Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le jeudi 26 avril 2007

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 9 heures 05.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bonjour à toutes et à tous.

6 Madame la Greffière, veuillez donner le numéro de l'affaire.

7 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Bonjour, affaire IT-04-84-T, le

8 Procureur contre Ramush Haradinaj et consorts.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci, Madame.

10 La Chambre souhaite demander aux parties de parler de la question des

11 notes. Nous avons pu prendre connaissance de l'original. Je vais le faire

12 remettre à l'Accusation. Nous demandons aux parties d'intervenir en cinq

13 minutes au plus sur cette question. Si vous pouvez utiliser moins de cinq

14 minutes, cela sera encore mieux.

15 J'imagine que pour la Défense, peu importe que ce soit la Défense de

16 M. Haradinaj et Balaj qui intervienne ?

17 M. EMMERSON : [interprétation] J'espère en avoir pour environ deux

18 minutes.

19 Vous avez vu les copies, les traductions, j'espère, de ce qui figure

20 dans ce cahier. On a procédé à des comparaisons entre ces notes et les

21 notes qui avaient été fournies en décembre. Il n'y a rien des notes de

22 décembre qui figurent dans le cahier mot pour mot.

23 Il y a des informations qui semblent se recouper, mais cela se limite à une

24 ligne sur une page et à deux éléments d'information sur l'autre page, à

25 savoir les dates auxquelles ce témoin a fait une déclaration au bureau du

26 Procureur. En dehors de ces éléments, tout ce qui figure dans le cahier

27 provient de sources qui sont différentes des notes qui avaient été fournies

28 par le témoin en décembre.

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1 Du côté pratique, nous souhaitons tous pouvoir travailler aujourd'hui. Nous

2 avons évoqué cette question, et l'idée que nous vous présentons, c'est que

3 nous entamions l'interrogatoire principal du témoin et que M. Kearney s'en

4 tienne à l'estimation prévue. Ensuite, cela sera suivi par un contre-

5 interrogatoire.

6 Puis, pause, et je ne sais pas si vous souhaitez que nous

7 poursuivions le contre-interrogatoire demain ou à une autre date, parce que

8 d'après ce que je sais, le témoin n'a pas été en mesure d'obtenir les notes

9 pendant la nuit. Le mieux, à ce moment-là, ce serait de nous interrompre ce

10 soir et que le témoin se procure ses notes et qu'il revienne si cela est

11 nécessaire pour un nouveau contre-interrogatoire.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous dites interrogatoire

13 principal, contre-interrogatoire, et, si nécessaire, le témoin pourra

14 revenir pour être contre-interrogé à nouveau une fois qu'il aura donné ses

15 notes.

16 M. EMMERSON : [interprétation] Oui. Après cette interruption, nous espérons

17 qu'il revienne avec ses notes et qu'on poursuive le contre-interrogatoire,

18 avec votre accord.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous parlez de l'interruption,

20 l'interruption d'une semaine que nous avons dans nos débats ?

21 M. EMMERSON : [interprétation] Oui.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien.

23 Monsieur Kearney.

24 M. KEARNEY : [interprétation] Nous avons longuement parlé de cette question

25 ce matin, Me Emmerson et moi. J'espère que je pourrai en terminer de

26 l'interrogatoire aujourd'hui et qu'on pourra bien avancer dans le contre-

27 interrogatoire. Ensuite, on laissera le témoin rentrer chez lui pour qu'il

28 revienne avec ses notes. Puis, on l'entendra à nouveau.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. La Chambre décidera ultérieurement

2 s'il est convenable de demander au témoin d'envoyer ses notes à La Haye

3 pour décider ensuite si, vous et moi, il convient pour être à nouveau

4 contre-interrogé. J'ai l'impression que les parties ont lu dans les pensées

5 des Juges qui se sont, bien entendu, penchés sur cette question.

6 Nous étions favorables à une solution semblable, mais nous voulions

7 vous entendre auparavant. Nous allons procéder comme cela a été indiqué.

8 Nous allons entendre le témoin et nous allons lui demander de faire

9 parvenir à La Haye, par l'intermédiaire de la Section des Victimes et des

10 Témoins, ses notes une fois qu'il sera rentré chez lui.

11 Je vais demander à l'huissière de bien vouloir aller chercher le témoin.

12 Monsieur Kearney, vu les circonstances, nous vous serions extrêmement

13 reconnaissants de vous en tenir au temps qui était prévu. Ce serait même

14 bon que l'on puisse en terminer aujourd'hui même de l'interrogatoire

15 principal et du contre-interrogatoire normal.

16 M. KEARNEY : [interprétation] Nous allons faire de notre mieux. Bien

17 entendu, il y a beaucoup d'éléments que je souhaite évoquer avec le témoin,

18 mais nous le ferons au plus vite.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

20 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bonjour.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Veuillez prendre place, Témoin 29.

24 Je vous rappelle que la déclaration solennelle que vous avez prononcée hier

25 est toujours valable. Vous êtes toujours sous serment, vous devez donc

26 toujours répondre à toutes les questions qui vous sont posées en disant la

27 vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Vous allez maintenant être

28 interrogé par M. Kearney, et nous allons maintenant parler non seulement de

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1 vos notes, mais des faits tels qu'ils se sont déroulés à l'époque.

2 Monsieur Kearney, vous avez la parole.

3 LE TÉMOIN : TÉMOIN SST7/29 [Reprise]

4 [Le témoin répond par l'interprète]

5 M. KEARNEY : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

6 Avez la permission de la Chambre, je souhaiterais présenter la déclaration

7 92 ter du témoin, pièce portant cote 65 ter 1312.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] C'est la déclaration 92 ter de neuf

9 paragraphes. Je demande à la Défense si elle a des objections contre le

10 versement au dossier de cette pièce.

11 M. EMMERSON : [interprétation] Non.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien. Nous allons donc écouter le témoin

13 répondre aux questions qui lui sont posées à ce sujet.

14 Interrogatoire principal par M. Kearney : [Suite]

15 Q. [interprétation] Témoin 29, est-ce que vous voyez le document qui doit

16 normalement apparaître à l'écran devant vous ?

17 R. Oui.

18 Q. Est-ce que vous reconnaissez ce document, Témoin 29 ?

19 R. Bien entendu.

20 Q. Est-ce que vous reconnaissez aussi bien votre nom que votre signature

21 qui figurent sur ce document ?

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pour l'instant, on ne voit que le nom,

23 pas encore la signature.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Je vois bien mon nom, ma signature ainsi

25 que certaines de mes notes.

26 M. KEARNEY : [interprétation] J'aimerais que l'on présente au témoin le

27 texte même de sa déclaration.

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La page suivante, parce qu'ici il est

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1 indiqué une première page sur le total d'une page, mais --

2 M. KEARNEY : [interprétation]

3 Q. Veuillez prendre connaissance des neuf paragraphes qui figurent dans

4 cette déclaration. Premièrement, est-ce que vous reconnaissez la teneur de

5 ces paragraphes, puis est-ce que c'est bien une déclaration qui correspond

6 aux propos que vous avez tenus ?

7 R. Oui. Ce que je vois ici, c'est une partie de la déclaration que j'ai

8 faite.

9 Q. Les informations qui figurent dans ce document, est-ce qu'elles sont

10 exactes ?

11 R. Toutes les informations que j'aurai données sont exactes à partir de

12 tout ce dont je me souviens. Je ne sais pas si j'ai oublié certains

13 éléments. Tout ceci s'est passé il y a longtemps; il est possible que j'aie

14 oublié un détail ou un autre.

15 Q. Si ici même dans ce prétoire on vous posait aujourd'hui les mêmes

16 questions, est-ce que vous donneriez les mêmes réponses ?

17 R. Si vous me posiez aujourd'hui les mêmes questions, il est possible que

18 j'aie oublié certains éléments mineurs, mais je pense que je répèterais

19 90 % de ce que j'avais dit à ce moment-là.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il y a une certaine confusion qui semble

21 s'être glissée dans votre esprit. La déclaration que vous êtes en train

22 d'examiner, Monsieur le Témoin, c'est une déclaration que vous avez faite

23 ce mois-ci quand vous êtes arrivé à La Haye.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, c'est une déclaration que j'ai faite il y

25 a un certain temps.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Mais il y a une petite confusion ici.

27 Attendez, je vérifie.

28 M. KEARNEY : [interprétation] Je pense que je peux vous apporter une

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1 précision sur ce point.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vois d'où vient le problème. Si vous

3 vous reportez à la version en albanais du document, Monsieur Kearney, et

4 c'est celle d'ailleurs que l'on est en train de présenter au témoin -- est-

5 ce qu'on pourrait nous montrer à l'écran la première page ?

6 Vous voyez le problème.

7 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] C'est la traduction de l'anglais vers

8 l'albanais.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] On dit 23 avril 2007 en albanais, alors

10 qu'en anglais, c'est 23 avril 2006.

11 M. KEARNEY : [interprétation] Oui, c'est la version albanaise qui est

12 correcte. Ce qui s'est passé, c'est la chose suivante -- je vais peut-être

13 demander au témoin d'enlever son casque.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Veuillez, je vous prie, Monsieur le

15 Témoin, enlever vos écouteurs.

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, bien sûr.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je pensais que c'était la nouvelle

18 déclaration synthétique.

19 M. KEARNEY : [interprétation] Ce qui s'est passé, c'est qu'en 2002 le

20 témoin a déjà fait une déclaration.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

22 M. KEARNEY : [interprétation] Ces neuf paragraphes en sont extraits

23 pratiquement mot pour mot.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il s'agit d'extraits plutôt qu'autre

25 chose.

26 M. KEARNEY : [interprétation] On lui a montré ces neuf paragraphes. Cette

27 semaine, on lui a demandé de les signer à nouveau. Dans la traduction en

28 anglais qui a été réalisée cette semaine, on lit "2006". En fait, il

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1 faudrait lire "2007". C'est la version albanaise qui est correcte.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

3 M. KEARNEY : [interprétation] Je peux lui poser quelques questions à ce

4 sujet, si vous le souhaitez.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, effectivement. Peut-être pourriez-

6 vous le préciser ? Je comprends pourquoi il dit que cette déclaration, il

7 l'a faite il y a un certain temps. C'est effectivement des propos qu'il

8 avait tenus il y a un certain temps, mais qu'il a confirmés cette semaine à

9 nouveau.

10 Veuillez poursuivre.

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

13 Monsieur Kearney.

14 M. KEARNEY : [interprétation]

15 Q. Témoin 29, vous avez un texte sous les yeux. Ces paragraphes que vous

16 avez sous les yeux, ce sont des informations que vous avez faites au bureau

17 du Procureur il y a un certain temps en 2002 ?

18 R. Oui.

19 Q. Mais cette semaine, il y a deux jours, nous avons pris certains

20 extraits de ces déclarations de 2002, nous en avons fait une nouvelle

21 déclaration et nous vous avons demandé de la signer il y a deux jours.

22 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Ou plutôt il y a trois jours.

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne sais pas si c'était il y a deux ou trois

24 jours, mais je sais qu'on m'a donné l'occasion de relire cette déclaration

25 à nouveau.

26 M. KEARNEY : [interprétation] Oui, effectivement.

27 Q. En tout cas, il y a deux ou trois jours, quand on vous a remis cette

28 déclaration, vous l'avez signée à nouveau, et avant de la signer, est-ce

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1 que vous avez bien confirmé qu'elle était conforme à la vérité ?

2 R. Oui. Je l'ai lue. Après l'avoir lue, je l'ai signée.

3 M. KEARNEY : [interprétation] Je souhaiterais demander le versement au

4 dossier de ce document.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous savons déjà que la Défense n'a pas

6 d'objection; le document est donc versé au dossier.

7 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Il s'agira de la pièce P263 sous pli

8 scellé.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci.

10 Monsieur Kearney.

11 M. KEARNEY : [interprétation] Sous pli scellé, n'est-ce pas ?

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La greffière l'a déjà dit.

13 M. KEARNEY : [interprétation] Avec votre permission, j'ai un petit résumé

14 de cette déclaration que j'ai déjà remis à la Défense. Je vais le lire, si

15 vous le permettez.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Il faut que ce soit lu pour

17 informer le public, mais ne passons pas trop de temps à cela. Il convient

18 de lire ce document, mais on le fera plus tard.

19 M. KEARNEY : [interprétation]

20 Q. Monsieur le Témoin, nous allons maintenant passer à votre déposition.

21 Je vais vous parler de ce que vous savez des activités des FARK en 1998.

22 D'abord, est-ce que vous étiez membre des FARK en 1998 ?

23 R. Oui.

24 Q. Vous avez dit dans votre déclaration que vous étiez un simple soldat,

25 mais est-ce que vous aviez des fonctions particulières au sein des FARK en

26 1998 ?

27 R. En 1998, je n'étais qu'un simple soldat, mais parallèlement j'occupais

28 des fonctions qui n'étaient pas celles d'un simple soldat. Les gens avec

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1 qui je travaillais en 1998, c'étaient tous des officiers supérieurs qui

2 avaient suivi une formation militaire de haut niveau et qui m'ont confié un

3 certain nombre de fonctions.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Ici, il ne s'agit pas de ce que le

5 témoin a vu, mais de la situation qu'il nous décrit. Est-ce que la Défense

6 s'oppose à ce que l'on pose des questions directrices sur ces questions ?

7 M. EMMERSON : [aucune interprétation]

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien.

9 Monsieur Kearney, quand vous évoquez ces questions, vous pouvez poser

10 des questions orientées au témoin.

11 M. KEARNEY : [interprétation]

12 Q. Est-ce que vous avez eu des contacts parmi ces commandants avec Salih

13 Ceku et Tahir Zemaj ?

14 R. Oui, bien sûr.

15 Q. Quelles étaient les missions particulières qui vous ont été confiées

16 par MM. Ceku et Zemaj en 1998 ?

17 R. Au début de 1998, je ne me souviens pas de la date exacte maintenant,

18 on m'a donné la mission d'aller à plusieurs reprises d'Albanie au Kosovo

19 pour voir ce qu'était la situation sur place. Ensuite, on m'a confié

20 d'autres fonctions.

21 Q. Vous êtes donc allé au Kosovo pour voir quelle était la situation sur

22 place. Mais cela, c'était avant l'entrée officielle des FARK au Kosovo,

23 n'est-ce pas ?

24 R. Oui.

25 Q. Afin de nous faire une idée de la période concernée, à quelle date les

26 FARK sont-elles entrées au Kosovo officiellement en 1998 ?

27 R. A ma connaissance, c'était le 25 et le 26. Comme je vous l'ai dit,

28 c'est autant que je m'en souvienne, parce que je ne peux pas être très

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1 précis en ce qui concerne les dates.

2 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Le 25 ou le 26 de quel mois ?

3 LE TÉMOIN : [interprétation] Le 25 et le 26 juin, si je ne m'abuse.

4 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

5 M. KEARNEY : [interprétation]

6 Q. Vous dites qu'avant l'entrée des FARK en juin au Kosovo, vous avez reçu

7 pour mission de voir quelle était la situation au Kosovo. Pouvez-vous être

8 un peu plus précis ? Qu'est-ce que vous cherchiez à voir sur le terrain à

9 ce moment-là précisément ?

10 R. A l'époque, je me suis rendu sur place pour voir comment se présentait

11 la situation. Ultérieurement, quand l'UCK a commencé à faire mouvement,

12 nous étions intéressés par l'évolution de la situation et nous voulions

13 voir à quel point la population était prête à se défendre elle-même et pour

14 voir si c'était une situation telle que nous pouvions effectivement

15 combattre.

16 Q. A combien de reprises vous êtes-vous rendu au Kosovo avant que les FARK

17 elles-mêmes n'entrent officiellement sur ce territoire ?

18 R. Je suis allé au Kosovo environ 10 fois, peut-être même plus, mais 10

19 fois. Cela, j'en suis sûr.

20 Q. A chaque fois, ces déplacements duraient combien de temps ?

21 R. Tout dépendait de la durée du déplacement. Parfois, pour y arriver, on

22 mettait trois à 10 jours. Tout dépendait.

23 Q. Est-ce que vous alliez vous-même sur place ou est-ce que vous étiez

24 accompagné d'autres hommes des FARK ?

25 R. Parfois, je partais avec deux ou trois camarades; parfois, je me

26 rendais tout seul là-bas. Tout dépendait de la mission qui m'avait été

27 confiée.

28 Q. Ces 10 visites que vous avez effectuées là-bas en 1998, à quelle

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1 période de l'année se sont-elles déroulées ? A quel moment avez-vous

2 commencé à entrer au Kosovo pour la première fois ?

3 R. La première fois, c'était en janvier 1998. La dernière fois, si je ne

4 m'abuse, c'était quelques jours avant que nous n'entrions au Kosovo avec

5 les forces des FARK. Mais je ne sais pas exactement combien de jours avant.

6 Q. Pendant cette période, où au Kosovo vous rendiez-vous plus

7 particulièrement, dans quelle zone ?

8 R. Généralement, dans les villages de la municipalité de Gjakove et de

9 Decane. Il était impossible de se rendre dans tous les villages.

10 Q. Précédemment, vous nous avez dit que vous étiez là pour évaluer l'UCK.

11 Est-ce que vous étiez également chargé de faire une évaluation des

12 activités serbes sur place, les activités des forces serbes ?

13 R. Oui. Si j'étais en mesure de me faire une idée de leurs mouvements, de

14 leurs déplacements, je le faisais, mais c'était très difficile.

15 Q. Et pourquoi ?

16 R. C'était difficile parce qu'à l'époque, l'UCK avait commencé ses propres

17 activités, de même d'ailleurs que l'armée de la Yougoslavie, si bien qu'il

18 m'était très difficile d'entrer dans des zones qui étaient contrôlées par

19 la JNA. C'est pourquoi j'allais généralement dans les zones qui étaient

20 contrôlées par l'UCK.

21 Q. De quelles zones s'agissait-il, les zones contrôlées par l'UCK ?

22 Essayez de nous donner une idée des périodes dont vous parlez. Vous dites

23 que vous avez commencé à vous rendre au Kosovo en janvier et puis que vous

24 avez continué à vous y rendre jusqu'en juin. La dernière question que je

25 vous ai posée portait sur les zones dominées par l'UCK. Je vous demande,

26 quand vous nous parlez de certaines régions, de certaines zones, de nous

27 dire également sur quelle période porte vos réponses.

28 R. Au début, et je vous parle là de janvier 1998, l'UCK n'était pas encore

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1 apparue, et l'armée de la Yougoslavie n'opérait pas de manière ouverte. Il

2 n'y avait que la police qui agissait, qui opérait, si bien qu'à ce moment-

3 là, c'était plus facile pour moi d'aller de village à village. Les citoyens

4 sur place, d'ailleurs, les habitants pouvaient eux aussi se déplacer plus

5 librement. Plus tard, l'UCK est apparue sur la scène. La situation s'est

6 exacerbée et les tensions se sont exacerbées entre les forces serbes et

7 l'UCK, et c'est la raison pour laquelle à ce moment-là il m'a été encore

8 plus difficile de me déplacer. Ceci valait également pour la population sur

9 place.

10 Q. Là encore, Témoin 29, pouvez-vous nous dire quel était le moment, le

11 cadre temporel dont vous parlez lorsque vous dites que l'UCK est apparue et

12 lorsque les forces serbes, la situation s'est exacerbée ? Quel est le cadre

13 temporel dont vous nous parlez ?

14 R. Je parle, si je ne me trompe pas, de la période qu va du 24 mars et

15 après cette date. A ce moment-là, l'UCK est apparue et les circonstances

16 ont changé. Je voudrais toujours souligner le fait que je pourrais peut-

17 être faire des erreurs en ce qui concerne les dates. Il se peut que je

18 fasse des erreurs.

19 Q. Vous avez dit que vous aviez remarqué, en voyageant dans le Kosovo en

20 1998, qu'il y avait des secteurs où l'UCK dominait. Je vais vous demander,

21 après le 24 mars, après qu'elle soit apparue, à votre avis, quels étaient

22 les secteurs où l'UCK dominait et que vous aviez rencontrés vous-même

23 lorsque vous vous déplaciez ?

24 R. Avant le mois de mars, comme je l'ai dit, l'UCK n'était pas présente.

25 Après le mois de mars, il y avait certains villages qui étaient dominés par

26 l'UCK et d'autres qui étaient libres, en ce sens qu'il n'y avait pas de

27 forces ennemies et il n'y avait pas de forces importantes de l'UCK,

28 seulement des préparatifs de défense par la population elle-même, des

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1 agriculteurs qui étaient là.

2 Q. Quels étaient les villages où vous avez remarqué qu'il y avait

3 domination de l'UCK après le 24 mars 1998 ?

4 R. Après le mois de mars, au début, je crois que c'est apparu à Gllogjan,

5 si je ne me trompe pas. Puis, petit à petit, ça a commencé à s'étendre dans

6 la plupart des villages de Decane. Mais je ne peux pas être absolument

7 certain quant au moment de leur apparition et dans quels villages elle l'a

8 fait.

9 Q. Au cours de vos déplacements - je voudrais limiter le cadre temporel

10 maintenant entre le 24 mars 1998 et la fin du mois de juin 1998, lorsque

11 les forces de la FARK sont entrées le Kosovo - pendant cette période, dans

12 quels villages vous êtes-vous rendu, d'après vos souvenirs, où vous auriez

13 vu une présence de l'UCK ou une domination de l'UCK, comme vous en avez

14 parlé plus tôt ?

15 R. Après le 24 mars, au début, comme je l'ai dit, c'était essentiellement

16 le village de Gllogjan, puis dans tous les villages, presque tous les

17 villages de la région de Decane, la commune de Decane. Dans certains

18 villages, c'était davantage, dans d'autres villages un peu moins. Je ne

19 peux pas préciser où elle était plus présente qu'ailleurs, mais en

20 commençant au 24 mars, comme je l'ai dit, elle est apparue à Gllogjan et

21 dans tous ces villages, et après cela à Gjakove.

22 Q. Dans votre déclaration de 2002, Témoin 29, vous donnez une liste de

23 villages précis que vous avez visités au cours de cette période. Je

24 voudrais vous les lire. Je voudrais vous demander d'abord si ce sont bien

25 des villages où vous êtes allé personnellement pendant cette période, entre

26 mars et juin 1998. Pour commencer, il s'agit du village de Smolice. Est-ce

27 que vous vous y êtes rendu pendant cette période ?

28 R. Oui. Une fois que j'ai eu passé la frontière, c'est le premier village

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1 que l'on rencontre.

2 Q. Ensuite, sur votre liste, il y a Ponashec, P-o-n-a-s-h-e-c.

3 R. Oui, Ponashec là aussi est proche de la frontière.

4 Q. Puis, vous êtes allé en visite à Racaj ?

5 R. Oui, c'est exact.

6 Q. Junik ?

7 R. Exact.

8 Q. Herec ?

9 R. Oui.

10 Q. Gramaqel ?

11 R. Oui.

12 Q. Gllogjan ?

13 R. C'est exact.

14 Q. Rznic ?

15 R. Exact.

16 Q. Luka ?

17 R. Oui, c'est exact.

18 Q. Est-ce que vous avez remarqué une présence dominante de l'UCK dans l'un

19 quelconque ou tous ces villages pendant la période qui va du mois de mars

20 au mois de juin 1998 ?

21 R. Oui. Dans ces villages et dans bien d'autres villages que j'ai visités,

22 il y avait une présence dominante de l'UCK, tandis que les forces ennemies

23 se déplaçaient le long des routes principales.

24 Q. Pendant vos déplacements dans ces villages pendant cette période, avez-

25 vous remarqué des activités de l'UCK dans ces villages ?

26 R. A ce moment-là, c'était vraiment au tout début. J'ai, pour l'essentiel,

27 vu des personnes armées, certaines qui n'étaient pas en uniforme, d'autres

28 qui portaient des uniformes. Comme je l'ai dit, c'était en quelque sorte

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1 des préparatifs pour former une armée. Puis, j'ai contacté certains

2 représentants des villages, ceux dont on m'avait dit que c'étaient les

3 anciens du village, des personnalités que je souhaitais rencontrer pour

4 leur parler, mais j'ai également parlé à de simples soldats, parce qu'à mon

5 avis tous étaient égaux.

6 Q. Lorsque vous voulez parler de personnes, les anciens ou les personnes

7 d'une certaine importance, vous leur avez parlé dans les villages, vous

8 voulez parler de personnes qui se trouvaient au sein de l'UCK ?

9 R. Oui, oui.

10 Q. Ces personnalités ou ces personnes dans les villages, comment est-ce

11 qu'on les appelait ? Comment est-ce qu'on les désignait ? Est-ce que

12 c'étaient des commandants de villages ? Est-ce que c'étaient des officiers

13 ? Est-ce que c'étaient des soldats ? Comment est-ce que vous les désigniez

14 ?

15 R. Dans certains villages, c'était le représentant du village ou, dirais-

16 je, le commandant du village. Dans certains villages, il y avait un

17 commandant pour tous, donc il y avait différentes formes d'organisations.

18 Q. Ces commandants de villages de l'UCK, d'après ce que vous avez vu,

19 quand ont-ils commencé à apparaître dans ces villages ? Quand est-ce que

20 vous avez commencé à remarquer ces activités ?

21 R. Mais tout le temps, si je ne me trompe, après le 24 mars, et cela a

22 continué à se développer et à s'étendre quotidiennement.

23 Q. Alors que vous vous déplaciez dans les villages, dans le secteur de

24 Dukadjin, entre mars et juin 1998, est-ce que vous aviez pour habitude

25 d'entrer en contact avec les commandants des villages, les commandants de

26 l'UCK dans ces villages ?

27 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je voudrais élever une objection à la

28 question de savoir si c'était une habitude. Il peut nous dire ce qu'il

Page 3487

1 faisait et comment -- excusez-moi, Monsieur le Président --

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

3 M. GUY-SMITH : [interprétation] -- et comment il procédait, mais quant à

4 savoir si c'était une habitude, à ce stade je pense que c'est aller trop

5 loin.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Maître Guy-Smith, vous pourriez

7 poser une question pour savoir si, pour cette question d'habitude, on

8 pourrait reformuler la question. Est-ce que vous aviez l'habitude d'aller

9 là-bas ou est-ce que vous y alliez tout le temps ? Enfin, c'est une

10 question mineure.

11 Monsieur Kearney, vous pouvez poursuivre.

12 M. GUY-SMITH : [interprétation] Ma seule préoccupation, c'était de savoir

13 comment on traite la question d'une déposition en matière d'habitude plus

14 tard quand on en reparlera.

15 M. KEARNEY : [interprétation] Je vais reformuler ma question, Monsieur le

16 Président.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, s'il vous plaît.

18 M. KEARNEY : [interprétation]

19 Q. Est-ce que vous aviez pour pratique généralement de vous mettre en

20 contact avec les commandants de villages pendant cette période, lorsque

21 vous alliez dans les villages de la zone de Dukadjin ?

