Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le jeudi 19 avril 2007

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 14 heures 23.

5 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Comme le Juge Orie vous en a informé

6 l'autre jour, au moment où nous avons abordé certaines questions de

7 procédure, il est absent aujourd'hui en raison d'autres engagements liés à

8 ses activités au sein du Tribunal. Le Juge Stole et moi-même allons siéger

9 en son absence conformément à l'article 15 bis du Règlement de procédure et

10 de preuve. Le Président sera de retour demain et se sera informé de la

11 teneur du compte rendu de la séance d'aujourd'hui, et ce, dès ce soir. Nous

12 allons aujourd'hui entendre la déposition du colonel désormais à la

13 retraite, John Crosland. Avant de citer ce témoin à comparaître, permettez-

14 moi d'aborder certaines questions de procédure importantes avec les

15 parties.

16 D'abord, en ce qui concerne le document présenté en application de

17 l'article 92 ter et qui fut l'objet d'une demande de versement au dossier

18 au travers de la requête de l'Accusation déposée le 12 avril 2007, ainsi

19 que l'annexe A et les annexes B et C confidentiels, il ne semble pas qu'il

20 y ait d'objections de la part de la Défense, n'est-ce pas ?

21 Bien. Je vois que les conseils de la Défense acquiescent. Cette pièce

22 est versée au dossier.

23 Madame la Greffière, voulez-vous attribuer une cote à ce document ?

24 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Il s'agira de la pièce P69.

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci beaucoup.

26 S'agissant des documents connexes, à savoir le classeur provenant de

27 l'affaire Limaj, P92, et le deuxième classeur qui contient les pièces de

28 non-DipTels et DipTels, nous ne serons pas en mesure de prendre une

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1 décision sur la question et sur la versement au dossier de ce document

2 puisque nous n'avons pas pu en prendre connaissance.

3 Y a-t-il de brèves observations de la part de la Défense ? S'il y a

4 des observations plus longues, nous vous invitons à nous les présenter par

5 écrit. Merci.

6 Troisième point. Il s'agit de la déclaration du 19 avril, en date du 20

7 avril, mais je pense que c'est une déclaration du 19 avril que nous avons

8 reçue aujourd'hui. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'en parler dès

9 maintenant, car les questions liées à cette déclaration feront l'objet d'un

10 examen plus approfondi au cours de la déposition, je suppose. Je pense que

11 l'on nous expliquera alors la teneur de cette déclaration, on nous donnera

12 les sources des informations qui y figurent, et cetera. Je voudrais

13 maintenant que l'on entende le témoin suivant.

14 Juste pour mémoire, Madame la Greffière, s'agissant des mesures de

15 protection en faveur du témoin, le Président a rappelé les mesures qui ont

16 été adoptées dans d'autres affaires et a rappelé que ces mesures

17 continuaient de s'appliquer. Il me semble que nous entendrons le témoin en

18 audience publique, en tout cas, au début. Madame l'Huissière, voulez-vous

19 faire entrer le témoin, s'il vous plaît. Merci.

20 M. GUY-SMITH : [interprétation] Excusez-moi, Monsieur le Juge.

21 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui.

22 M. GUY-SMITH : [interprétation] Ai-je bien compris le type de mesure de

23 protection accordée au témoin, au colonel Crosland, n'y a-t-il que la

24 déformation des traits de son visage ?

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, il y a cela. Nous dissimulerons

26 également la date et le lieu de sa naissance.

27 M. GUY-SMITH : [interprétation] Oui, d'accord, très bien.

28 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui.

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1 N'est-ce pas, Monsieur Re ?

2 M. RE : [interprétation] Oui, vous avez tout à fait raison. Pendant

3 que le témoin entre.

4 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui.

5 M. RE : [interprétation] J'aimerais rappeler à la Chambre que tous les

6 DipTels, les télégrammes diplomatiques de l'affaire Limaj émanant du

7 gouvernement britannique ont été communiqués sous réserve de l'application

8 de l'article 70 du Règlement. Ils doivent rester sous pli scellé.

9 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Très bien.

10 M. RE : [interprétation] La teneur de ces documents, en réalité, figurent

11 au compte rendu.

12 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Bonjour, Monsieur Crosland.

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président.

15 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Avant de commencer, je vous invite à

16 prononcer la déclaration solennelle.

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

18 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

19 LE TÉMOIN: JOHN CROSLAND [Assermenté]

20 [Le témoin répond par l'interprète]

21 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re, vous avez la parole.

22 Interrogatoire principal par M. Re :

23 Q. [interprétation] Bonjour Témoin, Monsieur le Colonel à la retraite,

24 Crosland. Voulez-vous s'il vous plaît, décliner votre identité.

25 R. John Harry Crosland.

26 Q. Vous êtes officier militaire britannique à la retraite, n'est-ce pas ?

27 R. C'est exact, oui.

28 Q. Vous avez passé 37 ans dans l'armée britannique, n'est-ce pas ?

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1 R. Oui.

2 Q. Avant de poursuivre, je tiens à vous informer de la chose suivante, le

3 compte rendu de votre déposition dans le procès Limaj a été versé au

4 dossier. On y trouve de nombreuses informations qui sont également

5 pertinentes en l'espèce. Au début, il y est fait référence à votre

6 identité, qui vous êtes, mais j'ai souhaité simplement faire figurer au

7 compte rendu de ce procès-ci quelques éléments vous concernant et votre

8 parcours. J'aimerais bien que vous me disiez quand vous avez rejoint les

9 rangs de l'armée britannique, et quelques éléments s'agissant de votre

10 carrière.

11 R. J'ai fait partie du régiment des parachutistes en 1967. J'y suis resté

12 pendant quatre ans avant d'être transféré dans les forces spéciales. Je

13 suis resté au sein des forces spéciales et du régiment de parachutistes

14 jusqu'à ma retraite à la fin de l'année 2001. En 1996, j'ai été nommé

15 attaché à la Défense auprès de l'ancienne République de Yougoslavie. J'ai

16 été accrédité auprès de la VJ notamment, auprès du général Perisic qui

17 était à l'époque, chef de l'état-major général. J'ai servi à Belgrade

18 jusqu'en 1999 au moment où l'OTAN a bombardé les lieux. Ensuite, avec le

19 corps de réaction rapide, je suis revenu en tant qu'officier de liaison

20 auprès du général Jackson lorsque les forces de l'OTAN sont reparties dans

21 la province du Kosovo. J'y suis resté jusqu'à la mi-juin 1999.

22 Par la suite, je suis reparti à Belgrade en l'an 2000 pour aider à la

23 reconstruction de l'ambassade britannique.

24 Q. Colonel, pouvez-vous parler des opérations de combat, lesquelles vous

25 avez participées, à la Chambre ?

26 R. J'ai eu de la chance. En d'autres termes, j'ai participé à de nombreux

27 combats, notamment dans le cadre d'activités contre-révolutionnaires ou

28 contre des insurgeants [phon] dans les Balkans, dans le Moyen-Orient ainsi

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1 que dans d'autres régions dont je ne peux dire le nom.

2 Q. Combien de soldats avez-vous eu sous votre commandement à différentes

3 périodes ?

4 R. Je commandais jusqu'au niveau de la brigade ce qui représentait environ

5 4 à 5 000 hommes. J'étais chargé évidemment de tout le matériel qui y

6 allait avec.

7 Q. Quelle langue parlez-vous ?

8 R. A part l'anglais, je parle le serbe, le français et l'allemand. Je

9 parle un peu l'arabe et le russe également.

10 Q. Pourriez-vous résumer l'expérience que vous avez vis-à-vis du maniement

11 des armes ou de la connaissance des armes utilisées par les armées

12 européennes ?

13 R. En tant qu'homme d'infanterie et membre des forces spéciales, je

14 connais la plupart des armes de petit calibre. J'ai reçu une formation sur

15 les armes de plus fort calibre, les mitrailleuses et dans les lance-

16 roquettes. Je ne suis pas pleinement qualifié pour déposer catégoriquement

17 sur ce genre de chose. Il faudrait que ce soit un spécialiste dans le

18 domaine qui le fasse. Je dois dire que j'ai eu beaucoup d'expériences dans

19 le domaine de l'armement néanmoins, du fait de ma carrière d'officier.

20 Q. S'agissant du type d'armes utilisé par des groupes s'opposant aux

21 armées, à l'armée britannique, par exemple, je parle notamment de forces

22 armées d'insurgeants.

23 R. En général, les forces qui luttent contre ce genre de groupe armé au

24 départ adoptent des tactiques de parcellement. En général, ils évitent de

25 lutter de front avec les forces opposées pour des raisons évidentes. En

26 général, ils n'ont pas d'armes lourdes et n'ont pas la gamme d'armes dont

27 dispose la force opposée. En général, ils utilisent des fusils à lunette ou

28 des fusils tout à fait ordinaires pour infliger le plus de victimes

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1 possibles. Ensuite, ils prennent le refuge, ils s'enfuient à couvert. Ils

2 attaquent à nouveau lorsque le moment leur apparaît opportun.

3 Q. J'aimerais maintenant que vous me parliez des fonctions qui étaient les

4 vôtres dans la République fédérale de Yougoslavie, en tant qu'attaché à la

5 Défense. Pouvez-vous nous dire quelles étaient vos fonctions ?

6 R. Comme je l'ai dit, j'ai été attaqué à la Vojska Jugoslavije au nom de

7 notre chef d'état-major général. Attaché directement à la personne qui

8 était à l'époque le général Perisic. Nous assurerions la liaison. Nous

9 suivions les voies qui étaient les nôtres, les voies officielles. Lorsque

10 la situation a commencé à évoluer au Kosovo, j'ai eu quelques conversations

11 avec des personnes haut placées. Je crois que vous le savez. Vous l'avez lu

12 dans ma déclaration.

13 Q. Que fait un attaché à la défense ou que faisiez-vous dans ces fonctions

14 ? Quelles étaient vos attributions ?

15 R. En tant qu'attaché à la défense, vous êtes relié aux forces armées du

16 pays, donc à l'armée. Vous aidez, vous conseillez votre ambassadeur, en

17 fonction des besoins, et vous l'accompagnez lors de différentes missions

18 politiques si contribution militaire s'impose.

19 Q. A l'époque, c'était Brian Donnelly, n'est-ce pas ?

20 R. Oui, et avant c'était Sir Ryan [comme interprété] Roberts. C'était

21 l'ambassadeur.

22 Q. En tant qu'attaché à la défense, attaché britannique, vos mouvements

23 ont-ils été restreints ?

24 R. Nous passions par le FLS, tous les attachés, le service de liaison

25 étranger, et chaque déplacement que vous deviez faire, si toutefois ils

26 vous faisaient vous éloigner de Belgrade de plus de 180 [comme interprété]

27 kilomètres, il me semble, vous deviez obtenir permission pour votre propre

28 sécurité, permission de vous déplacer. La Vojska Jugoslavije était informée

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1 de tous mes déplacements dans la province du Kosovo et ailleurs.

2 Q. Au cours de la période où vous avez occupé la fonction d'attaché à la

3 défense et jusqu'à votre départ, il me semble que c'était le 23 mars 1999,

4 à combien de reprises à peu près vous vous êtes vous rendu au Kosovo en

5 votre qualité d'attaché à la défense ?

6 R. Il me semble que si je dis 70 à 75 fois, c'est une estimation assez

7 précise. C'est à l'issue de ces déplacements que j'ai préparé les rapports

8 dont vous disposez.

9 Q. Comment vous rendiez-vous de Belgrade au Kosovo ?

10 R. En voiture.

11 Q. Vous y étiez plusieurs ?

12 R. En général, j'étais accompagné d'un collègue, parfois des attachés des

13 Etats-Unis, du Canada, des Pays-Bas, de la France ou de l'Allemagne, et

14 j'avais mon propre assistant, un assistant britannique.

15 Q. N'avez-vous jamais bénéficié d'une escorte armée au Kosovo ?

16 R. Non. Nous nous déplacions vêtus de vêtements civils. Nous n'avions que

17 notre carte d'identité, en quelque sorte. Nous n'étions jamais armés, et

18 j'étais dans un véhicule tout à fait visible, rouge vif avec des drapeaux

19 britanniques sur ce véhicule.

20 Q. Quand avez-vous appris l'existence de l'UCK, l'Armée de libération du

21 Kosovo ?

22 R. Je suis allé pour la première fois au Kosovo, Monsieur, en août 1996, à

23 peu près, et certaines rumeurs couraient. On disait qu'il y avait un

24 embryon d'aile militaire ou de branche militaire albanaise. Bien sûr, il a

25 fallu attendre la fin de l'année 1997 ou le début de 1998 avant que cet

26 embryon se développe véritablement.

27 Q. Quelles étaient vos sources d'information s'agissant de l'existence de

28 cette organisation ?

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1 R. Au départ, nous avons reçu des rapports de renseignements reçus de

2 notre propre ministère de la Défense et d'autres attachés alliés, puis nous

3 avons simplement parlé aux gens que nous rencontrions dans la province du

4 Kosovo, là où le problème albanais commençait à se faire jour.

5 Q. Avez-vous également reçu des renseignements militaires de la VJ ?

6 R. Oui. Notamment, au début de l'année 1998, lorsque la Vojska Jugoslavije

7 commençait à se faire du soucis -- vis-à-vis de l'émergence de l'Armée de

8 libération du Kosovo, on nous a alors informés deux ou trois fois

9 d'incidents qui s'étaient produits, surtout à la frontière albanaise, mais

10 d'après les informations, il semblait qu'il y ait des activités de

11 contrebande à la frontière avec la Macédoine. Vous savez que ces frontières

12 ont largement été utilisées pour ces activités de contrebande depuis des

13 siècles.

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Excusez-moi de vous interrompre.

15 J'aimerais que vous me disiez ce que vous entendez par "le problème

16 albanais" qui a commencé à se faire jour. Est-ce que c'est la description

17 que vous avez donnée par la suite ? Ou est-ce que cette description

18 mériterait davantage que quelques phrases ?

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Par "le problème albanais", nous entendions

20 l'émergence d'un embryon d'Armée de libération du Kosovo. Je ne pense pas

21 que c'est ainsi que l'on a qualifié le problème à l'époque, ni même que

22 c'était le nom de l'armée, mais d'après les renseignements que nous avions

23 obtenus, certaines personnes semblaient se rassembler pour jeter les

24 fondements de cette organisation, si cela vous éclaire.

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui. Je voulais simplement mieux

26 comprendre ce dont vous aviez parlé.

27 Monsieur Re, continuez.

28 M. RE : [interprétation]

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1 Q. Il y a quelques instants, vous avez dit que vous aviez connu

2 l'existence d'un embryon d'Armée de libération du Kosovo, mais que

3 l'embryon ne s'était pas véritablement développé avant la fin de l'année

4 1997, le début de 1998. Quelle forme prenait ce développement ? Que saviez

5 vous à la fin de 1997 et au début de 1998 ?

6 R. Comme je l'ai dit dans mon rapport, nous avons rencontré le colonel

7 Dimitrijevic, qui était chargé du contre-renseignement à la fin 1997, et

8 nous avons également eu des réunions avec le général Perisic, qui était

9 gêné par des informations provenant à la fois de la frontière albanaise et

10 de la frontière avec la Macédoine et qui disaient que des hommes et du

11 matériel se déplaçaient. Puis, au début de 1998, il y a eu les premières

12 attaques contre les postes du MUP au Kosovo même, et si je me souviens

13 bien, ces attaques ont ciblé Rudnik et Likosane. C'est la première fois, me

14 semble-t-il, qu'il y a eu des victimes serbes au sein des forces de

15 sécurité. Peut-être que je me trompe, mais je crois que c'est exact.

16 Q. Vous avez parlé d'une tactique de décrochage sitôt tirée au départ ou

17 de repli immédiat. Pouvez-vous relier le récit que vous venez de nous faire

18 des premiers évènements au Kosovo à ces tactiques dont vous avez parlé tout

19 à l'heure ?

20 R. Suite aux attaques menées à Rudnik au cours desquelles il me semble que

21 trois policiers ont été tués, les autorités serbes ont décidé d'agir à

22 Donji Prekaz et ont lancé une attaque violente, agressive contre la famille

23 Jashari en mars 1998. Ceci a marqué, à mon avis, le début de l'affrontement

24 véritable entre l'Armée de libération du Kosovo et les forces de sécurité

25 serbes.

26 Q. Est-ce que vous connaissez les raisons de l'attaque contre le poste du

27 MUP ?

28 R. Comme je l'ai déjà dit, je pense que l'UCK était une organisation qui

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1 venait de voir le jour, comme dans de nombreux pays du monde, le

2 commissariat ou le poste de police se trouvent en plein centre de la ville

3 et sont, donc, une cible évidente. Les policiers se contentent de faire

4 leur travail en faisant respecter l'ordre public. Le poste de police qui se

5 trouvait à Rudnik se trouve dans une vallée, exposé de tous côtés et il

6 était très facile de l'attaquer.

7 Q. Est-ce que vous pourriez, peut-être, étoffer votre propos, car il y a

8 quelques minutes de cela, vous avez parlé "du début de l'affrontement entre

9 l'UCK et les forces de sécurité serbes." Qu'entendez-vous par cela ?

10 R. Je pense que l'attaque menée contre la propriété des Jashari à Donji

11 Prekaz, d'ailleurs il y a eu toute une foule d'ambassadeurs et d'autres

12 personnes qui sont venues constater les dégâts, et nous avons constaté que

13 la propriété avait absolument été rasée. Il y avait eu des combats très,

14 très lourds qui s'étaient déroulés avec l'utilisation de force lourde

15 contre la famille Jashari. D'après ce que je comprends, cette famille était

16 considérée par les autorités serbes comme une famille qui était

17 véritablement engagée dans différentes activités négatives, différentes

18 activités commerciales, notamment l'agression armée. Alors, je pense que ce

19 fut une tentative qui fut faite afin d'essayer en quelque sorte de damer le

20 pion à l'UCK.

21 Q. Je voudrais juste que nous nous concentrions sur cet "affrontement"

22 dont vous avez parlé, parce que lorsque l'on parle d'affrontement, il y a

23 quand même la connotation d'une altercation.

24 R. Les Serbes sont arrivés pour cet affrontement et ils étaient nombreux.

25 La famille Jashari a décidé d'opposer une résistance, de lutter et a ainsi

26 fait les frais de cet affrontement. Ils ont eu beaucoup de victimes et je

27 pense que l'UCK véritablement a tiré les enseignements de cet événement,

28 parce qu'ils se sont rendus compte qu'en pleine campagne, dans la Drenica,

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1 c'est là où cet événement s'est déroulé, ce n'était pas véritablement

2 l'endroit où l'on pouvait se confronter aux forces de sécurité serbes,

3 parce que c'était un endroit qui était extrêmement exposé, et qui

4 arrangeait le camp qui avait le plus d'armes et le plus d'hommes à sa

5 disposition, c'est ce qu'était que les Serbes en l'occurrence.

6 Q. Quels étaient les effectifs des deux camps en quelque sorte dans

7 l'enceinte de la propriété de la famille Jashari ?

8 R. Je pense que dans mon rapport j'ai fait état de 55 ou 54 corps qui ont

9 été renvoyés dans la zone de Donji Prekaz. Il s'agissait de corps

10 d'Albanais du Kosovo. Pour ce qui est de l'effectif exact, je n'en sais

11 rien. Les forces de sécurité serbes s'élevaient probablement à 1 500, voire

12 2 000 hommes. Ils avaient également des véhicules blindés, et cetera, et

13 cetera.

14 Q. Quelle fut la résistance qui fut opposée aux Serbes par l'autre camp ?

15 R. D'après ce que j'ai compris, Monsieur, ils ont combattu là où ils se

16 trouvaient. Ils ont ensuite essayé de s'échapper et on leur a tiré dessus.

17 Pour ce qui est des détails, je ne peux pas vous les fournir car,

18 évidemment, personne n'était là lorsque cela s'est produit. Nous sommes

19 arrivés un ou deux jours après cet incident, et lorsque les corps ont été

20 renvoyés de la morgue de Pristina, d'après ce que j'ai compris.

21 Q. A ce moment-là, que saviez-vous du nombre de soldats serbes qui se

22 trouvaient au Kosovo ?

23 R. L'armée yougoslave, ou l'ordre de bataille de la Vojska Jugoslavije

24 donnait pour la province du Kosovo, un peu de 52 corps cantonnés à

25 Pristina, ce qui nous donne entre 10 000 et 15 000 hommes cantonnés dans

26 cette province du Kosovo. Puis, il y avait également le MUP, les forces du

27 ministère de l'Intérieur, et cela dépendait de la situation mais là je

28 pense qu'encore on peut avancer le chiffre de 10 000 à 15 000 personnes.

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1 Q. Quelles étaient les armes dont disposait la VJ dans cette zone ?

2 R. La VJ disposait de toute la gamme de ces armements depuis le char de

3 bataille jusqu'aux véhicules de transport personnels. Il y avait également

4 les véhicules ou les armes antiaériennes, ainsi que toutes les armes

5 d'artillerie. Ils avaient à leur disposition toute la gamme du système

6 d'armement, dont ils disposaient.

