Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le vendredi 15 juin 2007

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 14 heures 22.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bonjour à tous.

6 Monsieur le Greffier, voulez-vous, s'il vous plaît, appeler la cause.

7 M. LE GREFFIER : [interprétation] Monsieur le Président, c'est l'affaire

8 IT-04-84-T, le Procureur contre Ramush Haradinaj et consorts.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci, Monsieur le Greffier.

10 La Chambre a reçu des copies d'échanges par courrier électronique entre les

11 parties et elle comprend que la Défense, elle demande quand même

12 confirmation à tous les intéressés, à toutes les équipes de la Défense, à

13 savoir si vous-même, Monsieur Re, vous pourriez faire votre interrogatoire

14 principal du témoin, sur la question de Sanije Balaj, mais la Défense ne

15 fera pas de contre-interrogatoire du témoin. La Chambre ajoute que ce

16 serait encore une possibilité, et je vais être très prudent pour ne pas

17 suggérer davantage que ce qu'a exprimé la Défense, que l'on inclut une

18 partie du contre-interrogatoire sur la question de Sanije Balaj déjà, et

19 qu'en faisant cela vous ne perdriez pas le droit de rappeler le témoin pour

20 un nouveau interrogatoire sur la question de Sanije Balaj.

21 Je laisse cela entre les mains de la Défense, et entièrement entre les

22 mains de la Défense parce qu'un report est en tant que tel justifié. En

23 même temps, s'il y a la moindre de chance qu'en procédant à une partie du

24 contre-interrogatoire aujourd'hui on puisse éviter d'avoir à rappeler le

25 témoin, ceci serait bien entendu préférable. Il n'est peut-être pas

26 nécessaire d'expliquer davantage selon la position dont vous prendrez. Mais

27 comme je l'ai dit, je laisse cela entre les mains de la Défense, voire si

28 c'est accepté et si c'est accepté par vous aussi.

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1 M. EMMERSON : [interprétation] Je vous remercie beaucoup. Peut-être

2 pourrons-nous revenir sur ce problème un peu plus tard dans l'après-midi.

3 Je voudrais simplement vous donner comme information qu'au cours de la

4 deuxième partie de la matinée, ce matin, l'Accusation a communiqué à la

5 Défense le compte rendu complet des bandes du procès qui se déroule

6 actuellement au Kosovo. Je crois que c'était juste à 1 heure moins cinq. Je

7 ne suis pas tout à fait au clair pour le moment quant aux circonstances qui

8 sont à la base du fait que l'Accusation était en possession de ces

9 documents et ne les a pas communiqués, mais je ne vais pas continuer en

10 cela pour le moment.

11 En outre, vous vous rappellerez qu'hier après-midi M. Re a indiqué que

12 l'Accusation avait en sa possession le dossier d'enquête en ce qui concerne

13 la mort de Sanije Balaj et que ceci avait abouti au procès qui se déroule

14 au Kosovo. Je comprends, et peut-être que je pourrais inviter M. Re à

15 confirmer sa position à cet égard, que des efforts ont été déployés

16 aujourd'hui entre l'Accusation et la MINUK pour obtenir le consentement de

17 la MINUK afin que cette documentation puisse être communiquée aussi à la

18 Défense. Je soutiens et je maintiens cette position, bien que ce ne soit

19 pas le moment d'y insister, je maintiens la position qu'il y a là la preuve

20 que le système n'a pas fonctionné en ce qui concerne la communication de

21 ces documents à un moment approprié. Je voudrais avoir la possibilité de

22 m'adresser à nouveau à la Chambre à cet égard, mais je ne veux pas le faire

23 à ce stade.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Il est également entendu, Monsieur

25 Re, qu'on apprécierait vivement lorsqu'on présente ces questions devant la

26 Chambre, elle sera toujours prête à vous écouter d'abord, mais ceci ne veut

27 pas dire que l'on soit nécessairement obligé d'employer un langage musclé

28 dans la plupart de directions.

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1 Monsieur Re, je ne vous ai pas encore demandé, je pense que cela répond

2 plus ou moins à votre proposition initiale que vous puissiez faire

3 l'interrogatoire principal du témoin également en ce qui concerne Sanije

4 Balaj, et que s'il est nécessaire, le contre-interrogatoire du témoin

5 puisse être scindé en deux parties. Je ne sais pas si vous êtes prêt pour

6 le moment à continuer votre interrogatoire principal en traitant de cette

7 question de Sanije Balaj aussi.

8 M. RE : [interprétation] Je peux le faire. La seule légère complication à

9 cet égard, c'est que je me suis rendu compte personnellement qu'avec la

10 MINUK nous avions le compte rendu du procès, le compte rendu intégral, nous

11 l'avons reçu probablement 15 minutes avant que je ne l'envoie à la Défense,

12 et j'y ai jeté un coup d'il, nous l'avons regardé. C'est en fait un peu

13 différent de ce qui est dit dans la déclaration des enquêteurs que la

14 Défense avait, je pense, depuis février, avec ce témoin. En ce sens, je

15 peux effectivement faire l'interrogatoire principal et faire déposer le

16 témoin. Je comprends que la Défense souhaite procéder à ses propres

17 enquêtes avant de commencer le contre-interrogatoire, mais ceci ne nous

18 pose pas de problème.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

20 M. RE : [interprétation] C'est ce que j'ai dit.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je comprends maintenant la Défense quand

22 elle dit qu'elle souhaite pouvoir regarder à nouveau cela. Nous allons voir

23 jusqu'où nous pouvons progresser aujourd'hui. Nous allons voir en

24 particulier, peut-être plus tard cet après-midi la Défense nous informera

25 sur le point de savoir si la suggestion faite par la Chambre d'aller aussi

26 loin que possible cet après-midi peut être suivie ou si un report du

27 contre-interrogatoire dans son entièreté aurait leur préférence.

28 Maître Troop.

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1 M. TROOP : [interprétation] Monsieur le Président, il y a une autre

2 question mineure en ce qui concerne la déclaration 92 ter d'hier et une

3 ordonnance, mais à la page 5 700 du compte rendu, entre les lignes 2 et 7 -

4 -

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Si vous voulez juste me permettre de

6 regarder, de voir cette partie du compte rendu. Pourriez-vous répéter le

7 numéro des pages ?

8 M. TROOP : [interprétation] Page 5 700, tout à fait en haut, entre les

9 lignes 2 et 7.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, j'y suis.

11 M. TROOP : [interprétation] C'est une question tout à fait mineure, mais

12 les deux dernières phrases de ce paragraphe devraient être supprimées,

13 alors que vous aviez dit, Monsieur le Président, qu'il fallait supprimer

14 seulement la dernière phrase.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous avez dit les deux dernières phrases

16 ?

17 M. TROOP : [interprétation] Vous avez ordonné que l'on supprime la dernière

18 phrase du paragraphe 85.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

20 M. TROOP : [interprétation] Qui se lit : "De telles choses ne sont pas

21 censées arriver," et en fait c'est la phrase qui précède qui devrait être

22 aussi, à ce moment-là, être supprimée pour que le compte rendu soit bien

23 clair.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Bon, je suis d'accord. Je n'avais

25 pas vu cela, c'est un membre de phrase très court, tandis que la partie qui

26 doit être supprimée commence par : "Dans le cas que" ou "Dans le cas où."

27 Je vous remercie beaucoup pour votre correction.

28 Monsieur Re.

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1 M. RE : [interprétation] Je peux également confirmer ce que Me Emmerson a

2 dit en ce qui concerne le dossier de la MINUK. Je me suis entretenu avec M.

3 Dutertre et les trois conseils de la Défense à l'heure du déjeuner. Nous

4 avons reçu verbalement la permission de la MINUK de communiquer l'ensemble

5 du dossier. J'espère que j'ai tout ce qu'il faut ici, tout ce que nous

6 pouvons communiquer en ce qui concerne Sanije Balaj dès aujourd'hui. Nous

7 faisons de notre mieux pour pouvoir communiquer tout ce que nous pouvons

8 aujourd'hui.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui

10 M. RE : [interprétation] Ceci, c'est en ce qui concerne l'ordonnance ou

11 l'ordre permanant concernant les pièces à conviction. Me Emmerson m'a

12 informé qu'il y avait une carte qu'il avait l'intention de présenter, et

13 cela ne me pose pas de problème. Nous avons reçu un courrier électronique à

14 2 heures moins six minutes cet après-midi de la Défense de l'équipe de

15 Brahimaj indiquant certaines pièces ERN et photographies de documents.

16 Malheureusement, cela ne dit pas s'il s'agit de pièces à conviction. Il est

17 très difficile pour nous, à 2 heures moins six, du point de vue technique,

18 de voir exactement quels sont les documents que la Défense a l'intention

19 d'utiliser pour un contre-interrogatoire. Je pense que l'ordonnance dit que

20 c'est au moment où il y a prestation de serment, je suppose que Me Guy-

21 Smith ne va pas présenter de pièces à conviction au témoin parce que nous

22 n'avons pas été avisés de cela.

23 M. TROOP : [interprétation] Monsieur le Président --

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Troop.

25 M. TROOP : [interprétation] Peut-être que je pourrais fournir quelques

26 explications en ce qui concerne la communication tardive des documents que

27 nous avons l'intention d'utiliser lors du contre-interrogatoire. C'était

28 simplement causé par le fait que nous ne nous attendions pas à ce que ce

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1 témoin soit cité et commence sa déposition aujourd'hui, comme vous le

2 savez. Un témoin différent était prévu pour déposer hier. Ceci explique la

3 notification relativement tardive. Je présente mes excuses à M. Re. S'il a

4 besoin d'aide pour savoir ce que sont ces photographies, je serais heureux

5 de le lui expliquer à la suspension de séance, si ceci peut l'aider.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith.

7 M. GUY-SMITH : [interprétation] Oui, parce que la question a été posée de

8 savoir si c'était d'abord mon intention de présenter des pièces à

9 conviction à ce témoin parce que je pensais que c'était ce que nous allions

10 faire. S'il y avait une modification en ce qui concerne l'interrogatoire, à

11 ce moment-là il y aurait un certain nombre de pièces à conviction que je

12 pourrais éventuellement présenter au témoin. Je le ferai si je peux faire

13 une liste au bon moment, dans la mesure où on pourrait la préparer. Mais

14 ceci est en partie la raison pour laquelle je crois qu'à ce stade je vais

15 probablement maintenir la position qui était la mienne hier en ce qui

16 concerne le contre-interrogatoire sur cet aspect.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien. Je vous remercie de tout cela.

18 Nous allons voir jusqu'où nous pouvons progresser. Bien entendu, je pense

19 qu'il y aura un accord mutuel entre les parties selon lequel, en raison

20 disons des changements d'ordre en ce qui concerne les dépositions qui

21 étaient entendues, si les délais ne sont pas absolument respectés, ceci

22 n'aura pas de conséquences dramatiques et nous pourrons nous efforcer

23 d'adapter les choses compte tenu de la situation.

24 M. EMMERSON : [interprétation] Une dernière question, Monsieur le

25 Président, et j'espère que ceci sera parfaitement clair de l'échange des

26 courriers électroniques de ce matin, il y a un témoin qui était prévu pour

27 témoigner la semaine prochaine et pour lequel des questions tout à fait

28 similaires peuvent se poser en ce qui concerne la pertinence de la

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1 déposition de ce témoin par rapport à l'affaire Sanije Balaj. J'ai pensé

2 qu'il y avait lieu d'apporter votre attention sur cela.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Nous en sommes conscients.

4 Monsieur Re, est-ce que vous êtes prêt à poursuivre votre interrogatoire

5 principal, en particulier en ce qui concerne cette partie pour laquelle on

6 vous avait demandé de ne pas l'aborder ?

7 M. RE : [interprétation] Oui.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

9 Madame l'Huissière, pourriez-vous, s'il vous plaît, escorter M. Krasniqi

10 dans la salle d'audience.

11 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bonjour, Monsieur Krasniqi.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous vous attendiez peut-être maintenant

15 à devoir répondre à un contre-interrogatoire de la Défense, mais il y a des

16 questions supplémentaires qui doivent vous être posées par M. Re. Avant de

17 répondre à ces questions, je voudrais vous rappeler que vous êtes toujours

18 tenu par la déclaration solennelle que vous avez faite au début de votre

19 déposition, à savoir que vous direz la vérité, toute la vérité et rien que

20 la vérité.

21 Monsieur Re, c'est à vous.

22 M. RE : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

23 LE TÉMOIN: CUFE KRASNIQI [Reprise]

24 [Le témoin répond par l'interprète]

25 Interrogatoire principal par M. Re : [Suite]

26 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur Krasniqi. Je vais vous poser des

27 questions cet après-midi précisément concernant Sanije Balaj et ce que vous

28 savez de ce qui est arrivé à Sanije Balaj. N'est-ce pas ?

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1 R. Bien.

2 Q. Je comprends que vous avez fait une déposition dans le procès d'Idriz

3 Gashi au Kosovo le 10 mai 2007 en ce qui concerne la disparition de Sanije

4 Balaj. Est-ce exact ?

5 R. Oui, c'est exact.

6 Q. Il faut que je vous pose des questions concernant un moment précis du

7 mois d'août 1998 et le moment où vous avez rencontré Sanije Balaj. Où vous

8 trouviez-vous ?

9 R. J'étais à l'école primaire de mon village de Baran.

10 Q. Est-ce que c'était votre quartier général de l'UCK qui se trouvait là ?

11 R. Oui. L'armée était là, elle était installée dans l'école. Nous avons

12 trois installations dans l'école dans laquelle nous étions installés.

13 Q. Où vous trouviez-vous ce jour-là ?

14 R. Ce jour-là, je me trouvais dans l'école, cette école était appelée

15 l'école Re, c'était un nouveau bâtiment. Dans le bâtiment, je me trouvais

16 avec Nazif Ramabaja, et nous étions en train de discuter ensemble de

17 quelque chose. Nous nous trouvions donc dans la nouvelle école.

18 Q. Que s'est-il passé à ce moment-là ?

19 R. A ce moment-là, deux soldats sont arrivés. Ils ont frappé à la porte.

20 Après avoir frappé à la porte, nous leur avons dit d'entrer.

21 Q. [aucune interprétation]

22 R. C'étaient deux de mes cousins; Avni Krasniqi et Iber Krasniqi.

23 Q. Que vous ont-ils dit ?

24 R. Ils nous ont dit, tous deux - enfin, Nazif était le chef, le commandant

25 - ils ont dit qu'il y avait une personne qui avait été détenue par la

26 police militaire, que cette personne était suspecte, qu'ils souhaitaient

27 que quelqu'un vienne pour interroger cette personne.

28 Q. Quelle a été la réponse de Nazif ?

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1 R. Nazif a dit : Très bien. Il a dit : Je ne suis pas de cette profession.

2 Il m'a dit : Isuf avait travaillé dans cette branche de la police, donc il

3 m'a dit d'y aller et d'interroger cette personne. Suf, pas Isuf.

4 Q. Est-ce qu'il vous a dit de quoi cette personne était soupçonnée ?

5 Pourquoi cette personne était soupçonnée ?

6 R. Oui, ils ont dit qu'ils avaient arrêté cette personne alors qu'elle se

7 rendait à Peje. Son but, selon elle, c'était qu'elle voulait aller acheter

8 un téléphone avec une antenne. Toutefois, elle voulait aller de Strellc à

9 Peje en passant par Rahovec, et c'est plus difficile, plus compliqué que de

10 passer par Lugu i Baranit, Qallapek et Trucuja [phon]. Donc, c'est la

11 raison pour laquelle elle avait pris cet autre itinéraire, et ceci avait

12 été la base de leur soupçon.

13 Q. Ils la soupçonnaient de quoi ?

14 R. Ils ont trouvé un calepin qu'elle avait sur elle avec des adresses dans

15 ce carnet. Ils ont dit qu'ils savaient qui elle était et qu'ils la

16 soupçonnaient de travailler pour un Serbe. Le nom était Corovic Dragan.

17 Q. Est-ce que les adresses qui se trouvaient dans le carnet étaient des

18 adresses de Serbes ?

19 R. Non, ce n'était pas en serbe, c'était en albanais. Mais nous savons que

20 le nom Corovic Dragan est un nom serbe.

21 Q. Vous avez dit à un moment qu'ils vous avaient dit -- ou qu'ils avaient

22 dit à Nazif qu'ils voulaient que quelqu'un vienne l'interroger. Où se

23 trouvait-elle lorsqu'ils vous ont cela, c'est-à-dire lorsqu'ils sont venus

24 au bureau et vous ont dit qu'ils voulaient que quelqu'un vienne

25 l'interroger ?

26 R. Elle se trouvait dans l'ancien bâtiment d'école. Nous l'appelons

27 l'école rouge. C'était l'école primaire ou élémentaire. Dans cette école,

28 c'est là que se trouvait le quartier général de la police.

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1 Q. Est-ce que vous êtes allé là-bas avec vos deux cousins pour la voir ?

2 R. Oui. Ayant reçu cet ordre, je suis allé avec mes deux cousins

3 directement à l'école.

4 Q. Est-ce que vos deux cousins étaient en uniforme ?

5 R. Ce n'était pas des uniformes complets, c'étaient quelques effets

6 d'uniformes, ça veut dire un demi uniforme.

7 Q. Etaient-ils armés ?

8 R. Oui, ils avaient des armes de poing.

9 Q. Vous dites que cette femme se trouvait dans l'ancien bâtiment de

10 l'ancienne école; vous l'avez appelé l'école rouge. A quel endroit se

11 trouvait-elle dans l'ancien bâtiment ?

12 R. Si vous prenez la route qui va de Peje à Qallapek et Gllogjan, c'est

13 l'école qui est le premier bâtiment sur la gauche. Ça se trouve à l'entrée

14 et c'est à peu près à la fin du village de Baran. C'est le premier village

15 que l'on trouve du côté gauche.

16 Q. A quel endroit dans le bâtiment se trouvait-elle lorsque vous êtes allé

17 là-bas avec vos deux cousins ?

18 R. Lorsque j'y suis allé, c'était dans la salle des professeurs. Elle se

19 trouvait dans la salle des professeurs et elle était assise sur une chaise.

20 Q. Y avait-il quelqu'un qui se trouvait avec elle ?

21 R. Oui, il y avait une autre personne qui était également assise. Elle

22 était également assise. Je ne sais pas son nom.

23 Q. Est-ce que c'était un soldat de l'UCK ?

24 R. Oui, c'était un soldat et il avait un uniforme de l'UCK.

25 Q. Est-ce qu'il était aussi armé ?

26 R. Il était armé.

27 Q. Est-ce que cette femme avait la possibilité de quitter ce soldat de

28 l'UCK dans l'école à ce moment-là ?

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1 R. Il était là, mais il ne lui parlait pas. Lorsque je suis entré à

2 l'intérieur, ils étaient tous les deux assis. Lorsque je suis entré, ils se

3 sont levés au moment où j'entrais, et nous nous sommes salués.

4 Q. Sur la base des renseignements que vous aviez lorsque vous êtes allé

5 là-bas, était-elle libre d'aller et venir à ce moment-là, lorsque vous êtes

6 venu pour l'interroger ?

7 R. Non, elle n'était pas libre. Bien sûr qu'elle n'était pas libre. Elle

8 était à l'école où elle était détenue.

9 Q. L'avez-vous reconnue ?

10 R. Oui, je l'ai reconnu de vue, mais je ne connaissais pas son nom.

11 Q. Qu'avez-vous fait lorsque vous êtes entré dans cette pièce et que vous

12 l'avez reconnue ?

13 R. Après que nous nous sommes salués, je lui ai demandé de façon

14 professionnelle sa carte d'identité. Je ne connaissais pas son nom. J'ai

15 noté les renseignements la concernant. Après avoir couché sur papier ses

16 éléments d'information, je lui ai demandé la raison de son déplacement, où

17 elle voulait se rendre.

18 Q. Comment s'appelait-elle ?

19 R. Elle s'appelait Sanije Balaj.

20 Q. Que vous a-t-elle répondu lorsque vous lui avez demandé quelle était la

21 raison de son déplacement ?

22 R. Elle m'a répondu qu'elle voulait se rendre à Peje afin d'acheter un

23 téléphone. A Kliqine, elle m'a dit qu'elle avait une tante. Elle m'a dit

24 qu'elle allait chez sa tante et qu'ensemble elles iraient allées acheter un

25 téléphone. A l'époque, un téléphone coûtait entre 250 et 280 marks. Elle

26 voulait installer un téléphone au village pour faire des profits.

27 Q. Que lui avez-vous demandé également ?

28 R. Ça, c'était la première partie de notre conversation. Je lui ai demandé

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1 pourquoi elle ne prenait pas une route plus courte pour aller à Peje,

2 pourquoi elle avait pris ce long itinéraire qui faisait quelque 33

3 kilomètres de plus ?

4 Q. Que vous a-t-elle répondu ?

5 R. Elle m'a dit qu'elle avait pris rendez-vous avec sa tante, que sa tante

6 l'attendait et que cette route était plus sûre.

7 Q. Quelle a été votre réaction ?

8 R. Je n'avais rien à lui dire. Je lui ai dit qu'on la soupçonnait de

9 collaboration avec la personne dont j'ai donné le nom. Il y avait quelqu'un

10 d'autre avec elle, mais cette autre personne a été libérée par la police

11 militaire. Après cela, mes deux cousins sont intervenus et ont dit qu'elle

12 mentait.

13 Q. Où se trouvaient-ils par rapport à l'endroit où vous vous teniez

14 lorsque vous l'interrogiez ? Est-ce que vous pourriez nous décrire où vous

15 vous trouviez, vous quatre, dans la pièce lorsque Sanije Balaj a été

16 interrogée ?

17 R. J'étais assis à une table comme celle-ci, ou un peu plus grande que

18 celle-ci. C'était un bureau de professeur au milieu de la pièce. J'étais

19 assis au bureau. Elle était assise devant moi. Un autre soldat se trouvait

20 à gauche. C'est celui qui se trouvait là lorsque je suis entré. Il ne

21 disait rien. Mes deux cousins se trouvaient sur la gauche, près de la

22 porte.