22 R. Oui, j'essayais d'établir un plus grand nombre de contacts possible

23 avec eux.

24 Q. Et pourquoi cela, Témoin 29 ?

25 R. Parce que je souhaitais avoir une idée claire, exacte de la situation

26 qui existait à ce moment-là.

27 Q. Lorsque vous dites "une idée exacte de la situation qui existait",

28 qu'est-ce que vous voulez dire par là ?

Page 3488

1 R. Je veux dire par là que je souhaitais les rencontrer, mais cela faisait

2 également partie de mes fonctions, de mes obligations qui m'étaient

3 confiées par mon supérieur, parce que nous voulions avoir une idée très

4 claire et très exacte de la situation pour savoir ce qui se passait. Pour

5 cela, il était nécessaire de rencontrer ce que l'on appelait à ce moment-là

6 les commandants des villages.

7 Q. Pendant ces conversations avec les commandants des villages, les

8 commandants de l'UCK et les soldats de l'UCK, est-ce que vous avez appris

9 qui était le commandant pour l'ensemble de l'UCK de la région à ce moment-

10 là ?

11 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Ou peut-être qu'avant cela, savoir

12 s'il y avait un commandant de l'ensemble, et dans l'affirmative, oui, qui

13 était-ce.

14 M. KEARNEY : [interprétation] Certainement. Merci, Monsieur le Juge.

15 Q. Témoin 29, je vais reformuler ma question. Pendant cette période qui va

16 du 24 mars à la fin juin 1998, dans vos entretiens avec les soldats de

17 l'UCK et les commandants de villages, avez-vous appris s'il existait un

18 commandant pour l'ensemble de l'UCK dans la zone de Dukadjin ?

19 R. Oui. Pas pour l'ensemble de la zone de Dukadjin qui était dans un état

20 de guerre, mais la plus grande partie de la commune de Decane et une partie

21 de la municipalité de Gjakove. Mais chacun disait et tous disaient que

22 Ramush Haradinaj était le commandant de l'ensemble.

23 Q. Est-ce que Ramush Haradinaj était quelqu'un que vous connaissiez,

24 Témoin 29, à cette époque-là ?

25 R. Oui, je le connaissais. Pourriez-vous, s'il vous plaît, répéter votre

26 question ?

27 Q. Certainement. Lorsque vous avez entendu dire que le commandant pour

28 l'ensemble était Ramush Haradinaj, pendant cette période de 1998, je

Page 3489

1 voudrais vous demander tout simplement, avant cette période, avant 1998,

2 savez-vous qui c'était ?

3 R. Oui, je le connaissais depuis longtemps. Je connaissais M. Haradinaj

4 depuis l'époque où nous avions 10 ou 12 ans.

5 Q. Comment se fait-il que vous l'ayez connu ?

6 R. Nous connaissons M. Haradinaj. Nos villages étaient proches l'un de

7 l'autre, et en plus nous allions à la même école. Je ne dirais pas que nous

8 étions camarades de classe, mais nous allions à la même école et nous

9 vivions très proche, très près les uns des autres, et on se voyait souvent.

10 Parfois, nous parlions, nous avions des conversations.

11 Q. Combien d'années -- enfin, pour commencer, quelle est la différence

12 d'âge entre vous et M. Haradinaj ?

13 R. A vrai dire, je suis plus âgé que lui, peut-être de deux ou trois ans

14 plus âgé. Je ne dirais pas que j'ai davantage ou plus de deux ans que lui,

15 deux ou trois, je pense.

16 Q. Est-ce que vous êtes allés aux mêmes écoles pendant votre éducation ?

17 R. Oui, oui, et nous avions de bonnes relations. Nous n'étions pas des

18 amis très proches, peut-être parce que j'étais un peu plus âgé et parce que

19 nous n'étions pas dans la même classe, mais chacun avait ses amis intimes.

20 Q. Pendant combien d'années est-ce que vous êtes allés à la même école ou

21 aux mêmes écoles ensemble ?

22 R. Avec M. Haradinaj, nous sommes allés à la même école pendant huit ans -

23 c'est ce que nous appelons l'école primaire ou le cycle inférieur -

24 ensuite, deux ans dans le secondaire. Puis, M. Haradinaj est allé ailleurs.

25 Je suis moi-même allé également ailleurs. Je ne sais pas ce qui s'est passé

26 et ce qui lui est arrivé après cela.

27 Q. Pendant cette période de 10 ans où vous êtes allés aux mêmes écoles

28 ensemble, vous le voyiez avec quelle fréquence ? Est-ce que c'était tous

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1 les jours ? Est-ce que c'était une fois par semaine, une fois par mois ?

2 Veuillez nous le dire, s'il vous plaît.

3 R. S'il vous plaît, je voudrais dire que parfois on le voyait plusieurs

4 fois par jour, parfois une fois par semaine, mais le fait est que nous

5 allions à la même école. Nous étions voisins et on se rencontrait, comme je

6 l'ai dit, plusieurs fois par jour; parfois une fois par jour, parfois une

7 fois dans la semaine. Mais nous nous connaissions bien. Nous étions, pour

8 ainsi dire, des amis.

9 Q. Est-ce que vous connaissiez aussi son frère Daut ?

10 R. Oui. Oui, je le connaissais, Daut aussi. Je connaissais certains de ses

11 frères, mais pas tous.

12 Q. Témoin 29, je voudrais maintenant revenir à l'entrée de la FARK au

13 Kosovo. Vous avez dit que ceci avait eu lieu à la fin du mois de juin 1998.

14 Je crois que vous nous avez dit que c'était soit le 24 ou 26 juin.

15 Est-ce que j'ai dit les choses exactement ?

16 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Le 25 ou 26.

17 M. KEARNEY : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Juge.

18 Q. Le 25 ou le 26 juin. Pour commencer, est-ce que cette date est exacte ?

19 R. Est-ce que je peux répondre à votre question ?

20 Q. Oui, s'il vous plaît.

21 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pardon. En fait, il s'agissait du 25

22 et du 26. C'est comme cela que cela a été formulé.

23 M. KEARNEY : [interprétation]

24 Q. Témoin 29, est-ce que vous avez bien la question à l'esprit ?

25 R. Oui. La date à laquelle les forces de la FARK ont quitté leurs

26 casernes, c'était le 24. Elles sont restées pendant une journée dans les

27 montagnes de Tropoja pendant la journée du 25, et dans la soirée du 25,

28 après la tombée de la nuit, ils sont partis en direction de Kosova. Le 26,

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1 nous sommes entrés au Kosovo, mais c'était le 26 que nous nous sommes

2 trouvés au Kosovo, parce que c'était minuit passé.

3 Q. Voudriez-vous, s'il vous plaît, nous décrire quels étaient les

4 effectifs de ces forces, s'il vous plaît ?

5 R. Je ne serais pas en mesure de vous donner des chiffres exacts parce que

6 cela ne faisait pas partie de mes attributions de les compter, mais lorsque

7 nous sommes entrés au Kosovo, je pense que nous étions de 120 à 150

8 soldats, comprenant 21 officiers, c'est-à-dire que nous avions un effectif

9 qui était de 120 à 150.

10 Q. Pourriez-vous nous décrire quelles étaient les armes que vous avez

11 apportées avec vous lorsque vous êtes entrés au Kosovo ?

12 R. Nous n'avions pas d'armes lourdes. Nous avions, je crois, ce que nous

13 avons décrit comme étant des fusils ou des kalachnikovs. Nos officiers

14 supérieurs avaient un pistolet, les soldats avaient des fusils

15 automatiques. Puis, il y avait d'autres armes, mais pas d'armes lourdes

16 parce que nous étions à pied et il nous était impossible de transporter des

17 armes lourdes. Nous étions un grand nombre d'officiers et de soldats, et

18 les commandants ne voulaient pas que nous fassions transporter ces armes

19 par des bêtes de scène.

20 Pour commencer, la décision était que nous devions entrer au Kosovo, et on

21 transporterait des armes plus lourdes par la suite. Chacun des soldats et

22 des officiers avait son paquetage personnel avec les munitions

23 correspondant à l'arme qu'il avait.

24 Q. Est-ce que vous étiez en uniforme ?

25 R. Oui.

26 Q. Témoin 29, quel était votre but en entrant au Kosovo ? Qui alliez-vous

27 combattre ?

28 R. Il était clair que nous entrions au Kosovo pour défendre notre

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1 population contre l'ennemi, contre les forces serbes.

2 Q. Est-ce que vous êtes allés à un village précis lorsque vous êtes entrés

3 pour la première fois au Kosovo ?

4 R. Le 26, dans la matinée, nous sommes arrivés au village de Jasic, et les

5 habitants nous ont chaleureusement accueillis. Ils ont mis à notre

6 disposition des chambres dans des maisons privées, et nous y sommes arrêtés

7 pour nous reposer un moment, et ainsi de suite.

8 Q. Après l'arrivée de la FARK à Jasic, est-ce que vous avez reçu la visite

9 de Ramush Haradinaj ?

10 R. Oui. Je ne suis pas certain de la date. C'était quelques heures plus

11 tard le même jour, peut-être trois ou quatre heures plus tard. M. Haradinaj

12 est venu avec quatre ou cinq autres officiers. Il nous a rendu visite. Il

13 est entré à l'intérieur. Il a parlé à nos officiers.

14 Q. Est-ce que vous avez reconnu l'un quelconque des autres officiers qui

15 accompagnait M. Haradinaj ?

16 R. Oui, M. Haradinaj et un autre officier dont le nom était Maloku. Je ne

17 suis pas sûr pour le pseudonyme, mais je l'avais déjà rencontré à Tirana,

18 j'avais pris un café avec lui, donc je le connaissais. M. Maloku était un

19 officier de carrière diplômé de l'académie militaire, pour autant que je

20 sache.

21 Q. De quelle école militaire s'agissait-il, s'il vous plaît ?

22 R. Quand je dis "école militaire", je veux dire celle qui est chargée de

23 la défense, pas celle de la police. C'est du moins sous ce nom-là que je la

24 connaissais.

25 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Cette école de défense ou cette

26 académie se trouvait où ?

27 LE TÉMOIN : [interprétation] En ex-Yougoslavie. Nous n'avions pas d'école

28 de police à Kosova, donc ils allaient soit à Sarajevo ou dans d'autres

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1 villes de l'ancienne Yougoslavie, à Belgrade ou à Zagreb, Ljubljana. Je ne

2 suis pas sûr.

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Merci.

4 M. KEARNEY : [interprétation]

5 Q. Est-ce que vous étiez présent lorsque M. Haradinaj est venu à Jasic ce

6 premier jour où la FARK est arrivée sur place ?

7 R. Non. J'étais à Jasic, mais pas dans la pièce où se trouvaient les

8 officiers. Lorsqu'il est venu, M. Haradinaj est arrivé avec ses officiers

9 et a parlé à nos officiers.

10 Q. Est-ce que vous avez entendu quoi que ce soit de ce qui se disait dans

11 cette pièce ?

12 M. EMMERSON : [interprétation] Excusez-moi, Monsieur le Président, mais

13 avant que le témoin ne réponde --

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Après cela, oui, parce que tout ce qui était

15 dit --

16 M. EMMERSON : [interprétation] Je crois que --

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

18 M. EMMERSON : [interprétation] Il allait justement continuer. Je voudrais

19 que nous soyons bien au clair pour cette question : "Est-ce que vous avez

20 entendu quoi que ce soit de ce qui se disait dans la pièce." C'est une

21 question ambiguë. En d'autres termes, avez-vous entendu ou est-ce que vous

22 avez appris plus tard ce qui se disait lorsque quelqu'un vous l'aurait dit

23 ?

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je ne sais pas si c'est ambigu. D'après

25 la réponse du témoin, tout au moins, il semble qu'il faisait clairement une

26 distinction entre le fait d'entendre à ce moment-là, enfin, nous allons lui

27 demander de répondre à la question. Je ne suis pas moi-même de cette langue

28 maternelle, Me Emmerson, je dois reconnaître cela. Je pense que le témoin -

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1 - enfin, pourriez-vous répéter votre réponse ?

2 Vous avez dit : "Après, oui," puis "parce que tout," et vous avez été

3 interrompu. Veuillez compléter votre réponse.

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Puis-je répondre, maintenant ?

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

6 LE TÉMOIN : [interprétation] En réponse à la question qui m'a été posée,

7 j'ai essayé de donner une réponse. Pendant la période où M. Haradinaj est

8 venu là avec les officiers qui l'accompagnaient, il est venu rencontrer les

9 officiers. Les soldats étaient logés dans trois chambres, tandis que les

10 officiers l'étaient dans une autre maison. Chacune des pièces pour les

11 hommes et les antichambres, certains se trouvaient dans les antichambres et

12 d'autres à l'intérieur.

13 M. Haradinaj est venu rencontrer ces officiers. Je n'ai pas pu aller

14 dans cette pièce et leur parler. Je n'en avais pas le droit.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Est-ce que je comprends que vous l'avez

16 fait plus tard ? Est-ce que je comprends votre réponse selon laquelle vous

17 n'étiez pas en mesure d'entendre les conversations qui ont eu lieu entre M.

18 Haradinaj et le commandant, mais que vous avez appris ce qui s'était dit

19 plus tard ? Dans l'affirmative, s'il vous plaît, dites-nous ce que vous

20 avez appris à ce sujet.

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, c'est vrai. C'est pour cela que j'ai dit

22 que cela ne faisait pas partie de mes attributions de m'occuper de lui. M.

23 Haradinaj parlait à nos commandants, puis nous apprenions du fait qu'il y

24 avait eu ces conversations entre eux, entre M. Haradinaj et les officiers.

25 M. KEARNEY : [interprétation]

26 Q. De quoi parlait-on ? Pourriez-vous nous dire ce qui se disait ?

27 R. Je vais essayer de vous dire ici ce que j'ai entendu parce que je

28 n'étais pas présent. M. Haradinaj avait dit à nos officiers : vous n'êtes

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1 pas bienvenus ici, vous pouvez retourner d'où vous venez, le Kosovo n'a pas

2 besoin de vous, vous allez repartir immédiatement, si vous ne le faites

3 pas, nous ferons ceci et cela.

4 Ce n'était pas une réunion. Nous nous attendions à une réunion tout à

5 fait différente. Parmi nous, il y avait ces officiers, ceux qui nous ont

6 dit : si vous ne repartez pas d'où vous venez, nous pouvons lutter

7 ensemble, mais nous n'allons pas combattre l'ennemi; pour commencer, nous

8 allons vous combattre, vous.

9 Q. Vous avez dit les mots : "Si vous ne le faites pas -- si vous ne

10 repartez pas immédiatement, nous allons faire ceci et cela avec vous."

11 Exactement, si vous le savez, qu'est-ce que M. Haradinaj a dit à vos

12 chefs au cours de cette réunion ?

13 M. GUY-SMITH : [interprétation] Le témoin ne peut le savoir. Tout ce qu'il

14 peut faire, c'est relater ce qui lui a été dit et ce qu'il a entendu par

15 ouï-dire.

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Il a dit, oui --

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Guy-Smith, n'est-il pas

18 parfaitement clair que quoi que puisse dire le témoin maintenant, c'est du

19 ouï-dire ? Nous ne comprendrons pas, dans un sens ou dans l'autre, les

20 réponses antérieures du témoin. Je pense que cette objection ou ce

21 commentaire n'ajoute pas grand-chose, il n'aide pas beaucoup à la Chambre à

22 mieux comprendre sa déposition.

23 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je me rends compte et je comprends les

24 commentaires de la Chambre, mais la question telle qu'elle a été posée

25 certainement ne nous aidait pas non plus et elle créait une confusion. Si

26 la question était que ---

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La Chambre n'est pas dans la confusion à

28 la suite de la façon dont la question a été posée.

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1 Veuillez poursuivre, Monsieur Kearney.

2 M. KEARNEY : [interprétation]

3 Q. Témoin 29, lorsque vous avez dit un peu plus tôt que M. Haradinaj avait

4 dit : "Si vous ne repartez immédiatement, nous allons vous faire ceci et

5 cela," pourriez-vous être plus précis ? Qu'est-ce que vous voulez dire par

6 les mots "ceci et cela" ?

7 R. S'il vous plaît, j'essayais d'être bref. C'est pour cela que j'ai dit

8 les choses comme cela. Pendant cette réunion entre M. Haradinaj et M. Tahir

9 Zemaj et d'autres officiers, ce qui a été dit, c'est que vous n'avez pas

10 besoin de venir au Kosovo, vous devez repartir d'où vous venez, le Kosovo

11 n'a pas besoin de vous, le Kosovo n'a pas besoin de forces armées de la

12 République du Kosovo ou de la FARK, si vous ne repartez pas, nous vous

13 combattrons, nous ne combattrons pas l'ennemi, nous laisserons l'ennemi et

14 nous vous combattrons.

15 C'est ce que j'ai compris, qu'ils nous combattraient, et s'ils avaient le

16 temps, à ce moment-là ils combattraient l'ennemi.

17 Q. Témoin 29, dans la déclaration de 2002 au bureau du Procureur --

18 M. KEARNEY : [interprétation] A la page 5, paragraphe 5.

19 Q. -- vous avez dit, et je cite maintenant votre déclaration au bureau du

20 Procureur, vous avez dit : "Si vous ne partez pas, nous vous tuerons tous."

21 Est-ce que c'est bien une citation exacte d'après votre mémoire, ce qui a

22 été dit par M. Haradinaj ?

23 R. Excusez-moi --

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Un instant, s'il vous plaît.

25 Monsieur Kearney, vous souhaitiez demander au témoin, je suppose, si cette

26 citation reprenait exactement ce dont il se souvient d'avoir été dit par M.

27 Haradinaj ?

28 M. KEARNEY : [interprétation] Oui, tout à fait.

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1 M. EMMERSON : [interprétation] Avant que M. Kearney ne continue, est-ce que

2 je peux avoir une précision ? De manière générale, je ne sais pas s'il est

3 approprié que les questions posées par l'Accusation s'appuient sur des

4 passages dans sa déclaration préalable, et non pas dans la forme 92 ter.

5 M. KEARNEY : [interprétation] C'est une situation où nous avons un témoin

6 qui a fait sa déclaration il y a pratiquement cinq ans. Je cite de sa

7 déclaration préalable. Tout simplement, je la lui présente pour rafraîchir

8 sa mémoire.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Sans lui rafraîchir la mémoire,

10 vous avez déjà posé quelques questions, mais la question est de savoir si

11 vous l'avez fait suffisamment. Par conséquent, je vous prie de faire

12 attention à cela.

13 Allez-y.

14 M. KEARNEY : [interprétation] Je vous remercie.

15 Q. Témoin 29, je viens de vous citer votre déclaration de 2002. Est-ce que

16 ceci rafraîchit votre mémoire quant aux propos prononcés par M. Haradinaj

17 lors de cette réunion à Jasic en 1998 ?

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

19 Maître Guy-Smith --

20 M. GUY-SMITH : [interprétation] Rien ne nous permet de penser que le témoin

21 a besoin de se faire rafraîchir la mémoire. Le témoin a déposé de manière

22 tout à fait précise sur ce dont il se souvenait de ces déclarations. Je ne

23 pense pas que l'on puisse se servir de ces déclarations si ce n'est que

24 pour accuser le témoin, ce qui nous repose la question soulevée par Me

25 Emmerson il y a un instant.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

27 M. KEARNEY : [interprétation] Est-ce que je peux répondre brièvement ? Le

28 témoin a dit que "ceci et cela" a été prononcé.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

2 M. KEARNEY : [interprétation] Donc,"ceci et cela" n'est pas quelque chose

3 qui a été dit par M. Haradinaj en 1998.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, mais je pense que la Défense

5 insiste sur le fait que tout d'abord il faudrait vérifier. Un instant. Je

6 voudrais d'abord savoir exactement ce qui a été répondu.

7 Monsieur Kearney, vous avez demandé quand le témoin vous précise la

8 formulation à "ceci et cela". Le témoin a répondu. Toutefois, il semblerait

9 que vous estimez qu'il pourrait en dire davantage. Sans voir tout d'abord

10 si le témoin était en mesure d'ajouter quelque chose à ce qu'il avait déjà

11 dit, vous vous êtes précipité pour lui citer sa déclaration de 2002. A ce

12 moment-là, il aurait été peut-être plus approprié de voir avec le témoin

13 s'il était en mesure d'ajouter quoi que ce soit à la précision qu'il avait

14 apportée, la précision étant qu'ils allaient combattre les FARK plutôt que

15 l'ennemi à ce moment-là.

16 Monsieur le Témoin, vous avez dit que la substance de cette conversation

17 telle qu'elle vous a été rapportée était qu'eux, à savoir les hommes à M.

18 Haradinaj, allaient vous combattre, vous, tout d'abord. Est-ce qu'ils ont

19 précisé comment ils allaient vous combattre ? Est-ce qu'ils ont dit ce

20 qu'ils allaient faire dans le cadre de ces combats ?

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Alors, pourriez-vous, s'il vous plaît,

23 nous dire comment vous avez compris cela ? Qu'est-ce qui a été dit ?

24 LE TÉMOIN : [interprétation] A ce sujet, on m'a dit que si on ne retournait

25 pas en Albanie, M. Haradinaj ainsi que ses officiers et ses soldats, les

26 soldats placés sous son commandement, allaient d'abord nous combattre nous

27 et par la suite uniquement les forces serbes. Donc, j'entends par là qu'ils

28 allaient tout d'abord nous tuer tous et ensuite qu'ils allaient se battre

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1 contre l'ennemi.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, il me semble que c'est

3 à cela que songeait la Défense lorsqu'elle envisageait une manière

4 appropriée d'examiner ce sujet sans rafraîchir la mémoire du témoin. Bien

5 entendu, je ne sais pas dans quelle mesure vos tentatives précédentes afin

6 de rafraîchir la mémoire du témoin ont eu un impact sur les réponses de

7 celui-ci.

8 Mais allez-y.

9 M. KEARNEY : [interprétation] Je vous remercie.

10 Q. Témoin 29, vous avez dit que vous vous attendiez à une réunion

11 différente entre M. Haradinaj et vos dirigeants, vos chefs. Qu'entendiez-

12 vous par là ?

13 R. Je n'étais pas le seul, mais tout le monde, les officiers, les soldats,

14 on se réjouissait tous d'avoir cette occasion de rencontrer les autres

15 soldats et d'avoir un contact avec eux. C'était incroyable de quelle

16 manière ils nous ont accueillis. On s'attendait à ce qu'ils coopèrent avec

17 nous et qu'ils allaient faire la même chose que ce qui s'est passé dans le

18 village de Jasic, mais c'est le contraire qui s'est passé.

19 Q. Suite à cette visite et en tant que son résultat, la visite de M.

20 Haradinaj, les forces de la FARK, est-ce qu'elles ont quitté le village de

21 Jasic ?

22 R. Les hommes des FARK naturellement ont été obligés de partir, car nous

23 sommes arrivés au Kosovo pour faire autre chose que de nous battre contre

24 M. Haradinaj, donc on a essayé d'éviter un bain de sang entre les frères.

25 Q. Où êtes-vous parti ?

26 R. Au départ, je crois que l'armée est restée sur place pendant une

27 semaine, peut-être sept ou huit jours, et par la suite il a fallu qu'on

28 s'organise pour aller ailleurs où on serait plus en sécurité. M. Tahir

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1 Zemaj et le commandant Ceku en ont parlé entre eux et ils ont pris la

2 décision qu'on se rende dans un autre village afin d'éviter le conflit avec

3 M. Haradinaj. Donc, moi-même, M. Ceku ainsi que deux autres soldats, nous

4 sommes partis chercher un endroit plus sûr, un village plus sûr, si je puis

5 m'exprimer ainsi, afin d'éviter un bain de sang, une confrontation avec M.

6 Haradinaj. Nous avons trouvé quatre maisons dans le village d'Isniq, dans

7 la municipalité de Decani.

8 A partir de ce moment-là, par téléphone, un téléphone satellite, nous avons

9 dit à M. Zemaj que nous avions trouvé un village, et les habitants du

10 village d'Isniq nous ont énormément aidés. Après avoir parlé à M. Zemaj, on

11 a pris la décision que tous les soldats allaient partir vers le village de

12 Pacaj. Quant à moi-même, Salih Ceku et les deux soldats qui étaient avec

13 nous, nous allions les attendre à Pacaj et par la suite on repartirait

14 ensemble au village d'Isniq.

15 On s'attendait à ce qu'on se déplace ainsi parce qu'on voulait éviter le

16 pire. Il n'y avait pas d'autre façon.

17 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Comment écrivez-vous le nom du

18 village d'Isniq ? Pouvez-vous me l'épeler ?

19 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est I-s-n-i-q. C'est là que nous étions

20 stationnés.

21 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

22 M. KEARNEY : [interprétation] Cela arrive au bon moment.

23 Q. J'allais justement lui demander si c'est un autre village, si ce n'est

24 pas le village d'Irzniq.

25 R. Non, ce sont deux villages différents. Il y a le village d'Irzniq, et

26 l'autre c'est Isniq. Ils se situent tous les deux sur le territoire de la

27 même municipalité. Ce que j'ai dit, c'est que nous nous sommes installés

28 dans le village d'Isniq.

Page 3502

1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Est-ce que le témoin pourrait nous dire

2 où se situe Pacaj ?

3 LE TÉMOIN : [interprétation] Pacaj, si j'ai bien compris votre question, il

4 se situe près de la route principale qui relie Peje, Gjakove et Decane,

5 mais c'est sur le territoire de la municipalité de Gjakove. J'entends donc

6 la route principale, la route Decane-Gjakove qui sépare Heric de Pacaj.

7 Mais il s'agit d'un village qui se trouve dans la municipalité de Gjakove.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous en prie, allez-y.

9 M. KEARNEY : [interprétation] Merci.

10 Q. Monsieur le Témoin 29, vous vous êtes donc rendu à Isniq. A partir de

11 ce moment-là, est-ce qu'on vous a confié une mission ? Est-ce qu'on vous a

12 demandé de faire quelque chose qui aurait trait au village de Pacaj ?

13 R. Pouvez-vous, s'il vous plaît, répéter votre question ? Je ne la

14 comprends pas très bien. Comme je l'ai déjà dit, on est parti de Pacaj pour

15 se rendre à Isniq. Alors, est-ce que vous entendez par là ce qui s'est

16 passé à partir du moment où on est arrivé à Isniq ? Là, je suis en mesure

17 de vous répondre.

18 Q. Alors, je parle maintenant de la période ou plutôt de la date du 4

19 juillet 1998. Ce jour-là, est-ce que vous avez quitté le village d'Isniq

20 pour vous rendre quelque part ou pour essayer de vous rendre quelque part ?

