER : [interprétation] Passons maintenant à 25 minutes jusqu'à

22 36 minutes et 9 secondes.

23 [Diffusion de la cassette vidéo]

24 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est la maison de Luca Zelenika.

25 [Diffusion de la cassette vidéo]

Page 51

1 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est la maison de Luca Zelenika.

2 [Diffusion de la cassette vidéo]

3 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est Janja Zelenika.

4 [Diffusion de la cassette vidéo]

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Ils enlèvent les mouches de son visage.

6 M. WEINER : [interprétation] La séquence suivante est à 28 minutes,

7 30 secondes, jusqu'à 29 minutes 10 secondes.

8 [Diffusion de la cassette vidéo]

9 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est l'étable de Dragica Zelenika qui a

10 été brûlée à côté de sa maison.

11 M. WEINER : [interprétation] Monsieur le Président, je ne vais pas

12 montrer la séquence suivante mais je veux vous donner l'heure au cas où la

13 Défense souhaite les examiner. Il s'agit de 35 minutes, 40 secondes et

14 également 36 minutes à 36 minutes, 40 secondes. Ceci concerne les morts

15 d'Ivan et Ruza Zelenika de même que Jadranka Zelenika.

16 Nous allons maintenant masser à 37 minutes et 40 secondes.

17 [Diffusion de la cassette vidéo]

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Ruza Zelic, le petit Stipo.

19 [Diffusion de la cassette vidéo]

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Puis Marija Zelic et là-bas, Stipo Zelic.

21 M. WEINER : [interprétation] Il s'agit de la fréquence, 39 minutes 12

22 secondes à 40 minutes 28 secondes.

23 Un instant.

24 Q. Est-ce que vous souhaitez prendre une pause ?

25 R. Ce n'est pas la peine. Il m'est difficile. Le petit Stipo a joué avec

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1 mes enfants.

2 [Diffusion de cassette vidéo]

3 M. WEINER : [interprétation]

4 Q. Nous pouvons accélérer ici.

5 [Diffusion de cassette vidéo]

6 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est Marija.

7 [Diffusion de cassette vidéo]

8 M. WEINER : [interprétation]

9 Q. Qui est la femme âgée que l'on vue ?

10 R. C'est Ruza Zelic, la mère de Stipo et Marija, la voisine.

11 Q. Merci.

12 M. WEINER : [interprétation] Peut-on passer à 41 minutes 30 [comme

13 interprété] secondes, jusqu'à 41 minutes et 41 [comme interprété] secondes.

14 [Diffusion de cassette vidéo]

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Anto Stojanovic, surnommé Brko à Kriz.

16 M. WEINER : [interprétation] Ensuite, s'il vous plaît, 42 minutes 13

17 secondes [comme interprété].

18 [Diffusion ce cassette vidéo]

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Ante Stojanovic.

20 [Diffusion ce cassette vidéo]

21 M. WEINER : [interprétation] 46 minutes 25 secondes à 46 minutes 45

22 secondes, s'il vous plaît.

23 [Diffusion ce cassette vidéo]

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Anica Stojanovic.

25 M. WEINER : [interprétation] Les deux suivantes, les séquences suivantes

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1 concernent un incident. 48 minutes 10 secondes à 48 minutes 42 secondes.

2 [Diffusion de cassette vidéo]

3 LE TÉMOIN : [interprétation] Ici, nous voyons Luca, c'est la première;

4 ensuite, Stanko, son maritime, derrière elle, puis Sima Rajic. La

5 troisième, près de là, il y a Mara qui est la quatrième, la première. Puis

6 Sima est en rouge en haut.

7 M. WEINER : [interprétation] 49 secondes 49 minutes excusez-moi, 15

8 secondes jusqu'à 50 minutes 30 secondes.

9 [Diffusion de cassette vidéo]

10 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est Luca Rajic. C'est Stanko Rajic.

11 [Diffusion de cassette vidéo]

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Sima Rajic.

13 [Diffusion de cassette vidéo]

14 M. WEINER : [interprétation] 50 minutes 20 secondes jusqu'à 50 minutes 40

15 secondes.

16 [Diffusion de cassette vidéo]

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Mara Rajic, la fille de Sima.

18 [Diffusion de cassette vidéo]

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Mara.

20 [Diffusion de cassette vidéo]

21 M. WEINER : [interprétation] C'est une vieille fille, elle ne s'était

22 jamais mariée.

23 M. WEINER : [interprétation] La dernière séquence, 51 minutes à 51 minutes

24 47 secondes.

25 [Diffusion de cassette vidéo]

Page 54

1 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est la maison de Mijo Rajic, c'est Mijo

2 Rajic devant sa maison.

3 [Diffusion de cassette vidéo]

4 M. WEINER : [interprétation]

5 Q. Est-ce que vous connaissiez cet homme ?

6 R. C'est Mijo Rajic, devant sa maison.

7 [Diffusion de cassette vidéo]

8 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est sa femme, Ivka.

9 [Diffusion de cassette vidéo]

10 M. WEINER : [interprétation] Merci.

11 Q. Est-ce que ces séquences sur cette vidéo, reflètent de manière exacte

12 ce que vous avez observé vous-même le 14 septembre 1993 ?

13 R. C'est exact.

14 Q. Est-ce que ces séquences reflètent de manière exacte, la condition dans

15 laquelle se trouvaient les victimes, d'après vos observations ?

16 R. Oui.

17 Q. Je souhaite proposer le versement au dossier de cette cassette vidéo.

18 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Y a-t-il des objections ?

19 M. MORRISSEY : [interprétation] Il n'y a pas d'objection si j'ai bien

20 compris, l'ensemble de la cassette est proposée pour le versement. Je ne

21 vais pas contre-interroger le témoin concernant cette cassette du tout,

22 mais peut-être, je vais contre-interroger d'autres témoins au sujet

23 d'autres parties de cette cassette. Donc si l'on verse au dossier

24 l'ensemble de la cassette, je n'ai pas d'objection.

25 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui, elle est versée au dossier.

Page 55

1 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction de

2 l'Accusation numéro P312.

3 M. WEINER : [interprétation]

4 Q. Monsieur, vous avez dit dans votre déposition que vous étiez le Greffe

5 dans le village d'Uzdol, quel était le travail du greffe ?

6 R. Oui.

7 Q. Que faites-vous en tant que Greffe ?

8 R. J'inscris les dates de naissance d'enfants nés dans ma communauté

9 locale et la communauté locale de Stipo. Maintenant, la communauté locale a

10 un greffe également, donc on s'est partagé les tâches, lui il est en charge

11 des mariages dans sa communauté locale et moi à Uzdol. Puis il inscrit les

12 dates de naissance dans sa région, puis parfois il m'appelle pour me

13 consulter ou il vient consulter nos registres.

14 J'inscris la date de naissance, les actes de décès, les documents

15 concernant le mariage, puis on écrit les listes des recrus, des personnes

16 qui doivent être vaccinées, des enfants qui doivent commencer à aller à

17 l'école, et cetera. Là il s'agit du travail du Greffe.

18 En ce qui concerne ceux qui sont à l'étranger, en Autriche, en

19 Allemagne, et cetera, nous leur donnons des formulaires spéciaux en 12, 13

20 langues. Ensuite, les listes familiales concernant la situation familiale,

21 la question de savoir où la personne vit et nous avons également des listes

22 semblables pour les pays étrangers.

23 Q. Merci. Est-ce que vous avez un registre concernant les décès qui ont eu

24 lieu dans le village d'Uzdol ?

25 R. Oui. On a des registres originaux dans chacun des villages. On a un

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1 nouveau registre, maintenant on en a huit en tout, huit livres originaux,

2 donc un registre pour Uzdol; pour Donja Vas; pour Kranjcici; pour Ljubunci;

3 le cinquième pour Here; le sixième pour Kute; septième, Scipe; huitième

4 pour Ivanci et Pajici. Ce sont deux villages, mais qui sont petits, donc

5 on les a réunis en un seul registre pour Donji et Gorjni Kranjinci, ils ont

6 le haut et le bas, mais le tout est réuni en un seul registre.

7 En tout huit registres d'état civil, huit pour les naissances, huit pour

8 les décès et pour les mariages, on a un seul registre dans lequel on

9 regroupe tous les mariages. Lorsqu'on épuise et on remplit complètement un

10 registre, on en prend un nouveau. C'est la municipalité qui nous le

11 fournit, qui le certifie, qui inscrit le nombre de pages. Ce sont des

12 livres -- des registres ce sont des livres qui sont volumineux, grands.

13 Puis on conserve les anciens, c'est depuis 1956 qu'existe notre

14 bureau et on a même des registres qui datent depuis 1900. Puis depuis 1957,

15 on a introduit les nouveaux registres répartis par villages. Jusqu'en 1957,

16 on avait un seul registre qui regroupait tous les villages, donc à partir

17 du moment où un registre est terminé, on en ouvre un nouveau et depuis 1957

18 on a divisé le territoire en huit zones.

19 Q. Merci. Les personnes qui ont été tuées le 14 septembre, est-ce que

20 leurs noms ont été inscrits dans l'un quelconque de ces huit registres ?

21 R. Ils ont tous été nés sur place. Serafina Stojanovic, elle, est née dans

22 la zone de Konjica Studencija [phon], mais elle s'est mariée à Uzdol, donc,

23 elle figurait dans le registre d'Uzdol. Mais pour la plupart, les autres

24 étaient nés à Uzdol. Ma mère est née à Krancici. Ils étaient tous inscrits

25 dans les registres d'Uzdol.