23 Q. Il y a quelques instants vous avez déclaré que vos deux cousins étaient

24 intervenus en disant qu'elle mentait. Quelle a été sa réaction et quelle a

25 été la vôtre après qu'ils eurent dit cela ?

26 R. Elle a dit qu'elle disait la vérité, que c'était bien là la raison de

27 son déplacement. Je leur ai dit qu'ils n'avaient pas à intervenir. Je leur

28 ai demandé de sortir.

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1 Q. Vous venez de nous dire que vous aviez demandé à vos cousins de sortir;

2 c'est bien cela ?

3 R. Oui.

4 Q. Sont-ils sortis ?

5 R. Ils sont sortis. Ils ont obtempéré et ils sont sortis de la pièce. Mais

6 il y avait du plancher par terre. J'ai entendu leurs pas et j'en ai déduit

7 qu'ils ne s'étaient pas beaucoup éloignés, qu'ils cherchaient à entendre ce

8 qui se passait dans la pièce.

9 Q. Avez-vous poursuivi l'interrogatoire de Sanije Balaj après que vos deux

10 cousins sont sortis de la pièce ?

11 R. Après avoir noté les éléments d'information la concernant, je lui ai

12 dit qu'elle n'avait pas à se rendre à Peje. Je lui ai dit que certains

13 soupçons pesaient sur elle, et qu'il valait mieux attendre que l'on fasse

14 la lumière sur cette affaire, et qu'avant ça elle ne pouvait pas se rendre

15 à Peje. Elle m'a répété qu'elle disait la vérité. Je leur ai dit que nous

16 ne pouvions pas recueillir sa déclaration car il n'y avait pas de femme

17 présente. Nous avons simplement noté les éléments d'information la

18 concernant. Afin d'obtenir davantage d'informations de sa part, il nous

19 fallait nous rendre dans son village afin de parler avec elle là-bas.

20 Q. Est-ce que vous lui avez dit qu'elle avait besoin d'une autorisation

21 pour se rendre à Peje ?

22 R. Oui. Je lui ai dit que si elle souhaitait se rendre à Peje, elle devait

23 aller à l'état-major du village pour obtenir l'autorisation de traverser

24 notre secteur et l'autre secteur également.

25 Q. Vous voulez parler de l'état-major de l'UCK ?

26 R. Oui, bien sûr. Il y avait un état-major dans son village, au village de

27 Strellc.

28 Q. Que s'est-il passé ensuite ?

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1 R. Nous avons mis fin à cet interrogatoire qui n'avait duré que cinq

2 minutes environ. Comme elle était détenue là, je lui ai dit qu'elle

3 pourrait partir au moment du déjeuner. Elle m'a dit que non. Je lui ai dit

4 que nous lui donnerions à manger et que nous la conduirions en toute

5 sécurité jusqu'à son village.

6 Q. A l'époque, était-ce vous qui était responsable de la caserne ?

7 R. Au sein de la police militaire il y avait Hasan Gashi. Je suis allé là-

8 bas simplement pour recueillir la déclaration à Baran, à l'école.

9 Q. Pourriez-vous préciser la chose suivante : cette école où vous l'avez

10 interrogée, relevait-elle de la police militaire ou d'autres éléments de

11 l'UCK ?

12 R. L'école relevait de la police militaire. Nos jeunes gars, ceux qui

13 avaient été triés sur le volet, se trouvaient là pour faire leur travail.

14 Q. Est-ce que la police militaire était cantonnée dans cette partie de

15 l'école où vous avez procédé à l'interrogatoire de Sanije Balaj ?

16 R. Oui, elle se trouvait là. Heureusement, ce jour-là, Hasan n'était pas

17 présent. Il était policier de carrière, tout comme moi, si bien qu'en son

18 absence il m'envoyait sur place pour que je procède à l'interrogatoire.

19 Q. Il y a quelques instants vous avez parlé de nourriture. Est-ce que vous

20 ou l'un de vos soldats avez donné à manger au témoin ?

21 R. Non, elle n'a rien accepté. Je ne peux pas lui donner à manger; elle

22 n'en voulait pas.

23 Q. Je reviendrai sur la question du transport un peu plus tard.

24 Combien de temps environ a duré l'interrogatoire de Sanije Balaj ?

25 R. Comme je l'ai dit plus tôt, la conversation n'a pas duré plus de cinq

26 minutes, au total.

27 Q. Avez-vous personnellement vu ce calepin dans lequel se trouvait un nom

28 serbe, le nom dont nous avons parlé plus tôt ?

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1 R. Oui, je l'ai vu.

2 Q. Vous qui êtes un enquêteur de la police et avez une certaine

3 expérience, qu'avez-vous déduit de la présence de ce nom serbe dans son

4 calepin ?

5 R. C'était normal. Il n'y avait rien de douteux là-dedans. Il n'y avait

6 pas qu'elle à avoir un calepin comme cela. D'autres personnes avaient

7 également des calepins dans lesquels se trouvaient des noms serbes.

8 Q. Qui vous a montré ce calepin ? Est-ce elle qui vous l'a montré ou

9 d'autre personne ?

10 R. Elle avait ce calepin avec elle. Ils m'ont dit : Voilà le calepin

11 qu'elle avait avec elle. J'ai demandé à le voir. Elle me l'a donné. Je

12 voulais me rendre compte par moi-même de ce qu'il en était, et je lui ai

13 demandé ce qu'il en était de l'argent. Elle m'a montré cet argent, ce qui à

14 mes yeux prouvait bien qu'elle avait l'intention d'aller acheter ce

15 téléphone.

16 Q. De quel sorte de calepin s'agissait-il ?

17 R. Je ne m'en souviens pas. Cela ne m'intéressait pas vraiment. C'était un

18 petit calepin. Je n'ai pas cherché à l'examiner attentivement. Je n'ai

19 jamais pensé qu'il serait important que je m'en souvienne.

20 Q. Connaissez-vous une personne correspondant au nom de Galani?

21 R. J'ai reconnu cette personne par la suite. Je l'avais vue à plusieurs

22 reprises. Il portait effectivement ce surnom que vous venez de mentionner.

23 Après 2002, j'ai appris quel était son nom.

24 Q. Etait-il présent ce jour-là ?

25 R. Oui, il était présent ce jour-là.

26 Q. Où se trouvait-il ?

27 R. Comme je l'ai dit, il se trouvait à ma gauche, dans la même pièce que

28 celle où je me trouvais.

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1 Q. Il s'agit de la personne dont vous n'avez pas mentionné le nom tout à

2 l'heure, n'est-ce pas ?

3 R. Oui, c'était la troisième personne présente dans cette pièce.

4 Q. Quelle fonction exerçait-il au sein de l'UCK à l'époque ? Etait-ce un

5 policier militaire ?

6 R. Je ne sais pas. Je ne me souviens pas des fonctions qu'il exerçait. Je

7 sais qu'il s'est présenté comme étant l'officier Galani. Je ne sais rien de

8 plus à son sujet.

9 Q. Revenons-en à la question du transport. Vous avez dit que vous lui avez

10 proposé de la ramener chez elle. Quel moyen de transport aviez-vous à votre

11 disposition ?

12 R. Nous avions une Lada, une vieille voiture. Nous avions également un

13 camion.

14 Q. Aviez-vous à votre disposition des véhicules de police militaire ?

15 R. J'aurais bien voulu, mais ce n'était pas le cas. Nous n'avions que des

16 véhicules d'usage individuel. Nous n'avions pas de véhicules militaires.

17 Nous n'avions que des véhicules privés de différentes couleurs.

18 Q. Que s'est-il passé ensuite ?

19 R. Elle a refusé de venir déjeuner. J'ai réitéré ma proposition. Je lui ai

20 dit que les personnes se trouvaient à bord du véhicule étaient allées

21 déjeuner ailleurs et qu'au retour du véhicule, on pourrait la ramener. Elle

22 a refusé. J'ai demandé aux autres personnes présentes si elles avaient un

23 véhicule, elles m'ont répondu qu'elles avaient une Golf de couleur rouge.

24 Q. Vous voulez parler de vos deux cousins, Azdi et Iber Krasniqi, c'est

25 cela ?

26 R. Oui.

27 Q. Où êtes-vous allés ensuite ?

28 R. Elle a dit qu'elle les connaissait et qu'elle irait avec eux. Elle a

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1 dit: Ils me raccompagneront chez-moi. C'est ce qu'elle a dit.

2 Q. Est-elle montée à bord de la Golf rouge avec ces deux personnes ?

3 R. Je suis sorti de la pièce. Elle voulait prendre ses affaires. Je lui ai

4 dit que je ne pouvais pas rester plus longtemps. Elle est partie avec eux.

5 Je les ai accompagnés un bout de chemin. J'ai vu la voiture, elle se

6 trouvait dans la voiture. Cette voiture est partie en direction du village

7 Baran, vers son village.

8 Q. Est-ce la dernière fois que vous avez vu Sanije Balaj ?

9 R. Oui, c'est la dernière fois que je l'ai vue. Je l'ai vue au moment où

10 elle entrait dans la voiture, et je ne l'ai plus revue par la suite.

11 Q. Avez-vous appris par la suite qu'elle n'était jamais arrivée dans son

12 village ?

13 R. Oui, j'en ai entendu parler plus tard.

14 Q. Qu'avez-vous entendu dire sur ce qui lui était arrivé ?

15 R. Il y avait eu une attaque; les attaques étaient quotidiennes. Je me

16 trouvais au village de Gramaqel et Balalloq. Je suis rentré, et à mon

17 retour j'ai appris que quelqu'un de Strellc avait été placé en détention.

18 Après l'offensive, après l'occupation de Gllogjan, j'ai rencontré son

19 frère. Au bout de deux semaines environ, des soldats m'ont dit que

20 quelqu'un était venu me voir à l'école. J'ai demandé de faire entrer la

21 personne. Il a refusé. Il était mal rasé. Il avait une Kalashnikov à la

22 main. Je n'avais rien. Je me suis approché de lui, je lui ai dit qu'il

23 aurait dû entrer. Nous nous sommes salués. Je lui ai ensuite demandé

24 d'entrer dans l'école pour m'expliquer sa présence; il a refusé d'entrer.

25 Je lui ai proposé d'aller dans un bar qui se trouvait non loin de là; il a

26 refusé. Je lui ai dit : Désolé, je ne sais pas pourquoi tu es venu, mais on

27 ne peut pas se parler dans la rue. Si tu veux me parler, allons dans mon

28 bureau.

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1 Q. Etait-ce son frère, Shaban Balaj ?

2 R. Oui, tout à fait. C'était Shaban Balaj, son frère.

3 Q. Que vous a-t-il dit lorsqu'il vous a parlé dans votre bureau, que vous

4 a-t-il dit au sujet de sa soeur ?

5 R. Nous ne sommes pas entrés dans mon bureau. Nous sommes restés là,

6 ailleurs.

7 Q. Que vous a-t-il dit au sujet de sa sur ?

8 R. J'ai refusé de lui parler dans la rue. Je vais vous dire ensuite ce qui

9 s'est passé, ce que je lui ai dit, ce que nous avons fait. Je lui ai dit la

10 chose suivante : Puisque tu as ta voiture, nous pouvons monter dans la

11 voiture et nous pouvons discuter de tout ce que tu voudras.

12 Q. Est-ce que vous avez parlé avec lui dans la voiture ?

13 R. Oui.

14 Q. De quoi avez-vous parlé, avez-vous parlé de sa sur et qu'avez-vous dit

15 ?

16 R. Oui, Monsieur le Procureur, je vais vous raconter tout cela, c'est très

17 important. Même si cela m'a posé des problèmes personnels jusqu'à ce que la

18 vérité éclate. Des accusations ont été portées contre moi pour quelque

19 chose que je n'ai jamais fait; mais je vais vous raconter ce dont nous

20 avons parlé, ensuite, je vous parlerai de moi plus tard.

21 Après que nous sommes montés dans la voiture, j'ai vu que l'homme n'était

22 pas agressif. Je comprenais qu'il recherchait quelqu'un de sa famille,

23 n'importe qui aurait fait la même chose. Il est entré en premier dans la

24 voiture et le canon de son arme était pointé de l'autre côté, pas contre

25 moi.

26 Q. Que s'est-il passé, que lui avez-vous dit et que vous a-t-il dit ?

27 R. Il m'a dit qu'il était venu là pour apprendre ce qui était arrivé à sa

28 sur, où se trouvait sa sur. Il m'a dit : Je sais qu'elle est allée à

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1 Baran. J'ai parlé à d'autres personnes, je sais que vous l'avez interrogée,

2 j'ai besoin de savoir où elle se trouve maintenant. D'abord, il n'a pas dit

3 son nom, mais plus tard, lorsque je lui ai demandé qui était cette

4 personne, il m'a donné son nom. J'ai dit : Bon, très bien. J'ai sorti mon

5 carnet, j'ai donné lecture du prénom, du nom de famille, j'ai lu tous les

6 éléments d'information. J'ai dit : C'est de cette personnes que vous parlez

7 ? Il m'a dit que : Oui. J'ai dit : Très bien. Et je lui ai raconté tout ce

8 que je vous ai dit plus tôt.

9 A savoir que ce jour-là, je me trouvais avec Nazif Ramabaja dans

10 l'école, que deux de mes cousins nous avaient rejoints et qu'ils étaient

11 membres de la police militaire. Ils pensaient qu'elle avait commis

12 certaines choses répréhensibles. Ils m'ont demandé de l'interroger, je l'ai

13 interrogée et elle a été libérée. Voilà ce que je lui ai dit. Elle a été

14 libérée, elle était libre de repartir dans son village, de regagner sa

15 maison, et au cas où nous aurions d'autres questions à lui poser, nous

16 étions censés la rejoindre dans son village pour l'interroger.

17 Il m'a remercié. Il m'a dit qu'il avait entendu certaines rumeurs. Il

18 a ajouté que si elle collaborait avec les Serbes, il la tuerait de ses

19 propres mains. Nous nous sommes salués et il semblait satisfait des

20 réponses que je lui avais fournies.

21 Q. Vous a-t-il précisé quelles étaient les rumeurs qu'il avait entendues ?

22 R. Non, pas à ce moment-là. Il était venu la chercher, il pensait qu'elle

23 se trouvait là. Il m'avait cherché auparavant, mais je n'étais pas là.

24 Q. Est-ce ainsi que s'est terminée la conversation que vous avez eue avec

25 Shaban Balaj à propos de sa soeur ?

26 R. Oui. Ce jour-là, c'est ainsi que la conversation s'est terminée. Je lui

27 ai également suggéré d'aller trouver les deux personnes qui l'avaient

28 accompagnée, ainsi que cette troisième personne, car ce sont eux qui

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1 savaient où elle était allée. Moi, je ne savais rien d'autre.

2 Q. Qu'avez-vous fait ? Avez-vous cherché à enquêter sur ce qui était

3 arrivé à Sanije Balaj après qu'elle eut quitté les locaux de l'UCK à Baran

4 où vous l'avez vue ce jour du mois d'août 1998 ?

5 R. A l'époque je ne savais pas qu'il lui était arrivé quelque chose. J'ai

6 attendu de voir si je pouvais obtenir des informations la concernant. Mais

7 il y a eu des attaques, si bien que je n'ai rien pu faire.

8 Q. Est-ce qu'une enquête a été menée au sujet de cette disparition ?

9 R. Oui, une enquête a été effectivement menée.

10 Q. Par qui ?

11 R. L'enquête a été menée à Prapaqan. Nazif Ramabaja est venu et m'a dit

12 que je devais me rendre à Prapaqan pour faire une déclaration au sujet de

13 Sanije Balaj, qui était portée disparue.

14 Q. Dans quelles circonstances Nazif Ramabaja a-t-il entendu parler de cela

15 ?

16 R. Il revenait de Prapaqan ce jour-là, et voilà ce qu'il m'a dit.

17 Q. Je vous ai demandé qui a mené l'enquête, vous m'avez répondu que Nazif

18 Ramabaja vous avait dit que vous deviez vous rendre à Prapaqan pour y faire

19 une déclaration. A qui étiez-vous censé faire une déclaration, qui menait

20 l'enquête ?

21 R. Fadil Nimoni menait l'enquête.

22 Q. Qui était cette personne ?

23 R. Fadil Nimoni était un soldat de l'UCK, un homme très bon. Il était

24 surnommé Tigri, le tigre.

25 Q. Il était membre de la police militaire ?

26 R. Oui. A l'époque, il a été affecté à la police militaire, et c'est lui

27 qui était chargé de mener les enquêtes. Mais ensuite, malheureusement, il a

28 été tué lors de la guerre en Macédoine.

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1 Q. Etait-il commandant au sein de la police militaire ?

2 R. C'est ce que j'ai cru comprendre à l'époque, il était commandant de la

3 police militaire de Prapaqan.

4 M. GUY-SMITH : [interprétation] Est-ce qu'il y a des preuves à propos d'une

5 police militaire spéciale ? Parce qu'il n'y avait rien de particulier à

6 propos de la police militaire.

7 M. RE : [interprétation] Peu importe.

8 Q. Mais est-ce qu'il y avait quelque chose de particulier ou de

9 spécial dans la police militaire ?

10 R. Non, rien de spécial, parce que pour que ce soit spécial, Monsieur le

11 Procureur, il fallait qu'ils s'acquittent d'autres tâches. Ici, c'était une

12 police militaire normale. Ce qu'on avait à l'époque pour effectuer ces

13 missions pour avoir une bonne police militaire, il nous aurait fallu des

14 années.

15 Q. Est-ce que Tahir Zemaj a participé à cette enquête d'une façon ou d'une

16 autre ?

17 R. Nous en avons tous discuté, on a tous parlé de ce qui s'était passé, et

18 quelque part, nous voulions tous savoir ce qui est arrivé à cette personne,

19 découvrir la vérité à son propos. Tahir Zemaj n'a interrogé personne. Lui-

20 même a trouvé la mort plus tard.

21 Q. Quand vous dites "nous," "nous en avons discuté," est-ce que vous

22 parlez de "nous" ? De qui parlez-vous quand vous dites "nous" ?

23 R. Je parle de moi, de Nazif Ramabaja, parce qu'on était ensemble, et

24 quand il m'a dit que je devais aller faire une déclaration, j'ai commencé à

25 m'interroger, à me demander ce que j'avais fait. Parce que les rumeurs se

26 colportent très vite sur le terrain, et je me suis dit qu'il y avait peut-

27 être des gens qui pensaient que je l'avais tuée cette femme ou que je lui

28 avais fait quelque chose.

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1 Q. Revenons à Tahir Zemaj. Quand vous avez dit: "Nous avons discuté," est-

2 ce que Tahir Zemaj a participé à cette discussion ?

3 R. Non. Quand j'étais là, il était occupé à converser avec d'autres

4 personnes. Je leur ai dit que je n'avais pas beaucoup de temps, que je ne

5 pouvais pas rester longtemps, c'est moi qui suis entré le premier pour

6 faire ma déclaration, puis je suis parti. J'ai quitté Prapaqan.

7 Q. Est-ce que Tahir Zemaj était au courant de cette enquête, et est-ce

8 qu'il savait que vous alliez faire une déclaration à Prapaqan ?

9 R. Oui. Oui, il le savait.

10 Q. Qu'est-ce qui s'est passé à Prapaqan ? Est-ce que vous avez été

11 interrogé, est-ce que vous avez fourni une déclaration à quelqu'un ?

12 Qu'est-ce qui s'est passé ?

13 R. Bien sûr. J'ai été le premier à entrer dans le bureau où se trouvait

14 Fadil Nimoni, qui est aujourd'hui décédé. Il a commencé par dire ceci :

15 Vous avez parlé à cette personne, vous l'avez interrogée. Il y avait des

16 gens que je ne connaissais pas, et j'ai dit : Si on doit en parler il n'est

17 pas nécessaire que ces gens soient ici dans la pièce parce qu'après tout

18 c'est une enquête. Il a répondu : Ce sont mes amis, pas de problème. Comme

19 j'étais bien mieux préparé que lui, j'avais plus d'expérience dans ce genre

20 de questions que lui, j'ai esquissé un sourire et je lui ai dit : Puisque

21 c'est toi qui dois faire ce boulot, allons-y. Faisons-le.

22 Q. Pourriez-vous nous dire à qui vous avez parlé et pourriez-vous nous

23 dire ce que vous avez dit ? Est-ce qu'il y a eu une déclaration en bonne et

24 due forme qui a été recueillie ?

25 R. Il a dit que d'après lui je n'avais pas bien fait mon travail. Je lui

26 dit : Comment le sais-tu, tu n'étais pas là ? Il m'a répondu : Si tu avais

27 bien fait ton travail, tu aurais quelque chose par écrit. Ce sur quoi j'ai

28 rétorqué : Mais je n'ai rien écrit, rien que des détails, parce qu'on

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1 n'avait pas de femme qui avait été présente, or il aurait fallu une femme

2 pendant qu'elle était interrogée. C'est comme ça que je me suis comporté.

3 Il m'a dit : Tu aurais dû trouver quelqu'un. Je lui ai dit que ce n'était

4 pas possible. C'est pour ça que je lui ai dit de rentrer chez elle et qu'on

5 irait lui parler chez elle, à son domicile. J'ai dit que c'était tout. Il

6 m'a répondu que je n'avais pas bien fait mon travail. J'ai rétorqué que je

7 n'avais pas eu de temps, que je n'avais pas non plus les moyens de mieux

8 faire le travail qui m'avait été confié.

9 Q. Est-ce qu'il y a eu un procès-verbal qui a été dressé de cette

10 conversation, de cet interrogatoire mené par M. Nimoni ?

11 R. Oui, il y a des notes qui étaient prises, mais je ne sais pas. Je pense

12 que l'on les a brûlées. Toutes ces notes ont été brûlées.