21 R. Oui. Pour ce qui est du 4 juillet, si je ne me trompe pas, donc le 4

22 juillet, M. Tahir Zemaj -- excusez-moi. Je crois que j'ai omis de dire

23 quelque chose que j'aurais dû dire. Lorsque nous sommes allés à Isniq, deux

24 officiers sont restés sur place, Ramadani et Berisha avec trois soldats, et

25 pendant que nous étions à Isniq, on était en contact avec MM. Berisha et

26 Ramadani - je veux dire, les officiers sur place - et on nous a dit que des

27 armes étaient arrivées d'Albanie à Jasic. Est-ce que ces armes étaient déjà

28 arrivées ou on s'attendait à ce qu'elles arrivent, je n'en suis pas

Page 3503

1 certain. Donc, il fallait que quelqu'un s'y rende, que quelqu'un parte pour

2 Pacaj pour accueillir, recevoir ces armes.

3 Il a été dit que de Pacaj, en Albanie, ces armes étaient arrivées à Jasic,

4 que j'allais attendre cette livraison à Pacaj.

5 Q. On va s'arrêter ici. Vous avez cité plusieurs noms. Vous avez dit que

6 ces armes étaient arrivées d'un village en Albanie qui s'appelle Papaj, P-

7 a-p-a-j ?

8 R. Oui, P-a-p-a-j, Papaj.

9 Q. Pour arriver dans un village kosovar qui s'appelle Pacaj, P-a-c-a-j ?

10 Est-ce bien cela ? Ai-je bien dit cela ?

11 R. Oui. Le village de Papaj se situe en Albanie. De Papaj, les armes sont

12 arrivées à Jasic, et ensuite les hommes qui avaient apporté cela devaient

13 se reposer un petit peu. De Jasic, cette livraison allait partir pour

14 Pacaj, et c'est là que nous allions l'attendre. On estimait que Pacaj était

15 un village plus sûr, car il n'y avait pas de forces serbes dans les

16 parages. Mais nous voulions aussi éviter d'entrer en conflit avec M.

17 Haradinaj et l'UCK.

18 L'INTERPRÈTE : Les interprètes albanais demandent que l'on s'adresse au

19 témoin pour l'inciter à ralentir.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Témoin 29, pouvez-vous, s'il

21 vous plaît, ralentir, puisque les interprètes ont du mal à suivre votre

22 rythme ?

23 Allez-y, Monsieur Kearney.

24 Je dois reconnaître que je n'ai toujours pas trouvé Pacaj et je dois dire

25 que j'ai déployé des efforts pour y arriver. Je ne le trouve sur aucune

26 carte.

27 M. KEARNEY : [interprétation] J'allais poser une question à ce sujet.

28 Q. Le village de Pacaj se situe au sud-ouest du village de Jasic; est-ce

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1 bien cela ?

2 R. Le village de Pacaj, si vous avez une carte, je pourrais peut-être vous

3 aider davantage. La route principale Decane-Gjakove sépare les villages de

4 Pacaj et de Heric. Elle passe entre ces deux villages. Si vous allez de

5 Decane vers Gjakove, Heric est sur votre gauche et Pacaj sur votre droite

6 par rapport à la route.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je l'ai trouvé. Merci.

8 M. KEARNEY : [interprétation] Merci.

9 Q. Monsieur le Témoin 29, le 4 juillet 1998, on vous a chargé de partir

10 d'Isniq pour vous rendre à Papaj [sic] pour prendre des armes; est-ce exact

11 ?

12 R. Excusez-moi, ces noms se ressemblent. Peut-être que ceci crée la

13 confusion. Je devais partir pour Pacaj, et non pas pour Papaj. C'est de la

14 même façon que nous avons semé la confusion en confondant Irzniq et Isniq.

15 Q. Je présente mes excuses au témoin et à la Chambre.

16 Enfin, quoi qu'il en soit, est-ce que vous pouvez nous dire comment vous

17 vous êtes déplacé et avec qui, s'il vous plaît ?

18 R. Le 4 juillet 1998, le commandant Zemaj ainsi que le commandant Ceku

19 m'ont invité dans la pièce où ils se trouvaient et ils m'ont dit de me

20 rendre au village de Pacaj afin d'accueillir là ces armes, cette livraison

21 d'armes qui allaient arriver d'Albanie. M. Ceku voulait m'accompagner.

22 Cependant, je n'ai pas estimé que c'était approprié qu'il vienne, à savoir

23 tout mouvement de nos officiers haut placés, MM. Zemaj ou Ceku, ne devait

24 pas être sûr pour eux. Donc, je pensais qu'il ne fallait pas qu'ils

25 viennent. Il m'a dit de choisir trois soldats pour partir avec moi pour

26 mener à bien cette mission.

27 D'une certaine façon, je suis devenu la personne responsable, en charge de

28 cette mission. Je n'étais pas commandant, mais j'étais responsable de

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1 l'exécution de cette mission, et on m'a attribué trois soldats. J'ai choisi

2 moi-même ces soldats. Est-ce que je peux citer leurs noms ou vous pensez

3 qu'il n'est pas approprié de citer leurs noms ?

4 Q. Allez-y, je vous en prie.

5 R. Idriz Ukehaxhaj, de Carabreg, dans la municipalité de Decane. Il avait

6 une voiture, une petite voiture. Je ne me rappelle plus quel type de

7 voiture il avait, mais c'était sa voiture. J'ai demandé donc à Ukehaxhaj de

8 venir me parler. J'ai pensé qu'il nous serait plus facile d'avancer en

9 traversant ces villages à bord de sa voiture, et il a été d'accord avec

10 moi.

11 J'avais besoin de deux autres soldats, donc j'ai demandé à Ukehaxhaj

12 d'aller, lui, trouver deux autres soldats. C'est ce qu'il a fait. Il a

13 trouvé deux autres soldats, Petrit Lokaj, du village de Pobergje dans la

14 municipalité de Decane - je pense qu'il vit dans la ville de Decane,

15 maintenant - et Azem Gashi, de Krushec [phon], dans la municipalité de

16 Peje. Nous nous sommes mis d'accord de partir ensemble pour mener à bien

17 cette mission.

18 Vers la soirée, Idriz est parti chercher sa voiture, et en attendant, l'un

19 des propriétaires des maisons où nous étions descendus a dit qu'il voulait

20 partir avec nous pour voir sa fille dans le village de Junik. Il voulait

21 voir comment elle était. Bien entendu, en temps de guerre, tout le monde

22 voulait savoir comment étaient d'autres personnes qu'ils connaissaient.

23 Nous avions suffisamment de place dans la voiture et on a accepté qu'il

24 vienne. Puisque les officiers l'ont accepté, nous sommes partis.

25 Q. Vous avez dit que vous avez estimé que le commandant Ceku ne serait pas

26 en sécurité s'il partait. Pourquoi est-ce que vous avez estimé cela, qu'il

27 ne serait pas en sécurité ?

28 R. Mais c'était courir un risque de se déplacer depuis ce village où nous

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1 étions jusqu'à l'autre village. La situation n'était pas stable. On voulait

2 éviter d'entrer en conflit avec M. Haradinaj et on a estimé avant qu'on

3 allait avoir un contact amical avec M. Haradinaj. J'ai pensé que moi-même,

4 j'aurais pu avoir un entretien amical avec lui parce que nous avions été

5 amis, des voisins, je dirais même des frères.

6 Q. Donc, si vous aviez des craintes quant à la sécurité de M. Ceku, c'est

7 à cause de M. Haradinaj. Ai-je raison de dire cela ?

8 R. Il faudra peut-être que mes réponses soient plus brèves. Le problème,

9 c'était qu'on ne voulait pas qu'il arrive quoi que ce soit à nous causé par

10 M. Haradinaj. On ne voulait pas courir un risque pour la vie de M.

11 Haradinaj et ses soldats. Puisque je connaissais bien M. Haradinaj, puisque

12 je l'avais rencontré lors de mes visites au Kosovo, j'ai pensé qu'il

13 appartenait à moi de lui parler. Je pensais que cela serait mieux si

14 j'étais, moi, responsable de ce voyage, de ce déplacement.

15 Q. Pour enchaîner là-dessus, nous avons parlé en détail de vos dits

16 déplacements vers le Kosovo 1998, avant l'entrée formelle des forces de

17 FARK. Alors, est-ce qu'il vous est arrivé de rencontrer M. Haradinaj

18 pendant ces visites ?

19 R. Oui, une fois j'ai rencontré M. Haradinaj. Nous avons parlé, et c'était

20 une conversation très amicale, fraternelle. Nous avons abordé plusieurs

21 questions, nous avons parlé de la situation. Il m'a dit comment se

22 déroulaient les choses. Il m'a dit que peut-être à l'avenir on allait être

23 peut-être même mieux préparés.

24 Enfin, c'était un bon contact que nous avons eu.

25 Q. Alors, est-ce que vous vous rappelez la date de cette réunion ? Est-ce

26 que vous vous rappelez la date du moment où vous l'avez rencontré ?

27 R. Je ne suis pas très sûr. Je ne voudrais pas me tromper sur la date.

28 Même si ne m'en souviens pas bien, M. Haradinaj pourrait peut-être nous

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1 aider.

2 Q. D'après vous, était-ce avant ou après le 24 mars ?

3 R. C'était le 24 mars, mais je ne peux pas vous donner la date exacte. Je

4 ne voudrais pas me tromper sur la date, je ne voudrais pas vous citer une

5 date et constater par la suite qu'elle est erronée.

6 Q. Est-ce que vous vous souvenez où vous l'avez rencontré ?

7 R. Si je ne me trompe pas, c'était dans le village ou la ville natale de

8 M. Haradinaj.

9 Q. Pouvez-vous nous dire où c'est ?

10 R. Son village natal, c'est le village de Gllogjan, qui se situe dans la

11 municipalité de Decane.

12 Q. Vous dites qu'au cours de cette réunion, vous avez parlé d'un certain

13 nombre de choses avec M. Haradinaj. Est-ce que vous pouvez nous dire de

14 quoi vous avez parlé exactement ?

15 R. Je n'en suis pas certain, mais nous avons parlé de ce que nous étions

16 en train de présenter là-bas. On s'est dit que les choses allaient plutôt

17 bien et on attendait le moment où on allait vraiment entrer au Kosovo. M.

18 Haradinaj en a convenu, et quand nous nous sommes quittés, nous étions très

19 proches, deux personnes très proches qui se quittaient.

20 Q. Vous avez parlé du moment où vous alliez entrer au Kosovo. Est-ce que

21 vous parliez de l'entrée des forces des FARK au Kosovo ? Est-ce que vous

22 avez parlé de cela ?

23 R. Oui. Je lui ai dit que les préparatifs étaient en cours et que bientôt,

24 les forces armées de la République du Kosovo, à savoir les FARK,

25 entreraient au Kosovo et que nous joindrions nos forces pour lutter contre

26 l'ennemi. Il m'a paru extrêmement satisfaisant d'entendre cela. Enfin,

27 c'est l'impression que j'ai eue.

28 Q. Au cours de cette conversation, est-ce qu'il vous a dit quel était son

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1 poste à ce moment-là, quel était son grade ? Le saviez-vous ? Est-ce que

2 vous pouvez nous dire quelques mots à ce sujet ?

3 R. Non. Vous savez, à l'époque, il n'avait pas de grades, mais il était

4 commandant, parce qu'au Kosovo, les grades ce sont les grades que l'on

5 reçoit quand on a suivi les cours d'une académie militaire, et cetera.

6 Peut-être qu'il a un grade, je m'excuse auprès de lui si c'est le cas, mais

7 pour moi c'était un chef, un commandant. Mais je ne sais pas s'il avait un

8 grade, je n'en suis pas sûr. J'ai toujours connu parce que c'était

9 quelqu'un qui habitait dans mon village et puis que c'était un chef.

10 Q. J'aimerais que nous revenions au 4 juillet 1998 et je voudrais savoir à

11 quel moment de la journée vous êtes parti en compagnie de ces trois

12 officiers des FARK dont vous nous avez parlé, ainsi que le civil dans la

13 voiture de M. Ukehaxhaj.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, je vois que nous

15 revenons maintenant au 4 juillet. Je regarde également l'horloge. Je pense

16 que le moment est bien choisi pour faire la pause. Après la pause, nous

17 pourrons revenir donc à cette date du 4 juillet.

18 Nous allons faire une pause jusqu'à 11 heures.

19 --- L'audience est suspendue à 10 heures 32.

20 --- L'audience est reprise à 11 heures 00.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, vous pouvez continuer.

22 Nous serions reconnaissants aux parties et nous leur sommes

23 reconnaissants d'attirer l'attention de la Chambre sur les risques de

24 confusion, mais premièrement, lorsque le risque est minime, il ne se

25 matérialise pas systématiquement.

26 Et deuxièmement, lorsqu'il y a confusion, la Chambre de première

27 instance, contrairement à un jury, est facilement en mesure de dénouer les

28 chevaux éventuels. Donc, ceci n'a pas pour objectif de vous dire :

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1 n'attirez pas notre attention sur une source éventuelle de confusion, mais

2 ne le faites pas précipitamment et reposez-vous sur la capacité de la

3 Chambre à esquiver les confusions.

4 Maître Guy-Smith.

5 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je n'ai pas agi pas précipitamment.

6 Moi, ce qui ne me préoccupe pas, ce n'est pas tellement la confusion qui

7 peut régner dans l'esprit de la Chambre, mais plutôt la confusion qui peut

8 se glisser dans le compte rendu d'audience.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Le compte rendu d'audience reflète

10 ce qui est dit, donc il ne peut pas y avoir de confusion. J'espère que les

11 parties m'ont bien compris.

12 Allez-y, Monsieur Kearney.

13 M. KEARNEY : [interprétation]

14 Q. Témoin 29, lorsque nous en avons terminé tout à l'heure, nous

15 parlions du moment où vous êtes parti d'Isniq pour aller à Pecaj pour

16 chercher des armes. Pendant ce déplacement, après avoir quitté Isniq, est-

17 ce que vous vous êtes arrêté dans un village en chemin ?

18 R. Oui. Après avoir quitté Isniq, nous avons traversé plusieurs villages

19 et nous nous sommes arrêtés dans un village. Je peux vous donner le nom, si

20 vous le souhaitez.

21 Q. Oui.

22 R. Nous nous sommes arrêtés au village d'Irzniq.

23 Q. Pourquoi vous êtes-vous arrêtés à cet endroit ?

24 R. Nous nous sommes arrêtés à cet endroit pour deux raisons. D'abord, il

25 fallait que je me procure un uniforme militaire, et deuxièmement, la

26 personne qui était avec nous, pas le soldat, voulait acheter quelque chose

27 pour son petit-fils qu'il voulait aller voir dans la maison de sa fille.

28 Q. Quand vous êtes arrivé à Isniq, est-ce qu'il y avait des membres de

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1 l'UCK en ville ?

2 R. Oui. Mais même en chemin, nous avons vu des membres de l'UCK, également

3 dans le village d'Irzniq. Quand nous avons arrêté la voiture, je me suis

4 rendu en direction de l'endroit où je voulais me procurer un uniforme,

5 alors que l'autre personne et les trois soldats sont restés au magasin pour

6 boire quelque chose et acheter quelque chose.

7 Moi, je suis allé au commandement du village dans l'intervalle, et le

8 commandant du village était là. Il s'appelait Maxhun Cekaj. C'était un

9 responsable du village. Il était aussi commandant de réserve dans l'armée

10 yougoslave. J'ai obtenu de sa part un bout de papier, un document qui

11 pouvait me faciliter la tâche en chemin, et ensuite je suis parti avec mon

12 uniforme.

13 Entre-temps, nous avons rencontré M. Haradinaj au centre du village

14 d'Irzniq. M. Haradinaj venait d'arriver dans un véhicule quatre-quatre. Il

15 était accompagné de Togeri, qui était très connu à l'époque, et il a arrêté

16 sa voiture à côté de notre voiture. Il s'est arrêté. C'était tout à fait

17 naturel, tout à fait normal. Il a baissé la vitre de sa voiture; moi aussi.

18 Nous avons parlé.

19 Je ne peux pas vous dire mot pour mot ce que nous avons dit, mais

20 disons que lui, il m'a dit : je suis content de te voir, tu es au Kosovo,

21 on va se voir, on va parler, et cetera.

22 Pour moi, cela m'a paru un moment tout à fait normal. Il s'est

23 comporté de la manière dont je pensais qu'il se comporterait.

24 Q. Je vous interromps. Vous avez dit, vous avez parlé d'un monsieur qui

25 était commandant dans la réserve de l'armée yougoslave, n'est-ce pas ?

26 R. Oui.

27 Q. Est-ce qu'il avait une formation plus poussée de la chose militaire ?

28 R. Je ne sais pas. Je ne peux pas être précis à 100 %, mais je sais qu'il

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1 était commandant. Ce n'était pas un officier d'active. Dans l'armée

2 yougoslave, il y avait une force de réserve dans l'armée yougoslave,

3 c'étaient des réservistes ou les forces de Défense territoriale qui étaient

4 organisées au niveau de la municipalité au Kosovo ainsi qu'en Yougoslavie,

5 me semble-t-il.

6 Q. Mais ce 4 juillet 1998, c'était lui le chef du village pour l'UCK à cet

7 endroit, n'est-ce pas ?

8 R. Oui. Je vous parle de Maxhun Cekaj, le commandant du village.

9 Q. Vous nous dites qu'il vous a remis un document; est-ce bien exact ?

10 Pouvez-vous nous dire de quoi il s'agissait ?

11 R. On parle de document, mais en fait il s'agissait d'une feuille de

12 papier manuscrite. Il n'y avait pas d'en-tête ou quoi que ce soit d'autre.

13 C'était un simple bout de papier qui m'autorisait, avec mon nom et prénom

14 indiqués, à aller du village d'Irzniq à Pacaj pour récupérer un chargement

15 d'armes. Il était indiqué que j'étais accompagné de trois autres soldats.

16 Voilà.

17 C'était un document que je serais susceptible de montrer aux endroits

18 appropriés pour nous faciliter le passage. Ce n'était pas un ordre, c'était

19 un document manuscrit.

20 Q. Vous nous dites que peu après, Ramush Haradinaj et Togeri sont arrivés

21 dans un véhicule. Celui que vous appelez Togeri, connaissez-vous son

22 véritable nom ?

23 R. Ils ne sont pas venus jusqu'à notre voiture, mais alors que je suis

24 allé récupérer mon uniforme, M. Haradinaj et Togeri ont arrêté leur

25 voiture. Voilà, c'est plutôt de cette manière qu'il faut présenter les

26 choses. M. Haradinaj a arrêté la voiture, il a baissé la vitre de sa

27 voiture. C'est lui qui conduisait et il était accompagné de Togeri, celui

28 qu'on connaissait plus que l'autre. Idriz Balaj, c'est son nom. Je ne sais

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1 pas d'où il venait, mais pas de la municipalité de Decane.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Témoin, on vous a simplement

3 posé la question de savoir si vous connaissiez le véritable nom de celui

4 que vous appeliez Togeri. Veuillez, quand vous répondez, répondre avec

5 précision aux questions qui vous sont posées. Si le Procureur veut en

6 savoir plus, il ne manquera pas de vous poser la question.

7 Poursuivez.

8 M. KEARNEY : [interprétation]

9 Q. Est-ce que ce Togeri, de son vrai nom Idriz Balaj, vous l'aviez vu

10 avant cette journée du 4 juillet ?

11 R. Je l'avais vu deux ou trois fois, mais il était connu partout sous le

12 pseudonyme de Togeri. Oui, je l'avais rencontré deux ou trois fois. Je ne

13 lui avais pas parlé, mais je l'avais vu dans la rue.

14 Q. Vous dites que dans le véhicule, avec lui, il y avait M. Haradinaj.

15 Vous parlez de Ramush Haradinaj, n'est-ce pas ?

16 R. Oui, je pense à M. Ramush Haradinaj. Il était sur le siège du

17 conducteur. Il conduisait, il était accompagné de Togeri. Il a arrêté son

18 véhicule, mais il n'a pas parlé.

19 Q. Poursuivez. Vous voulez continuer votre réponse ?

20 R. Oui, si vous me le permettez. Donc, je l'ai salué, il m'a salué. Il m'a

21 dit : c'est bien que tu sois là. On a eu la conversation que j'ai

22 mentionnée précédemment. Ensuite, on s'est quitté. Il allait de son côté et

23 je suis allé là où je devais trouver mon uniforme. Ensuite, au bout de

24 quelques minutes, mais je ne peux pas être précis, j'ai obtenu les

25 informations selon lesquelles là où j'avais laissé les soldats, M.

26 Haradinaj, pas Ramush Haradinaj, mais Daut Haradinaj --

27 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je suis vraiment désolé d'avoir à

28 intervenir, mais le témoin n'est pas en train de répondre à une question.

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1 Il est en train de faire récit sur ce qui s'est passé. Si c'est de cette

2 manière que la Chambre souhaite procéder, qu'il en soit ainsi, mais je

3 crois que ceci sème un peu la confusion.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, essayez de tenir un

5 petit peu votre témoin afin qu'il réponde précisément aux questions qui lui

6 sont posées.

7 Vous, Monsieur le Témoin, répondez exactement aux questions. C'est fort

8 intéressant ce que vous dites sans doute, mais ce n'est pas exactement les

9 détails que M. Kearney souhaite forcément obtenir de votre part.

10 Essayez de vous concentrer sur les questions qui vous sont posées par

11 M. Kearney.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

13 M. KEARNEY : [interprétation] Je pense à l'heure, c'est la raison pour

14 laquelle j'autorisais le témoin à poursuivre. Mais je vais tenir compte de

15 votre intervention.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Certes, nous ne savons pas quelles

17 seront vos questions suivantes. Nous ne savons pas si le témoin donne des

18 détails supplémentaires sur une question que vous vous apprêtiez à lui

19 poser ou pas.

20 Poursuivez.

21 M. KEARNEY : [interprétation]

22 Q. Vous avez dit qu'à un moment donné, après avoir été chercher cet

23 uniforme, vous avez eu des informations selon lesquelles il y avait des

24 problèmes qui impliquaient Daut Haradinaj. Si c'est le cas, pouvez-vous

25 nous dire de quoi il s'agissait exactement ?

26 R. Oui, c'est ce qui s'est passé.

27 Q. Qu'avez-vous entendu dire ?

28 R. Alors que j'étais allé chercher l'uniforme, l'un des frères est venu et

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1 m'a dit que deux hommes étaient venus au magasin. L'un, c'était Daut

2 Haradinaj, l'autre Togeri, Idriz Balaj, et ils essayaient de faire partir

3 avec eux ceux que j'avais laissés au magasin.

4 Q. Là, vous êtes en train de parler des soldats des FARK qui étaient au

5 magasin ?

6 R. Oui, tout à fait. Ce sont eux, les trois soldats et la quatrième

7 personne.

8 Q. Après avoir reçu cette information, est-ce que vous êtes retourné au

9 magasin vous-même ?

10 R. Oui, je m'y suis rendu immédiatement, sans perdre une minute. Au bout

11 de deux ou trois minutes, je suis retourné au magasin aussi vite que

12 possible.

13 Q. Pouvez-vous nous dire ce qui s'est produit quand vous êtes revenu dans

14 ce magasin ?

15 R. Au moment où je suis arrivé au magasin, j'ai vu Daut Haradinaj qui

16 était avec Togeri, Idriz Balaj. Ils étaient dans deux véhicules, des

17 véhicules de bonne taille, des quatre-quatre, et ils étaient en train de

18 menacer les soldats pour les faire venir avec eux dans leurs voitures.

19 Q. Vous voulez dire "pour les faire venir avec eux", mais qu'est-ce que

20 vous voulez dire par là exactement ? Que disaient M. Haradinaj et M. Balaj

21 à ces hommes ?

22 R. Quand je suis arrivé sur place, les deux étaient en uniforme; M.

23 Haradinaj, je veux dire Daut Haradinaj, et Balaj, alias Togeri. Ils étaient

24 en train de parler aux soldats et ils les menaçaient. Ils les menaçaient

25 pour les faire monter à bord de leur véhicule. Je veux dire qu'ils

26 voulaient les faire monter dans leur véhicule et les amener là où ils

27 souhaitaient les amener.

28 Q. Est-ce qu'ils ont dit où ils souhaitaient conduire les soldats des FARK

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1 ?

2 R. Quand je suis arrivé et que Daut m'a vu, il a dit : "Toi et les autres,

3 tous, vous allez venir avec nous dans notre voiture et nous allons vous

4 amener à l'état-major du village de Gllogjan, chez Ramush Haradinaj."

5 Q. Est-ce que ces propos, ils les ont tenus sur un ton amical ou hostile ?

6 Pouvez-vous nous donner des précisions à ce sujet ?

7 R. A la différence du ton de M. Ramush Haradinaj qui était très amical,

8 eux ils étaient extrêmement agressifs, menaçants.

9 Q. Vous avez dit que Daut Haradinaj et Idriz Balaj portaient des

10 uniformes. Est-ce qu'ils étaient armés également ?

11 R. Oui, ils l'étaient. Quand ils sont descendus de leurs véhicules, j'ai

12 vu qu'ils avaient un pistolet à la ceinture et qu'ils avaient un couteau

13 sur leurs torses. Je ne sais pas exactement comment ça tenait, si ça tenait

14 grâce à un baudrier ou quoi que ce soit d'autre.

15 Q. Est-ce que l'un ou l'autre d'entre eux s'est servi de son arme à ce

16 moment-là ?

17 R. A un moment donné, il faut savoir qu'ils insistaient pour qu'on les

18 accompagne jusqu'à leurs voitures pour qu'ils nous amènent au village de

19 Gllogjan chez Ramush Haradinaj. J'ai refusé de les accompagner parce que

20 j'avais déjà vu M. Haradinaj. J'ai dit : "D'accord. Je vais aller voir M.

21 Haradinaj, mais je viendrai dans mon propre véhicule."

22 M. Haradinaj a sorti son pistolet. Il a tiré en l'air. C'était un

23 acte très menaçant comme pour nous forcer à monter à bord de leurs

24 véhicules, mais j'ai refusé. J'ai dit : "D'accord, je viendrai, mais je

25 viendrai à bord de mon propre véhicule."

26 Q. Pourquoi est-ce que vous refusiez ainsi de monter à bord de leur

27 voiture ?

28 R. J'ai pensé que ma sécurité et celle des autres n'étaient pas garanties.

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1 J'ai pensé qu'il valait mieux que j'y aille à bord de mon propre véhicule,

2 même si Haradinaj et Balaj insistaient pour que nous les accompagnions.

3 Donc, j'ai insisté de mon côté et aussi je veux dire que j'avais peur de

4 monter à bord de leur voiture. Je pensais qu'il était plus sûr pour moi et

5 pour mes amis que je me déplace à bord de mon véhicule.

6 Q. A ce moment-là, est-ce que vous leur avez montré le document qui vous

7 avait été remis par le chef de l'UCK du village ?

