Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le lundi 1er octobre 2007

2 [Audience publique]

3 [L'accusé est introduit dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 14 heures 19.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bonjour à tous.

6 Monsieur Le Greffier, pourriez-vous, s'il vous plaît, appeler la

7 cause.

8 M. LE GREFFIER : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président,

9 Messieurs Les Juges. C'est l'affaire IT-04-84-T, le Procureur contre Ramush

10 Haradinaj et consorts.

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le

12 Greffier.

13 La Chambre a été informée du fait que les deux parties souhaitaient

14 s'adresser à la Chambre.

15 Maître Emmerson, je vous donne la parole.

16 M. EMMERSON : [interprétation] Je peux le faire très brièvement.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

18 M. EMMERSON : [interprétation] Je voulais simplement évoquer la question du

19 témoin qui, provisoirement, est censé déposer jeudi. Il s'agit de Zoran

20 Stijovic.

21 L'Accusation a communiqué à la Défense dans la nuit, tard dans la

22 nuit de mercredi une déclaration de témoin 92 ter avec les pièces à

23 conviction qui devaient suivre le jeudi. J'ai avisé M. Re et

24 M. Zahar directement, qu'étant donné la teneur qu'on pouvait s'attendre de

25 cette déclaration, la Défense souhaiterait déposer une requête concernant

26 l'admissibilité de parties importantes de la déposition qui devait être

27 produite en particulier sous la forme de résumé de document annexé à la

28 déclaration du témoin des annexes proprement dites.

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1 Cette requête est presque définitivement mise au point et elle sera

2 déposée ce jour, mais l'une des conséquences pourrait être certainement

3 qu'il y ait des difficultés en ce qui concerne le fait d'entendre la

4 déposition de M. Stijovic de façon complète le jeudi, parce qu'étant donné

5 la nature de cette déposition, telle qu'on la prévoit, et la mesure dans

6 laquelle se base sur des documents auxquels des objections sont formulées,

7 il s'agit d'une question qui, à notre avis, comme nous l'exposons en détail

8 dans notre requête, nécessite d'être réglée avant que le témoin ne dépose.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, bien sûr, la Chambre ne pourra

10 répondre d'aucune manière avant que nous n'ayons vu vos arguments, mais

11 nous étions déjà avisés du fait que la Chambre pourrait s'attendre au dépôt

12 d'une requête concernant ce témoin.

13 Maintenant, pour commencer, je pense que vous avez soigneusement évité de

14 mentionner le nom, mais peut-être - enfin, j'étais dans l'incertitude sur

15 le point de savoir s'il y aura des mesures de protection ou non.

16 M. EMMERSON : [interprétation] Non, en fait, j'ai effectivement mentionné

17 ce nom.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Donc vous l'avez fait.

19 M. EMMERSON : [interprétation] Excusez-moi. J'ai été informé du fait qu'il

20 n'y avait pas de requête ou de demande de mesures de protection en ce qui

21 concerne ce témoin.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Donc il n'y a pas de demande --

23 M. RE : [interprétation] Non. En ce qui concerne les quatre témoins que

24 nous avons indiqués sur la liste de cette semaine, il n'y a pas de demande

25 de mesures de protection.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Donc nous allons

27 attendre et ce soir nous verrons les arguments présentés dans la requête.

28 Y a-t-il d'autres questions de la Défense souhaite évoquer ?

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1 M. GUY-SMITH : [interprétation] En ce qui concerne la même question, nous

2 nous joignons dans les arguments présentés. Il se peut que nous déposions

3 des arguments supplémentaires, ce que nous ferons demain matin au plus

4 tard.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

6 M. HARVEY : [interprétation] Nous prenons la même position.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie.

8 Alors, Monsieur Re.

9 M. RE : [interprétation] Je me rends compte de voir ce n'est pas comme

10 critère le fait de savoir si la Défense, elle a des objections et des

11 parties des déclarations et à quelles parties, mais je voudrais également

12 aviser la Chambre de première instance que si M. Stijovic, qui est censé

13 arriver mercredi, ne dépose pas jeudi, à ce moment-là, il est probable que

14 n'aurons pas de témoins à partir de jeudi. Pr Lecomte va venir mercredi et

15 est disponible, on nous a dit cela, seulement mercredi, au milieu du

16 procès, est au milieu d'un procès à Paris. Donc ce sont nos plans, et si M.

17 Stijovic ne vient pas, nous aurons des difficultés. Nous avons essayé

18 d'avoir un témoin de réserve.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

20 M. RE : [interprétation] Mais nous n'avons pas réussi.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien sûr, nous pouvons nous attendre à

22 une situation qui, dans une certaine mesure présente des caractères

23 inconnus pour la Chambre, mais nous sommes légalement avisés de cela.

24 Y a-t-il d'autres questions que l'Accusation souhaite évoquer ?

25 M. RE : [interprétation] Non, Monsieur le Président.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Alors, est-ce que l'Accusation est prête

27 maintenant à faire déposer le témoin suivant ? Je comprends que le témoin

28 suivant c'est M. Shaban Balaj.

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1 M. DI FAZIO : [interprétation] C'est exact, Monsieur le Président. Je

2 prévois que cette position sera un mélange de dépositions présentées au

3 titre de l'article 92 ter du Règlement --

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

5 M. DI FAZIO : [interprétation] -- et d'une déposition faite verbalement.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Et j'ai été affermi du fait que

7 vous avez préparé un résumé 92 ter pour les 17 premiers paragraphes de sa

8 déclaration. Y a-t-il des objections contre tout cela ?

9 Me Emmerson fait signe que non.

10 Me Guy-Smith, M. Haradinaj, donc ça fait trois fois non.

11 Alors, Madame l'Huissière, pourriez-vous, s'il vous plaît, faire

12 entrer le témoin dans la salle d'audience.

13 M. DI FAZIO : [interprétation] Est-ce que vous allez lire quelque chose à

14 partir du compte rendu ?

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je crois que si vous le lisez, on pourra

16 le faire quand le témoin sera là.

17 M. DI FAZIO : [interprétation] Certainement.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] A ce moment-là, il sera également au

19 courant.

20 M. DI FAZIO : [interprétation] Oui, oui, je suis d'accord.

21 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bonjour, Monsieur Balaj. Pouvez-vous

23 m'entendre dans une langue que vous comprenez ?

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Balaj, avant que vous ne

26 commenciez votre déposition devant cette Chambre, le Règlement de procédure

27 et de preuve exige que vous fassiez une déclaration solennelle indiquant

28 que vous dirai la vérité, toute la vérité rien que la vérité. Je voudrais

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1 donc vous prier de faire cette déclaration solennelle.

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirais la

3 vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Je le jure.

4 LE TÉMOIN: SHABAN BALAJ [Assermenté]

5 [Le témoin répond par l'interprète]

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur Balaj.

7 Veuillez prendre siège.

8 Monsieur Balaj, vous allez tout d'abord être interrogé par les conseils de

9 l'Accusation. Je ne sais pas si vous avez été informé de la manière dont

10 ceci se déroule. Comme vous avez déjà fait une déclaration, une partie de

11 cette déclaration va être résumée, de sorte que vous n'avez pas besoin de

12 répéter ce qui est dit dans cette partie-là, mais il y a d'autres parties

13 de votre déposition sur lesquelles des questions vous seront posées et sur

14 lesquelles vous serez appelé à répondre aux questions posées.

15 Monsieur Di Fazio, c'est à vous.

16 M. DI FAZIO : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Si vous le

17 permettez, Monsieur le Président, Messieurs les Juges, je vais demander au

18 témoin de bien vouloir s'identifier, identifier également sa déclaration,

19 et une fois qu'il l'aura fait, je demanderai à ce moment-là le versement de

20 la déclaration au dossier, et je propose de lire le résumé si cela vous

21 convient.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, puis indépendamment de lui demander

23 d'identifier sa déclaration, les questions habituelles obligatoires qui y

24 ont trait.

25 M. DI FAZIO : [interprétation] Oui.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Veuillez poursuivre.

27

28 M. DI FAZIO : [interprétation] Je voudrais demander que l'on montre au

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1 témoin sa déclaration à l'écran, à savoir la pièce 2067 de la liste 65 ter.

2 Interrogatoire principal par M. Di Fazio :

3 Q. [interprétation] Pourrions-nous aller vers le bas de la page ?

4 Monsieur Balaj, voudriez-vous regarder, s'il vous plaît, le bas de

5 cette page. Voyez-vous votre signature sur le commencement de la page de

6 cette déclaration ?

7 R. Oui.

8 Q. Si vous voulez, vous pouvez peut-être rapprocher votre chaise de

9 l'écran et des micros, en fait, un peu plus près de façon à ce que nous

10 puissions vous entendre, et je voudrais - donc comme vous avez passé un

11 certain temps, détendez-vous.

12 R. Bien.

13 M. DI FAZIO : [interprétation] Est-ce que l'on pourrait montrer au témoin

14 la page suivante, s'il vous plaît, au bas de la page, encore une fois.