13 Q. Il vous a interrogé pendant combien de temps ?

14 R. Pas longtemps parce que je n'avais pas grand-chose à lui dire. Je me

15 suis contenté de lui dire que je l'avais laissé partir et qu'il y avait ces

16 gens qui l'accompagnaient. Je lui ai dit que c'est comme ça que je m'étais

17 comporté et que je l'avais relâchée. Etait-ce une bonne chose à faire ou

18 pas, en tout cas, c'est ce que j'ai fait.

19 Q. Auparavant vous avez dit que ces deux personnes étaient Avni et Iber

20 Krasniqi, vos cousins. Est-ce que vous les avez revus ce jour-là à Prapaqan

21 ?

22 R. Non, ce n'est pas Avdi, c'est Avni avec un n. C'est mal écrit au compte

23 rendu d'audience, parce que c'est quelqu'un d'autre. Je parle du deuxième

24 nom, Avdi. Ce n'est pas Avdi avec un d, mais Avni avec un n.

25 Q. C'est corrigé. Est-ce qu'Avni Krasniqi et Iber étaient là ce jour-là

26 Prapaqan ?

27 R. Oui, ils étaient tous les deux là. Et le frère d'Avni, Mete Krasniqi

28 était là aussi. Lui aussi est mort aujourd'hui.

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1 Q. Galani, était-il là ?

2 R. Non.

3 Q. Comment s'appelle Galani ?

4 R. Je l'ai appris plus tard, j'ai appris qu'il s'appelait Idriz Gashi,

5 pendant longtemps Idriz Gashi avait vécu en Suède. Il était rentré de

6 Suède, c'est ce que j'ai appris après l'année 2002.

7 Q. Est-ce la personne qui est aujourd'hui jugée au Kosovo ? Il est accusé

8 d'avoir tué Sanije Balaj; c'est bien cela ?

9 R. Oui, c'est bien lui. C'est lui à qui on a intenté un procès. Il a été

10 arrêté l'année dernière en décembre. J'ai insisté parce que moi-même

11 j'étais soupçonné et j'ai dit : Ils m'ont posé des questions à moi,

12 pourquoi ne pas poser des questions aux gens qui ont été les derniers à se

13 trouver avec elle. Or, ces gens-là on les a laissé partir.

14 Q. Mais vous avez dit que vous aviez été le dernier à voir cette femme --

15 ou que les derniers que vous avez vus avec elle étaient Iber et Avni

16 Krasniqi. Vous dites que vous les avez vus à Prapaqan le jour où vous êtes

17 allé parler à Nimoni, c'étaient vos cousins avez-vous dit ? Est-ce qu'ils

18 vous ont dit ou non s'ils avaient été interrogés par Nimoni ou par

19 quelqu'un d'autre à propos de ces événements ?

20 R. Non, ils ne m'ont rien dit. C'était au cours de la matinée. On s'est

21 contenté de se dire bonjour, et ils m'ont simplement demandé : Ils t'ont

22 appelé toi aussi ? J'ai répondu que oui. J'étais le premier à passer, puis

23 je suis parti, et je ne sais pas ce qui s'est passé après.

24 Q. Vous ne leur avez plus reparlé de ce qu'ils auraient déclaré à M.

25 Nimoni ou à quelqu'un d'autre ?

26 R. Non, je ne leur en ai pas parlé.

27 Q. Vous ne leur en avez pas parlé pendant toutes les années qui ont suivi

28 ?

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1 R. Pendant toutes ces années, jamais je ne leur ai parlé de cela.

2 Q. Mais d'après ce que vous avez entendu dire, qu'est-ce qui est arrivé à

3 Sanije Balaj ?

4 M. EMMERSON : [interprétation] C'est une question fort générale dans le

5 contexte de la déposition du témoin dans un procès en cours. Il aurait pu

6 entendre n'importe quoi.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Soyez plus précis, Monsieur Re. Demandez

8 au témoin s'il a appris quelque chose, et dans l'affirmative, de qui il

9 tenait ses connaissances concernant Sanije Balaj.

10 M. RE : [interprétation]

11 Q. Revenons à l'année 1998. Est-ce qu'en 1998, après avoir vu cette dame

12 pour la dernière fois, est-ce que vous avez appris quelque chose à propos

13 de ce qui lui était arrivé; et si c'est le cas, qui vous l'a dit ?

14 R. Je ne sais pas qui me l'a dit, mais j'ai entendu des gens dire qu'elle

15 avait disparu, quelqu'un a dit qu'elle avait été tuée, quelqu'un d'autre a

16 dit autre chose, mais je n'ai pas fait trop attention parce qu'aucun nom

17 concret n'a été mentionné. Ce qui fait que je n'ai pas fait très attention

18 à ce qui se disait. Si j'avais participé à l'enquête, peut-être que des

19 gens auraient pensé que j'avais contribué à sa disparition. Donc, j'ai

20 simplement attendu.

21 [Le conseil de l'Accusation se concerte]

22 M. RE : [interprétation]

23 Q. Vous dites que son frère, Shaban Balaj, était venu vous parler. Lorsque

24 vous l'avez vu dans cette voiture de marque Golf, cette voiture rouge avec

25 votre cousin, combien de temps s'est-il écoulé entre ce moment-là et le

26 moment où Shaban Balaj vous a parlé ?

27 R. Je ne m'en souviens pas précisément. Deux ou trois jours peut-être. Je

28 vous l'ai dit, j'avais perdu mes notes. Du coup, sans mes notes, je ne

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1 pourrais pas vous donner de réponse. Je ne sais pas.

2 Q. Selon vos dires, le frère est venu vous voir, il avait des informations

3 disant que vous lui aviez parlé à sa sur et que vous aviez le carnet. Est-

4 ce qu'il vous a dit comment il avait appris, comment il savait que vous lui

5 aviez parlé à sa sur et que vous l'aviez interrogé dans cette école ?

6 R. Des soldats ou d'autres gens, je ne sais pas exactement, le lui avaient

7 dit. Il avait posé des questions dans mon village parce qu'une cousine à

8 lui a épousé un de mes cousins. Il a dit ceci : J'ai posé des questions à

9 ton propos dans ton village. J'ai entendu dire du bien de toi dans ton

10 village, et il m'a dit que si elle tombait entre vos mains, nous savons

11 très bien que tu ne lui aurais rien fait.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous recevons beaucoup de détails dont

13 la pertinence n'est pas tellement manifeste aux yeux des Juges. Pourriez-

14 vous vous attacher à vous concentrer sur l'essentiel. Vous avez besoin de

15 combien de temps encore ?

16 M. RE : [interprétation] De quelques minutes. J'ai presque terminé, je n'ai

17 plus que quelques questions.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Essayez d'être le plus concis possible.

19 M. RE : [interprétation]

20 Q. Est-ce que vous savez si à l'époque elle vivait avec son frère, je veux

21 dire le jour où elle a quitté l'école après l'interrogatoire, après que

22 vous, vous l'ayez interrogée ?

23 R. Non, je ne savais pas où elle habitait.

24 Q. Est-ce que son frère vous a dit si elle était rentrée chez-elle après

25 que vous l'ayez renvoyée avec vos deux cousins qui étaient chargés de

26 l'amener chez-elle ?

27 R. Non. Il a dit qu'elle n'était pas arrivée chez elle et qu'il ne savait

28 pas où elle était. Il a ajouté ceci : Si tu la soupçonne de collaborer, je

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1 la tuerai de mes propres mains. C'est ce que j'ai dit aussi au tribunal au

2 Kosovo.

3 Q. Dans la déclaration que vous avez mentionnée hier, paragraphe 85, vous

4 avez dit : "En ce qui la concerne elle," Sanije Balaj, "il y avait eu une

5 malheureuse exécution sans procès équitable. Ce genre de chose n'était pas

6 censée se passer."

7 Qu'est-ce que vous vouliez dire dans cette déclaration que vous avez signée

8 hier ?

9 R. Ecoutez, quand toutes ces choses se sont passées et plus tard, nous

10 avons appris qu'une des trois personnes qui l'avaient accompagnée l'avait

11 exécutée sans qu'elle ait été jugée. Ce qui veut dire que ceux qui sont

12 responsables, ce sont ceux qui se sont trouvés les derniers avec elle et

13 qui l'ont fait, pas les gens qui n'ont rien fait.

14 Q. Soyons précis. On parle de trois personnes, c'étaient Avni, Iber

15 Krasniqi et un troisième Galani, c'est ça, à savoir Idriz Gashi ?

16 R. Oui, ils étaient là tous les trois, d'après moi. Je ne sais pas ce qui

17 s'est passé. Je n'ai vu personne faire quoi que ce soit, mais je suis sûr

18 que la dernière fois que je l'ai vue, elle se trouvait avec eux qui étaient

19 censés s'occuper d'elle. A mon avis, les responsables ce sont ceux qui se

20 trouvaient en dernier lieu avec elle, et pas moi, alors que j'ai été le

21 principal suspect de ce crime, mais que je n'ai jamais commis.

22 M. RE : [interprétation] Merci, Monsieur le Président, j'ai terminé.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci.

24 Maître Emmerson, vous êtes prêt à entamer le contre-interrogatoire ? Pour

25 autant, bien sûr, que ce soit l'ordre de contre-interrogatoire retenu.

26 M. EMMERSON : [interprétation] Oui, c'est bien cela.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Krasniqi, c'est maintenant Me

28 Emmerson qui représente M. Haradinaj qui va vous interroger.

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1 Contre-interrogatoire par M. Emmerson :

2 Q. [interprétation] Monsieur Krasniqi, je ne vais pas pour le moment vous

3 poser de question à propos de Sanije Balaj. J'y reviendrai peut-être un peu

4 plus tard, mais je ne vais pas vous poser trop de questions à propos d'elle

5 aujourd'hui. Abordons les aspects plus généraux de votre déposition

6 relatifs à l'organisation de l'UCK, là où vous étiez, dans la région où

7 vous étiez membre. Je voudrais parler du rapport existant entre ces zones

8 et la structure de commandement que vous avez décrite. Plusieurs questions

9 vous ont été posées hier, elles concernaient les effets de votre

10 déclaration préalable et les différentes cartes que vous avez produites ou

11 annotées. Je veux me faire une idée précise et m'assurer que je respecte

12 bien le bon ordre chronologique.

13 Dans le paragraphe 24 de votre déclaration préalable, je vais simplement

14 vous lire ce passage -- je ne sais si vous avez ce document en albanais

15 sous les yeux ? Je pense qu'on est sur le point de vous la remettre. Nous

16 voulons utiliser le même document, utiliser celui que vous remet Mme

17 l'Huissière. J'attends que vous ayez trouvé ce paragraphe, le paragraphe

18 24. Il se peut que ce que vous entendez dans votre casque ne soit pas

19 exactement la même chose que ce qui est écrit dans la traduction, mais

20 voici ce que dit en anglais dans le paragraphe 24. Il commence par la

21 description de la mort de votre cousin, Adrian Krasniqi, puis nous avons la

22 phrase suivante, je la cite : "En raison de la répression serbe, nous avons

23 commencé à nous organiser en petits groupes pour faire face à la répression

24 serbe, pour résister. Etant donné que j'avais été policier, j'ai commencé à

25 former des recrues au maniement des armes, aux questions opérationnelles et

26 tactiques. Juste avant que la première attaque par les Serbes du village de

27 Vranoc le 29 mai 1998, nous n'étions qu'un groupe, mais suite à cette

28 attaque le village m'a choisi comme commandant."

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1 Je voudrais m'assurer que j'ai bien compris. Je voudrais quelques détails

2 supplémentaires en ce qui concerne l'organisation dans le secteur où vous

3 étiez autour de Vranoc, et ceci jusqu'au 29 mai. Une première chose, suis-

4 je en droit de penser qu'après le 29 mai, dans les villages, il n'y avait

5 que des petits groupes ?

6 R. Oui, c'est vrai. C'est parce qu'il y avait une répression quotidienne.

7 Après l'attaque de Gllogjan, trois jeunes gens ont été tués. En février,

8 les forces serbes ont commencé à se déployer. Elles ont commencé des

9 pilonnages à l'arme lourde, à l'artillerie. On s'est rendu compte qu'ils

10 n'étaient pas venus pour nous faire du bien. Quand on utilise le langage

11 des armes, on n'a pas l'objectif que nous nous pensions qu'ils avaient. On

12 avait été sous la force légale ou illégale. J'étais au Kosovo illégalement

13 depuis 10 ans, depuis le début des attaques.

14 Alors, je vous le dis, si on ne peut pas rester chez-soi normalement,

15 faire un travail, qu'est-ce qu'on peut s'attendre ? Il est préférable de

16 mourir que de rester caché.

17 Q. Un instant, ce qui m'intéresse c'est l'organisation, la structure de

18 commandement pour autant qu'il y en ait eu une dans la zone où vous étiez

19 avant le 29 mai. Ce que vous dites dans votre déclaration, c'est que c'est

20 après cette attaque que vous avez été désigné commandant. Est-ce qu'il y

21 avait un commandant à Vranoc avant cette attaque ?

22 R. [aucune interprétation]

23 Q. Je vais reposer ma question. Dans votre déclaration préalable il est

24 précisé que c'est seulement après le 29 mai, après cette attaque que vous

25 avez été choisi, élu par le village pour être commandant. Et la question

26 que je vous posais, c'était de savoir s'il y avait une structure de

27 commandement quelconque dans votre village avant cette attaque-là ?

28 R. Non, il n'y en avait pas. Il n'y avait rien. On était simplement

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1 quelques jeunes, mais personne n'avait été choisi pour nous commander. On

2 était des jeunes dans le village. J'étais le plus âgé, Din, Mete, d'autres.

3 Donc on essayait de se procurer quelques armes. On avait 13 armes, et avec

4 ça on ne peut pas avoir de commandement. C'était uniquement pour défendre

5 le village, donc si la police attaquait, on ripostait, donnant ainsi le

6 temps à la population de fuir.

7 Q. C'est ce qui s'et passé jusqu'à la fin mai, c'est ça, dans votre zone,

8 dans votre région ?

9 R. Dans ma région jusqu'au 29 mai, c'est comme ça que se présentait la

10 situation. A Lumbardh, à Decan, à Katradiq [phon], oui, de ce côté-là, nous

11 avons eu des activités. Pendant de nombreuses années, personne n'avait été

12 dans l'armée yougoslave, ce qui veut dire que ces gens ne savaient rien à

13 propos des armes. On voulait éviter que des gens soient tués inutilement.

14 Il fallait donc que les jeunes apprennent à manier les armes pour qu'ils ne

15 blessent pas leurs amis. Donc, le 29 mai, il y a eu cette attaque qui a

16 commencé très tôt le matin. Nous avons été encerclés --

17 Q. Je vais vous poser une question plus tard à propos de Vranoc. Pour le

18 moment, ce qui m'intéresse c'est le processus d'organisation dans la région

19 avant l'attaque. Poursuivons l'examen de votre déclaration aux paragraphes

20 30 et 31. Vous dites de quelle façon vous avez commencé à être engagé dans

21 ce qui se passait en février. Vous avez dit : "En février, Din Krasniqi

22 avait envoyé son cousin Mete Krasniqi chez-vous à Vranoc. Vous avez

23 rencontré Mete et il m'a dit," je vous cite, là, "que Din Krasniqi voulait

24 que je rejoigne l'UCK."

25 Au paragraphe 31, vous dites ceci : "A partir de ce jour-là," c'est à

26 partir du mois de février, vous avez, je vous cite : "j'ai commencé la

27 formation de soldat à Vranoc. A cette époque, Din Krasniqi était le

28 commandant de l'UCK pour Vranoc, et plus tard pour la vallée de Baran."

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1 S'il n'y avait pas de voie hiérarchique, de commandement formel, de

2 structure formelle à Vranoc en février, qu'est-ce que vous voulez dire

3 quand vous dites que Din Krasniqi était le commandant de Vranoc ?

4 R. Mais c'est simple. Quand Mete est venu me voir, il ne vit plus, il est

5 mort aujourd'hui, il m'a expliqué la situation. Il a dit qu'il avait été

6 envoyé par Din. Il a dit que j'étais un homme qui connaissait bien le

7 maniement des armes et qu'il fallait obtenir des armes pour se défendre

8 comme le faisaient d'autres villages. A ce moment-là, il m'a dit qu'il

9 n'avait personne d'autre à choisir, donc on a décidé que Din serait le

10 commandant. C'est ce qu'il m'a dit. J'ai dit : D'accord. Il a dit que je

11 devrais l'aider. Il m'a dit : Je suis médecin, tu es policier, c'est sans

12 doute une bonne façon de former les jeunes. J'ai répondu que j'étais

13 d'accord et j'ai commencé à faire ce qu'on m'avait demandé de faire. Je lui

14 ai dit qu'on n'avait pas d'armes, mais il m'a dit qu'on avait deux ou trois

15 fusils. C'est comme ça qu'on a commencé. On n'avait pas plus d'armes.

16 Q. Mais au paragraphe 31, vous dites qu'il y avait 17 villages dans la

17 vallée de Baran. Est-il exact de dire que dans cette région il y avait, de

18 façon spontanée, des défenses villageoises qui se créaient, comme cela

19 avait été le cas à Vranoc, quand des gens comme vous essayaient de

20 s'organiser avec les armes dont ils disposaient ?

21 R. Oui, c'était bien l'idée. Il y avait 17 villages dans la vallée de

22 Baranit. Plus de la moitié de ces villages n'avaient pas d'armes, mais

23 chaque village s'est organisé de façon indépendante. Mais ces villages ont

24 établi leur propre défense, en prenant eux-mêmes l'initiative de le faire.

25 Q. Examinons le paragraphe 33. Il a fait l'objection de questions qui vous

26 ont été posées hier, et je pense que le Juge Orie vous avait posé notamment

27 des questions sur le paragraphe 33 pour savoir quelles étaient les

28 relations, les rapports entre ces villages, par exemple, ici et Jablanica.

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1 Vous dites ceci : "Le bureau de Din Krasniqi se trouvait dans sa maison

2 dans le village de Vranoc. Il y avait aussi une clinique privée à cet

3 endroit."

4 Puis vous dites ceci : "En février 1998, il n'y avait pas beaucoup de

5 gens qui avaient un uniforme. La plupart des gens recevaient une formation

6 alors qu'ils étaient revêtus de vêtements civils. En 1998, en février,

7 c'était bien connu il existait une armée à Jablanica. Elle était commandée

8 par Lahi Brahimaj. Din Krasniqi a été en visite à Jablanica, et comme on

9 lui faisait confiance, il a été autorisé à s'appeler commandant de la

10 vallée de Baran."

11 Puis vous dites, j'ajoute : "En février, il n'y avait pas de zone de

12 Dukagjini en place. A ce moment-là, il n'y avait pas de commandant de toute

13 cette zone qui a été appelée plus tard la Zone Dukagjini."

14 L'hypothèse que je formule, c'est que ceci est resté -- c'est bien ce

15 qui se passait, à savoir qu'il n'y avait pas d'organisation de zone

16 opérationnelle officielle appelée Dukagjini, et qu'il n'y avait pas de

17 commandement ou de commandant général de cette zone opérationnelle de la

18 plaine de Dukagjini, et que ceci était resté vrai jusqu'au moment où Ramush

19 Haradinaj a été choisi comme commandant de zone le 23 juin.

20 R. C'est exact. Il n'y avait pas de commandant.

21 Q. Vu le contexte que vous avez établi par la description que vous avez

22 faite dudit village par la référence dont il y a eu des organisations

23 spontanées dans ces villages, comment faut-il interpréter le paragraphe 44

24 de votre déclaration préalable ? Prenez-le, s'il vous plaît, et faites-en

25 une lecture silencieuse. Je ne veux pas utiliser le temps que nous avons à

26 consigner tout ceci en faisant une lecture à voix haute, mais vous dites

27 qu'il y avait une certaine hiérarchie entre les villages. Mais comment est-

28 ce que ceci cadre avec ce que vous avez dit, à savoir que c'était organisé

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1 de façon spontanée, certaines structures dans les villages ?

2 R. Je ne sais pas de quelle déclaration vous voulez parler, parce que j'ai

3 commencé à faire des déclarations en l'an 2000.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous parlons de la déclaration que vous

5 avez sous les yeux à l'instant même, Monsieur Krasniqi, et c'est à propos

6 de celle-ci, plus exactement du paragraphe 44, qu'on vous demande un

7 commentaire.

8 M. EMMERSON : [interprétation]

9 Q. Oui, vous avez tout à fait raison de relever qu'ici, en fait, nous

10 avons une compilation de plusieurs déclarations que vous avez faites. Mais,

11 de prime abord, vous semblez décrire l'organisation du commandement au mois

12 de mars 1998. Chaque village avait un commandant, un commandant adjoint, un

13 commandant responsable des opérations, un autre responsable de logistique,

14 un commandement de la garde, chacun ayant été chargé de fonctions

15 spécifiques. A première vue, ceci ne semble pas correspondre à la

16 description que vous avez faite ici pour ce qui est de février, de mars, ou

17 jusqu'en mai, de villages qui essaient de se débrouiller pour organiser du

18 mieux possible une défense villageoise. Cela a l'air d'être quand même plus

19 structuré. Pourriez-vous expliquer cette différence.

20 R. Tous les villages et chaque village, à partir du moment où nous avons

21 pu nous procurer des armes, les villages ont décidé de nommer les personnes

22 dans un village. Ceci ne s'était pas passé au même moment dans chaque

23 village. Ça a d'abord eu lieu dans un village, puis ça a été suivi par

24 d'autres villages. Par exemple, pour mon village ou celui de Buqan, ils ont

25 obtenu les armes avant nous, plus tôt. Après qu'ils ont obtenu ces armes,

26 ils ont décidé qui était commandant d'état-major, chef d'état-major. Dans

27 d'autres villages, ils ont attendu parce qu'ils n'avaient pas d'armes. Ils

28 n'étaient pas en mesure d'organiser la défense. Si un village avait une ou

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1 deux armes, alors ils constituaient la même chose, la même structure. C'est

2 comme ça que ça s'est passé; d'abord, un premier village, puis l'exemple a

3 été suivi par un autre. Ces choses ne se sont pas passées simultanément

4 dans tous les villages.