8 R. Oui. Je leur ai montré ce document qui m'avait été remis par M. Maxhun

9 Cekaj, le chef du village, mais Daut a déchiré le document et il a invité

10 cette personne à venir me rejoindre. A ce moment-là, Daut a commencé à

11 hurler en lui disant : "Mais pourquoi est-ce que tu as donné ce papier à

12 ces soldats de l'UCK ? Ils n'ont rien à faire ici. Il faut qu'ils quittent

13 le Kosovo. On va se battre contre eux," et cetera, donc il a menacé Maxhun

14 Cekaj.

15 Q. Est-ce que pendant ce temps-là, M. Balaj a dit quoi que ce soit ?

16 R. C'était un moment extrêmement désagréable. M. Balaj a sorti son

17 pistolet, il a tiré à plusieurs reprises, cinq ou six fois, et il l'a fait

18 pour nous faire peur et pour nous contraindre à le suivre, pour faire ce

19 qu'il avait l'intention de faire avec nous.

20 Q. Où a-t-il tiré ces cinq ou six coups de pistolet ?

21 R. Tout près de nous, à côté de moi, de Maxhun Cekaj et de tous les

22 autres. Nous étions à 2 ou 3 mètres les uns des autres au centre du

23 village, mais il n'a pas tiré dans notre direction, il a tiré en l'air

24 parce qu'il voulait nous faire peur et nous forcer à monter à bord de leurs

25 véhicules.

26 Q. A un moment, est-ce que vous vous êtes rendus à Gllogjan ce même jour ?

27 R. Oui. Oui, ensuite nous y sommes allés. Daut Haradinaj est parti tout

28 d'abord; Idriz Balaj est parti après lui; nous, nous étions au centre du

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1 village et nous avons pris la direction de Gllogjan.

2 Q. Vous étiez à bord de trois véhicules, Témoin 29; c'est exact ?

3 R. Oui.

4 Q. Combien de temps vous a-t-il fallu pour aller d'Irzniq à Gllogjan ?

5 R. Je ne peux pas vous donner de réponse précise en minutes, mais c'est

6 très près. Entre la dernière maison du village et la première maison de

7 l'autre village, il y a peut-être 2 kilomètres. Il faut compter cinq ou 10

8 minutes en voiture. Cela dépend de la rapidité.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, cette dernière

10 question et les détails qui ont été obtenus suite à cette question au sujet

11 de la distance de 2 kilomètres, est-ce que ça a une nécessité quelconque

12 pour comprendre la déposition du témoin ? Bien entendu, nous avons regardé

13 la déclaration du témoin et certes s'il s'était passé en chemin, en effet

14 cette question aurait été utile, mais elle m'apparaît en l'occurrence

15 totalement superflue.

16 M. KEARNEY : [interprétation] Je vous entends bien, Monsieur le Président.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Poursuivez.

18 M. KEARNEY : [interprétation]

19 Q. Où êtes-vous allés exactement quand vous êtes arrivés au village de

20 Gllogjan ?

21 R. Quand nous sommes arrivés à Gllogjan, on nous a dit d'aller jusqu'à

22 l'état-major de M. Haradinaj. A notre arrivée devant l'état-major, Daut

23 Haradinaj a garé sa voiture devant la nôtre. Nous avons garé notre voiture

24 derrière la sienne. Nous étions à environ 50 mètres de l'entrée de l'état-

25 major. Idriz Balaj s'est garé derrière nous. Je veux dire que tout le temps

26 notre voiture est restée entre leurs deux voitures. Je suis descendu de la

27 voiture. J'ai laissé mes camarades dans la voiture. J'ai également laissé

28 mon arme, ma kalachnikov, et je me suis rendu en direction de l'état-major

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1 de M. Ramush Haradinaj pour le rencontrer.

2 Dans l'intervalle, je ne sais pas ce que Daut faisait, mais comme je l'ai

3 dit il a garé sa voiture devant la nôtre, et nous avons été contraints de

4 nous arrêter. Nous n'avions pas le choix. Il y avait un grand nombre de

5 soldats qui nous entouraient.

6 Q. Combien y avait-il de soldats qui vous entouraient ?

7 R. Je ne peux pas vous donner de chiffre exact, mais ils étaient nombreux.

8 Je n'avais pas la possibilité de les compter, ça ne m'est même pas venu à

9 l'esprit. Est-ce que je peux poursuivre ?

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je comprends bien, Monsieur le Témoin.

11 Vous ne les avez pas comptés, mais est-ce que vous pouvez nous donner une

12 idée approximative de leur nombre ? Est-ce qu'ils étaient 10, 50, 200 ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Dans le village, il y avait un certain nombre

14 de soldats, mais à l'état-major de M. Ramush Haradinaj, j'ai vu qu'il

15 parlait à environ 40 ou 50 soldats qui étaient alignés sur deux rangs.

16 D'après ce que j'ai compris, il s'adressait à eux en tant que leur

17 commandant. Quand il m'a vu approcher, il a dit aux soldats : "Attendez, il

18 y a un ami, mon meilleur ami qui vient d'arriver," et il s'est approché de

19 moi.

20 M. KEARNEY : [interprétation]

21 Q. Ces 40 à 50 soldats à qui s'adressait Ramush, est-ce qu'ils étaient en

22 uniforme ?

23 R. Oui. Ceux qui étaient là étaient en uniforme. Ils étaient alignés sur

24 deux rangs, comme je l'ai dit.

25 Q. A ce moment-là, est-ce que vous avez eu une conversation avec M. Ramush

26 Haradinaj ?

27 R. Oui, on s'est parlé, une conversation extrêmement amicale, fraternelle.

28 Je lui ai dit que j'étais venu parce que Daut Haradinaj était venu au

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1 village d'Irzniq avec Togeri pour nous contraindre à venir. Je lui ai dit

2 que j'avais refusé de monter à bord de leur véhicule. Je lui ai expliqué où

3 j'allais et pourquoi. Ensuite, M. Ramush Haradinaj a dit : "Toi et tes

4 soldats, vous n'avez pas besoin de feuilles de papier. Personne ne vous

5 empêchera de passer, que vous soyez trois ou 300. Vous êtes libres d'aller

6 où vous souhaitez."

7 Pour moi, c'était très normal. Je ne m'attendais à rien d'autre. On s'est

8 serré la main et il a dit : "Tu es libre de partir."

9 Q. Est-ce que vous êtes retourné vers la voiture à ce moment-là ?

10 R. Il y avait environ 20 mètres entre l'endroit où j'avais garé ma voiture

11 et l'entrée de l'état-major de M. Haradinaj. J'ai pris la direction de la

12 voiture pour poursuivre vers Pacaj. Dans l'intervalle, Daut et Togeri sont

13 arrivés. Ils se sont rapprochés de Ramush Haradinaj et ils lui ont parlé.

14 Je ne sais pas de quoi ils ont parlé.

15 Et ensuite Ramush Haradinaj a changé d'avis. Il m'a dit : "Prends

16 ceux-là," il parlait des soldats qui étaient avec moi, "et retourne d'où tu

17 viens parce qu'il y a un problème dont la résolution risque de prendre

18 quelques jours."

19 Il n'a pas dit de combien de jours il s'agirait, combien de jours

20 seraient nécessaires pour résoudre le problème.

21 Q. Quand Ramush Haradinaj a prononcé ces paroles, "prends tes soldats et

22 retourne d'où tu viens," quel était le ton qu'il a employé ?

23 R. Les choses se sont détériorées. Ce n'était plus le ton amical qu'il

24 avait utilisé précédemment. C'était un ton beaucoup plus sec.

25 Q. Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?

26 R. Ensuite, je suis allé en direction de la voiture et j'ai dit à Idriz de

27 monter dans la voiture parce qu'il fallait retourner au village de Irzniq

28 étant donné que l'UCK placée sous le commandement de Ramush ne nous

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1 permettait pas d'aller dans cette direction, qu'il fallait rebrousser

2 chemin. Idriz était un peu perplexe. Il ne s'attendait pas à cela. Il a dit

3 : "Mais pourquoi ?" Et je lui ai dit : "Monte dans la voiture. Il faut

4 qu'on retourne d'où on vient."

5 Est-ce que je peux continuer ?

6 Q. Oui. Dites-nous ce qui s'est passé ensuite.

7 R. Dans l'intervalle, donc moi je me dirigeais vers ma voiture. Idriz a

8 voulu monter à bord de la voiture, et M. Haradinaj, les deux frères

9 Haradinaj et Balaj étaient environ 2 ou 3 mètres derrière moi. A un moment

10 donné, M. Haradinaj a dit : "Prends-les et vas te faire foutre." J'ai dit à

11 Idriz : "Monte dans la voiture." A ce moment-ci, M. Haradinaj est arrivé

12 sur la droite.

13 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Est-ce que vous pouvez répéter ?

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Est-ce que je peux continuer ?

15 M. KEARNEY : [interprétation]

16 Q. La Chambre de première instance souhaite que vous précisiez vos

17 dernières paroles, parce que vous avez dit qu'à ce moment-là, M. Haradinaj

18 a dit : "Prends-les et --" Nous n'avons pas très bien compris ce que vous

19 avez dit. Est-ce que vous pouvez le répéter ?

20 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Dites-nous qui a tenu ces propos.

21 Est-ce que c'était M. Haradinaj ?

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Est-ce que je peux répondre ?

23 M. KEARNEY : [interprétation]

24 Q. Avec la permission de la Chambre, étant donné qu'on parle de deux

25 Haradinaj, Ramush et Daut, au lieu de dire "M. Haradinaj", est-ce que vous

26 pouvez utiliser leurs prénoms ?

27 R. Oui, oui, d'accord. Est-ce que je peux continuer ?

28 Q. Oui.

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1 R. A ce moment-là, M. Ramush Haradinaj a dit : "Vas te faire foutre,"

2 enfin, disons, "casse-toi, casse-toi. Je ne veux plus te revoir. Je ne veux

3 plus poser les yeux sur toi." Il me suivait. A un moment donné, il arrivait

4 sur ma droite, et j'ai vu qu'il tenait son pistolet dans sa main droite.

5 Idriz se tenait appuyé contre la portière avant de la voiture et il

6 s'apprêtait à monter à bord de la voiture.

7 A ce moment-là, Ramush Haradinaj m'a dépassé sur ma droite et il est

8 allé vers Idriz Ukehaxhaj. Il tenait son pistolet dans sa main droite, et

9 sa main gauche, il en avait fait un poing. Il l'a serré. Il avait le poing

10 serré, donc le poing serré de la main gauche, et il avait un pistolet dans

11 la main droite. A ce moment-là, il a frappé Idriz.

12 Q. Je vais vous arrêter là pour un instant.

13 M. KEARNEY : [interprétation] Je voudrais demander aux membres de la

14 Chambre de première instance, le témoin vient juste de faire un geste avec

15 ses mains en décrivant ce qu'il avait vu Ramush Haradinaj faire par rapport

16 à Idriz Ukehaxhaj. Je voudrais inviter les membres de la Chambre de

17 première instance, je voudrais leur demander s'ils souhaitent que je

18 décrive ce qui a été vu pour le compte rendu. Est-ce que les membres de la

19 Chambre souhaitent ?

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, allez-y.

21 M. KEARNEY : [interprétation] Le témoin, et j'invite la Défense à me

22 corriger si je me trompe, le témoin a levé les deux mains devant lui en

23 montrant le poing et il a bougé ses mains ensemble dans un geste qui

24 semblait partiellement être un geste d'applaudissement ou de battre des

25 mains. Je pourrais le caractériser comme cela.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] A peu près à la hauteur de l'épaule.

27 Veuillez poursuivre.

28 M. KEARNEY : [interprétation]

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1 Q. Oui. Avec ce mouvement, Témoin 29, est-ce que Ramush Haradinaj a en

2 fait frappé Idriz Ukehaxhaj ?

3 R. A ce moment-là, M. Ramush Haradinaj l'a frappé des deux côté du visage.

4 De la main droite, il y avait le pistolet, et de la main gauche il avait le

5 poing fermé. Il avait tendu le poing, et il l'a frappé des deux côtés du

6 visage. Son visage était couvert de sang, je veux dire le village de Idriz

7 Ukehaxhaj.

8 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, décrire avec quelle force vous avez vu

9 Ramush Haradinaj porter ces coups, s'il vous plaît, si vous pouvez le faire

10 ?

11 R. Vraiment, excusez-moi, mais je ne sais pas avec quelle force il l'a

12 fait, mais je peux vous dire que c'étaient des coups très forts. Vous

13 voyez, son visage était couvert de sang, de sorte que cela avait dû être un

14 coup très, très fort, et à cause de ce coup il avait le visage en sang.

15 Q. Qu'est-ce qu'Idriz a fait au moment où il a été frappé ? Qu'est-ce

16 qu'il a fait quand il a reçu ce coup ?

17 R. Rien. Il ne faisait rien. Que voulez-vous qu'il fasse ? Il ne s'y

18 attendait pas. C'était tout près, et je n'ai pas pu intervenir parce que

19 tout s'est passé si rapidement. Personne ne s'attendait à cela. Nous

20 n'avons jamais pensé qu'une telle chose pourrait avoir lieu.

21 Q. Après ce premier coup qui a été donné par Ramush, est-ce qu'il a

22 continué à donner d'autres coups ? Est-ce qu'il a continué cette agression

23 ?

24 R. Cela, c'était le premier coup, et oui, cela a continué. En même temps,

25 M. Daut Haradinaj, le frère de Ramush, et Balaj ont attaqué les autres

26 soldats, Petrit et Azem, deux soldats, c'étaient les deux soldats, parce

27 qu'Idriz se trouvait devant Ramush à ce moment-là.

28 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, nous décrire cette agression, s'il vous

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1 plaît ?

2 R. Mais c'est un moment très difficile pour moi, c'est très difficile pour

3 moi de décrire ceci très exactement. Je vais essayer de faire de mon mieux.

4 A ce moment-là, la voiture était garée près d'un mur, et Idriz a été

5 attaqué par Ramush qui lui apportait des coups des deux côtés du visage,

6 tandis qu'Azem et Petrit se trouvaient derrière la voiture, près du mur. A

7 ce moment-là, Daut Haradinaj et Idriz Balaj ont attaqué Petrit et Azem.

8 Tout s'est passé très rapidement, en quelques instants. Ils ont donc

9 été attaqués physiquement, pas simplement en paroles, et ils ont été

10 frappés. Ils ont commencé à les frapper avec un pistolet, à leur donner des

11 coups de poing, et ensuite il y avait d'autres soldats qui ont participé,

12 qui ont commencé à lui donner des coups. C'était un passage à tabac très

13 pénible.

14 Q. Combien y avait-il des soldats de l'UCK qui ont participé à ce passage

15 à tabac ? Il y avait donc les quatre dont vous avez parlé, quatre membres

16 de la FARK. Combien y en avait-il de l'UCK qui ont participé à cela ?

17 R. Un certain nombre d'entre nous en ont pris part, mais pas tous les

18 soldats qui se trouvaient à Gllogjan. Je dirais de 20 à 30 personnes ont

19 pris part à ce passage à tabac, et c'était vraiment des coups très forts.

20 Mais il y avait d'autres soldats qui se trouvaient présents et qui

21 semblaient ne pas approuver du tout ce qui se passait et qui ne pouvaient

22 rien faire.

23 Q. Est-ce que vous-même, vous avez reçu des coups durant cette attaque ?

24 R. Oui, j'ai aussi reçu des coups.

25 Q. Pourriez-vous nous décrire cela, s'il vous plaît ?

26 R. Je vais essayer. J'ai été attaqué par derrière, par M. Daut Haradinaj

27 et par M. Balaj. La première fois, j'ai reçu un coup sur la tête avec une

28 arme à feu ou un pistolet, je pense, après quoi j'ai reçu d'autres coups,

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1 toutes sortes de coups, coups de poing avec la crosse des armes, les

2 kalachnikovs. Ils les utilisaient comme des bâtons pour nous battre, et on

3 a reçu toutes sortes de coups sur tout le corps, sur la tête. On ne peut

4 pas dire qu'il y a eu 1 centimètre de notre corps qui n'ait pas reçu de

5 coups, tant pour moi que pour les autres soldats qui ont été battus au même

6 moment.

7 Q. Est-ce que vous avez entendu des mots proférés pendant cette agression

8 ?

9 R. Oui. A partir du moment où ils ont commencé à nous porter des coups,

10 ils disaient également certaines choses et notamment : "Nous allons vous

11 tuer, nous allons vous éliminer, et pas seulement vous, mais aussi vos

12 commandants, Salih Ceku et Tahir Zemaj." Ils nous insultaient, ils nous

13 injuriaient, ils employaient toutes sortes de jurons contre nous-mêmes, nos

14 mères et tout.

15 L'un d'entre eux a dit : "Nous allons tuer (expurgé)." A un moment donné,

16 M. Ramush Haradinaj a dit : "Non, je le tuerai de mes propres mains," et il

17 a sauté sur moi par derrière.

18 Q. C'est donc Ramush qui a sauté sur vous par derrière ?

19 R. Oui. La première fois, c'était Toger et Daut, son frère, le frère de

20 Ramush, tandis que la deuxième fois, lorsque ces mots ont été proférés, à

21 savoir "tuons (expurgé)", M. Ramush Haradinaj a dit : "Je vais le tuer de

22 mes propres mains," et il m'a sauté dessus par derrière.

23 Q. Après que Ramush vous ait sauté dessus par derrière, que vous a-t-il

24 fait, en l'occurrence ?

25 R. A ce moment-là, Ramush Haradinaj, au moment où il m'a sauté dessus par

26 derrière, il y a eu un moment où il avait un pistolet à la main et où il

27 voulait me tuer, et je me trouvais dans une certaine position. Je n'étais

28 pas exactement étendu, mais je n'étais pas debout non plus. J'essayais de

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1 me protéger des coups qu'il me portait, je me protégeais de M. Haradinaj. A

2 un moment, brusquement, j'ai entendu un coup de feu.

3 Je n'ai pas compris à ce moment-là que j'avais reçu une balle parce

4 que je recevais d'autres coups sur l'ensemble du corps. J'avais des

5 douleurs, donc je n'ai pas compris que j'avais été touché par une balle,

6 mais en fait j'avais reçu une balle.

7 Q. Je voudrais vous arrêter là pour un instant, si vous voulez bien. Vous

8 nous avez dit il y a un moment, et ceci, c'est à la ligne 12, je cite : "A

9 ce moment-là, Ramush Haradinaj m'a sauté dessus par derrière, puis il y a

10 eu un moment où il avait un pistolet à la main et où il voulait me tuer."

11 Voudriez-vous nous décrire ceci ? Vous avez dit : "Il y a eu un moment où

12 il avait à la main un pistolet et où il voulait me tuer." Que faisait-il

13 avec ce pistolet qui vous amène à dire cela ?

14 R. Si vous voulez, M. Ramush Haradinaj -- c'était parfaitement clair.

15 M. Haradinaj a dit lui-même : "Je vais tuer (expurgé) de mes propres

16 mains." Donc, il est venu à moi. Je ne sais pas très bien quoi vous

17 expliquer de plus, vous dire les choses plus clairement. Il voulait me

18 tuer, il m'a sauté dessus. Peut-être qu'il avait planifié cela. Je ne sais

19 pas quoi dire d'autre.

20 Il m'a sauté dessus, il tenait un pistolet contre mon épaule, contre

21 mon cou, et j'essayais de me protéger de mon mieux. Puis, j'ai entendu le

22 coup de feu et j'ai donc reçu le coup de feu dans le bras droit. La balle

23 est entrée dans le bras ici et est ressortie 10 ou 12 centimètres plus bas.

24 J'essayais, comme je le disais, de me protéger pour ne pas qu'il puisse me

25 faire cela, mais j'ai quand même reçu une balle et heureusement je n'en

26 suis pas mort.

27 Q. Il faut que je vous pose la question pour le compte rendu. Qui a tiré

28 cette balle qui vous a touché à l'épaule ?

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1 M. EMMERSON : [interprétation] Excusez-moi.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, Maître Emmerson.

3 M. EMMERSON : [interprétation] Présentée sous cette forme, étant donné la

4 déposition du témoin jusqu'à présent et effectivement compte tenu de la

5 teneur de sa déclaration préalable, ceci n'est pas une question qui

6 convient.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous voudriez dire à partir de l'arme de

8 qui ?

9 M. EMMERSON : [interprétation] Non. Dans sa déposition pour le moment --

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

11 M. EMMERSON : [interprétation] -- effectivement, dans sa déclaration

12 préalable, ceci ne permet pas de répondre à une question sous cette forme.

13 Ce que M. Kearney pourrait faire, c'est connaître les circonstances de

14 faits.

15 M. KEARNEY : [interprétation] C'est exactement ce que j'essaie de faire.

16 M. EMMERSON : [interprétation] Excusez-moi. Peut-être que le témoin

17 pourrait enlever ses écouteurs un instant ?

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

19 Enlevez vos écouteurs un instant, s'il vous plaît.

20 M. KEARNEY : [interprétation] Mon intention était --

21 M. EMMERSON : [interprétation] Est-ce que je pourrais expliquer mon

22 objection avant que M. Kearney réponde ?

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

24 M. EMMERSON : [interprétation] La déclaration du témoin dit très

25 clairement, telle qu'elle se présente, que le témoin n'a pas vu quelle

26 était l'arme à feu d'où provenait cette balle.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

28 M. EMMERSON : [interprétation] Il tire certaines déductions de cette

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1 déclaration du témoin, en particulier au paragraphe 7, je pense à la page

2 4, sur la façon dont ceci pourrait avoir eu lieu. Excusez-moi, il s'agit du

3 paragraphe 7, à la page 11. Mais c'est l'endroit où il décrit qu'il y avait

4 eu un grand nombre d'armes qui avaient tiré autour de lui, mais il tire

5 certaines déductions de l'endroit où se trouvait M. Haradinaj par rapport à

6 cet incident et il exprime une opinion sur la base de cela.

7 A mon avis, il est très important qu'il ait répété plusieurs fois

8 dans sa déposition, plutôt que de lui poser une question de savoir qui vous

9 a tiré dessus, vu ce qui a été dit.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, je pense que c'est clair.

11 Monsieur Kearney.

12 M. KEARNEY : [interprétation] Oui. Mais vous savez, j'essaie d'avancer dans

13 un cadre temporel extrêmement difficile.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

15 M. KEARNEY : [interprétation] La question que je voulais lui poser, je

16 comprends ce qu'il a dit dans sa déclaration et je comprends que Me

17 Emmerson a du temps pour le contre-interrogatoire --

18 M. EMMERSON : [interprétation] Pour le moment, il ne s'agit de rien

19 d'autre, rien de plus qu'une opinion. Ce que M. Kearney pourrait faire --

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, nous ne le savons pas encore.

21 M. EMMERSON : [interprétation] Et bien, je suis entre vos mains, Monsieur

22 le Président, bien sûr, mais je ne veux pas prendre du temps pour

23 développer une objection. Mais en ce qui concerne la façon dont la

24 déposition apparaît à la fois par écrit et oralement, il s'agit de ce que

25 le témoin a vu, a entendu, il a ressenti certaines choses, et de cela il a

26 tiré des conclusions.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, vous êtes au courant

28 des problèmes qu'évoque Me Emmerson. Pourriez-vous reformuler votre

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1 question ? Gardez à l'esprit les préoccupations évoquées par Me Emmerson,

2 et à ce moment-là vous pourrez aller de l'avant.

3 M. KEARNEY : [interprétation] Bien sûr, Monsieur le Président.

4 Q. Témoin 29, comment est-ce que Ramush tenait le pistolet par rapport à

5 votre corps au moment où vous avez senti qu'on vous avait tiré dessus ?

6 L'INTERPRÈTE : Le témoin n'a pas ses écouteurs.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pourriez-vous, s'il vous plaît --

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Excusez-moi.

9 M. KEARNEY : [interprétation]

10 Q. Excusez-moi. Il y a une erreur.

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie de nous avoir

12 aidés.

13 Veuillez poursuivre.

14 M. KEARNEY : [interprétation]

15 Q. Témoin 29, comment est-ce que Ramush tenait son pistolet, quelle

16 position par rapport à votre corps immédiatement avant que vous n'ayez

17 compris qu'on vous avait tiré dans l'épaule ?

18 R. A ce moment-là, je n'étais pas étendu par terre, mais je n'étais pas

19 non plus debout. Est-ce que je pourrais essayer de vous le montrer ? Je

20 vais essayer.

21 M. KEARNEY : [interprétation] Avec la permission de la Chambre.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Alors, s'il vous plaît, faites-le

23 et soyez concis du fait que nous allons devoir décrire ce que vous nous

24 montrez pour le compte rendu.

25 LE TÉMOIN : [interprétation] L'un de mes genoux était presqu'à terre et

26 j'essayais de me protéger en me penchant. Presque tout mon corps était

27 penché dans ce sens-là. Je n'arrive pas à l'expliquer exactement, et

28 j'essayais de me protéger. Il avait un pistolet là, posé sur mon épaule, et

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1 pendant le mouvement j'ai entendu le coup de feu, et la balle a traversé le

2 bras. Cette position -- je me trouvais dans une position très difficile, je

3 ne pouvais rien faire.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Le témoin a bougé de telle sorte qu'il

5 était en train de s'agenouiller avec le corps détourné, regardant vers le

6 haut, avec le corps qui était proche du sol.

7 Veuillez poursuivre.

8 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je voudrais vous demander, ce

9 pistolet, il était braqué sur votre épaule, vous dites ? Est-ce que ceci

10 veut dire que c'était peut-être à bout portant, il touchait l'épaule ?

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Ce pistolet était contre mon cou au moment où

12 il disait : "Je vais le tuer de mes propres mains." Et parce que je

13 bougeais, il n'a pas pu me frapper au cou, et la balle m'a frappé au bras,

14 et non pas au cou où il voulait en fait me toucher.

15 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Vous dites que la balle vous a frappé

16 au bras droit près de l'épaule. Je vous remercie.

17 M. KEARNEY : [interprétation]

18 Q. Pour ce qui est de ma question, lorsque vous dites "il", c'est-à-

19 dire lorsque vous avez dit : "Il ne pouvait pas me frapper au cou," vous

20 voulez parler de Ramush; c'est bien ça ?

21 R. Oui. Je parle de Ramush, exactement. Il voulait me toucher au cou, mais

22 à cause du mouvement que j'ai fait à ce moment-là, la balle ne m'a pas

23 touché au cou, mais au bras droit.

24 Q. Combien de temps est-ce que ce passage à tabac a duré ? Pourriez-

25 vous nous le dire, s'il vous plaît ?

26 R. Je ne saurais dire combien de temps ça a duré. Cela a commencé

27 brusquement. Ça s'est arrêté brusquement lorsqu'ils en ont eu assez,

28 lorsqu'ils étaient satisfaits. Donc, à la fois au moment où ça a commencé

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1 et au moment où ça a fini, ça a été très brusque, très soudain. A ce

2 moment-là, j'ai vu qu'ils tiraient un des soldats par les cheveux. Daut

3 Haradinaj et Idriz Balaj étaient en train de les traîner par les cheveux

4 tout en leur portant des coups en même temps. Ils les tiraient en direction

5 du village de Gllogjan --

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney. Pourrais-je --

7 LE TÉMOIN : [interprétation] -- vers l'état-major.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] -- vous poser une question ?