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1 Q. Leurs morts, est-ce qu'elles ont été inscrites dans le registre

2 d'Uzdol ?

3 R. Oui.

4 Q. Et --

5 R. Ils sont tous inscrits au registre d'état civil, le registre des morts

6 d'Uzdol, puisque c'est là qu'ils vivaient ?

7 Q. Les certificats de décès ont-ils jamais été délivrés pour l'une

8 quelconque de ces personnes qui ont été tuées --

9 R. Oui. On en a délivré, la municipalité le donnait pour que lorsqu'ils

10 sont partis pour Split, il faille qu'on fournisse leurs détails. Je ne

11 connais pas des précisions. Ils ont été inhumés dans la ville de Prozor au

12 cimetière. C'est là qu'ils sont restés pendant huit ou neuf ans. Il y a une

13 loi qui précise combien de temps le corps doit resté en terre avant d'être

14 déplacé, mais après ils ont été transférés. Ils ont été inhumés il y a deux

15 ou trois ans près de l'ancienne église à Uzdol.

16 Q. Je vous remercie. Y a-t-il jamais eu des demandes de certificats de

17 décès pour l'une ou quelconque des 29 victimes d'Uzdol ?

18 R. On nous l'a demandé lorsqu'on a voulu se connecter, avoir le téléphone.

19 Ils ont dit que, s'il y avait des victimes civiles, on ne serait pas obligé

20 de payer pour la ligne téléphonique, mais on a fini par devoir payer. Ils

21 ont dit que ce serait gratuit. Mais lorsqu'ils nous ont mis le téléphone,

22 on a été obligé de payer. Seuls les soldats ont été exhonorés de payer.

23 Q. Qui a demandé les certificats de décès ?

24 R. La municipalité, pour Split, ils ont demandé aussi pour le téléphone de

25 Mostar. Un bureau également l'a demandé. Puis on s'attendait à ce que des

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1 victimes civiles, des victimes de la guerre reçoivent des compensations,

2 mais ceci n'a pas encore eu lieu. Certaines victimes civiles en Croatie ont

3 reçu des compensations, mais en Bosnie, seuls des soldats l'ont reçues, et

4 d'après ce que j'ai entendu à Sarajevo, par les médias, c'est uniquement

5 l'année prochaine qu'on va recevoir cela. Il faudra fournir des certificats

6 de décès si on demande ce genre de compensation.

7 Q. Dans votre village, qui signe le registre -- qui signe des certificats

8 de décès ?

9 R. C'est moi. Un membre de la famille -- le frère, le père se présente au

10 bureau -- et c'est moi qui suis le fonctionnaire d'état civil, c'est moi

11 qui le signe.

12 Q. Je voudrais à présent vous présenter quelques certificats de décès.

13 C'est un numéro en application du 65 ter, le numéro 180, 0219-5695.

14 R. Oui, on voit le numéro. La date de naissance, né le 25 mai, la

15 municipalité de Prozor, 553, cela c'est le numéro qui est donné par le MUP.

16 Lorsque nous consignons cela dans le registre des mariages, des naissances,

17 des décès, le numéro de registre n'a été donné qu'en 1980. Avant on n'avait

18 pas ces numéros d'identification. Vous avez tout d'abord l'année, puis le

19 mois, la municipalité, et le numéro du MUP. Vous avez le lien de naissance,

20 le lieu de décès Uzdol, né à Kranjcici et elle a été inhumée à Prozor. Puis

21 après il y a eu un nouveau certificat de décès lorsqu'ils ont été ré

22 inhumés à Uzdol. Leurs corps ont été transférés après neuf ans. Maintenant

23 ces victimes sont enterrées à Uzdol. Elles ne sont plus à Prozor.

24 Q. En bas, à droite on peut voir votre nom et votre signature ?

25 R. Cela c'est la signature du fonctionnaire d'état civil. On voit le

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1 numéro, date, numéro de délivrance, le tampon. Nous n'avons pas maintenant

2 notre tampon, notre bureau. Mais jusqu'à la guerre, on l'avait. Konjic,

3 Prozor, Jablanica, pas plus que nous, ne l'ont. Ce sont eux qui nous

4 certifient maintenant ces documents.

5 Q. Très bien.

6 M. WEINER : [interprétation] Monsieur le Président, est-ce que vous

7 souhaitez que j'en donne lecture ? Nous souhaitions simplement en citer 29.

8 M. LE JUGE LIU : [interprétation] S'il n'y a pas d'objection.

9 M. MORRISSEY : [interprétation] Je ne comprends pas pourquoi on cite le

10 chiffre de 41.

11 M. WEINER : [interprétation] Il y a là 29 civils et 12 soldats du HVO qui

12 ont été tués le jour -- ce jour-là à Uzdol, donc il y a 41 noms sur la

13 liste des personnes qui ont été tuées.

14 M. MORRISSEY : [interprétation] Très bien. J'estime qu'il conviendrait de

15 citer les 41.

16 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui.

17 M. WEINER : [interprétation] Je demande que l'on verse cela au dossier.

18 M. MORRISSEY : [interprétation] Cela me convient.

19 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce P313.

20 M. WEINER : [interprétation] [aucune interprétation]

21 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Ce serait peut-être un bon moment pour

22 faire une pause.

23 Nous allons faire une pause de 30 minutes, et nous reprendrons à 12 heures

24 25.

25 --- L'audience est suspendue à 11 heures 55.

Page 60

1 --- L'audience est reprise à 12 heures 28.

2 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui, Me Morrissey ? Vous pouvez commencer

3 votre contre-interrogatoire.

4 M. MORRISSEY : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Je tiens de

5 préciser à l'intention de la Chambre que je me suis penché sur la question

6 pendant la pause et je tiens à dire que nous ne serons pas en mesure de

7 terminer le contre-interrogatoire aujourd'hui. Il ne faudra pas toute la

8 journée de demain mais il nous faudra une partie de l'audience de demain.

9 Merci, Monsieur le Président.

10 Contre-interrogatoire par M. Morrissey :

11 Q. Monsieur Zelenika, au moment où ces incidents se sont produits, à

12 savoir en septembre 1993. Le village d'Uzdol était situé sur la ligne de

13 front où se déroulaient les opérations de combat entre le HVO et l'ABiH;

14 est-ce exact ?

15 R. Oui.

16 Q. Quel est le nom de d'Uzdol où se située l'école ? Comment s'appelle

17 cette partie d'Uzdol ?

18 R. Cer.

19 Q. Uzdol signifie toute, est le nom qui concerne toute cette zone. Est-ce

20 qu'il y a une partie de la zone, qui s'appelle Uzdol proprement dite, ou

21 est-ce qu'Uzdol est simplement un terme générique qui recouvre toute la

22 zone ?

23 R. Il y a plusieurs hameaux, Rajici, Medesi [phon], Bobari, Pale, Kriz,

24 Zelenike, Zelici, Maric, Stojanovic et Budin, ce sont les petits

25 groupements de maisons. En bas, il y a quatre ou cinq villages.

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1 Q. Je vous entends bien. Lorsque nous parlons de l'endroit où se situe

2 l'école, nous devrions appeler cet endroit Cer, est-ce exact ?

3 R. Cer.

4 Q. Très bien. Il y a eu un QG de bataillon du HVO stationné à Cer; est-ce

5 exact ?

6 R. Dans l'école, il était dans l'école.

7 Q. Oui. Dans le bâtiment de l'école, il y avait un centre de

8 Communication; est-ce exact ?

9 R. Oui. Un centre de Transmission et la cuisine.

10 Q. Oui. Le commandant du bataillon était-il cantonné à cet endroit ?

11 R. Tout était là, c'était une grande école. C'est une grande école

12 construite du temps de l'ex-Yougoslavie.

13 Q. Oui. A l'époque, je parle du début de mois de septembre 1993, il y

14 avait entre 100 et 150 soldats du HVO cantonnés à Uzdol; est-ce exact ?

15 R. Je ne sais pas exactement combien il y en avait, il y en avait peut-

16 être 150 jusqu'à 200, à peu près.

17 Q. Vous ne connaissez pas le chiffre exact, mais d'après ce que vous nous

18 dites, il y en avait entre 150 et 200 présents.

19 R. Par ce jour-là, précisément. Parfois, il y en avait 100 parfois 105.

20 Cela dépendait.

21 Q. A ce époque, est-ce qu'il y avait un char, un char qui appartenant au

22 HVO et qui était stationné à Uzdol ?

23 R. Oui.

24 Q. Ce char, était-il généralement stationné près de Cer et de l'école

25 lorsqu'il ne tirait pas ?

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1 R. Oui, il était en contrebas par rapport à l'école.

2 Q. Oui. En plus du QG du bataillon à l'école à Cer, est-ce qu'il y avait

3 d'autres positions d'artillerie, diverses positions d'artillerie sur les

4 pentes, dans les alentours, y compris des canons anti-aériens, des

5 obusiers, des mortiers, et d'autres pièces ?

6 R. Oui.

7 Q. Très bien.

8 R. Sur les collines.

9 Q. Oui, je comprends. A l'époque, il y avait beaucoup de soldats membres

10 de ce bataillon qui étaient des gens du cru, qui étaient originaires des

11 hameaux, d'Uzdol; est-ce exact ?

12 R. Oui. Mais ils n'étaient pas tous les jours déployés sur la ligne. Ils

13 avaient des temps de repos, ils n'étaient pas nombreux à se rendre sur la

14 ligne. Tous les trois jours, ils se reposaient.