5 Q. Simplement cette question-ci avant la suspension de séance, Monsieur

6 Krasniqi. Si vous pouviez nous aider à comprendre quelle était vraiment la

7 réalité. Est-ce que ces titres ou ces noms voulaient vraiment dire quelque

8 chose ou est-ce qu'on a, en quelque sorte, donné ces titres pour créer

9 l'impression d'une organisation qui n'existait pas vraiment ?

10 R. Mais comme je vous l'ai déjà dit, il n'y avait pas de grade. Nous

11 n'avions pas d'uniformes. Toutefois, nous avons nommé ou désigné certaines

12 personnes de façon à aider la population à garder son calme afin qu'il n'y

13 ait pas de conflit dans le village. Les conditions étaient telles que nous

14 n'avions pas d'armurie ou dépôt d'armes, il n'y avait pas d'armée

15 régulière, donc tout le monde prenait part en tant que volontaire. Des

16 armes étaient empruntées à d'autres villages, puis il arrivait parfois que

17 des villages s'assument une collecte et l'argent servait à ce moment-là à

18 acheter leurs propres armes. Il n'y avait pas de grade; il y avait

19 simplement des désignations. En 1999, il n'y avait pas même des choses de

20 ce genre, sans parler de 1998.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson.

22 M. EMMERSON : [interprétation] Oui.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je regarde la pendule. Peut-être que le

24 moment serait opportun pour suspendre la séance.

25 M. EMMERSON : [interprétation] Certainement.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous reprendrons à 4 heures un quart.

27 --- L'audience est suspendue à 15 heures 51.

28 --- L'audience est reprise à 16 heures 25.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Les membres de la Chambre s'excusent

2 d'être revenus en retard. J'espère que les parties sont bien convaincues

3 que ces retours avec un retard, lorsque la Chambre insiste auprès des

4 parties qu'elles soient à l'heure, c'est causé souvent par des réunions qui

5 sont tenues au cours des suspensions de séance.

6 Veuillez poursuivre, Maître Emmerson.

7 M. EMMERSON : [interprétation]

8 Q. Monsieur Krasniqi, je voudrais maintenant que nous passions à la

9 question du processus suivant lequel la défense de ces différents villages

10 s'organisait au cours des mois qui sont vers la fin du mois de mai et au-

11 delà. Pour commencer, nous avons entendu dans les dépositions, ce qu'a dit

12 Rrustem Tetaj. C'est un homme que je crois que vous connaissiez

13 relativement bien; est-ce exact ?

14 R. Oui, je le connaissais.

15 Q. Est-ce que peut-être que vous avez vu, du tout, sa déposition ? Est-ce

16 que vous l'avez suivie ?

17 R. Non, je ne l'ai pas suivie.

18 Q. Très bien. Il a dit dans déposition qu'il y avait eu une réunion qui

19 avait eue lieu à Gllogjan à la fin du mois de mai lorsque les chefs d'un

20 grand nombre de villages de la région se sont tous réunis pour essayer pour

21 la première fois de coordonner leurs efforts et de constituer quatre sous-

22 zones plus petites dans la région qui se trouve à l'est de la grand-route

23 qui relie Peje à Gjakove. Maintenant, est-ce que vous avez eu connaissance

24 de cette réunion - ceci environ trois jours avant l'attaque de Vranoc que

25 vous avez décrite, attaque par les Serbes - est-ce que vous avez eu

26 connaissance du fait que cette réunion a eu lieu comme étant une première

27 tentative de s'organiser ?

28 R. Non. A ce moment-là je n'étais pas là, je m'occupais de la formation,

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1 et j'en ai entendu parler plus tard.

2 Q. Je vois. A ce moment-là vous n'étiez pas au courant, mais vous en avez

3 entendu parler par la suite ?

4 R. Oui. J'ai appris plus tard qu'un certain nombre de personnes sont

5 allées là-bas pour discuter; toutefois, je ne sais pas de quoi ils ont

6 discuté et quelles décisions ils ont prises.

7 Q. Très bien.

8 M. EMMERSON : [interprétation] Je me demande si on pourrait présenter à

9 l'écran la pièce P266, très brièvement.

10 Q. Pendant qu'on la présente, Monsieur Krasniqi, je vais vous expliquer ce

11 que vous allez voir. Il s'agit d'une carte sur laquelle Rrustem Tetaj, lors

12 de sa déposition, a apposé des marques pour les secteurs présentant les

13 quatre sous-zones qui avaient été convenues lors de la réunion du 26 mai.

14 Je pense que cela va être bientôt chargé. Il se peut que cela prenne un peu

15 plus de temps, parce que les cartes, cela prend un peu plus longtemps que

16 les autres documents.

17 M. EMMERSON : [interprétation] Est-ce qu'on pourrait faire un gros plan sur

18 l'image, s'il vous plaît. Je crois que la carte est à l'envers, en

19 l'occurrence. Je pense qu'il faudrait retourner, si vous voyez, en

20 descendant encore un peu sur la carte, un peu plus loin, s'il vous plaît,

21 jusqu'à ce que -- et voilà. Cela, c'est satisfaisant. Ensuite, on se

22 déplace un peu vers la gauche. Voilà.

23 Q. Maintenant, il y a là l'indication des secteurs qui ont été marqués par

24 Rrustem Tetaj comme étant le premier groupe de zones qui ont été

25 constituées lors de la réunion du 26 mai. Pourriez-vous, s'il vous plaît,

26 nous aider à ce sujet. Est-ce que vous avez compris à ce moment-là si le

27 secteur dans lequel vous vous trouviez, Vranoc, se trouvait dans une sous-

28 zone particulière ? Nous pouvons voir que M. Tetaj a marqué la carte, là,

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1 et que cela se trouve juste à droite ou à la limite est de la zone 3.

2 R. Non, je ne sais rien de tout cela.

3 Q. Très bien.

4 R. Je n'en ai pas entendu parler. Je n'étais pas là, et je ne savais pas

5 que nous appartenions à cette zone.

6 Q. Très bien. Est-ce que vous aviez des liens ou des rapports avec Rrustem

7 Tetaj à la fin de mai ? Est-ce qu'il y avait un rapport hiérarchique

8 particulier avec Rrustem Tetaj, tel que vous compreniez la situation ?

9 R. Non. Je savais simplement qu'il était à Gllogjan, mais je ne savais pas

10 quel était son poste, sa position.

11 Q. Très bien.

12 R. Je l'ai déjà dit.

13 Q. Très bien.

14 R. Voilà tout.

15 Q. Je comprends très bien qu'il se peut qu'il y ait eu quelques confusions

16 sur le terrain. C'était juste une question pour savoir qu'à ce moment-là --

17 je voulais savoir si vous saviez qu'il avait une responsabilité

18 particulière pour un secteur qui comprenait Vranoc, et votre réponse a été

19 que vous n'étiez pas au courant. C'est bien cela ?

20 R. Je ne sais pas. Je sais qu'il est venu. Quand il est venu je n'étais

21 pas là. Il a parlé à Din Krasniqi dans le village de Vranoc.

22 Q. Très bien.

23 R. Mais je n'étais pas intéressé à cela.

24 Q. Très bien. Est-ce que vous connaissez un homme appelé Gani Gjukaj ?

25 R. J'ai entendu prononcer son nom, il se peut même que je l'aie vu, mais

26 je ne savais pas qui c'était.

27 Q. Très bien. Est-ce que vous avez une idée du fait qu'il avait une

28 responsabilité particulière dans la zone qui comporte le chiffre 4 ?

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1 R. Non. Je ne savais pas, d'ailleurs, que de telles zones avaient été

2 créées. Je n'avais aucun renseignement à ce sujet.

3 Q. Très bien. Maintenant, la date suivante sur laquelle je souhaite vous

4 poser une question, laissons de côté cette carte pour le moment, la date

5 dont je voudrais vous parler maintenant c'est le 23 juin. Je vous ai posé

6 une question à ce sujet il y a un moment. Nous avons vu un procès-verbal

7 d'une réunion tenue le 23 juin dans laquelle Ramush Haradinaj a été élu

8 comme commandant de la zone opérationnelle de la plaine de Dukagjini. Là

9 encore, d'après vos souvenirs concernant cette époque, est-ce que vous avez

10 su qu'une telle réunion avait eue lieu ?

11 R. J'ai entendu dire qu'il y avait un certain nombre de personnes qui y

12 étaient allées. Ils ont discuté et on m'a dit qu'ils s'étaient mis d'accord

13 pour élire Ramush Haradinaj comme commandant, comme dans le film Spartacus.

14 Q. Il se peut que ce soit là une référence que tout le monde ne connaît

15 pas bien. Cela étant, je sais de quoi vous voulez parler. Du point de vue

16 pratique, je suis en train d'essayer d'examiner avec vous pour l'expliquer

17 aux Juges de la Chambre. Je vais vous poser quelques questions précises à

18 ce sujet au fur et à mesure que nous examinons cette période, pour cette

19 période, justement, ce que c'était que les communications et les opérations

20 sur le terrain, pour voir leur enchaînement.

21 Alors, on vous a posé un certain nombre de questions hier concernant

22 une carte ou un croquis que vous aviez tracé, qui montrait différents

23 centres, où il était question de trois brigades et de deux quartiers

24 généraux ou états-majors. Je reviendrai à la carte dans un instant.

25 M. EMMERSON : [interprétation] Peut-être que l'on pourrait maintenant

26 charger, et ce doit être la pièce P352.

27 Q. Nous avons aussi vu, Monsieur Krasniqi, des ordres qui constituaient

28 les trois brigades, celle de Prapaqan, la brigade de Baran, et ainsi de

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1 suite, et votre brigade à vous, sur les ordres de Nazif Ramabaja, les

2 ordres qui étaient datés entre les dates du 10 et du 12 juillet, et juste

3 pour nous aider à ce qu'on ne se trompe pas du pendant chronologique, est-

4 ce que c'était du côté du 10 ou du 12 juillet que ces trois brigades ont

5 été créées ?

6 R. Pour commencer, quand j'ai fait le croquis, on m'avait posé des

7 questions concernant le quartier général à Gllogjan et Jabllanice. C'était

8 des quartiers généraux locaux. Après l'arrivée des officiers, nous avons

9 pensé : Bon, maintenant, nous avons des officiers. Donc nous avons pensé à

10 constituer quelque chose de façon à remonter le moral de la population.

11 Nous avons désigné trois points, trois endroits, trois écoles en

12 l'occurrence. Dans ces trois centres, pour lesquels nous parlions de

13 brigades, nous avons déployé des officiers qui étaient diplômés d'écoles

14 militaires.

15 Q. Arrêtons-nous un instant là, et je voudrais essayer à ce stade de me

16 concentrer sur les dates. Maintenant, les officiers dont vous parlez, vous

17 dites : Après que les officiers soient arrivés." Vous voulez parler, n'est-

18 ce pas, des officiers qui avaient précédemment été des officiers supérieurs

19 dans l'armée yougoslave et qui sont entrés au Kosovo avec Tahir Zemaj ?

20 R. Oui. Il s'agit de la période de juin et juillet, les sixième et

21 septième mois. Je ne me rappelle pas exactement, mais c'est

22 approximativement cette période.

23 Q. Je suis juste en train d'essayer de vous aider, en l'occurrence, parce

24 que ceci revêt une certaine pertinence par rapport à votre déclaration de

25 témoin, et il est nécessaire que les dates soient bien claires, aussi

26 claires que nous le pouvons.

27 Nous avons entendu dans la déposition - je ne pense pas que ceci soit

28 contesté - que Tahir Zemaj est entré au Kosovo avec ses officiers du côté

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1 du 23, 24 ou 25 juin, mais pas avant cela. Nous avons vu, comme je le

2 disais, qu'il y a des archives, des documents qui créent votre brigade et

3 les deux autres brigades le 12 juillet, ou entre le 10 et le 12 juillet. Là

4 encore, il est important pour pouvoir interpréter votre carte et croquis,

5 et certaines autres marques que vous avez données. Est-ce que vous décrivez

6 ici des événements et les rapports qui existaient après la création de ces

7 brigades le 12 juillet ?

8 R. Oui, c'est exact. Je n'ai rien à ajouter à cela. C'était au mois de

9 juillet. Nous avions désigné les endroits où il y avait ces locaux, ces

10 installations, où il y avait les officiers.

11 Q. Oui. Et c'est le 20 juillet que la cérémonie de prestation de serment à

12 eu lieu nous avez-vous dit ?

13 R. Oui. Dans le village de Baran. Je m'y trouvais, moi aussi. Nous avons

14 organisé la cérémonie le 12 -- le 20. J'ai invité tous les officiers à

15 venir de tous les différents secteurs. Certains n'ont pas pu venir à cause

16 des combats, donc je leur ai dit, ceux qui sont libres et ceux qui peuvent

17 venir sont les bienvenus. Nous avons fait des vidéos qui existent de sorte

18 que nous pourrions en avoir des éléments de preuve.

19 Q. Nous avons vu une partie de ces enregistrements vidéo à l'audience,

20 ici, Monsieur Krasniqi. Tel a été le processus, vous êtes d'accord, pour

21 lequel les officiers qui étaient venus avec M. Zemaj, qu'on a parfois

22 appelé des officiers de la FARK, ont été intégrés à l'UCK ?

23 R. Oui. Quand ils sont arrivés, ils avaient seulement des emblèmes de

24 l'UCK. Après l'offensive du mois de septembre, parce qu'ils s'étaient

25 trouvés dans différents pays -- les gens de l'extérieur pouvaient dire

26 qu'ils étaient de la FARK ou de l'UCK, mais au Kosovo tous appartenaient à

27 l'UCK.

28 Q. Là encore pour qu'on soit bien clair, au cours de ce mois de juillet il

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1 y avait eu une offensive serbe très importante à Loxha au cours -- enfin,

2 vers la fin de la première semaine de juillet; c'est bien cela ?

3 R. Pas la fin de juillet, plus tôt.

4 Q. Oui, excusez-moi. C'est peut-être un problème d'interprétation. Je

5 disais à la fin de la première semaine de juillet. C'est ça que je vous

6 disais.

7 R. Oui, à la fin de la première semaine.

8 Q. Oui --

9 R. Je crois que vous avez raison, du côté du 5 ou 6.

10 Q. Donc il y a eu une autre grande offensive dans la région dans la

11 semaine qui a suivi à peu près la cérémonie de prestation de serment,

12 n'est-ce pas ?

13 R. Oui.

14 Q. Il est simplement très important que la chronologie soit bien claire.

15 Maintenant, si nous regardons la carte, le croquis, vous avez dit que ceci

16 représente de façon graphique les différents endroits après les 10 et 12

17 juillet, et nous pouvons voir que vous avez décrit Jablanica comme étant un

18 quartier général, l'endroit où il y avait un état-major; et vous avez

19 également décrit Gllogjan comme étant un quartier général comme état-major.

20 Je voulais simplement comprendre d'après votre perspective en tant

21 qu'officier sur le terrain à Baran, est-ce que c'est comme ça que vous les

22 considériez ? Est-ce que vous pensiez qu'ils étaient sur un pied d'égalité

23 indépendant l'un de l'autre, ces deux quartiers généraux, ces deux états-

24 majors ?

25 R. Oui, à ce moment-là c'était comme ça, ils étaient indépendants. Et la

26 même chose était vraie en ce qui nous concerne. Nous n'avions pas de grands

27 moyens et chacun d'entre nous opérait de façon indépendante.

28 Q. Je reviendrai à ça dans un moment. Pourriez-vous regarder maintenant le

Page 5808

1 paragraphe 40 de votre déclaration où vous avez décrit les conséquences et

2 la suite de l'attaque serbe du 24 mars, et la dernière phrase de cette

3 déclaration au paragraphe 40, vous dites : "Après cet incident, le village

4 de Gllogjan est devenu le quartier général le plus important de l'UCK après

5 Jablanica."

6 Je voulais comprendre cela. En tant qu'officier ou officiel sur le terrain,

7 est-ce que c'est comme ça que vous avez compris les choses à ce stade,

8 qu'il y avait deux quartiers généraux, mais que Gllogjan avait davantage

9 d'importance juste après Jablanica ? Est-ce que c'est ce qu'il vous paraît

10 être la réalité ?

11 R. A l'époque, lorsque l'attaque sur Gllogjan a commencé, Jabllanice était

12 très calme à ce moment-là, il n'y avait pas d'attaque. Lorsque le village

13 de Gllogjan a été attaqué, il y a eu un nombre limité de personnes qui

14 avait des armes. C'était Ramush, son frère, ses cousins, et à ce moment-là

15 ils ont opposé une résistance. Les forces serbes sont entrées dans le

16 village, sont entrées dans l'école, ont enlevé et pris comme otage

17 certaines personnes, des enfants, des personnes innocentes --

18 Q. Oui. Excusez-moi de vous interrompre, mais je ne veux pas -- enfin, je

19 ne vous demandais pas de nous donner une description des incidents de la

20 journée du 24 mars comme vous l'avez compris, mais je vous posais des

21 questions concernant l'importance relative de Jablanica et de Gllogjan,

22 l'une vis-à-vis de l'autre dans la période qui a suivi. Vous avez dit que

23 les deux étaient indépendants de l'autre. Je voulais savoir comment vous

24 les considériez du point de vue de leur importance ?

25 R. Moi-même, comme tout le monde, nous considérions cela comme un village

26 héroïque qui avait opposé une résistance, et après l'assaut, la tempête,

27 après le succès, les gens ont du respect pour les chefs qui se sont trouvés

28 à la tête de cette résistance. Donc, la municipalité de Gllogjan, dans la

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1 municipalité de Decan, est le premier village qui est connu comme ayant

2 opposé une résistance en 1998.

3 Q. Est-ce que Ramush Haradinaj n'est pas ainsi devenu un chef spirituel en

4 quelque sorte pour tous ces gens ?

5 R. Au début les gens ne savaient rien, mais ils ont commencé à se demander

6 qui était cet homme. Il est alors devenu une sorte de chef spirituel. Au

7 début, les gens s'attendaient à voir quelqu'un de forte corpulence, mais

8 c'était un homme normal, et on ne peut pas présenter quelqu'un de forte

9 corpulence en le faisant passer pour Ramush simplement à cause de l'idée

10 que les gens se faisaient de lui.

11 Q. Mais ces cinq centres que vous avez mentionnés opéraient de façon

12 relativement indépendante, n'est-ce pas ?

13 R. Oui, de façon tout à fait indépendante. Tout se faisait spontanément.

14 Les gens l'admiraient car il avait obtenu des succès. Ils lui faisaient

15 confiance complètement. Voilà quelle était la situation.

16 Q. Lorsque l'on vous a interrogé au sujet des rapports entre ces

17 différents centres après le mois de juillet, hier, vous avez répondu qu'ils

18 n'étaient pas liés entre eux. Vous avez dit : "A Gllogjan il y avait

19 Ramush. A Prapaqan, il y avait Tahir. Chacun de ces centres agissaient de

20 façon indépendante; autrement dit, nous n'avions ni les moyens ni les

21 capacités de communiquer entre nous." Vous avez noté : "Cependant, en cas

22 de problèmes, si l'on voulait envoyer certaine information, nous envoyons

23 une estafette pour demander de l'aide."

24 Vous dites : "Lorsque je me trouvais à Baran, si j'avais des problèmes,

25 j'envoyais un soldat à bord d'un véhicule pour aller chercher de l'aide, je

26 l'envoyais trouver Ramush, Lahi ou Tahir; celui qui se trouvait le plus

27 près."

28 Je souhaiterais mieux comprendre ce que vous avez dit. Est-ce que vous

Page 5810

1 dites aux Juges de la Chambre que depuis l'endroit où vous vous trouviez à

2 Vranoc, ces trois commandants opéraient de façon autonome et vous pouviez

3 les contacter directement. C'est ce que vous pensiez ?

4 R. Oui. A l'époque, ce n'était pas important. Lorsqu'un village était

5 attaqué, tous les villages proposaient leur aide, spontanément. Par

6 exemple, lorsque Jabllanice a commencé à être attaqué, j'ai demandé de

7 l'aide aux autres villages. Ramush se trouvait à Gllogjan et il ne pouvait

8 pas venir là où je me trouvais. Donc, tous les villages qui pouvaient

9 envoyer des volontaires pour aider le faisaient.

10 Q. Ce que vous nous décrivez c'est une structure du commandement

11 horizontale, plus que verticale. Ai-je raison de décrire les choses ainsi ?

12 R. Oui, c'est exact. Voilà comment les choses se sont passées. Elles se

13 sont véritablement passées de cette manière. Le village qui se trouvait le

14 plus près de l'attaque venait au secours du village attaqué.

15 Q. Au paragraphe 68 de votre déclaration préalable, vous parlez de la

16 transmission des rapports. Vous dites que vous faisiez rapport à Nazif

17 Ramabaja, qui était le commandant de votre brigade, me semble-t-il, et lui-

18 même rendait compte à Tahir Zemaj et à Ramush Haradinaj.

19 Donc Nazif Ramabaja faisait rapport à Tahir Zemaj, qui lui-même

20 rendait compte à Ramush Haradinaj. C'est ainsi que vous avez compris la

21 structure ?

22 R. Oui, c'est ainsi que je comprenais les choses. Lorsque nous revenions

23 de la ligne de front, nous discutions de ce qui s'était passé, de ce que

24 nous avions fait. Mais les rapports ne se faisaient pas juste après les

25 événements. Parfois, ils avaient lieu plusieurs semaines après. Mais, nous

26 nous sommes efforcés de constituer une véritable armée avec un état-major

27 et un commandement conjoint.

28 Q. Mais ai-je raison de dire que ces efforts n'avaient pas encore

Page 5811

1 véritablement abouti ?