7 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, Maître Emmerson.

8 M. EMMERSON : [interprétation] Une petite précision tout simplement. Il y a

9 une question qui a été posée : "Quelles étaient les armes dont disposait la

10 VJ dans cette zone ?" Ce qui peut être compris comme la région de Drenica

11 où il y a eu l'attaque contre la famille Jashari ou encore comme dans toute

12 la province du Kosovo. Je pense qu'il faudrait peut-être préciser cela.

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

14 Me Crosland --

15 M. GUY-SMITH : [interprétation] A ce sujet, Monsieur le Juge, j'ai cru

16 comprendre que 54 corps ont été récupérés. Peut-être que l'on pourrait

17 savoir s'il s'agissait de corps d'hommes en âge de combattre par opposition

18 à des corps de femmes, d'enfants ou de personnes âgées.

19 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Est-ce que vous pourriez premièrement

20 nous indiquer de quel secteur vous parliez. Est-ce que vous parliez de la

21 province du Kosovo, Monsieur, lorsque vous avez apporté votre première

22 réponse ?

23 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est exact. La VJ au sein du Kosovo disposait

24 de 52 corps, qui avaient à leur disposition toute la gamme d'armes. Dans la

25 région à proprement parler, je pense que cela figure dans mon rapport, il

26 s'agissait au départ d'une opération qui était essentiellement du MUP. Je

27 l'ai déjà dit, je n'étais pas présent lors de l'opération, donc je ne sais

28 pas s'il y a eu participation de la VJ ou non, mais pour ce qui est de

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1 cette opération, la police avait des véhicules de transport de troupes

2 blindés. Ils avaient tout leur système d'armes de défense qui sont

3 extrêmement utiles pour ces combats menés à bien dans les différentes

4 maisons.

5 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

6 Monsieur Re, est-ce que vous voudriez demander de plus amples précisions à

7 la suite de la question posée par Me Guy-Smith ?

8 M. RE : [interprétation] Oui, je souhaiterais d'abord enchaîner à la suite

9 de la réponse qui vient d'être apportée par le témoin avant d'aborder la

10 question de Me Guy-Smith.

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, s'il vous plaît.

12 M. RE : [interprétation]

13 Q. Colonel, est-ce que la VJ disposait de la même capacité dans la zone de

14 Drenica ?

15 R. Si ma mémoire ne me fait défaut, je pense que c'était encore le MUP qui

16 était la force la plus importante. Je pense que la VJ était à la

17 périphérie. Pour autant que je m'en souvienne, ils n'ont pas participé à

18 cette opération précise, pour autant que je m'en souvienne.

19 Q. A propos de 54 corps, et la précision qui a été demandée à ce sujet,

20 est-ce que vous avez vu les corps vous-même ?

21 R. Oui.

22 Q. Qu'avez-vous vu ?

23 R. Si je ne m'abuse - une fois de plus, je pense que cela figure dans le

24 rapport - on avait tiré sur la plupart de ces corps à bout portant, ce qui

25 aurait pu indiquer que ces personnes avaient été assassinées, parce qu'il

26 est assez peu habituel que l'on tire à bout portant sur la tête ou à la

27 tête de quelqu'un ou sur le visage de quelqu'un. Là, véritablement - je

28 parle de mémoire - il y avait plusieurs âges, il y avait des personnes

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1 âgées, et tous les âges jusqu'à des personnes ou des enfants très jeunes.

2 Mais il y avait également parmi ce groupe de personnes, des hommes en âge

3 de porter des armes et de combattre.

4 Q. Combien de temps après leur décès les avez-vous vus ?

5 R. Je pense, Monsieur --

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re, vous devez ralentir un

7 peu le rythme pour ne pas trop compliquer la tâche des interprètes.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne me souviens pas de la question

9 maintenant.

10 M. RE : [interprétation]

11 Q. Combien de temps après leur décès avez-vous vu les corps ?

12 R. Pour autant que je m'en souvienne, ces corps ont été ramenés de la

13 morgue de Pristina et ont été ainsi jetés à la périphérie de Srbica. Cela

14 s'est passé peut-être deux ou trois jours après ledit incident. Je suis

15 arrivé avec l'attaché militaire des Etats-Unis. Nous étions les seuls à

16 avoir été autorisés à pénétrer dans la zone opérationnelle pour pouvoir

17 constater ce qui s'était passé.

18 Q. Est-ce que vous vous souvenez si certains de ces corps étaient revêtus

19 d'un uniforme ?

20 R. Pas pour autant que je m'en souvienne, Monsieur.

21 Q. Quand avez-vous appris pour la première fois que l'UCK avait une

22 capacité de combat -- ou une unité de combat ?

23 R. Une fois de plus, et cela figure dans mon rapport, je dirais que

24 pendant la première partie de l'année 1998, après l'incident de la famille

25 Jashari, dans la vallée de Drenica, les activités se sont calmées un peu.

26 Puis l'UCK a commis un autre essor d'activités à la fin du mois de mars,

27 jusqu'en avril et mai. Je pense, comme je l'ai déjà dit dans mon rapport,

28 qu'à la mi-mai, du point de vue technique, on peut dire qu'ils assuraient

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1 le contrôle de 50 à 60 % du Kosovo. En ce sens qu'ils avaient entravé trois

2 des quatre principaux axes routiers qui traversaient le Kosovo avec des

3 forces relativement limitées, mais cela montrait qu'ils avaient la capacité

4 de déployer différents groupes dans des secteurs stratégiques.

5 Q. J'aimerais savoir ce que vous entendez par ce contrôle technique. Je

6 suppose que c'est une connotation militaire que vous donnez à cette

7 expression ?

8 R. Oui. Il y a quatre grands axes routiers qui traversent la province du

9 Kosovo depuis Pristina vers l'est et vers Mitrovica et Urosevac, et ce,

10 vers Djakovica et jusqu'à Pec. Trois de ces axes routiers étaient bloqués,

11 la route qui va le plus au nord à Rakos à l'ouest de Rudnik, il y avait

12 également la route centrale de Pristina près de Likosane qui va vers Pec.

13 Il y avait également l'une des routes du sud qui était bloquée au-dessus de

14 Stimlje vers -- il y avait une seule route qui pouvait être utilisée par

15 les Serbes pour leur approvisionnement, et c'était la route de la montagne.

16 Ces routes étaient entravées, en ce sens qu'il y avait des forces

17 avec des armes légères qui tendaient des embuscades, plaçaient un véhicule

18 en travers de la route, et creusaient des tranchées peu profondes en tant

19 que pseudo position de défense, autour de ce secteur. C'était un contrôle

20 tactique, en fait, et c'était une façon véritablement d'arrêter les

21 formations serbes qui disposaient de beaucoup plus d'armes que les autres.

22 Q. Comment est-ce qu'ils ont réussi à assurer le contrôle de 50 à 60 % du

23 territoire au Kosovo, ce contrôle technique dont vous parlez ?

24 R. Je pense qu'il a fallu aux forces de sécurité serbes tout ce temps pour

25 comprendre qu'il y avait cet embryon d'organisation qui commençait à créer

26 des problèmes au Kosovo. Je pense qu'ils concentraient au départ leur

27 énergie sur la frontière occidentale avec l'Albanie, et ils voulaient

28 également contrôler la frontière avec la Macédoine parce que, comme je l'ai

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1 déjà dit, il s'agissait des deux itinéraires qui étaient empruntés pour que

2 tout ce matériel arrive au Kosovo.

3 Q. Est-ce que vous --

4 M. RE : [interprétation] Je m'excuse.

5 Q. Est-ce que vous-même avez vu ces barrages routiers de

6 l'UCK ? Est-ce que vous avez pu constater ce contrôle technique de 50 à 60

7 % du territoire au Kosovo lors de vos différentes missions au Kosovo ?

8 R. Oui, tout à fait. Nous nous sommes déplacés dans cette zone en dépit

9 des barrages routiers de l'UCK qui, parfois, ne reconnaissaient pas notre

10 "licna karta". Parfois, après quelques négociations, après avoir bu un

11 verre de whisky, je parvenais à arriver là où je voulais arriver, et eux

12 restaient là où ils étaient. La situation était quand même plutôt

13 changeante.

14 Q. Est-ce que vous pourriez dire ce que signifie "licna karta" ?

15 R. Oui. Ce sont les mots serbes pour la carte d'identité. C'est la carte

16 d'identité que nous avait donnée le service de liaison étrangère afin de

17 permettre d'identifier le personnel qui avait le droit de se déplacer dans

18 toute la Yougoslavie, et qui ne devait être arrêté par personne, à moins

19 qu'il ne s'agisse des forces du MUP ou de la VJ pour des raisons de

20 sécurité.

21 M. EMMERSON : [interprétation] J'espère que ce que je vais dire ne sera pas

22 inutile. Il y a quelques minutes de cela, M. Re a demandé au témoin ce

23 qu'il entendait par le mot "technique" dans l'expression "contrôle

24 technique du territoire". Je me demande si vous pourriez peut-être

25 développer cela pour que nous comprenions tous ce que cela signifie.

26 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, est-ce que vous pourriez --

27 M. RE : [interprétation] Je peux tout à fait lui poser la question, en

28 effet, si cela est utile aux Juges.

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1 Q. Colonel Crosland, est-ce que vous pourriez étoffer votre propos, nous

2 expliquer ce que vous entendez par "contrôle technique" ?

3 R. Oui. Lorsque vous avez une route qui est bloquée par 15 à 20

4 combattants avec des munitions, des armes légères, et lorsqu'il n'ont pas

5 véritablement beaucoup d'armes pour se défendre, s'il y a un véhicule

6 blindé ou une colonne de véhicules blindés ou de chars qui apparaissent, la

7 chose la plus logique est de disparaître. Je ne peux pas répondre à cette

8 question - les seules personnes qui pourraient répondre seraient la VJ - il

9 faudrait savoir pourquoi ils ont autorisé des forces légères, alors que les

10 forces serbes disposaient de beaucoup plus de pouvoir. Pourquoi est-ce

11 qu'ils n'ont pas utilisé ce qu'ils avaient à leur disposition pour ouvrir

12 ces routes dès qu'elles étaient fermées techniquement, puisque vous aviez

13 des forces plutôt légères qui entravaient la route, ce qui provoquait des

14 problèmes qui, en fait, n'auraient pas dû être des problèmes.

15 Q. Qu'en est-il de la situation qui prévalait sur la route entre Pec et

16 Djakovica en mars, avril, mai, juin et juillet 1998 ?

17 R. Dans la partie occidentale, tout le monde le sait, la limite

18 internationale franchit les montagnes entre l'Albanie et la Serbie, puis le

19 Kosovo, la province du Kosovo. Il faut savoir qu'elle est particulièrement

20 difficile, parce que c'est un terrain qui est extrêmement accidenté, 3 000

21 mètres, 3 500 mètres. Il fait très, très froid l'hiver, moins 20, moins 30.

22 Il y fait extrêmement chaud l'été, plus de 30 degrés centigrade. Donc,

23 c'est une lutte géographique qui est particulièrement problématique et il

24 est difficile d'essayer d'empêcher des hommes et du matériel de se déplacer

25 le long de ces itinéraires, qui ont été empruntés depuis des siècles

26 d'ailleurs.

27 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Crosland, est-ce que vous

28 pourriez peut-être nous parler de la situation entre mars et juillet 1998 ?

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

2 M. RE : [interprétation]

3 Q. Qu'en est-il de la route entre Pec et Djakovica ?

4 R. Oui, je pense que cela a sa pertinence, parce que les Serbes n'ont pas

5 été en mesure de tenir la montagne. Par conséquent, ils ont dû se déplacer

6 le long d'une deuxième frontière, le long de la route entre Prizren-

7 Djakovica-Decani. C'est ce que j'appellerais, par la suite la ligne de

8 front ou la ligne tenue par les Serbes. C'est à ce niveau-là qu'ils

9 essayaient d'empêcher qu'il y ait de plus en plus d'hommes et de matériel

10 qui pénètrent sur le territoire par ce secteur. C'était un secteur qui

11 était extrêmement important et, le long de ce secteur, de nombreuses

12 batailles ont eu lieu.

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je m'excuse, une fois de plus, je

14 vous rappelle, Monsieur, que vous ne parlez pas de la fin 1998. Est-ce que

15 vous pourriez nous dire ce qui s'est passé en mars, avril, mai et juin ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, tout à fait, Monsieur le Juge. Je pense

17 que la VJ et le MUP se sont rendu compte de l'importance de ce secteur et

18 de la route Pec-Decani-Djakovica-Prizren, qui était comme une espèce de

19 couloir qu'ils essayaient d'investir et de garder. Cela a été pertinent au

20 début de l'année 1998 et pendant toute l'année 1998 parce que, comme je

21 l'ai déjà dit, cela est devenu en quelque sorte une deuxième frontière.

22 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

23 Monsieur Re.

24 M. RE : [interprétation]

25 Q. Est-ce que vous-même avez emprunté cette route pendant la période de

26 mars à juillet 1998 ?

27 R. Oui, la plupart du temps effectivement.

28 Q. Est-ce que vous avez pu constater la présence de l'UCK lors de vos

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1 déplacements le long de cette route ?

2 R. Oui, tout à fait.

3 Q. Combien de fois environ pensez-vous avoir emprunté cette route, dans

4 les deux sens d'ailleurs, pendant cette période ?

5 R. Je ne peux pas m'en souvenir exactement, Monsieur, mais dans mon

6 rapport j'ai indiqué l'itinéraire que nous avons emprunté, ce que nous

7 faisions toujours dans les rapports. Donc, soit nous séjournions à Pec, à

8 Djakovica ou à Prizren, nous y passions la nuit pour pouvoir nous déplacer

9 dans tout le secteur du Kosovo lorsqu'il y avait des problèmes qui se

10 posaient. J'y ai été pendant le plus clair de cette période.

11 Q. Si nous parlions de chiffres, est-ce qu'il s'agit de dix fois, 20 fois,

12 100 fois, 500 fois ?

13 R. Vous parlez de quoi, du nombre d'hommes de l'UCK ?

14 Q. Non. Du nombre de fois que vous avez emprunté cette route dans les deux

15 sens. Je sais que cela fait longtemps, mais plus ou moins ?

16 R. Je dirais une centaine de fois.

17 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Nous avons entendu que vous vous

18 étiez rendu entre 70 et 75 fois entre Belgrade et le Kosovo pendant cette

19 période.

20 A quelle période faites-vous référence maintenant, Monsieur Re ?

21 M. RE : [interprétation] La période de mars à juillet 1998.

22 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Il s'agit de cinq mois. Je pense que

23 cela doit représenter une partie importante de ces soixante dizaines de

24 déplacements ?

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Si vous me permettez une petite explication,

26 je dirais que lorsque l'on essaie de bien connaître une situation sur le

27 terrain, il faut se déplacer constamment sur ce terrain, depuis l'aube

28 jusqu'au crépuscule, et même parfois pendant la nuit. Parfois, certains

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1 jours, nous empruntions cette route trois ou quatre fois. Je dois dire que

2 nous avons beaucoup emprunté cette route. Pourquoi ? Parce que nous

3 essayions de superviser la situation et de présenter des rapports aussi

4 équitables que faire se peut pour les deux camps.

5 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

6 M. RE : [interprétation]

7 Q. Est-ce que vous pourriez nous décrire la présence de l'UCK que vous

8 avez pu constater sur cette route entre mars et juillet

9 1998 ?

10 R. Le secteur le plus important se trouve dans la zone de Prilep et de

11 Rznic. Il s'agissait d'un secteur qui était particulièrement contesté --

12 [La Chambre de première instance se concerte]

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Poursuivez, je vous prie.

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Comme je vous le disais, c'était une ville où

15 il avait beaucoup de combats, où on a vu beaucoup d'activités de l'UCK.

16 Puis, au sud de Pec également, et le long des villages à Decani, Gornji

17 Streoc, ainsi qu'à la périphérie de Djakovica.

18 M. RE : [interprétation]

19 Q. Quelles sont les activités de l'UCK que vous avez pu constater ?

20 R. Au début de l'année 1998, il s'agissait de tactiques de décrochages

21 sitôt tirés. Il y avait également des tireurs embusqués qui étaient

22 utilisés sur cette route, parce que c'était la principale route

23 d'approvisionnement pour les forces de sécurité serbes, par conséquent, ces

24 postes de contrôle des forces de sécurité serbes, étant des cibles

25 particulièrement stratégiques qui permettaient à l'UCK de planifier des

26 attaques de tireurs embusqués.

27 M. LE JUGE STOLE : [interprétation] Est-ce que nous pourrions avoir une

28 carte qui serait affichée peut-être sur l'écran, parce que vous citez

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1 beaucoup de noms. Je pense qu'il serait utile de pouvoir voir ces noms qui

2 sont mentionnés.

3 M. RE : [aucune interprétation]

4 [Le conseil de l'Accusation se concerte]

5 M. LE JUGE STOLE : [interprétation] Nous pouvons tout à fait utiliser la

6 carte papier à proprement parler.

7 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

8 Je suppose, Monsieur, que vous avez une carte devant vous ?

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, tout à fait.

10 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Cette carte vous sera utile, vous

11 servira d'aide-mémoire. Est-ce qu'il s'agit d'un document de l'Accusation

12 ou est-ce qu'il s'agit d'une carte qui vous appartient ?

13 LE TÉMOIN : [aucune interprétation]

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Emmerson.

15 M. EMMERSON : [interprétation] J'allais tout simplement dire que ce peut

16 être utile que nous suivions tous les choses sur la même carte. Je vois que

17 le colonel Crosland a une carte, d'autres ont une autre carte. Peut-être

18 que je me trompe, mais j'avais cru comprendre que la carte la plus grande

19 se trouve dans le système électronique, on pourrait l'afficher sur l'écran

20 et, si nécessaire, le colonel Crosland pourra y apporter des annotations

21 sur l'écran.

22 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je suis tout à fait d'accord avec

23 vous.

24 Pensez-vous, Monsieur Re, que nous pourrions procéder de la sorte ?

25 Est-ce que vous pouvez afficher cette carte ?

26 M. RE : [interprétation] La carte P10 est la carte qui m'intéresse.

27 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Ainsi le témoin pourra y apposer ses

28 annotations.

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1 M. RE : [interprétation]

2 Q. Colonel, est-ce que vous pourriez regarder la carte qui va être

3 affichée sur votre écran dans un petit moment, et je vais vous demander de

4 nous indiquer où se trouve - je sais que cela vous paraît évident - la

5 route qui relie Pec et Djakovica, puisque c'est ce qui m'intéresse pour le

6 moment.

7 [La Chambre de première instance se concerte]

8 M. RE : [interprétation] Ce n'est pas tout à fait cela. Celle que je

9 souhaiterais voir affichée est la carte avec les cercles rouges.

10 M. EMMERSON : [interprétation] Peu importe si la carte avec les cercles est

11 utilisée, de toute façon, ce ne sont pas forcément les mêmes endroits qui

12 vont être indiqués par le colonel Crosland; et si cela ne peut pas se

13 faire, nous pourrons tous utiliser une carte papier.

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, Maître Emmerson.

15 Je pense que c'est effectivement utile, mais c'est à vous de décider,

16 Monsieur Re.

17 M. RE : [interprétation] Oui, je ne me souviens pas de la cote de la carte,

18 mais je pense qu'elle va être affichée bientôt. 1006.

19 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] C'est peut-être la pièce P32 ?

20 M. RE : [interprétation] :

21 Q. Vous avez une carte devant vous, elle a des cercles, est-ce qu'on

22 peut me donner la cote, s'il vous plaît ?

23 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] C'est la pièce D32.

24 M. RE : [interprétation]

25 Q. L'huissier va vous fournir un stylet magique, est-ce que vous pourriez

26 nous indiquer où se trouve la route.

27 R. La route qui vient de Pec jusqu'à Decani, elle passe par ici, avec

28 Gornji Streoc en chemin, un endroit qui a été très disputé au cours de mars

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1 1998 et de mai 1998. Ensuite, on descend, on arrive jusqu'à la zone qui se

2 trouve en dessous de Decani, Prilep, Rznic, cela se trouve à cet endroit

3 ici, que je vous indique.

4 M. EMMERSON : [hors micro]

5 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est exact effectivement.

6 A l'ouest, vous avez la ville de Junik, où il y avait également des

7 activités intenses pendant toute cette période de 1998, cela se trouve ici

8 à proximité de la frontière. Vous avez ensuite la route qui continue en

9 droite ligne vers Djakovica, qui n'est pas sur la carte telle qu'elle

10 figure à l'écran pour l'instant. Voici l'itinéraire dont je parlais

11 précédemment, cet axe qui constitue une sorte de front secondaire et une

12 zone de ravitaillement utilisée par les forces de sécurité serbes, et qui a

13 fait l'objet de nombreux combats tout au long de l'année 1998.

14 M. LE JUGE STOLE : [interprétation] Merci.

15 M. RE : [interprétation]

16 Q. Puisque la carte est toujours à l'écran, j'aimerais que vous expliquiez

17 aux Juges de la Chambre quelle était la nature de la présence de l'UCK,

18 sous quelque forme que vous ayez pu la constater : civile, militaire, et

19 cetera.