9 Est-ce que le coup de feu que vous avez entendu lorsque vous avez été

10 touché, était différent de ce que vous avec entendu lorsque les autres ont

11 fait usage de leurs armes ?

12 LE TÉMOIN : [interprétation] J'ai pensé que les autres coups de feu étaient

13 plus forts. Au moment où j'ai entendu ce coup de feu là, je ne sais pas si

14 quelque chose me bouchait les oreilles ou quelque chose de ce genre, mais

15 je n'ai pas entendu le même type de bruit que pour les autres. Je n'arrive

16 pas à vous l'expliquer, mais tout était tellement soudain.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Veuillez poursuivre, Monsieur Kearney.

18 M. KEARNEY : [interprétation]

19 Q. Vous avez dit que cette agression s'est arrêtée brusquement. Pourriez-

20 vous nous dire ce qui s'est passé quand elle a cessé ? Est-ce qu'on vous a

21 dit quelque chose à ce moment-là ?

22 R. Lorsque cette agression s'est arrêtée, j'ai vu Idriz, Petrit et Azem

23 qui étaient traînés par les cheveux par Daut et Balaj, et qui, en même

24 temps, recevaient des coups avec les kalashnikovs et les crosses de leurs

25 pistolets, ainsi que des coups de poing. Ils les traînaient en direction du

26 quartier général.

27 A ce moment-là, Ramush avait encore son pistolet à la main. Il l'a

28 gardé à la main pendant tout le temps, et il m'a dit : "Il ne te reste que

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1 deux minutes pour quitter le village de Gllogjan. Et marche droit, tout

2 droit devant toi sur la route. Tu as seulement deux minutes pour quitter le

3 village," tandis que les autres soldats ont été amenés au quartier général

4 dans le village de Gllogjan, le quartier général de M. Haradinaj.

5 Q. Et alors, est-ce que vous avez quitté Gllogjan ?

6 R. Alors, je suis parti de l'endroit où cet événement avait eu lieu. Nous

7 étions entourés de soldats, à ce moment-là. J'ai été autorisé à partir.

8 J'étais en train de marcher lorsqu'au bout de quelque 150 mètres, j'ai

9 tourné pour prendre par le village dans ce qui était une sorte de cour et

10 je me suis caché près d'un mur. Il s'agissait de la cour ou du jardin d'une

11 maison. Je n'ai vu personne qui y vivait, donc je ne sais pas si quelqu'un

12 habitait là ou non.

13 Q. On vous a dit de partir sur la route principale. Pourquoi ne l'avez-

14 vous pas fait ?

15 R. Je ne l'ai pas fait parce que si j'avais suivi la grande route, M.

16 Ramush Haradinaj n'aurait pas eu besoin de me dire d'aller et de suivre la

17 route. Il aurait pu me dire : part, vas-t'en. Donc, j'ai pensé qu'il allait

18 me tuer lui-même ou ordonner à l'un de ses subordonnés de me tuer. C'est

19 pour cela que, dès que j'ai quitté l'endroit où tout ceci avait eu lieu,

20 j'ai essayé d'éviter ce risque. C'est pour ça, en fait, que j'ai viré sur

21 la gauche.

22 Q. Est-ce que vous avez finalement réussi à retourner au commandement de

23 la FARK ?

24 R. Oui, après un certain temps. Je ne sais pas combien de temps je suis

25 resté là. J'ai parcouru environ 2 kilomètres à pied vers mon village.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Par rapport à la question, vous pouvez

27 comprendre que M. Kearney n'est peut-être pas intéressé par tous les

28 détails de la manière dont vous êtes retourné au commandement de la FARK.

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1 La question suivante serait quoi, Monsieur Kearney ?

2 M. KEARNEY : [interprétation]

3 Q. Lorsque vous êtes retourné --

4 R. Oui, je l'ai fait.

5 Q. -- au commandement de la FARK, est-ce qu'on a soigné vos blessures ?

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je voudrais demander à la Défense, sur

7 la question des soins médicaux et de la suite, s'il y a un problème pour ce

8 qui est de poser des questions directrices à ce sujet.

9 Après cela, Monsieur Kearney, vous pourriez lui poser des questions

10 concernant l'endroit où il a été soigné et le diriger. Oui.

11 M. EMMERSON : [interprétation] Je n'ai pas d'objection à ce que M. Kearney

12 pose des questions directrices, mais il n'y a pas d'élément de preuve

13 indépendant à notre disposition.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Veuillez poursuivre, Monsieur Kearney.

15 M. KEARNEY : [interprétation] Monsieur le Président, la pièce que je

16 voudrais utiliser pour cette déposition, c'est la pièce 1311 de la liste 65

17 ter. Je souhaiterais qu'on la présente au témoin.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, en même temps, si vous voulez avoir

19 des détails concernant les soins médicaux, vous pourriez faire ceci en

20 posant directement des questions puisque la Défense - je vois également que

21 les autres membres de la Défense acquiescent - n'a pas d'objection à cela.

22 M. KEARNEY : [interprétation] Je vous remercie.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame la Greffière, le numéro du

24 document suivant.

25 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Monsieur le Président, ceci sera la

26 pièce P264, cote provisoire aux fins d'identification.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie, Madame la Greffière.

28 Est-ce qu'il y a des objections contre l'admission si elle était

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1 demandée ? Non, bien.

2 Si vous la présentez pour versement au dossier, Monsieur Kearney,

3 elle sera admise.

4 M. KEARNEY : [interprétation] Je vous remercie.

5 Q. Témoin 29, est-ce que vous reconnaissez le bras que l'on voit sur cette

6 photographie ?

7 R. C'est mon bras, et ça c'est la blessure qui m'a été infligée par M.

8 Haradinaj.

9 Q. La balle avec laquelle vous avez été touché, dites-nous où elle est

10 entrée dans le corps et où elle est ressortie du corps et dites-nous ce que

11 nous voyons là, sur la photographie.

12 R. Oui. La balle a pénétré par la partie supérieure du bras et a ressorti

13 ici. L'orifice le plus large, vous pouvez voir, est le point de sortie.

14 L'orifice plus petit est l'orifice d'entrée.

15 M. KEARNEY : [interprétation] Messieurs les membres de la Chambre de

16 première instance, nous avons deux autres photographies ici. Est-ce que les

17 membres de la Chambre souhaitent que je les présente ou est-ce que je passe

18 à autre chose ?

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je ne sais pas ce qu'il y a sur ces

20 photographies, mais si c'est analogue, je ne pense pas qu'il y ait

21 contestation sur le fait qu'il y ait des orifices montrant l'entrée et la

22 sortie de la balle du bras de ce témoin, parce que c'est ce que montre la

23 photographie.

24 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pourrais-je demander pour être bien

25 au clair en ce qui concerne ces deux orifices ? Je vois celui-ci qui ne

26 pose pas de problème, au milieu, un peu vers le haut, plutôt, cela semblait

27 être du côté face.

28 M. KEARNEY : [interprétation] Effectivement, c'est tout à fait bien

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1 remarqué. Nous avons une autre photographie ici, je pense, qui montre le

2 point d'entrée et l'épaule et également le point de sortie.

3 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Bien. S'il vous plaît, nous

4 souhaiterions la voir.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bon. Tout le monde sait que les orifices

6 d'entrée sont les plus petits et les orifices de sortie plus grands.

7 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Voulez-vous nous montrer --

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, montrez ceci.

9 M. KEARNEY : [interprétation] Montrez --

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame le Greffière, je crois que nous

11 avons besoin de votre aide.

12 M. KEARNEY : [interprétation] Ceci est le numéro 840 sur la liste 65 ter.

13 Excusez-moi, non, 311 -- 1311, page 3.

14 Q. Témoin 29, est-ce que vous reconnaissez cette photographie qui vous est

15 maintenant montrée à l'écran ?

16 R. Oui, c'est la même photographie, mais il y a là une règle graduée qui

17 montre la distance entre les deux. A zéro, vous pouvez voir l'orifice

18 d'entrée, et à 10 approximativement, 10 centimètres, l'orifice de sortie.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La Chambre est suffisamment informée en

20 ce qui concerne ces blessures, Monsieur Kearney. Veuillez poursuivre.

21 M. KEARNEY : [interprétation]

22 Q. Au-delà juste de la blessure causée par cette balle à votre bras,

23 pourriez-vous, s'il vous plaît, brièvement nous décrire vos autres

24 blessures ?

25 R. Non, je n'ai pas d'autres blessures, car je n'ai pas été touché par

26 d'autres balles. C'étaient juste des suites de coups qui m'ont été assénés,

27 mais ces hématomes ont disparu.

28 Q. Est-ce que vous avez jamais revu vos trois camarades à partir du jour

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1 où vous avez quitté Gllogjan ?

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il y aura des questions directrices sur

3 les autres personnes. Est-ce que ceci dérange la Défense, ou non ?

4 M. EMMERSON : [interprétation] Nous n'y voyons pas d'inconvénient dans le

5 cadre du raisonnable, Monsieur le Président.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci.

7 M. KEARNEY : [interprétation]

8 Q. Monsieur le Témoin 29, encore une fois --

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Témoin, est-ce que vous avez

10 revu les autres qui se sont trouvés avec vous à l'hôpital ?

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Je les ai revus à peu près trois heures plus

12 tard. Je ne peux pas être plus précis.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] De manière générale, est-ce que vous

14 pouvez nous décrire leur état ? Dans quel état

15 étaient-ils ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Ils étaient vraiment en très mauvais état.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Et c'était dû à quoi ? Pouvez-vous nous

18 le décrire sans entrer trop dans les détails ?

19 LE TÉMOIN : [interprétation] On leur a assené beaucoup de coups. Ils

20 avaient reçu des coups sur la tête. Ils se sentaient très mal, très

21 faibles. Ils pouvaient à peine tenir debout. Azem Gashi a reçu également

22 une blessure par balle. C'était vraiment une situation qui était très, très

23 mauvaise. Ils avaient très mal à la tête. Ils avaient des pansements sur la

24 tête.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous en prie, poursuivez, Monsieur

26 Kearney.

27 M. KEARNEY : [interprétation]

28 Q. M. Gashi vous a-t-il dit comment il a reçu cette blessure par balle au

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1 pied ?

2 R. Non, il m'a juste dit qu'il avait une blessure par balle dans sa jambe

3 droite, si je ne me trompe pas. Mais de manière générale, il était très

4 mal. Nous ne savions pas quoi dire les uns aux autres. Chacun commençait a

5 raconter ce qui lui était arrivé, et cetera.

6 Q. Vos camarades vous ont-ils dit ce qui leur est arrivé à partir du

7 moment où on les a traînés par les cheveux vers le QG ?

8 R. Oui. Ils ont dit qu'on les a également battus à l'intérieur et que par

9 la suite on les a fait sortir, qu'on leur a enlevé tous leurs vêtements,

10 qu'ils ne pouvaient garder que leur linge de corps et qu'on les a battus

11 tout le temps et qu'on les a forcés à courir du village de Gllogjan vers

12 Irzniq jusqu'à Kodrali, devant la voiture, pendant qu'on leur tirait

13 dessus.

14 En fait, on tirait par terre là où ils étaient en train de courir. On

15 tirait à gauche et à droite pour les forcer à courir malgré les coups

16 qu'ils avaient reçus et qui les avaient tellement affaiblis.

17 Q. Est-ce qu'ils vous ont dit qui leur tirait dessus pendant qu'ils

18 couraient à ce moment-là ?

19 R. Ils ont dit que de Gllogjan à Kodrali, Daut Haradinaj et Idriz Balaj

20 leur tiraient dessus. C'est ce qu'ils m'ont dit. Ils ont dit également que

21 quand ils sont arrivés au village d'Irzniq, il y avait le commandement

22 appelé les Aigles noirs, placé sous le commandement d'Idriz Balaj, et que

23 là on leur a assené des coups également et qu'ils ont continué de leur

24 tirer dessus et qu'ils ont couru pratiquement tout le temps jusqu'à

25 Kodrali, pratiquement nus.

26 Q. Monsieur le Témoin 29, je voudrais maintenant aborder mes dernières

27 questions.

28 M. KEARNEY : [interprétation] Avec l'autorisation de la Chambre, je vais

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1 aller directement à la date du 10 juillet. C'est quelques jours plus tard,

2 et les événements se situent au village de Prapaqan.

3 Q. J'aimerais savoir si c'est dans ce village à ce moment-là que vous avez

4 revu Ramush Haradinaj.

5 R. Oui, je l'ai revu le 10. M. Ramush Haradinaj était en compagnie d'Idriz

6 Balaj et de Rrustem Teta. Il y avait également un groupe d'une trentaine

7 d'hommes. Ils étaient tous des soldats. Je ne sais pas combien il y en

8 avait exactement. Ils sont venus à notre commandement à Prapaqan.

9 Q. Est-ce que vous savez à quelle unité ils appartenaient ?

10 R. D'après leurs vêtements, ils étaient vêtus en uniformes noirs, ils

11 avaient deux noms, je pense : Aigles noirs et Unité spéciale.

12 Q. Ramus Haradinaj et Idriz Balaj, comment étaient-ils vêtus ce jour-là, à

13 cette date-là ?

14 R. Les deux portaient des uniformes noirs comme les autres et ils ont

15 aligné les soldats devant notre poste de commandement.

16 Q. Que s'est-il passé lorsque ces soldats sont arrivés à votre poste de

17 commandement ce jour-là ?

18 R. Ils sont arrivés, ils ont aligné les soldats devant le bâtiment et

19 ensuite ils ont invité Tahir Zemaj et Salih Ceku à s'enfuir de Prapaqan en

20 l'espace de 30 minutes. Il leur a accordé 30 minutes seulement.

21 Q. Est-ce que vous l'avez entendu vous-même, Témoin 29 ?

22 R. Oui, j'étais très près.

23 Q. M. Ceku ou M. Zemaj ont-ils répondu lorsque M. Ramush leur a dit qu'il

24 fallait qu'ils quittent les lieux en l'espace de 30 minutes ?

25 R. Les deux lui ont demandé la raison, car c'était un ultimatum de quitter

26 les lieux en 30 minutes. C'était une surprise, donc ils ont demandé

27 pourquoi on leur demandait de partir.

28 Q. Ramush a-t-il répondu lorsqu'ils lui ont demandé pour quelle raison ils

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1 fallaient qu'ils le fassent ?

2 R. A ce moment-là, Ramush a levé son fusil automatique, il a tiré en l'air

3 et il a dit : "Cinq minutes se sont écoulées, donc il ne vous reste plus

4 que 25 minutes," et il a tiré plusieurs fois en l'air.

5 Q. A un moment donné par la suite, est-ce que l'un ou l'autre ou les deux

6 de ces hommes ont quitté le Kosovo ?

7 R. Après cet incident, un soir, et c'était quelques jours par la suite,

8 plus tard, Salih Ceku est venu me voir. Il m'a réveillé et il a dit : "Il

9 faut qu'on parte, qu'on quitte le Kosovo, nous tous, parce que sinon ils

10 vont tous nous tuer."

11 Q. Vous êtes partis, vous avez abandonné le Kosovo ?

12 R. On s'est préparé, on a parlé au commandant Zemaj, et il a dit : "Il

13 nous faut partir cette nuit." Il nous a donné une autre instruction. Il a

14 dit : "Si la situation ne change pas, moi aussi je vais partir, parce que

15 nous ne sommes pas venus ici pour nous entretuer."

16 Q. Vous vous rappelez la date de votre départ final du Kosovo?

17 R. D'après mes souvenirs, enfin, j'ai peut-être fait des erreurs pour ce

18 qui des dates, mais il me semble que c'était vers le 17. En fait, je pense

19 que c'était bien le 17.

20 Q. Le 17 juillet 1998; c'est cela ?

21 R. Oui, le 17 juillet 1998. C'était vers 23 heures ou minuit. C'est à ce

22 moment-là que ça s'est passé.

23 Q. Je vous remercie, Monsieur le Témoin.

24 M. KEARNEY : [interprétation] Je n'ai plus de questions.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur Kearney.

26 Monsieur Emmerson, vous êtes prêt à contre-interroger ? Monsieur le Témoin,

27 vous allez être contre-interrogé par M. Emmerson, qui est le conseil de M.

28 Haradinaj.

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1 M. EMMERSON : [interprétation] Avec votre autorisation, je voudrais poser

2 une ou deux questions au sujet des notes avant de passer au fond.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

4 Contre-interrogatoire par M. Emmerson :

5 Q. [interprétation] Monsieur le Témoin 29, vous nous avez dit hier qu'en

6 1998 vous avez pris une série de notes sur des feuilles volantes au sujet

7 des incidents qui vous sont arrivés; est-ce exact ?

8 R. Oui. Il fallait prendre des notes et garder des notes sur tout. J'en ai

9 fait rapport au commandant pour lui montrer des notes.

10 Q. Vous nous avez dit hier également, lorsque vous avez consigné des notes

11 dans le cahier bleu que vous avez apporté au Tribunal, qu'en fait c'étaient

12 des notes que vous aviez recopiées directement dans le cahier; c'est bien

13 cela ?

14 R. Il faut qu'une chose soit claire. Parfois, lorsqu'on prenait des notes

15 à l'époque, on donnait ces notes au commandement. Parfois, les commandants

16 les acceptaient, les prenaient sous la forme sous laquelle on les

17 apportait. Mais ceci a à voir avec des problèmes que j'ai eus. Enfin, je

18 remettais un exemplaire au commandant, donc je le montrais, puis je gardais

19 un exemplaire pour moi. Donc, parfois on leur donnait des notes, mais

20 parfois on gardait aussi des notes. Moi, je gardais des notes.

21 Q. Mais Témoin 29, lorsque vous avez rempli le cahier bleu que vous avez

22 apporté au Tribunal, vous nous avez dit hier que vous avez gardé les notes,

23 que vous les aviez toujours en votre possession au moment où vous les avez

24 recopiées dans le cahier.

25 R. Je n'avais aucune raison de garder des notes sur quoi que ce soit

26 d'autre que des événements véritables, donc les dates correspondent aux

27 événements. Il s'est juste agi de les transférer d'une feuille de papier à

28 une autre. C'est ce que j'ai apporté.

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1 Q. Je vous prie de bien écouter mes questions et d'y répondre. Est-il

2 exact que ce qui figure dans le cahier bleu, ce sont des notes que vous

3 avez recopiées des feuilles volantes sur lesquelles vous les aviez

4 consignées à l'époque des événements, des événements auxquels se réfèrent

5 ou se rapportent ces notes ?

6 R. Mais je ne pouvais garder une trace de tout ce qui se passait,

7 d'absolument tout. Tout simplement, j'ai essayé de garder une trace de

8 dates, parce que parfois je n'avais pas besoin de décrire les événements,

9 de les décrire par écrit puisque je m'en souvenais.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Attendez, la question est la suivante.

11 Ce que vous avez consigné dans ce cahier, c'est juste une copie des notes,

12 de textes que vous avez écrits sur des feuilles ? Est-ce la même chose ou

13 est-ce que vous avez ajouté quelque chose ou est-ce que vous avez enlevé

14 quelque chose ? Vous êtes en train d'hocher la tête; est-ce que vous pouvez

15 répondre, s'il vous plaît, pour le compte rendu d'audience ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Rien n'a été ajouté, rien n'a été enlevé, tout

17 a été recopié.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie.

19 M. EMMERSON : [interprétation]

20 Q. Et c'est ce qui s'est passé pendant ces dernières six semaines,

21 Monsieur le Témoin 29; c'est bien cela ?

22 R. Ce processus a commencé à évoluer au fil du temps. Comme je l'ai dit

23 hier, cela a duré à peu près un mois et demi. Cela a commencé après le jour

24 où j'ai remis certaines de mes notes à ces messieurs, et c'est à ce moment-

25 là que j'ai commencé progressivement à les recopier depuis les feuilles

26 pour aller les transcrire dans le cahier. Mais je ne peux pas vous dire si

27 cela a pris une semaine ou deux, un mois ou trois mois. Mais après, je les

28 ai remises au représentant du bureau.

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1 Q. Attendez, écoutez bien. Vous nous avez dit hier que vous aviez en votre

2 possession ce cahier pendant uniquement un mois et demi, à savoir six

3 semaines. Donc, nécessairement, vous avez copié ces notes dans le cahier

4 pendant cette période de six semaines ?

5 R. J'ai dit "à peu près". Je n'ai pas donné de date précise. Je dis

6 toujours "à peu près". Par là, j'entends que c'était peut-être six, sept ou

7 huit semaines. Je ne peux pas être précis.

8 Q. Très bien, donc c'était à un moment en l'espace de huit semaines, donc

9 ces dernières huit semaines. Donc, nécessairement vous aviez ces feuilles

10 de papier originales sur vous pendant ces dernières huit semaines. A un

11 moment donné, vous les avez nécessairement eues.

12 R. Oui, la grosse majorité, oui, de celles-ci, de tous les événements.

13 Mais bien entendu, j'ai tout recopié, parce que je n'aurais pas pu recopier

14 quelque chose si je n'avais pas eu d'original correspondant.

15 Q. Vous avez détruit combien de ces notes depuis?

16 R. Je ne peux pas dire combien. Il se peut que j'en aie encore sur moi. Il

17 y en a que j'ai jeté.

18 Q. Vous en avez détruit la majorité ?

19 R. Il est possible que ce soit par mégarde que j'en ai détruites, sans en

20 avoir vraiment l'intention, parce qu'à ce moment-là je ne pensais pas que

21 j'allais en avoir besoin. A partir du moment où je les avais copiées, peut-

22 être que je pensais que je n'allais plus en avoir besoin.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Témoin 29, que ce soit de

24 manière délibérée ou non, est-ce que vous en avez détruit quatre sur cinq

25 ou deux sur cinq, à peu près ? Des proportions, est-ce que vous pouvez nous

26 dire à peu près combien ?

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Sur 10, j'en ai détruit trois ou quatre,

28 disons. Toujours est-il que la plupart d'entre ces notes sont encore là,

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1 même aujourd'hui.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Cela, est clair.

3 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est toujours de manière approximative que je

4 m'exprime.

5 M. EMMERSON : [interprétation] Merci.

6 Q. On vous a demandé par trois fois de fournir ces notes à l'Accusation;

7 c'est exact ?

8 R. Je n'ai pas compris votre question. Est-ce que vous pouvez la répéter ?

9 Q. Le 28 août l'année dernière, l'Accusation a pris contact avec vous et

10 vous a demandé si vous étiez prêt à communiquer vos notes à la Défense, et

11 vous avez répondu par la négative. Puis, depuis septembre, l'Accusation

12 vous a demandé si vous étiez préparé à leur remettre les originaux de vos

13 notes, et vous avez refusé de le faire. Vous avez dit que ne vouliez pas en

14 discuter avec l'Accusation à ce moment-là. Puis, en décembre dernier, vous

15 avez fourni certaines notes qui sont différentes de celles qui figurent

16 dans votre cahier. Puis, en janvier dernier, l'Accusation a pris encore une

17 fois contact avec vous et vous a demandé de voir si vous aviez d'autres

18 notes et vous a demandé de fournir les originaux de vos notes.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Avant de répondre, je donne la parle à

20 l'Accusation.

21 M. KEARNEY : [interprétation] C'est vraiment une question complexe, et je

22 demanderais que la Défense pose des questions séparées. Il s'agit de quatre

23 sujets différents qui sont réunis en l'espace d'une question.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

25 Monsieur Emmerson, peut-être pourriez-vous, s'il vous plaît, reposer votre

26 question pour fin août au sujet de votre demande de communiquer les notes à

27 la Défense ?

28 Est-il exact que c'est à ce moment-là qu'on vous a demandé de fournier vos

Page 3546

1 notes ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne me souviens pas de la date précise, le

3 temps passe, mais à plusieurs reprises je me souviens qu'on m'a demandé de

4 fournir mes notes personnelles, ce que j'ai refusé, car je ne voulais pas

5 courir de risque face à M. Haradinaj. J'étais certain que sa Défense serait

6 au courant de tout ce que j'allais lui donner et que je ne me sentirais

7 plus en sécurité.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Donc, il est vrai que vous avez refusé

9 de remettre vos notes à la Défense une fois. Par la suite, c'est

10 l'Accusation qui vous a demandé de le faire, et là encore vous avez refusé

11 ?

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Certains représentants du Tribunal, je ne sais

13 pas si c'étaient les avocats de l'Accusation ou de la Défense, mais

14 plusieurs fois j'ai refusé de leur remettre mes notes.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous en prie, Maître Emmerson.

16 M. EMMERSON : [interprétation]

17 Q. Enfin, en janvier cette année, on vous a demandé de manière explicite

18 de vérifier toutes vos notes et de vous assurer que vous avez apporté ou

19 plutôt de faire en sorte d'apporter les originaux au Tribunal; n'est-ce pas

20 ?

21 R. Maintenant, ceci revient à une seule et même question. Je vous ai

22 répondu clairement, je crois. Je vous ai dit : je promets que je les

23 apporterai.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Témoin 29, est-ce que vous pouvez

25 répondre à la question ? L'objectif de ces questions -- je vais revoir la

26 question. "On vous a demandé d'apporter des originaux au Tribunal;" c'est

27 bien ce qu'on vous a demandé en janvier ? C'était ça, la question.

28 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne suis pas sûr que c'était en janvier.

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1 J'ai promis de donner mes notes.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

3 M. EMMERSON : [interprétation]

4 Q. Mais pourquoi avez-vous détruit les originaux par la suite, à partir du

5 moment où vous avez promis de les apporter ?

6 M. KEARNEY : [interprétation] Le conseil laisse entendre que les originaux

7 ont été détruits après la réunion du mois de janvier.

8 M. EMMERSON : [interprétation] Oui, c'est ce que je pense puisqu'il dit

9 qu'il les a recopiées dans son cahier en l'espace de ces huit dernières

10 semaines.

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] L'objection est rejetée.

12 M. EMMERSON : [interprétation]

13 Q. Pouvez-vous expliquer pourquoi, compte tenu de la situation, vous avez

14 décidé de détruire les notes ?

15 R. Mais j'ai déjà dit qu'il y en a que j'ai détruites, mais d'autres sont

16 encore là.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Mais Monsieur le Témoin, on vous a

18 simplement demandé de prendre toutes les notes et de les apporter. Par la

19 suite, vous avez commencé à les recopier et vous en avez détruit certaines,

20 une portion, donc la question est de savoir pour quelle raison vous l'avez

21 fait, puisque c'était clair dans votre esprit, n'est-ce pas, qu'il fallait

22 que vous apportiez les originaux à La Haye ?

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous l'ai déjà dit, je n'avais pas

24 l'intention de les détruire. Ce n'était pas de manière intentionnelle que

25 je l'ai fait. Je ne savais pas que vous aviez besoin de ces bouts de

26 papier. Cela aurait été plus facile pour moi de vous les apporter, ça, ces

27 bouts de papier, que de m'atteler au travail des copies, de recopier tout

28 cela dans le cahier. Pour moi, ce qui était important, c'étaient les dates,

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1 les dates exactes des événements.