15 Donc question, Monsieur Balaj. Est-ce que c'est bien votre signature au bas

16 de la page ?

17 R. Oui.

18 Q. Je vous remercie. Page suivante, s'il vous plaît. Là encore, au bas de

19 la page, même question. Est-ce que c'est bien votre signature ?

20 R. Oui.

21 Q. Merci. Page suivante, s'il vous plaît. Même question. Est-ce que c'est

22 bien votre signature qui figure au bas de la page ?

23 R. Oui.

24 Q. Donc, une dernière fois, s'il vous plaît. Page suivante. Est-ce qu'au

25 bas de la page, c'est bien votre signature, ou tout au moins une partie de

26 votre signature qui apparaît là ?

27 R. Oui.

28 Q. Est-ce bien là une déclaration que vous avez faite à des fonctionnaires

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1 du bureau du Procureur le 2 et le 8 juin ?

2 R. Oui.

3 Q. Je vous remercie. Est-ce que cette déclaration contient bien des

4 éléments que vous auriez fournis lors d'une déposition ici devant cette

5 Chambre, si on vous avait posé les questions sur ce sujet ? Ceci est

6 important.

7 R. Je répondrais dans toute la mesure où je peux le faire.

8 Q. Oui. Mais ma question était tout simplement celle-ci : les 17 premiers

9 paragraphes de cette déclaration traitent de différentes questions, toutes

10 sortes de questions, notamment des voyages en Albanie pour acheter des

11 armes, et ainsi de suite. Si on vous posait des questions sur ce sujet,

12 est-ce que vous répéteriez ce qui est contenu dans votre déclaration

13 jusqu'au paragraphe 17 ?

14 R. Oui.

15 Q. Merci.

16 M. DI FAZIO : [interprétation] Si vous me permettez, Monsieur le Président,

17 je voudrais demander le versement de cette déclaration comme élément de

18 preuve en vertu de l'article du Règlement.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Y a-t-il des objections contre cela

20 ? Non, je ne vois pas d'objections. Alors, le document est admis, est versé

21 comme élément de preuve au dossier.

22 Juste pour me renseigner, Monsieur Di Fazio, nous avons reçu un

23 exemplaire de la déclaration qui dit simplement "2 juin 2007," et là je

24 vois que ceci est une version combinée --

25 M. DI FAZIO : [interprétation] Oui.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] C'est cela.

27 M. DI FAZIO : [interprétation] Je pense que c'est simplement une petite

28 erreur. Ce qui concerne le 2 juin c'est à tous égards, pratiquement

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1 identique à ce qui était daté du 2 et du 8 juin. Il a fallu faire des mises

2 au point, en quelque sorte peaufiner le texte, et quelques points mineurs

3 ont été réglés.

4 Donc ce que vous devez avoir c'est la traduction en anglais qui porte

5 pour date "2 et le 8 juin."

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

7 M. DI FAZIO : [interprétation] Ceci est la dernière version pour finir la

8 déclaration donc, pour ainsi dire.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Donc je l'ai à mon écran pour le

10 moment. J'ai la traduction.

11 M. DI FAZIO : [interprétation] Donc, ces 2 et 8 juin.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Mais il n'y a pas de différence

13 importante d'après ce que je comprends.

14 M. DI FAZIO : [interprétation] Non, non. Je suis sûr qu'il n'y a pas de

15 différence du tout.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pas de différence du tout.

17 M. DI FAZIO : [interprétation] Oui, mais néanmoins, juste pour être bien

18 sûr, pour la sécurité de la chose nous pouvons traiter de la question 2 et

19 8 juin.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, je l'ai. J'ai cette version

21 maintenant à l'écran. Veuillez poursuivre.

22 M. DI FAZIO : [interprétation] Je vais maintenant --

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, mais avant de pouvoir verser comme

24 élément de preuve, il faudrait qu'on lui attribue un numéro, une cote.

25 Monsieur le Greffier, que sera ce numéro ?

26 M. LE GREFFIER : [interprétation] Monsieur le Président, ce sera P922.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci, Monsieur le Greffier.

28 Veuillez poursuivre, Monsieur Di Fazio.

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1 M. DI FAZIO : [interprétation] Merci. Si vous le permettez, je vais

2 maintenant lire un résumé, c'est uniquement un résumé de la déposition qui

3 est contenue dans ces parties, la déclaration de

4 M. Balaj qui vient d'être présentée comme élément de preuve.

5 Shaban Balaj n'a rejoint l'UCK en mars 1998 dans son village de

6 Strellc. Une garde lui avait établi après avoir entendu que Gllogjan avait

7 également organisé une telle garde à la suite de la création de cette garde

8 du village. Le témoin et environ 40 personnes de son village sont partis

9 pour se procurer des armes en Albanie et rejoindre d'autres groupes

10 également engagés dans les mêmes tâches.

11 Le témoin et son groupe sont arrivés jusqu'à Tropoje et ont acheté

12 des armes et ensuite repris la direction du Kosovo avec des armes qui

13 étaient transportées à dos de cheval. Puis ils sont revenus au Kosovo et

14 ils sont allés jusqu'à Junik, Rracaj et Gllogjan. De Gllogjan, ils sont

15 allés à Strellc alors que les forces serbes se trouvaient situées sur les

16 routes principales.

17 M. Balaj était conscient du fait que de tels voyages de ce genre en

18 Albanie pour acheter des armes vers la fin de mars et certains de ses

19 compagnons villageois sont allés avec ce type de convois. La plupart

20 d'entre eux sont passés par Gllogjan et c'était l'itinéraire le plus sûr,

21 bien qu'il y ait existé d'autres itinéraires plus dangereux passant par

22 Carabreg et Strellc.

23 Du côté du 7 au 8 mai 1998, M. Balaj a escorté un groupe important

24 de personnes qui étaient en route de Drenica via l'Albanie pour obtenir des

25 armes et il a fait fonction de guide et a aidé ce groupe jusqu'à Gllogjan.

26 Les convois voyageaient de nuit, parce que les forces serbes

27 n'avaient pas d'activité de nuit.

28 M. Balaj parle de méthodes de communication adoptées par les villages

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1 et ceci consistait à utiliser des téléphones satellites.

2 M. Balaj a noté les positions des forces serbes. Des points de

3 contrôle existaient le long de la route Peja-Gjakova, y compris deux points

4 de contrôle près de Strellc du haut. Un autre point de contrôle se trouvait

5 sur la même route près de Prilep, avec 100 ou 200 forces serbes

6 paramilitaires et de police. D'autres positions serbes existaient à

7 d'autres points le long de cette route ainsi que dans divers villages tels

8 que Ljubenic et Decane proprement dit.

9 A l'occasion, des forces serbes s'avançaient depuis la route

10 principale pour de brèves périodes. Les forces serbes sont entrées à

11 Ljubisa ou Ljubisa, Prilep, Carabreg. En mai, Vranoc et Baran ont été pris

12 pendant peu de temps par les forces serbes.

13 Un peu plus lentement. Excusez-moi.

14 Toutefois, entre la fin du mois de mars et la mi-août 1998, les

15 forces serbes, d'une façon générale, s'étaient limitées à des lieux suivant

16 le long de la route Peja-Gjakova, bien qu'ils aient tenu des positions à

17 Suka Herec, Suka Radonicka, Suka Babaloq et Suka Bites.

18 M. Balaj a d'abord reçu un uniforme de l'UCK d'Albanie à l'occasion

19 d'un voyage qu'il avait fait là-bas en mars 1998 et qui était un uniforme

20 de camouflage portant des insignes de l'UCK.

21 Des lettres ou des cartes de limitation d'autorisation étaient émises

22 par les commandants de l'UCK autorisant le voyage dans les zones tenues par

23 l'UCK. De telles cartes ou laissez-passer étaient nécessaires pour

24 permettre à une personne de traverser les points de contrôle de l'UCK.

25 Presque tous les villages au nord et à l'ouest du lac Radonjic avaient des

26 points de contrôle de l'UCK. Il était nécessaire de disposer d'autres

27 cartes pour chaque voyage qu'une personne entreprenait.

28 Si vous le permettez, ceci donc, Monsieur le Président, est le résumé

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1 de la partie rédigée de la déposition de M. Balaj et qui vient juste d'être

2 présentée aux fins de dépôt au dossier.

3 Un dernier point concernant cette déclaration avant que nous ne passions à

4 une déposition verbale, je voudrais vous demander si vous pouvez remonter

5 le texte jusqu'à l'endroit où on retrouvera le paragraphe 5 de cette

6 déclaration, s'il vous plaît.

7 Q. Monsieur Balaj, pourriez-vous, s'il vous plaît, jeter un coup d'il à

8 ce texte au paragraphe 5.

9 Et peut-être on pourrait l'agrandir.

10 Est-ce que vous pouvez le lire facilement tel qu'il paraît à l'écran

11 ?

12 R. Oui, oui.

13 Q. Peut-être voudriez-vous apporter une modification à la date ici. Il est

14 dit : à la fin du mois de mars, un groupe de personnes ont quitté le

15 village partant pour l'Albanie, pour obtenir - est-ce que vous voulez que

16 l'on change la date et est-ce que vous voulez nous donner une autre date ?