2 R. Nous avons toujours essayé de parvenir à cela, même avant cela, mais

3 nous n'y arrivions pas car nous n'avions pas les moyens de le faire et les

4 attaques étaient quotidiennes. Si bien que nous n'avons jamais eu de

5 commandement digne de ce nom, de commandement conjoint, d'état-major

6 général. Car partout dans le monde, dans tous les pays en temps de guerre,

7 il y a des commandements. Dans notre cas, chaque village avait un état-

8 major. C'est comme si nous étions plusieurs pays rassemblés en un seul.

9 Q. Ce que vous décrivez c'est une situation tout à fait chaotique.

10 R. Tout à fait. Si l'on compare les moyens à notre disposition et les

11 moyens dont disposaient les Serbes qui avaient des avions, des chars, nous

12 n'avions que des Kalachnikovs. On ne peut donc pas comparer les moyens de

13 part et d'autre. Mais si l'on parle de la volonté des jeunes gens, c'est

14 autre chose.

15 Q. A ce sujet, était-il facile de sanctionner, d'imposer la discipline

16 parmi ces jeunes volontaires ? Etait-il possible et facile de contrôler les

17 actes de ces jeunes volontaires ?

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Emmerson.

19 M. EMMERSON : [interprétation] Excusez-moi.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La Chambre entend depuis quelque temps

21 un témoignage qui ressemble beaucoup à de nombreux témoignages que nous

22 avons déjà entendus.

23 M. EMMERSON : [interprétation] Oui.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Cette question de savoir s'il était

25 facile ou pas de contrôler ces gens n'est pas vraiment une question

26 factuelle. Par le passé, nous avons entendu de nombreux témoignages à cet

27 égard qui faisaient état de faits, d'opinions. Je ne sais pas si nous

28 faisons bon usage du temps d'audience.

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1 M. EMMERSON : [interprétation] Très bien. Je m'en remets tout à fait aux

2 Juges de la Chambre. Il s'agit là de descriptions des structures du

3 commandement. Si les Juges de la Chambre sont d'avis que ce sujet a été

4 suffisamment couvert, je vais passer à autre chose.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Allez-y.

6 M. EMMERSON : [interprétation]

7 Q. J'enchaîne toutefois sur ce que nous venons d'évoquer dans votre

8 déclaration au paragraphe 66. Vous dites que Ramush a rendu visite à votre

9 brigade deux ou trois fois au total pendant la période où vous étiez

10 cantonnés à Baran; est-ce exact ?

11 R. Oui.

12 Q. Pendant une durée d'environ deux mois, n'est-ce pas ?

13 R. Oui.

14 Q. Vous dites qu'il se déplaçait beaucoup; est-ce exact ?

15 R. On m'a posé une question différente. Bien entendu que les gens se

16 déplaçaient, mais à l'époque il est venu trois fois dans notre zone. Il

17 essayait, comme tout le monde, d'envoyer des gens à droite, à gauche, de

18 façon à ce qu'on contrôle la situation, mais nous n'avons jamais réussi à

19 le faire. En effet, lorsqu'un village était attaqué, c'est lui qui

20 répondait en premier.

21 Q. Vous avez amorcé un début de réponse. La question bien concrète que je

22 vous ai posée était la suivante : d'après ce que vous avez compris de la

23 situation, M. Haradinaj était quelqu'un qui se déplaçait constamment; c'est

24 bien cela ?

25 R. On m'a dit qu'à chaque fois qu'il se rendait dans un village, le moral

26 des villageois était meilleur. Je ne sais pas quelle était la fréquence de

27 ses déplacements, mais à chaque fois qu'il le pouvait et qu'il avait le

28 temps de le faire, il se rendait sur place.

Page 5813

1 Q. Très bien. Compte tenu de ce que vous nous avez déclaré hier, lorsque

2 M. Re vous a interrogé au sujet de ce que les gens pensaient de sa manière

3 de commander, vous avez répondu : "Ramush n'avait pas le temps de commander

4 partout, mais les gens lui faisaient confiance. Ils pensaient que si Ramush

5 était là, ils ne leur arriveraient rien. Voilà ce que pensaient les gens.

6 Voilà à quel point ils l'aimaient."

7 Qu'est-ce que vous entendiez par là, lorsque vous avez dit que "Ramush

8 n'avait pas le temps de commander partout " ?

9 R. La ligne de front couvrait une cinquantaine de kilomètres et nous

10 n'avions pas les moyens de communication qu'il fallait. Même en disposant

11 de moyens de communication modernes, il est difficile de commander sur une

12 ligne de front aussi longue que celle que j'ai décrite. Il s'est

13 probablement rendu à Dubrave, Gramaqel, Prilep, mais à Lugu i Baranit, il

14 n'y avait personne, car il n'y avait pas un autre Ramush. Il ne pouvait pas

15 commander partout.

16 Q. Revenons à certains éléments dont vous avez parlé dans vos déclarations

17 préalables ou en rapport avec certaines cartes, concernant le déploiement

18 des forces serbes. Hier, vous avez examiné plusieurs cartes, et vous vous

19 êtes rendu compte que vous avez omis certaines informations.

20 M. EMMERSON : [interprétation] Peut-on voir la carte P355, je vous prie.

21 Merci beaucoup.

22 Q. Je souhaiterais d'abord que l'on comprenne mieux cette carte. On ne

23 voit pas d'éléments topographiques sur celle-ci, ni collines ni montagnes,

24 mais vous nous avez dit hier que de façon générale les forces serbes

25 occupaient des positions élevées; est-ce exact ?

26 R. Oui, c'est exact.

27 Q. Je souhaiterais obtenir quelques éclaircissements de votre part

28 concernant certains des propos que vous avez tenus dans vos déclarations

Page 5814

1 préalables ou lors de votre déposition. Examinons cette zone en bleu sur la

2 carte. Tout d'abord, est-il exact de dire qu'il y avait des forces serbes

3 stationnées à Suka Cermjan, à l'ouest du lac Radoniq?

4 R. Oui, c'est exact. Elles se trouvaient là et le long du barrage, ainsi

5 que dans le secteur du lac Radoniq.

6 Q. De quelle période voulez-vous parler ?

7 R. Je vous parler du barrage du lac Radoniq, Suka i Biteshit et la grand-

8 route de Gjakove-Decan-Baballoq.

9 Q. Pour que les choses soient tout à fait claires, savez-vous à quelle

10 époque les forces serbes se trouvaient à Suka Cermjan, de quand à quand,

11 grosso modo, se trouvaient-elles à cet endroit ?

12 R. Les forces serbes sont entrées dans ce secteur au mois de mars.

13 Q. Est-ce qu'elles sont restées là pendant tout l'été ?

14 R. Oui, elles sont restées là jusqu'à la chute des villages. Elles se

15 trouvaient sur les positions élevées, d'où elles observaient les villages

16 et les pilonnaient. Il s'agissait de lieux stratégiques. Nous avons là le

17 village de Pulaj, la clinique de Decan ou Podi i Geshtenjave où

18 l'artillerie lourde était positionnée, et depuis ces endroits, ils

19 pilonnaient les villages. Il y avait d'autres villages, dont Bellopoje,

20 Tavre [phon]. C'est là qu'étaient positionnés l'armée et son artillerie.

21 Q. Vous avez parlé de Suka Bitesh. Pourriez-vous nous dire de quand à

22 quand les forces serbes se trouvaient à Suka Bitesh ?

23 R. Après l'attaque de Gllogjan, Suka Bitesh a été capturé par les forces

24 serbes. Juste après le mois de mars, les forces serbes s'y sont donc

25 installées. Il y avait des hameaux avec des maisons. Elles se sont rendues

26 là-bas soi-disant pour protéger la population serbe qui se trouvait là.

27 Mais après le village de Suka Baballoq, il y avait des maisons habitées par

28 des Rom. Ils sont restés là également. C'était après le mois de mars.

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1 L'attaque s'est produite au mois de mars, et après cette date, elles

2 étaient stationnées à Suka Bitesh.

3 Q. Pourriez-vous nous décrire précisément où se trouve le barrage dont

4 vous avez parlé plus tôt par rapport au lac Radoniq ?

5 R. Vers Gjakove, les villages situés en contrebas. Je n'arrive pas à voir

6 cet endroit sur la carte. Je ne vois pas le lac de Radoniq. En fait, ils

7 contrôlaient tout ce qui se trouvait autour du lac. Ils pouvaient circuler

8 librement sur la route, et ils avaient les véhicules nécessaires pour le

9 faire.

10 Q. Très bien. Dans votre déclaration préalable au paragraphe 48, vous

11 dites, et ceci a été corroboré par d'autres témoignages, que le poste de

12 police serbe de Qallapek est resté ouvert jusqu'au 25 juin. Nous avons

13 entendu un autre témoignage selon lequel c'était le 25 juin effectivement.

14 Pouvez-vous confirmer que le poste de police serbe de Qallapek est resté

15 fonctionnel jusqu'à la deuxième quinzaine de juin ?

16 R. Oui, c'est exact. Ce poste a été ouvert en juin. Il y avait également

17 des chars. Il n'y a aucune force de police dans le monde qui dispose de

18 chars. Or, les Serbes en avaient. Ces chars étaient stationnés près du

19 poste de police et dans des maisons privées albanaises. Il y avait quatre

20 chars qui se trouvaient au-dessus du poste de police. Il y a une colline

21 derrière le poste de police, et depuis cette colline, ils ont également

22 tiré sur tout ce qui bougeait.

23 Q. Ai-je raison de dire que Qallapek est une ville que l'on voit en haut à

24 droite de la zone bleue que vous avez indiquée, donc juste au-dessus de

25 Kosuriq ?

26 R. Oui, oui. Il y a Kosuriq et Rosuje, entre ces deux villages il y a

27 Qallapek, et sur la route qui mène de Qallapek à Kosuriq se trouve le poste

28 de police, et c'est là que les forces étaient cantonnées et dans certaines

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1 des maisons du secteur, c'est depuis ces endroits qu'ils ont attaqué.

2 Q. Pour résumer, vous avez parlé d'unités serbes fortement armées qui se

3 déplaçaient dans se secteur jusqu'à la deuxième quinzaine du mois de juin;

4 c'est bien cela ?

5 R. Oui. Jusqu'à cette date ils ont circulé en passant par Rosuje, Kliqine

6 et Qallapek. Ils avaient des chars, des véhicules de transport de troupes

7 blindés, et c'est ainsi que la relève se passait. Ils avaient toujours des

8 chars et des véhicules blindés de transport de troupes pour amener la

9 relève.

10 Q. Je vous pose ces questions car à un certain moment dans votre

11 déclaration, vous semblez dire que ces zones étaient placées sous le

12 contrôle exclusif de l'UCK, je sais que vous en avez parlé dans le cadre de

13 votre déposition, je souhaiterais simplement résumer les choses. A l'examen

14 de la zone indiquée en bleu sur cette carte, pourriez-vous confirmer

15 qu'entre le 19 et le 21 mai, une offensive serbe se dirigeait vers ce

16 secteur depuis l'est, Grabanica et les villages situés dans les environs

17 ont été capturés à cette occasion ?

18 R. Oui, mais une erreur a été commise. Je n'ai pas dit "contrôlée." J'ai

19 dit que cette zone était considérée comme une zone libre. C'est différent.

20 Q. Oui. Je vais vous interroger à ce sujet un peu plus tard. Le 29 mai,

21 vous nous avez dit qu'une attaque a été lancée contre Vranoc depuis le sud-

22 ouest de Peje, des dégâts importants ont été occasionnés. Un nombre

23 important de personnes ont été tuées et plusieurs villages ont été capturés

24 le long de cet axe; est-ce exact ?

25 R. Oui, c'est vrai. Le 29 mai une offensive de grande envergure a été

26 lancée depuis le village de Vranoc vers Kryshec, Strellc, Decan jusqu'à

27 Junik. En fait, cette offensive a été préparée de façon tout à fait

28 professionnelle. Il y avait des unités de blindés impliquées, et dans la

Page 5817

1 nuit du 28 mai, l'unité de blindés s'est dirigée vers Vranoc, tandis que

2 les autres unités ont pris le contrôle des points stratégiques situés en

3 hauteur. A 5 heures du matin, l'unité de tireurs d'élite et l'unité de

4 police ont capturé Glavice e Vranocit, une colline. Il y avait un garde à

5 cet endroit accompagné de deux jeunes hommes --

6 Q. Excusez-moi. Pour le moment nous n'avons pas besoin de davantage de

7 détails au sujet de Vranoc. Vous nous avez parlé de cette offensive et vous

8 avez convenu, me semble-t-il, qu'une attaque cruciale s'était déroulée

9 pendant deux jours dans le secteur de Loxha, c'était dans la première

10 semaine ou à la fin de la première semaine du mois de juillet. Vous avez

11 confirmé que cette offensive majeure s'était déroulée dans la région à la

12 fin du mois de juillet, et s'était poursuivie jusqu'à la mi-août, à l'issue

13 de cette offensive Gllogjan a été capturé le 11 et le 12 août, n'est-ce pas

14 ?

15 R. Oui.

16 Q. Une autre offensive a été lancée fin août, elle s'est poursuivie

17 jusqu'en septembre ?

18 R. Oui. Il s'agissait de l'offensive la plus importante. Mais pour revenir

19 au village de Vranoc dont j'ai parlé plus tôt, quatre personnes ont été

20 tuées, des bêtes ont également été tuées, 450 pièces de bétail ont été

21 tuées. Quatre personnes ont été tuées, je l'ai déjà dit, et de nombreuses

22 maisons ont été incendiées et réduites en cendres.

23 Q. Arrêtons-nous un instant. Vous nous avez dit qu'à un moment donné vous

24 étiez allé à Gllogjan, le village était assiégé et sur le point d'être

25 capturé par les Serbes. Ramush vous a donné pour instruction d'aider à la

26 défense de Gramaqel. Etait-ce à l'occasion de la première offensive du mois

27 d'août à Gllogjan, donc autour des 11 et 12 août; ou était-ce dans le cadre

28 de la deuxième offensive qui a eu lieu à la fin du mois d'août et s'est

Page 5818

1 poursuivie jusqu'au début du mois de septembre ?

2 R. Non, c'était à l'occasion de la première offensive lorsque Gllogjan est

3 tombé. C'était l'une des offensives les plus importantes. Je suis allé sur

4 place. J'ai fait ce que j'ai déjà décrit. Et avec les hommes de mon unité

5 je suis allé vers Gramaqel. En fait quelle était votre question ?

6 Q. Lorsque vous êtes allé à Gllogjan, est-ce que l'attaque y faisait déjà

7 rage ?

8 R. Oui. Elle avait débuté et les pilonnages étaient continus. Ils

9 pilonnaient les maisons, on lançait des grenades, des roquettes --

10 Q. Excusez-moi de vous interrompre. Il y a une raison bien précise pour

11 laquelle je vous pose cette question : est-il exact de dire que vous n'êtes

12 pas arrivé sur place le premier jour de l'offensive serbe, mais plutôt le

13 deuxième jour de celle-ci ?

14 R. Oui, c'est exact. Je suis arrivé au deuxième jour de l'offensive à

15 Gllogjan. C'était l'horreur.

16 Q. Nous avons examiné très brièvement plusieurs déclarations en rapport

17 avec l'enquête menée sur Sanije Balaj. Je ne vais pas vous interroger en

18 détail là-dessus, mais la date à laquelle elle a été arrêtée et détenue

19 selon l'un de ses proches est le 11 août. Après l'interrogatoire de Sanije

20 Balaj, êtes-vous parti directement à Gllogjan où la bataille faisait rage ?

21 R. Non, je ne suis pas allé ce jour-là. Je l'ai simplement laissé ce jour-

22 là et je ne sais pas où elle est partie. C'est le lendemain que je suis

23 allé à Gllogjan où l'offensive faisait rage. Le pilonnage se poursuivait.

24 Q. Essayons de rétablir l'ordre chronologique, la séquence des événements,

25 quand Sanije Balaj a quitté à Baran il y avait une offensive serbe, les

26 Serbes entraient dans Gllogjan. Est-ce bien comme ça qu'il faut comprendre

27 ce que vous dites ?

28 R. Je ne sais pas comment je le dirais, mais je peux dire que pour nous il

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1 y avait du pilonnage pratiquement tous les jours. Il s'était encore

2 intensifié ces jours-là. Ce qui veut dire qu'on ne pensait même pas à

3 regarder ailleurs ou faire autre chose. On voulait simplement aller aider

4 les gens, là où ils avaient besoin de nous.

5 Q. Une précision à propos de votre déclaration préalable. Au paragraphe

6 77, vous faites référence à la bataille de Loxha et vous dites qu'elle a eu

7 lieu le 6 juin. Et au paragraphe 78, vous dites qu'il y avait Nazif

8 Ramabaja qui avait participé, mais aussi Tahir Zemaj et Ramush Haradinaj.

9 Au paragraphe suivant, au paragraphe 79, vous dites : "Un mois plus tard en

10 juillet, les Serbes sont entrés dans Loxha et ont détruit Loxha

11 complètement." M. Re a présenté une carte hier, je pense, elle concernait

12 apparemment la première bataille de Loxha.

13 Je pense que vous vous êtes trompé pour la date au paragraphe 77, il

14 ne s'agit pas du 6 juin, mais du 6 juillet, parce que si ce que vous dites

15 au paragraphe 78 est exact, à savoir que Nazif Ramabaja et Tahir Zemaj

16 avaient participé à cette bataille, vous savez qu'ils sont entrés au Kosovo

17 seulement le 23 ou le 24 juin, n'est-ce pas ?

18 R. Oui, je vous ai dit que la date n'était peut-être pas exacte.

19 Q. Est-ce qu'on peut en conclure qu'il y a eu une première bataille de

20 Loxha, fin de la première semaine de juillet, et une nouvelle bataille

21 toujours à Loxha, là où il y a eu destruction complète de ce lieu, et elle

22 est intervenue après un mois plus tard, au début du mois d'août, est-ce

23 bien ce que vous dites ? Est-ce bien à cela que revient votre déposition ?

24 R. Oui, c'est comme vous dites. Ça s'est passé pendant la première

25 offensive à laquelle nous avons tous participé, mais au cours de la seconde

26 nous n'avons pas tous réussi à y participer.

27 Q. Je voudrais aborder quelques sujets supplémentaires, si vous me le

28 permettez. Je reviens à votre déposition d'hier - et c'est ce que vous

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1 disiez il y a un instant à propos du contrôle des zones libres - on vous a

2 posé une question à propos de la zone indiquée en bleu, à l'écran, sur

3 cette carte que nous avons sous les yeux. On vous a demandé s'il s'agissait

4 d'une zone libre et si elle était contrôlée sur le plan militaire par

5 l'UCK. Voici ce que vous avez répondu : "C'est ce que nous pensions à

6 l'époque. Nous pensions que c'était une zone libre ou libérée. Mais les

7 forces Serbes pouvaient parfois entrer dans cette zone parce qu'elles

8 avaient des hommes en véhicules. Mais nous, nous nous sommes déplacés dans

9 ces zones, eux, les Serbes pouvaient aussi se déplacer dans cette zone,

10 s'ils le voulaient."

11 Un peu plus loin, un peu plus tard, vous avez ajouté ceci : "Oui, c'est

12 bien la carte des villages. Ce sont ces villages, mais on ne pouvait pas

13 les contrôler. On ne pouvait empêcher personne d'entrer dans ces zones."

14 Voici ce que je vous demande : mis à part les grandes offensives que nous

15 avons décrites à l'instant, est-ce que parfois les forces serbes, la police

16 ou des paramilitaires sont entrés en plus faibles nombres dans ces zones,

17 pour des raids, des incursions ?

18 R. Tout le temps, ils ont pilonné, ils ont essayé d'entrer. Il y a le

19 village de Lybeniq, par exemple, ils ont attaqué les habitants qui

20 pensaient que leurs voisins serbes allaient les défendre; mais

21 malheureusement, il y a beaucoup de civils qui ont souffert. Pratiquement

22 tous les jours des groupes ont essayé d'entrer dans diverses zones pour y

23 tuer des civils, des hommes qui étaient proches d'eux le long de la route

24 principale. Là, partout où ils allaient, ils tiraient, ils pilonnaient, ils

25 tuaient des civils. Il nous était impossible de couvrir toute la zone. On

26 n'avait pas assez d'hommes.

27 Q. Merci. J'ai quelques questions à propos de l'incident qui concernait

28 Nurije et Istref Krasniqi. Vous en avez parlé hier. On vous a posé des

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1 questions à propos de rumeurs que vous avez entendues qui disaient qu'il

2 était possible qu'il y eu collaboration ou des collaborateurs. Vous avez

3 répondu notamment ceci : "Je savais qu'un des fils avait été blessé. Nous

4 avons porté secours. Nous avons amené ce fils à l'hôpital militaire pour

5 qu'il y soit soigné."

6 Est-ce que vous saviez que ce fils que vous aviez emmené pour le faire

7 soigner à l'hôpital militaire avait été blessé à cause d'une vendetta ?

8 R. Je ne le savais pas à l'époque, mais j'en ai entendu parler plus tard.

9 J'ai entendu dire qu'il avait été blessé. Nous l'avons amené à l'hôpital

10 militaire, on n'osait pas l'amener à Peje. On a essayé de l'aider du mieux

11 qu'on pouvait. C'est tout ce que je sais. Mais, j'ai entendu dire --on a

12 essayé de l'aider, on a offert de l'aide et sa famille est allée lui rendre

13 visite à l'hôpital militaire.

14 M. EMMERSON : [interprétation] Peut-on passer quelques instants à huis clos

15 partiel ?

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

17 [Audience à huis clos partiel]

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27 [Audience publique]

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci, Monsieur le Greffier.