2 Je ne pensais pas qu'il était plus important de garder un bout de papier

3 que tout un cahier. Toujours est-il que la plupart de ces notes existent

4 encore, mais je ne savais pas qu'il était nécessaire de les apporter.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson.

6 M. EMMERSON : [interprétation]

7 Q. Monsieur le Témoin 29, la première page du cahier de vous avez apporté

8 parle de différents incidents qui se sont produits le 3 et le 5 juin 1998,

9 et vous citez une liste de noms. Lorsque vous parlez de vous-même, vous

10 parlez de vous-même à la troisième personne. Autrement dit, vous

11 transcrivez vos nom et prénom dans le cahier.

12 M. EMMERSON : [aucune interprétation]

13 M. LE JUGE ORIE : [aucune interprétation]

14 M. EMMERSON : [interprétation]

15 Q. Si c'étaient des notes que vous preniez pour vous-même, mais pourquoi

16 est-ce que vous vous emploieriez à rédiger vos nom et prénom ?

17 R. Parfois, il n'y a que ma signature, parfois il y a mon nom

18 L'INTERPRÈTE : Le témoin vient de prononcer son nom.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous allons passer à huis clos partiel

20 pour éviter que l'on ne dévoile l'identité.

21 Mme LA GREFFIÈRE : [aucune interprétation]

22 [Audience à huis clos partiel]

23 (expurgé)

24 (expurgé)

25 (expurgé)

26 (expurgé)

27 (expurgé)

28 (expurgé)

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1 (expurgé)

2 (expurgé)

3 [Audience publique]

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie.

5 M. EMMERSON : [interprétation]

6 Q. Alors, s'agissant des événements qui, d'après vous, se sont déroulés le

7 4 juillet, je vais tout d'abord vous poser des questions au sujet de

8 l'incident particulier que vous avez décrit et ensuite, d'une manière plus

9 générale, je vais vous poser des questions au sujet des problèmes qui,

10 d'après vous, ont existé entre la FARK et l'UCK placée sous les ordres de

11 Ramush Haradinaj.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson, nous allons bientôt

13 faire l'interruption habituelle d'audience. Est-ce que vous voulez qu'on la

14 fasse maintenant ?

15 M. EMMERSON : [interprétation] Oui.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous allons reprendre à une heure moins

17 le quart.

18 --- L'audience est suspendue à 12 heures 28.

19 --- L'audience est reprise à 12 heures 53.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson, Monsieur Kearney, si

21 les interprètes et les techniciens sont d'accord, nous pouvons poursuivre

22 jusqu'à 14 heures 15. Le prétoire est disponible, mais en cas de nécessité,

23 bien entendu, uniquement. Il faut savoir que demain, il n'y a pas

24 d'audience. Il y a une semaine pendant laquelle nous ne siégerons pas et je

25 voudrais savoir si je peux avoir le consentement des interprètes. Il y a

26 deux Chambres de première instance qui ont donné leur accord pour commencer

27 un peu plus tard. Je vois que du côté des cabines, on opine du chef, donc

28 nous allons continuer.

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1 M. EMMERSON : [interprétation] Merci beaucoup.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, je ne vais pas vous

3 demander s'il y aura beaucoup de questions pour l'interrogatoire

4 supplémentaire, mais il devrait quand même y avoir un peu de temps pour

5 cela.

6 M. EMMERSON : [interprétation] Oui.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Donc, poursuivons sans plus attendre.

8 M. EMMERSON : [interprétation]

9 Q. Monsieur le Témoin 29, j'affirme que ce que vous avez relaté à la

10 Chambre de première instance au sujet de l'incident du 4 juillet comporte

11 un certain nombre de contrevérités délibérées de votre part, et il y a

12 certains aspects de votre récit sur lesquels je souhaiterais revenir plus

13 en détail.

14 D'abord, la question des motivations. Si j'ai bien compris, vous nous dites

15 que Ramush Haradinaj s'en est pris à votre collègue, votre camarade Idriz

16 Ukehaxhaj, et ceci, sans aucune raison, qu'il s'agissait d'une attaque

17 absolument sans motif qui n'avait aucune provocation; est-ce bien exact ?

18 R. Pourriez-vous répéter la question ?

19 Q. Oui. Vous affirmez que Ramush Haradinaj a attaqué votre collègue Idriz

20 Ukehaxhaj alors que celui-ci ne l'avait nullement provoqué ?

21 R. Oui.

22 Q. Et c'est un homme que vous connaissiez quand vous étiez jeune, n'est-ce

23 pas ?

24 R. Vous voulez dire M. Ramush Haradinaj ?

25 Q. Oui.

26 R. Oui, on se connaissait.

27 Q. Vous le connaissiez quand vous étiez jeune et vous l'aviez vu au

28 premier semestre de 1998 quand vous aviez parlé des soldats qui pourraient

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1 éventuellement se joindre au combat. Il avait été très content de vous

2 accueillir à ce moment-là, n'est-ce pas ?

3 R. Oui. Ça a été une réunion extrêmement cordiale.

4 Q. Vous nous avez dit que le commandant d'Irzniq, c'était un dénommé

5 Maxhun Cekaj, n'est-ce pas ?

6 R. Oui, c'était le cas. Maintenant, il est décédé.

7 Q. Oui.

8 M. EMMERSON : [interprétation] J'aimerais qu'on passe à huis clos partiel

9 très brièvement.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

11 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel.

12 [Audience à huis clos partiel]

13 (expurgé)

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25 (expurgé)

26 (expurgé)

27 (expurgé)

28 [Audience publique]

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci.

2 Continuez, Maître Emmerson.

3 M. EMMERSON : [interprétation]

4 Q. Vous étiez en uniforme ce jour-là, n'est-ce pas ?

5 R. De quel moment parlez-vous exactement ? Est-ce que vous pouvez être

6 plus précis ?

7 Q. Le 4 juillet, à Gllogjan, vous nous avez expliqué que vous étiez allé

8 chercher un uniforme à Irzniq, n'est-ce pas ?

9 R. Oui.

10 Q. Est-ce que les trois hommes qui vous accompagnaient étaient aussi en

11 uniforme ?

12 R. Oui. Ils étaient en uniforme, et moi aussi. Nous étions tous en

13 uniforme, des uniformes de l'armée.

14 Q. Est-ce qu'il y avait un insigne ou un badge sur cet uniforme, sur la

15 manche ?

16 R. La plupart des soldats, aussi bien à Prapaqan que les soldats de M.

17 Haradinaj, n'avaient pas d'insignes. Mais nous faisions partie de l'armée,

18 aussi bien le groupe de M. Haradinaj que ceux qui étaient sous le contrôle

19 de Tahir Zemaj. Il y avait des soldats qui avaient aussi des insignes, mais

20 d'autres non.

21 Q. Et vous, est-ce que vous aviez des écussons sur la manche ?

22 R. Non, non, pas moi. Je ne suis pas sûr en ce qui les concerne, mais je

23 ne crois pas.

24 Q. Les autres soldats de l'armée qui était la vôtre, qu'est-ce qu'on

25 pouvait lire sur les écussons qu'ils avaient sur les manches ?

26 R. C'étaient les mêmes écussons que ceux des soldats de M. Haradinaj. Ils

27 n'étaient pas différents.

28 Q. Généralement, dans ce groupe, vous aviez des écussons de l'UCK sur la

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1 manche, n'est-ce pas ?

2 R. Ils avaient presque tous des écussons de l'UCK, mais il y avait

3 certains hommes des FARK qui étaient aussi membres de l'UCK. Ils étaient

4 tous ensemble. On n'avait rien à y redire.

5 Q. Ils étaient très proches, n'est-ce pas, tous ces hommes ?

6 R. On était très proche et on s'attendait à ce que cela continue. On n'a

7 jamais pensé qu'il allait se produire ce qui s'est produit avec M.

8 Haradinaj.

9 Q. Je vais en venir à votre entrée au Kosovo un peu plus tard, mais

10 j'aimerais que les Juges comprennent bien. Il n'existait pas d'uniforme

11 différent d'uniforme des FARK, différent de celui des hommes de l'UCK. Les

12 hommes des FARK portaient les uniformes des hommes de l'UCK, n'est-ce pas ?

13 R. Je vous en prie. Les uniformes ont changé. Ils étaient différents parce

14 qu'ils venaient de différents pays du monde, mais la plupart des soldats,

15 aussi bien les soldats commandés par M. Haradinaj que ceux qui étaient

16 commandés par Tahir Zemaj comportaient les mêmes écussons, les mêmes

17 insignes. Ils faisaient tous partie de la même force.

18 Q. Ils faisaient tous partie de l'UCK ?

19 M. KEARNEY : [interprétation] Objection. Je me demande si mon confrère

20 pourrait préciser la période de temps à laquelle s'applique ces questions.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson.

22 M. EMMERSON : [interprétation] Oui.

23 Q. Quand vous êtes entré au Kosovo le 24 juin, les soldats qui vous

24 accompagnaient, pour ceux qui portaient des écussons, portaient des

25 écussons de l'UCK, n'est-ce pas ?

26 R. Quand nous sommes entrés au Kosovo, nous y sommes entrés sous le

27 drapeau de notre brigade. Sur ce drapeau, il y avait l'emblème de l'UCK. Il

28 y avait aussi un aigle au milieu du drapeau, deux mains; l'une d'elles avec

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1 la lettre "F", qui représentait les FARK, et l'autre, l'autre partie de

2 l'armée. Nous étions une brigade.

3 Q. Afin que les choses soient limpides, les soldats qui portaient des

4 insignes et des écussons sur leurs manches et sur leurs couvre-chefs

5 arboraient les insignes de l'UCK, n'est-ce pas ?

6 R. Oui, certains d'entre eux arboraient ces écussons, mais pas tous. Par

7 exemple, ce n'était pas mon cas, mais ça n'empêchait que je fis partie de

8 l'armée.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Ecoutez avec attention les questions qui

10 vous sont posées, Monsieur le Témoin, parce que Me Emmerson vous a demandé

11 à plusieurs reprises si les écussons arborés par vos soldats, lorsqu'ils

12 existaient, ces écussons, s'il s'agissait d'écussons de l'UCK. Est-ce que

13 je vous ai bien compris si j'en arrive à la conclusion que c'était

14 effectivement le cas ?

15 LE TÉMOIN : [interprétation] J'essaie de répondre à la question. Je vous ai

16 dit que certains d'entre eux arboraient les écussons de l'UCK parce que les

17 principaux représentants de l'armée s'étaient mis d'accord sur ce fait.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Le "pourquoi", c'est une autre question.

19 La question de savoir s'ils portaient tous un écusson, cela aussi, c'est

20 une autre question. Mais il n'en reste pas moins que tous ceux qui

21 portaient des écussons portaient des écussons de l'UCK. Nous avons bien

22 compris.

23 Maître Emmerson.

24 M. EMMERSON : [interprétation]

25 Q. Au début de l'année 1998, vous avez eu une rencontre extrêmement

26 fructueuse avec M. Haradinaj. Vous dites que vous l'avez vu le 4 juillet à

27 Irzniq et qu'il s'est montré extrêmement plaisant. Il vous a accueilli

28 comme on accueille un ami ?

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1 R. Oui, tout à fait.

2 Q. Quand vous êtes entré dans le QG, là aussi il vous a accueilli comme on

3 accueille un ami ?

4 R. Oui.

5 Q. Puis soudain, sans aucune raison, il s'en est pris à votre collègue, il

6 l'a attaqué ?

7 R. Oui, c'est ce qui s'est passé.

8 Q. J'avance que le récit que vous faites de cet incident ne correspond pas

9 à la réalité ni à la vérité. Passons à autre chose, et je vais vous dire

10 quelle est la réalité de cet incident, comment cela s'est véritablement

11 passé. Est-ce qu'on pourrait remettre au témoin le dossier jaune ?

12 M. EMMERSON : [interprétation] Je l'utilise par souci de célérité. Je

13 peux d'ores et déjà dire que je n'envisage pas de demander le versement au

14 dossier des documents qui figurent dans ce dossier. Certains de ces

15 documents sont déjà des pièces à conviction, et on pourra le voir

16 facilement dans le dossier.

17 Q. Témoin 29, à l'intercalaire 1, vous avez la déclaration que vous avez

18 faite en 2002.

19 Je vais demander à vous, Monsieur le Témoin, de vous reporter à la deuxième

20 partie du document, après l'intercalaire 1. Là, vous avez une traduction en

21 albanais de votre déclaration. Je vous demande de vous reporter aux deux

22 derniers paragraphes de la page 15.

23 M. EMMERSON : [interprétation] Aux Juges, je demanderais de se reporter à

24 la page 11 de la version en anglais du document.

25 Q. Veuillez, Monsieur le Témoin, quant à vous, vous reportez à la page 15,

26 et j'aimerais vous poser des questions au sujet des deux derniers

27 paragraphes qui figurent à la page 15 et les deux premiers paragraphes à la

28 page 16.

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1 M. EMMERSON : [interprétation] Je signale aux Juges qu'il s'agit des quatre

2 derniers paragraphes que l'on trouve à la page 11, à partir des mots qui

3 sont les suivants : "J'ai entendu des tirs résonner autour de moi."

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous savez qu'il sera peut-être

5 nécessaire de passer à huis clos partiel pour évoquer certains de ces

6 passages.

7 M. EMMERSON : [interprétation] Excusez-moi.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Si vous regardez la page 11, quatrième

9 paragraphe à partir du bas, le troisième mot.

10 M. EMMERSON : [interprétation] Oui, je vois.

11 Q. Dans ces quatre paragraphes, nous avons le récit que vous nous avez

12 fait de cet incident au cours duquel vous avez été blessé. Une ou deux

13 questions préliminaires : est-il exact, comme vous l'affirmez dans ces

14 quatre paragraphes et dans la première phrase, dans les premiers mots de ce

15 paragraphe, de cette phrase, qu'il y avait des tirs dans la zone où cet

16 incident a eu lieu ? Est-ce bien exact ?

17 R. Oui, c'est ce qui s'est passé.

18 Q. Merci. Est-il exact que lorsque vous affirmez que vous avez entendu un

19 tir, que vous avez entendu tirer alors que M. Haradinaj était dans votre

20 dos armé d'un pistolet, à ce moment-là vous ne vous êtes même pas rendu

21 compte que vous aviez été blessé; est-ce exact ?

22 M. KEARNEY : [interprétation] Je pense que l'on est en train de déformer

23 les propos du témoin. Il n'a pas dit que M. Haradinaj se trouvait derrière

24 lui.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] C'est un détail qui n'entraîne aucune

26 confusion.

27 Continuez.

28 M. EMMERSON : [interprétation]

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1 Q. Est-il exact, Témoin 29, au moment où vous dites que vous avez été

2 blessé, en fait à ce moment-là vous ne vous êtes pas rendu compte que vous

3 aviez reçu une balle ?

4 R. J'ai déjà dit qu'à ce moment-là j'ai entendu quelqu'un dire : "Tuons

5 (expurgé)." Et M. Haradinaj a dit : "Je vais le tuer de mes mains." Mais à

6 cause de la douleur que je ressentais dans tout le corps, je ne me suis pas

7 rendu compte que la balle m'avait atteint à ce moment-là. Je parle de ce

8 moment-là.

9 Q. Combien de temps vous a-t-il fallu pour vous rendre compte que vous

10 aviez été blessé par une balle ?

11 R. Très peu de temps.

12 Q. Est-ce que vous étiez encore en train de vous battre avec M. Haradinaj

13 au moment où vous avez compris que vous aviez été touché ou est-ce que

14 votre bagarre avait déjà pris fin ?

15 R. Je m'en suis rendu compte quand j'ai vu le sang couler, puis j'ai vu

16 mon bras et j'ai vu l'endroit où la balle était sortie de mon bras.

17 Q. Est-ce que vous portiez un uniforme ? Est-ce que votre uniforme avait

18 des manches ?

19 R. Oui.

20 Q. Quand vous vous êtes rendu compte que vous aviez été blessé par balle,

21 est-ce que vous étiez encore en train de vous bagarrer avec M. Haradinaj ou

22 bien est-ce que ça s'était déjà terminé ?

23 R. Quand je me suis rendu compte de ce qui s'était passé, c'est quand je

24 suis allé chez ces gens dans cette maison. J'ai vu mon corps couvert de

25 sang et c'est là que je me suis rendu compte à 100 % de ce qui s'est passé.

26 Q. Vous ne vous êtes pas rendu compte que vous aviez été touché par une

27 balle avant le moment que vous venez de décrire et vous aviez à ce moment-

28 là déjà quitté les lieux ?

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1 R. Ecoutez, au moment où j'ai été blessé, je n'aurais même pas pu croire

2 que j'avais été touché par une balle, mais quand je suis parti, puis quand

3 je suis allé à cet endroit dont nous parlons, j'ai vu mon bras complètement

4 ensanglanté. Mais je me suis rendu compte que j'avais été touché peu de

5 temps après, quand j'ai vu le sang.

6 Q. Je vous repose la question. Est-ce que c'est pendant que vous vous

7 bagarriez avec M. Haradinaj que vous avez réalisé que vous aviez été touché

8 par une balle ou bien est-ce que c'est après cette bagarre ?

9 R. Je crois que je vais vous donner la même réponse. A ce moment-là, j'ai

10 réalisé que j'étais blessé. Est-ce que je peux continuer ?

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La réponse très précise : "Vous dites

12 que peu de temps après avoir été touché par cette balle, vous vous en êtes

13 rendu compte." Maintenant la question qui se pose, c'est la suivante :

14 "Est-ce qu'à ce moment-là, cette bagarre avec M. Haradinaj, elle avait pris

15 fin, ou bien est-ce que vous étiez encore en train de vous empoigner avec

16 lui au moment où vous vous êtes rendu compte que vous aviez été touché par

17 une balle, que vous l'avez remarqué ?"

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. Je continuais à me bagarrer. Dès que j'ai

19 entendu le coup de feu, j'ai pensé que j'allais mourir. Je ne pensais pas

20 que je survivrais à cette blessure.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous vous êtes rendu compte que vous

22 aviez été touché alors que vous étiez encore en train de vous battre avec

23 M. Haradinaj.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Il était encore sur moi quand j'ai vu le sang.

25 M. EMMERSON : [interprétation]

26 Q. Si l'on regarde le dernier de ces quatre paragraphes.

27 M. EMMERSON : [interprétation] Le dernier paragraphe de la page 11.

28 Q. Pour vous, deuxième paragraphe de la page 16. Est-ce qu'il faut

Page 3560

1 comprendre la chose suivante de votre déposition ? Vous n'avez pas vu M.

2 Haradinaj tirer, mais vous avez conclu que c'était lui qui avait dû tirer

3 parce qu'il se tenait juste derrière vous avec un revolver en main. C'est

4 là que vous aviez été blessé; est-ce bien exact ?

5 R. Au moment où M. Haradinaj m'a blessé, il n'y avait personne d'autre sur

6 moi. C'était son pistolet qui touchait mon corps et c'est son pistolet qui

7 m'a blessé. Il n'y a rien d'autre à dire. La réalité, c'est que M.

8 Haradinaj m'a blessé et il n'y avait personne d'autre que lui sur moi, sauf

9 M. Haradinaj.

10 Q. Pour que les choses soient bien claires, c'est une déduction que vous

11 faites à partir de l'endroit où il se tenait, mais vous ne l'avez pas vu

12 tirer; c'est bien exact ?

13 R. J'ai dit que j'ai vu de mes yeux M. Haradinaj qui était sur moi quand

14 il m'a tiré dessus. Personne d'autre n'aurait pu me toucher comme ça parce

15 qu'il y avait pistolet qui touchait ma nuque.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Savoir si votre conclusion est la bonne

17 ou pas, ça c'est la Chambre qui en décidera sur la base des éléments de

18 preuve. C'est autre chose. Est-ce que vous l'avez vu appuyer sur la détente

19 ? Est-ce que vous l'avez vu de vos propres yeux ?

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. J'ai vu ce moment-là. Il était sur moi et

21 il a tiré. Il a appuyé sur la gâchette en direction de mon cou. C'est lui

22 qui a tiré.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Quand on regarde les gestes que vous

24 faites, on a l'impression que cette arme, elle n'était pas dans votre champ

25 de vision. Je ne dis pas que vous dites la vérité ou que vous ne dites pas

26 la vérité; nous voulons simplement essayer de déterminer si l'arme qui

27 était selon vous entre les mains de M. Haradinaj, cette arme, vous étiez en

28 mesure de la voir ou bien si elle était peut-être tout près de vous, sur

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1 votre épaule, peut-être que vous l'avez sentie, je ne sais pas, mais ce que

2 nous voulons savoir, c'est si vous avez pu voir cette arme. Ne vous

3 inquiétez pas des conclusions que l'on peut en tirer. S'il y a des

4 conclusions logiques à tirer, c'est la Chambre qui en décidera en dernière

5 analyse.

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous prie de m'excuser, mais c'est M.

7 Haradinaj qui était sur moi. C'était son pistolet, je l'ai vu de mes yeux

8 quand ce pistolet m'a blessé. Je ne sais pas comment vous, Juges de la

9 Chambre de première instance, vous allez interpréter la chose. Moi, je suis

10 venu ici pour décrire les événements tels qu'ils se sont produits.

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Mais je vais être très clair. Moi tel

12 que vous me voyez là, j'ai du mal à voir ce qui se passe ici, dans mon dos.

13 Je n'ai pas d'yeux à cet endroit. Cela ne veut pas dire que les choses ne

14 se sont pas produites telles que vous nous le dites, mais moi, je ne suis

15 pas en mesure de voir derrière mon dos, derrière mon épaule. Je peux

16 entendre ce qui se passe, je peux sentir ce qui se passe, mais je ne peux

17 pas le voir, si bien que la question est sans que vous vous inquiétiez des

18 conclusions qui doivent ou pas être tirées.

19 Parce que la Chambre prendra toutes les conclusions qu'elle a à prendre sur

20 la base des éléments de preuve. Mais la question c'est de savoir si vous

21 avez vu le doigt de M. Haradinaj appuyer sur la gâchette ou bien vous savez

22 simplement que c'était lui qui était derrière vous au moment où on vous a

23 tiré dessus et que vous ne pouvez pas imaginer de quiconque d'autre que M.

24 Haradinaj ait ouvert le feu sur vous. Voilà ce qu'il en est.

25 Allez, c'est à vous, Maître Emmerson.

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous en prie.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

28 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est M. Haradinaj qui m'a blessé. Je l'ai vu,

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1 de mes yeux, vu.

2 M. EMMERSON : [interprétation] Nous avons compris ce qu'il en est.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

4 M. EMMERSON : [interprétation]

5 Q. Dernier paragraphe de la page 11 en anglais, deuxième paragraphe de la

6 page 16 dans votre langue, je cite : "A cause de l'angle et de la direction

7 de la balle qui a traversé mon bras, je ne pense pas que cette balle ait pu

8 être tirée par quiconque d'autre que par Ramush."

9 Est-ce que c'est ici un bon résumé des éléments que vous souhaitez nous

10 communiquer ? C'est ce que vous dites dans votre déclaration ?

11 R. J'ai l'obligation de dire ici comment s'est présentée la situation. M.

12 Haradinaj m'a blessé avec son arme. Je ne sais pas comment vous interprétez

13 cette phrase. La vérité, c'est que M. Haradinaj m'a blessé.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson, cela suffit, je pense.

15 M. EMMERSON : [interprétation] Je passe à autre chose.

16 Q. Soyons bien clairs. Entre le moment où vous l'avez vu, où vous l'avez

17 vu sortir son arme et le moment où vous avez quitté les lieux, d'abord vous

18 l'avez vu dégainer son revolver alors qu'il s'approchait de vous, n'est-ce

19 pas, de vous et d'Idriz ?

20 R. D'abord, Ramush était derrière moi avant qu'il ne frappe Idriz et

21 Ukehaxhaj. Ensuite, Ramush est allé vers la voiture, il m'a dépassé à

22 droite et il s'est dirigé vers Idriz et il l'a frappé.

23 Q. Ecoutez-moi avec attention. Vous nous avez dit que lorsqu'il a frappé

24 Idriz, il avait l'arme dans sa main; est-ce bien exact ?

25 R. Oui, il avait le pistolet dans la maison droite.

26 Q. Est-ce que vous l'avez vu dégainer cette arme ?

27 R. Quand il a dégainé, quand il a sorti son pistolet, je n'ai pas pu le

28 voir parce qu'il était derrière moi. Moi, je l'ai vu uniquement quand il

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1 m'a dépassé. A ce moment-là, j'ai vu qu'il avait l'arme en main. Il a

2 frappé l'autre personne sur les deux joues.

3 Q. Au moins, ça c'est clair. Vous l'avez vu au moment où il vous a

4 dépassé, et à ce moment-là il avait déjà l'arme en main, n'est-ce pas ?

5 R. Moi, je n'aurais pas pu le voir au moment où il a sorti son pistolet

6 parce que je ne sais pas si ça s'est produit à 2 mètres ou à 1 mètre

7 derrière moi. Je ne sais pas. Moi, je l'ai simplement vu quand il m'a

8 dépassé.

9 Q. Ecoutez bien mes questions. Quand il vous a dépassé, il avait déjà le

10 pistolet en main; est-ce bien exact ?

11 R. Je vous en prie. Je ne peux pas vous dire quand cela s'est passé

12 exactement, mais quand j'ai pu le voir, à ce moment-là j'ai vu qu'il avait

13 l'arme en main.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Personne ne vous a posé cette question.

15 La question qu'on vous a posée est très simple : est-ce que vous l'avez vu

16 dégainer ? Et la réponse très simple, c'est : "Non, parce que je ne pouvais

17 pas le voir à ce moment-là."

18 Quand Me Emmerson vous demande pour la deuxième ou la troisième fois alors

19 que tout le monde a déjà compris d'ailleurs s'il avait le pistolet en main,

20 si le moment où vous avez vu ce pistolet, c'est quand il l'avait déjà en

21 main et c'est le moment où il vous a doublé.

22 Continuez.

23 M. EMMERSON : [interprétation]

24 Q. Témoin 29, à partir du moment où vous avez pour la première fois vu

25 cette arme dans la main de M. Haradinaj et au moment où il vous a sauté sur

26 le dos, est-ce que vous l'avez vu, pendant tout ce temps-là, tirer avec son

27 arme, cette arme que vous avez vue pour la première fois dans sa main quand

28 il vous a doublé, entre ce moment-là ou au moment où il vous a sauté sur le

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1 dos ? Est-ce qu'il a tiré ?