17 Ne serait-ce pas exact ?

18 R. Oui.

19 Q. Quand est-ce que cette expédition --

20 R. Oui. Oui. Ça eu lieu à la fin du mois d'avril parce que c'est une

21 erreur qui est là.

22 Q. Bien. Donc vous souhaitez que l'on corrige cela et le paragraphe 5

23 devrait donc dire "à la fin du mois d'avril," et tous les événements qui

24 sont rapportés là c'est écrit dans ce paragraphe.

25 R. C'est exact. Vous avez raison.

26 Q. Bien.

27 M. DI FAZIO : [interprétation] Je vous remercie. Si vous le permettez,

28 Monsieur le Président, Messieurs les Juges, j'en ai fini avec ce témoin -

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1 pardon, avec cette déclaration précise.

2 Q. Bien. Monsieur Balaj, pourriez-vous me dire si ces détails personnels

3 sont exacts. En 1998, vous viviez à Strellc du bas; est-ce exact ?

4 R. C'est exact.

5 Q. En ce qui concerne vos frères et surs, je pense que vous aviez deux

6 surs et deux frères; est-ce exact ?

7 R. Oui.

8 Q. L'une de vos surs s'appelait Sanije ?

9 R. C'est exact.

10 Q. Elle est née, je crois, le 5 décembre 1963, ce qui fait qu'elle avait

11 environ 35 ans en 1998; est-ce que ce serait exact ?

12 R. C'est exact.

13 Q. En 1998, elle était propriétaire -- en 1998, elle avait une petite

14 agence de voyage à Peja ?

15 R. En 1997.

16 Q. Je vois. En 1998, est-ce qu'elle vivait auprès de vous ?

17 R. Oui.

18 Q. Elle n'était pas mariée ?

19 R. Non, elle n'était pas mariée.

20 Q. Merci. Je voudrais maintenant que vous vous rappeliez, s'il vous plaît,

21 les événements qui ont eu lieu le 11 août 1998.

22 R. Oui.

23 Q. Excusez-moi, je retire ce que je viens de dire et je présente mes

24 excuses. Je vais reformuler ma question. J'aimerais appeler votre attention

25 sur les événements qui ont eu lieu le

26 12 août 1998.

27 R. Voulez-vous que je commence ?

28 Q. Non, attendez ma question. Ce jour-là, votre sur se trouvait habitant

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1 chez vous, auprès de vous ?

2 R. Oui.

3 Q. Est-ce qu'elle s'est rendue quelque part ce jour-là ?

4 R. Oui.

5 Q. Où avait-elle l'intention d'aller et quelle était la raison qu'elle

6 avait de s'y rendre ?

7 R. Elle avait l'intention d'aller à Peje.

8 Q. Et pourquoi cela ? Pour faire quoi ?

9 R. Elle voulait acheter un téléphone cellulaire.

10 Q. Comment a-t-elle commencé son voyage ? Quand s'est-elle mise en route

11 pour y aller ?

12 R. A 8 heures 30 de la matinée, Hamdija et Haziri sont venus, ce sont mes

13 cousins. Ils sont venus dans la voiture. Hamdija était au volant. Et je

14 leur ai demandé : "Où allez-vous ?" ils ont répondu, [inaudible]. J'ai dit

15 : "Est-ce que ma soeur peut vous accompagner jusqu'au village du haut et

16 passer par Gllogjan ?" Parce que c'était la route la plus sûre que

17 pouvaient employer les femmes, parce que sans ça elles ne pouvaient pas se

18 rendre à Peja.

19 Ils ont dit : "Oui." Je leur ai donné 2 000 -- enfin, j'ai donné à ma

20 sur 2 700 deutschemarks, parce que c'était le prix d'un téléphone mobile,

21 un téléphone cellulaire, et ils se sont mis en route alors qu'il était 3 ou

22 4 heures, je crois, dans l'après-midi.

23 Q. Bien. Je vais vous demander de nous arrêter un moment. Ici, je

24 voulais simplement quelques détails supplémentaires, s'il vous plaît.

25 Premièrement, est-ce qu'il y avait des enfants qui étaient du voyage

26 en plus de votre sur et de vos deux cousins ?

27 R. Non. Il y avait un cousin qui avait environ 18 ans. Il allait

28 aussi à Peje pour voir son père, parce que sa famille vivait à Peje. Il

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1 allait -- enfin, il n'avait rien à voir avec les autres. C'était un simple

2 passager, disons. Ensuite, à partir de Rosulje, il irait chez un ami de sa

3 famille, puis il y attendrait l'autocar qui allait à Peje.

4 Donc ils sont allés à Baran. Il y avait un point de contrôle de l'UCK qui

5 s'y trouvait, donc l'UCK, en fait.

6 Q. Bien. Je vais vous demander, est-ce que vous - laissez-moi vous poser

7 des questions à ce sujet. Est-ce que je pourrais --

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Di Fazio, je remarque que la

9 traduction française a quelques lignes de retard. Donc si vous voulez, s'il

10 vous plaît, ralentir un petit peu afin que tout le monde ait le temps de --

11 M. DI FAZIO : [interprétation] Oui.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] -- transcrire et interpréter.

13 M. DI FAZIO : [interprétation] Certainement, Monsieur le Président. Je vous

14 prie de m'excuser et excusez-moi de la vitesse à laquelle je parle.

15 M. GUY-SMITH : [interprétation] Si je pouvais également avertir, mettre en

16 garde M. Di Fazio de faire bien une distinction entre les renseignements

17 qui constituent les connaissances personnelles du témoin et les

18 renseignements qui constituent du ouï-dire comme renseignement.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, je pense que vous avez bien noté

20 ça, Monsieur Di Fazio.

21 M. DI FAZIO : [interprétation] Certainement.

22 M. EMMERSON : [interprétation] Une autre question en ce qui concerne ce

23 témoin à la page 13, ligne 2. L'itinéraire qui devait être pris est

24 consigné par écrit comme "passant par Gllogjan ?"

25 Je crois que le témoin aurait dit Leshane plutôt que Gllogjan.

26 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pourriez-vous, s'il vous plaît,

27 éclaircir ce point.

28 M. DI FAZIO : [interprétation] Certainement. En fait je vais lui montrer

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1 une carte et je vais lui demander un peu plus tard d'indiquer où se

2 trouvent certains lieux, mais peut-être que d'abord je pourrais juste

3 éclaircir ce dernier point.

4 Q. L'itinéraire suivi par votre sur ce matin-là, en route pour aller

5 prendre ce téléphone, acheter ce téléphone, est-ce que ça passait par

6 Gllogjan ou est-ce qu'elle aurait évité Gllogjan ?

7 R. Non. Non. La route ne passait pas par Gllogjan, mais par Baran. Il y a

8 le village de Leshane, où passait l'autocar. C'est là que le bus

9 s'arrêtait. Il y avait un arrêt de bus, parce que cet autocar n'allait pas

10 à Rosulje, mais au village de Leshane. C'est de là que partait l'autocar

11 qui allait à Peje, c'est là qu'il s'arrêtait.

12 Q. Une question de plus concernant votre sur. Est-ce qu'elle a jamais été

13 membre de l'UCK, pour autant que vous le sachiez ?

14 R. Elle était censée acheter des aliments, des vivres pour les familles

15 que j'avais chez moi à Malisheve. Elle portait un uniforme, il s'agissait

16 d'un uniforme que je lui avais donné, et elle portait un fusil que je lui

17 avais donné. Elle était allée là-bas pour acheter des provisions. Elle a

18 rencontré des filles qui chantaient l'hymne albanais et qui hissaient le

19 drapeau. Elle a chanté quelques chansons avec eux, puis elle s'est mise en

20 rang avec eux. C'est en ce qui concerne l'UCK toute sa participation; c'est

21 tout ce qu'elle a duré.

22 Q. Je vous remercie d'avoir expliqué cela. Ce jour-là, lorsqu'elle est

23 partie dans cette voiture pour aller acheter un téléphone portable, est-ce

24 qu'elle était en uniforme de l'UCK ou est-ce qu'elle portait des vêtements

25 civils ?

26 R. Non. Elle portait des vêtements civils normaux, des sandales, et elle

27 portait un sac.

28 Q. Une fois qu'elle était partie avec vos cousins en voiture, après cela

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1 est-ce que vous l'avez revue vivante ?

2 R. Jamais. Je ne l'ai revue que le jour où j'ai réceptionné son cadavre de

3 la morgue.

4 Q. Très bien. Merci. Tout à l'heure, vous commencez à nous dire que vous

5 aviez ce jour-là appris certaines choses. Est-ce que vous pouvez dire à la

6 Chambre si vous aviez revu vos cousins, les hommes avec qui elle était

7 partie ce matin-là ? Et si oui, où, quand et dans quelles circonstances.

8 R. Ils ont été arrêtés à Baran. Il y avait un soi-disant commandant qui

9 s'est nommé commandant lui-même, commandant de l'UCK.