15 Q. Je comprends.

16 R. A l'époque, qui était à la tête ? Qui était le commandant du

17 bataillon ?

18 R. Cela, je ne le sais pas exactement. On disait que c'était un certain

19 Buza. Je ne sais pas comment il s'appelait exactement. Après, qu'il y en

20 avait un certain pour Mostor.

21 Q. Je vais vous interrompre. Vous ne m'avez pas bien compris. Je pensais

22 par là le commandant de votre bataillon, du bataillon du HVO basé à Uzdol.

23 R. Le commandant, c'était Josip Prskalo.

24 Q. C'était lui le propriétaire de la maison qui a été incendiée ?

25 R. Oui, c'était sa maison, ou plutôt, de son père

Page 63

1 Q. Très bien. A l'école, vous nous avez dit qu'il y avait la cuisine, un

2 centre de Transmission ainsi que le commandement, un pote de commandement ?

3 R. Oui.

4 Q. A peu près dix soldats étaient cantonnés également à cette école; est-

5 ce exact ?

6 R. Oui.

7 Q. Etait-ce des soldats du cru ou était-ce des soldats qui étaient

8 l'équipe du char qui était arrivé d'ailleurs ?

9 R. Il y en avait quelques qui étaient de l'équipage du char et il y en

10 avait de Prozor qui ne pouvaient pas se rendre chez eux pour passer la

11 nuit, qui dormaient à l'école.

12 Q. Très bien. Je comprends. Les soldats du cru, ils sortaient chez eux

13 pour passer la nuit, mais les soldats qui étaient originaires de Prozor ou

14 d'autres localités.

15 R. Oui, de Rama, Scete, ou d'ailleurs, ils restaient à l'école.

16 Q. Très bien, merci. Je vais parcourir une liste de noms, il s'agit de

17 différentes personnes et je vais vous demander tout simplement ce que vous

18 pensez d'à quel endroit étaient-ils stationnés, cantonnés.

19 Je sais que c'était il y a dix années ou plus. Est-ce que vous vous

20 souvenez d'un soldat du nom de Drago Barisic, qui a été tué à Here, plus

21 tard, mort en action ?

22 R. Il gardait la ligne Ljubunci. Il ne venait pas à Uzdol, c'était trop

23 loin. Ils étaient du côté de Jurici, déployés du côté de Gliba, il était à

24 Ljubanci.

25 Q. Très bien. Zelika Briza ?

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1 R. Zeljko Brizar, probablement.

2 Q. Excusez-moi pour la prononciation.

3 R. Brizar.

4 Q. Monsieur Zelenika, excusez ma prononciation à l'australienne --

5 R. Oui, je vous le pardonne.

6 Q. Où était-il, la nuit du 13 septembre, au mieux de vos souvenirs ?

7 R. Je ne sais pas, je ne sais pas. Je pense qu'il était du côté de Prozor.

8 Je ne sais pas où il était déployé sur la ligne.

9 Q. Ilija Cvitanovic; est-ce que vous vous rappelez cet homme ?

10 R. Ilija est de Rumboci et il était à l'école à Uzdol.

11 Q. Est-ce qu'il a été tué dans les combats à cette occasion ?

12 R. Cvitanovic, il y en a eu qui était tué, c'est possible, oui. Il y avait

13 un Zelic et un Cvitanovic.

14 Q. Ils étaient amis ces deux-là, n'est-ce pas ?

15 R. Oui.

16 Q. Très bien. Il y a toute une série de noms, Fabjan Grabovac, je

17 continue ?

18 R. Fabjan Grabovac, non.

19 Q. Lorsque vous dites, "non", c'est quelqu'un dont vous ne vous rappelez

20 pas le nom ?

21 R. Il n'y a pas de Grabovac chez nous. C'était peut-être l'un des membres

22 de l'équipage du char parce que, chez nous, il n'y a pas ce nom de famille.

23 C'était probablement un membre de l'équipage du char.

24 Q. Je pense que oui, je reviendrai à cet homme.

25 R. Je ne connais pas tous les hommes. Il y avait des nouveaux, des gens

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1 que je ne connaissais pas.

2 Q. Oui, je comprends. Mais il faut que je vous cite les noms si vous ne

3 les connaissez pas, dites-le.

4 Damir Haluzan ?

5 R. Oui.

6 Q. Où était-il cette nuit-là ?

7 R. Damir, je ne sais pas pour lui. Non.

8 Q. Ivan Kolakusic ?

9 R. Ivan Kolakusic est de Ljubunci. Je ne sais pas où il était cette nuit-

10 là.

11 Q. Très bien. Ivan Kovcalija et Marinko Kovcalija, Pero Kovcalija, ils

12 étaient tous des gens du cru, n'est-ce pas ?

13 R. D'Uzdol, oui.

14 Q. Oui. L'une de ces personnes a-t-elle été tuée dans la matinée du 14

15 septembre ?

16 R. Pero Kovcalija était tué.

17 Q. Pero Kovcalija était tué, c'était un membre d'actif du HVO, n'est-ce

18 pas ?

19 R. Oui, c'est exact.

20 Q. Où est-ce qu'il a été tué ?

21 R. Il a été tué devant la maison d'Ante Zelic. C'est une maison où il n'y

22 avait pas de toit.

23 Q. Très bien, je comprends. Il était soldat du HVO. Avez-vous vu son

24 corps, l'avez-vous vu vous-même ?

25 R. Oui.

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1 Q. Était-il en uniforme à cette occasion ?

2 R. Oui, c'est le premier que j'ai vu, lorsque je suis descendu vers la

3 maison de Mijo Maric. Oui.

4 Q. Excusez-moi, je vous ai interrompu. Etait-il en uniforme lorsque vous

5 l'avez vu ?

6 R. Oui.

7 Q. Était-il armé lorsque vous l'avez vu ?

8 R. Non. Il est sorti de l'école pour voir quelque chose qui brûlait, et

9 c'est là qu'il a été tué. Un peu plus loin, il y avait un soldat de l'ABiH.

10 Je ne connais pas son nom ni son prénom.

11 Q. Le soldat de l'ABiH avait-il une arme sur lui lorsque vous avez vu son

12 corps ?

13 R. Je ne m'en souviens pas maintenant. Est-ce qu'il y avait une arme, je

14 ne sais pas, ou est-ce qu'un membre de l'armée aurait pris l'arme au moment

15 du replis, je ne sais pas.

16 Q. Très bien. Pouvez-vous me dire si les trois Kovcalija ont passé la nuit

17 au même endroit, dans le même bâtiment, le 13 septembre ou non ?

18 R. Non. Pero était à l'école. Il était de garde. Ivan Kovcalija dormait

19 chez lui, sa maison a brûlé, c'était la même maison que se partageaient

20 deux frères, moitié, moitié. Ivan s'est sauvée.

21 Q. Marinko ?

22 R. Je pense que Marinko était sur la ligne, près de Komin.

23 Q. Pouvez-vous nous expliquer où se situe cette portion de la ligne de

24 front, à Uzdol ou plus loin ?

25 R. C'est une colline qui surplombe Uzdol, entre Lisina et Konjsko, Komin.

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1 Q. Très bien, merci. Je voudrais passer à Franjo Krizanac ?

2 R. Franjo Krizanac, il n'était pas à Uzdol lui. Franjo, il était à Prozor,

3 il faisait quelque chose à Prozor. Je ne sais pas quoi.

4 Q. Ivan Ljubic ?

5 R. Ivan Ljubic, il vivait à Uzdol. Son père Mato et sa femme Kata ont été

6 tués. Mais ce matin-là, en tant que membre des "domobranis", il était à

7 Kransko Polje.

8 Q. Très bien. En tant que membre des "domobranis", est-ce qu'il avait une

9 arme, il était agriculteur du cru ?

10 R. Il avait une sorte d'arme à Kransko Polje. Il nous a suivis lorsque sa

11 femme a été tuée, sa maison et son étable avaient été incendiées. La

12 plupart d'entre eux avait des fusils M-48, les vieux fusils, un par

13 personne.

14 Q. Lorsque vous dites la plupart d'entre eux, à quoi pensez-vous, vous

15 pensez à la plupart des personnes âgées ?

16 R. Oui, ces personnes âgées, ils gardaient la route pour que quelqu'un ne

17 pose pas une mine, pour des véhicules qui circulaient sur la route.

18 Q. Très bien. Pero Lucic ?

19 R. Excusez-moi.

20 Q. Ljubic ? Lucic ?

21 R. Lucic. Lucic.

22 Q. Excusez-moi.

23 R. Je pense qu'il a été originaire de Bugojno, qu'il faisait partie de

24 l'équipage du char, il a été tué.

25 Q. Très bien. Ivica Maric, le connaissiez-vous ?

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1 R. Il y a plusieurs Maric. Il y a Ivica, qui était chef de la police. Il y

2 a Ivica plus jeune. Je ne sais pas duquel il s'agit. Il y a plusieurs Ivica

3 Maric plus jeune, plus âgé. Je ne sais pas à quel vous pensez.

4 Q. Est-ce qu'il y avait des Ivica Maric qui vivaient à Uzdol ? Je pense à

5 une personne qui a été tuée quelques mois plus tard, au début de l'année

6 1994, il a été tué au combat.

7 R. Seul Josip Maric a été tué parmi les Maric pour autant que je le sache;

8 Josip Maric, pas Ivica.

9 Q. Très bien. Josip Maric était un soldat; est-ce exact ?

10 R. Oui, oui. Il est mort et il est tombé sur l'escalier de l'école le 14

11 septembre.