20 R. Au début 1998, il y avait plusieurs groupements de l'UCK qui se

21 trouvaient dans toute la zone du Kosovo, et en particulier dans la zone de

22 Dukadjin, d'après ce que je savais de la situation. Puis nous avons obtenu

23 des renseignements supplémentaires d'autres organismes, ce qui nous a

24 permis de déterminer les zones de responsabilité, c'est le terme militaire

25 qui s'applique. Nous avons essayé de déterminer où se trouvaient les

26 différentes zones et qui en était responsable. Vous aviez la zone de

27 Dukadjin qui allait du nord de Pec jusqu'à Decani à Djakovica, puis -- je

28 pourrais vous l'indiquer sur la carte.

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1 Q. Oui, il y a peut-être un stylet d'une autre couleur pour dessiner cette

2 zone.

3 M. RE : [interprétation] On va utiliser la couleur noire.

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Comme on voit, il y a Djakovica qui se

5 trouvait en bas. On remonte ensuite en partant par la zone de Rakovina. On

6 continue vers le carrefour principal avec Klina. Vous avez ici la route qui

7 va jusqu'à Pristina. Ensuite cela se poursuit vers l'ouest, vers Pec.

8 M. EMMERSON : [interprétation] Je pense qu'il est absolument essentiel que

9 les choses soient totalement limpides. Je me permets d'intervenir. Ligne

10 28, page 25, le témoin parle du début 1998.

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Hm-hm.

12 M. EMMERSON : [interprétation] Ensuite, il parle d'une période pendant

13 laquelle il a obtenu des renseignements supplémentaires. A ce moment-là, on

14 a tenté de déterminer avec précision quelles étaient les zones de

15 responsabilité. J'aimerais que vous ayez de l'information sur les

16 renseignements qui ont été obtenus, cela pourrait se révéler important.

17 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui.

18 Pouvez-vous poser des questions dans ce sens ?

19 M. RE : [interprétation]

20 Q. Pouvez-vous répondre à la question de Me Emmerson ?

21 R. Oui. Le Royaume-Uni a procédé à une évaluation de la menace que pouvait

22 potentiellement poser l'UCK. Cela fait 12 ans tout cela. C'est difficile

23 pour moi de vous dire exactement quand cela s'est produit, mais je crois

24 que c'était en avril ou en mai 1998. Il est fort possible que cela figure

25 dans les documents que j'ai établis. Je ne peux l'affirmer avec aucune

26 certitude. C'est à peu près vers cette période que nous nous sommes

27 efforcés de déterminer quelle était l'organisation de cette UCK qui était

28 naissante.

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1 Q. Vous avez délimité la zone de Dukadjin avec le stylet noir. Est-ce que

2 vous en avez terminé de cet exercice ?

3 R. Non, parce que je redescendais ici jusqu'à Pec, et à Djakovica.

4 Q. A un moment donné, la limite bleue se confond avec la limite noire.

5 C'est la route Pec-Djakovica.

6 R. Ce n'est pas tout à fait aussi clair. Bien entendu, la zone

7 d'opérations recouvrait la zone ouest, les montagnes qui constituent la

8 frontière avec l'Albanie. C'est la zone de Dukadjin. Ici, cela continue

9 vers le sud. Vous avez ici le col de Rugova qui va jusqu'à Monténégro et

10 Crna Gora. Ce lieu, bien entendu, avait un rôle dans cette zone. Cette zone

11 ici, cette zone montagneuse a été le site de combats, également, ainsi que

12 toute la zone frontalière entre le Kosovo et l'Albanie.

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Il convient peut-être de noter que le

14 témoin a d'abord indiqué l'endroit où se trouve le col de Rugova en

15 écrivant un R. Ensuite, il a tracé une flèche toujours à gauche et une

16 autre en bas à gauche. Tout ceci en noir.

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Si vous me permettez, Messieurs les Juges, la

18 zone opérationnelle descendait de Djakovica vers Prizren où elle débouchait

19 sur Kukes, qui se trouve en Albanie.

20 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Il s'agit d'une zone qui est très étendue et

22 que j'ai essayé de définir ici. Ce n'est pas un jardin comme on en trouve

23 dans n'importe quelle ville de banlieue américaine, avec une clôture qui

24 délimite les choses de manière très claire.

25 M. RE : [interprétation]

26 Q. Il y a quelques instants, je vous demandais ce que vous aviez pu

27 constater de vos yeux, comment vous était apparue la présence de l'UCK sur

28 cette route. Qu'est-ce que vous avez vu, vous-même, de vos yeux ?

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1 R. Si je ne m'abuse, nous avons rencontré un dénommé Ramush Haradinaj.

2 Nous l'avons rencontré dans la zone de Glodjane près de Rznic, à son QG. On

3 voyait des signes dans la zone de Rznic-Prilep, de combats menés par l'UCK,

4 cela je l'ai déjà dit. Il y avait également des combats sporadiques tout le

5 long de cet axe routier à partir du sud de Pec, autour de Decani, Rznic-

6 Prilep-Junik. Toujours en continuant vers le sud de Junik, vous avez un

7 lieu qui s'appelle Ponosevac, une position occupée par le MUP et l'armée de

8 la Yougoslavie. Là on voyait les signes d'activité de l'UCK et du MUP dans

9 cette zone. C'était une zone névralgique, cette zone frontalière par

10 laquelle on commençait à faire passer aussi bien des armes que des

11 équipements.

12 Q. Vous avez porté une annotation sur la carte. Est-ce que vous pourriez

13 écrire la lettre P à côté du croissant que vous avez dessiné ?

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je m'interroge, Monsieur Re.

15 Convient-il maintenant de procéder à une sauvegarde de la carte telle

16 qu'elle était annotée ou nous continuons ? Il ne faut surtout pas l'enlever

17 de l'écran parce que sinon on va tout perdre.

18 M. RE : [interprétation] Oui, je voudrais que le témoin nous indique

19 quelque chose d'autre sur cet itinéraire. Je souhaiterais que la carte soit

20 maintenant à l'écran.

21 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Bien.

22 M. RE : [interprétation]

23 Q. Veuillez tracer un P, s'il vous plaît, Mon Colonel --

24 R. [aucune interprétation]

25 Q. [aucune interprétation]

26 R. Ce n'est pas très clair mais je crois que c'est la zone de Ponosevac.

27 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Emmerson --

28 M. EMMERSON : [interprétation] Je n'en suis pas sûr à 100 %. Ici j'ai un

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1 peu de mal à distinguer les détails de la carte. Je crois que Ponosevac est

2 à un endroit différent.

3 LE TÉMOIN : [aucune interprétation]

4 M. EMMERSON : [interprétation] Cela se trouve au sud. Si le témoin va nous

5 parler de Ponosevac, il faudrait procéder à une sauvegarde parce que c'est

6 nécessaire avant de procéder à un nouvel agrandissement.

7 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Tout à fait.

8 M. EMMERSON : [interprétation] Ensuite, on pourra procéder à cette

9 annotation. Je crois que le P ne correspond pas à l'endroit où se trouve

10 Ponosevac.

11 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est vrai.

12 M. EMMERSON : [interprétation] Merci.

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Est-ce qu'on peut avoir une cote ?

14 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Pièce P70.

15 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

16 Maintenant, ce qu'il convient de faire, c'est de déplacer cette carte

17 et d'agrandir la partie de la carte qui nous intéresse.

18 M. RE : [interprétation] Peut-être serait-il judicieux de remettre au

19 témoin un exemplaire papier classique de cette carte, j'en ai un moi-même.

20 Il est beaucoup plus facile de lire une carte papier ou plastique.

21 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Cela signifie que nous en avons

22 terminé de l'exercice précédent quand vous avez demandé au témoin de porter

23 certaines annotations sur la carte ?

24 M. RE : [interprétation] Peut-être, je ne sais pas.

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Bien entendu, il vous sera tout à

26 fait loisible ultérieurement de demander qu'une autre carte soit affichée.

27 M. RE : [interprétation]

28 Q. Dans vos déplacements le long de cette route en 1998, de mars à

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1 juillet, est-ce que vous avez vu des membres de l'UCK ? Qu'est-ce que vous

2 avez vu exactement ? Des soldats, des civils, des barrages ?

3 R. On voyait des groupes très limités dans cette zone de Rznic Prilec de

4 l'UCK ainsi qu'à l'extérieur de Djakovica. Parfois, ils tentaient de nous

5 empêcher d'entrer dans les zones concernées. Généralement, ils étaient

6 simplement là. Ils n'étaient pas très bien armés. Ils savaient qu'ils se

7 trouvaient en présence de forces de sécurité serbes qui leur étaient

8 supérieurs au niveau local.

9 Q. Comment saviez-vous qu'il s'agissait de membres de l'UCK ?

10 R. La majorité d'entre eux arborait des uniformes avec les insignes de

11 l'UCK.

12 Q. Combien y avait-il d'hommes dans ces groupes assez limités ?

13 R. Disons une dizaine ou une quinzaine d'hommes, parfois les groupes

14 étaient plus importants quand on descendait vers Glodjane où il semblait

15 qu'il y avait une sorte de quartier général. Il en avait peut-être une

16 trentaine à cet endroit. Je me suis rendu dans d'autres quartiers généraux

17 de l'UCK dans la zone de Drenica et plus à l'est. Là, j'ai constaté la

18 présence d'individus semblables qui étaient à peu près aussi nombreux, sauf

19 à Malisevo, où j'ai vu 100 à 150 hommes. Je crois que je l'ai indiqué dans

20 un de mes rapports.

21 Q. Vous dites qu'ils étaient peu armés. Quelle était la nature de leurs

22 armes ?

23 R. Au début de l'année 1998, ils étaient essentiellement munis d'armes

24 d'infanterie légères, des mitraillettes. Ils avaient des armes légères. Il

25 arrivait que certains d'entre eux soient munis de lance-roquettes.

26 Q. Selon vos informations, d'où tenaient-ils leurs armes ?

27 R. Généralement, tout le monde pensait qu'avec l'implosion de l'Albanie en

28 1997, c'est de ce pays qu'était venu l'essentiel des armes de l'Albanie.

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1 Comme vous le savez, dans les Balkans on trouve des armes venant d'un très

2 grand nombre de pays.

3 Q. Vous nous dites que c'était le "sentiment général". Quelle était la

4 source de vos informations au sujet de l'origine de ces armes ?

5 R. Si je ne m'abuse, il y a eu évaluation des services de renseignements

6 du ministère de la Défense, puis les services de la Vojska Jugoslavije nous

7 ont informé à deux reprises, ils nous ont communiqué des informations au

8 sujet des incursions de plus en plus inquiétantes de l'UCK sur ce qui était

9 alors un territoire serbe souverain.

10 Q. Comment ces armes entraient-elles au Kosovo ? Quelles étaient vos

11 informations à ce sujet ?

12 R. Il existait des itinéraires bien connus pour le franchissement depuis

13 la route de la frontière entre l'Albanie et le Kosovo. C'étaient des

14 itinéraires qui étaient empruntés pour faire passer si bien des armes que

15 des hommes. Certains de ces itinéraires ont été bloqués par la Vojska

16 Jugoslavije à la frontière même. Il y avait là des postes qui ont été

17 installés. Faute de patrouilles systématiques, quand on reste au même

18 endroit, on ne peut voir qu'une partie de l'action, dirons-nous. Pendant la

19 nuit, il y a beaucoup de choses qui peuvent se passer.

20 Q. Est-ce qu'il y a eu certains de ces itinéraires qui passaient par la

21 zone de Dukadjin que vous nous avez indiquée sur la carte ?

22 R. Comme je l'ai dit, c'étaient des routes pour lesquelles passait

23 traditionnellement la contrebande. Pour beaucoup, cela passait par la zone

24 de Dukadjin afin d'assurer le ravitaillement de zone de Zuc Drenica, à

25 l'ouest de Pristina. Vers l'est aussi, Mitrovica, et les bases de l'UCK à

26 cet endroit.

27 Q. La zone de Dukadjin, quelle était son importance dans le cas de cette

28 contrebande ?

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1 R. A Kukes en Albanie, à Crmljane, il était de notoriété publique qu'il y

2 avait là des camps d'entraînement. Sauf erreur de ma part, c'est la Vojska

3 Jugoslavije qui m'a même informé, l'information dont elle disposait au

4 sujet de ces grands centres d'entraînement qui existaient en Albanie et qui

5 aidaient l'Armée de libération du Kosovo en leur renvoyant des hommes et

6 des ravitaillements.

7 Q. Quelle était l'importance de la zone de Dukadjin ? Est-ce qu'elle avait

8 une importance quelconque cette zone ?

9 R. Je crois que j'ai indiqué dans mes rapports que c'est devenu la zone

10 numéro un. C'était la zone de ravitaillement. C'est de là qu'arrivaient les

11 ravitaillements en provenance de l'Albanie, itinéraire extrêmement

12 important sans oublier les quatre villes principales de la zone, Pec,

13 Decani, Djakovica, et Prizren. Si l'UCK voulait contrôler cette zone à

14 l'avenir, il fallait qu'elle s'assure d'ores et déjà le contrôle de la

15 zone. Il faut savoir que dans toutes ces villes, la présence militaire

16 serbe était extrêmement sentie. Si bien que lorsqu'on dit que l'UCK

17 contrôlait cette zone, il faut un mettre un bémol. Au début, les rapports

18 de force se sont vite inversés. La population locale n'a pas forcément

19 apporté un appui manifeste à l'UCK. L'essentiel de la population dans cette

20 zone était albanaise. Forcément, cela jouait un rôle.

21 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Excusez-moi, vous avez en anglais

22 utilisé l'image d'un poisson rouge dans son petit aquarium. Qu'est-ce que

23 vous voulez dire par là ?

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Si vous regardez le Kosovo dans son ensemble,

25 la majorité de la population, ce sont les Albanais du Kosovo, un million et

26 demi environ et à mettre en rapport avec 250 000 à 300 000 Serbes ou 450

27 000 Serbes. Les Serbes avait un contrôle de pure forme de la zone. La

28 majorité de la population était albanaise et était susceptible d'appuyer

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1 l'Armée de libération, si elle l'avait souhaité.

2 M. RE : [interprétation]

3 Q. Vous avez dit au départ que c'était l'UCK qui était le poisson dans

4 l'aquarium. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?

5 R. Je l'ai dit plusieurs fois dans mon rapport, il y avait beaucoup

6 d'Albanais du Kosovo qui étaient des Albanais qui ne voulaient rien à voir

7 avec les forces serbes. Puis à partir 1998, avec l'Armée de libération et

8 du Kosovo ne souhaitait pas qu'une ou autre des organisations prenne une

9 importance quelconque dans leur existence.

10 Q. Vous avez parlé de ces "itinéraires" par lesquels passait la

11 contrebande. Qu'est-ce que c'était exactement ?

12 R. Il s'agissait de sentiers, d'itinéraires, qui de tout temps ont été

13 utilisés pour faire passer des produits de contrebande, des cigarettes et

14 autres, à partir de Kukes et Bajram Curri, deux principales bases. A partir

15 de 1998, on a fait passer du matériel, des hommes sur des mulets, sur des

16 ânes, au Kosovo.

17 Q. Est-ce que vous pourriez, soit sur la carte qui était à l'écran il y a

18 encore quelques instants, soit sur les cartes qui figurent à votre droite,

19 ces itinéraires empruntés pour la contrebande pour arriver dans la zone de

20 Dukadjin ?

21 R. Non. Je ne peux pas le faire avec précision.

22 Q. A droite, vous avez une carte qui est exactement la même que celle qui

23 se trouve sur le rétroprojecteur.

24 R. On commence par la zone de Junik, à partir de là, vous avez une zone

25 hachurée vers le nord et vers le sud. Il s'agissait de sentiers de montagne

26 qui allaient au Kosovo et traversaient Junik. Il y a beaucoup d'autres

27 sentiers qui existent. Par exemple, du côté de Ponosevac, mais la carte ne

28 nous montre pas une zone assez étendue pour que je vous l'indique, parce

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1 qu'elle ne nous montre pas la frontière. Mais il existe des sentiers dans

2 ce coin. Voilà donc le type de sentiers utilisés par l'UCK pour tenter,

3 bien entendu, d'éviter les positions occupées par le MUP, par la VJ sur la

4 frontière.

5 Vers Djakovica, vers le mont Pastrik, vous avez aussi une zone où il

6 y avait un nombre considérable de sentiers qui permettaient de passer d'un

7 pays à l'autre. Ils empruntaient les sentiers qui n'étaient pas

8 susceptibles d'être surveillés par les forces serbes.

9 Q. A votre droite, vous avez un ensemble de cartes du Kosovo. Veuillez

10 consulter ces cartes et essayer d'en trouver une qui nous permettrait de

11 nous faire une meilleure idée de ces sentiers qui permettaient de passer de

12 l'Albanie au Kosovo.

13 R. Nous avons ici la carte qui me paraît la mieux appropriée. On ne voit

14 pas l'Albanie, mais on voit la partie occidentale du Kosovo --

15 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Un instant, s'il vous plaît. Il faut

16 que vers 15 heures 45 nous fassions une pause. Veuillez garder cela à

17 l'esprit.

18 M. RE : [interprétation]

19 Q. Pourriez-vous nous donner le numéro de référence de la carte que vous

20 avez choisie -- carte de la Chambre -- combien ?

21 R. Numéro 4.

22 Q. Numéro 4. Pourriez-vous nous indiquer ces itinéraires, s'il vous plaît

23 ?

24 R. Oui, mais ce qu'il faut que vous compreniez, c'est que ce n'est pas une

25 route comme celle qui mène à l'aéroport de Schiphol depuis La Haye. Non, il

26 s'agit de sentiers. Parfois vous avez des petits sentiers, tout simplement.

27 Quand vous allez vers Pec, si vous suivez cette route -- traversant la

28 montagne, vous arrivez au Monténégro. C'est un chemin de terre. Vous avez

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1 là un itinéraire également qui a été souvent utilisé par les réfugiés, et

2 pour passer d'une région à l'autre.

3 Q. Ce qui m'intéresse, ce que j'aimerais que vous fassiez, c'est que vous

4 indiquiez au moyen du stylet noir ce que vous venez de nous expliquer, pour

5 que nous puissions en garder la trace -- ou plutôt du feutre noir.

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Vous voulez dire que le témoin doit

7 porter cette annotation sur cette carte numéro 4, qui n'est pas à

8 l'échelle. C'est une carte qui pose problème, je vous le rappelle.

9 M. RE : [interprétation] Elle l'est pas à l'échelle, effectivement, mais --

10 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je pense qu'il suffit que le témoin

11 nous fasse une description de ce qu'il vient de nous expliquer. Monsieur

12 Crosland, pourriez-vous d'autre part nous dire quelle est l'origine de vos

13 informations au sujet de ces itinéraires historiques ?

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Cette route qui va de Pec en passant par le

15 col de Rugova a été empruntée par l'armée serbe lorsqu'elle a battu en

16 retraite lors de la Deuxième [comme interprété] Guerre mondiale. C'est un

17 itinéraire qui est bien connu, avec plusieurs sentiers qui la constituent

18 et qui traversent les collines. Tous les gens de la région connaissent

19 parfaitement ces itinéraires, ils les empruntent pour aller d'un endroit à

20 l'autre, pour aller du Monténégro à la Serbie.

21 Si on glisse un peu plus bas, on trouve la petite ville de Morina

22 avec un poste-frontière ici; la ville de Batusa; vous avez ici Junik,

23 Kosare. Il y a des sentiers qui partent de Kosare qui vont vers l'ouest. Il

24 y a aussi un sentier qui traverse le col de Morina, c'était une position de

25 l'armée de la Yougoslavie.

26 Je suis allé sur place d'ailleurs, et des deux côtés de cette

27 position de Morina, nous avons vu des sentiers -- il était manifeste qu'ils

28 étaient empruntés très souvent, aussi bien par des hommes que par des

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1 animaux qui permettaient de transporter aussi bien les hommes que le

2 matériel, et ceci dans un sens comme dans un autre.

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Quand on descend vers Djakovica, on trouve à

5 nouveau un point de franchissement important. Cela se trouve en dessous de

6 Zulfaj, si je ne m'abuse. Là aussi, il y avait une position de la Vojska

7 Jugoslavije. Des deux côtés, il y avait des sentiers et on voyait bien

8 qu'ils étaient souvent empruntés. Si on descend ensuite vers Prizren vous

9 avez le mont Pastrik, une grande montagne, et là, il y avait plusieurs

10 passages qui permettaient de passer la frontière. Ceci pour vous donner une

11 idée de la complexité de la situation, à quel point il était difficile

12 d'empêcher l'infiltration, aussi bien d'un côté que de l'autre, dans toute

13 cette zone frontalière.

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci, Monsieur.