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1 M. EMMERSON : [interprétation] J'ai encore trois ou quatre questions très

2 brèves à poser à propos de Sanije Balaj, mais ce faisant, je ne voudrais

3 pas laisser entendre que je peux ainsi définir la façon dont il faut lire

4 le document. Mais je pense qu'il y a quelques questions nécessaires à poser

5 pour établir les bases.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je pense que la Chambre a été claire

7 précédemment. Le fait que vous posiez quelques questions dans ce contexte

8 ne vous empêche pas d'y revenir plus tard ou de demander que le témoin soit

9 recité. Poursuivez.

10 M. EMMERSON : [interprétation]

11 Q. Une ou deux questions précises. Est-ce que vous vous souvenez si Galani

12 était aussi dans la Golf ?

13 R. Je ne m'en souviens pas. J'allais à pied vers le kiosque qui se trouve

14 près de la clinique du village. J'ai vu Sanije Balaj qui montait avec eux

15 dans la voiture. Il y a eu un procès à Peje et c'était terminé. Je ne me

16 souviens pas de l'heure qu'il était, je pense qu'il devait être midi ou 13

17 ou 14 heures. C'était une pause de déjeuner pour l'armée.

18 Q. Attendez. Je vous ai demandé si Galani était avec Sanije Balaj et vos

19 cousins quand ces derniers sont montés dans la voiture.

20 R. Je ne l'ai pas vu, lui.

21 Q. Mais est-ce que vous les avez vus, eux, monter dans le véhicule ?

22 R. J'ai vu les deux, ces deux hommes et Sanije. Elle portait un manteau

23 long, et j'étais curieux. J'ai tourné la tête, me disant que quelqu'un

24 allait peut-être m'appeler.

25 Q. Donc vous avez vu que vos cousins sont montés dans le véhicule avec

26 elle ?

27 R. Oui.

28 Q. Que dites-vous, que Galani était là ou qu'il n'était pas là, à ce

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1 moment-là, avec eux ?

2 R. Je l'ai dit dans l'autre procès, comme je le dis ici, je ne sais pas.

3 Q. Deuxième question : est-ce que Sanije Balaj était membre de l'UCK ?

4 R. Je ne sais pas. J'ai vu une séquence vidéo où il y a un groupe de

5 filles qui chantent, près de Malisheve, elle était parmi ce groupe de

6 jeunes femmes. Je ne sais pas, parce qu'elle était en civil quand elle est

7 venue chez nous, et je ne savais pas si elle était membre de l'UCK ou pas.

8 Q. Un instant. Vous dites que vous avez vu une séquence vidéo montrant des

9 jeunes filles qui chantaient.

10 Est-ce que ces personnes étaient en uniforme ?

11 R. Certaines d'entre elles, oui, mais elles ne portaient pas toutes le

12 même uniforme.

13 Q. Qu'est-ce qu'elles chantaient, des chants de l'UCK ou qui montreraient

14 un lien avec l'UCK ?

15 R. Oui. Elles chantaient un chant consacré à l'UCK. On a vu dans cette

16 séquence vidéo, elles descendaient d'une montagne, mais moi, je ne savais

17 pas qu'elle était là.

18 Q. Mais est-ce que vous avez vu cette séquence vidéo avant de la

19 rencontrer, à Baran, ou après ?

20 R. Non. Même si j'ai vu cette séquence plus tôt, je ne savais pas que

21 c'était elle, Sanije Balaj, c'était simplement un groupe de jeunes filles,

22 je n'ai pas fait attention. C'est seulement plus tard que j'ai constaté

23 qu'elle faisait partie de ce groupe.

24 Q. Dernière question. Est-ce que quelqu'un vous a dit plus tard, à quelque

25 moment que ce soit, qu'elle faisait partie de l'UCK ?

26 R. Non, ce n'est pas ce qu'on m'a dit parce que les gens pensaient

27 qu'étant donné que je l'avais interrogée, c'était moi qui avais donné

28 l'ordre de l'exécuter. Donc si j'avais manifesté un quelconque intérêt,

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1 ceci aurait pu éveiller les soupçons, on aurait pu croire que c'était moi.

2 Q. Oui, oui. Merci de répondre à cette question. Rrustem Tetaj est venu

3 parler ici de l'enquête qui a été menée suite à la disparition de Sanije

4 Balaj. A cette occasion, il a déclaré que tous les commandants, y compris

5 lui-même, Tahir Zemaj, Gjukaj et Haradinaj, avaient eu au moins une réunion

6 pendant laquelle ils ont essayé d'élucider ce qui s'était passé, ce qui lui

7 était arrivé, et qu'ils menaient une enquête ensemble à propos de sa mort.

8 Est-ce que vous saviez que tous les commandants avaient manifesté une

9 volonté de mener une enquête, s'y intéressaient ?

10 R. Oui. Lorsqu'ils m'ont appelé pour cet entretien, ils voulaient tous

11 savoir ce qui s'était passé. Les commandants n'étaient pas informés de ce

12 qui s'était passé, et normalement, quand quelqu'un vous confie une mission,

13 vous devez essayer de savoir ce qui s'est passé.

14 Q. Est-ce que vous êtes allé parler à tous les commandants réunis ?

15 R. Non, parce que je n'étais pas là, puis j'ai été à l'entretien. Puis

16 plusieurs rumeurs se sont propagées. Vous savez, les rumeurs se propagent

17 vite. Puis j'ai entendu qu'on disait beaucoup de mal de moi, comme si

18 c'était moi qui avais ordonné qu'elle soit tuée. J'ai essayé de ne pas trop

19 me montrer, je ne voulais pas empêcher l'enquête, je voulais qu'il y ait

20 une enquête, bien entendu. J'ai essayé jusqu'au bout.

21 Q. Merci.

22 M. EMMERSON : [interprétation] C'est tout ce que je peux faire pour le

23 moment.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je voudrais demander aux autres équipes

25 de la Défense de combien de temps elles auront besoin, à commencer par M.

26 Guy-Smith.

27 M. GUY-SMITH : [interprétation] Une demi-heure à peu près.

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Et vous, Maître Troop ?

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1 M. TROOP : [interprétation] Aussi à peu près une demi-heure.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Cela veut dire qu'on arrivera presque à

3 19 heures.

4 En l'état, Monsieur Re, vous aurez des questions supplémentaires ?

5 M. RE : [interprétation] Peut-être dix minutes.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith, Maître Troop, est-ce

7 que vous pourriez essayer de faire plutôt 20 minutes, davantage que 40 ?

8 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je ferai de mon mieux.

9 M. TROOP : [interprétation] Moi aussi.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Tant mieux.

11 Mais voici quelques instructions. Maître Emmerson, vous avez demandé

12 au témoin lorsqu'il était allé aider à la défense de Gllogjan quand ce

13 village avait été attaqué, vous avez demandé si c'était le jour où il avait

14 quitté Sanije Balaj. Il vous a dit que c'était le lendemain. Puis, pour une

15 raison que je n'ai pas comprise, vous avez établi un certain ordre

16 chronologique. Vous avez dit que c'était le lendemain de l'attaque, et cela

17 me semblait tellement évident, j'avais l'impression que vous vouliez qu'il

18 insiste, et je pense que vous avez semé la confusion dans l'esprit du

19 témoin. Il ne savait pas du tout de quoi vous parliez.

20 M. EMMERSON : [interprétation] Excusez-moi. Excusez-moi. J'avais perdu le

21 fil de ma pensée.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pause jusqu'à 17 heures 55.

23 --- L'audience est suspendue à 17 heures 36.

24 --- L'audience est reprise à 17 heures 59.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith, vous pouvez

26 poursuivre.

27 Monsieur Krasniqi, vous allez être contre-interrogé par le conseil de M.

28 Balaj.

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1 M. GUY-SMITH : [interprétation] Merci.

2 Contre-interrogatoire par M. Guy-Smith :

3 Q. [interprétation] Monsieur Krasniqi, je souhaiterais vous poser d'abord

4 quelques questions générales. A l'époque où vous avez été interrogé par les

5 représentants du bureau du Procureur, vous a-t-on présenté des

6 photographies ?

7 R. Oui.

8 Q. Pourriez-vous nous dire combien de séries de photographies vous ont été

9 présentées ?

10 R. Je ne m'en souviens pas.

11 Q. Vous souvenez-vous quand on vous a montré ces séries de photos ?

12 R. Je me souviens d'une occasion à Peje au cours de laquelle on m'a montré

13 des photos, et la deuxième fois, c'était à Pristina. Je pense que c'était

14 en 2002, puis en 2004, et en 2006.

15 Q. Aujourd'hui, vous rappelez-vous à tout hasard du nom des personnes ou

16 des enquêteurs, plus précisément, qui vous ont montré ces séries de photos

17 ? Beaucoup de temps s'est écoulé depuis, mais il nous serait très utile de

18 savoir cela.

19 R. Oui. Il y avait une femme roumaine accompagnée d'un homme -- un

20 Français. Je crois que le Français s'appelait René, en tout cas, c'est ce

21 dont je me souviens. Ils m'ont montré ces photos. Il y avait un Tchèque et

22 une personne répondant au nom de Shahzada Sultan.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith, le témoin vient de

24 nous parler de "prise de photos" alors que vous lui avez posé une question

25 au sujet de "séries de photos" ou de "planches-photographiques". Veuillez

26 tirer cela au clair.

27 M. GUY-SMITH : [interprétation] Très bien.

28 Q. On vous a montré des photos. Je vous ai parlé de séries de photos,

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1 c'est-à-dire de feuilles de papier regroupant plusieurs photographies,

2 peut-être huit photographies. C'est ce que j'entends par l'expression

3 "série de photos."

4 R. Oui, je m'en souviens très bien. Maintenant, je comprends mieux votre

5 question. Effectivement, ils m'ont montré une série de photos, une feuille

6 sur laquelle se trouvaient plusieurs photos. Sur ces photos, j'ai reconnu

7 trois personnes; deux que j'ai pu identifier nommément et une que j'ai

8 reconnue de vue.

9 Q. A l'époque où on vous a montré ces tapissages, ces séries de photos

10 également appelées tapissages, est-ce que vous avez apposé votre signature

11 sur les documents qu'on vous a présentés après avoir reconnu deux personnes

12 nommément ? Avez-vous signé ce document et l'avez-vous remis à l'un des

13 enquêteurs ou à l'une des personnes que vous avez mentionnées ?

14 R. Oui, j'ai signé ce document.

15 Q. L'une des personnes, l'un des enquêteurs qui vous a montré ce tapissage

16 que vous avez signé était un dénommé Sultan -- ou une femme, il s'agissait

17 d'une femme appelée Shahzada Sultan. Vous souvenez-vous d'elle ?

18 R. Oui, je me souviens de cette personne. En fait, c'est un homme, ce

19 n'est pas une femme. Il est Pakistanais et il travaille ici.

20 Q. Je vous remercie. Je vais procéder à quelques vérifications

21 supplémentaires au sujet de ladite personne.

22 A l'époque où vous avez fait des déclarations aux enquêteurs, vous

23 souvenez-vous si les auditions ont été enregistrées ?

24 R. A chaque fois que j'étais convoqué pour un entretien, on m'a dit qu'il

25 y avait un enregistrement audio, mais cela ne m'a posé aucun problème. On

26 m'a prévenu que l'entretien était enregistré. On m'a demandé si j'y voyais

27 d'inconvénient, et j'ai répondu que non. Mais je ne sais pas si

28 l'enregistrement effectivement a eu lieu.

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1 Q. On je vous a jamais présenté de transcription de ces enregistrements,

2 n'est-ce pas ?

3 R. Non, je ne me souviens pas que l'on m'ait montré la moindre

4 transcription.

5 Q. Je vais passer à un autre sujet. Lorsque vous avez assumé pour la

6 première fois la responsabilité de former les jeunes gens dont vous avez

7 parlé plus tôt, est-ce que vous pourriez nous préciser la couleur, s'il y

8 en avait une, des uniformes; s'ils en avaient, que portaient ces jeunes

9 gens ?

10 R. Oui. Vers la fin du mois de février ou le début du mois de mars, il n'y

11 avait quasiment pas d'uniformes. Nous étions tous vêtus de vêtements

12 civils. Nous portions des insignes de l'UCK sur la manche. C'est tout. Nous

13 n'avions pas d'uniformes à proprement parler. Nous avons seulement des

14 vêtements civils.

15 Q. A un moment donné, les gens ont-ils commencé à porter des vêtements de

16 couleur noire en guise d'uniforme, vêtements sur lesquels se trouvaient des

17 insignes de l'UCK, et j'ai à l'esprit l'été 1998 ?

18 R. Oui. C'est la première fois que nous avons vu des uniformes à

19 Malisheve. Nous avons entendu dire que c'était les policiers militaires qui

20 portaient ces uniformes. Certains hommes ont acheté ces uniformes avec leur

21 argent; ceux qui n'avaient pas les moyens de les acheter n'en avaient pas.

22 Q. Ces personnes qui portaient des uniformes de couleur noire, était-ce

23 Mete Krasniqi, Fadil Nimoni, à titre d'exemple ?

24 R. Mete n'en avait pas pendant un certain temps, puis il a acheté un

25 uniforme à Malisheve. Il fut un temps où Fadil n'avait pas d'uniforme, mais

26 il a fini par en acheter un. Donc au début ils n'en avaient pas, mais par

27 la suite ils en avaient.

28 Q. Lorsque vous dites "plus tard," est-ce que vous pourriez nous donner

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1 une idée de la période ? Etait-ce en juin, en juillet ?

2 R. Je ne sais pas. Je sais que c'était dans le courant de l'été, à

3 Malisheve, ils ont commencé à porter des uniformes avant cette date, mais

4 cela n'avait aucune importance à nos yeux.

5 Q. Qu'en est-il de Baran ? Est-ce qu'à Baran il y avait des soldats en

6 uniformes noirs ?

7 R. Oui, à Baran, certains portaient des uniformes, mais ce n'était pas le

8 cas de tout le monde. Eux aussi ont acheté ces uniformes avec leur argent,

9 et ceux dont nous pensions qu'ils allaient être affectés à des unités de

10 police portaient uniformes semblables.

11 Q. Lorsque vous parlez "de personnes affectées à la police" vous pensez,

12 par exemple, à Avni, votre cousin, n'est-ce pas ?

13 R. Oui. Ils ont acheté leurs uniformes. Ils souhaitaient servir dans les

14 rangs de la police militaire.

15 Q. Iber, lui aussi, portait un uniforme noir, n'est-ce pas ?

16 R. Non, je ne pense pas, mais je n'en suis pas sûr.

17 Q. Aurais-je raison de dire que dans la zone où vous étiez cantonné,

18 certains civils portaient également des vêtements de couleur noire pour

19 montrer leur soutien à l'UCK ?

20 R. Oui, c'est exact. Par chez nous certains portaient également ce type de

21 vêtements. Ça les rendait intéressants à leurs yeux que de porter de tels

22 vêtements.

23 Q. Lorsque vous dites "intéressants", vous voulez parler de leur soutien à

24 l'UCK et de leur combat contre les Serbes, n'est-ce pas ?

25 R. Oui, tel était leur objectif, ils voulaient montrer leur soutien à

26 l'UCK.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith, vous vous rendez bien

28 compte que ces questions sont assez générales, tout comme les réponses.

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1 M. GUY-SMITH : [interprétation] Oui, je m'en rends bien compte.

2 Malheureusement, il n'y a pas eu beaucoup de civils. Tout ce que je puis

3 faire à ce stade c'est de communiquer ces informations à la Chambre pour

4 qu'elle s'en serve comme bon lui semblera.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, mais ce sont des éléments très

6 généraux.

7 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je m'en rends bien compte.

8 Q. Lorsque vous avez été contacté pour la première fois par Avni et Iber,

9 vos cousins, au sujet de Sanije Balaj, vous étiez en présence de Nazif

10 Ramabaja, n'est-ce pas ?

11 R. Oui, c'est exact.

12 Q. En réalité, c'est lui qui vous a dit qu'il serait bon que vous lui

13 parliez des préoccupations de vos cousins, n'est-ce pas ?

14 R. Oui, c'est exact.

15 Q. Lorsque vous êtes allé lui parler -- en fait, vous lui avez d'abord

16 parlé dans une pièce où se trouvaient vos deux cousins et quelqu'un dont

17 vous avez appris ensuite qu'il s'appelait Galani, n'est-ce pas ?

18 R. Bien sûr. Il y avait Sanije ainsi que cette personne, moi-même et mes

19 deux cousins.

20 Q. Avec Me Emmerson, vous avez dit que lorsque vous aviez vu cette

21 personne pour la première fois vous étiez surpris car vous pensiez qu'elle

22 était membre de votre armée car vous l'aviez vue dans une séquence vidéo où

23 elle apparaissait en uniforme de l'UCK et chantait des chants patriotiques,

24 n'est-ce pas ?

25 R. Oui, c'est exact. Elle apparaissait dans une séquence vidéo, mais je ne

26 sais pas si elle faisait des forces régulières ou pas.

27 Q. En fait, c'est ce que vous avez dit aux représentants du bureau du

28 Procureur dans la première déclaration préalable que vous avez faite en

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1 mars 2006.

2 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je renvoie les Juges de la Chambre et les

3 parties au paragraphe 12 de la déclaration en date du 5 mars 2006, numéro

4 ERN U0094451.

5 Q. Après vous êtes entretenu avec elle, vous étiez convaincu, compte tenu

6 de la conversation que vous aviez eue et des éléments d'information que

7 vous aviez examinés, qu'elle pouvait être relâchée, n'est-ce pas ?

8 R. Oui, bien sûr. Comme je n'avais pas la possibilité de m'entretenir plus

9 longtemps avec elle, je lui ai dit de rentrer chez elle.

10 Q. En réalité, vous avez dit à Galani, à Avni Krasniqi et à Iber Krasniqi

11 que vous aviez conclu qu'elle pouvait être relâchée et rentrée chez elle,

12 n'est-ce pas ?

13 R. Oui, oui, c'est exact.

14 Q. Après avoir dit à ces messieurs quelles étaient vos conclusions, vous

15 êtes allé trouver votre commandant, Nazif Ramabaja, et vous lui avez

16 raconté toute l'histoire, après quoi, il vous a dit que vous aviez bien

17 fait de relâcher cette femme, n'est-ce pas ?

18 R. Oui, c'est exact.

19 Q. Après cela, pour ce qui est des questions concernant le sort réservé à

20 Sanije Balaj, la fois suivante où vous avez dû vous en occuper c'est

21 lorsque vous êtes allé pour l'enquête, lorsque vous avez fait cette

22 déclaration à Prapaqan, n'est-ce pas, lorsque tous les commandants étaient

23 présents et s'intéressaient à savoir se qui s'était passé; c'est bien cela

24 ?

25 R. Oui, bien entendu, parce que cette question s'était posée, les gens

26 parlaient d'elle et voulaient savoir ce qui lui était arrivé. Sa famille

27 voulait savoir ce qui lui était arrivé.

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith, la Chambre ne s'est

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1 toujours pas mise d'accord pour savoir si vous répétez les choses à

2 concurrence de 70 %, parce que tout ce que le témoin dit jusqu'à présent,

3 il l'a pratiquement déjà dit.

4 M. GUY-SMITH : [interprétation] Merci.

5 Q. Vous avez participé à cette enquête par la suite.

6 Je vais vous lire quelque chose, c'est comme ça que je vais m'y

7 prendre, et après avoir fait cette lecture, je vais vous demander si vous

8 avez un commentaire. Ceci vient de la déclaration de Shaban Balaj en date

9 du 15 octobre 2002, ça faisait partie des pièces jointes à la demande de

10 modification du troisième acte d'accusation, numéro 4 --

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] C'est quel paragraphe ?

12 M. GUY-SMITH : [interprétation] Malheureusement, le numéro c'est U0030892,

13 en haut de page, page 3. La page exacte qui m'intéresse c'est la page 20

14 159. Déclaration de Shaban Balaj.

15 Q. "J'ai fait part de l'incident au commandant Zemaj, Hasan Gashi est

16 devenu l'enquêteur principal. Fadil Nimoni, il est mort, mais Hasan Gashi

17 vit toujours à Peje. Il a commencé à mener l'enquête et je me suis enquis

18 des progrès de l'enquête tous les jours à Prapaqan. Le sixième jour j'ai

19 appris officiellement que ma sur avait été tuée. J'ai reçu aussi une

20 déclaration disant qu'elle n'avait rien fait d'illégal.

21 "J'ai rassemblé une vingtaine d'hommes de ma famille et nous sommes

22 allés chez Mete Krasniqi à Vranoc. On est entrés et nous avons rencontré le

23 frère de Mete. Je ne sais comment il s'appelle. Nous lui avons dit pourquoi

24 nous étions là. Il a dit que Mete n'était pas chez lui. Il ne savait pas où

25 était Avni. Il ne savait même pas où était Mete.

26 "Nous avons demandé à voir le commandant de ce groupe. Il y avait Din

27 Krasniqi, un autre membre de la même famille. Din est arrivé à la maison,

28 il nous a dit bonjour. Le plus ancien membre de notre famille, Saqir Balaj,

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1 a commencé à discuter."

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith, votre débit, s'il vous

3 plaît.

4 M. GUY-SMITH : [interprétation]

5 Q. "Lorsque nous sommes partis, nous avons vu Mete qui arrivait avec

6 quelqu'un d'autre. Nous sommes allés lui parler et nous avons commencé à

7 nous disputer. Mete a dit qu'il n'avait pas tué Sanije, mais il ne pouvait

8 pas s'engager à propos d'Avni et d'Idriz. Saqir a dit à Mete de ramener

9 Sanije chez-elle, qu'elle soit en vie ou morte avant la soirée, sinon il

10 allait se passer quelque chose de mal.

11 "Après cela, nous sommes partis. Nous sommes allés attendre à

12 Strellc. Nous sommes restés à la maison, mais il ne s'est rien passé.

13 Trois jours plus tard, l'imam de Vranoc, il est aujourd'hui l'imam de

14 Drenica, il est venu chez Saqir, avec Mete Krasniqi, Ramadan Gashi, mon

15 neveu, Zeqir Gjoci, un autre neveu, et Xjavit Uka, un ami de mon neveu.