10 Q. Je vais vous interrompre. Je vais vous demander de nous donner des

11 détails de ce qui aurait été dit par vos cousins, mais nous souhaitons

12 savoir - toute la Chambre souhaite savoir comment vous saviez certaines

13 choses. Tous les avocats souhaitent le savoir. Pour l'instant, je vous

14 demande de nous dire, de dire à la Chambre ce que vos cousins vous ont dit

15 ce jour-là lorsque vous les avez revus.

16 R. Mes cousins sont allés à Rosulje, ils sont revenus à Baran, et ont

17 demandé à voir ma sur. On leur a dit qu'elle s'était rendue à son village,

18 à Strellc. Ils sont revenus de Baran. Ils sont venus me voir vers 15 heures

19 30, 16 heures. Je ne sais plus, 2 heures et demie, je ne sais plus. Ils

20 m'ont demandé si "Sanije était de retour." J'ai dit : "Non." J'ai dit :

21 "Que s'est-il passé ?" Ils ont dit : "Mete Krasniqi est sorti, les a

22 arrêtés." Il y en avait d'autres avec lui : les Krasniqi et la personne qui

23 l'a tuée. Son pseudonyme est Galani. Je ne le connaissais pas à l'époque.

24 Il s'appelle Idriz Gashi. J'ai discuté avec eux, j'ai pris ma voiture, j'ai

25 pris mon fusil.

26 Q. Je vais vous arrêter là. Ces informations que vous venez de nous

27 donner, le fait qu'elle aurait été arrêtée, il y avait toutes ces personnes

28 parmi ceux qui l'ont arrêtée, les Krasniqi, et cetera, Ahmet, Iber

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1 Krasniqi, et cetera. Est-ce que ce sont vos cousins qui vous ont dit les

2 noms dès leur retour ou est-ce que c'est quelque chose que vous avez appris

3 par la suite ?

4 R. Non, ils me l'ont dit. Ils m'ont montré quelle personne nous a arrêtés.

5 Je me suis habillé, j'ai pris ma voiture, j'ai pris mon fusil, et ensemble,

6 avec Hamdi et Hazir, nous nous sommes allés à Baran.

7 Q. Je voudrais être tout à fait clair. C'est peut-être moi qui ai provoqué

8 la confusion. Vous avez parlé de Mete Krasniqi, n'est-ce pas, et non pas

9 d'Ahmet ?

10 R. Oui, c'est cela. Mete Krasniqi.

11 Q. Vous avez commencé à raconter ce que vous étiez en train de faire.

12 Expliquez-nous qu'est-ce que vous avez décidé de faire une fois que vos

13 cousins étaient de retour ?

14 R. J'étais vraiment extrêmement perturbé. Je ne leur devais rien du tout.

15 J'étais triste. J'étais en colère en même temps. Je voulais les rencontrer.

16 Nous sommes allés à l'école rouge, Shkolle e Kuqe en Albanie, là où se

17 trouvait la police militaire.

18 Q. Je vais vous arrêter là. Vous étiez avec qui ?

19 R. J'étais avec Hamdi et Hazir, mes cousins.

20 Q. L'école se trouve où ? L'école vers laquelle vous êtes allées ?

21 R. A Baran.

22 Q. Réfléchissez bien avant de répondre. Est-ce que vous vous êtes arrêté

23 sur le chemin de Baran ?

24 R. Je me suis arrêté à Gani Gjukaj. D'ailleurs j'ai oublié de le

25 mentionner.

26 Q. D'accord. Expliquez-nous. Qui est Gani Gjukaj et pourquoi vous vous

27 êtes arrêté chez lui ? Qu'est-ce que vous avez fait chez lui ?

28 R. Gani Gjukaj était commandant du village. C'était quelqu'un de très

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1 sincère. Je me suis arrêté chez lui pour lui demander - d'ailleurs j'ai

2 oublié de le mentionner - que le 11 août, je suis allé chez lui et j'ai

3 obtenu une autorisation officielle pour que ma sur puisse se rendre à

4 Rosulje. Je ne voulais pas qu'elle entre dans le territoire sous le

5 contrôle des Serbes, mais à Rosulje qui était contrôlé par l'UCK. Je me

6 suis arrêté chez lui. J'ai demandé à Gani : Est-ce que tu sais ce qui s'est

7 passé ? Il dit : "Non." Puis, j'ai continué mon chemin vers Baran. Une fois

8 arrivé à Baran, je suis allé à l'école rouge - à l'époque ça s'appelait

9 l'école rouge, c'était rouge, maintenant ça a été peint en blanc - je suis

10 entré dans l'école. Je n'y ai trouvé personne et je suis allé pour

11 rencontrer Mete Krasniqi." Sur le chemin à Vranoc, Hazir m'a dit : "Voilà

12 Mete dans la camionnette blanche."

13 Q. Je vous interromps. Vous avez dit que vous êtes allés à Vranoc.

14 R. Oui. Nous étions sur le chemin de Vranoc.

15 Q. C'était pour rencontrer Me Krasniqi.

16 R. C'était notre but, d'aller à Vranoc, mais nous l'avons rencontré à

17 l'entrée de Vranoc. Il y a une station-service là.

18 Q. Ma question est la suivante : avant de rencontrer

19 Me Krasniqi, quelle était votre intention ? Qu'est-ce que vous vouliez

20 faire ? Qu'est-ce que vous aviez à l'esprit ?

21 R. Nous voulions lui demander où se trouvait ma sur et pourquoi il

22 l'avait arrêtée en premier lieu ?

23 Q. Donc si j'ai bien compris, vous étiez à la recherche de

24 Me Krasniqi?

25 R. C'est ce que m'avait dit mes cousins. Ils m'avaient dit que c'était la

26 personne principale qui les avait arrêtés.

27 Q. D'accord. Donc vous l'avez rencontré, il était dans une camionnette

28 blanche. Est-ce que vous pouvez dire à la Chambre ce qui s'est produit

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1 lorsque vous l'avez rencontré ?

2 R. J'ai bloqué son chemin avec ma propre voiture. Je suis descendu de ma

3 voiture avec Hamdi et Hazir. Lui, il était avec une autre personne que je

4 ne connaissais pas, et d'ailleurs je ne sais même pas maintenant qui

5 c'était, comment cette personne s'appelait. J'ai ouvert la portière de sa

6 camionnette en lui demandant de descendre de son véhicule et de me dire où

7 se trouvait ma sur. Il a répondu, il m'a dit qu'on l'avait emmenée. J'ai

8 dit : "Pourquoi ?" Il a dit : "Ils l'ont arrêtée, ils l'ont emmenée à

9 Gllogjan." Je lui ai

10 dit : "Si ma sur ne revient pas de Gllogjan, tu vas payer de ta propre

11 vie." J'ai fermé sa portière. Il n'a rien dit, il a continué son chemin.

12 Lorsque j'ai commencé à trouver le chemin de Gllogjan, je pensais que

13 c'était un mensonge ce que m'avait dit Me Kranisqi, mais il n'y avait rien

14 que je ne pouvais faire. A Gllogjan, on ne prend pas les gens, on ne tue

15 pas les gens. Il l'a dit pour mentir.

16 Donc je me rendais vers Gllogjan, et à mi-chemin, il y avait des

17 combats. J'ai essayé de rentrer dans Gllogjan. Je n'ai pas pu.

18 Q. Je vous demande de vous arrêter pour l'instant. Est-ce qu'il y a un

19 village dans votre région qui s'appelle Zllapek ?

20 R. Oui. Je l'avais oublié. Désolé.

21 Q. Je voulais juste savoir, ce jour-là vous êtes allés à ce village ?

22 R. Oui. Oui. Nous sommes allés à Zllapek. Nous avons appelé Vesel Dizdari.

23 Nous avons discuté avec lui et on m'a dit : "Ecoutez, il faudrait suivre ce

24 dossier, parce que Mete et ses frères, surtout Galan, sont très dangereux."

25 Je ne le connaissais pas.

26 Nous avons poursuivi notre chemin. Et avec Hazir, nous sommes allés à

27 Gllogjan. Sur le chemin vers Gllogjan, il y avait beaucoup de combats.

28 Q. Merci. Je souhaite avoir encore quelques détails en ce qui concerne

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1 Zllapek.

2 Vous avez parlé à Vesel Dizdari ?

3 R. Oui.

4 Q. Et vous avez dit : "Suivez cette issue parce que Mete et ses frères

5 sont dangereux ?"

6 R. Oui.

7 Q. Est-ce que d'autres noms ont été mentionnés en plus de celui de Mete

8 Krasniqi ?

9 R. Ces personnes étaient connues. Avni, Iber - les gens le savaient. Les

10 gens savaient qu'ils constituaient un groupe. Il y avait la personne qui

11 s'appelle Galani. Tout le monde aujourd'hui sait de qui il s'agit, mais à

12 l'époque personne ne connaissait son nom.

13 Jusqu'en 2000, 2001, je ne savais pas quel était son vrai nom, à

14 savoir Idriz Gashi. Je l'ai connu sous le nom de Galani, commandant Galani

15 de Lugu.