15 Que fait-on ? Conservons-nous ceci en tant que document ?

16 M. RE : [interprétation] Oui, un instant toutefois.

17 Q. Monsieur Crosland, je crois que vous avez tracé une ligne entre

18 la flèche et Pastrik. Pourriez-vous épaissir cette ligne et l'indiquer avec

19 une flèche pour que l'on comprenne bien ? Vous avez parlé de la ligne de

20 Zulfaj.

21 R. Zulfaj est là. J'ai dit ensuite --

22 Q. Oui. Pour bien comprendre vos annotations, j'aimerais que vous reveniez

23 sur Zulfaj et que vous indiquiez d'une flèche les directions des passages.

24 Il s'agit, bien sûr, des zones approximatives, ou en tout cas une

25 estimation des endroits de ces lieux de passage.

26 R. [aucune interprétation]

27 M. RE : [interprétation] J'aimerais que ce document soit versé au dossier.

28 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Le moment est inopportun. D'abord,

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1 nous allons attribuer une cote à ce document.

2 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Il s'agit de la pièce P71, enregistrée

3 aux fins d'identification.

4 M. EMMERSON : [interprétation] J'aimerais vous dire un mot.

5 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Vous avez une objection ?

6 M. EMMERSON : [interprétation] Non, pas du tout. Mais, à un moment donné ou

7 à un autre, lorsque M. Re reprendra son interrogatoire principal ou plus

8 tard, il me semble que nous devrions inviter le colonel Crosland à indiquer

9 d'autres lieux de passage et de contrebandes dans d'autres régions du

10 Kosovo, par exemple, au niveau de la frontière avec la Macédoine ou dans le

11 nord du Kosovo. Puisqu'il semble que tout ceci soit d'une importance

12 relative et j'aimerais que l'on puisse avoir des éléments de comparaison.

13 Bien sûr, je ne sais pas si c'est la carte qui convient le mieux pour le

14 faire, parce que si on en a fait la sauvegarde, j'ai peur que l'on ne

15 puisse plus la retrouver ensuite. Mais, peut-être que sur la carte dont il

16 dispose actuellement, sur d'autres cartes, on pourrait procéder à des

17 annotations ultérieures.

18 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, les Juges sont d'accord.

19 Monsieur Re, pourriez-vous réfléchir à la question pendant la pause.

20 M. RE : [interprétation] Très bien.

21 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Nous allons faire une pause jusqu'à

22 16 heures 15.

23 --- L'audience est suspendue à 15 heures 49.

24 --- L'audience est reprise à 16 heures 27.

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re, parlons du temps qu'il

26 nous reste. Vous savez de combien de temps que vous allez pouvoir disposer

27 pour conclure votre interrogatoire principal. Nous espérons que vous en

28 aurez terminé aujourd'hui, au moins à la fin de l'après-midi, si ce n'est

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1 plus tôt. Cela dépend, bien sûr, de l'intention qui est la vôtre de

2 présenter un certain nombre de documents qui vous paraissent essentiels.

3 M. RE : [interprétation] Oui, peut-être que je pourrais essayer de vous

4 dire de combien de temps que je vais avoir besoin. Peut-être que Madame la

5 Greffière pourrait m'aider dans ce sens.

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Si mon estimation est bonne, il vous

7 reste 1 heure 15.

8 [La Chambre de première instance et la Greffière se concertent] M. LE JUGE

9 HOEPFEL : [interprétation] En réalité vous avez utilisé jusqu'à présent 80

10 minutes. Quelles sont vos intentions ?

11 M. RE : [interprétation] Je dirais la chose ainsi, J'ai environ 70

12 documents en plus de ceux de Limaj. Le gros de ces documents ont été lus.

13 Ils figurent déjà au compte rendu de l'affaire Limaj, s'agissant des

14 premiers. S'agissant des 60 documents supplémentaires, j'aimerais pouvoir

15 les présenter ou obtenir de la part du témoin une observation, une ou

16 plusieurs. Selon mes calculs, si je devais montrer tous ces documents au

17 témoin sur papier, j'aurais trois minutes par document. Or, il faudra

18 beaucoup plus de temps que cela.

19 S'agissant du temps qu'il m'est imparti, évidemment je ne peux pas

20 procéder de cette manière. Voici ma proposition, je vais lui indiquer les

21 parties des informations qui m'intéressent d'obtenir de sa bouche

22 s'agissant de la visite du canal du lac Radonjic, et cetera. J'aimerais

23 qu'il examine certaines pièces et qu'il procède à un certain choix parmi

24 ces pièces de manière à ce que nous puissions les examiner le plus possible

25 dans les délais qui nous sont impartis. Cela veut dire que je ne pourrai

26 pas lui présenter une quantité invraisemblable de DipTels. Si c'était le

27 cas, j'aurais largement besoin de plus de trois heures allouées.

28 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Commencez le plus vite possible.

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1 Voyez jusqu'où vous pouvez aller.

2 M. RE : [interprétation] Merci beaucoup.

3 Q. Monsieur Crosland, revenons au témoignage que vous avez donné, Vous

4 avez parlé la route entre Pec et Djakovica. Vous nous avez fait part de

5 l'existence de certains barrages routiers sur cette route. Au cours de la

6 période où vous avez emprunté cette route en mars et en juillet 1998, avez-

7 vous rencontré des barrages routiers de l'UCK ?

8 R. Je ne peux pas vous donner de réponses directes. Je ne crois pas qu'il

9 y a eu de barrages routiers à proprement dit, officiels. Peut-être que

10 parfois il y avait certains hommes de l'UCK sur le bord de la route, dans

11 un virage, éventuellement qui arrêtaient les véhicules sur la route. Il

12 s'agissait de quelques hommes qui procédaient à un certain contrôle et qui

13 disparaissaient aussitôt fait. Comme je l'ai dit, il y avait une quantité

14 assez considérable d'hommes de l'armée serbe, des forces de sécurité serbes

15 qui étaient déployées tout au long de cette route. Il s'agissait simplement

16 pour l'UCK de choisir un lieu de manière tout à fait aléatoire et d'essayer

17 de faire en sorte d'être vu dans leur action.

18 Q. Qu'en est-il pour la partie qui contrôlait la route à l'époque ? Quelle

19 partie contrôlait la route à ce moment-là ?

20 R. Je pense que le contrôle était détenu par les forces serbes. Il y avait

21 des poches particulières aux environs de Rznic et de Prilep où l'UCK peut-

22 être tenait davantage les rênes. Ceci est vrai pour des périodes de temps

23 limitées au début de mars 1998.

24 Q. Après mars 1998, soit en avril, en mai ou en juin 1998 ?

25 R. Là encore, comme je l'ai dit, la situation était très fluctuante

26 pendant toute l'année 1998. Par la suite, en cours d'année, il y a eu

27 activité de l'UCK accrue.

28 Q. Qu'entendez-vous par fluctuante ?

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1 R. A mon avis, un des problèmes majeurs rencontrés par les forces de

2 sécurité serbes était le suivant : ils agissaient à la hâte en prenant le

3 contrôle de terrain, présentant une importante tactique. Ils assuraient le

4 contrôle de ce lieu. Ensuite, ils décidaient qu'ils allaient se replier

5 vers une position plus sûre. Lorsque cela arrivait la plupart du temps,

6 l'UCK revenait reprendre cette position où elle se trouvait à l'origine.

7 C'est la raison pour laquelle je dis que cette situation était très

8 fluctuante parce que la ligne de front se déplaçait en fonction de la

9 partie qui souhaitait faire le plus, au cours de telle ou telle journée.

10 Q. Quelles étaient les informations dont vous disposiez sur

11 l'organisation, les choses dans le secteur Dukadjin en mars, en avril et en

12 mai 1998 ?

13 R. Comme je l'ai dit, nous avons reçu une évaluation de la situation de la

14 part des services de Renseignements britanniques qui essayaient de

15 comprendre l'ordre de bataille ou de déterminer le nombre d'hommes et les

16 quantités de matériel et d'armes utilisées au Kosovo pour essayer d'évaluer

17 l'ampleur des forces de l'UCK qui étaient déployées dans l'ensemble du

18 Kosovo, et non pas seulement dans la zone Dukadjin.

19 Q. Pourriez-vous être un peu plus précis. De quelles informations

20 disposiez-vous dans cette période-là, mars, avril, mai 1998 sur l'évolution

21 de l'organisation ?

22 R. Comme je l'ai dit dans les rapports, je jugeais que c'était un embryon

23 d'organisation, une organisation juste naissante, certains groupes occupant

24 une position plus marquée que d'autres au sein de l'organisation. A mon

25 avis, le groupe de Dukadjin était plus -- enfin c'était un secteur

26 important pour les raisons que j'ai déjà évoquées s'agissant des hommes et

27 du matériel. Ensuite, Drenica dans la partie est du Kosovo, Mitrovica, et

28 cetera, vous avez une présence de l'UCK jusqu'à Bajgora. Au cours de ma

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1 présence là-bas, je me suis rendu dans un certain nombre de quartiers

2 généraux de l'UCK, à la fois dans Drenic, un endroit où Lausa, à l'ouest

3 de Srbica, Vocnjak, le secteur autour de Klina, Lapusnik, Crni Ljug,

4 Kraljevo, Malisevo, Bajgora vers l'est du Kosovska Mitrovica, ainsi que le

5 secteur de Rznic-Glodjane dans le secteur de Dukadjin. Voilà les régions

6 dans lesquelles je me suis rendu lorsque j'étais présent au Kosovo. C'est

7 sur la base de ces visites que j'ai estimé l'ampleur probable de

8 l'organisation de l'UCK. A l'époque, comme je l'ai dit à plusieurs

9 reprises, je crois qu'elle comptait 4 à 500 combattants de premier rang.

10 Bien sûr, ces rangs-là ont gonflé au cours de la deuxième partie de l'année

11 1998. Il me semble qu'il y a une pierre commémorative à Pristina rendant

12 hommage aux 660 combattants qui ont été tués. N'oubliez pas que j'ai quitté

13 les lieux en mars 1998 alors que des combats vifs avaient eu lieu après les

14 bombardements de l'OTAN.

15 Q. Vous venez de dire "1998", je suppose que vous voulez dire 1999.

16 R. Oui, effectivement 1999.

17 Q. Lorsque vous êtes allé voir ces quartiers généraux de l'UCK Rznic-

18 Glodjane dans le secteur de Dukadjin, c'était quand ?

19 R. Je crois que la première fois que j'y suis allé, c'est parce qu'il y

20 avait eu une demande politique issue de Pristina. Nous sommes allés rendre

21 une visite aux membres de l'UCK dans ce secteur.

22 Q. Mais c'était quand ?

23 R. Je ne sais pas. Il faudrait que je consulte un document. Cela devrait

24 figurer dans l'un de mes rapports.

25 Q. Quel est le souvenir que vous avez gardé de cette visite ?

26 R. Nous avons quitté la route principale dans le secteur de Prilep-Rznic

27 et nous sommes entrés dans le secteur de Glodjane. Nous sommes arrivés dans

28 une maison tout à fait traditionnelle de la région avec des murs très

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1 élevés et une configuration très bien installée. C'était une maison dans un

2 village à l'architecture tout à fait typique des maisons du Kosovo, à

3 l'échelle de la province.

4 Q. Y avait-il des soldats?

5 R. Oui. Je crois qu'il y avait entre 15 et 20 personnes qui étaient en

6 uniforme. Je dois préciser aux Juges de la Chambre que ce n'est pas parce

7 que quelqu'un est en uniforme que c'est un soldat ou un combattant.

8 Q. Qui était le commandant de cette unité ?

9 R. Je crois que c'était Ramush Haradinaj.

10 Q. Sur quoi vous fondez-vous pour dire cela ?

11 R. C'est le nom de l'homme que l'on nous a envoyé voir.

12 Q. Pouvez-vous décrire votre rencontre avec lui ?

13 R. L'ambiance était tout à fait cordiale, tout à fait agréable, amicale.

14 Nous nous sommes assis. Nous avons bu du thé. Nous avons abordé un certain

15 nombre de questions. Comme je l'ai dit, c'était simplement une visite

16 motivée par des demandes issues de contacts politiques. J'étais là tout

17 simplement pour assurer une certaine assistance militaire et pour

18 accompagner les gens.

19 M. EMMERSON : [interprétation] Excusez-moi. Je tiens à revenir sur ce qu'a

20 dit le témoin. Ce n'est pas parce que quelqu'un porte un uniforme que c'est

21 nécessairement un soldat ou un combattant. J'aimerais que l'on demande au

22 témoin de tirer cette observation au clair.

23 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Monsieur le Président, compte tenu de

25 l'expérience qui est la mienne au cours de laquelle j'ai formé des hommes,

26 et j'ai combattu moi-même dans le cadre notamment de la lutte contre des

27 forces antirévolutionnaire, je me suis rendu compte que de nombreuses

28 personnes aspirent à faire partie d'un mouvement insurgeant. Lorsque les

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1 choses deviennent difficiles, beaucoup de gens se rendent compte qu'on leur

2 demande en réalité de mettre en péril leurs vies dans le cadre de la

3 réalisation d'un projet particulier. On peut sauver les apparences pendant

4 un temps. Il y a beaucoup de gens qui peuvent venir à un mariage sans

5 nécessairement être des amis de la famille. C'était simplement cette nuance

6 que je souhaitais apporter.

7 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

8 M. RE : [interprétation]

9 Q. Pouvez-vous dire si les soldats que vous avez vus à l'endroit où se

10 trouvait Ramush Haradinaj relevaient de cette catégorie-là ou si c'était

11 des soldats ?

12 R. Si ma mémoire est bonne, les soldats que j'ai vus faisaient preuve de

13 discipline, ils étaient raisonnablement bien habillés. Je suppose que la

14 majorité d'entre eux était des soldats.

15 Q. Avez-vous vu des armes lorsque vous êtes allés au quartier général de

16 Haradinaj ?

17 R. Si je me souviens bien, nous avons vu des fusils légers, des

18 Kalashnikovs, des mitrailleuses. Peut-être qu'il y avait une arme antichars

19 ou deux, un lance-roquette isolé.

20 Q. Comment êtes-vous arrivés jusqu'à son quartier général ?

21 R. On nous a indiqué le secteur où le quartier général se trouvait. Nous y

22 sommes allés en véhicule. Peut-être même qu'on nous a guidé jusque-là. Je

23 ne sais plus. Je connaissais le secteur même si je ne connaissais pas tout

24 à fait ce lieu-là.

25 Q. Y avait-il une présence militaire du MUP, une présence militaire serbe

26 dans le secteur lorsque vous êtes allés pour la première fois au quartier

27 général de Ramush Haradinaj ?

28 R. Pas à ma connaissance. Comme je l'ai dit, ils étaient sur la route,

Page 2967

1 mais ce jour-là ils n'y étaient pas.

2 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re, pourrait-on peut-être

3 consulter le document dont le témoin a fait état et qui précise la date de

4 cette visite. Envisagez-vous de le faire ?

5 Monsieur le Témoin, vous avez parlé de murs assez élevés de cette maison.

6 Vous parlez des murs qui encerclaient la propriété, n'est-ce pas ?

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Il est tout à fait normal au Kosovo

8 d'ériger un mur élevé pour protéger la famille. C'est une architecture qui

9 existe dans l'ensemble de la région.

10 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pourtant vous n'avez pas eu de

11 difficultés à rentrer ?

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, non, il y a un portail.

13 C'est un peu en quelque sorte une propriété fortifiée. C'est quelque

14 chose que l'on retrouve fréquemment dans la région méditerranéenne.

15 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

16 Monsieur Emmerson.

17 M. EMMERSON : [interprétation] Je me suis levé parce que M. Re cherche

18 peut-être en vain. De notre côté, nous avons passé en revue tous les

19 documents du colonel Crosland, en tout cas tous ceux qui ont été mis à

20 notre disposition. Nous n'avons jamais retrouvé de document précisant la

21 date en question.

22 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, je ne cherchais pas à engager M.

23 Re dans une recherche vaine.

24 Monsieur Re.

25 M. RE : [interprétation] Oui, effectivement. Ceci correspond bien à ce que

26 nous pensons. Je ne pense pas que nous puissions retrouver ce document.

27 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Très bien.

28 M. RE : [interprétation]

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1 Q. Combien de fois avez-vous retrouvé M. Haradinaj au cours de la

2 période ?

3 R. Si je me souviens bien, trois fois.

4 Q. Sur quelle période ?

5 R. A partir du début de l'année 1998 jusqu'à la fin, peut-être que nous

6 nous sommes revus à Prizren alors que le corps de réaction de riposte

7 rapide -- la KFOR était là pour faire face au retrait de la Brigade de la

8 VJ qui se trouvait là.

9 Q. Etait-ce plus tard, lorsque vous l'avez revu à Prizren ?

10 R. Oui, c'était en 1999.

11 Q. Vous souvenez-vous d'avoir rencontré quelqu'un du nom de Jakub

12 Krasniqi ?

13 R. Je crois que c'est lorsque j'ai rencontré des gens au quartier général

14 à Crnoljevo ou peut-être à Malisevo.

15 Q. Daut Haradinaj ?

16 R. Le frère -- je crois, oui, je crois que nous l'avons rencontré. Je l'ai

17 dit, de l'eau a coulé sous les ponts depuis. Je ne serais pas capable de le

18 reconnaître, Daut, même s'il était dans ce prétoire.

19 Q. Quelle a été l'impression que vous avez eue s'agissant de l'ampleur du

20 contrôle exercé par Haradinaj lorsque vous l'avez rencontré ?

21 R. Je crois que je ne me trompe pas si je dis ce qu'il a dit lui-même,

22 qu'il contrôlait ce que l'on a appelé le secteur de Dukadjin. C'est le

23 secteur que j'expliquais tout à l'heure. J'en ai expliqué l'importance

24 également. Je crois qu'il en était question, en tout cas ceci a été

25 confirmé quel que soit le terme que vous souhaitez employer, dans

26 l'évaluation qui a été faite par des agences de renseignements extérieures.

27 Q. Pouvez-vous nous donner une date approximative du moment où vous l'avez

28 rencontré et où il vous a dit qu'il contrôlait la section ?

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1 R. Je crois, comme je vous l'ai dit, que c'était fin mars, avril 1998, le

2 premier contact.

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Crosland, s'il vous plaît,

4 vous parlez la même langue que M. Re. Je vous invite à ménager une pause

5 avant de répondre, sinon les interprètes vont avoir du mal à vous suivre.

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, je m'excuse.

7 M. RE : [interprétation]

8 Q. J'aimerais maintenant que nous parlions du secteur du canal du lac

9 Radonjic et du moment où vous y êtes allés en septembre 1998. J'aimerais

10 que vous disiez à la Chambre de première instance à quelle occasion vous

11 êtes allés dans ce secteur.

12 R. Comme je l'ai dit, nous étions à Djakovica à l'hôtel Pastrik. Il me

13 semble, si je ne m'abuse, que la KDOM, la mission de vérification au

14 Kosovo, nous a appelés, elle, ainsi que le MUP. On nous a demandé de les

15 accompagner afin d'examiner un site de massacres. C'est le terme qui avait

16 été employé.

17 Q. Je vous interromps. Vous avez dit "nous." De qui parliez-vous ?

18 R. C'était Bill Fisher, l'attaché de la Défense américaine.

19 Q. [aucune interprétation]

20 R. [aucune interprétation]

21 Q. Qu'avez-vous fait ?

22 R. Nous nous sommes rendus en convoi avec le MUP sur place, un lieutenant-

23 colonel de Djakovica. Ils étaient en tête du convoi. Nous les avons

24 rejoints à Prilep. De Prilep, nous sommes partis vers Rznic. Il y avait

25 encore une opération en cours à laquelle prenaient part des éléments du

26 MUP, du PJP, la police spéciale, et également des éléments de la VJ avec

27 des chars et des véhicules blindés.

28 Q. Vous avez dit "une intense opération." Cela veut dire quoi exactement ?

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1 R. Il y avait de fortes activités des forces de sécurité à partir du

2 carrefour de la route principale et de la route vers Prilep, jusqu'à Rznic.

3 Les deux villages avaient été fortement endommagés. Il y avait eu beaucoup

4 de dégâts et il y avait eu pillage, également un pillage qui se poursuivait

5 au moment où nous sommes passés. Le foin était en flammes, et de nombreux

6 animaux, bétails, avaient été massacrés.

7 Q. Avez-vous remarqué une quelconque présence de l'UCK sur la route entre

8 Djakovica et Rznic ?

9 R. Non, pas d'après ce dont je me souviens.

10 Q. Vous souvenez-vous avoir vu des hommes de l'UCK dans le secteur où

11 cette opération intensive avait lieu ?

12 R. Non, pas à ce moment-là. C'était 16 heures à peu près, si je me

13 souviens bien, et l'opération, c'est ce que j'ai indiqué dans mon rapport,

14 était toujours en cours.

15 Q. D'après ce que vous avez vu, avez-vous jugé qu'il y avait eu un

16 affrontement entre différentes parties, ou qu'il s'était passé autre chose

17 ?

18 R. Oui. Il semble qu'il y ait eu une opération de nettoyage, comme on dit

19 dans notre jargon, le long de cet axe particulier.

20 Q. De quel axe parlez-vous ?

21 R. La route principale de Prilep à Rznic. Ensuite --

22 Q. Que voulez-vous dire par --

23 R. Ensuite, jusqu'aux berges du canal, donc juste derrière Glodjane.

24 Q. Vous avez parlé d'une opération de nettoyage militaire. Qu'est-ce que

25 cela veut dire ?