16 Tous ces hommes, il y avait environ une cinquantaine d'hommes de la famille

17 Balaj qui ont été invités à la maison de Saqir. Une discussion a commencé

18 et Mete a répété qu'il n'avait pas un meurtre sur la conscience, mais qu'il

19 ne pouvait pas garantir ce qu'il en était d'Avni Krasniqi et Idriz Gashi,

20 surnommé Galani. Il a dit que Galani avait tiré et tué Sanije et qu'Avni

21 était avec lui. Saqir a dit à Mete qu'il avait mal fait, qu'il n'aurait pas

22 dû tuer Sanije s'agissant qui elle était, mais qu'il n'a rien à se

23 reprocher, qu'il ne l'a pas tuée. C'est ainsi que la réunion s'est

24 terminée."

25 Est-ce que vous étiez présent à cette réunion ?

26 R. Non.

27 Q. Est-ce que vous étiez au courant de l'existence de cette réunion ?

28 R. J'en ai entendu parler, mais je n'y étais pas. Je ne sais pas de quoi

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1 ils ont parlé. Je vous l'ai dit, je n'étais pas là. Je n'ai même pas

2 demandé de quoi ils avaient parlé.

3 Q. Lorsque Shaban Balaj dit ceci : "Saqir, qui était le chef de famille, a

4 dit à Mete qu'il avait mal fait de stopper Sanije puisqu'il savait qui elle

5 était, mais qu'il n'avait rien à se reprocher, qu'il n'avait rien sur la

6 conscience pour ce qui du meurtre," est-ce que cela veut dire que c'était

7 une espèce de procès intenté à Mete pour savoir s'il était coupable de

8 meurtre ou pas ?

9 R. Vous savez, les choses ne sont pas les mêmes chez nous. On fait les

10 choses de façon différente. Si on enlève un membre d'une famille, si la

11 famille ne sait pas ce qu'il est arrivé à cette personne, elle a le droit

12 de faire cela. Mais il y a sa déclaration, il était là, il sait de quoi il

13 parle. Moi, je n'étais pas là. Je ne pense pas que c'était vraiment une

14 espèce de procès. C'était la façon traditionnelle qu'on a de résoudre le

15 problème là-bas. Au village, il y a la famille qui voulait savoir ce qui

16 était arrivé à un des membres de la communauté, de la famille et on voulait

17 demander pourquoi cela s'était passé.

18 Q. Le fait que Saqir a dit qu'il avait la conscience tranquille pour ce

19 qui est du meurtre, donc qu'il n'y a pas de dette de sang dont serait

20 redevable Mete Krasniqi, est-ce que c'est cela que cela veut dire ?

21 R. Ecoutez, je ne sais pas. Il y a peut-être une erreur ici. Si j'ai bien

22 compris ce qui s'est dit là, c'est que Mete n'avait pas commis ce meurtre.

23 La déclaration dit que c'est Galan qui a commis ce meurtre mais qu'Avni

24 était avec lui. C'est comme ça que j'ai compris les choses. Peut-être ou

25 probablement que Saqir savait qu'il était présent avec eux.

26 Q. Fort bien. Après la conversation que vous avez eue avec Sanije, je me

27 demandais si vous aviez un commentaire à faire sur cette partie-ci de la

28 déclaration de Shaban Balaj, page 5.

Page 5838

1 "Pour moi, la seule raison de ce qui s'est passé pour Sanije, c'était

2 l'argent. Elle avait 2 000 deutschemarks sur elle lorsqu'elle est partie de

3 chez elle pour aller à Peje. Je pense que les suspects auraient bien voulu

4 prendre l'argent mais ils n'osaient la laisser partir, parce qu'ils se sont

5 dits qu'ils ne pouvaient pas le faire, sinon ils savaient qu'ils allaient

6 être pris."

7 R. Mais je ne sais pas qui dit ceci. Est-ce que c'est Shaban ou quelqu'un

8 d'autre, en tout cas, ce n'est pas quelque chose que moi j'ai dit. Je ne

9 sais pas qui a dit cela.

10 Q. Vous aviez des informations après avoir parlé avec elle. Est-ce que

11 ceci vous semblerait être une explication plausible de la raison pour

12 laquelle elle a été tuée ?

13 M. RE : [interprétation] Cette question est tout à fait sans fondement.

14 Comment peut-on la poser sous cette forme sans la préparer par d'autres

15 questions préalables.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] L'objection est retenue.

17 M. GUY-SMITH : [interprétation]

18 Q. Si je comprends bien, cela fait un certain temps que vous être

19 policier, n'est-ce pas ?

20 R. Oui, c'est exact.

21 Q. Si votre commandant --

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vais vous interrompre. Le témoin a

23 déjà expliqué quelle était la teneur de la conversation. Maintenant,

24 partant de cette conversation, vous lui demandez si c'était peut-être une

25 explication plausible ou raisonnable. Qu'est-ce qu'il peut faire sinon

26 poser des hypothèses, à moins qu'il y ait eu autre chose de dit au cours de

27 cette conversation, ce qui n'a pas été établi. Parce que si j'ai bien

28 compris la conversation, le témoin n'a trouvé aucune raison de croire qu'il

Page 5839

1 y aurait eu collaboration. Vous pouvez envisager tous les autres motifs du

2 monde de faire quelque chose.

3 M. GUY-SMITH : [interprétation] Sauf qu'on a trouvé une somme considérable

4 d'argent sur elle.

5 M. LE JUGE ORIE : [aucune interprétation]

6 M. GUY-SMITH : [aucune interprétation]

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Mais si c'est bien ce qui s'est passé,

8 ne pensez-vous pas que la Chambre pourrait comprendre que si quelqu'un est

9 trouvé porteur d'une somme considérable, cela pourrait être une raison

10 d'attaquer ? Si le témoin disait non, non, non, c'était impossible si

11 quelqu'un est porteur d'une somme énorme --

12 M. GUY-SMITH : [interprétation] Si la Chambre est convaincue que c'est une

13 bonne explication, une explication raisonnable du meurtre.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Tout aussi raisonnable que les autres.

15 M. GUY-SMITH : [interprétation] Ce qui compte c'est que ce soit une

16 explication raisonnable. C'est tout ce qui m'importe.

17 [La Chambre de première instance se concerte]

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La Chambre estime que ceci pourrait être

19 une explication comme il pourrait y en avoir beaucoup d'autres.

20 Poursuivez.

21 M. GUY-SMITH : [interprétation] Fort bien.

22 Q. J'aimerais aborder quelques autres sujets relatifs à votre déclaration

23 que j'appellerais la déclaration 92 ter. Je ne vais pas examiner ce que

24 vous avez dit par le menu; pourtant deux sujets particuliers m'intéressent.

25 Vous dites -- dans cette déclaration que vous avez entendu parler de Togeri

26 pour la première fois en mai 1998. Vous l'avez rencontré brièvement alors

27 qu'il était en route vers Pozhare. Voici ma question : dans votre

28 déclaration 92 ter, vous dites au paragraphe 60, de la toute la dernière

Page 5840

1 ligne avant de passer à la page suivante, il dit : "Il avait l'air assez

2 affaibli."

3 Dans une déclaration préalable différente, celle que vous avez fournie les

4 7 et 9 janvier 2007, paragraphe 61, vous avez dit : "Il avait l'air assez

5 malade."

6 Est-ce qu'il avait l'air un peu malade ? Donc, il n'avait pas l'air très

7 bien. C'est pour ça que vous avez dit : "Il avait l'air faible ou affaibli"

8 ?

9 R. Oui, il était beaucoup plus mince qu'aujourd'hui, mais c'est vrai, pas

10 seulement de lui, nous tous, nous étions beaucoup plus minces et beaucoup

11 plus pâles.

12 Q. Enfin, prenons le paragraphe 81 de votre déclaration. Au paragraphe 76

13 de la deuxième déclaration de Cufe Krasniqi, celle-ci porte la date des 7

14 et 9 janvier. J'ai la question suivante à vous poser. Dans cette

15 déclaration des 7 et 9 janvier, voici ce que vous dites, paragraphe 76,

16 page 13 sur 17 : "J'ai entendu dire que le détenu apparemment avait dit

17 qu'il voulait avec sa famille faire partie de l'UCK. Lorsque Ramush

18 Haradinaj et Togeri lui ont donné l'autorisation de se déplacer librement

19 dans la région, il a pénétré par force dans la maison d'un Albanais à Klina

20 avec la police serbe."

21 Dans votre déclaration 92 ter que nous avons, paragraphe 81, on voit ceci,

22 s'agissant des personnes qui lui ont donné l'autorisation, dit : "Lorsqu'il

23 a reçu l'autorisation de Ramush Haradinaj de se déplacer librement dans la

24 région," il y a deux mots qui n'apparaissent pas, ceux qu'on trouve dans la

25 déclaration des 7 et 9 janvier, les mots "et Togeri". Ce que vous avez

26 déclaré les 7 et 9 janvier, à savoir : "Lorsqu'il a reçu l'autorisation de

27 Ramush Haradinaj et de Togeri", est-ce que ce que vous dites-là dans cette

28 déclaration est exact ?

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1 R. Maintenant on parle de Sali Shkreli qui était un collaborateur des

2 Serbes. Sali Shkreli était un collaborateur avec sa famille, il a été

3 interrogé. Après que la police se soit retirée du poste de Qallapek, Sali a

4 dit qu'il souhaitait faire partie de l'UCK pour protéger son propre

5 village. Il est venu dire que Ramush, Toger, et ceux qui étaient avec eux

6 avaient dit qu'il était libre de se déplacer dans la région. Je n'ai pas vu

7 ce bout de papier, mais c'est lui qui m'a dit qu'on lui avait permis de se

8 déplacer librement dans la région. Moi, je n'y ai vu aucun document. Mais

9 des soldats m'ont aussi dit qu'on lui avait donné l'autorisation de se

10 déplacer librement, mais je ne sais pas qui lui a donné l'autorisation.

11 Q. Mais ce que vous avez dit c'est que c'étaient aussi bien Ramush

12 Haradinaj que Togeri qui lui avaient donné cette autorisation; c'est bien

13 ce que vous nous avez dit, n'est-ce pas ?

14 R. Exact. Je me suis dit, s'ils lui ont donné l'autorisation de se

15 déplacer librement dans la région, il est allé au village de Kosuriq et je

16 me suis dit qu'il fallait l'accepter, que c'était quelqu'un qui voulait

17 être avec nous, qu'il était préférable qu'il soit avec nous que contre

18 nous. Mais pendant la brève période de temps qu'il a passé avec nous, il

19 est allé au poste de police à Kliqine. Il y avait un jeune homme avec sa

20 femme qui vivait dans une maison tout près. Il les a expulsés de la maison

21 et il s'y est installé pour y vivre avec sa famille.

22 Q. Merci. Mais ma question portait surtout sur la question de savoir qui

23 lui avait donné l'autorisation, vous avez répondu, c'est Haradinaj et

24 Togeri qui lui avaient donné cette permission.

25 M. GUY-SMITH : [interprétation] J'ai fait de mon mieux. Je n'ai dépassé que

26 de six minutes.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, oui. Nous ne mettons pas en doute

28 votre bonne volonté.

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1 Maître Troop, vous avez la parole.

2 M. TROOP : [interprétation] Je ferais de mon mieux pour respecter le temps

3 imparti.

4 Contre-interrogatoire par M. Troop :

5 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur. Je défends les intérêts de M. Lahi

6 Brahimaj.

7 R. Bonjour.

8 Q. En mars 1998, vous étiez à Jablanica avec le Dr Din Krasniqi, n'est-ce

9 pas ?

10 R. C'est exact.

11 Q. Le Dr Din Krasniqi rencontrait Lahi Brahimaj, n'est-ce pas ?

12 R. Oui.

13 Q. Vous étiez présent vous aussi, n'est-ce pas ?

14 R. Oui.

15 Q. En 1998, c'est la seule réunion de travail à laquelle vous ayez

16 assisté, je parle d'une réunion avec Lahi Brahimaj, n'est-ce pas ?

17 R. Oui. J'y suis allé avec Din où je l'ai rencontré à Jabllanice. Ça a été

18 la première réunion en 1998.

19 Q. Vous n'avez pas eu d'autres réunions de travail avec Lahi Brahimaj en

20 1998; est-ce exact ?

21 R. Non. Nous nous sommes rencontrés plus tard, mais la première fois que

22 je l'ai rencontré c'était là. Je pense que nous avons eu aussi une ou deux

23 réunions à Baran en route, et nous nous sommes aussi rencontrés à Vranoc,

24 donc en tout deux ou trois fois.

25 Q. Je pense que vous l'avez rencontré aussi pendant que vous combattiez en

26 septembre 1998; est-ce exact ?

27 R. Oui, bien entendu. C'était au moment de l'offensive de septembre, je

28 l'ai rencontré. C'était une offensive terrible.

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1 Q. En 1998, combien de fois êtes-vous allé à Jablanica ?

2 R. Je ne m'en souviens pas. Je n'avais pas besoin de me rappeler ce genre

3 de chose. S'il me fallait quelque chose, un véhicule, quelque chose

4 d'autre, j'y allais. Mais cela ne veut pas dire que j'ai rencontré Lahi

5 Brahimaj chaque fois que j'y allais. Il lui arrivait de venir dans ma

6 région, mais il ne me trouvait pas moi, il trouvait quelqu'un d'autre.

7 M. TROOP : [interprétation] Peut-on afficher le document portant le numéro

8 65 ter 1099.

9 Q. Je voudrais vous poser quelques questions à propos du QG de Jablanica,

10 que vous avez brièvement décrit. Pourriez-vous d'abord confirmer que ce

11 bâtiment se trouvait à l'entrée du village, sur le côté gauche quand on

12 vient du village de Zhabel. Vous êtes d'accord avec ce que je viens de dire

13 ?

14 R. Oui, plus ou moins. Les portes étaient des portes en bois, mais j'ai vu

15 cela d'un autre angle.

16 Q. Cette photographie que vous voyez à l'écran devrait montrer le local de

17 l'état-major de l'UCK quand on s'approche du village de Zhabel. Vous

18 rappelez-vous cet angle de vision ?

19 R. Oui.

20 Q. Alors je crois que vous nous avez dit que vous vous rappeliez que cette

21 partie était utilisée comme cuisine; est-ce exact ?

22 R. C'est exact. Il y avait un autre local pour cela, je crois. D'après ce

23 que je vois, c'est là qu'il y avait une cuisine utilisée pour prendre des

24 repas, vous souvenez-vous, et faire la cuisine.

25 Q. Je vais vous montrer une autre vue dans un instant, mais je voudrais

26 vous poser quelques questions concernant ces deux bâtiments au milieu d'un

27 pré. C'est bien cela ?

28 R. Oui, c'est cela. Il y avait un pré entre eux et ils étaient aussi

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1 entourés par un pré.

2 Q. A la différence d'un grand nombre de maisons albanaises, elles avaient

3 un mur d'enceinte constituant une enceinte, ici le pré n'avait pas de mur

4 tout autour. Je pense qu'on peut voir simplement une petite palissade du

5 côté gauche.

6 R. Oui, c'est exact. Ceux qui peuvent se le payer ont un mur qui est

7 construit tout autour de leur maison.

8 Q. Dans ce cas-ci, les bâtiments et le pré étaient utilisés pour que les

9 animaux puissent paître, donc il n'était pas nécessaire, n'est-ce pas, de

10 construire un mur autour de ce pré ?

11 R. Pour nous, cela n'avait pas de sens. Ceux qui peuvent se le payer

12 construiraient un mur, mais il y a de nombreuses maisons comme celle que je

13 vois ici.

14 M. TROOP : [interprétation] Est-ce que l'on pourrait, s'il vous plaît,

15 verser cette photographie comme élément de preuve au dossier, s'il vous

16 plaît.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Greffier, quel sera le

18 numéro ?

19 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce serait le D117.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie.

21 Y a-t-il des objections, Monsieur Re ? Non. Alors le D117 est versé

22 au dossier comme élément de preuve.

23 M. TROOP : [interprétation] Pourrait-on maintenant présenter le document

24 1104 de la liste 65 ter, s'il vous plaît.

25 Q. Vous saviez, n'est-ce pas, Monsieur Krasniqi, que ce bâtiment était

26 celui dans lequel dormaient des soldats en 1998 ?

27 R. Oui, c'est exact. J'ai vu des soldats qui y prenaient des repas et qui

28 y logeaient.

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1 Q. Là, vous voyez une photo prise depuis le pré, vers les deux bâtiments.

2 Est-ce que ceci correspond à vos souvenirs de ces deux bâtiments que vous

3 nous avez précédemment décrits ?

4 R. Oui. C'est une bonne photo de ces immeubles. On peut voir la forêt,

5 puis le pré. On peut voir la porte et la barrière. On peut voir qu'il y a

6 des portes de barrière en bois.

7 Q. Vous pouvez voir aussi du côté gauche, entre l'autre propriété du

8 village, qu'il y a un mur qui s'étend seulement à une petite distance du

9 portail d'entrée ?

10 R. Oui, on peut voir le mur, et de là on devine qu'il y a une personne, le

11 propriétaire, on devine que le propriétaire ne pouvait pas se faire

12 construire un mur, n'avait pas les moyens pour entourer l'ensemble de la

13 propriété.

14 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Maître Troop, excusez-moi de vous

15 interrompre.

16 M. TROOP : [interprétation] Oui, je vous en prie, Monsieur le Juge.

17 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pourriez-vous, s'il vous plaît, faire

18 préciser si ce pré était bien utilisé pour que les animaux puissent paître

19 ?

20 M. TROOP : [interprétation] Oui.

21 Q. Monsieur Krasniqi, pourriez-vous simplement confirmer que ce pré que

22 l'on voit au premier plan de la photographie est bien celui que vous avez

23 décrit comme servant à faire paître des animaux ?

24 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je crois que c'est vous, Maître

25 Troop, qui avez fait cette description, et non pas le témoin.

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, ce pré servait à faire paître les

27 animaux. Il y avait des vaches qui y paissaient et c'était des vaches qui

28 mangeaient l'herbe là.

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1 M. TROOP : [interprétation]

2 Q. Monsieur Krasniqi, je voudrais vous poser une question concernant Lahi

3 Brahimaj. Vous saviez que Lahi Brahimaj, ou la famille Brahimaj était de

4 Jablanica, n'est-ce pas ?

5 R. Oui, c'est exact. Ils étaient de Jabllanice.

6 Q. Aussi, vous avez dit que Jablanica, en raison de sa situation

7 géographique particulière, était un lieu favorable pour se défendre contre

8 un empiètement de la part des Serbes ?

9 R. Oui, c'est un village de montagne. Ce n'est pas une grande montagne,

10 Bishtrica. La Decane coule à côté, mais il n'y a pas tant de maisons et

11 d'habitants. C'est donc simplement une zone montagneuse.

12 Q. Est-ce que je pourrais vous demander, Monsieur Krasniqi, si en 1998,

13 vous étiez au courant du fait que l'UCK, il y avait ce qu'on a appelé un

14 état-major général ?

15 R. On ne pouvait pas appeler cela un état-major général. Il y avait

16 quelques soldats, mais je pense qu'un état-major général, ce serait autre

17 chose. Nous avons essayé d'avoir un état-major général, mais comme je vous

18 l'ai dit plus tôt, dans notre cas, chaque village avait un état-major. Mais

19 peut-être que ceci est une source de confusion parmi les personnes. En tout

20 cas, je crois que chaque village avait son état-major, avait sa propre

21 armée qui combattait contre une armée qui était celle d'un état.

22 Q. Je comprends, Monsieur Krasniqi, et c'est pour cela que j'ai dit : "un

23 état-major appelé état-major général." Ma question était : est-ce que vous

24 saviez qu'il y avait une organisation qui s'appelait l'état-major général ?

25 R. Je savais que les forces serbes ne pouvaient pas entrer dans ce

26 secteur, n'ont pas pu y entrer pendant longtemps, et c'était une bonne

27 chose à voir parce qu'il n'y avait pas de patrouilles de police là,

28 personne n'était maltraité, ainsi de suite. Mais si les personnes

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1 quittaient ce village et allaient en d'autres endroits, chaque fois qu'ils

2 étaient faits prisonniers, ils étaient détenus et ils étaient maltraités,

3 donc ceci était une sorte de prétexte, dirais-je, pour ces personnes. On

4 les laissait tranquilles dans le secteur, mais à partir du moment où ils

5 quittaient le secteur, ils étaient à ce moment-là passés à tabac et

6 maltraités.

7 Q. Je voudrais maintenant que nous passions à autre chose. Ecartons-nous

8 de Jablanica et même de ce qu'on a appelé la zone de Dukagjin. Est-ce que

9 vous aviez connaissance d'une autre organisation qui était l'état-major

10 général de l'UCK, et sans lien avec ces zones ? Il se peut que vous n'en

11 ayez pas eu connaissance.

12 R. A l'époque, nous n'étions pas informés. Nous n'étions pas au courant de

13 l'existence d'un état-major général parce qu'il n'y avait pas de structures

14 véritables de ce genre. En ce sens, si nous avions connu cela, nous aurions

15 eu beaucoup de chances, mais ce n'était pas le cas. Nous ne les avions pas.

16 Il n'y avait pas d'état-major général sur le terrain.

17 Q. Par conséquent, est-ce que ce serait pour vous surprenant d'apprendre

18 que Lahi Brahimaj faisait partie du prétendu état-major de l'UCK ?

19 R. Non, si je ne suis pas au courant de quelque chose, je ne serais pas

20 surpris des choses que je ne sais pas.

21 Q. Mais vous ne saviez pas cela pendant 1998, n'est-ce pas ?

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Le témoin a déjà répondu à la question,

23 je crois.

24 M. TROOP : [interprétation] C'était juste la question du moment --

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il a dit : à l'époque. Il a donné un

26 cadre temporel. "A ce moment-là, nous n'étions pas informés", a-t-il dit.