16 Q. Voilà, c'est pour cela qu'il faut absolument être précis. Voilà ce que

17 je souhaite savoir. Ce jour-là, vous vous teniez là avec Vesel Dizdari. Pas

18 plus tard, mais ce jour-là, ce jour même, est-ce que quiconque aurait

19 mentionné d'autres noms autres que Me Krasniqi ? C'est cela que je souhaite

20 savoir. Non pas ce que vous avez appris par la suite, mais ce qui s'est

21 passé ce jour-là.

22 R. Ce jour-là, je n'ai rencontré personne d'autre qui m'a dit son nom.

23 Mais après, j'ai appris qu'il y avait eu deux Krasniqi qui auraient

24 interrogé ma sur et j'ai appris le soir même qu'il avait interrogé ma

25 sur. Mais pas le jour même, pas quand j'étais en train de me rendre à

26 Gllogjan. Je ne l'ai pas appris ce jour-là, en ce qui concerne Me Krasniqi,

27 mais plutôt le soir même le lendemain.

28 Q. Dites-nous, qui vous l'a appris ?

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1 R. Je ne comprends pas votre question.

2 Q. Qui vous l'a dit ? Qui vous a dit que Cufe Krasniqi avait interrogé

3 votre soeur ?

4 R. Vesel Dizdari, lorsque je suis revenu de Gllogjan. Car je suis retourné

5 le voir. C'est lui qui m'a dit que Cufe Krasniqi, qui était le commandant

6 adjoint, l'avait interrogée.

7 Q. Très bien. Revenons à votre première visite à Zllapek, la première fois

8 que vous avez discuté avec Vesel Dizdari.

9 R. C'était --

10 Q. Attendez que je vous pose la question, s'il vous plaît.

11 Avez-vous expliqué, avez-vous formulé, exprimé votre préoccupation quant à

12 votre soeur ?

13 R. Oui, je l'ai fait. Il me regardait et il ne s'est pas approché de ma

14 voiture. Il a parlé à Hamdi et à Hazir plus parce qu'il voyait bien que

15 j'étais très perturbé. Il ne s'est pas approché de moi.

16 Q. Vous nous avez déjà dit que ce jour-là, à ce moment-là, il a mentionné

17 le nom de Mete Krasniqi. Est-ce qu'il vous a dit quelque chose en ce qui

18 concerne ce que -- ou quel lien il y avait entre Mete Krasniqi et votre

19 préoccupation par rapport à votre soeur ?

20 R. Je ne comprends pas la question.

21 Q. Vous avez dit que vous lui avez parlé de votre préoccupation en ce qui

22 concerne votre sur ?

23 R. Oui.

24 Q. Est-ce qu'il vous a dit quelque chose en ce qui concerne Mete Krasniqi

25 ? Si oui, qu'est-ce qu'il vous a dit précisément ?

26 R. Vous parlez de qui ? Mete ?

27 Q. Qu'est-ce que Vesel Dizdari vous a dit au sujet de Mete ?

28 R. Vesel Dizdari a dit : "Elle a été arrêtée et suivez."

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1 Q. Est-ce qu'il a dit quelque chose en ce qui concerne la personne qui

2 l'aurait arrêtée ?

3 R. Oui.

4 Q. Est-ce qu'il vous a donné des noms en ce qui concerne les personnes qui

5 l'auraient arrêtée ?

6 R. Elle avait été arrêtée par Mete Krasniqi. C'était la première personne

7 qu'il avait arrêtée. Mes cousions m'ont dit que Mete Krasniqi était le

8 premier. Mes cousins connaissaient Mete Krasniqi, Avni, Iber et cette autre

9 personne, Galani, ils ne connaissaient pas.

10 Il y avait d'autres personnes, 30, 40, 50. Je ne sais pas combien.

11 Mais ce n'était pas ces personnes-là qui l'avait arrêtée. Seulement les

12 personnes dont j'ai mentionné les noms.

13 Q. Merci. Très bien. Après Sllapek, où est-ce que vous êtes allé après

14 avoir parlé avec Vesel Dizdari ?

15 R. Je suis rentré chez moi. Tout le monde était là, mes amis, ma famille,

16 à cause de cette tristesse qui frappait notre famille. Pourquoi est-ce que

17 cela nous arrivait à nous ? Les gens savaient qu'elle avait été arrêtée.

18 Les gens se demandaient pourquoi et comment. Des familles de l'UCK étaient

19 venues chez moi. Des voisins, des parents. Je suis allé à Gllogjan avec

20 Hazir. Hamdi n'est pas venu avec nous. Il est descendu avant, mais nous

21 étions déjà proches de Gllogjan. Il pleuvait. Il y avait des combats. On

22 n'a pas pu rentrer dans Gllogjan. Et c'est là où on a rencontré un soldat

23 de Gllogjan, qui venait de Gllogjan, et j'ai fait demi-tour en voiture. Le

24 soldat, son nom de famille était Dervishaj. Je ne sais pas quel était son

25 prénom.

26 Nous sommes allés jusqu'à Gllogjan et nous sommes rentrés à la

27 maison.

28 Q. Très bien. Ai-je bien compris ? Vous n'avez pas réussi à entrer dans le

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1 village de Gllogjan ? Oui ou non ? Et sinon, c'était à cause des combats ?

2 R. Non, nous n'avons pas pu entrer dans le village à cause des combats.

3 Q. Merci. Voulez-vous bien dire à la Chambre pourquoi en premier lieu vous

4 vouliez aller à Gllogjan ? Qu'est-ce que vous aviez l'intention de faire ?

5 Si vous aviez réussi à entrer dans le village, qu'est-ce que vous vouliez y

6 faire ?

7 R. Je savais que c'était une provocation de la part de Mete. Mais je

8 voulais savoir et je voulais montrer qu'il nous avait menti, qu'il m'avait

9 menti. Parce que je savais qu'il m'avait menti. Il avait menti. Il avait

10 trahi. Il ne me disait pas la vérité. Je savais qu'il n'y avait aucune

11 vérité dans ce qu'il me disait.

12 J'ai dit à Hamdi et à Hazir, une fois que nous étions partis, qu'il

13 nous avait menti et qu'il nous avait trahis.

14 Q. C'est peut-être ce que vous pensiez, mais comment est-ce que le fait de

15 vous rendre à Gllogjan aurait pu vous aider ? Qu'est-ce que vous aviez

16 l'intention de faire ? Ou plutôt : qu'est-ce que vous auriez fait si vous

17 aviez réussi à entrer dans Gllogjan ?

18 R. J'avais l'intention d'aller chez l'oncle de mon père qui habitait à

19 Gllogjan, Sejfijaj, c'est son nom de famille. Et j'allais leur poser des

20 questions. J'avais l'intention de rencontrer Ramush car je savais que Mete

21 Krasniqi avait menti. Je voulais tout simplement révéler ce mensonge, car

22 je n'avais jamais entendu parler de méfaits qui se seraient produits à

23 Gllogjan. Je pensais qu'on m'avait trahi. J'étais perdu. Il m'avait trahi.

24 C'est pour cela que je voulais m'y rendre.

25 Q. Merci. Vous parlez de Ramush Haradinaj, n'est-ce pas ?

26 R. Où ?

27 Q. Vous avez dit que vous aviez l'intention de rencontrer Ramush. Je

28 voudrais si vous parlez de Ramush Haradinaj.

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1 R. Oui, oui. Je voulais le rencontrer en personne parce que c'était

2 quelqu'un de très politique. Je n'avais aucune difficulté à le rencontrer.

3 J'aurais pu le rencontrer, si je l'avais souhaité.

4 Q. Je voulais juste être sûr d'avoir compris. Donc vous alliez lui exposer

5 votre problème et lui demander de l'aide, si possible ?

6 R. Oui, bien sûr.

7 Q. Donc vous n'avez pas réussi à entrer dans Gllogjan à cause des combats.

8 Vous êtes-vous rendu chez vous ?

9 R. Non, je n'ai pas pu y aller, donc je suis rentré chez moi.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Balaj, c'est moi le Président

11 qui vous parle en ce moment.

12 Je vous demanderais de ne pas regarder pour l'instant l'accusé. Je

13 vous demande de vous concentrer sur M. Di Fazio, qui vous pose des

14 questions, et je demande aussi à l'accusé de ne pas réagir à ces tentatives

15 d'établissement de contact visuel de la part du témoin.

16 Veuillez poursuivre.

17 M. DI FAZIO : [interprétation] Très bien. Merci, Monsieur le Président.

18 Q. Je vous demanderais maintenant de vous remémorer ce qui s'est passé le

19 lendemain, c'est-à-dire le 13. Est-ce que vous avez continué votre enquête

20 pour essayer de savoir où se trouvait votre soeur ?

21 R. Oui, tôt le lendemain matin, j'ai continué -- je suis allé à Lugu i

22 Baranit, où elle a été exécutée. Nous avons demandé à des gens dans les

23 alentours s'ils l'avaient vue. J'ai réussi à trouver le chemin pour Cufe

24 Krasniqi, mais il n'était pas là. Le deuxième jour. j'ai demandé à d'autres

25 gens. Je suis allé voir Tahir Zemaj.