26 R. Comme je l'ai dit, il y avait des forces militaires lourdes et des

27 forces du MUP qui passaient littéralement de maison en maison pour nettoyer

28 la ville.

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1 Q. D'après vos informations, qui contrôlait le secteur avant l'arrivée du

2 MUP et de la VJ et avant qu'ils passent d'une maison à l'autre ?

3 R. J'ai essayé de faire comprendre aux Juges que parfois les postes de

4 sécurité serbes décidaient qu'ils en avaient eu assez dans un secteur donné

5 et décidaient de mener à bien une opération de grande ampleur. Alors, est-

6 ce que nous le savions sur la base de renseignements sur l'UCK de la VJ ou

7 du MUP ? Je n'en sais rien, mais cette fois-là, ils continuaient cette

8 opération de nettoyage pour essayer de sécuriser le plus possible le

9 secteur.

10 Q. Combien de soldats ou de membres du MUP environ se trouvaient dans le

11 secteur ?

12 R. Je ne pense pas l'avoir indiqué dans le rapport, mais je dirais qu'il y

13 avait 200 à 300 hommes, à la fois des hommes du MUP et de la VJ bénéficiant

14 d'un appui blindé.

15 Q. Sur quoi vous fondez-vous pour dire cela ?

16 R. D'après sur ce que j'ai vu de chaque côté de la route et dans les

17 villages concernés.

18 Q. Avez-vous aperçu des civils dans le secteur de Rznic ?

19 R. Non. Mais ce n'est pas quelque chose à laquelle je m'attendais, lorsque

20 les Serbes décidaient de mener à bien une opération de nettoyage telle que

21 celle-ci, en général la population civile quittait les lieux pour se

22 protéger, évidemment.

23 Q. A partir de Rznic, où êtes-vous allés ?

24 R. Nous avons suivi une piste vers l'est du secteur de Glodjane, qui a

25 débouché sur le conduit ouvert en béton qui était un point de collecte

26 d'eau qui s'est poursuivi ensuite vers Radonjicka Jezero, dont le lac de

27 Radonjic, qui est sur cette carte, si cela peut vous aider à vous

28 retrouver.

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1 Q. Il y avait un canal qui débouchait dans un lac ?

2 R. Oui, c'est cela. C'est une espèce de conduit destinée à permettre

3 l'écoulement de masse importante d'eau. C'était un conduit en béton. Je

4 pense qu'il avait environ deux mètres de profondeur, et c'était en effet un

5 canal qui menait jusqu'au lac.

6 Q. Qu'avez-vous vu lorsque vous êtes arrivés sur place ?

7 R. Lorsque nous sommes arrivés sur place, il y avait déjà plusieurs

8 membres des forces de sécurité serbes. Il y avait des secteurs qui étaient

9 entourés d'un cordon comme celui qu'utilise la police lorsqu'elle essaye de

10 délimiter une zone dans laquelle un accident s'est produit. Ensuite, on

11 nous a montré des impacts de balles sur la partie bétonnée de ce canal, et

12 il y avait -- il me semble que je l'ai dit dans mon rapport, entre six et

13 huit corps, dont la majorité se trouvaient dans l'eau. Je crois qu'il y en

14 avait un ou deux qui étaient sur la berge, si mon souvenir est bon.

15 Q. Ces corps étaient-ils des corps de civils ou de militaires ?

16 R. Tout ce que je peux dire, Monsieur, c'est qu'ils avaient l'air d'être

17 des civils. Ils portaient des vêtements civils, mais nous n'avons pas -- en

18 tout cas nous n'avons pas été autorisés à procéder à une fouille de ces

19 corps. Ils portaient des vêtements normaux civils. Oui.

20 Q. Quel était l'état de décomposition de ces cadavres ?

21 R. Là encore, je crois que j'ai dit je l'ai dit dans mon rapport. Certains

22 corps semblaient être là depuis plus longtemps que d'autres. Il faut ne pas

23 oublier qu'il faisait chaud, mais je ne suis pas légiste. Les corps,

24 effectivement, avaient l'air gonflé. Depuis combien de temps étaient-ils là

25 ? Je ne sais pas. Je crois que j'ai dit dans mon rapport qu'il se pouvait

26 très bien qu'ils aient été là depuis un mois ou depuis quelques jours. De

27 l'endroit où nous nous trouvions, étant donné la distance qui nous séparait

28 de ces cadavres, c'était impossible à dire.

Page 2973

1 Q. Les membres du MUP présents vous ont-ils dit quoi que ce soit sur ce

2 qui était arrivé ?

3 R. Je crois qu'ils ont déclaré que ce pouvait être un site de massacres.

4 C'est le terme qu'ils utilisaient. J'ai répondu au commandant du MUP que

5 tant que toutes les autopsies n'auraient pas été réalisées et tant que

6 toutes les données nécessaires ne seraient pas en notre possession, je ne

7 pouvais pas faire état de cet endroit -- ou décrire cet endroit comme un

8 site de massacres, parce que nous ne savions pas qui était mort, qui était

9 là, gisant par terre, et qui avait fait quoi à qui.

10 Q. Pendant combien de temps êtes-vous resté sur place ?

11 R. Je dirais 45 minutes, environ, et au cours de ces 45 minutes, j'ai

12 récupéré des munitions d'origine chinoise, ce qui pourrait, et je souligne

13 le conditionnel, ce qui pourrait indiquer qu'il y avait eu une action de

14 l'UCK.

15 Q. Où avez-vous trouvé ces munitions par rapport à l'endroit où se

16 trouvaient les corps ?

17 R. Les munitions se trouvaient sur la partie méridionale, ou plutôt

18 occidentale de la partie bétonnée de ce canal.

19 Q. Qu'entendez-vous par "munitions" ? Qu'avez-vous trouvé ?

20 R. Nous avons trouvé plusieurs douilles, douilles de balles qui avaient

21 été tirées.

22 Q. Qu'avez-vous fait ?

23 R. Je les ai ramassées et je les ai données aux autorités du Royaume-Uni

24 afin que celles-ci fassent l'objet d'un examen par la police scientifique.

25 Q. Qu'ont-ils dit par rapport à l'origine de ces munitions --

26 R. Je crois -- je ne suis pas tout à fait sûr. J'ai oublié, mais il me

27 semble qu'ils ont dit que les munitions venaient de l'Albanie, ce qui

28 n'était pas véritablement une surprise.

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1 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Permettez-moi de vous interrompre.

2 D'abord, vous avez dit que vous aviez ramassé des munitions d'origine

3 chinoise, ce qui aurait pu indiquer que c'était là une action de l'UCK.

4 Pourquoi avoir conclu cela ?

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Vous savez que l'UCK avait des munitions

6 d'origine chinoise. Ceci découlait d'une des évaluations réalisées par le

7 service de renseignement.

8 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Mais, je le répète, je ne suis pas spécialiste

10 en munitions, et l'autopsie des munitions, si je peux dire, je ne sais plus

11 où ce qu'il en est. Peut-être que c'est dans les documents. Je ne le sais

12 plus.

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re, poursuivez.

14 M. RE : [interprétation]

15 Q. Pourquoi dites-vous que c'était des munitions chinoises ?

16 R. Parce que j'ai lu les caractères chinois dessus, ce qui n'est pas

17 inhabituel.

18 Q. Je souhaiterais vous montrer un extrait d'une vidéo. Il s'agit de la

19 vidéo 864 de la liste 65 ter. Je vais vous la montrer depuis le début, mais

20 sans son.

21 [Diffusion de cassette vidéo]

22 M. RE : [interprétation] Est-ce que nous pouvons faire un arrêt sur image

23 maintenant.

24 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Est-ce que vous souhaitez verser cela

25 au dossier ?

26 M. RE : [interprétation] Tout à fait.

27 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Ce sera la pièce P72, enregistrée aux

28 fins d'identification.

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1 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, Maître Emmerson.

2 M. EMMERSON : [interprétation] Je voulais juste m'assurer que M. Re ne va

3 pas arrêter la vidéo maintenant, puisque le témoin n'a pas encore vu tout

4 ce qui concerne la partie bétonnée du canal, et alors qu'il a indiqué qu'il

5 avait vu six à huit corps.

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui.

7 M. RE : [interprétation] Oui, je voulais juste faire un arrêt sur image

8 pour lui poser une question et lui demander si ce qu'il avait vu correspond

9 à ce qui se trouve sur cette vidéo. Je sais quelle va être sa réponse.

10 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Guy-Smith.

11 M. GUY-SMITH : [interprétation] Ce que nous avons vu jusqu'à présent n'a

12 absolument pas trait à la déposition du témoin.

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je me posais également la question.

14 Je me demandais comment est-ce que nous allons pouvoir établir un lien avec

15 la déposition.

16 M. RE : [interprétation] Nous allons continuer à visionner cette vidéo.

17 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, s'il vous plaît.

18 [Diffusion de cassette vidéo]

19 M. EMMERSON : [interprétation] Pendant que nous voyons cela, si cela peut

20 être utile à M. Re et aux MM. les Juges, je dirais deux choses;

21 premièrement, je l'ai déjà mentionné auparavant. Il a été indiqué que la

22 date apposée était remise; et, deuxièmement, je pense que -- cela y va.

23 Nous abordons ce passage maintenant.

24 [Diffusion de la cassette vidéo]

25 M. RE : [interprétation]

26 Q. Vous avez dit il y a quelques minutes de cela, que vous aviez vu entre

27 six à huit corps dont la majorité se trouvaient dans l'eau et un ou deux se

28 trouvaient sur la berge, si je ne m'abuse. C'est ce que vous avez dit.

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1 Que pouvez-vous dire à propos de ce que nous voyons maintenant, à 5

2 minutes 52 du début de la vidéo ? Que pouvez-vous dire par rapport à vos

3 observations de ce jour ?

4 R. Premièrement, je dirais, effectivement, que la date n'est pas exacte;

5 l'heure non plus, d'ailleurs. Nous sommes allés vers 16 heures, 17 heures à

6 cet endroit.

7 M. EMMERSON : [interprétation] Pour bien m'assurer de comprendre, ce que je

8 disais, je ne vous dis pas qu'il ne s'agisse pas de la date de la visite du

9 colonel Crosland. Je vous disais que la date que l'on voit sur cette vidéo

10 n'est pas la date de prise de la vidéo.

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Cela, c'est tout à fait clair. Il va

12 falloir que nous en parlions de toute façon, mais je pense que la question

13 qui vous a été posée est comme suit : est-ce que cela correspond à ce que

14 vous avez pu constater lors de votre visite là-bas ?

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Je me souviens que certains de ces corps

16 étaient comme cela. Pour ce qui est de l'heure, 14 heures -- 2 heures 38,

17 c'est très tôt le matin.

18 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Sûrement.

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Peut-être que cela explique la différence du

20 nombre de corps-là. Comme je l'ai déjà dit, nous nous sommes restés là-bas

21 45 minutes, et pendant cette durée je me souviens avoir vu entre six et

22 huit corps. Je n'avais pas vu ces marques que l'on voit sur le béton.

23 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

24 M. RE : [interprétation]

25 Q. Vous allez un peu trop vite en besogne. Ce que je voulais savoir, c'est

26 si les corps que vous voyez, est-ce que cela correspond à ce que vous aviez

27 vu ce jour-là ?

28 R. Il y a certains corps qui semblent vraiment être en état avancé de

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1 décomposition. Qu'il y a peut-être d'autres corps qui ont été trouvés par

2 la suite, je n'en sais rien. Certains de ces corps étaient décomposés,

3 d'autres l'étaient moins. Je soupçonne, par exemple, que le caméraman a

4 essayé de filmer les corps qui étaient les plus décomposés.

5 Q. Qu'en est-il des corps dans l'eau ? J'ai fait un arrêt sur image à 6.39

6 sur la vidéo. Vous vous souvenez d'avoir vu ces deux corps ?

7 R. Oui, je me souviens d'avoir vu deux corps dans ce secteur. Puis, il y

8 en avait un autre, ou peut-être deux, là où l'eau arrive dans le lac, vers

9 la partie en aval. Vous la voyez maintenant. Vous voyez que la chute d'eau

10 est assez importante, 3-4 mètres.

11 Q. Nous en sommes au numéro 6.50. Vous voyez la chute d'eau, le canal.

12 Est-ce que c'est de ce secteur dont vous parliez ?

13 R. C'est --

14 M. EMMERSON : [interprétation] Je vous serais reconnaissant de ne pas poser

15 de questions orientées comme vous venez de le faire. Parce que cela, c'est

16 une question orientée, s'il en fut. Est-ce que vous pourriez demander au

17 témoin où se trouvent les autres corps qu'il a vus sur la photographie.

18 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, nous sommes entièrement d'accord

19 avec cette objection.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Je pense que je peux m'en souvenir,

21 maintenant. Vous voyez, dans le coin supérieur droit de votre photographie,

22 il y a des gens qui sont debout. C'est à partir de cet endroit-là que nous

23 avons observé les lieux. Je pense qu'il y avait un corps au niveau du tout

24 dernier secteur, avant que le canal ne débouche sur le ruisseau. Je me

25 souviens qu'il y avait un autre corps, en amont, en aval -- je ne sais pas,

26 cela dépend de l'endroit où vous vous trouvez par rapport à la rivière.

27 M. EMMERSON : [interprétation] Est-ce que l'on pourrait savoir si cela se

28 trouvait plus près de la caméra ou plutôt loin de la caméra.

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, plus loin.

2 M. EMMERSON : [interprétation] Merci.

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

4 M. GUY-SMITH : [interprétation] Juste aux fins du compte rendu d'audience,

5 parce que je veux bien comprendre ce que nous allons enregistrer. Je vois

6 cet arrêt sur image 6.50.2, il semble qu'il y a quatre personnes à la

7 droite de la photographie. Il y en a deux qui sont au niveau de la berge,

8 et deux autres qui sont près du mur de béton. Si j'ai bien compris la

9 déposition du colonel Crosland, il faisait référence aux deux personnes que

10 l'on voit en haut en droite de la photographie, et l'une de ces personnes

11 semble tenir un sac, ou quelque chose de ce style.

12 C'est exact, Monsieur ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Pour autant que je me souvienne, c'est exact.

14 D'après mes souvenirs, oui, je pense qu'il y avait une vingtaine, une

15 trentaine de forces du MUP dans le secteur qui, je suppose, se livraient à

16 des activités de police scientifique.

17 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

18 M. RE : [interprétation]

19 Q. Je vous remercie, Maître Guy-Smith, d'avoir posé cette question,

20 parce que, justement, j'allais poser une question à propos des activités du

21 MUP dans ledit secteur.

22 R. Comme je vous l'ai déjà dit, l'opération n'était pas terminée. Elle

23 était encore en cours. Lorsque les forces de sécurité serbes ont trouvé ce

24 site, je ne sais pas quand ils l'ont trouvé, je ne me souviens pas qu'ils

25 l'aient dit. Si vous voyez le contexte, vous voyez qu'il y a une végétation

26 assez dense et que, manifestement, ils étaient préoccupés pour ce qui est

27 de la sécurité, non pas seulement pour eux, mais également pour nous. Comme

28 je l'ai déjà dit, l'opération était en cours. Je ne sais pas si les Serbes

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1 venaient d'arriver ou étaient à cet endroit depuis un certain temps.

2 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Est-ce que vous aviez prévu de faire

3 défiler le film aussi rapidement ?

4 M. RE : [interprétation] Non, je m'excuse, nous avons eu un petit ennui

5 technique. Nous étions à 6.50. Est-ce que nous pourrions, je vous prie,

6 rembobiner pour arriver au niveau 6.50 à nouveau.

7 [Diffusion de la cassette vidéo]

8 M. RE : [interprétation]

9 Q. Est-ce que vous pouvez voir sur les murs du canal qu'il y a des

10 marques à 6.59.7 ? Vous les voyez ?

11 R. Oui.

12 Q. Qu'avez-vous observé à ce sujet ?

13 R. Il s'agit des marques qui nous ont été montrées. Il s'agissait

14 d'impacts de balles que l'on voyait sur l'un des côtés du mur de béton du

15 canal. Cela indiquait qu'il y avait eu des coups de feu et des tirs au

16 niveau de ce mur.

17 Q. Vous parlez de l'intérieur ou de l'extérieur du mur du canal ?

18 R. Cela se passait à l'intérieur du mur de béton. L'eau est en contrebas,

19 s'il s'agit des mêmes impacts que l'on nous avait montrés.

20 Q. Vous aviez 37 ans d'expérience pour ce qui est des munitions, des

21 armes. Vous aviez une expérience militaire. D'après vous, qu'est-ce qui

22 peut causer ce genre d'impact ?

23 R. Je pense que cela pouvait indiquer qu'il y avait une salve de fusils

24 automatiques, d'autres indiquaient qu'il s'agissait de tirs individuels. A

25 la distance où nous nous trouvions, il faut savoir qu'il s'agissait

26 d'impacts de balles que l'on pouvait très bien discerner sur le mur de

27 béton.

28 Q. D'après vos observations, quelle était d'après vous la distance à

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1 partir de laquelle ces tirs avaient été tirés ?

2 R. J'ai ramassé les douilles au niveau de la berge où nous nous trouvions,

3 il s'agissait de la berge occidentale ou méridionale. Je pense que la

4 distance était une dizaine, une quinzaine, une vingtaine de mètres. Je

5 dirais la moitié du prétoire où nous nous trouvons.

6 Q. Où avez-vous ramassé ces douilles par rapport aux impacts que nous

7 voyons sur la vidéo au niveau 7.0 ?

8 R. Je pense, Monsieur, que cela a dû se faire sur la berge, environ en

9 face de l'endroit où il y avait les impacts. Je dis "environ", parce que je

10 ne m'en souviens pas et j'ai quand même prononcé la déclaration solennelle.

11 Q. Est-ce que ces douilles correspondaient aux impacts de balles que vous

12 pouviez observer sur le canal et sur la partie du mur en béton du canal, au

13 vu de votre expérience militaire ?

14 R. Je ne peux pas vous donner un avis professionnel à ce sujet, parce que

15 je ne suis pas expert en balles. Cela indique qu'il y a eu des impacts de

16 balles. Je pense que pour ce qui est de la portée, j'ai déjà indiqué la

17 réponse.

18 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re, visiblement, cette

19 réponse montre que votre question est allée peut-être un peu trop loin, me

20 semble-t-il.

21 M. RE : [interprétation] De toute façon, je l'avais déjà conclu au vu de la

22 réponse et au vu de l'expression de votre visage, Monsieur le Juge.

23 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

24 [Diffusion de la cassette vidéo]

25 M. RE : [interprétation]

26 Q. 7.27, 7.26, vous voyez qu'il y a deux corps en haut de la chute d'eau.

27 Est-ce que cela correspond à ce que vous avez vu le jour où vous vous êtes

28 rendu dans cet endroit le 8 septembre 1998 ?

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1 M. EMMERSON : [interprétation] Je m'excuse, mais il n'y a rien qui a été

2 dit à propos de ces objets noirs dans l'eau ?

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re --

4 M. RE : [interprétation] Il me semble qu'il s'agit de corps.

5 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] C'est en effet un peu imprécis.

6 M. RE : [interprétation] Je vais passer à autre chose.

7 [Diffusion de la cassette vidéo]

8 M. RE : [interprétation]

9 Q. 7.32, est-ce qu'il s'agit d'impact de balles auquel vous avez fait

10 référence un peu plus tôt dans votre déposition ?

11 R. C'est exact.

12 M. RE : [interprétation] Veuillez continuer.

13 [Diffusion de la cassette vidéo]

14 M. RE : [interprétation] Est-ce que vous pouvez arrêter maintenant et

15 rembobiner un petit peu.

16 Q. A 8.18, vous pouvez voir ce qui semblerait être le corps d'une personne

17 qui gît sur le ventre dans le canal. Est-ce que vous vous souvenez s'il

18 s'agit de l'un des corps que vous avez vu lorsque vous vous êtes rendu à

19 cet endroit et qui gisait le visage tourné vers la terre ?

20 R. Je ne peux pas vous dire si ce corps, s'il se trouvait là. Si vous

21 prenez en considération la zone, c'était assez humide, il se peut que cela

22 soit le corps que nous ayons vu là, mais je ne peux pas véritablement vous

23 dire qu'il s'agit exactement et précisément du corps que nous avons vu

24 gisant dans cette position.

25 [Diffusion de la cassette vidéo]

26 M. RE : [interprétation]

27 Q. Nous allons nous arrêter à 8.49. Il s'agit du mur extérieur du canal.

28 Il semblerait qu'il y ait des trous dans ce mur. Est-ce que vous vous

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1 souvenez avoir vu ces marques, ou est-ce que vous vous souvenez qu'on vous

2 aviez montré ces marques lorsque vous y êtes allé à cet endroit avec le MUP

3 en septembre 1998, le 8 septembre 1998 ?

4 R. Oui, je pense qu'ils se sont essentiellement concentrés sur les traces

5 d'impact qui étaient les plus nombreuses de l'autre côté du canal. Je ne me

6 souviens pas qu'ils nous aient montré ces traces d'impact précisément.