2 R. D'abord, il a frappé Idriz, mais pas moi.

3 Q. Ecoutez bien ma question.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] On va répéter la question. M. Haradinaj

5 vous a doublé. Vous dites qu'ensuite, un peu plus tard, il était derrière

6 vous et vous êtes convaincu que c'est lui qui a tiré sur vous, dans votre

7 bras. Est-ce qu'entre ces deux moments-là, il a ouvert le feu avec son arme

8 ou bien est-ce que c'est la première fois qu'il a tiré ? Je parle de ce

9 moment où il a tiré et il vous a blessé.

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Il y avait des coups de feu tout autour. Quant

11 à savoir si c'était le pistolet de M. Haradinaj qui tirait ou d'autres

12 armes à feu, je ne pouvais pas les identifier, mais pendant qu'il frappait

13 Idriz avec les deux mains, il y avait des coups de feu tout autour.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La réponse est simplement : je ne sais,

15 il se peut que c'eut été que M. Haradinaj ait tiré avec son pistolet avant

16 que cette balle ne me touche.

17 Vous n'avez pas besoin d'expliquer quoi que ce soit. Centrez-vous sur

18 la question. C'est très clair.

19 Veuillez poursuivre.

20 M. EMMERSON : [interprétation]

21 Q. Alors, Témoin 29, indépendamment du moment où vous dites qu'il vous a

22 tiré dessus, tiré dans le bras, a-t-il à un moment quelconque tiré à

23 nouveau sur vous au cours de cet incident ou est-ce qu'il n'a tiré que

24 cette fois-là ?

25 R. Il ne m'a tiré dessus qu'une seule fois, lorsqu'il m'a blessé.

26 Q. Vous l'avez vu qui avait ce pistolet après cela. C'est ce que vous avez

27 dit il y a un moment, dans votre déposition, à la page 61, ligne 10. Vous

28 avez dit : "Après que cet incident se soit calmé, il avait encore son

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1 pistolet à la main," et vous l'avez vu, cela, n'est-ce pas ?

2 R. Attendez, écoutez. Je voudrais vous dire une chose qui peut-être

3 éclaircira les choses. Au moment où quelqu'un a crié "tuons (expurgé)" et

4 que Ramush Haradinaj a dit "je vais tuer (expurgé) de mes propres mains," à

5 partir de ce moment-là, je l'ai vu qui venait vers moi avec son pistolet à

6 la main.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson, retournons en audience

8 à huis clos partiel pour des raisons évidentes.

9 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Nous sommes en audience à huis clos

10 partiel, Monsieur le Président.

11 [Audience à huis clos partiel]

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5 [Audience publique]

6 M. EMMERSON : [interprétation]

7 Q. Témoin 29, ce document ici dit --

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Témoin 29, écoutez bien la question.

9 M. EMMERSON : [interprétation]

10 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, regarder à l'intercalaire numéro 3 ?

11 Peut-être que l'huissière pourrait vous aider. Je voudrais vous montrer

12 maintenant l'interrogatoire de témoin. Vous avez donné ceci à la police de

13 la MINUK le 9 août 2004. Si vous vouliez jeter un coup d'il juste pour

14 commencer, juste derrière, l'huissière va vous montrer le passage, cette

15 page qui se trouve juste après l'intercalaire 3.

16 Vous y êtes ? Vous voyez votre signature, là à droite, juste en face

17 de votre doigt, juste là où vous avez votre index droit ? C'est bien cela ?

18 M. EMMERSON : [interprétation] Pourriez-vous passer le dossier, s'il

19 vous plaît ? Oui.

20 Q. Est-ce que vous voyez votre signature ici ?

21 R. Oui, je la vois à deux endroits.

22 Q. Si vous tournez la page, il y a de l'anglais, vous voyez, en bas

23 de la page également ?

24 R. Oui.

25 Q. En fait, comme vous le voyez clairement, vous avez signé chacune des

26 pages de ce document en indiquant à la fin que vous les aviez lues

27 entièrement et comprises et que vous étiez d'accord avec sa teneur.

28 M. EMMERSON : [interprétation] Maintenant, pour les Juges, je regarde la

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1 page 85, la deuxième page et son numéro en bas au crayon, question 6 et

2 question 8.

3 Pour le Témoin, traduction en albanais qui se trouve juste après

4 l'intercalaire verte, page 89, question 6, et juste après la page, page 90,

5 et la question 7. Est-ce que vous pourriez appeler l'attention du témoin

6 sur la question 6 et la question 7 ?

7 Q. Je vais juste lire les deux questions et les réponses que vous avez

8 faites, Témoin 29, ces deux, avant que je vous demande de les commenter.

9 Question 6 : "Pouvez-vous, s'il vous plaît, nous dire précisément ce

10 que le --

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson, veuillez lire plus

12 lentement.

13 M. EMMERSON : [interprétation]

14 Q. "Réponse : Le 4 juillet, pendant la guerre ici au Kosovo, Ramush

15 Haradinaj m'a tiré dessus plusieurs fois par derrière en utilisant son

16 pistolet avec l'intention de me tuer. J'ai survécu à cette tentative et

17 j'ai été touché seulement une fois à l'épaule droite."

18 Question 8 : "Pourriez-vous, s'il vous plaît, raconter en détail

19 comment vous avez réussi à échapper à cette tentative contre votre vie par

20 Ramush Haradinaj qui a essayé de vous tuer ?"

21 Réponse : "Ramush Haradinaj, après avoir tiré plusieurs coups vers

22 moi, n'avait plus de munitions. A cet instant, Ramush a hésité à se

23 rapprocher ou à continuer de m'attaquer alors que je lui ai fait face pour

24 me défendre, bien que j'aie été sérieusement blessé. En me rendant compte

25 que Ramush était hésitant pour continuer de m'attaquer, j'ai réussi à

26 m'enfuir en courant et j'ai pu m'échapper."

27 Maintenant, Témoin 29, lorsque vous avez été auditionné par la police la

28 MINUK en août 2004, je suggère que vous leur avez dit que Ramush Haradinaj

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1 vous avait tiré dessus plusieurs fois jusqu'au moment où il n'a plus eu de

2 munitions.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il vous a tiré dessus.

4 M. EMMERSON : [interprétation]

5 Q. Il vous a tiré dessus plusieurs fois jusqu'à ce qu'il n'ait plus de

6 munitions ?

7 R. Est-ce que je peux vous donner ma réponse ?

8 Q. Oui, s'il vous plaît.

9 R. J'ai dit qu'il avait tiré plusieurs fois, et ceci est vrai. D'autres

10 ont tiré aussi. Je ne peux pas identifier qui a tiré. Le point important,

11 c'est que j'ai été blessé par Ramush.

12 Q. Regardez votre réponse à la page 93, ligne 4, s'il vous plaît.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, c'était un peu difficile pour le

14 témoin.

15 M. EMMERSON : [interprétation] Non, mais je --

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Si vous lui donniez lecture.

17 M. EMMERSON : [interprétation]

18 Q. Vous avez dit il y a quelques moments --

19 M. EMMERSON : [interprétation] Non, nous ne regardons plus le dossier,

20 maintenant. Je suis en train de regarder le compte rendu.

21 Q. Vous avez dit il y a un moment : "Il m'a tiré dessus une fois lorsqu'il

22 m'a blessé."

23 Un peu plus tard, le Juge vous a posé la question. Vous avez dit

24 clairement que bien que vous ayez vu qu'il avait un pistolet à la main par

25 la suite, il n'y a pas eu d'autres coups de feu. Je voudrais vous demander

26 pourquoi vous avez dit à la police de la MINUK, en l'an 2004, qu'il vous

27 avait tiré dessus plusieurs fois jusqu'à ce qu'il n'ait plus de munitions.

28 R. M. Haradinaj a commencé à me tirer dessus au premier moment, et ses

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1 munitions, il n'avait pas 500 coups à tirer. Le moment où il m'a tiré

2 dessus, j'ai entendu les coups, je ne saurais dire si tous ces coups tirés

3 étaient par lui-même ou par d'autres, mais ce que je dis, c'est qu'il a

4 tiré plusieurs fois et qu'il n'y a qu'une seule balle qui m'ait blessé.

5 Q. Je vois. Donc, votre déposition maintenant, c'est que vous l'avez vu

6 tirer plus d'un coup, Témoin 29 ?

7 R. Même à ce moment-ci, il avait frappé Ukehaxhaj. Il a continué de tirer

8 avec son arme. Il a tiré -- il m'a frappé avec son pistolet et il a tiré.

9 La même chose s'est passée pour moi.

10 Q. Est-ce que vous pourriez simplement --

11 R. Je ne peux pas vous dire combien de fois il m'a touché.

12 Q. Vous venez de dire il y a quelques minutes que c'étaient des coups de

13 feu qui étaient tirés, et vous ne pensez pas que l'un quelconque ait été

14 tiré par M. Haradinaj ?

15 R. S'il vous plaît, un instant. Au moment où quelqu'un a crié "tuons-le,

16 tuons (expurgé)", il a dit : "Je vais le tuer de mes propres mains." Et il

17 m'a seulement touché avec une seule balle. Je ne peux pas dire que j'ai 20

18 blessures par balles sur le corps qu'il aurait tirées.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson, le point est tout au

20 moins clair. Il y a une incohérence qui n'est pas purement expliquée pour

21 le moment.

22 M. EMMERSON : [interprétation]

23 Q. Lorsque vous avez regardé votre bras, est-ce que vous avez vu des

24 brûlures dues à la poudre autour de la blessure, Témoin 29 ?

25 R. J'ai vu les blessures dues à la poudre après, lorsque j'ai reçu des

26 soins. Ma veste avait été percée et il y avait une brûlure - comment

27 pourrais-je l'expliquer - qui était un peu plus large que l'orifice de la

28 balle. Quant à l'orifice de sortie, c'était presque le même que ce que l'on

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1 pouvait voir sur la veste du point de vue des dimensions.

2 Q. Là encore, vous dites qu'on vous a tiré dessus à bout portant; c'est

3 bien cela ?

4 R. Est-ce que vous parlez maintenant de M. Haradinaj ?

5 Q. Vous avez dit que M. Haradinaj vous avait tiré dessus à bout portant;

6 c'est bien cela ?

7 R. Lorsque j'ai été blessé, il était très très près. Le pistolet était

8 derrière mon dos, et parce que j'ai bougé la balle m'a frappé là où elle

9 m'a frappé. Sinon, j'aurais été touché au cou.

10 Q. Oui, je vois. Et vous --

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson, c'est un problème de

12 langage. Qu'est-ce que vous entendez essentiellement par "à bout portant" ?

13 M. EMMERSON : [interprétation] C'est immédiatement contre la cible.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, mais est-ce que ça veut dire que

15 l'on touche la cible ou est-ce que ça peut être une distance de 2, 3, 4, 5

16 centimètres ?

17 M. EMMERSON : [interprétation] Oui, "à bout portant" veut dire si près que

18 c'est à quelques centimètres.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien. Je vous remercie.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Son pistolet était dans mon dos, il était à

21 côté de moi. Ce n'était pas loin. C'était sur mon corps. Je pouvais le

22 sentir.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] J'ai demandé des éclaircissements à Me

24 Emmerson pour voir ce qu'il voulait dire exactement.

25 Veuillez écouter la question suivante, Témoin 29.

26 M. EMMERSON : [interprétation]

27 Q. Vraisemblablement, Témoin 29, vous accepteriez qu'avec tous ces hommes

28 armés de l'UCK dans le secteur, s'ils voulaient vous tuer, ils savaient

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1 qu'ils n'auraient eu aucune difficulté à le faire ?

2 R. Ils ont fait ce qu'ils voulaient faire. Apparemment, ils ont estimé

3 approprié d'en rester là. Il n'y a pas d'autres explications que je puisse

4 donner.

5 Q. Vous voyez, je voulais vous suggérer, Témoin 29, que bien que vous ayez

6 participé à un combat à Gllogjan ce jour-là, vous avez dit un certain

7 nombre de choses, et ce sont des mensonges délibérées sur ce qui s'est

8 passé.

9 M. KEARNEY : [interprétation] Monsieur le Président, excusez-moi, mais est-

10 ce qu'il y a une question qui est posée qui est sans réponse --

11 M. EMMERSON : [interprétation] Oui.

12 M. KEARNEY : [interprétation] -- mon collègue est simplement en train

13 d'exposer son propre point de vue en ce qui concerne la déposition.

14 M. EMMERSON : [interprétation] Je suis en train de présenter mes arguments.

15 C'est ce qu'exige le Règlement.

16 M. KEARNEY : [interprétation] Je demanderais au témoin si une question lui

17 est bien posée. On lui a bien posé une question.

18 M. EMMERSON : [interprétation] Je lui pose ma question.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Est-ce qu'il y a une objection à une

20 question ? A ce moment-là, elle est rejetée.

21 Veuillez poursuivre, Maître Emmerson.

22 M. EMMERSON : [interprétation]

23 Q. Je suggère, Témoin 29, que ce n'est pas vrai que vous ayez parlé à

24 Ramush Haradinaj à Isniq le 4 juillet. Si vous écoutez soigneusement les

25 suggestions que je vous fais, je vous demanderais d'y répondre à la fin. Il

26 n'est pas vrai que--

27 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Irzniq pas Isniq.

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] C'est correctement prononcé, Maître

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1 Emmerson.

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Si vous me posez des questions concernant le

3 village d'Isniq, c'est exact que je ne lui ai pas parlé.

4 M. EMMERSON : [interprétation]

5 Q. Ecoutez soigneusement. Je vais vous suggérer que vous n'avez pas parlé

6 à Ramush Haradinaj à Irzniq le 4 juillet, que vous n'avez jamais été amené

7 à Gllogjan du tout, que vous êtes allé de là à Pacaj et que vous avez été

8 arrêté et que vous vous êtes trouvé dans une dispute où il y avait des

9 gardes qui tenaient le point de contrôle de Gllogjan.

10 Je vous dis que vous n'êtes jamais entré au quartier général de

11 l'UCK, que vous n'avez jamais parlé à Ramush Haradinaj à l'intérieur du

12 quartier général et que vous avez été dans une dispute avec des gardes de

13 l'UCK à environ 50 mètres du quartier général. Vous avez refusé d'obéir à

14 leurs ordres parce que vous pensiez qu'en tant que soldats de la FARK, vous

15 n'aviez pas à recevoir d'ordre d'eux. Une lutte a éclaté. Des coups de feu

16 ont été tirés, et c'est à ce moment-là que Ramush Haradinaj est arrivé.

17 M. KEARNEY : [interprétation] Monsieur le Président, là encore c'est une

18 question très compliquée.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, bien. On présente au témoin une

20 version différente des événements, et je comprends que M. Emmerson voudrait

21 savoir si le témoin est d'accord avec ce qui s'est vraiment passé, plutôt

22 que ce qu'il nous a dit précédemment.

23 Monsieur Kearney, je pense que Me Emmerson a l'obligation, d'après le

24 Règlement, je crois, l'article 89(H) ou quelque chose de ce genre, de poser

25 au témoin -- enfin, je vais regarder. Mais veuillez poursuivre, dans

26 l'intervalle. Je vais jeter un coup d'il au Règlement.

27 M. EMMERSON : [interprétation]

28 Q. Je vous dis en plus qu'il n'a jamais tiré son arme, qu'il n'a jamais

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1 menacé de vous tuer et qu'il ne vous a certainement pas tiré dessus, bien

2 que des coups de feu aient été tirés dans le fracas qui a eu lieu. C'est

3 cela que je viens de vous suggérer.

4 R. Est-ce que je peux répondre ou est-ce que je dois

5 attendre ?

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Veuillez répondre.

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Tout ce que j'ai dit ici est vrai. En ce qui

8 concerne la question, les opinions de l'avocat de la Défense, c'est comme

9 si je lui disais : nous étions à Armsterdam en train de prendre un café.

10 Ce n'est pas vrai, ce qu'il dit. C'est son affaire. Moi, je ne peux

11 rien dire. La vérité, c'est ce que j'ai déjà dit.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, Maître Emmerson.

13 M. EMMERSON : [interprétation]

14 Q. Je vous remercie.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Kearney, je voulais citer

16 l'article 90(H) : "Lorsqu'un conseil invite un témoin à donner des réponses

17 qui sont pertinentes pour ses arguments, compte tenu de ce qui s'est passé,

18 le conseil peut poser ces questions à ce témoin." Par conséquent, c'est ce

19 qu'a fait Me Emmerson.

20 Veuillez poursuivre, Maître Emmerson.

21 M. EMMERSON : [interprétation]

22 Q. Je voudrais passer maintenant à la déposition plus générale que vous

23 avez faite en ce qui concerne la FARK, mais il faut le faire rapidement

24 parce que nous avons des contraintes de temps. Si vous pouviez faire des

25 réponses aussi brèves que possible.

26 Pour commencer, je voudrais vous dire que le jour qui a suivi cet

27 incident, le 5 juillet, Ramush Haradinaj a eu une réunion avec Tahir Zemaj

28 à Luke, juste à l'est de Decane, dans laquelle l'incident auquel vous avez

Page 3576

1 participé a fait l'objet de discussion. Est-ce que vous saviez cela ?

2 R. M. Haradinaj et M. Zemaj se sont réunis, mais je ne sais pas à quelle

3 date, et je sais que M. Haradinaj lui a présenté des excuses. C'est pour ça

4 qu'ils se sont réunis, uniquement pour qu'il puisse présenter des excuses,

5 c'est-à-dire j'ai fait une erreur, la situation m'a échappé. Je n'ai pas pu

6 me contrôler.

7 Ceci est plus ou moins ce qu'il a dit à Zemaj, tout au moins je l'ai

8 entendu dire. Je n'étais pas présent.

9 Q. Vous saviez pourtant que cette réunion avait lieu. En fait, je vous

10 suggère que c'était le 5 juillet, le lendemain après l'incident. Ce que M.

11 Haradinaj a dit à M. Zemaj, je suggère, et ce que M. Zemaj vous a dit,

12 c'est que M. Haradinaj avait présenté des excuses pour le comportement des

13 gardes, en ce sens que la situation avait échappé à son contrôle, mais que

14 pour autant qu'il avait compris les choses, c'était vous et vos collègues

15 qui avaient commencé la dispute.

16 R. Si nous étions ceux qui avait commencé cette discute, à ce moment-là

17 pourquoi est-ce que M. Haradinaj est venu trouver M. Zemaj pour présenter

18 des excuses ? Ceci montre qu'il avait bien compris qu'il avait fait une

19 erreur et il est venu présenter des excuses. Tout au moins, c'est ce que

20 m'a dit mon commandant, que M. Haradinaj avait accepté qu'il avait présenté

21 des excuses, que ceci n'allait plus se reproduire, qu'il n'avait pas pu

22 contrôler la situation, se maîtriser lui-même. Cette situation lui avait

23 échappé, et c'était très mal, n'est-ce pas ?

24 Q. Témoin 29, vous savez très bien que Ramush Haradinaj n'a jamais dit à

25 Tahir Zemaj qu'il ne pouvait pas se contrôler lui-même, parce que vous avez

26 discuté de ceci avec Tahir Zemaj, n'est-ce pas ?

27 R. Je n'étais pas présent à la réunion entre M. Zemaj et M. Haradinaj,

28 mais je peux simplement me fonder sur les mots que m'a dits mon commandant,

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1 à savoir que M. Haradinaj a présenté des excuses, que la situation a

2 échappé à son contrôle : j'avais fait une erreur, je ne vais pas répéter

3 cette erreur.

4 Q. Très bien. Bon, alors maintenant, venons-en à deux autres questions

5 générales concernant la déposition que vous avez faite en ce qui concerne

6 la FARK et l'UCK. Je voudrais suggérer, comme proposition générale, qu'il y

7 avait des problèmes initiaux d'intégration entre les forces nouvellement

8 arrivées et l'UCK qui existait déjà, que ces problèmes n'ont duré pas plus

9 de deux semaines et que du côté du 10 juillet, comme le dossier le montre,

10 les forces que Tahir Zemaj avaient amenées dans la région de Dukagjini

11 avaient été complètement intégrées avec l'UCK sous le commandement de

12 Ramush Haradinaj.

13 R. Puis-je répondre ? Le fait est que M. Haradinaj s'était autoproclamé

14 commandant. Je ne sais pas qui l'avait nommé à ce poste. Pour ce qui est de

15 M. Zemaj, il y avait une autre structure. Quelqu'un l'avait nommé au poste

16 de commandant. Bien entendu, M. Haradinaj devait accueillir M. Zemaj

17 puisque M. Zemaj était le général, le commandant général pour toute la zone

18 de Dukagjin.

19 Q. C'est ce que M. Zemaj pensait puisqu'il agissait sous les instructions

20 d'Ahmet Krasniqi, n'est-ce pas ?

21 Il pensait que c'était lui le commandant général pour la zone de

22 Dukagjini ?

23 R. Si un Albanais, un quelconque membre de l'UCK, voulait s'estimer être

24 un soldat qui combat pour l'avenir du Kosovo, il fallait qu'il obéisse aux

25 ordres du premier ministre et du président. Quiconque désobéissait à ce

26 genre d'ordres doit en assumer la responsabilité.

27 Q. Témoin 29, il y a eu des structures séparées qui donnaient des ordres

28 pendant la période qui a suivi l'arrivée des FARK au Kosovo, n'est-ce pas ?

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1 Il y avait Tahir Zemaj qui prenait des ordres d'Ahmet Krasniqi, puis il y

2 avait une autre structure au Kosovo qui n'avait aucun lien avec Ahmet

3 Krasniqi, puis il y avait une autre structure au Kosovo qui n'avait aucun

4 lien avec Ahmet Krasniqi ou le gouvernement de Bukoshi.

5 R. Avant qu'on arrive au Kosovo, il y a eu déjà des accords de passés.

6 Moi-même je n'ai pas pris part aux négociations de ce genre d'accord, mais

7 je savais qu'il y avait un accord. On n'est pas allé là-bas tout simplement

8 parce qu'on souhaitait s'y rendre.

9 Q. Vous voyez, vous avez mentionné des désaccords qui ont éclaté dans la

10 zone de Jasic. Même si vous nous avez dit que vous ne vous êtes pas trouvé

11 là-bas à la réunion, vous nous avez relaté ce qui s'est passé d'après ce

12 qu'on vous a dit. On vous a dit qu'il y a eu des menaces qui ont pesé

13 contre les soldats des FARK, et cetera.

14 Est-ce que c'est bien cela qu'on vous a dit ou vous ne savez pas

15 quelle a été la nature du désaccord ?

16 R. J'ai mentionné un accord et on s'y est référé à l'époque. Aux termes de

17 cet accord, l'UCK allait bien accueillir les FARK, allait coopérer avec les

18 FARK et allait se placer sous la supervision des FARK.

19 Q. C'est ce qu'en pensait Tahir Zemaj ? Lorsque vous êtes arrivé pour la

20 première fois, n'est-ce pas, il y a eu une fête qui a été donnée en

21 l'honneur des officiers, qui était organisée par l'UCK, et un banquet ?

22 R. C'était au village de Jasic. Tous les villageois de Jasic nous ont bien

23 accueillis, et je dois dire qu'on était vraiment très bien reçus. J'ai

24 parlé de l'accueil qui nous a été réservé par la population, et non pas par

25 l'UCK. Je vous ai expliqué la manière dont nous ont accueillis l'UCK et

26 Ramush Haradinaj.

27 Q. Il y a eu toute une série de rencontres à Junik et Jasic.

28 Si vous nous dites la vérité, à savoir que vous avez reçu des informations

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1 de la part de Tahir Zemaj, je suppose que vous savez aussi qu'il y a eu

2 désaccord parce que les commandants de l'UCK souhaitaient que les officiers

3 formés des FARK soient envoyés pour renforcer les défenses à différents

4 endroits de la zone du Dukagjin, tandis que Zemaj avait des instructions de

5 la part de Krasniqi selon lesquelles les FARK devaient rester une seule et

6 même unité.

7 Vous connaissiez la nature du désaccord, n'est-ce pas ?

8 R. J'ai parlé uniquement de Jasic, de l'accueil. Pour ce qui est de Junik

9 et d'autres endroits, j'étais à Isniq. J'ai essayé de trouver un endroit où

10 on allait pouvoir prendre en charge nos forces pour éviter qu'il y ait une

11 lutte fratricide avec M. Haradinaj. Comme je n'ai pas fait partie de ceux

12 qui ont négocié l'accord, je ne peux pas parler de choses que je ne connais

13 pas. D'après ce que je sais, M. Tahir Zemaj devait être le commandant qui

14 commandait toute la zone opérationnelle de Dukagjin, la troisième zone

15 opérationnelle. Quant à savoir ce qu'il en est de M. Ramush Haradinaj, il

16 était commandant avant qu'on arrive au Kosovo. Il devait être incorporé au

17 sein des FARK, mais il s'y opposait.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Emmerson, avant qu'on ne

19 poursuive, vous nous avez annoncé précédemment que vous nous fournissiez

20 des informations véritables, et cetera.

21 M. EMMERSON : [interprétation] C'est exact.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous ne devriez pas faire ceci.

23 M. EMMERSON : [interprétation]

24 Q. Vous voyez, à partir du moment où vous avez passé à peu près une

25 semaine dans la zone de Jasic, vous ou les forces de la FARK, il y a eu une

26 solution apportée aux difficultés, dans la mesure où les forces des FARK

27 ont pu se rendre à Isniq en passant par Gllogjan, n'est-ce pas ?

28 R. Pendant cette période-là, il y a eu d'autres réunions, mais je n'y ai

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1 pas assisté. D'après ce que j'en ai appris par la suite de la bouche du

2 commandant, pendant cette période-là ils nous ont encore menacés. Ils nous

3 ont menacés en nous disant qu'il fallait qu'on revienne en Albanie. Mais on

4 nous a donné l'ordre d'aller au Kosovo. Le problème a été résolu dans la

5 mesure où on allait quitter Jasic. Il y a eu une entente entre nos

6 officiers afin d'éviter un bain de sang.

7 Mais les forces de M. Haradinaj ont essayé de nous empêcher d'y arriver.

8 Cependant, M. Krasniqi nous a donné l'ordre de poursuivre notre

9 déplacement, de ne pas nous arrêter. On nous a donné l'ordre d'aller à tout

10 prix à Isniq, indépendamment des menaces.

11 Q. Les officiers de l'UCK placés sous le commandement de Ramush Haradinaj

12 se sont battus aux côtés des FARK pendant la bataille de Loxha le 5

13 juillet. Ce n'était que deux jours avant l'incident que vous avez décrit.

14 R. La bataille de Loxha a eu lieu sous les ordres de Tahir Zemaj. Il y

15 avait aussi des membres de l'UCK qui étaient des habitants du village de

16 Loxhe, mais à la tête de tout était le colonel Zemaj. Du moins, c'est ce

17 que j'en sais.