27 J'ai compris que c'était une référence à 1998.

28 M. TROOP : [interprétation] Je vous suis reconnaissant, Monsieur le

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1 Président.

2 Avant que nous ne poursuivions, peut-être pourrais-je demander que cette

3 photographie soit versée au dossier comme élément de preuve.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

5 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce D118, Monsieur le

6 Président.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pas d'objections, Monsieur Re, alors la

8 pièce D118 est versée au dossier comme élément de preuve.

9 Veuillez poursuivre, Maître Troop.

10 M. TROOP : [interprétation]

11 Q. Si vous n'étiez pas au courant de l'existence d'un état-major général,

12 vous n'auriez pas su non plus où il était situé, ni quelles étaient les

13 responsabilités de Lahi Brahimaj au sein de l'état-major général, n'est-ce

14 pas ?

15 R. Non, certainement pas, c'est exact.

16 Q. Pour votre information, et pour servir de toile de fond aux questions

17 que je vais maintenant vous poser, je vais simplement vous dire que selon

18 nous, notre thèse, c'est que les responsabilités de Lahi Brahimaj

19 comprenaient les aspects de la logistique et les questions financières, et

20 en particulier la distribution des armes dans les différentes zones. Vous

21 me suivez ?

22 R. Je savais qu'il était à Jabllanice et que lorsque les villageois, les

23 habitants du village allaient le trouver pour demander de l'aide, il les

24 aidait. Il leur donnait même des armes. Il escortait les jeunes qui

25 n'avaient pas d'armes dans les montagnes pour gagner l'Albanie, pour aller

26 y chercher des armes et y revenir. Donc, deux ou trois avaient des armes,

27 mais la grande majorité des jeunes n'en avait pas, de sorte qu'il fallait

28 qu'ils passent par les montagnes pour aller chercher des armes en essayant

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1 d'en éviter les forces serbes. Certains d'entre eux sont tombés dans des

2 embuscades et ont été tués sur le chemin du retour.

3 Q. L'une des choses les plus importantes pour lesquelles Lahi Brahimaj

4 était connu, c'était sa capacité à se procurer des armes, n'est-ce pas ?

5 R. Oui.

6 Q. Il s'agissait d'armes pas seulement pour Jablanica mais également pour

7 d'autres secteurs aussi, n'est-ce pas ?

8 R. Toutes les autres zones se sont adressées à lui, les autres secteurs,

9 parce qu'il était très difficile de traverser la frontière et se rendre sur

10 ce terrain sans bien connaître les lieux. Donc, près de lui se trouvaient

11 des personnes qui connaissaient bien le terrain et qui aidaient les

12 personnes qui voulaient des armes.

13 Q. Vous nous avez expliqué qu'au début de 1998 chaque village avait créé

14 ce qu'on a appelé un quartier général ou un état-major; c'est exact ?

15 R. C'est exact. Chaque village avait son propre commandement et

16 s'occupait des fournitures dont il avait besoin, y compris des armes et

17 d'autres denrées.

18 Q. Je crois que vous nous avez également dit que chaque village n'avait

19 aucune autorité sur un autre village ?

20 R. Non. Si un village avait son propre commandement, ses propres services

21 logistiques, et il y a des documents que je ne vois pas ici, mais qui

22 montrent que le village de Gllogjan -- je veux dire le village de

23 Naberxhan, non pas Gllogjan, et Kosuriq et le village de Kryshec, qui ont

24 été pris par des forces serbes, et dans ce document on indique quelle est

25 l'importance des forces qui s'y trouvaient. Puis, il y a un autre document

26 que j'ai signé qui parle du village de Naberxhan et des armes que nous

27 avons donnés à ces habitants et du nombre d'armes que nous leur avons

28 donnés. Tout ceci se passait sur une base volontaire. Les gens venaient

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1 nous trouver en tant que volontaire et nous leur donnions ce qu'ils

2 demandaient.

3 Q. D'après votre réponse, au fur et à mesure que ces villages

4 s'organisaient, la chose dont ils avaient le plus besoin, la chose

5 essentielle, c'étaient des armes, n'est-ce pas ?

6 R. A ce moment-là, oui. On aurait tout donné rien que pour avoir une arme.

7 Q. Je crois que vous avez expliqué aux paragraphes 30 et 31 de votre

8 déclaration qu'en février vos parents, Din Krasniqi et son cousin, Mete

9 Krasniqi, étaient allés à votre maison, étaient allés chez vous en février

10 1998 ?

11 R. Oui, Mete est venu. Il était envoyé par Din, c'est exact.

12 Q. A ce moment-là, il a été convenu que Din Krasniqi allait devenir le

13 commandant pour la région de Baran, la vallée de Baran ?

14 R. Non. A ce moment-là, il était seulement commandant du village de

15 Vranoc.

16 Q. Mais il y avait déjà eu un accord selon lequel il était le commandant

17 pour cette région dès février 1998, non ?

18 R. Pas avant février 1998, après février 1998, et en mars, la bataille a

19 eu lieu dans le village Vranoc. Ensuite, ceci s'est passé après l'attaque

20 contre le village de Vranoc.

21 Q. Excusez-moi, un instant je vous prie.

22 On parle en termes de votre déclaration, vous dites d'abord : "en février

23 1998, Din Krasniqi a envoyé son cousin Mete Krasniqi chez moi."

24 Au paragraphe 31, pourriez-vous, s'il vous plaît, jeter un coup d'il

25 à ce paragraphe, le paragraphe 30 de votre déclaration.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il semble que le mot "plus tard" ou

27 "ensuite" cause un problème. Je ne verrais pas d'inconvénient si vous aviez

28 examiné de plus près les choses, mais la façon dont la question est posée,

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1 cela ne va certainement pas résoudre le problème.

2 M. TROOP : [interprétation] Non, je pensais que je pourrais peut-être me

3 reprendre et commencer au paragraphe 30.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

5 M. TROOP : [interprétation]

6 Q. Est-ce que vous pouvez voir au paragraphe 30, vous décrivez le fait

7 qu'en février 1998 Mete Krasniqi est venu chez vous. Vous rappelez-vous

8 cela ?

9 R. Oui.

10 Q. Est-ce que vous pouvez maintenant regarder le paragraphe 31.

11 R. Oui.

12 Q. Vous voyez, il est écrit : "A partir de ce jour-là, j'ai commencé à

13 former les soldats de l'UCK." Cela, c'est bien en février 1998, n'est-ce

14 pas ?

15 R. Oui. Ceci concerne 1998. Ce jour-là j'ai accepté d'aller parler à Din,

16 et à partir de ce jour-là il a été décidé que je formerais les soldats, je

17 les entraînerais. Le lendemain, les soldats sont venus volontairement et il

18 y avait un certain nombre d'eux. Nous avons commencé à les former, à les

19 entraîner dès le lendemain.

20 Q. Mais toujours au paragraphe 31 où il dit : "C'est à ce moment-là que

21 Din Krasniqi était le commandant de l'UCK pour Vranoc, et plus tard pour la

22 vallée de Baran."

23 C'est exact ?

24 R. J'ai déjà dit que ceci avait eu lieu plus tard, c'est exact. La

25 première fois qu'il était responsable c'était seulement pour Vranoc, mais

26 vu le fait que son autorité s'accroissait, nous avons alors décidé qu'il

27 serait responsable pour la vallée de Baran.

28 Q. Lorsque Dr Din Krasniqi et Lahi Brahimaj se sont rencontrés en mars

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1 1998 à Jablanica, le Dr Din Krasniqi avait une certaine autorité et il y

2 avait eu une sorte d'accord selon lequel il allait agir en tant que

3 représentant du village de Vranoc ou du secteur de Vranoc à ce moment-là,

4 n'est-ce pas ?

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il s'agit du village ou du secteur,

6 Maître Troop ? Si vous vous posez la question avec deux propositions

7 différentes, il est peut être difficile au témoin de répondre.

8 M. TROOP : [interprétation] Excusez-moi.

9 Q. Pour Vranoc ?

10 R. Oui, il était responsable uniquement pour le village, parce qu'après la

11 guerre à Drenice, ensuite la guerre s'est étendue à Dukagjin dans notre

12 secteur, et il y a eu des soldats blessés à Jabllanice. Din était un

13 médecin, et bien sûr, il est allé voir non seulement les soldats, mais

14 aussi les civils. C'était un très bon médecin que la population aimait, que

15 les gens aimaient.

16 Q. Il était --

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Troop, je suis en train de

18 regarder la pendule. Il est 19 heures. Il y a deux possibilités, ou bien

19 prendre le temps nécessaire et poursuivre lundi, ou essayer d'en finir

20 maintenant. Mais il faut d'abord que je demande l'aide des interprètes, des

21 sténos, des techniciens, et alors il faudra vraiment terminer dans les 10

22 ou 12 minutes qui suivent si nous obtenons leur approbation. Ce qui veut

23 dire, M. Re a encore besoin de temps aussi. Est-ce que vous pensez pouvoir

24 terminer en deux minutes ?

25 M. TROOP : [interprétation] Non. Je ne peux pas, Monsieur le Président.

26 [La Chambre de première instance se concerte]

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Troop, la Chambre vous donne

28 trois ou quatre minutes, vu aussi la façon dont vous avez utilisé le temps

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1 imparti. Si vous parlez de la nécessité d'avoir un mur d'enceinte autour

2 d'un pré, pourquoi ne pas attirer votre attention sur le fait que vous

3 voulez établir par ces questions aux yeux de la Chambre que ce n'était

4 peut-être pas une vraie prison. Là, vous mésestimez, vous sous-estimez la

5 capacité, la sagacité de la Chambre.

6 Il vous reste quatre minutes.

7 M. TROOP : [interprétation] Excusez-moi. Je vais vous répondre brièvement.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Essayez.

9 M. TROOP : [interprétation] Je ne sais pas.

10 M. LE JUGE ORIE : [aucune interprétation]

11 M. TROOP : [interprétation] Mais je vais faire de mon mieux.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] On verra.

13 M. TROOP : [interprétation]

14 Q. Lorsque Din Krasniqi a rencontré M. Brahimaj, c'était surtout, n'est-ce

15 pas, pour trouver des armes à Vranoc, n'est-ce pas ?

16 R. Il était d'abord censé contrôler l'état de certains blessés, de

17 malades, puis d'aller leur parler d'armes. Cela c'est la vraie version des

18 faits.

19 Q. Brahimaj, à l'époque, n'avait aucune autorité pour ce qui est de donner

20 des fonctions de commandement quelles qu'elles soient au Dr Krasniqi,

21 n'est-ce pas ?

22 R. Non, pas à l'époque. Mais chaque village désignait quelqu'un qui

23 plaisait au village, et un autre village ne pouvait avoir aucune influence

24 sur la décision prise par un autre village. Donc, c'était en fonction du

25 village, que ce soit Lahi ou Ramush, ou quelqu'un d'autre.

26 Q. Mais est-ce qu'il n'était pas important que des armes soient remises à

27 quelqu'un qui était considéré comme étant digne de confiance et qui était

28 connu de la personne qui fournissait ces armes ?

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1 R. Mais ça va de soi, car si vous donnez des armes à quelqu'un en qui vous

2 n'avez pas confiance, cela va peut-être donner des problèmes. Par

3 conséquent, on confie des armes à quelqu'un qu'on connaît, et c'est comme

4 cela que cela s'est passé. On donne des armes à une personne digne de

5 confiance, qui ne va pas en abuser.

6 Q. Le Dr Din Krasniqi il était connu de Lahi Brahimaj parce que c'était un

7 médecin qui bénéficiait d'une très bonne réputation et qui, en fait, avait

8 soigné des membres de la famille Brahimaj ?

9 R. Pas seulement les membres de la famille de Lahi, mais il était respecté

10 par tout le monde dans la région. Il aidait tous ceux qui avaient besoin de

11 lui.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Troop, vous êtes à court de

13 temps. Alors maintenant, est-ce qu'on va commencer à énumérer tous les

14 patients du Dr Din Krasniqi ? Est-ce que vous ne comprenez pas ce qui est

15 en train de se passer ? On a rabâché ce sujet, alors est-ce qu'il est

16 important de savoir s'il a traité un enfant pour la rougeole ou pas, peu

17 importe. Vous avez encore une minute.

18 M. TROOP : [interprétation]

19 Q. L'issue de la réunion, c'est que l'accord conclut, disait simplement

20 qu'on pouvait faire confiance à M. Krasniqi que Lahi Brahimaj pouvait

21 compter sur lui pour lui remettre les armes. C'est bien cela l'accord

22 conclu ?

23 R. Oui, il lui faisait confiance et oui, il savait qu'il pourrait donner

24 les armes à quelqu'un en qui il avait confiance.

25 Q. Vous avez dit que Lahi Brahimaj était commandant en 1998. Moi, je fais

26 valoir le contraire. Lahi Brahimaj était simplement un pourvoyeur d'armes

27 dans le cadre des responsabilités qu'il avait à l'état-major principal ou

28 au Grand état-major. Est-ce que vous êtes d'accord avec moi ou pas ?

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1 R. Quant à savoir si je suis d'accord avec vous ou pas, c'est comme cela

2 qu'on le percevait. Moi, je vous l'ai dit, je ne sais pas, je ne savais pas

3 à quel rôle il jouait, quel poste il occupait. Mais quand les gens le

4 voyaient, ils pensaient de lui comme vous l'avez dit. Il ne savait pas quel

5 rôle il jouait.

6 Q. [aucune interprétation]

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Troop, votre temps est maintenant

8 dépassé. Vous posez les questions au témoin, il vous dit qu'il ne

9 connaissait pas l'existence du Grand état-major. Il a expliqué que M.

10 Brahimaj était bon pour ce qui était de fournir des armes. Il ne savait

11 rien de ses fonctions. Le témoin a déjà dit, à juste titre, qu'il avait

12 déjà dit qu'il ne connaissait pas l'existence des fonctions du Grand état-

13 major.

14 M. TROOP : [interprétation] Je pourrais peut-être vous expliquer pourquoi

15 j'ai posé la question ?

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Non, non, il est 7 heures 07. Je ne veux

17 pas d'autres explications.

18 Je donne maintenant la parole à Monsieur Re pour qu'il pose quelques

19 questions, très peu nombreuses. Je demande la bonne compréhension des

20 interprètes, des sténotypistes et des techniciens.

21 M. RE : [interprétation] Merci.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je suis peut-être un peu abrupt

23 envers vous, Maître Troop. Je sais que vous étiez le dernier à contre-

24 interroger, mais ce que je dis, et j'en dirais deux mots plus tard,

25 concernera toutes les parties.

26 Mais allez-y, Monsieur Re.

27 Nouvel interrogatoire par M. Re :

28 Q. [interprétation] Mais répondez le plus brièvement possible. Me Emmerson

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1 vous a posé une question à propos d'une offensive du mois d'août lorsque

2 les Serbes sont entrés dans Gllogjan. Est-ce que l'UCK a repris ce secteur

3 avant qu'il n'y ait une nouvelle offensive serbe ?

4 R. Non.

5 Q. Est-ce qu'il y a eu deux offensives serbes, une après laquelle les

6 Serbes sont partis, et une autre par laquelle ils sont revenus ?

7 R. C'est la vérité. Les Serbes sont entrés une première fois, l'ont

8 détruit, ont mis le feu, puis ont quitté le village. Puis quand ils ont

9 voulu, ils sont revenus.

10 Q. Puis, il y avait une autre question de Me Emmerson à propos de cette

11 séquence vidéo avec Sanije Balaj. Où est-ce que vous étiez, vous, lorsque

12 vous l'avez vue ?

13 R. J'étais à l'école. On y avait un magnétoscope, un téléviseur, c'est là

14 que je l'ai vue.

15 Q. Cette séquence durait combien de temps, vous vous en souvenez ?

16 R. Elle était très courte.

17 Q. Est-ce qu'il y avait un commentaire ?

18 R. Non. C'était sans commentaire. J'ai simplement vu un groupe de jeunes

19 filles, comme je l'ai déjà dit, et je ne savais pas qu'elle en faisait

20 partie à l'époque. C'est ce qu'on m'a dit plus tard.

21 Q. Vous avez vu cette séquence une seule fois ou plusieurs fois ?

22 R. Une seule fois, au début. Mais après, je l'ai revue.

23 Q. Dernière question à propos de la séquence vidéo. Ecoutez ma question.

24 Est-ce que c'était avant ou après avoir interrogé Sanije ?

25 R. C'était avant. Je ne savais pas qu'elle se trouvait sur ces images. La

26 deuxième fois, c'était après. C'est passé à la télévision. C'était une

27 séquence très brève. Tout le groupe y était. C'est tout ce que j'ai vu.

28 Q. Me Guy-Smith vous a posé une question à propos d'un tapissage

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1 photographique. Dans la déclaration que vous avez faite à la MINUK, il

2 semblerait qu'un tapissage photographique vous a été montré. Est-ce que

3 c'est de cela que vous parlez, que c'était la MINUK plutôt que le bureau du

4 Procureur qui vous aurait montré ce tapissage photographique ?

5 R. C'étaient des enquêteurs. Je vous ai donné leurs noms. Et finalement,

6 lorsqu'il y a eu ce procès à Peje, on m'a redemandé d'examiner des photos

7 et de les signer.

8 Q. Mais le tapissage photographique, c'était l'enquête en vue du procès de

9 Peje, ce n'était pas pour le TPIY ?

10 R. Je n'ai pas demandé qui ces personnes représentaient. On m'a demandé

11 qui je reconnaissais, si je connaissais des personnes qu'il y avait sur les

12 photos. Il n'y avait aucun nom sur les photos, rien que des numéros. J'ai

13 uniquement indiqué les personnes que je connais et j'ai signé.

14 Q. Me Guy-Smith vous a posé une question à propos d'un enregistrement

15 sonore. Est-ce que la seule fois qu'il y a eu enregistrement sonore de vos

16 propos dans le cadre d'un entretien avec le bureau du Procureur, c'était

17 lorsqu'il y a eu cette visioconférence, le 15 ?

18 R. C'était à Pristina, au bureau du Procureur, je ne sais pas ce qu'ils

19 avaient, on m'a dit qu'ils auraient tout, qu'on allait enregistrer tout.

20 J'ai simplement fait une déclaration.

21 Q. Je veux savoir si c'est la seule fois qu'il y a eu enregistrement,

22 lorsque vous avez parlé au Procureur, ou vous m'avez parlé à moi ou à

23 d'autres gens à La Haye ?

24 R. Non, cela n'a pas été la seule fois. Il y avait eu un autre

25 enregistrement avec Shahzada Sultan, qui avait un magnétophone et aussi un

26 autre appareil, je ne sais pas ce que c'est.

27 Q. Me Emmerson vous a posé une question à propos de rumeurs concernant

28 Sanije Balaj, page 63, vous avez répondu que vous pensez que selon ces

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1 rumeurs, on disait que c'était vous qui avez ordonné cet assassinat. Je

2 vous demande ceci : est-ce que c'est parce qu'on la soupçonnait d'être une

3 collaboratrice des Serbes ? Est-ce que c'est pour cela que les gens

4 pensaient que c'est vous qui aviez ordonné qu'elle soit tuée ?

5 R. Chacun a sa façon de penser. Ce qui me préoccupait le plus, c'était le

6 fait que j'étais un des suspects et qu'un acte d'accusation avait été

7 dressé contre moi. Je l'ai sur moi. Le voici. On dit que je suis le seul

8 suspect. Mais je ne me suis jamais mêlé de l'enquête, je m'en suis toujours

9 tenu à l'écart. Les rumeurs n'ont aucun effet sur moi.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Les rumeurs, c'est déjà un sujet

11 suffisamment difficile au moment de l'interrogatoire, mais maintenant si

12 vous demandez ce qui a provoqué cette rumeur, c'est encore plus difficile.

13 C'était votre dernière question ? Oui.

14 Est-ce qu'il est nécessaire que la Défense pose d'autres questions suite à

15 ces questions ? Non.

16 Puisque les Juges n'ont pas de questions à poser, je peux dire,

17 Monsieur Krasniqi, que ceci met fin à votre déposition. Il n'est pas exclu

18 qu'à un stade ultérieur les parties souhaitent vous poser des questions

19 supplémentaires. Si c'est le cas, vous serez contacté. Mais j'aimerais vous

20 demander ceci : je vous demanderais de ne parler à personne de votre

21 déposition, vu les circonstances actuelles, et là, je demande l'aide des

22 parties, donner des instructions générales, c'est peut-être pour un mois,

23 c'est peut-être trop.

24 M. EMMERSON : [interprétation] La situation étant délicate, puisque ces

25 éléments ont déjà été examinés à l'audience, il y a plusieurs parties

26 prenantes à l'enquête, et il semble que chacune d'entre elles fait porter

27 le blâme à d'autres. Je pense qu'il serait sage de procéder à une mise en

28 garde vigoureuse.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous êtes d'accord, Monsieur Re ?

2 M. RE : [interprétation] Tout à fait, tout à fait.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Krasniqi, il est possible que

4 vous soyez rappelé à la barre. Je ne peux vous dire si c'est là une

5 probabilité raisonnable ou pas, mais ne parlez à personne tant que vous ne

6 saurez pas que vous n'avez pas à revenir ici. Ceci s'applique tout à fait

7 particulièrement à tout le monde, que ce soit un témoin, un accusé, un

8 enquêteur, par rapport au procès en cours à Pec, même après la fin de ce

9 procès à Pec. Est-ce que vous m'avez compris ?

10 LE TÉMOIN : [interprétation] D'accord, aucun problème. Je vais respecter

11 ces instructions.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci beaucoup, Monsieur, d'être venu à

13 La Haye. Bon retour chez vous.

14 L'audience est levée. Elle reprendra lundi, 18 juin, à 14 heures 15,

15 salle II, mais je ne suis pas sûr. Oui, salle II. L'audience est levée.

16 --- L'audience est levée à 19 heures 19 et reprendra le lundi 18 juin 2007,

17 à 14 heures 15.

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