26 Q. Le 13, nous parlons du 13. Vous dites que vous êtes allé à Lugu i

27 Baran.

28 R. Oui. Je suis allé à Lugu i Baranit et à Tahir Zemaj le même jour.

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1 Q. Merci. Est-ce que vous êtes allé au village de Baran également en plus

2 de Lugu i Baran ?

3 R. J'y suis allé, mais je n'ai pas pu rencontrer les gens qui ont arrêté

4 ma sur. J'ai vu d'autres personnes. J'ai vu des soldats. Je suis entré à

5 l'intérieur, mais je n'ai pas pu rencontrer ni Avni, ni Iber, ni d'autres.

6 Iber, je le connaissais très mal.

7 J'ai vu d'autres personnes que je ne connaissais pas. J'ai demandé à

8 voir Cufe Krasniqi, un soldat qui est sorti qui m'a dit qu'il ne savait pas

9 où il était. Je suis allé voir Tahir Zemaj et je lui ai raconté l'histoire.

10 Il a dit qu'ils allaient prendre des mesures. Je pense qu'il a sûrement

11 mené son enquête.

12 Q. Tout ça se passait, si j'ai bien compris, le lendemain, c'est-à-dire le

13 13. C'est ce jour-là que vous avez vu Tahir Zemaj, n'est-ce pas ?

14 R. Oui. Oui.

15 Q. Vous avez parlé de ce M. Cufe Krasniqi dans votre déposition.

16 R. Oui.

17 Q. Vous l'avez vu ?

18 R. Le lendemain, je crois, c'était le 14. C'est le 14, je crois que je

19 l'ai rencontré. J'y suis allé le matin. Je n'ai pas pu le voir, ensuite j'y

20 suis retourné vers 14 heures, 15 heures, et il se trouvait à l'intérieur.

21 Il y a un soldat qui l'a appelé. Cufe est sorti. Il m'a supplié de --

22 Q. Je vous poserai des questions sur Cufe Krasniqi par la suite, mais nous

23 allons suivre l'ordre chronologique. Pour l'instant, revenons au 13.

24 Vous avez dit que vous vous êtes rendu à Baran ?

25 R. Oui.

26 Q. Vous avez parlé à Tahir Zemaj ?

27 R. Oui.

28 Q. Il a dit qu'ils allaient prendre des mesures. Savez-vous quelles

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1 mesures ont été prises ?

2 R. Oui. Tahir Zemaj avait appelé Mete Krasniqi, Avni Krasniqi, Iber et

3 Cufe Krasniqi et d'autres personnes aussi dont je ne connais pas les noms,

4 et leur avait posé des questions. Mais Idriz Gashi était parti; il ne s'est

5 pas présenté à Tahir Zemaj pour répondre aux questions. Donc il n'y est pas

6 allé.

7 Q. Connaissez-vous un monsieur qui s'appelait Hysen Gashi ?

8 R. Oui.

9 Q. Connaissez-vous --

10 R. Hysen Gashi.

11 Q. Connaissez-vous Fadil Nimani ?

12 R. Oui, je connais cette personne. C'était quelqu'un de très bon. C'était

13 un bon stratège. Il venait d'une bonne famille.

14 Q. Est-ce que vous avez vu l'un ou l'autre pendant vos tentatives de

15 retrouver votre sur ?

16 R. Oui, oui. Je les ai rencontrés.

17 Q. Comment est-ce que vous les avez rencontrés ?

18 R. Tahir Zemaj m'a emmené les rencontrer. Lorsque j'y suis allé la

19 deuxième fois il me les a présentés et ils ont commencé à me poser des

20 questions sur ce qui serait advenu de ma sur. Ils ne se trouvaient pas à

21 la caserne de Tahir Zemaj. Ils se trouvaient à la clinique proche de la

22 route, près de l'école où se trouvait la caserne.

23 Je suis entré dans leur bureau. Ils ont commencé à prendre des notes.

24 Nous avons commencé à parler de ma sur. Pendant quatre ou cinq jours, j'y

25 suis allé et ils m'ont posé des questions et je voulais obtenir de leur

26 part des informations concernant le décès de ma sur.

27 Q. Merci beaucoup. Donc en tout état de cause c'était Tahir Zemaj qui vous

28 a présenté à eux; je vous ai bien compris ?

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1 R. Oui.

2 Q. Après qu'il vous ait présenté à eux, c'est à ce moment-là qu'ils ont

3 commencé à poser des questions ?

4 R. Oui. Ils ont commencé à poser des questions dans le genre : où est-ce

5 que votre sur avait l'intention d'aller ? Qu'est-ce qu'elle voulait

6 acheter ? Ils me demandaient comment je me sentais et ils disaient ne vous

7 précipitez pas. Tout va être éclairci et Fadil éclaircira tout."

8 Donc je suis allé là tous les jours de 14 heures jusqu'à la soirée,

9 ou depuis 8 heures du matin jusqu'à midi. Parfois j'allais le matin,

10 parfois j'allais l'après-midi, en soirée. Je les ai remerciés de la façon

11 dont ils ont coopéré avec moi, dont ils ont travaillé. Le quatrième ou le

12 cinquième jour, je les attendais, ils sont entrés et Fadil Nemani m'a dit :

13 "Bien, je te présente mes condoléances parce que ta sur est décédée." A ce

14 moment-là, je me suis évanoui. Ils m'ont donné de l'eau à boire et je suis

15 parti.

16 Q. Je vous remercie. Puisque nous parlons précisément de ce sujet, je

17 voudrais vous demander s'ils vous ont expliqué comment elle avait trouvé la

18 mort ?

19 R. Non. Non. Ils ont simplement dit que ma sur était décédée, qu'elle

20 était morte, et qu'ils allaient faire une enquête pour en savoir davantage

21 en ce qui la concerne, essayer de retrouver son corps. Je les ai salués et

22 je suis parti - enfin, je les ai également remerciés à cause de ce qu'ils

23 avaient fait. Simplement, j'ai insisté auprès d'eux pour que je puisse être

24 en mesure de récupérer son corps, et ils m'ont dit qu'ils continueraient à

25 pousser leur investigation. C'est comme ça que nous nous sommes quittés.

26 Q. Je vous remercie de cette explication.

27 Maintenant, nous avons avancé de quelques jours. Je voudrais revenir

28 à la journée du 13. Bien ? Ce jour-là, après que vous ayez pour la première

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1 fois appris que votre sur avait disparu, c'est bien cela ?

2 Vous nous avez dit que ce jour-là, vous aviez rencontré Tahir Zemaj

3 et que plusieurs choses s'étaient passées. Vous avez dit aussi que vous

4 n'aviez pas rencontré Cufe Krasniqi ce jour-là mais le lendemain. Ce qui

5 nous emmène à la date du 14; est-ce exact ?

6 R. Le 13 ou le 14, je ne suis pas vraiment sûr, mais c'était une de ces

7 deux dates. Ça pourrait être celle à laquelle je l'ai rencontré.

8 Q. Bien, bien, je comprends. Je ne veux pas vous obliger à préciser, c'est

9 compréhensible.

10 Pouvez-vous simplement nous dire ceci, tout au moins : est-ce vous

11 diriez que vous avez rencontré Cufe Krasniqi le même jour que celui où vous

12 avez rencontré Tahir Zemaj où est-ce que c'est un jour plus tard ?

13 R. Il se peut que c'était le même jour ou le lendemain. Je n'arrive pas

14 exactement à m'en souvenir. Ça fait longtemps que ça s'est passé.

15 Toutefois, je l'ai rencontré, comme je vous l'ai dit, j'ai demandé après

16 lui à la grille de la caserne. Un soldat est allé le chercher. Cufe est

17 sorti.

18 Q. Veuillez, s'il vous plaît, ralentir. Ralentissez, s'il vous plaît. Pour

19 commencer, où cela ? Quel village ? Où est-ce que vous l'avez vu, M. Cufe

20 Krasniqi ?

21 R. A Baran, là où se trouvait la caserne, la caserne militaire.

22 Q. Merci. Est-ce que vous l'avez vu sortir ?

23 R. Oui, je l'ai vu.

24 Q. Quel était votre but, et pourquoi lui ?

25 R. Je voulais lui poser des questions concernant ma sur. Je voulais lui

26 demander ce qui lui était arrivé, où elle se trouvait.

27 Q. Je vous remercie. En fait, est-ce que vous avez réussi à vous réunir

28 avec lui et à lui parler de cette question ?

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1 R. Oui. Ça s'est passé de façon très calme. Nous nous sommes serré la

2 main. Il m'a demandé qui j'étais. Je lui ai répondu que j'étais Shaban

3 Balaj de Strellc et que j'étais venu ici pour poser des questions

4 concernant ma sur, et ce qui lui était arrivé parce qu'on m'avait dit

5 qu'il l'avait interrogée.