12 Q. Je comprends.

13 R. Ivica, je ne connais pas d'Ivica. En tout cas, il n'y en a pas eu de

14 tomber à Uzdol, Ivica Maric.

15 Q. Très bien. Slavko Mendes, une brève question à son sujet. A quelle

16 distance de l'école s'est trouvé le corps de Slavko Mendes ?

17 R. Slavko Mendes.

18 Q. A quelle distance de l'école était son corps ?

19 R. Slavko, il était stationné en bas de l'école. C'est là où il y avait le

20 dispensaire et il y avait le bâtiment des services administratifs. Là il y

21 a la pharmacie agricole. C'est 80 à 100 mètres de distance. Ils l'ont

22 emmené plus haut. C'est là qu'ils l'ont tué. Il avait ses mains attachées

23 dans le dossier, attachées avec une sorte de corde.

24 Q. Vlado Mijatovic, le connaissiez-vous ?

25 R. Vlado Mijatovic, il n'y a pas de nom de ce type chez nous, pas de nom

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1 de famille comme cela chez nous. Il pouvait faire partie de cet équipage de

2 chars.

3 Q. Je reviendrai à cette liste de noms plus tard.

4 Je voudrais vous poser quelques questions au sujet de l'organisation

5 de la défense à Uzdol, l'organisation de la défense du HVO. Vous avez dit

6 qu'il y avait le commandement du bataillon à l'école, c'était le 3e

7 Bataillon, de quelle brigade ?

8 R. C'était la Brigade de Rama d'Uzdol.

9 Q. Très bien.

10 R. On faisait partie de Prozor.

11 Q. Oui. Les activités de combat sur la ligne --

12 R. Oui.

13 Q. -- de front, c'était des activités que menaient des soldats réguliers

14 du HVO qui étaient en âge de combattre; est-ce exact ?

15 R. Oui.

16 Q. Vous avez mentionné les "domobranis" plus tôt. Qui donnait des ordres

17 et des instructions aux "domobranis" ?

18 R. Cela je ne le sais pas. Ils avaient quelqu'un parmi eux pour cela parce

19 qu'ils gardaient Kracko Polje par deux ou par trois la nuit. Ils se

20 mettaient d'accord avec l'un d'entre eux qui était le plus important. Il y

21 avait Prskalo, le commandant. Il s'adressait probablement à lui, ou faisait

22 rapport à lui. Mais je ne peux pas le dire vraiment. Je ne suis pas

23 certain. Je ne faisais pas partie du commandement.

24 Q. Je comprends. Vous étiez sur place et il faut bien qu'on vous pose ces

25 questions : est-ce que vous connaissez le nom de la personne qui était

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1 responsable des "domobranis" dans votre zone ?

2 R. Pour notre zone, Kazo Milicevic, je pense, de Kranjcici.

3 Il est né en 1958. Mais à Salakovac, à Hydro Granja, il a eu un accident,

4 dont il était invalide. Je pense que c'était lui qui était à leur tête et

5 qui les affectait à différentes tâches.

6 Q. Je comprends. Dans la mesure où vous avez compris comment et quelles

7 étaient les responsabilités, les "domobranis" faisaient rapport à M.

8 Prskalo qui était le commandant du Bataillon d'Uzdol; est-ce bien cela ?

9 R. On pourrait dire que c'était lui le plus haut placé. Il allait à

10 Prozor, je pense qu'ils le craignaient.

11 Q. Vous parlez de M. Prskalo ?

12 R. Oui. C'était lui une sorte de commandant de ce bataillon et ceux qui

13 faisaient partie des "domobranis" devaient lui obéir. Il donnait des

14 ordres. Parfois il allait les voir aussi. Ce n'était pas comme de vrais

15 soldats sur la ligne de front. Ils étaient un plus âgés, parfois il leur

16 arrivait de s'assoupir. Ils n'étaient pas tout à fait vigoureux.

17 Q. Oui, je comprends. Vous avez répondu au sujet des armes qu'avaient ces

18 personnes âgées. Je voudrais vous poser la question suivante : l'armée, le

19 HVO, est-ce qu'elle leur a donné des armes ? Ou, tout simplement, est-ce

20 qu'ils se sont servis des armes qu'ils se sont servis des armes qu'ils

21 avaient à la ferme ?

22 R. Au départ, ils utilisaient des fusils de chasse, par après quand il est

23 arrivé des fusils, mais le plus souvent, ils n'avaient que des fusils

24 anciens, des M-48.

25 Q. Oui, je comprends. Je voulais simplement préciser cela. En temps de

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1 paix, Uzdol était une région agricole; est-ce exact ?

2 R. Oui, agricole. On élevait du bétail. La route est mauvaise, c'était

3 loin des zones développées, Scipe, Uzdol, ces deux communautés locales,

4 tous ces lieux en font partie.

5 Q. Oui, je comprends. Habituellement les fermiers avaient des fusils de

6 chasse sur eux tout simplement pour défendre leur bétail des loups ou

7 d'autres bêtes sauvages; est-ce exact ?

8 R. Oui. On avait deux sociétés de chasseurs à Scipe et à Uzdol. Les

9 chasseurs, avant la guerre, on se fréquentait. Parfois on faisait des

10 fêtes. On s'invitait les uns, les autres à la chasse, et cetera. Il y avait

11 pas mal de chasseurs là-bas avant la guerre. Généralement, on avait des

12 fusils de chasse à deux tubes, parfois il y avait des carabines, moins

13 souvent, ils étaient moins nombreux ceux qui avaient des fusils de

14 meilleure qualité.

15 Q. Je comprends. J'aurais dû vous poser cette question déjà : votre père

16 était-il l'un des chasseurs ?

17 R. Oui. Mon père, moi aussi, on avait un fusil de chasse numéro 16, 16

18 millimètres. Il y a le fusil de chasse de 12 millimètres et le nôtre

19 c'était le 16 millimètres.

20 Q. Merci. Après, pendant les premiers jours du combat ou des combats ou du

21 conflit armé, l'armée a distribué des carabines anciennes, des M48 à ses

22 citoyens un peu âgés; est-ce exact ?

23 R. Oui. Il est arrivé aussi quelques fusils nouveaux, puis pour ce qui est

24 des Kalachnikov et des fusils plus modernes, tous les voulaient. Je sais

25 que tout le monde n'en a pas eu. Certains en ont peut-être eus.

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1 Q. Oui, Je comprends. Pour ce qui est de la situation militaire telle

2 qu'elle présentait juste avant que les tragédies ne surviennent à Uzdol, à

3 ce moment-là, vous saviez qu'il y avait une possibilité ou plutôt je vais

4 reformuler.

5 Les forces du HVO planifiaient des offensives dans la zone d'Uzdol et

6 peut-être au-delà, vers Crni Vrh; est-ce exact ?

7 R. Cela, je ne le sais pas. Non, non, tant qu'Uzdol n'est pas tombé. Ils

8 n'attaquaient pas mais nous, non plus. Ils tenaient leur ligne, nous on

9 tenait les nôtres, il y avait des tirs occasionnels de part de d'autre. Il

10 y avait peut-être un ou deux soldats de tués du côté de chez eux ou du HVO,

11 mais il n'y avait pas d'attaques plus intenses, jusqu'à 14 et après

12 jusqu'au combat pour Here. Du côté de Vakuf, il y avait des attaques plus

13 bas pour ce qui est de nos lignes. En haut, Komin, Here et du côté de nos

14 lignes, non il n'y en avait pas.

15 Q. Très bien. Je voudrais que cela soit tout à fait clair. Êtes-vous en

16 train de nous dire dans votre déposition que vous n'étiez pas au courant

17 d'une attaque qui allait être lancée par le HVO à l'encontre des positions

18 du l'ABiH ? Cette attaque devait être lancée soit le 14 septembre soit très

19 peu de temps après.

20 R. Non. On ne nous a rien dit.

21 Q. Très bien. Etiez-vous également au courant du fait qu'il y avait une

22 possibilité qu'une attaque soit lancée par l'ABiH a proximité d'Uzdol Le 13

23 ou le 14 septembre ou très peu de temps après ?

24 R. Jusqu'au 13, il n'y en a pas eue. Je crois, du 13 au 14, j'étais à

25 Prozor. Il y avait une sorte d'annonce comme quoi ils allaient attaquer

Page 73

1 Crni Vrh, Makljen, je ne sais pas où exactement cette ligne, mont Makljen

2 quelque part et, le matin, il y a eu l'attaque sur Uzdol et la plupart des

3 soldats sont allés sur Crni Vrh parce que les renforts sont pour la plupart

4 arrivés de Crni Vrh.

5 Q. Oui. Ma question concernait ceux qu'on vous a dit avant que ces

6 attaques ne se produisent. Est-ce que vos supérieurs vous ont dit qu'il y

7 avait une possibilité qu'une attaque soit lancée par l'ABiH, dans votre

8 secteur ?

9 R. Non.

10 Q. Très bien.

11 R. Car si je l'avais su, mon père, ma mère, je les aurais sortis et

12 l'enfant.

13 Q. Ma question suivante, en fait, vous avez déjà répondu à ma question

14 donc, je vous demande la chose suivante : le poste de commandement du

15 bataillon du 3e Bataillon était caché, était à l'abri de la ligne de front

16 parce qu'il y avait les villages de Kriz, de Rajici et d'autres hameaux qui

17 se trouvaient entre les deux. Ces villages où les tragédies se sont

18 produites, ils étaient situés entre le poste du commandant du 3e Bataillon

19 et la ligne de front; est-ce exact ?