7 [Diffusion de la cassette vidéo]

8 M. RE : [interprétation]

9 Q. Si nous pouvons encore faire un arrêt sur image 9, au niveau 9.22. Vous

10 voyez qu'il s'agit de la fin du canal. Là vous avez le ruisseau qui

11 débouche sur le lac. Est-ce que vous êtes allés dans cette zone ? Jusqu'où

12 êtes-vous allés avant de vous arrêter ?

13 R. Je pense que nous sommes allés à la droite, de là, vous avez 248 sur la

14 berge, ou 2 heures 48. Nous avons regardé dans cette gorge et vous voyez

15 qu'il y a pas mal de débris.

16 Q. Etant donné ces débris, est-ce que vous avez vu autre chose ?

17 R. Je pense qu'il y avait une carcasse de voiture, ou quelque chose de

18 métallique en tout cas. Pour ce qui est de savoir ce dont il s'agissait

19 exactement, je n'en sais rien, mais c'était quelque chose qui se trouvait

20 dans le coin gauche inférieur de ce que nous voyons maintenant.

21 [Diffusion de la cassette vidéo]

22 M. RE : [interprétation] Voilà. Voilà l'extrait vidéo que je voulais

23 vous montrer. Je dirais, aux fins du compte rendu d'audience, que nous

24 l'avons montré et diffusé à partir de 00 jusqu'à 9.40. J'en ai terminé.

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Vous allez verser cela au dossier ?

26 Est-ce que vous pourriez nous donner une indication à propos de l'origine

27 de la vidéo et de la date ?

28 M. RE : [interprétation] C'était une vidéo qui a été prise par les forces

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1 du MUP serbes le 8 septembre 1998.

2 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Voilà pour ce qui est de la date,

3 mais apparemment il y a eu une date erronée qui s'est glissée, parce que

4 cela ne pouvait pas être 2 heures du matin.

5 M. RE : [interprétation] Evidemment, il s'agit d'une erreur.

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] La date n'est pas officielle.

7 M. RE : [interprétation] Il y aura d'autres moyens de preuve qui seront

8 présentés un peu plus tard dans le courant de ce procès. Vous verrez qu'il

9 s'agit du MUP serbe.

10 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

11 Nous allons enregistrer cela aux fins d'identification sous la cote

12 ou numéro qui a déjà été reçu. Je vous remercie.

13 M. RE : [interprétation]

14 Q. Dans votre déposition dans l'affaire Limaj, qui est versée au dossier

15 de cette affaire, on vous a montré un certain nombre de télégrammes

16 diplomatiques. Est-ce que vous pourriez indiquer à la Chambre de première

17 instance ce qui est un télégramme diplomatique et le rôle que vous avez

18 joué en rédigeant ces télégrammes diplomatiques ?

19 R. Messieurs les Juges, il y a deux types de télégrammes qui sont envoyés

20 de ce genre de secteur. Vous avez dans un premier temps le télégramme

21 diplomatique, le DipTel, ce que nous appelons le DipTel, en abrégé. En

22 général, c'est l'ambassadeur, ou le chef de la mission ou le chef adjoint

23 de la mission qui rédige cela. Il y a des observations militaires, par

24 exemple, qui sont rédigées par quelqu'un comme moi. Puis, je pouvais

25 envoyer ce qui est appelé un télégramme militaire du représentant militaire

26 britannique à Belgrade, en général c'est moi qui rédigeais ces télégrammes,

27 et cela, après avoir obtenu l'autorisation de l'ambassadeur ou du chef

28 adjoint de la mission.

Page 2985

1 Etant donné que je me trouvais au Kosovo pour des séjours assez

2 prolongés, cinq, six jours parfois, certains de ses télégrammes sont signés

3 par l'ambassadeur, M. Brian Donnelly, en mon nom, parce que je n'étais pas

4 en mesure de les signer moi-même. Voilà les deux types de télégrammes que

5 nous avons.

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Donc, vous voulez dire que vous

7 transmettiez le texte à partir de la province du Kosovo, où vous vous

8 trouviez, et qu'ensuite cela était envoyé à partir de Belgrade ?

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, Monsieur le Juge. Je pouvais soit

10 présenter un rapport directement à Belgrade s'il s'agissait d'un incident

11 grave. La communication était protégée et ainsi l'ambassadeur pouvait

12 savoir aussi. S'il avait besoin de savoir quelque chose, je pouvais

13 téléphoner directement également au ministère de la Défense à Londres.

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

15 M. RE : [interprétation]

16 Q. Est-ce qu'il existe une différence entre un rapport de situation ou un

17 télégramme diplomatique envoyé par l'ambassadeur, signé Donnelly, et un

18 télégramme envoyé par vous-même, le représentant militaire britannique, ou

19 l'attaché de Défense à Belgrade ?

20 R. Comme je vous l'ai déjà dit, ces télégrammes du représentant militaire

21 britannique se fondaient en général sur mes rapports, rapports que

22 j'établissais oralement sur le terrain au Kosovo. Je dictais cela à un

23 dictaphone et ensuite cela était transcrit une fois que j'étais de retour à

24 Belgrade. Toutefois, s'il s'agissait d'un incident relativement grave, j'en

25 informais directement à la fois l'ambassade de Belgrade et Londres, et ce,

26 en utilisant mon téléphone protégé. J'informais également tout autre pays

27 de l'OTAN qui se trouvait avec moi, puisqu'il s'agissait d'un problème

28 urgent, parce qu'il s'agissait de nations qui comprenaient l'importance de

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1 la situation.

2 Q. Est-ce que l'on peut décrire ces documents comme des rapports

3 contemporains représentant la situation pour ce qui est de la sécurité au

4 Kosovo, compte tenu de vos observations et les informations qui étaient

5 mises à votre disposition ?

6 R. Oui, c'est exactement ce dont il s'agissait. Il s'agissait de rapports

7 qui étaient faits dans un dictaphone et ensuite cela était transcrit à

8 Belgrade.

9 Il faut savoir qu'il y a parfois certains rapports qui étaient envoyés

10 directement à Londres parce qu'il s'agissait d'affaire urgente et parfois

11 il se peut qu'il n'ait pas toujours la même continuité que l'on trouve dans

12 les 70 télégrammes que j'ai envoyés.

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pour m'assurer d'avoir bien compris,

14 à la page 64, ligne 1, vous avez dit DipTel ou "sitrep," rapport de

15 situation. Vous n'avez pas expliqué ce dont il s'agissait.

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Il s'agit d'un rapport de situation militaire.

17 Je m'excuse. Il s'agit de rapport de situation militaire portant sur ce qui

18 se passait à ce moment-là.

19 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

20 M. RE : [interprétation]

21 Q. Je vais vous montrer maintenant une liasse de documents et je vais

22 attirer votre attention sur certains éléments de cette liasse. C'est ce que

23 je me permets d'appeler les télégrammes qui n'ont pas été présentés dans

24 l'affaire Limaj. Je veux que vous regardiez la table des matières et que

25 vous consultiez ces documents. Vous voyez qu'il y a des intercalaires qui

26 les divisent. Or, je souhaiterais que vous les consultiez assez rapidement

27 les uns après les autres. Est-ce que vous pourriez nous dire s'il s'agit

28 bien de télégrammes diplomatiques ?

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1 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je veux être sûr de bien vous suivre,

2 Monsieur Re. Nous avons ici un dossier dans lequel figure ce qu'on peut

3 appeler les télégrammes qui ne sont pas les télégrammes Limaj. Mais, nous

4 avons ici deux sortes de télégrammes, les télégrammes non diplomatiques et

5 les télégrammes diplomatiques; c'est bien cela ? Pouvez-vous être un peu

6 plus précis, parce que je dois dire que je suis un petit peu perdu.

7 M. RE : [interprétation] Oui, il s'agit de la deuxième partie du classeur.

8 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, la deuxième partie. Merci.

9 M. RE : [interprétation] Nous avons, je vous le signale, "l'intercalaire 1

10 de cette deuxième partie. Le document suivant, le 8 mars 1998, numéro 65

11 ter 827." Ce document est suivi de 42 autres.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Les sept premiers documents sont signés par

13 l'ambassadeur, M. Donnelly. J'ai contribué moi aussi. Le 9, c'est M.

14 Landsman, qui était l'adjoint du chef de mission, qui l'a signé. Le numéro

15 10, c'est de nouveau, M. Donnelly, qui l'a signé, comme d'ailleurs le

16 numéro 11, le numéro 12, le numéro 13, le numéro 14, le numéro 15, et au

17 paragraphe 2 du 15, on voit la mention suivante : "Mon attaché militaire

18 est arrivé dans la zone de Decani." Voilà la nature de mon intervention

19 dans l'élaboration de ces télégrammes.

20 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Il y a des parties de ces documents

21 qui ont été caviardés. Pouvez-vous me dire ce qu'il en est ?

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Ces informations étaient expurgées afin que

23 les documents puissent être communiqués au TPY.

24 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

25 M. RE : [interprétation] Il s'agit d'expurgations qui ont été réalisées par

26 le gouvernement britannique avant d'autoriser que le reste des documents

27 soient utilisés par le TPY.

28 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

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1 M. RE : [interprétation]

2 Q. Vous venez, Monsieur le Témoin, de parler du document du 27 avril 1998,

3 le numéro 15 sur notre liste, qui porte le numéro 65 ter 832. Veuillez

4 poursuivre.

5 R. Le numéro 16 a également été signé par M. Donnelly, tout d'ailleurs

6 comme le numéro 17, 18, 19 --

7 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Maître Emmerson.

8 M. EMMERSON : [interprétation] [hors micro] J'ai l'impression que mes

9 confrères partagent mon sentiment, donc je m'exprime. Le témoin vient de

10 faire référence au paragraphe 2 du document qui figure à l'intercalaire 15.

11 Il fait mention ici de l'attaché militaire qui arrive dans la zone de

12 Decani. Or, si c'est ce qui figure au document 15 du témoin, cela ne

13 correspond pas à mon document qui figure à l'intercalaire 15.

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je suis d'accord.

15 M. EMMERSON : [interprétation] J'ai plutôt l'impression que c'est le

16 document qui figure à l'intercalaire 14. En fait, je pense qu'il s'agit de

17 l'intercalaire 14 et pas de l'intercalaire 15.

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, j'ai mal pris le classeur. En fait, je me

19 suis trompé.

20 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, effectivement. C'est une erreur

21 qui est tout à fait compréhensible.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Le document numéro 19, un exemple d'un rapport

23 qui a été établi à partir de mes rapports à l'ambassadeur. Il l'a signé en

24 mon nom, mais ce document vient du représentant militaire britannique à

25 Belgrade. On le voit en haut de la page.

26 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Quel est le numéro qui figure au haut

27 de cette page ?

28 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je crois qu'il y a encore un problème,

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1 parce que je ne regarde pas les même documents que ceux qui sont mentionnés

2 par le témoin.

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, j'essayais justement de

4 m'assurer que nous consultions tous exactement les même documents.

5 Veuillez, Monsieur le Témoin, me donner le numéro de référence du

6 document qui figure en haut.

7 LE TÉMOIN : [interprétation] R0428546.

8 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, c'est par l'intercalaire 19,

9 dans la deuxième partie du classeur.

10 M. GUY-SMITH : [interprétation] Merci.

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Veuillez poursuivre.

12 M. RE : [interprétation]

13 Q. Veuillez poursuivre, mon Colonel.

14 [La Chambre de première instance se concerte]

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Le document 20 est signé par l'ambassadeur

16 Donnelly, de même que le document 21, 22, 23, et le document 24. C'est un

17 document qui vient de l'attaché militaire par intérim. J'étais rentré en

18 Angleterre pour assister aux noces de ma fille aînée. Celui qui me

19 remplaçait a établi le rapport et qui a signé, c'est l'ambassadeur

20 Donnelly. Le document 25 a été signé par M. Donnelly. De même que le

21 document numéro 26, 27 également, et 28. Le document 29 est un document du

22 représentant militaire britannique qui a encore une fois été signé par

23 l'ambassadeur. Le document numéro 30 a été signé par M. Donnelly, le

24 document 31 a été signé par M. Donnelly, de même que les documents numéro

25 32, le 33, le 34 et le 35.

26 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Une précision, Monsieur Re. On trouve

27 parfois sur ces documents des numéros manuscrits à trois chiffres en plus

28 des numéros R0. Qu'est-ce que c'est ? Ce sont les cotes 65 ter ?

Page 2991

1 M. RE : [interprétation] Tout à fait. Cela ne figurera pas sur les pièces

2 telles qu'elles ont été incluses dans le système de prétoire électronique.

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

4 LE TÉMOIN : [interprétation] 36, c'est un document qui a été signé par M.

5 Donnelly, 37. Le numéro 38 a été signé par M. Landsman, qui est l'adjoint

6 du chef de mission, de même que le document 39 et le document numéro 40

7 également, ainsi que 41 et 42.

8 M. RE : [interprétation] Je demande le versement au dossier de ces

9 documents puisqu'il s'agit des télégrammes diplomatiques qui ont été

10 rédigés soit par l'ancien attaché militaire, soit par son bureau.

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Emmerson.

12 M. EMMERSON : [interprétation] Nous nous opposons à cette demande. Je vais

13 être tout à fait clair, je l'ai déjà été précédemment. Ces documents nous

14 ont été fournis au moment où nous pénétrions dans ce prétoire cet après-

15 midi. Je ne m'oppose pas si M. Re en a le temps, à ce que M. Re obtienne de

16 la part du témoin des informations qui découlent de ces documents, mais

17 verser au dossier ces documents comme cela sans autre forme de procès, ce

18 sont des documents assez complexes, cela ne va pas. Chaque fois qu'on a

19 versé au dossier ces télégrammes diplomatiques ou ces rapports de

20 situation, on a demandé au témoin de fournir des informations

21 supplémentaires en lui montrant les documents précis. On ne peut pas

22 accepter que ces documents soient versés au dossier sans aucune

23 explication, en les ayant simplement identifiés. Il y a des documents qui

24 exigent une explication supplémentaire. Je ne pense pas que cela soit la

25 bonne manière de procéder.

26 Je ne demande pas que la Chambre prenne une décision immédiate. Je

27 poserai au colonel Crosland des questions au sujet de certains de ces

28 rapports pendant mon contre-interrogatoire. Je m'oppose à ce que l'on verse

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1 au dossier l'ensemble de ces documents extrêmement complexes, en bloc.

2 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

3 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je partage le point de vue de mon confrère.

4 Je pense qu'il est bon d'attribuer une cote aux fins d'identification de

5 ces documents, la Chambre pourra ensuite se prononcer sur la manière dont

6 il convient de procéder au versement de ces documents.

7 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je me tourne vers Me Harvey.

8 M. HARVEY : [interprétation] Tout comme Homer, j'opine du chef.

9 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Bien, j'avais l'intention d'attribuer

10 une cote aux fins d'identification à ces documents avant de statuer sur le

11 versement ou non de ces documents. Est-ce qu'il faut 42 cotes différentes

12 puisqu'il y a également les cotes 65 ter dont nous disposons.

13 M. RE : [interprétation] Oui, dans la suite des numéros qui ont déjà été

14 attribués, bien entendu.

15 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Non, mais ce que je voulais dire

16 c'est que cela nous fait 42 documents différents, n'est-ce pas ? Parce que

17 pour éviter de faire la confusion avec la première partie du classeur. Nous

18 sommes en train de parler de la deuxième partie du classeur, intercalaire 1

19 à 42, n'est-ce pas ?

20 M. RE : [interprétation] Permettez-moi de répondre à mon confrère. Je suis

21 d'accord avec ce que dit Me Emmerson. C'est tout à fait exact. Il est vrai

22 que dans l'affaire Limaj, M. Cayley, qui était premier substitut du

23 Procureur, a examiné avec M. Crosland tous les documents. On a lu certains

24 extraits avec lui pour cela figure au compte rendu d'audience. Il faut

25 expliquer la pertinence de ces documents. Si je faisais la même chose, j'en

26 aurais pour au moins une journée, peut-être même plus. Je m'en remets à

27 vous s'agissant du temps qui m'est disponible. J'aimerais beaucoup que le

28 colonel nous explique en détail comment il a contribué à l'établissement de

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1 ces documents militaires, quel est leur contexte, et cetera.

2 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

3 M. RE : [interprétation] Si on me donne du temps pour le faire, je peux le

4 faire. Je ne conteste pas l'intervention de la Défense s'agissant de la

5 méthodologie utilisée pour verser ces documents au dossier.

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci, Monsieur Re.

7 Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de procéder à cet exercice

8 assez long que vous venez de définir là. Monsieur Crosland, pouvez-vous

9 nous donner votre impression générale sur ces documents ? Ces documents,

10 vous les connaissez ?

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, je connais tous ces documents.

12 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pouvez-vous nous expliquer dans

13 quelle mesure vous avez contribué à la préparation de ces documents ?

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, j'ai déjà expliqué à la Chambre qu'il

15 m'arrivait souvent d'avoir des contacts avec l'ambassadeur à Belgrade ou je

16 le voyais quand il venait à Pristina. Je l'informais du moment de la

17 situation sur le terrain pour que lui-même ainsi que le ministère de la

18 Défense britannique soit au fait de la situation au Kosovo en temps réel.

19 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

20 Je pense que cela suffit pour l'instant pour justifier l'attribution

21 d'une cote aux fins d'identification à ces documents.

22 M. EMMERSON : [interprétation] Oui, tout à fait. Je voudrais dire une

23 chose, je voudrais que cela soit bien clair.

24 Je vais aujourd'hui ou demain contre-interroger ce témoin. Etant

25 donné que l'Accusation ne nous fait pas savoir quels documents elle va

26 utiliser contre mon client parmi ces documents, étant donné que

27 l'Accusation ne nous explique pas la pertinence de ces documents pour sa

28 thèse, je ne suis pas informé comme je devrais l'être des arguments

Page 2994

1 auxquels je dois répondre et qui découlent de ces documents

2 [La Chambre de première instance se concerte]

3 M. EMMERSON : [interprétation] Si bien que je me trouve dans une situation

4 quelque peu difficile qui n'est pas simplement une question de procédure.

5 Je ne suis pas en train d'insister pour une question de forme, il s'agit

6 vraiment d'une question de fond qui se pose ici. Si dans toute cette série

7 de documents il y a des documents sur lesquels elle souhaite s'appuyer,

8 elle n'a nullement indiqué à la Défense quelle était la pertinence pour

9 elle de ces documents. Si M. Re souhaite en rester là, nous, la Défense,

10 ignorons où nous devons aller dans le cadre de notre contre-interrogatoire.

11 Ceci étant dit, je ne veux que personne ne se méprenne, le fait que

12 ces documents aient reçus une cote aux fins d'identification et que le

13 témoin les ait reconnus, ne signifie nullement que moi-même j'accepterai le

14 versement au dossier de ces documents, puisqu'il est tout à fait injuste

15 que la Défense soit dans une situation que son contre-interrogatoire soit

16 rendu beaucoup plus difficile. L'Accusation n'a pas mis en évidence

17 l'importance que représentaient pour elle tous ces documents.

18 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

19 M. LE JUGE STOLE : [interprétation] Il en va de même pour les Juges. Nous

20 avons reçu ces documents ce matin, nous n'avons pas eu l'occasion de les

21 examiner, ces classeurs.

22 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je suis sûr que M. Re sera en mesure

23 de nous indiquer la pertinence de certains de ces documents, et ceci avec

24 précision.

25 M. RE : [interprétation] Oui, justement. Nous avons choisi ces documents en

26 raison de leur pertinence et en rapport avec le conflit armé qui faisait

27 rage entre l'UCK et les forces serbes, c'est-à-dire entre l'UCK et le MUP

28 et la VJ, pendant la période qui visait l'acte d'accusation. Le premier

Page 2995

1 document date du 8 mars 1998. On peut lire, je cite : "Certaines zones de

2 Drenica sont encore inaccessibles. Aucun signe n'indique des échanges de

3 grande envergure. Il y a des forces de police importantes dans la région

4 qui se déplacent peut-être de Prekaz, qui a été le théâtre des combats les

5 plus violents jusqu'à présent, vers d'autres villages," et cetera. Chaque

6 document nous montre la situation en matière de sécurité au Kosovo pendant

7 la période visée à l'acte d'accusation. C'est la raison pour laquelle nous

8 présentons ces documents. Quand on regarde ces documents avec ceux qui ont

9 été présenté dans Limaj, on se fait une idée de la situation en matière

10 militaire.

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Maître Emmerson.

12 M. EMMERSON : [interprétation] Oui. M. Re nous explique pour la première

13 fois pourquoi il souhaite utiliser ces pièces. C'est très gênant pour la

14 Défense de recevoir ces informations uniquement maintenant et de ne pas

15 avoir été prévu à l'avance des éléments qui allaient être présentés au

16 cours de l'interrogatoire principal. Cela ne change en rien la position de

17 la Défense, que j'ai précisée il y a quelques instants.

18 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vois, un instant.