6 Il y avait là un petit café, un endroit où on vendait du café, et il m'a

7 dit que nous pouvions aller à cet endroit-là et prendre quelque chose. J'ai

8 dit : "Non." Il a dit : "Alors, retournons dans la caserne." J'ai dit :

9 "Non." Je n'étais pas rasé. J'avais à la main une kalachnikov, mais pas

10 pour le menacer ou quoi que ce soit.

11 Alors, nous sommes montés dans la voiture, une Lada rouge, et il m'a

12 expliqué ce qui s'était passé. Il m'a dit qu'il s'était trouvé dans le

13 bureau de Nazif Ramabaja, et que dans le bureau de Nazif Ramabaja, et

14 qu'Azif Krasniqi et Iber Krasniqi étaient venus et lui avaient dit qu'ils

15 avaient capturé un collaborateur serbe, une personne qui était soupçonnée,

16 et il lui a demandé de l'interroger.

17 Il était allé là-bas, il l'avait salué. Ils étaient donc trois à cet

18 endroit-là, Avni, Iber et Galani. Avni et Iber avaient quitté la pièce, le

19 bureau. Il lui avait posé des questions. Il lui aurait demandé d'où elle

20 était ? Ma sur lui avait répondu, et il a dit : "J'ai trouvé le nom d'une

21 personne," mais je ne suis pas sûr que ça été vrai ou quoi. Je pense que

22 c'était une calomnie. Dragan Curovic.

23 Q. Je voudrais simplement vous demander de vous arrêter un moment là. Ça

24 se passe très bien jusqu'à maintenant, mais ce que je vais vous demander

25 simplement c'est ne nous dites pas ce qui est vrai ou ce qui est

26 calomniateur, et cetera. Dites-nous simplement ce qu'il a dit. Dites à la

27 Chambre de première instance ce qu'il vous a dit, alors que vous étiez

28 assis avec lui dans la voiture. Veuillez poursuivre, s'il vous plaît.

Page 8668

1 R. Bien, il n'a rien dit de cela, de ce genre, en ce sens lorsque nous

2 étions dans la voiture. Il a juste dit qu'il n'y avait rien la concernant

3 et qu'il l'avait relâchée, et même lors du procès à Peje il n'a pas

4 mentionné cela. Toutefois, même si elle avait vraiment une adresse dans son

5 carnet -, car il avait une agence de voyage - lorsqu'elle avait cette

6 agence, il y avait un grand nombre de Serbes qui vivaient à Peje et qui

7 voyageaient, bien sûr, tout comme nous.

8 Il a dit que Galani était resté dans le bureau tout le temps alors

9 qu'il interrogeait Sanije, alors qu'Avni et Iber étaient sortis. Lorsqu'il

10 avait ouvert le sac de ma sur, il avait trouvé les 2 800 deutschemark qui

11 s'y trouvaient également. Galan était dans le bureau. Je ne sais pas

12 pourquoi cette personne se trouvait dans le bureau pendant qu'il procédait

13 à cette tâche.

14 Toutefois il est parti, il est sorti de la voiture et j'ai repris ma

15 route.

16 Q. Je vous remercie. Bien. Alors, vous avez dit que M. Cufe -- excusez-

17 moi, Cufe Krasniqi a dit, je cite : "J'ai trouvé un nom d'une personne."

18 Bien, je ne suis pas sûr si c'était vrai. Il vous a en fait réellement dit

19 ces mots ? Est-ce que c'est ça ce que vous dites dans votre déposition ?

20 R. Oui.

21 Q. Ce nom de Dragan Curovic, est-ce que c'est le nom qu'il a effectivement

22 dit ou mentionné, alors que vous étiez assis ensemble dans la voiture pour

23 parler de la question ?

24 R. Non. Il n'a pas mentionné cela dans la voiture. Je l'ai entendu dire.

25 Ici, il ne l'a pas mentionné, cet événement, même lorsqu'il a fait une

26 déclaration au sujet de Peje lorsque l'accusé a été condamné.

27 M. DI FAZIO : [interprétation] Est-ce que vous me pourriez me donner un

28 instant, Monsieur le Président, Messieurs les Juges.

Page 8669

1 [Le conseil de l'Accusation se concerte]

2 M. DI FAZIO : [interprétation] Bien.

3 Q. Vous avez dit au début de votre déposition d'aujourd'hui que vous étiez

4 allé à Gllogjan pour tenter d'entrer dans ce village, et dans cette partie

5 de votre raisonnement vous aviez voulu aller présenter votre affaire à M.

6 Ramush Haradinaj. Pour autant que vous le sachiez, est-ce que M. Haradinaj

7 a répondu d'une façon quelconque pour le problème que vous aviez ?

8 R. Je ne me rappelle pas la date. Je ne me la rappelle pas, parce qu'en

9 fait, j'étais très troublé au bout de trois, quatre ou cinq jours, je ne

10 suis pas sûr, je suis retourné à Gllogjan avec Hazir. Il y avait Tafi qui

11 nous a accompagnés, nos amis à Gllogjan dans ma voiture, mais il n'a rien à

12 voir avec cette affaire. Il n'a fait que nous accompagner. Il ne savait

13 rien de tout cela.

14 Nous sommes entrés à Gllogjan, nous avons rencontré un homme âgé, nous

15 l'avons salué. Nous lui avons demandé : "Est-ce qu'il y a une prison ici ?"

16 Il a souri en retour. Il m'a dit : "Il n'y a pas de prison ici." Il a dit :

17 "Oui, mais quelqu'un, un traître à la nation m'a pris en traître. Il a

18 souri un petit peu, puis il m'a offert une cigarette. Tafaj se trouvait

19 dans la voiture. Il ne savait pas ce qui se passait, ce qui se disait entre

20 moi et cette personne âgée, cet homme âgé. Nous avons parlé et j'ai dit au

21 revoir à ce vieillard. Je suis retourné à la voiture, puis nous avons pris

22 la direction de Strellc.

23 Au bout de deux ou trois jours, Gani Gjukaj m'a dit - je n'étais pas

24 chez moi, je n'étais pas à la maison - tout le temps que j'ai passé à

25 chercher sa sur, je voulais la trouver même si elle était décédée. Gani

26 Gjukaj m'a dit que Ramush et Gani Gjukaj étaient venus chez moi pour

27 présenter leurs condoléances à cause de ma sur. Ce qui voulait dire qu'il

28 n'avait rien à voir avec cela. Je savais cela même avant que Ramush - bon,

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1 que Ramush n'était pas mêlé à cette affaire du tout. Il n'avait rien à voir

2 avec cela. Il n'avait joué aucun rôle. J'ai mentionné cela, j'ai dit cela

3 dans toutes mes déclarations. Et j'ai juré de dire la vérité et de ne rien

4 dire contre des personnes innocentes.

5 C'est ce que ma femme m'a dit, et je les ai remercié en leur absence.

6 J'étais heureux de cela, je dirais, qu'un commandant vienne faire des

7 condoléances chez moi.

8 J'ai mentionné ce nom ici que depuis 2001, lorsque j'ai commencé à répondre

9 à des questions à Prizren, jusqu'à ce jour, que Ramush Haradinaj n'avait

10 rien à voir avec la mort de ma sur.

11 Q. Bien. Ceci est très clair. Je vous remercie de nous avoir expliquer

12 cela.

13 Maintenant passons donc à un autre sujet, si vous le voulez bien. Il

14 s'agit de ceci : dans le cadre de vos recherches, de votre enquête, est-ce

15 que vous êtes jamais allé avec d'autres hommes à la maison de Mete Krasniqi

16 ?

17 R. J'y suis allé. Je ne me rappelle pas bien quand, mais au cours d'une de

18 ces journées, avec une vingtaine de personnes, une fois j'ai rencontré Mete

19 Krasniqi et nous nous trouvions dans quatre voitures. Nous sommes allés

20 chez lui escortés par des personnes âgées qui étaient davantage au courant.

21 Notre président c'était Zeqir Balaj, un de mes voisins. C'était une sorte

22 de représentant de notre groupe. Avni se cachait. Son frère est donc sorti

23 et nous a reçus. La situation était très tendue. Il a offert du café à

24 quelque cinq ou six personnes, à tout le monde. En fait, j'ai dit que nous

25 étions environ une vingtaine dans ce groupe. Zeqir Balaj, mon cousin, a

26 demandé où était Din Krasniqi. Din est venu. Nous avons parlé. Il était

27 très ennuyé de ce qui s'était passé. Il avait entendu parler du fait que ma

28 sur avait été tuée.

Page 8671

1 Nous avons un rapport de parenté très éloigné avec la famille

2 Krasniqi.

3 Q. Je vais simplement vous demander de vous arrêter un instant ici et nous

4 préciser certaines des choses que vous avez dites jusqu'à présent. Pour

5 commencer, qu'elle était la raison d'ensemble pour laquelle il y avait ce

6 grand groupe de personnes qui se trouvaient là aussi ? Qu'est-ce qui devait

7 être réalisé ?

8 R. C'était pour un groupe de personnes qui venaient pour parler de choses,

9 il s'agissait de prendre -- il s'agit d'une vengeance de ce qui s'était

10 passé. Nous avions ces chambres d'amis - Nous appelons ça une oda - et

11 c'est là que les personnes peuvent s'asseoir et parler, s'entretenir de

12 choses de ce genre.