20 Q. Est-ce que ces villages étaient effectivement sur la ligne de front ?

21 R. Non, ils étaient entre les lignes parce que la ligne était à deux

22 kilomètres et demi et Zelenike et ils n'ont pas attaqué la ligne, ils sont

23 passé entre. Borak près de Kriz.

24 Q. Oui.

25 R. Borak est plus près de Kriz.

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1 Q. Il convient peut-être que je vous présente un document maintenant.

2 Excusez-moi, il faudra tout d'abord que j'obtienne une photocopie avant de

3 vous présenter ce document. Excusez-moi.

4 Pour ce qui est de la situation sur la ligne de front, il y avait des

5 villages qui étaient exclusivement musulmans, les villages de Here, Scipe

6 et Kute.

7 R. Non. A Scipe, il y avait aussi des Croates, c'était un village mixte.

8 Il y avait des Grubesa, et Here, c'est un village ethniquement pur, Kute.

9 Il y avait aussi le village de Skarice qui en faisait partie. Il y avait

10 deux ou trois maisons de Skara qui faisaient partie de Kute, et Here,

11 c'était un village pur. Il y avait des Grubesa, Markici, pour ce qui est

12 des familles et des foyers croates. Vers Salakovac, il y avait Ivanci,

13 Pajici, Banja Lucica. Cela aussi faisait partie de mon bureau et c'était

14 des villages croates, purement croates. Ivanci, Pajici et Banjici.

15 Q. Vous n'étiez pas à Uzdol vous-même lorsqu'il y a eu des combats et

16 lorsque les gens ont été tués, n'est-ce pas ?

17 R. Je n'étais pas là-bas, j'étais Prozor ce matin-là. Ma femme a accouché,

18 je suis resté là ce soir-là. Voilà c'est comme cela que cela s'est passé.

19 Q. Lorsque vous êtes revenu au village à Uzdol, c'était encore de jour ?

20 R. L'ABiH était déjà partie vers Here, oui, c'était encore de jour.

21 Q. Lorsque vous, vous y êtes arrivé, est-ce que vous vous souvenez s'il y

22 avait un corps de tir d'artillerie lourde ou pas ?

23 R. Oui, il y avait des tirs de mortier, tout le monde tirait. Je ne sais

24 pas, on ne voyait pas bien à cause de la fumée, mais il y a eu des tirs

25 sporadiques en provenance de la colline.

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1 Q. Même pendant que vous, vous y étiez, la visibilité à longue distance

2 était obscurcie d'une certaine manière en raison de la fumée émanant des

3 maisons en flammes que vous avez décrites; est-ce exact ?

4 R. Oui. Puis le bétail était en feu également, donc, il y avait une odeur

5 désagréable émanant des étables.

6 Q. Très bien. Je souhaite maintenant que l'on traite des actions que vous

7 avez entreprises une fois arrivé.

8 M. MORRISSEY : [interprétation] Je souhaite tout d'abord que l'on montre

9 une photo au témoin, MFI 298.

10 Q. Vous allez voir, Monsieur Zelenika, une vue panoramique de la région

11 d'Uzdol, prise des alentours de l'école.

12 M. MORRISSEY : [interprétation] Peut-on fournir un marqueur au témoin, s'il

13 vous plaît ?

14 Q. Peut-être que certaines choses au sujet des desquelles je vais vous

15 poser des questions ne se voient pas bien sur la photographie, mais je

16 souhaite avoir une idée générale de vos déplacements.

17 Est-ce que vous pouvez dire, après que vous êtes arrivé à l'école et

18 lorsque vous vous déplaciez à travers le village ? Est-ce que vous pouvez

19 indiquer, en lignes pointillées, la direction que vous avez prise pour

20 aller de l'école à travers le village ?

21 R. Oui. Je peux le faire. Je suis sorti ici, les maisons ici en bas, je

22 suis arrivé ici. Nous n'avons pas pris la route vers Rajici, mais nous

23 avons traversé près de l'école. Ici il y a une maison sans toit et c'est là

24 que j'ai vu Pero Kovcalija.

25 Q. Est-ce que vous pouvez apposer le chiffre "1", s'il vous plaît.

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1 R. Oui.

2 [Le témoin s'exécute]

3 Q. Merci, Continuez avec la ligne pointillée.

4 R. Ensuite, je suis allé ici et ici il y avait un soldat bosniaque de

5 l'ABiH. Ensuite, j'ai pris la route qui monte. Ici nous pouvons voir le

6 monument à Slavko Mendes. C'est sa femme qui l'a fait érigé. Ensuite, je

7 suis allé en bas vers la maison de Zoran Rajic --

8 Q. Arrêtez-vous là. Est-ce que vous pouvez placer le chiffre "1" à

9 l'endroit où était Slavko Mendes ?

10 R. Numéro "2", c'est ici.

11 Q. Merci. Continuez.

12 R. Le numéro "3", c'est en bas, c'est là qu'il y avait Ivo et Ivka; puis

13 ici il y avait Zorka; elle était près de la maison vers le forêt. Ensuite,

14 la route ici, Mate Ljubic était ici avec Kata. Ensuite, la route monte --

15 Q. Arrêtez-vous un instant.

16 R. -- et continue.

17 Q. Vous avez montré une maison, deux maisons où il y avait Ivo et les

18 autres ? Comment est-ce qu'on appelle cette partie ? C'était le début de

19 Zelenike ou autre chose ?

20 R. Cette autre partie s'appelait Cer, l'école, les deux maisons ici, et

21 cette maison. Aujourd'hui cela fonctionne --

22 Q. Donc, il y a Ivo, Domin, Ivka, Zorka --

23 R. Tout cela c'est Cer depuis les maisons de Perkovici.

24 Q. Très bien. Mais il sera utile pour la Chambre de première instance

25 maintenant et, par la suite, si vous pouvez dire où se trouvaient les

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1 personnes qui ont été tuées. Excusez-moi de vous faire parler de tous ces

2 détails, mais c'est important.

3 Donc, Ivo, Domin, Ivka et Zorka étaient à Cer, n'est-ce pas ?

4 R. Oui.

5 Q. Excusez-moi de vous avoir interrompu.

6 R. Oui, ils sont là aussi.

7 Q. Poursuivez.

8 R. Oui. Puis la route monte jusqu'à la maison de Perkovici. C'est leur

9 vieille maison, Stipo et Kata y vivaient. Kata a été tuée et Stipo, il a

10 survécu, mais il est mort plus tard à Dubrovnik. Puis ici il y a la maison

11 de Perkovici, c'est là que le fils de Slavko vivait au-dessus de l'église,

12 mais maintenant personne ne vit plus dans cette maison dans laquelle Kata a

13 été tuée.

14 C'est le numéro 5, n'est-ce pas ?

15 Q. Oui, c'est exact. Poursuivez.

16 R. 5. Ensuite c'est la maison Kovcalija. C'est Kovcalija ici, 6. Ensuite,

17 Mara Grubesa.

18 Q. Avant, est-ce que vous pouvez continuer à indiquer cette route par une

19 ligne en pointillée ?

20 R. Voilà, c'est la route qui passe ici, ensuite ici c'est la maison de

21 Mara, la route passe par ici puis on revient ici.

22 Q. Arrêtez-vous un instant. Là où vous avez dressé cette ligne en signe

23 zigzag, comment s'appelle cette partie-ci ? C'est Zelenike ?

24 R. C'est Zelenike et, ensuite, Zelici se trouve au sommet.

25 Q. Est-ce que je vous ai arrêté au point où vous alliez -- où vous êtes

Page 78

1 allé à côté de Zelici ?

2 R. Nous n'avons pas pris le même chemin de Zelici. D'abord nous sommes

3 allés à Zelici et nous y avons trouvé Stipo Marici et sa femme, mais nous

4 avons pris un autre chemin pour revenir.

5 Q. Oui, Je comprends cela. Mais je vais vous arrêter là. Est-ce que vous

6 pourriez marquer avec un X qui est visible l'endroit où vous avez vu deux

7 jeunes enfants sur la route ? En particulier, le petit Stipjan.

8 R. [Le témoin s'exécute]

9 Q. Je comprends. Maintenant, je vais vous demander de continuer tout à

10 l'heure. Mais pour nous rendre les choses plus faciles, est-ce que vous

11 voyez les numéros en rouge, en haut à l'angle droit, où il est écrit 0402.

12 R. Oui, je vois le numéro, 894.

13 Q. Entre ces numéros, et la ligne rouge que vous avez dressée, est-ce que

14 vous pourriez écrire Zelenike ?

15 R. Zelenike.

16 Q. Merci.

17 R. Cela c'est Cer.

18 Q. Est-ce que vous pourriez écrire Cer ?

19 R. [Le témoin s'exécute]

20 Q. Poursuivez.

21 R. Ici, il y a une route qui passe à partir d'ici; cela c'est

22 Budimir Seljo, le village de Budim qui n'a pas été incendié.

23 Q. Est-ce que vous pouvez vous arrêter à Budimi ? Est-ce que c'est un tout

24 petit hameau ?

25 R. Oui. C'est un petit hameau et deux ou trois quatre maisons qui

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1 s'étalent jusqu'au cimetière. Nous sommes passé par ici en contrebas de ces

2 champs, puis nous sommes arrivés à Kriz, à la maison d'Ante Stojanovic.