18 Q. Il y avait une caserne à Prapaqan, et cette caserne a été mise à la

19 disposition par Ramush Haradinaj, et Rrustem Teta était en train de former

20 des soldats de l'UCK dans cette caserne, et cette caserne a été remise à

21 Tahir Zemaj, n'est-ce pas, le 8 juillet ?

22 R. Lorsque nous sommes allés à Prapaqan, il n'y avait pas de formation de

23 soldats. Nous avons transformé une école en caserne. Il aurait fallu

24 investir pour transformer ces lieux. Vous savez, il fallait placer des

25 lits, et cetera, et tout a été fait par le commandant Zemaj. Par la suite,

26 des gens sont venus de la part de Ramush Haradinaj. Nous les avons bien

27 accueillis pour les former, mais c'était à partir du moment où on s'était

28 installé à l'école. Ce n'est pas ce que vous m'avez dit.

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1 Q. Est-ce que vous pouvez rapidement examiner l'intercalaire 4, Monsieur

2 le Témoin 29, s'il vous plaît ?

3 M. EMMERSON : [interprétation] Je pense que Mme l'Huissière pourrait vous

4 aider.

5 Q. Je vais parcourir cela très rapidement, si vous voulez bien. Examinons

6 d'abord l'intercalaire 4(A). Nous avons une traduction, pages 3 et 4. C'est

7 un ordre signé par Ramush Haradinaj afin de déployer les soldats de l'UCK

8 le 8 juillet, de les déployer à la caserne de Prapaqan.

9 Est-ce que vous admettez qu'il y avait des soldats de l'UCK à la caserne de

10 Prapaqan à partir du 8 juillet ?

11 R. S'il vous plaît. J'ai dit que nous sommes arrivés en premier, et un peu

12 plus tard environ 50 soldats venus de la part de M. Haradinaj nous ont

13 rejoints. Ils avaient un commandant qui était de Gjakove, si je ne me

14 trompe pas. Mais comme j'ai déjà dit, nous étions les premiers sur place.

15 Ils sont arrivés par la suite.

16 Q. Vous avez dit dans votre déclaration préalable que vous-même vous y

17 êtes allé le 8 juillet et qu'il y avait là-bas des soldats de l'UCK avec

18 vous à la caserne.

19 R. Lorsque nous y sommes allés, j'ai dit que le commandant, M. Tahir

20 Zemaj, a créé ce lieu. Je ne peux pas dire ici de contrevérités. C'est lui

21 qui a payé pour certaines choses qui étaient nécessaires sur place. Ce

22 n'étaient pas des choses auxquelles j'ai participé. C'est M. Zemaj qui s'en

23 est occupé.

24 Q. A l'intercalaire 5(B), s'il vous plaît, on trouve une demande de la

25 part de Tahir Zemaj qui s'adresse à l'état-major de la zone de Dukagjin

26 demandant le 12 juillet, qu'on dresse des brigades. Vous voyez dans la

27 suite que Ramush Haradinaj fait droit à la requête, la requête de demande

28 de créer des brigades le 12 juillet.

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1 Le 10 juillet, vous voyez qu'il faudrait faire un accord du 10

2 juillet demandant que des officiers dont les noms figurent par la suite

3 soient nommés à certains postes. Le 10 juillet, est-ce que vous acceptez

4 que Tahir Zemaj faisait partie de l'état-major de la zone opérationnelle de

5 Dukagjin ? C'était deux semaines après l'arrivée des FARK ?

6 R. Vous me posez des questions sur des choses que je ne maîtrise

7 pas, que j'ignore. Je ne peux pas en parler. Ce que je suis en train de

8 dire est que lorsque nous y sommes allés pour la première fois, il n'y

9 avait pas là des soldats de M. Haradinaj. Je n'étais qu'un simple soldat.

10 Il y avait des officiers supérieurs qui s'en sont occupés. Je ne suis pas

11 au courant de cela.

12 Q. Tout comme vous avez menti au sujet de Gllogjan, Monsieur le

13 Témoin 29, vous essayez délibérément, en connaissance de cause, de

14 convaincre la Chambre de première instance du fait que les FARK s'étaient

15 placées sous des menaces de l'UCK, alors qu'en fait il y avait une série de

16 difficultés qui se sont présentées sur le plan organisationnel, mais qui

17 ont été résolues en l'espace de deux semaines. C'est ce que j'affirme.

18 M. KEARNEY : [interprétation] Objection pour ce qui est de la phrase

19 "à l'époque". Ce n'est pas précis.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] A cette époque-là.

21 M. EMMERSON : [interprétation] En l'espace des deux semaines. M. LE JUGE

22 ORIE : [aucune interprétation]

23 M. EMMERSON : [interprétation] Les deux semaines entre le moment où ils y

24 sont arrivés et le 10 ou le 12, où il y a eu intégration pleine. C'est ce

25 que j'affirme.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Témoin 29, M. Emmerson

27 affirme qu'il n'y avait pas de menaces de la part de l'UCK vis-à-vis des

28 FARK, qu'en fait il y a eu des difficultés sur le plan de l'organisation et

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1 que ces difficultés ont été résolues en l'espace de deux semaines. C'est ce

2 qu'il affirme. Est-ce que vous êtes d'accord avec cela ou d'après vous ce

3 n'est pas vrai, ce que M. Emmerson affirme ?

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Il est de mon devoir ici de dire la vérité

5 indépendamment de ce qu'affirme l'éminent Défenseur. D'ailleurs, c'est son

6 devoir. Ce que je dis, c'est le contraire de ce que cet avocat vient

7 d'affirmer et c'est ce que j'ai vécu.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Emmerson, était-ce votre

9 dernière question ?

10 Maître Guy-Smith.

11 M. GUY-SMITH : [interprétation] Oui. Très brièvement, afin de nous faire

12 gagner autant de temps que possible, les deux suggestions que vient de

13 faire M. Emmerson, je voudrais les réitérer pour ce qui est de la question

14 concernant les FARK et ce qui s'est passé le 4 juillet.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous posez exactement les mêmes

16 questions ?

17 M. GUY-SMITH : [interprétation] Oui, j'affirme exactement la même chose et

18 je vais avancer à partir de là.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je suppose que la réponse sera la même,

20 et il n'y a pas lieu de la répéter.

21 M. GUY-SMITH : [interprétation] Merci.

22 Contre-interrogatoire par M. Guy-Smith :

23 Q. [interprétation] Monsieur le Témoin, vous n'étiez pas un simple soldat.

24 Vous supérieurs vous ont confié la mission de vous rendre dans cette

25 région, comme vous nous avez dit, entre janvier et juin. Enfin, vous êtes

26 arrivé finalement en juin pour voir si la population allait pouvoir se

27 défendre et "si c'était une situation où vous alliez pouvoir combattre;"

28 c'est bien cela ? C'est ce que vous nous avez dit.

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1 R. Oui, c'est exact. Cependant, j'ai dit que je n'étais pas un officier

2 supérieur. Si je l'avais été, j'aurais eu une sorte de formation militaire,

3 je serais sorti de l'académie militaire, par exemple.

4 Q. Oui, c'est ce que je vois. Vous nous avez également dit qu'à l'époque

5 où vous meniez des missions de reconnaissance pour voir si vous alliez

6 pouvoir rentrer dans cette zone et combattre, vous avez dit que des

7 mouvements de population sont devenus plus difficiles après le 24 mars.

8 Qu'entendiez-vous par là ? Est-ce que c'est le résultat de ce que

9 vous avez vu vous-même, à savoir est-ce que les gens fuyaient dans les

10 différentes zones parce qu'il y avait des bombardements, des pilonnages

11 serbes ou parce qu'il y avait d'autres sortes d'attaques ?

12 R. Les mouvements de la population sont devenus plus difficiles,

13 même plus difficiles après le 24 mars, parce qu'à l'époque l'UCK a commencé

14 à se manifester. Les forces de l'ennemi ont souhaité éliminer l'UCK. Il y a

15 eu des situations où les villageois ne voulaient pas être pris entre deux

16 feux. C'était la raison pour laquelle c'était difficile pour les gens.

17 Q. Lorsque vous dites que les gens ne voulaient pas se trouver pris

18 dans les combats, c'est quelque chose que vous avez vu ? Vous avez vu des

19 gens essayer de fuir des zones à cause des attaques serbes; c'est bien cela

20 ? C'est le type d'information que vous remettiez à vos supérieurs en

21 Albanie ? Vous leur faisiez rapport au sujet de cela lorsque vous y

22 reveniez après vos déplacements; vous en avez fait 10 ?

23 R. Je faisais rapport sur la base des appréciations que j'avais

24 faites. Mes appréciations n'étaient pas nécessairement à 100 % exactes,

25 mais d'après ce que j'avais vu, les gens voulaient partir, bien entendu.

26 Q. Vous étiez les yeux et les oreilles de Tahir Zemaj quand vous vous

27 rendiez sur le terrain, et vous avez dit entre autres que vous essayiez

28 d'évaluer quelle était la possibilité pour les "paysans" de se défendre

Page 3586

1 eux-mêmes. J'aimerais savoir, lorsque vous essayiez d'apprécier pour vous-

2 même, est-ce que vous vous déplaciez ? Est-ce que vous vous rendiez de

3 village en village pour voir à peu près combien il y avait de paysans qui

4 essayaient de se défendre, de défendre leurs propres villages ?

5 R. Je peux répondre, maintenant ?

6 Q. J'essaie de vous expliquer les choses de la manière la plus exacte

7 possible. On m'a confié la mission de me rendre sur place, et ce sont M.

8 Sali Ceku et le commandant Zemaj qui m'ont envoyé dans ces missions. Au

9 départ, c'était M. Ceku. Toutefois, mes évaluations et mes appréciations

10 n'étaient pas à 100 % exactes, et ce, parce que je n'étais pas en mesure

11 d'apprécier complètement et pleinement la situation. Mais les gens

12 voulaient rester, voulaient défendre leurs villages. Ils ne voulaient pas

13 rester les bras croisés et se faire attaquer. Ils voulaient prendre les

14 armes et défendre leurs propres villages. Pour l'UCK, il n'était pas

15 possible de défendre tout le monde avec une poignée d'armes seulement.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous avez mal présenté les témoignages

17 du témoin pour ce qui est des paysans. Il n'a pas dit qu'il a essayé

18 d'évaluer leur nombre.

19 M. GUY-SMITH : [interprétation] D'après ce que je vois, il a dit : "Juste

20 quelques préparatifs aux fins de l'autodéfense de la part des paysans

21 étaient en cours." Je pense que c'est cela qui a été dit exactement. Je

22 n'essayais pas de représenter d'une manière erronée les propos du témoin.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

24 M. GUY-SMITH : [interprétation]

25 Q. Mais à l'époque où vous essayiez d'apprécier la situation sur le

26 terrain, l'une des choses que vous essayiez d'apprécier était des

27 préparatifs aux fins de l'autodéfense de la part des paysans qui y

28 vivaient; c'est bien cela ?

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1 R. Les paysans ou les villageois, ils voulaient obtenir des armes aussi

2 vite que possible. Ils voulaient se défendre. Ils ne pouvaient pas avoir de

3 structures militaires. La population voulait s'engager dans une

4 autodéfense, avoir des armes pour pouvoir se défendre.

5 Q. Merci. Lorsque vous vous êtes rendu dans ces différents villages que

6 vous avez mentionnés, Smolice, Pohoshec, Junik, Herec, Gramaqel, Irznic et

7 Luka, est-ce que vous avez pu comprendre qui était le commandant du village

8 en question pour chacun de ces villages pendant que vous étiez sur le

9 terrain ? Est-ce que vous avez pu en faire rapport à vos supérieurs ?

10 R. Il y a eu des moments où je suis allé au Kosovo sans qu'il y ait de

11 commandant dans les différents villages. Même avant le 24 mars, je suis

12 allé au Kosovo. L'UCK n'était pas encore en place. Mais après le 24, dans

13 chaque village, même si je ne peux pas dire si c'est absolument le cas pour

14 chacun des villages, mais disons plutôt certains villages avaient commencé

15 à s'organiser, à savoir ils avaient nommé un commandant pour le village en

16 question.

17 Q. Aujourd'hui, par rapport aux villages que vous avez mentionnés dans

18 votre interrogatoire principal, est-ce que vous pouvez nous dire qui

19 étaient leurs commandants ?

20 R. Je n'ai pas de notes ici pour savoir qui était le commandant de chacun

21 de ces villages. J'ai couché sur papier quelques noms quand je me suis

22 rendu dans les villages de la municipalité de Decane. Toujours est-il que

23 j'ai pu parler aux gens dans les villages et aux représentants de ces

24 villages de la municipalité de Decane, et on m'a dit que M. Haradinaj

25 commandait cette zone. Moi, je n'étais qu'un simple soldat. D'autres

26 personnes ont évalué, apprécié la situation.

27 Q. Je vous remercie. Encore une fois, ce sont les commandants de villages

28 qui m'intéressent. Dans Smolice, est-ce que vous savez qui était le

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1 commandant du village ?

2 R. Je ne le sais pas. Même aujourd'hui, je ne le sais pas.

3 Q. Ponoshec ?

4 R. Mais je vous en prie. A l'époque, j'essayais juste d'apprécier la

5 situation. Je n'essayais pas de noter tous les noms.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Mais si vous le savez, dites-le-nous,

7 c'est tout. Maître Guy-Smith, vous voulez parcourir toute la liste des

8 villages ?

9 M. GUY-SMITH : [interprétation] Oui.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Est-ce que vous vous savez pour Racaj

11 qui était le commandant ? Si vous ne le savez pas, dites-le-nous.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Non.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Junik, la même question.

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Junik se composait de différentes parties,

15 mais je ne pense pas qu'ils avaient un commandant. Un homme est venu avec

16 nous, il a été nommé commandant, tandis que Salih Veseli était le

17 commandant dans la zone de Reka e Keqe.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pour ce qui est de Gramaqel, vous

19 connaissez le nom de son commandant ?

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Non.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Irzniq, je pense que vous avez déjà

22 mentionné le nom de son commandant ?

23 LE TÉMOIN : [interprétation] C'était pendant la première période. C'était

24 au tout début. Je ne peux pas en être sûr.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Luka ?

26 LE TÉMOIN : [interprétation] M. Rrustem Teta. Les gens disaient que c'était

27 lui, c'était lui le commandant.

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je regarde l'heure, Maître Guy-Smith, et

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1 je ne sais pas quelles étaient vos intentions. J'ai demandé plus tôt si la

2 Défense estimait qu'elle pouvait terminer en une demi-heure de plus. Il

3 vous faut encore combien de temps ? On m'a dit que vous alliez pouvoir

4 probablement le faire.

5 M. GUY-SMITH : [interprétation] Il nous faudrait cinq à 10 minutes.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] M. Harvey.

7 Est-ce qu'il vous faudra encore du temps pour les questions supplémentaires

8 ?

9 M. KEARNEY : [aucune interprétation]

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith, vous aurez cinq

11 minutes.

12 M. GUY-SMITH : [interprétation]

13 Q. Est-ce que vous connaissez un dénommé Sami Tahiri du village de Beleg ?

14 R. Sami Tahiri, oui. Il vit en Suisse. Il était en prison après les années

15 1990.

16 Q. Et Zenon Idrizi, est-ce que vous le connaissez ?

17 R. Oui.

18 Q. Est-ce que vous avez participé avec lui à une attaque menée contre

19 Baballoq ?

20 R. Oui, dans une certaine mesure, dirons-nous, mais pas directement, parce

21 que les missions ont été confiées à chacun comme il se doit, et dans le

22 cadre de l'attaque de Baballoq, il y avait trois autres personnes. Moi, je

23 n'ai pas participé directement à cette offensive. J'avais une autre mission

24 qui m'avait été confiée, comme c'était le cas à d'autres moments également.

25 Q. En raison des contraintes de temps qui sont les nôtres, je vais vous

26 interroger au sujet de ce que vous avez déclaré ici même aujourd'hui, à

27 savoir que selon vos dires, lorsque vous étiez en route pour le quartier

28 général de Gllogjan, votre véhicule circulait entre deux voitures, et

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1 lorsque vous êtes arrivé, l'une des voitures qui était conduite par Togeri

2 s'est garée juste derrière vous; est-ce bien exact ?

3 R. Lorsque nous avons pris la route de Gllogjan, Daut se trouvait devant,

4 et nous derrière. Lorsque nous sommes arrivés à Gllogjan, Togeri s'est garé

5 derrière nous.

6 Q. Vous souvenez-vous avoir fait une déclaration en 2006 ?

7 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je vous renvoie au paragraphe 13 de la

8 déclaration.

9 Q. Déclaration dans laquelle vous avez corrigé une déclaration antérieure

10 et vous avez dit la chose suivante, je cite : "A la page 9 de ma

11 déclaration, j'ai dit qu'Idriz avait garé sa voiture à quelques mètres du

12 quartier général. Je peux dire que Daut avait garé sa voiture devant moi,

13 mais je n'ai pas vu où s'est garé Togeri."

14 Quand vous avez apporté cette correction à votre déclaration, à ce moment-

15 là vous disiez la vérité, n'est-ce pas ?

16 R. J'ai dit dans ma déclaration, et c'est très clair pour moi, Daut a garé

17 sa voiture devant nous; Toger derrière nous. Je n'ai pas dit où Togeri

18 était allé. Nous nous sommes garés entre les deux voitures, à environ 50

19 mètres d'eux, et nous n'avions rien d'autre à faire. Nous étions pris en

20 sandwich. Que pouvions-nous faire ?

21 On était allé parler, on était allé là-bas pour parler, pas pour se battre.

22 J'avais rencontré M. Haradinaj une demi-heure avant, donc on est allé là-

23 bas sans aucun problème.

24 Q. Dernière question. J'avance quant à moi que près du magasin, vous

25 n'avez jamais eu aucun contact avec Toger, aucun contact, absolument aucun,

26 et jamais il n'a tiré en l'air, jamais il ne vous a menacé de quelque

27 manière que ce soit. Est-ce que ce n'est pas cela, la vérité ?

28 R. Si vous me donnez la possibilité de dire la vérité, moi je dirai la

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1 vérité. Vous, comment vous présentez les choses, ça vous regarde vous. La

2 vérité, je la répète si vous voulez. Toger nous a menacés. Il a sorti son

3 arme, il nous a menacés de son arme, il a même tiré en l'air.

4 Q. D'après ce que vous dites, il a dégainé et il a immédiatement tiré en

5 l'air. Est-ce que c'est ce que vous affirmez ?

6 R. Ils ont insisté pour qu'on monte à bord de leur véhicule pour qu'ils

7 nous amènent où ils voulaient nous amener. Ensuite, on a accepté. Qu'est-ce

8 qu'on pouvait faire ? Moi, cela ne me gênait pas d'aller voir M. Haradinaj.

9 C'était un plaisir d'aller le voir. Je l'avais rencontré une demi-heure

10 auparavant, mais j'ai simplement dit : moi, je ne veux pas y aller, dans

11 votre voiture. C'est là-dessus qu'on s'est mis d'accord.

12 Toger a sorti son pistolet --

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La question qui vous était posée,

14 c'était de savoir s'il avait dégainé et s'il avait immédiatement tiré. Est-

15 ce que c'est là ce que vous affirmez dans votre déposition ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Toger a sorti son arme et il nous a dit :

17 "Vous devez venir avec nous dans notre voiture." Il a ensuite tiré en

18 l'air, je ne peux pas vous dire exactement combien de fois, mais au moins

19 cinq fois, ça c'est sûr, peut-être même plus.

20 M. GUY-SMITH : [interprétation]

21 Q. Avant que vous ne le voyiez tirer en l'air cinq ou six fois, est-ce que

22 vous l'avez vu charger son arme, son pistolet, pour ensuite tirer en l'air

23 ?

24 M. KEARNEY : [interprétation] Ici, on déforme la réponse du témoin quand on

25 lui fait dire qu'il a tiré cinq fois en l'air.

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Il était à 2 ou 3 mètres de moi. J'ai pu voir

27 tout ce qu'il faisait.

28 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je ne veux pas déformer la déposition du

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1 témoin au sujet du nombre de fois où on a tiré en l'air.

2 Q. Mais ma question est la suivante à l'attention du témoin. Avant qu'il

3 ne dégaine, est-ce que vous l'avez vu charger son arme ?

4 R. On ne peut pas charger son arme en la dégainant.

5 Q. Mais quand il l'a dégainée, avant qu'il ne tire, est-ce que vous l'avez

6 vu charger son arme ou bien est-ce que l'arme était déjà chargée ?

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Il a pendant tout ce temps tenu le pistolet

8 dans sa main. Ensuite, il l'a chargé et puis il a immédiatement tiré en

9 l'air cinq ou six fois. Voilà ce que j'ai vu, et c'est ça la vérité.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith.

11 M. GUY-SMITH : [interprétation]

12 Q. Vous souvenez-vous --

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith, je vous avais donné

14 cinq minutes. Cela fait sept minutes et demie exactement.

15 M. GUY-SMITH : [interprétation] Une dernière question ?

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien.

17 M. GUY-SMITH : [interprétation]

18 Q. Dernière question. Vous souvenez-vous que lorsque vous avez parlé à la

19 MINUK de cela dans votre déclaration de 2004, vous avez dit, je cite,

20 question 7 : "Le lieutenant-colonel Idriz Balaj a immédiatement sorti son

21 arme de poing. Il l'a chargée et il a tiré quatre fois en l'air" ?

22 R. Si vous me posez une autre question, je vous répondrai, mais j'ai déjà

23 répondu. Il a tiré cinq ou six fois après avoir chargé son arme, voilà

24 tout.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith.

26 M. GUY-SMITH : [interprétation] J'avais demandé une question de plus. Je

27 l'ai obtenue.

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, vous aviez demandé une

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1 question.

2 M. KEARNEY : [interprétation] Oui.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Allez-y.

4 Nouvel interrogatoire par M. Kearney :

5 Q. [interprétation] On vous a posé de nombreuses questions au sujet de ce

6 qui s'est passé pendant que l'on vous a frappé et que l'on vous a tiré

7 dessus. Quel était votre état d'esprit physique et mental pendant tout ce

8 temps, alors qu'on vous assénait des coups et qu'on a tiré sur vous ?

9 R. Vous pouvez bien vous imaginer l'état d'esprit qui était le mien quand

10 on se fait tabasser de la sorte, quand quelqu'un vous blesse sans aucun

11 motif. Vous pouvez avoir une idée de l'état d'esprit qui était le mien. Il

12 était vraiment déplorable.

13 M. KEARNEY : [interprétation] Merci.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson.

15 M. EMMERSON : [interprétation] Si vous avez l'intention de demander au

16 témoin de donner ses notes --

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

18 M. EMMERSON : [interprétation] -- je me demande si vous pourriez rendre une

19 ordonnance selon laquelle le cahier ainsi que toutes les copies de ce

20 cahier doivent rester au Tribunal. Je parle de toute copie que le témoin

21 pourrait avoir en sa possession. Elles devraient être remises au bureau du

22 Procureur.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Le cahier ? Parce qu'il a été remis à

24 l'Accusation.

25 Monsieur le Témoin, est-ce que cela vous gênerait de laisser à l'Accusation

26 votre cahier ? On pourra réaliser des copies, si vous souhaitez, pour que

27 vous puissiez consulter le contenu.

28 M. EMMERSON : [interprétation] Pour des raisons qu'on a déjà évoquées, moi

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1 je ne voudrais surtout pas qu'il ramène chez lui des copies de ce qui

2 figure dans son cahier.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, cela vous gêne ?

4 M. KEARNEY : [interprétation] Pas du tout. Mais une proposition : la

5 Chambre de première instance pourrait envisager d'envoyer un membre de la

6 Section des Victimes et des Témoins --

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

8 M. KEARNEY : [interprétation] -- pour récupérer les notes et les ramener au

9 Tribunal.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Et de conserver l'original jusqu'à ce

11 moment.

12 Est-ce que vous avez vous-même réalisé des copies de ce cahier ou est-ce

13 qu'on en a réalisé pour vous, Monsieur le Témoin ?

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, je n'ai fait aucune copie, parce que je

15 l'ai amené ici pour vous le montrer, ce cahier.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous allons pour l'instant garder ce

17 cahier. Cela ne signifie pas que vous n'allez pas recevoir une copie de

18 l'original ultérieurement, mais pour l'instant nous souhaiterions conserver

19 ce cahier au Tribunal. Est-ce que vous donnez votre accord ?

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Tout ce que vous estimerez souhaitable.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Mais si vous gardez une copie ou me donnez

23 l'original, peu importe.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Mais ce sera plus tard, pas toute suite,

25 c'est bien compris, qu'on vous remettra une copie ou l'original ?

26 Je voudrais, puisque vous avez déclaré que vous étiez prêt à nous fournir

27 toutes les notes que vous avez encore en votre possession, je voudrais donc

28 vous demander d'accepter et dire qu'il faut que vous acceptez d'être

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1 accompagné par un membre de la Section des Victimes et des Témoins jusqu'à

2 l'endroit où vous conservez ces notes afin que vous les remettiez à la

3 personne qui vous accompagnera, un membre de la Section des Victimes ou des

4 Témoins ou quelqu'un qui sera désigné par eux, parce que je ne sais pas

5 exactement comment ça se passe. Il est possible qu'ils puissent trouver

6 quelqu'un qui accomplira cette tâche. Vous êtes donc maintenant sous le

7 coup d'une ordonnance que je vous donne, que je vous signifie, à savoir

8 qu'il convient que vous me fournissiez la totalité de ces notes.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est avec plaisir que je le ferai.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je suis ravi de l'entendre. Je vous

11 remercie beaucoup d'être venu à La Haye. Nous ne savons pas encore s'il

12 sera nécessaire que vous reveniez à une date ultérieure. Il est possible

13 que cela ne soit absolument pas nécessaire, mais il est possible que cela

14 soit nécessaire. Nous n'en savons rien pour l'instant. Quoi qu'il en soit,

15 vous en serez informé.

16 Oui, Maître Emmerson, est-ce qu'on peut faire partir le témoin ?

17 M. EMMERSON : [interprétation] Je voulais gagner du temps, mais je pense

18 qu'on pourra traiter des pièces à conviction utilisées pendant le contre-

19 interrogatoire lors de la reprise de l'audience.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien. Merci beaucoup. Monsieur le

21 Témoin, je vous souhaite un bon retour, et vous

22 pouvez disposer.

23 Nous traiterons des questions administratives à un stade

24 ultérieur.

25 [Le témoin se retire]

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Kearney, est-

27 ce qu'il y a une question urgente que vous souhaiteriez évoquer ?

28 M. KEARNEY : [interprétation] A un moment donné, il faudra

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1 donner lecture pour le compte rendu d'audience de la déclaration 92 ter.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, nous le ferons dès que nous

3 en aurons le temps.

4 Je présente tous mes remerciements aux techniciens, aux interprètes

5 ainsi qu'à tous ceux qui ici ont fait preuve de la souplesse nécessaire qui

6 nous a permis d'en terminer de l'audition du Témoin 29. Nous suspendons

7 l'audience qui reprendra en l'espèce à 14 heures 15 le 7 mai, en salle

8 d'audience numéro I.

9 --- L'audience est levée à 14 heures 29 et reprendra le lundi 7

10 mai 2007, à 14 heures 15.

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