19 [La Chambre de première instance et le Juriste se concertent]

20 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] L'heure est venue pratiquement de

21 faire la pause. J'ai une suggestion à vous faire, Monsieur Re, vous pourrez

22 y réfléchir pendant la pause. Peut-être maintenant que vous avez un petit

23 peu plus de temps de ce qui était prévu initialement, peut-être pourriez-

24 vous nous donner une idée du genre d'informations qui figurent dans ces

25 documents et sur lesquels vous vous appuyez. Peut-être pourriez-vous faire

26 cela après la pause, vous pourriez passer en revue trois ou quatre de ces

27 documents, à titre d'illustration, pour montrer à la Défense ce qu'il en

28 est, quelle est votre approche, pour notifier la Défense la nature de votre

Page 2996

1 thèse.

2 M. RE : [aucune interprétation]

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pardon ? Je n'ai pas entendu.

4 M. RE : [interprétation] Oui, vous voulez que je présente un échantillon

5 représentatif de ces documents.

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Tout à fait. Nous allons suspendre

7 maintenant l'audience jusqu'à 18 heures 15. Merci.

8 --- L'audience est suspendue à 17 heures 54.

9 --- L'audience est reprise à 18 heures 18.

10 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Avant de commencer, j'aimerais

11 demander à Madame la Greffière si nous avons déjà attribué des cotes à ces

12 42 documents que nous avons enregistrés aux fins d'identification.

13 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Non, Monsieur le Juge. Ces 42

14 intercalaires seront les pièces 73 --

15 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] P73 ?

16 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Oui, Monsieur le Juge, P73 jusqu'à

17 P114.

18 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci. Il s'agit d'éléments

19 enregistrés aux fins d'identification.

20 Monsieur Re, allez-y.

21 [La Chambre de première instance et la Greffière se concertent]

22 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Doivent-ils être conservés sous pli

23 scellé, ces intercalaires, Monsieur Re ?

24 L'INTERPRÈTE : M. Re acquiesce.

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui. Nous déciderons plus tard si

26 nous souhaitons lever ces scellés ou pas. Merci.

27 M. RE : [interprétation] Nous les versons conformément à l'article 70 du

28 Règlement. Nous devons nous conformer à certaines restrictions qui nous ont

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1 été imposées par le gouvernement britannique.

2 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui. Poursuivez.

3 M. RE : [interprétation]

4 Q. Colonel Crosland, j'aimerais passer en revue avec vous certains

5 des documents qui figurent dans ce classeur que j'ai sous les yeux.

6 J'aimerais d'abord que vous examiniez l'intercalaire 11. Un document du 16

7 mars -- non, c'est l'intercalaire 3, où l'on voit "DipTel," daté du 9 mars

8 -- excusez-moi, c'est le 9 mars. Excusez-moi, je ne vois pas la date. Je ne

9 sais plus de quoi je parle. Le 16 mars. Cela y est. Je m'y retrouve. Le 16

10 mars 1998. On voit Donnelly indiqué au bas ce télégramme. Dans le résumé,

11 on lit : "Le gouvernement serbe invite les partis politiques albanais du

12 Kosovo à participer à des pourparlers pour la troisième fois", et cetera --

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re, vous avez fait état de

14 certaines restrictions qui vous étaient imposées par le gouvernement

15 britannique à l'usage de ces documents dans le cadre de notre procédure.

16 Cela veut-il dire que nous devons passer en audience à huis clos partiel ?

17 M. RE : [interprétation] Non, pas du tout. Nous les utilisons de la même

18 manière que nous les avons utilisés dans l'affaire Limaj.

19 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je n'ai pas assisté ni siégé dans

20 l'affaire Limaj.

21 M. RE : [interprétation] Non, ce qui s'est passé dans l'affaire Limaj,

22 c'est que l'Accusation a donné lecture des extraits pertinents de ces

23 documents afin qu'ils figurent au compte rendu. Le gouvernement britannique

24 ne souhaite pas que ces documents soient diffusés au public, simplement.

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, je me souviens maintenant.

26 M. RE : [interprétation] Ce qui ne présentera pas de difficultés,

27 s'agissant d'un certain nombre de ces extraits.

28 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, je crois l'avoir déjà lu, en

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1 effet. Merci.

2 M. RE : [interprétation]

3 Q. Bien, Colonel, vous avez ces documents ?

4 R. Oui.

5 Q. La partie qui m'intéresse est intitulée : "situation relative à la

6 sécurité." Le deuxième paragraphe, c'est le paragraphe 8, en l'occurrence,

7 dit : "Le ministère de l'Intérieur serbe a déclaré le 14 mars que les

8 terroristes avaient repris leurs opérations au Kosovo. On lit également

9 dans la déclaration que deux attaques ont été menées à bien contre des

10 Albanais de Djakovica, des catholiques, au sud de Pristina et dans le

11 secteur de Drenica pendant le week-end. Deux Albanais ont été blessés.

12 Personne n'a été appréhendé. La LDK dit qu'un homme albanais a été tué par

13 balle par des tireurs isolés le 14 mars à Srbica, Drenica, mais ceci n'a

14 pas encore été corroboré par d'autres sources."

15 Les informations pertinentes à propos desquelles j'aimerais vous

16 interroger sont les suivantes : il est question de deux attaques qui ont

17 été menées contre des Albanais catholiques pendant le week-end. Maintenant,

18 s'agissant des informations dont vous disposez et de la surveillance des

19 activités se déroulant sur le terrain que vous avez menée à bien, pouvez-

20 vous nous dire quelle est la véritable importance de ce que vous avez écrit

21 ici ?

22 R. Il semble qu'il y ait un malentendu. Je n'ai pas écrit ce document.

23 Q. Excusez-moi. Je comprends tout à fait.

24 R. Je suis sous serment. Je dois dire ce que j'ai écrit et ce que je n'ai

25 pas écrit, et je suis désolé de vous placer dans une situation délicate

26 mais --

27 Q. Non. Cela ne me place pas dans une position délicate. Il y a les

28 DipTels provenant de l'ambassadeur, qui ont été écrits par l'ambassadeur,

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1 et lorsque je vous ai demandé si vous aviez écrit cela, j'ai fait une

2 erreur. Je vous demande quelle est l'importance véritable de ce passage.

3 R. Nous étions informés à intervalle relativement et raisonnablement

4 régulier par la VJ. Je l'ai dit, je n'étais accrédité qu'auprès de la VJ,

5 et ils nous indiquaient lors de ces séances d'information que les

6 difficultés à la frontière avec l'Albanie et avec la Macédoine provoquaient

7 de nouvelles incursions et de nouveaux incidents dans ce qui était à

8 l'époque la province du Kosovo, c'est-à-dire, un territoire souverain de

9 l'ex-Yougoslavie. Par conséquent, chaque événement, dont on nous disait

10 qu'il découlait d'activités albanaises, nous était signalé dans le cadre de

11 leur programme d'information.

12 Q. Vous nous dites ici que la source de l'information était l'armée serbe

13 ?

14 R. C'est exact.

15 Q. J'aimerais que vous regardiez maintenant l'intercalaire 6, un document

16 en date du 24 mars 1998. Veuillez jeter un il au deuxième paragraphe où il

17 est dit : "La déclaration du Groupe de contact du 9 mars exige les actions

18 suivantes de la part de la République fédérale de Yougoslavie : Retrait des

19 unités spéciales, des unités de police et cessation des activités des

20 forces de sécurité ayant une incidence sur la population civile."

21 Le paragraphe 3 dit : "Mon DA," et je suppose que c'est mon attaché

22 de Défense --

23 R. Oui.

24 Q. -- "nous informe d'une présence policière importante, 100 à 200

25 véhicules blindés transporteurs de troupes. Il signale également que des

26 postes de contrôle demeurent dans la section de Drenica. Leurs positions

27 sont en cours de renforcement, puisqu'il semblerait qu'ils aient

28 l'intention de rester dans l'avenir proche. Les forces spéciales de Decani

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1 et de Djakovica ont été placées à un niveau d'alerte élevé et des rapports

2 fiables font état de nouveaux combats dans la région, ainsi que de deux

3 autres lieux de combat. Nous ferons rapport sur ces évènements dès lors que

4 nous aurons une vison plus claire des choses."

5 J'aimerais que vous nous disiez quelque chose sur la source de

6 l'information, si vous le pouvez, que vous ayez donnée à M. Donnelly.

7 R. Ceci, nous l'avons basé sur un rapport -- une visite que j'ai réalisée

8 dans le secteur du Kosovo qui comprenait Drenica, comme je l'ai dit, il y

9 avait une présence des forces de sécurité serbes très importante, ce qui

10 était compréhensible, sachant que nous n'étions qu'à deux semaines des

11 problèmes qui s'étaient fait jour à Donji Prekaz. Les forces spéciales à

12 Decani et Djakovica, nous nous sommes rendu compte de leur présence en nous

13 rendant sur place, et il y avait notamment une position d'artillerie à

14 Decani. Nous l'avons vue lorsque nous sommes passés en véhicule par la

15 zone. Par conséquent, le fait que les forces spéciales interviennent parait

16 logique du point de vue militaire, mais ceci indique également que la

17 situation commençait à se détériorer.

18 Q. Vous dites qu'ils avaient été placés en état d'alerte ?

19 R. C'est exact.

20 Q. Quelle est la différence entre les forces spéciales et les forces

21 régulières ?

22 R. Les forces spéciales sont utilisées pour cibler des cibles d'une valeur

23 importante, elles sont également utilisées pour rassembler des

24 renseignements. Elles ont des systèmes de recueil de l'information et du

25 renseignement que n'ont pas les troupes régulières. Elles cherchaient

26 surtout à obtenir des informations sur ce qui se passait à proximité de la

27 frontière avec l'Albanie et le Kosovo. Parce que, comme je l'ai dit, c'est

28 de là, disait-on, que venaient les hommes et l'approvisionnement en

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1 matériel.

2 Q. Les forces spéciales, faisaient-elles partie du MUP ou de la VJ ?

3 R. Les forces spéciales étaient de la VJ; le MUP avait sa propre police

4 spéciale.

5 Q. Il est dit ici que des rapports fiables font état de nouveaux combats

6 dans cette région et de deux autres. S'agissant de cette région en

7 particulier, pouvez-vous nous dire ce sur quoi portaient ces rapports où il

8 était question de nombreux combats dans la région ?

9 R. Je crois que ceci fait référence au secteur à proximité de Junik et --

10 en général, à toute la partie occidentale du Kosovo, Decani étant le

11 principal quartier général.

12 Q. J'aimerais maintenant que nous parlions du document intitulé :

13 "Incident à Babaloc" --

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, je m'excuse, est-ce que vous

15 pouvez également vérifier un peu les sources d'information, parce que je

16 dois dire que, dans le premier exemple, il y a quelque chose qui n'est pas

17 très clair, en tout cas, dans mon esprit. Il s'agit de la page 78, ligne

18 11, la réponse que vous avez apportée -- ou plutôt, votre question était :

19 "Est-ce que vous êtes en train de nous dire que l'information provient de

20 l'armée serbe ?" Et la réponse a été : "Oui, Monsieur". Mais, je ne sais

21 pas si cela est suffisamment clair.

22 M. EMMERSON : [interprétation] Je voulais juste attirer votre attention,

23 ainsi que l'attention de M. Re, sur la date de ce document.

24 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui.

25 M. EMMERSON : [interprétation] Je pense que cette date a son importance,

26 quand même.

27 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Nous allons peut-être discuter de

28 cette date également.

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1 M. RE : [interprétation] Pour enchaîner à la suite de la question posée par

2 le M. le Juge Hoepfel, vous avez dit que c'était l'armée serbe qui vous

3 avait fourni cette information. Est-ce que vous pouvez nous dire quelles

4 étaient vos sources au sein de l'armée serbe ?

5 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, mais pour ce faire, il faut que

6 nous reprenions l'intercalaire 3, parce que c'était une question qui a été

7 posée à propos du document de l'intercalaire 3, ensuite, nous sommes passés

8 à l'intercalaire 6. Je m'excuse si c'est un peu compliqué.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Monsieur le Juge, peut-être que je pourrais

10 vous fournir quelques informations.

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, faites donc.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Ce que j'essayais de dire au document 3, vous

13 voyez qu'au paragraphe 4, il est indiqué : "Mon attaché de défense s'est

14 déplacé au Kosovo aujourd'hui". Ensuite, il dit : "Drenica est calme", et

15 cetera. Je pense que l'ambassadeur essayait d'indiquer à un moment où il y

16 avait très peu d'intérêt qui était marqué pour les problèmes qui

17 commençaient véritablement à s'accumuler au Kosovo, quelle allait être la

18 dimension des opérations au Kosovo.

19 Il y a eu la première attaque contre la famille Jashari. Je pense que

20 cela a été une grande leçon pour l'UCK, comme je l'ai indiqué un peu plus

21 tôt. Je pense qu'il essaie d'indiquer qu'elle va être la situation plus

22 générale dans la province du Kosovo. En tant qu'officier ou ancien officier

23 des forces spéciales, on essaie de voir quelles sont les indications

24 suivant lesquelles un régime ou une armée, une force de sécurité - je ne

25 sais pas comment vous vous appelez les Serbes - s'apprêtait à défendre ses

26 frontières. Je l'ai indiqué déjà à ce moment-là, le Kosovo était une partie

27 souveraine de la Serbie -- de la Yougoslavie plutôt. Donc, ces incursions

28 frontalières ont été prises très au sérieux par la VJ et par le MUP. Ils se

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1 préparaient, à mon humble avis, de façon très méticuleuse, pour essayer

2 d'empêcher que la frontière ne soit complètement poreuse, comme elle l'a

3 été d'ailleurs après en mars 1998.

4 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Est-ce que nous pouvons dire que le

5 MUP, ainsi que la VJ, vous ont fourni ces informations.

6 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est tout à fait exact, Monsieur le Juge,

7 car, en fait, la sécurité frontalière était du ressort de la VJ au début.

8 Au début mai, la sécurité interne était plutôt la prérogative du MUP.

9 Ensuite, lorsque la situation s'est aggravée, il y a eu fusion entre ces

10 deux.

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie. Je pense que nous

12 pouvons reprendre l'intercalaire 6.

13 M. RE : [interprétation]

14 Q. Est-ce que vous avez reçu des informations à propos de l'attaque menée

15 à bien par les forces militaires du MUP serbe contre la propriété de la

16 famille Haradinaj ?

17 R. A ce moment-là, non, je ne m'en souviens pas.

18 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Peut-être que nous pourrions revenir

19 sur la question de la date, c'est ce qui avait été proposé par Me Emmerson.

20 M. RE : [interprétation]

21 Q. Cela s'est passé le 24 mars 1998. Est-ce que cela vous rafraîchit la

22 mémoire, Monsieur ?

23 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Est-ce que nous pourrions avoir une

24 explication ? Nous pouvons, bien sûr, lire la date. C'est très clair pour

25 les Juges, mais peut-être que c'est une précision qu'il fallait apporter.

26 M. EMMERSON : [interprétation] Je m'excuse. Maintenant que nous avons lu la

27 date, c'est clair. Vous avez le premier chiffre qui est le mois, le jour,

28 ensuite il y a quatre autres chiffres. A quoi est-ce qu'ils correspondent ?

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1 Comme l'a indiqué M. Re, le 24 mars 1998, c'est la date de l'attaque de

2 Glodjane.

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Bien sûr. C'est une date qui a son

4 importance. C'est évident pour les Juges.

5 Est-ce que vous souhaiteriez que cela soit confirmé par l'entremise

6 du témoin ? Quelle était la teneur de votre question ? C'était juste une

7 observation que vous aviez faite, Maître Emmerson ?

8 M. EMMERSON : [interprétation] Non. Je n'ai aucun problème. Peut-être que

9 pour le compte rendu d'audience, M. Re pourrait confirmer que la façon dont

10 j'ai lu la date est exacte. Vous avez les deux premiers chiffres qui

11 correspondent au jour, ensuite, vous avez les chiffres suivants qui

12 correspondent à l'heure.

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [aucune interprétation]

14 M. RE : [interprétation] C'est exact, mais je n'ai pas suffisamment de

15 temps.

16 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] C'est au témoin d'apporter cette

17 précision, Monsieur Re; est-ce que c'est vous qui voulez le faire ? Vous

18 voulez nous fournir cette explication ?

19 M. RE : [interprétation]

20 Q. Colonel, c'est exact ce que je viens d'avancer, est-ce que c'est exact

21 ?

22 R. Oui, c'est exact. Vous avez la date, puis l'heure, Z, c'est Zulu, la

23 zone où nous nous trouvions, une heure de plus par rapport à l'heure de

24 Greenwich. Ce que j'aimerais vous dire, c'est que ces rapports sont envoyés

25 à l'heure indiquée, mais parfois il y a un lien qui est établi avec

26 certains événements. Donc, il y a parfois plusieurs heures qui sont

27 indiquées.

28 Q. Je n'ai pas le temps de le faire, dans la déposition dans l'affaire

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1 Limaj, les pièces à conviction dans l'affaire Limaj, il y a des pièces à

2 conviction qui ont été présentées. Cela était avancé et se retrouve

3 consigner dans le compte rendu d'audience de l'affaire Limaj.

4 Je veux maintenant que nous abordions l'incident au Kosovo à Babaloc.

5 La date est le 22 avril 1998. --

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Quel est le numéro de

7 l'intercalaire ?

8 M. RE : [interprétation] L'intercalaire 12.

9 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

10 M. RE : [interprétation]

11 Q. Vous voyez, intercalaire 12, vous avez le titre Objet : "Kosovo,

12 incident à Babaloc. Avec la participation de l'armée yougoslave et de

13 combats autour de Babaloc le 22 avril."

14 Vous voyez qu'il y est indiqué, qu'"il y a eu des rapports dans les

15 médias qui font état de combats autour de Babaloc ou dans la région de

16 Decani, à mi-chemin entre Pec et Djakovica, à 15 kilomètres de la frontière

17 albanaise. Il est indiqué que l'armée yougoslave y aurait participé. Nous

18 avons de bonnes raisons de croire que ces informations sont crédibles. Il a

19 été convenu que je devais immédiatement avertir la RFY de notre

20 préoccupation."

21 Puis vous avez le paragraphe 5, où il est indiqué, je cite : "Les tensions

22 sont particulièrement élevées parce que des réfugiés serbes provenant

23 d'autres villages de la région de Decani se sont réfugiés temporairement

24 dans un camp de récréation non utilisé près de Babaloc. Des journalistes et

25 d'autres personnes se sont rendus dans ce secteur aujourd'hui, et ont été

26 attaqués à coup de pierres et de poings. Il s'agissait de Serbes mécontents

27 qui les ont attaqués."

28 Est-ce que vous vous êtes rendus dans la zone de Babaloc à ce moment-

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1 là ? Cela est signé Donnelly.

2 R. Je pense que je suis allé dans ce secteur parce que, comme cela est

3 indiqué dans le rapport, et d'ailleurs je l'ai indiqué à la Chambre

4 auparavant, la zone entre Pec et Djakovica au niveau de la frontière était

5 une zone qui était une source de préoccupations pour les deux entités. Il

6 faut savoir que la plupart des villages, aussi loin que Junik au nord vers

7 Pec, n'avaient plus d'habitants, qu'il s'agisse de Serbes ou d'Albanais.

8 Certaines personnes s'étaient retrouvées au niveau du col de Rugovska et

9 d'autres étaient passées soit au Monténégro ou en Albanie.

10 Q. Quelle était la source des informations puisqu'il y a une référence qui

11 est fait aux rapports dans les médias. Quelles sont les sources

12 d'information qui ont été prises en considération à propos de ces combats

13 et de la participation alléguée de l'armée yougoslave ?

14 R. Au départ, la VJ a complètement nié qu'ils étaient engagés dans des

15 opérations menées contre les insurgés et ces groupes d'insurgés. Je dois

16 dire que c'est un point de vue qui a été exprimé pendant un très long

17 moment, je pense, en fait, jusqu'au mois d'août jusqu'au moment où le

18 colonel-général Ojdanic a fini par admettre que la VJ avait participé à des

19 opérations, et en dépit du fait que j'avais vu une vidéo qui avait été

20 donnée à la VJ, il s'agissait d'artillerie, de chars de bataille. Puis, il

21 y avait eu des opérations particulièrement destructrices de la VJ qui

22 avaient été utilisées dans le cadre d'opérations menées contre les

23 insurgés.

24 Q. Ce que je vous posais comme question : je veux savoir quelles étaient

25 vos sources d'informations pour ce rapport ?

26 R. Je pense que cela fait certainement référence à mon rapport compte

27 tenu de la visite que j'avais faite dans ce secteur, j'avais pu constater

28 moi-même certaines choses.