3 Q. Très bien. Continuez à dresser la ligne indiquant le chemin que vous

4 avez pris. Puis je vais vous demander d'écrire Kriz au-dessus.

5 R. C'est la colline, donc il faut contourner la colline. Puis Stojanovic,

6 on voit leur maison ici de ce côté-là aussi. Ici dans l'angle est le

7 village de Bobari. C'est un village croate. La maison de Vijela [phon] et

8 une nouvelle maison qui a été construite.

9 Q. Je vous interromps là. Est-ce que sur cette photographie on voit

10 l'ensemble du village du Kriz, ou est-ce qu'une partie est cachée ?

11 R. On ne voit pas tout. Dans la colline, on ne voit que la maison de Brko,

12 Ante Stojanovic, puis l'étable au-dessus, mais le village est de l'autre

13 côté de la colline.

14 Q. Oui. Je souhaiterais que vous écriviez le nom Kriz pour que l'on sache

15 que cela se trouve là.

16 R. Oui. C'est une colline qui va derrière la maison de Franjo, de l'autre

17 côté de la colline.

18 Q. Oui, je comprends. Mais avant de poursuivre, est-ce que vous pourriez

19 expliquer à la Chambre comment s'appelle la colline haute que l'on voit à

20 la distance à droite ?

21 R. A droite ?

22 Q. Oui. A l'horizon nous voyons une grande colline, comment s'appelle-t-

23 elle ?

24 R. Nous appelons cela Konsko. Là, le plateau que l'on voit derrière.

25 Q. Oui. Est-ce que vous pourriez indiquer, n'écrivez toujours rien, mais

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1 je vous demanderai tout à l'heure de le faire. Sur cette photographie, la

2 colline de Krististe est en haut à droite, n'est-ce pas ?

3 R. C'est à droite. Il y a la colline de Here, puis la colline continue. La

4 ligne était en contrebas de cette colline-là et de la route car Here est

5 ici.

6 Q. Ces annotations seront très utiles à l'avenir pour d'autres personnes.

7 Donc je vous demande si vous pourriez écrire "Krstiste" et est-ce que vous

8 pouvez apposer une flèche dans la direction de Krstiste et veuillez écrire

9 cela à côté du numéro 04020804, ensuite une flèche, s'il vous plaît. Je

10 comprends.

11 R. C'est sur la colline.

12 Q. Cela suffit en ce qui concerne Krstiste. Est-ce que vous pourriez

13 continuer la ligne, à dresser la ligne pour indiquer où vous êtes passé ?

14 R. Nous étions ici à côté de ce village, ensuite, nous avons rebroussé

15 chemin. Nous avons pris cette route-là, et nous avons continué dans cette

16 direction-là. Derrière l'église, la route passe par ici.

17 Q. Est-ce que sur cette carte, vous pourriez marquer où se trouve Rajici ?

18 R. [Le témoin s'exécute]

19 Q. Est-ce que la région dans laquelle se trouvent les deux églises, est

20 considérée comme partie de Rajici ou de Cer ?

21 R. Les églises entre les deux ne s'appellent pas, vous avez les maisons à

22 Cer, puis l'église est en bas, et vous pouvez voir l'école.

23 Q. Très bien. Est-ce que vous pourriez maintenant marquer le village de

24 Here ?

25 R. Le village de Here, il y a aussi le village croate de Pane ici, c'est

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1 le village de Pale. C'était le village croate. Tout ceci a été brûlé, rien

2 ne reste plus. Ici était le village de Here. Ici c'est Bobari. Bobari,

3 Pribucak, vous savez il y a des tout petits hameaux constitués seulement de

4 deux maisons.

5 Q. Bobari ne m'intéresse pas pour l'instant.

6 R. Mais comme je le disais il s'agit de deux maisons.

7 Q. Est-ce que vous pourriez écrire où se trouve Budimi. Est-ce que vous

8 pourriez marquer l'endroit où se trouve Budimi ?

9 R. Voilà, Budimi c'est ici entre Kriz et Zelenike. Il y a un ruisseau.

10 Q. Budimi est un village à une petite altitude ?

11 R. Non, il est une grande altitude, Mendes se trouve en contrebas. Nous

12 avons traversé Budimi, mais nous n'avons pas mentionné Mendes, mais il

13 s'agit d'un tout petit hameau de deux maisons qui s'appelle Mendes. Il y a

14 Mendes, Josip et il y a aussi Mendes, Zora, mais rien n'a été incendié,

15 sauf la première étable qui appartenait à Zora, à droite par rapport à la

16 route de qui a été incendiée ?

17 M. MORRISSEY : [interprétation] Merci, Monsieur le Président, je souhaite

18 proposer le versement au dossier de ce document.

19 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Pas d'objection ?

20 M. WEINER : [interprétation] Pas d'objection.

21 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Le document est versé au dossier.

22 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agit de la pièce D314

23 M. MORRISSEY : [interprétation] Excusez-moi un instant, s'il vous plaît.

24 Q. Excusez-moi, Monsieur Zelenika. Je me suis perdu un peu, c'est bon

25 maintenant.

Page 82

1 Je souhaite que l'on parle de certains incidents de ce certaines choses que

2 vous avez remarquées lorsque vous avez pris cette route-là.

3 Tout d'abord je souhaite que l'on parle du village de Kriz, lorsque vous y

4 êtes arrivé. Lorsque vous êtes arrivé en bas du village de Kriz, est-ce que

5 vous vous souvenez que vous êtes arrivé jusqu'à la maison d'Anto

6 Stojanovic ?

7 R. Oui.

8 Q. Ante était surnommé Brko, en raison de sa moustache, est-ce exact ?

9 R. Brko, il était appelé Brko, avant il avait toujours une moustache, une

10 petite moustache de deux ou trois centimètres, mais son surnom était Brko.

11 Je ne sais pas si c'était à cause de la moustache, je suppose. Il avait

12 travaillé en Autriche et en Allemagne, il avait pris sa retraite.

13 Q. Très bien. A ce moment-là, avez-vous remarqué une personne qui avait

14 survécu et qui s'appelait Ivko Stojanovic, est-ce qu'il est arrivé ?

15 R. Après Brko à 30 ou 40 mètres derrière son étable, il y avait un endroit

16 qui séparait deux champs. Là il y avait des buissons et c'est là que l'on a

17 trouvé Ivka Stojanovic. Son nom de jeune femme était Zelenika. Elle était

18 la fille de Luca, et elle avait épousé Nevenko Stojanovic à Kriz. Lui, il

19 avait été en Autriche. Entre temps il est mort.

20 Q. Très bien. J'ai quelques questions au sujet d'Ivka et de ce qui lui est

21 arrivé. Lorsque Ivka est sortie, tout d'abord, est-ce que vous avez un

22 quelconque lien de parenté avec Ivka, personnellement ?

23 R. Oui, car Ivka, vous savez mon père et Ivka ce sont les enfants de deux

24 frères. La mère d'Ivka est la tante de mon père, et le père de mon père,

25 était l'oncle d'Ivka.

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1 Q. Est-ce qu'Ivka a un fils ?

2 R. Oui, elle a un fils, Janko. A ce moment-là, Janko s'est blessé.

3 Q. Oui.

4 R. Car Ivka pensait qu'il a été mort, je lui dis que non, que sa mère

5 avait été tuée, et elle avait eu peur pour Janko plus que pour sa mère.

6 Elle ne vivait pas avec sa mère.

7 Q. Je vais traiter de cette conversation tout à l'heure. Mais je souhaite

8 établir tout d'abord un certain nombre de liens de parenté. A cette époque-

9 là, quel était l'âge de son fils, Janko, qui la préoccupait tant ?

10 R. Il était un soldat du HVO.

11 Q. Oui.

12 R. A ce moment-là, oui, son âge, il était âgé d'environ 20 ans.

13 Maintenant, il est marié, il vit à Zagreb. Mais je ne sais pas exactement

14 sa date de naissance. Son année de naissance. Il a un enfant maintenant.

15 Q. Très bien. Vous avez répondu à la question de manière satisfaisante.

16 Lorsque Ivka est sorti, elle vous a dit que son fils l'avait sauvé,

17 puisqu'il avait tiré sur l'ennemi, pendant qu'elle, elle fuyait, est-ce

18 exact ?

19 R. Non, je ne me souviens pas de cela. Elle disait qu'elle ne savait rien,

20 quelqu'un est arrivé lorsqu'elle est tombée sur la route, puis apparemment

21 quelqu'un a marché sur elle. Mais elle pensait qu'elle était restée dans le

22 village de Mrdana [phon], que lui, il était dans le village de Mrdana,

23 alors que ce n'était pas le cas. Il est descendu, vous pouvez voir cela sur

24 la photographie. Il est allé jusqu'à Kriz à Polje, ensuite à Prozor. Mais

25 Ivka ne se souvenait de rien. Elle était totalement effrayée.

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1 Q. Oui, je comprends, mais je souhaite vous demander la chose suivante. En

2 ce qui concerne la vidéo que le Procureur vous a montré tout à l'heure,

3 bien sûr, il vous l'a montré avant cette déposition, n'est-ce pas ?

4 R. Oui.

5 Q. Est-ce qu'il vous a montré l'ensemble de cette cassette vidéo ?

6 R. Non. Pas tout. Des extraits.

7 Q. Il vous a montré juste les extraits que l'on a visionnés ici

8 aujourd'hui ?

9 R. Cela durait très brièvement. Aujourd'hui, cela dure un peu plus

10 longtemps, donc cela a provoqué un malaise chez moi.

11 R. Oui, je comprends. Excusez-moi. Afin de clarifier cela, on vous a

12 montré plus aujourd'hui que pendant que la séance de récolement, est-ce que

13 bien cela que vous dites ?

14 R. Oui. C'est exact. Ces images de Stipe m'ont vraiment frappé.

15 Q. Je ne vais pas vous montrer les images de Stipe, ni de votre maison,

16 cela rassurerait, mais j'ai quelques photographies que je souhaite vous

17 montrer.

18 M. MORRISSEY : [interprétation] Je souhaite simplement que l'on montre au

19 témoin la partie de la cassette audio visuelle qui commence à 14 minutes 34

20 et cela va durer environ trois minutes.

21 Q. Je vais vous expliquer ce que vous allez voir. Il s'agit d'une partie

22 de la cassette vidéo dans laquelle nous voyons Ivka Stojanovic qui apparaît

23 et qui parle.

24 Je souhaite que vous examiniez cela et ensuite je vais vous poser

25 quelques questions.

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1 [Diffusion de la cassette vidéo]

2 M. MORRISSEY : [interprétation] Monsieur le Président, Messieurs les Juges,

3 je souhaite dire que je pense que la partie qui nous intéresse est à 40.34,

4 alors que sur l'écran nous pouvons voir qu'il s'agit d'un moment ultérieur.

5 Donc, je pense qu'il faut réajuster et veuillez trouver si possible 40.34

6 [Diffusion de la cassette vidéo]

7 M. MORRISSEY : [interprétation] Excusez-moi, Monsieur le Président,

8 Messieurs les Juges, il ne s'agit pas là de l'extrait que l'on souhaitait

9 montrer au témoin.

10 Est-ce que vous pouvez me permettre de me renseigner pour savoir où est la

11 difficulté ?

12 M. WEINER : [interprétation] Il s'agit de l'endroit au 43.14.

13 M. MORRISSEY : [interprétation] Merci de l'aide du bureau du Procureur.

14 Il s'agit de la page 16 du compte rendu d'audience.

15 [Diffusion de la cassette vidéo]

16 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est Ivka.

17 [Diffusion de cassette vidéo]

18 L'INTERPRÈTE : [voix sur voix]

19 "Je suis tombé, je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé, quelqu'un a

20 marché sur moi, je ne sais pas ce qui s'est passé, j'ai du mal à marcher.

21 Il y a des victimes, oui, mon Dieu, comment vous appelez-vous ? Je

22 m'appelle --

23 Où étais-tu, à ce moment-là ?

24 Dans la maison, quelqu'un m'a appelé, viens, viens ici, je ne vais

25 pas te blesser, et je suis tombé, je ne savais pas quoi faire, quelqu'un a

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1 marché sur moi, je ne sais pas.

2 Avais-tu quelqu'un à la maison ?

3 Oui, mon fils, Janki, était là, il était à la maison, oui. Oui, il a

4 tiré derrière l'angle, j'ai dit -- il a crié, il a dit : 'Ils viennent dans

5 le village," ensuite, il a crié : 'cours maman,' je vais tirer pour que tu

6 puisse courir. Je ne sais rien d'autre.

7 Vous savez quelque chose au sujet de Janko ?

8 Non, je ne sais pas.

9 Il est vivant. Où il l'est, Dieu merci, mon Dieu.

10 Où est-ce que tu t'es cachée toi ?

11 Ici dans les buissons.

12 Est-ce qu'il est resté pendant longtemps ?

13 Je ne sais rien, je ne sais rien.

14 Dans la partie en bas, personne n'a été touché, vous voyez. Qui a été

15 tué ?

16 C'est Ante, celui avec la moustache. Vous savez, lui, il est costaud.

17 Est-ce qu'il avait des insignes ?

18 Je ne sais rien. Vous savez, je pensais que c'était mieux, il a dit, on ne

19 va te faire, viens ici. Puis la plupart des gens m'appellent Delic Cuca,

20 pauvre de moi, ma blessure, comme ai-je pu vivre pour voir cela ?

21 Nous avons trouvé Josip, il est vivant.

22 Où cela ?"

23 [Fin de la diffusion de cassette vidéo]

24 M. MORRISSEY : [interprétation] Merci, cela suffit.

25 Avant de vous poser quelques questions à ce sujet, je voudrais simplement

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1 m'adresser à la Chambre un instant.

2 Monsieur le Président, Messieurs les Juges, une transcription a été

3 communiquée par l'Accusation, transcription entière de cette bande, il y a

4 longtemps de cela.

5 Je suppose que ceci fera partie de la pièce à conviction avec la bande

6 elle-même ?

7 M. WEINER : [interprétation] Nous n'avons pas d'objection à ce sujet.

8 M. LE JUGE LIU : [interprétation] La transcription sera versée avec la

9 bande vidéo.

10 M. MORRISSEY : [interprétation] Plutôt que d'avoir deux pièces à conviction

11 séparée.

12 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Oui, est-ce que nous pourrions avoir

13 cette portion de la traduction ?

14 M. MORRISSEY : [interprétation] Oui.

15 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Puisque, sinon, ceci ne nous mène nulle

16 part.

17 M. MORRISSEY : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai mal compris. Je

18 pensais qu'il y aurait une interprétation simultanée. Bien entendu, ce

19 n'est pas une erreur des interprètes qui sont dans les cabines, j'ai

20 supposé que c'était ce qui allait se produire. Donc, c'est une erreur de ma

21 part. Je vais simplement poser quelques questions au témoin et je vais vous

22 communiquer la transcription complète de cette portion.

23 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Je vous remercie.

24 M. MORRISSEY : [interprétation]

25 Q. Monsieur Zelenika, excusez-moi, je vais vous poser maintenant quelques

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1 questions.

2 Cela fait des années que vous n'avez pas vu cette portion de la bande

3 vidéo; est-ce exact ?

4 R. Simplement, je n'avais pas envie. Je savais que ces bandes existaient

5 mais j'ai refusé de la voir. C'était trop dur. Il y avait des bandes à

6 Prozor, également, il y avait des gens qui regardaient mais, j'ai refusé.

7 Je ne voudrais pas non plus que mes enfants les voient.

8 Q. Je comprends. Mais, maintenant que vous avez vu cette bande, vous serez

9 d'accord pour dire qu'Ivka Stojanovic l'a dit très clairement qu'elle a pu

10 s'enfuir, se sauver parce que son fils a tiré pour la sauver; est-ce

11 exact ?

12 R. Je ne sais pas. J'étais à Prozor au moment où son fils s'est enfui. Je

13 l'ai croisé, en bas, du côté de la maison de Stojanovic. Il s'était déjà

14 enfui. Ce n'est que plus tard dans l'après-midi, que nous l'avons trouvée,

15 elle, dans ses broussailles, dans ce terrain en friches, en haut. Je

16 n'étais pas à Kriz, il aurait dû être à la maison. Je n'étais pas de

17 permanence ce matin. Je ne peux pas vous dire comment il a pu s'enfuir.

18 Nous l'avons trouvé près de cette frontière entre les deux champs et nous

19 avons trouvé le fils, de retour de Prozor et une autre personne du nom de

20 Fabjan. Ils étaient en train de courir, Fabjan and Janko, ils couraient

21 vers Prozor.

22 Q. Je vous comprends mais vous avez vu Ivka à l'écran et vous pouvez dire

23 à la Chambre si c'est la même Ivka que vous aviez vue là-bas ?

24 R. Oui.

25 Q. Lorsque vous avez écouté ce que disait Ivka, elle a dit: "Mon nom est

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1 Ivka Stojanovic". Par le suite, vous l'avez entendue dire dans la maison,

2 vous avez entendu une question posée à Ivka Stojanovic : "Où étiez-vous

3 lorsque --" Elle a répondu : "Dans la maison, là-haut. 'Viens par ici,

4 petite mère, je ne vais pas de faire de mal,' puis je suis tombée, je ne

5 sais plus quoi faire. Quelqu'un a marché sur moi, m'a piétiné, je ne sais

6 pas qui c'était, je me suis laissée rouler en bas dans ses buissons et

7 épines."

8 Est-ce que vous vous souvenez de ce qu'elle a dit dans la bande ?

9 R. Oui. Mais elle n'est pas tombée à l'extérieur de la maison. Elle est

10 tombée là où l'avons trouvée, près de l'autre maison dans les buissons.

11 Elle était en train de s'en fuir, probablement elle est tombée, et

12 quelqu'un l'a fait tomber, mais c'était plus près de la maison de Rajic, il

13 y a une pense à cet endroit. Je pense que c'est là qu'elle est tombée, on

14 l'a trouvée près de la maison de Brko.

15 Q. Très bien, je comprends ce que vous êtes en train de dire, mais je vous

16 demande par rapport à ce que vous avez entendu, dans le visionnage. Vous

17 vous souvenez de ce qu'elle a dit, on lui a posé une question, on lui a

18 demandé : "S'il y avait quelqu'un d'autre dans la maison ?"

19 Elle a répondu : "Oui."

20 Puis une voix masculine a dit : "Votre fils, Janko ?"

21 Elle a répondu : "Mon fils Janko était là."

22 Ma question est : Est-ce que vous l'avez entendu dire cela sur la bande ?

23 R. Oui, Janko était un soldat, et il n'était pas de service ce matin-là.

24 Il était de repos, mais il a fallu qu'il fuie la maison.

25 Q. Très bien. Vous vous souvenez de la question qui lui a été posée :

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1 "Est-ce que lui aussi était dans la maison ?"