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1 Q. Si vous prenez l'intercalaire suivant qui porte la date du 23 avril

2 1998. Cela est intitulé : "Rapport ou situation, sécurité au Kosovo à 14

3 heures Z, le 23 avril. Vous avez dans un premier temps présence de l'armée

4 yougoslave extrêmement armée, un grand nombre d'hommes au Kosovo depuis le

5 début de la crise, concentrés sur les zones frontalières mais extrêmement

6 visibles ailleurs. Des avions et des hélicoptères sont utilisés. Il y a eu

7 des canons placés par les positions stratégiques. Aucun rapport de conflits

8 importants n'a été présenté -- pour ce qui est de la vie dans les grandes

9 municipalités continue normalement. Un rapport indique que deux Albanais

10 ont été tués et que six autres ont été blessés à la suite de l'attaque

11 d'une patrouille de la VJ ce matin. Cela ressemble de façon suspecte à un

12 autre rapport à TUR."

13 Ensuite, il est indiqué que : "les avions qui nous sont pas

14 normalement stationnés au Kosovo ont été vus survolant la région de Decani

15 avec des hélicoptères Gazelles. Il y a des signes selon lesquels le MUP et

16 la VJ pourraient travailler ensemble."

17 Paragraphe 3, et je vais très vite maintenant : "Les tensions restent

18 importantes, mais il n'y a pas encore eu d'escalades. Dans les grandes

19 villes telles que Pec et Djakovica, la vie poursuit son cours normal."

20 J'aimerais juste vous demander, compte tenu de l'heure et de la date, vous

21 étiez l'attaché de Défense qui est arrivé à Decani, c'est ce que vous avez

22 dit ?

23 R. Oui. Il s'agit de ce que j'ai vu, de mes constations visuelles et

24 factuelles de cet endroit et d'autres secteurs. Etant donné qu'il y avait

25 eu une détérioration de la situation, il est évident que les forces de

26 sécurité prenaient ce qu'ils appelaient des mesures appropriées pour

27 défendre leur territoire souverain. Cela incluait les différents aspects

28 dont il a été question au paragraphe 2, à savoir le fait Orao, un avion

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1 bombardier, avait été vu dans le secteur. Cela indique la gravité de la

2 situation.

3 Q. A quoi correspond le mot T-U-R, TUR ?

4 R. Bonne question. Je pense que cela fait référence à un autre télégramme.

5 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pendant que le témoin réfléchi à la

6 question, moi-même je souhaiterais intervenir. Monsieur Re, j'ai une

7 précision à vous demander. Est-ce que vous avez les trois pages de ce

8 document parce que dans le classeur qui m'a été remis, je n'ai qu'une page.

9 Il manque des pages, si je regarde les numéros de référence. Peut-être

10 conviendrait-il de compléter le document.

11 M. RE : [interprétation] J'ai procédé à une vérification, à une recherche

12 dans notre système, je n'ai pas trouvé les autres pages. Je ne crois pas

13 que nous les ayons enregistrées dans notre système.

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Nous procéderons à une vérification

15 sur ce point. Je pense que grâce à la cote 65 ter, on parviendra à trouver

16 le document en question.

17 M. RE : [interprétation]

18 Q. Veuillez vous reporter au document numéro 15 en date du 27 avril. Dans

19 le résumé, on lit la chose suivante, je cite : "Rapport sur trois incidents

20 majeurs pendant le week-end. Trois Albanais ont été tués dans un combat au

21 canon à l'ouest de Decani, lundi matin. Action de la VJ pour empêcher 200

22 Albanais de franchir la frontière entre la RFY et l'Albanie à côté de

23 Prizren, quatre combats ou échanges de tirs pendant quatre heures près du

24 lac Radonjic. Obsèques de neuf Albanais tués dans un incident à la

25 frontière le 23 avril."

26 Paragraphe 2 maintenant, je passe à ce qui concerne la sécurité.

27 "Rapport concernant trois incidents majeurs pendant la semaine."

28 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re, les interprètes vous

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1 demandent de ralentir votre débit.

2 M. RE : [interprétation]

3 Q. "Trois Albanais sont signalés comme morts dans un combat avec les

4 troupes de la VJ à la l'ouest de la ville de Decani à l'aube de lundi

5 matin. La VJ a empêché 200 Albanais de franchir illégalement la frontière

6 dans la nuit de samedi à dimanche. Ces Albanais auraient laissé une grande

7 quantité d'armes et de munitions derrière eux. La VJ affirme qu'il n'y a

8 pas eu de victimes. Aucun rapport ne signale de victimes albanaises. Quatre

9 heures d'échange de tirs entre le lac Radonjic, Decani et Djakovica, samedi

10 soir. Apparemment, il n'y a pas eu de victimes."

11 Une observation à ce sujet, Monsieur le Témoin. Ces informations, vous les

12 avez fournies à M. Donnelly pendant que vous étiez au Kosovo ou est-ce

13 qu'elles viennent d'une autre source ?

14 R. Ceci nous a été fourni par l'armée de la Yougoslavie à Belgrade. Ils

15 procédaient à une analyse de la situation qui empirait.

16 Q. Est-ce que vous avez des informations supplémentaires s'agissant de ces

17 combats qui ont duré 4 heures près du lac Radonjic, le samedi soir ?

18 R. La partie sud du lac Radonjic était une base importante du MUP et de

19 l'armée serbe. C'était une zone qui pouvait effectivement servir de cible.

20 Je ne peux pas confirmer ou infirmer l'existence de ces fusillades.

21 Q. Est-ce qu'on peut voir dans ce document, qui s'opposait dans ces

22 combats ?

23 R. J'imagine qu'il s'agissait d'un point de contrôle sur la route qui a

24 été peut-être été attaquée par l'UCK. Il s'en est suivi une fusillade qui a

25 duré très longtemps, apparemment il n'y a pas eu de victimes.

26 Q. Pourquoi dites-vous cela ?

27 R. Ceci me montre que des deux côtés on a tiré en l'air, que cela n'a pas

28 mené à grand-chose.

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1 Q. Maintenant, j'aimerais que nous passions au document en date du 28

2 avril 1998, intercalaire numéro 16. Paragraphe 3, je cite : "Beta, une

3 agence de presse locale indépendante, signale que huit Albanais ont été

4 tués dans le cadre des activités policières menées contre le village de

5 Glodjane à côté de Decani, dont on estime généralement qu'il s'agit d'un QG

6 de l'UCK. Deux personnes, apparemment des Albanais, qui ont mené cette

7 attaque ont été tuées au cours de l'incident à côté d'un point de contrôle

8 de la police, sur la route entre Prizren-Orahovac."

9 Même question : quelle est la source des informations qui figurent dans ce

10 télégramme diplomatique ?

11 R. Comme c'est indiqué ici, ces informations viennent de l'agence Beta,

12 une agence de presse indépendante.

13 Q. Quelle est la fiabilité de cette source qui est citée ici ?

14 R. Il s'agit d'une source de fiabilité raisonnable. Ceci est assez

15 représentatif du nombre d'attaques qui avaient lieu à l'époque sur tout le

16 territoire de la province du Kosovo pendant cette période. Il est

17 impossible de se rendre sur tous les sites où avaient eu lieu des

18 incidents. Il fallait faire appel à différentes sources qui rapportaient

19 ces événements.

20 Q. J'aimerais que nous passions à l'intercalaire numéro 17, pièce suivante

21 en date du 29 avril 1998. Au chapitre "sécurité," on lit la chose suivante,

22 je cite : "Le nombre d'incidents signalés par les médias au cours des 24

23 heures écoulées est moins important que dans les jours précédents. Mon

24 attaché de Défense, qui était au Kosovo le 28 avril, estime que le nombre

25 de policiers dans la zone est supérieur à celui qu'il a été auparavant au

26 cours de cette crise. L'armée, la VJ ont des activités qui ont également

27 énormément augmentées. Le risque de voir se produire un affrontement majeur

28 reste extrêmement élevé. Un rapport albanais, qui n'a pas été confirmé,

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1 fait état du meurtre de quatre membres de la VJ dans des incidents le 27

2 avril."

3 Ma question à ce sujet est la suivante : où êtes-vous allé au Kosovo pour

4 préparer ce rapport ? Sur la base de quoi avez-vous inclus ces informations

5 dans votre rapport ? En fait trois questions en une.

6 R. Cela confirme ce que j'ai déjà dit, à savoir que je me rendais sur

7 place très régulièrement. Je pouvais me faire une idée de la situation des

8 forces de sécurité serbes, voir s'il y avait des changements

9 éventuellement. La propagande faisait rage. Selon cette propagande, toutes

10 les forces qui se trouvaient dans la province du Kosovo relevaient du 52e

11 Corps, l'armée qui se trouvait initialement stationnée au Kosovo. Nous

12 avions des éléments nous indiquant que d'autres unités avaient été envoyées

13 au Kosovo. Nous avons également déterminé qu'il y avait des membres du MUP

14 sur place et leur nombre nous a permis de nous rendre compte de l'intensité

15 de la situation. Remarquez par exemple, qu'il y avait des plaques

16 d'immatriculation qui venaient d'autres provinces que le Kosovo, même sur

17 le véhicule du MUP.

18 Ce paragraphe nous indique que les risques étaient majeurs à

19 l'époque, que la tension était extrêmement élevée. Ce n'était pas encore

20 vraiment la guerre parce que la guerre il faut la déclarer, mais c'était un

21 état de combat qui existait entre les forces de sécurité serbes et l'Armée

22 de libération du Kosovo.

23 Q. Passons maintenant au numéro -

24 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Vous avez cinq minutes, Monsieur Re.

25 M. RE : [interprétation] Il y a deux documents que je souhaite encore

26 aborder avec le témoin.

27 Q. Intercalaire 18, paragraphe 5, rubrique "sécurité" :

28 "Les combats se poursuivent autour de Ponosevac. Mon attaché de

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1 Défense n'a pas pu entrer dans la zone le 7 mai, on l'a empêché de le faire

2 par la force. C'est la première fois depuis le début du conflit qu'une

3 telle chose se produit. Il a entendu des échanges de tirs à proximité. Ce

4 matin l'attaché de Défense a signalé que le niveau actuel d'activités de la

5 VJ au Kosovo est sans doute le plus intense depuis son déploiement en

6 Slavonie orientale il y a deux ans," et cetera, et cetera.

7 Pouvez-vous nous dire de quoi il est question ?

8 R. Nous nous trouvions dans la zone. Nous avions passé la nuit à

9 Djakovica. Nous avons tenté d'aller à l'ouest de Djakovica vers Ponosevac,

10 vers la frontière. C'est là qu'on nous a interceptés. Les membres de la VJ

11 nous ont empêchés de poursuivre notre route. Ils ont refusé de nous laisser

12 dans cette zone frontalière qui était une zone de sécurité.

13 Peut-être convient-il que j'explique ce qu'il en est aux Juges de la

14 Chambre. Moi-même, si j'étais responsable dans une zone opérationnelle,

15 cela ne me plairait pas de voir des attachés de Défense ou qui que ce soit

16 d'autres circuler sur mon territoire pour voir ce que je faisais. Je ne

17 sais pas pourquoi on nous a permis d'aller sur place, peut-être parce que

18 j'avais pas mal de whiskey avec moi. Il se trouve que nous sommes parvenus

19 à entrer dans cette zone alors que d'autres n'y étaient pas autorisés. Ceci

20 renforce l'argument que je présentais précédemment, à savoir que cette zone

21 frontalière, en particulier à l'ouest de l'axe principal Prizren-Djakovica

22 jusqu'à Pec, était une zone extrêmement dangereuse qui faisait l'objet de

23 combats acharnés, pour des raisons que j'ai expliquées d'ores et déjà à la

24 Chambre. Ponosevac, je le répète, se trouvait à une dizaine de kilomètres

25 de la frontière. Il s'agissait d'une base de la VJ et du MUP à côté de

26 Morina, c'était un poste-frontière. Par là, il y avait un itinéraire de

27 ravitaillement qui venait de l'Albanie. C'était une zone névralgique qui

28 intéressait les deux parties en présence, qui souhaitaient la contrôler.

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1 J'espère que ceci est suffisamment clair.

2 Q. Dernier document, celui du 28 mai 1998, intercalaire numéro 22. Dans la

3 rubrique "sécurité," il est question des affirmations du journal de

4 Belgrade qui dit que : "Decani a été encerclée par l'UCK et que cela dure

5 depuis quatre jours. Cependant, les sources albanaises insistent que les

6 forces serbes se sont renforcées autour de la ville et empêchent le

7 ravitaillement en vivres de cette ville. On signale également un grand

8 nombre de policiers de renfort en renfort, qui se sont déployés à Glogovac,

9 Pec, Srbica, et cetera."

10 Il est également fait référence à des chars, et cetera. Quelles sont vos

11 informations à ce sujet ? Il est dit que l'UCK encerclait et que les Serbes

12 empêchent les ravitaillements, les vivres de passer. Selon vous, est-ce que

13 ceci correspondait à la réalité ou pas ? Quelles sont vos informations sur

14 ce point ?

15 R. J'imagine que la vérité se trouve entre ces deux extrêmes. Decani,

16 c'était un lieu où se trouvait un monastère extrêmement connu, C'est un

17 lieu qui a une valeur importante pour la nation serbe dans son ensemble.

18 C'est un point névralgique sur cet axe. Comme je l'ai dit, c'était un point

19 névralgique sur cette zone frontalière extrêmement poreuse, extrêmement

20 difficile à défendre.

21 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] J'imagine qu'il s'agit d'une

22 estimation empirique de votre part, puisque vous dites : "Je pense que la

23 vérité se trouve entre les deux," quand vous avez répondu à la question de

24 savoir où se trouvait la vérité.

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, tout à fait. Dans toutes ces opérations

26 dont j'ai eu connaissance, les médias se livrent à beaucoup de conjectures,

27 les médias qui soutiennent les forces de sécurité d'une part, et celles qui

28 soutiennent les forces terroristes, et c'est ce qu'on peut attendre

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1 logiquement des deux côtés.

2 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Vous n'aviez pas de meilleures

3 sources ?

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, à moins d'aller voir sur place ce qui en

5 était, et c'est ce que nous essayions de faire pour nous constituer un

6 jugement équitable et faire rapport d'une manière équitable de ce qui se

7 passait des deux côtés.

8 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Monsieur Re, j'imagine que vous

9 approchez de la fin de votre interrogatoire principal ?

10 M. RE : [interprétation] Non, l'intercalaire numéro 3.

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] On a parlé en même temps, pouvez-vous

12 répéter ce que vous venez de dire. Votre dernière phrase.

13 M. RE : [interprétation] Au tout début du classeur, vous trouverez toute

14 une série de documents qui ne sont pas des télégrammes diplomatiques. Là,

15 nous avons l'intercalaire 3 qui m'intéresse, numéro 65 ter 638.

16 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Première partie du classeur,

17 intercalaire du 12 avril 1998.

18 M. RE : [interprétation] Au tout début du classeur.

19 Document fourni en vertu de l'article 70, intercalaire 2, donc je précise.

20 Q. Cela fait référence à une réunion que vous avez eue vous-même avec les

21 membres de la MOCE.

22 R. C'est exact.

23 M. RE : [interprétation] J'aimerais demander l'attribution d'une cote aux

24 fins d'identification à ce document.

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Il s'agit, n'est-ce pas, du document

26 qui porte la cote 65 ter 637.

27 M. RE : [interprétation] C'est exact.

28 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] C'est l'intercalaire 2 dans la

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1 première partie de notre classeur.

2 Est-ce qu'on peut avoir une cote, s'il vous plaît ?

3 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Il s'agira de la pièce P115.

4 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Quant aux fins d'identification.

5 M. RE : [interprétation] Par tous ces hostilités, je sais qu'aucune

6 décision a encore été prise au sujet du P92. Je souhaiterais montrer au

7 Colonel la carte que nous avons déjà utilisée. Je pense qu'il convient de

8 le préciser puisqu'il l'a utilisée dans Limaj de manière un petit peu

9 différente. Enfin, il a apporté des annotations sur cette carte dans

10 l'affaire Limaj. Peut-on la présenter au témoin ?

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [aucune interprétation]

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Je l'ai déjà signée.

13 M. RE : [interprétation]

14 Q. En fait, c'est une carte qu'il a annoté l'heure quand il a fait une

15 déclaration au bureau du Procureur.

16 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pouvez-vous montrer au témoin, et qui

17 va nous confirmer ce qu'il en est bien ainsi.

18 M. RE : [interprétation] Pièce 65 ter 802.

19 Q. J'aimerais que vous confirmiez ce que vous avez écrit sur cette carte.

20 Vous avez apporté des annotations sur cette carte. De quoi s'agit-il ?

21 R. C'est une carte qui montre la zone de Dukadjin, ainsi que les

22 différentes zones en bleu où il y avait présence des forces de sécurité

23 serbes, à la fois le MUP et la VJ, puis vous avez un espace en rouge où il

24 est indiqué "UCK". Cela ne signifie pas que l'UCK possédait ou contrôlait

25 tout ce territoire mais que l'UCK exerçait une certaine influence sur cette

26 partie du territoire. Mais, je pense qu'il faudra en fait que je fournisse

27 de plus amples explications à la Chambre.

28 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je pense que cela suffit pour le

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1 moment.

2 Est-ce que nous pouvons avoir une cote, un numéro ?

3 M. RE : [interprétation] Oui, est-ce qu'on pourrait avoir un numéro.

4 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Il s'agira de la pièce P116,

5 enregistrée aux fins d'identification.

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

7 M. RE : [interprétation] Voir l'heure qui est, je souhaitais dire que je

8 souhaitais obtenir de meilleures explications, de plus amples explications

9 de la part du colonel Crosland à propos de ce qu'il a dit eu égard à la

10 carte, à savoir je voulais lui demander ce qu'il entendait par "influence",

11 et cetera. Je voulais poser des questions au témoin à propos desdits

12 documents qui se trouvent au début de la liasse. Il ne s'agit pas des

13 documents de la MOCE. C'était mon intention. Mais je remarque l'heure qu'il

14 est et je sais également quelle est la durée que vous m'avez accordé pour

15 l'interrogatoire principal du témoin.

16 [La Chambre de première instance se concerte]

17 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je pense que nous devons mettre un

18 terme à l'audience aujourd'hui.

19 Qu'en est-il pour la Défense ? Qu'en pensez-vous de ces questions que

20 souhaitent poser M. Re dans le cas de l'interrogatoire principal ?

21 M. EMMERSON : [interprétation] J'ai un problème, en ce sens que nous devons

22 essayer d'effectuer autant de progrès que possible demain. Là, bien

23 entendu, je pourrai également demander au colonel Crosland quelques

24 explications, quelques précisions. Il y a quelque chose qui a son

25 importance, toutefois : le statut de la déclaration versée au dossier au

26 titre de l'article 92 ter parce que M. Re a eu la possibilité de poser des

27 questions dans le cadre de l'interrogatoire principal. Je suppose que dans

28 le cadre du contre-interrogatoire, je devrais poser des questions qui ont

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1 un lien avec les questions qui ont été posées pendant l'interrogatoire

2 principal, et je ne peux pas maintenant poser des questions dans le cadre

3 du contre-interrogatoire à propos de ces déclarations 92 ter.

4 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Qu'en est-il de cette déclaration ?

5 C'est une question importante.

6 M. RE : [interprétation] Il n'y a pas de déclaration au titre de l'article

7 92 ter.

8 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, mais qu'en est-il de la

9 déclaration qui porte la date du 19 avril. Vous nous l'avez présentée ce

10 matin ?

11 M. RE : [interprétation] J'ai reçu un courriel d'un des conseils de la

12 Défense indiquant que la décision avait été prise à l'encontre de ce que

13 j'avais demandé, selon la page, mais elle n'est pas versée au dossier.

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Vous n'avez plus l'intention de le

15 verser au dossier.

16 M. EMMERSON : [interprétation] Au vu de ces circonstances, je pourrais

17 alors poser des questions idoines dans le cadre du contre-interrogatoire

18 demain.

19 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Bien.

20 M. EMMERSON : [interprétation] Pour ce qui est des précisions demander à

21 propos de la carte, je peux tout à fait poser des questions pendant le

22 contre-interrogatoire.

23 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Très bien. Avez-vous autre chose à

24 ajouter ?

25 M. RE : [interprétation] Me Emmerson peut tout à fait poser une série de

26 questions au témoin, mais c'est que nous n'avons pas suffisamment de temps.

27 Nous avons de gros inconvénients parce que nous n'allons pas pouvoir poser

28 au témoin les questions pour lui demander de s'expliquer. Donc, je pense

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1 que ce n'est pas dans le cadre du contre-interrogatoire que ces questions

2 doivent être posées.

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Vous avez tout le choix et la

4 possibilité de le faire lors des questions supplémentaires.

5 M. EMMERSON : [interprétation] Etant donné que j'ai déjà rencontré le

6 témoin, je sais quel genre de personne il est, je ne pense pas que ce soit

7 la peine de lui poser des questions de façon particulière pour demander de

8 préciser ce qu'il entendait lorsqu'il s'exprimait.

9 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

10 Donc, nous allons mettre un terme à l'audience d'aujourd'hui. Ne

11 parlez surtout à personne de votre déposition d'aujourd'hui, nous nous

12 retrouverons demain après-midi dans le même prétoire. Le Président de la

13 Chambre sera à nouveau parmi nous, c'est lui qui présidera l'audience de

14 demain.

15 --- L'audience est levée à 19 heures 10 et reprendra le vendredi, 20 avril

16 2007, à 14 heures 15.

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