2 Ivka a dit : "Pauvre petit, il a tiré de derrière le coin, j'ai

3 appelé Mato, Mato a crié, ils arrivent dans le village de Rajici".

4 R. Ratkici.

5 Q. Merci, d'avoir corrigé cela.

6 Puis elle a crié, il a crié : "Cours, Maman, je vais tirer pour que

7 tu puisses courir. Je ne sais pas où sont les autres." Vous l'avez entendu

8 dire cela ?

9 R. Oui, mais je ne sais pas, je n'étais pas là, lorsque son fils était là

10 pendant qu'elle courrait. Elle a dû rester dans les buissons pendant quatre

11 ou cinq heures avant qu'on la retrouve.

12 Q. Très bien. Mais même ce jour-là lorsque vous lui avez parlé, vous

13 saviez que son fils avait tiré près de sa maison sur les forces qui

14 attaquaient.

15 R. Je ne me souviens pas ce qu'il disait quand on est arrivé, j'ai vu

16 qu'elle avait peur. Elle ne m'a rien dit. Je ne sais pas ce qui s'est passé

17 dans leur maison, parce qu'on l'a trouvée assez loin de sa maison.

18 Q. Très bien. Vous avez dit que son fils n'était pas de service ce jour-

19 là, est-ce que vous avez compris qu'il a passé la nuit dans sa maison ?

20 R. Cela je ne le sais pas. Est-ce qu'il a été à la maison ou non, peut-

21 être que la veille, il était sur la ligne, puis il serait venu à la maison

22 après, je ne sais pas.

23 Q. Était-il quand l'avez-vous vu ?

24 R. Il était en uniforme, mais il était peut-être à 20 ou 30 mètres de moi

25 lorsqu'il courrait. Son nom est Ivan Mehuric, je le savais, je le

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1 connaissais. Je connaissais Fabjan. Mais il n'était pas prêt de nous. Il

2 courait de Kriz, il descendait la pente. Je connaissais leur nom, Janko et

3 Fabjan Ratkic. Je pense qu'ils sont toujours en vie.

4 Q. Fabjan, était-il en uniforme quand vous l'avez-vous vu ?

5 R. Oui.

6 Q. Très bien. A quel moment avez-vous vu ces deux garçons ou ces deux

7 jeunes hommes, Fabjan et Janko, était avant ou après lorsque vous avez vu

8 Ivka ?

9 R. C'était avant que l'on retrouve Ivka. Tous les soldats dormaient en

10 uniforme, même quand on n'était pas de permanence, il fallait ou de

11 service, il fallait être un uniforme. Un soldat était toujours un soldat.

12 Il fallait qu'il ait son uniforme sur lui. Il ne pouvait pas se changer en

13 vêtement civil.

14 Q. Je comprends. Vous-même vous étiez en civil quand vous étiez arrivé au

15 village ?

16 R. Non. Moi aussi, j'étais en uniforme militaire, je ne pouvais pas porter

17 de vêtement civil, c'était interdit.

18 Q. Je comprends. Mais quand vous étiez de service, il fallait que vous

19 ayez sur vous votre arme et des munitions, n'est-ce pas ?

20 R. Oui, il fallait. On emportait cela à la maison, puis on rentrait chez

21 soi pour s'occuper du bétail, pour leur donner à manger, les emmener à

22 boire au ruisseau, puis on les attachait là-bas.

23 Q. Quand vous étiez de repos, et lorsque vous vous occupiez du bétail, je

24 voudrais savoir si vous gardiez sur vous votre arme, pour des raisons de

25 sécurité ?

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1 R. Oui, on ne pouvait pas se déplacer sur la route sans arme. Quel genre

2 de soldat serait-on, si on n'avait pas d'arme sur soi.

3 Q. Très bien, mais c'était habituel pour vous-même, lorsque vous n'étiez

4 pas de service, vous aviez votre arme sur vous ?

5 R. Oui, je l'apportais chez moi à la maison, déposait à la maison, puis on

6 allait aider son père, sa mère, on ne l'avait pas sur soi à tout instant,

7 mais quand on se déplaçait, quand on allait quelque part, il fallait bien

8 avoir une arme sur soi.

9 Q. De temps à autre, il vous est arrivé d'avoir d'autres pièces d'armement

10 sur vous, par exemple des grenades à main, est-ce exact ? Je veux dire même

11 quand vous étiez de repos; est-ce exact ?

12 R. Des grenades à main. Je n'ai jamais eu de grenades à main.

13 Q. Oui, mais vous saviez très bien que d'autres personnes dans votre

14 village avaient bel et bien des grenades à main à la maison, est-ce exact ?

15 R. Mais tout soldat avait reçu plusieurs grenades à main. Cela dépendait

16 au moins du moment, parfois il y en avait, parfois il n'y en avait pas.

17 Certains en gaspillaient les leurs. Puis, comme dans toute armée, enfin, on

18 n'est pas toujours tout à fait régulier, discipliné.

19 Q. Oui, je comprends, mais j'ai une question précise pour vous. Vous

20 saviez très bien, n'est-ce pas, que certaines personnes dans votre village

21 avaient des grenades à main dans leurs maisons ? Est-ce que vous répondez

22 par oui ou par non ?

23 M. WEINER : [interprétation] Objection, Monsieur le Président.

24 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Pourquoi ?

25 M. WEINER : [interprétation] Lorsqu'il a dit quelques personnes, est-ce

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1 qu'il se référait aux soldats, aux civils, aux personnes qui se trouvaient

2 à l'école ?

3 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Pouvez-vous préciser ? MORRISSEY :

4 [interprétation] Oui, tout à fait.

5 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Après, nous allons lever l'audience.

6 M. MORRISSEY : [interprétation]

7 Q. Vous saviez, n'est-ce pas, que certains civils du village avaient des

8 grenades à main dans leurs maisons, c'est exact, n'est-ce pas ?

9 R. Cela je ne sais pas. Il y avait des soldats qui en avaient. Si un

10 soldat se rendait chez son père, dans la maison de son père, peut-être

11 qu'il pourrait s'y trouver une grenade après qu'il pourrait donner une

12 grenade à son père. C'est quelque chose que je ne sais pas.

13 Q. Oui, mais je voudrais que ce soit tout à fait clair. Vous saviez,

14 n'est-ce pas, qu'il y avait des civils qui avaient des grenades à main, qui

15 se sont servis de grenades à main dans la matinée où il y a eu ces

16 personnes qui ont été tuées. Est-ce que vous êtes d'accord avec moi ?

17 R. Je ne suis pas d'accord avec vous. Je sais qu'une grenade à main a été

18 jetée près de la maison de Ruza Zelic. Je ne sais pas qui a jeté la

19 grenade. Est-ce que c'était des soldats, est-ce que c'était quelqu'un

20 d'autre, je n'en ai pas la moindre idée. Plus tard, nous avons retrouvé

21 deux douilles.

22 Q. Est-ce que vous avez trouvé des grenades à mains dans les pantalons du

23 jeune Stipo, là où on a trouvé ses pantalons ?

24 R. Non. C'était un survêtement qu'il avait sur lui et il était nu quand on

25 l'a trouvé.

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1 Q. Oui. Mais dans ce survêtement lorsqu'on l'a trouvé, est-ce qu'il y

2 avait une grenade à mains ?

3 R. Non. Cela c'était un simple survêtement, une tenue de jogging. Je ne

4 sais pas. Je ne l'ai pas fouillé. Lorsque je suis arrivé en bas, j'ai vu

5 qu'il y avait là un jogging qui était resté sur les buissons, à côté de la

6 route.

7 Q. Oui. Mais il vous a été dit tout à fait clairement qu'il y avait des

8 grenades à mains dans ce survêtement, n'est-ce pas ?

9 R. Non, ce n'est pas possible. C'était un petit survêtement d'un enfant.

10 On ne pouvait pas mettre de grenades à mains là-dedans. La poche n'est pas

11 asses grande.

12 Q. On vous a dit cela ou non ?

13 R. Non. On ne me l'a pas dit. Mais les soldats qui couraient après Stipo

14 et sa mère, ils ont perdu un chargeur d'un fusil automatique et deux

15 grenades à mains, les grenades noires.

16 Q. Je voudrais que ce soit tout à fait clair. Vous êtes en train de

17 déposer en disant que vous ne saviez rien au sujet du fait que Ruza Zelic a

18 jeté des grenades à mains -- a lancé des grenades à mains ?

19 R. Maintenant je ne sais pas si c'était Ruza ou les soldats. Lorsqu'elle a

20 couru, je ne suis pas sûr si elle avait une grenade à mains sur elle ou

21 non. Ou si elle savait comment s'en servir. Il y a des soldats qui ne

22 savent même pas comment se servir d'une grenade à mains. Cela c'était une

23 dame après tout.

24 M. MORRISSEY : [interprétation] Ceci serait un moment opportun pour

25 terminer.

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1 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Monsieur le Témoin, je suis désolé mais

2 il faudra que vous restiez à La Haye pour une journée de plus. Comme je

3 l'ai déjà fait à l'adresse d'autres témoins. Je précise à votre attention

4 que vous avez prêté serment, qu'il ne faut parler à personne au sujet de

5 votre déposition. Maître, comprenez-vous ?

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

7 M. LE JUGE LIU : [interprétation] Je vous remercie. Nous allons reprendre

8 demain matin à 9 heures.

9 --- L'audience est levée à 13 heures 48 et reprendra le mardi le 5 avril

10 2005, à 9 heures 00.

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