13 Q. Je comprends que la disparition de votre sur était le sujet essentiel

14 de Krasniqi ?

15 R. Oui, bien sûr. Nous étions là pour demander un récit de ce qui s'était

16 passé, parce que c'était l'une des personnes qui l'avait arrêtée, et il

17 devait savoir ce qui s'était passé lorsqu'elle avait été emmenée, qu'est-ce

18 qui lui était arrivé.

19 Q. Est-ce que Din Krasniqi était apparenté en quoi que ce soit à Mete

20 Krasniqi ?

21 R. Oui. Ce sont des cousins germains.

22 Q. Bien. Je vous remercie. D'accord. Vous nous avez dit que vous étiez

23 allé là-bas avec un grand groupe, un groupe important, et que Zeqir était

24 votre porte-parole. Dites-moi comment les choses se sont déroulées.

25 R. Nous étions là, comme je l'ai dit, avec ce groupe important, nous avons

26 parlé avec Din; Mete n'était pas là. Avni se cachait. Nous n'avons pas

27 rencontré Iber. Et notre homme qui était âgé, Zeqir Balaj, a dit à Din

28 Krasniqi : " Dis-moi, Mete, parce que je te dis que dans 24 heures nous

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1 voulons récupérer notre fille, morte ou vive. Nous voulons qu'elle vienne,

2 nous voulons qu'elle soit amenée à Strellc."

3 Cette visite a pris fin. Nous avons quitté cette maison, nous sommes sortis

4 et nous avons rencontré Mete par accident. Nous avons échangé des paroles

5 assez vives et Zeqir Balaj a dit à Mete

6 Krasniqi : "Parle à Din Krasniqi. Il te dira pourquoi nous étions là."

7 Q. Maintenant, est-ce que Mete, à cette occasion, a rencontré Mete

8 Krasniqi, a dit quoi que ce soit concernant ces événements ?

9 R. Non. Je ne lui pas parlé personnellement à ce moment-là.

10 Après trois ou quatre jours, Mete Krasniqi avait pris cette voiture, cette

11 Golf rouge dont il se servait, et il avait emmené le hoxha, le prêtre

12 musulman, du village de Vranoc. Ramadan, enfin Ramadan Gashi, mon cousin,

13 Zeqir Gjoci de [inaudible] était aussi un ami et quelqu'un que je

14 connaissais, [inaudible] sont venus dans cette pièce où se trouvaient 50 à

15 60 personnes dans la pièce de Zeqir Balaj. Tous ces amis se sont réunis,

16 donc un groupe d'environ 50, 60 personnes. Et Mete Krasniqi a commencé à

17 parler du cas de ma sur.

18 Il a commencé en disant : "Je suis venu ici avec toutes ces personnes

19 pour qu'elles jurent, prêtent serment sur ce qui s'est passé. J'ai eu tort

20 de l'arrêter, mais je n'ai rien à voir avec sa mort, et je suis donc venu

21 ici pour te jurer ou jurer à tous que je n'ai pas commis cet acte."

22 Mon frère, Avni, est mêlé à cela, cet acte, et il y a une personne

23 appelée le colonel Galani de Lugu i Drinit.

24 Zeqir Balaj lui a demandé et lui a dit : "Mete, si tu rapportes le

25 corps, nous verrons après la guerre la question de savoir ce qui s'est

26 passé. Mais si tu ne ramènes pas ce corps, d'après les canons de Dukagjini,

27 nous tu dois, tu [inaudible] de deux vies."

28 Mete a déclaré, je cite : "Le corps a été emmené, emporté de

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1 l'endroit, Lugi i Isufit, où elle était enterrée." Le vieillard a dit : "Où

2 est le corps ? Qui l'a emmené, emporté ce corps ?" Et il a dit : "Galan, en

3 utilisant la force, a ordonné, leur a ordonné de prendre ce corps de là où

4 il se trouvait. Une personne appelée Zumir Hasanaj a vu ce qui s'est passé.

5 Il leur a dit d'emmener ce corps de l'endroit où il se trouvait, de ce

6 terrain.

7 Ils ont été forcés d'emporter ce corps." Zeqir le lui a

8 demandé : "Qui a emporté ce corps ?" et Mete a dit : "Mon frère et Iber

9 Krasniqi, mais ils ont été forcés de le faire. Ils ont été forcés de le

10 faire. Togeri a emmené, a emporté le corps de Lugu i Isufit, mais nous ne

11 savons pas où."

12 Q. Qui est Togeri ?

13 R. Je ne sais pas qui était Togeri. Je ne sais pas. Je n'étais pas

14 intéressé à apprendre qui il était. C'est ça qu'il a dit. Ce n'est que plus

15 tard, après un ou deux ans, qu'ils ont appris qui il était. J'ai dit qui il

16 est.

17 Q. Qu'est-ce que vous avez appris un ou deux ans plus tard concernant

18 Togeri ?

19 R. Au bout d'un ou deux ans je l'ai appris.

20 Q. Qu'est-ce que vous avez appris concernant Togeri au bout d'un an ?

21 R. J'ai appris qu'en 2002, lorsqu'on m'a demandé, les personnes m'ont posé

22 la question, au tribunal, ils m'ont donné des renseignements le concernant,

23 ils ont dit : "Il a tué ta sur." Et j'ai dit : "Non, Togeri n'a pas tué ma

24 sur." Et c'était tout.

25 Lorsque j'ai entendu ce nom, c'était Idriz Balaj. C'était au tribunal,

26 lorsque j'ai entendu cela et je l'ai dit dans ma déclaration. Il n'a pas

27 tué ma sur. Il n'a rien à voir avec le meurtre de ma sur. Mete Krasniqi,

28 avec ses méthodes, ses trahisons, a dit qu'il avait emporté le cadavre dans

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1 sa jeep et elle a disparue.

2 Je ne lui fais pas confiance. Je ne lui fais aucune confiance même

3 maintenant.

4 Q. Juste un instant. Mete Krasniqi a dit -- écoutez. "Il a emmené son

5 cadavre dans sa jeep." Qui a pris le cadavre, avec la jeep de qui ? De qui

6 parlait-on, pour autant que vous le sachiez ?

7 R. Il y avait un grand nombre de jeeps. Il a dit : "C'était la jeep de

8 Togeri." Mais il a dit : "Idriz Gashi nous a forcés à le faire." Excusez-

9 moi, Galani, parce qu'à ce moment-là je ne savais pas qui était Idriz

10 Gashi. Il a donné l'ordre à Avni et Iber de tirer le corps de l'endroit où

11 il se trouvait. Je crois que Galani a fait cela, mais je ne crois pas que

12 Togeri aurait fait cela. Mais toutes ces personnes sont encore en vie. Il y

13 a une quarantaine de personnes -- il y avait environ quarante personnes qui

14 se trouvaient dans cette pièce où Mete Krasniqi a prononcé ces mots, et il

15 y a également d'autres personnes qu'il a emmenées avec lui, comme hoxha,

16 Ramadan Gashi, Xhavit Ukaj, je ne fais pas confiance dans ce qu'il a dit.

17 Je lui avais fait confiance, mais pas à l'autre et c'est ça qu'il a dit.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Di Fazio.

19 M. DI FAZIO : [interprétation] J'étais sur le point de dire que je voulais

20 revenir sur un point particulier.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Vous allez y venir, mais commencez

22 par terminer votre interrogatoire principal. Ça doit être le dernier sujet

23 que vous voulez évoquer ?

24 M. DI FAZIO : [interprétation] Un de plus. Juste un sujet très bref.

25 [Le conseil de l'Accusation se concerte]

26 M. DI FAZIO : [interprétation] En fait, si vous n'y voyez pas

27 d'inconvénient, je préférerais que ceci ait lieu après la suspension de

28 l'audience, ce qui nous permettrait --

Page 8675

1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Dans ce cas-là, je vais demander à

2 l'huissière d'escorter le témoin en dehors de la salle d'audience et de le

3 ramener après la suspension.

4 Monsieur Balaj, nous allons suspendre l'audience jusqu'à

5 quatre heures un quart. Voudriez-vous, s'il vous plaît, suivre

6 Mme l'Huissière.

7 [Le témoin quitte la barre]

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vais demander à la Défense. Il y a eu

9 demande qui a été déposée visant à modifier l'acte d'accusation. D'après ce

10 que je comprends, c'est essentiellement sur le fondement de nouveaux

11 résultats ADN. Est-ce que la Défense pourrait faire savoir à la Chambre

12 combien de temps il va lui falloir pour pouvoir répondre à cette demande ?

13 M. EMMERSON : [interprétation] Serait-il déraisonnable de demander sept

14 jours ?

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Si vous pouviez faire un peu plus vite.

16 Je veux dire, nous nous rapprochons de plus en plus de la fin de la

17 présentation des moyens à charge par l'Accusation.

18 M. EMMERSON : [interprétation] Oui.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il me semble qu'il s'agit d'une question

20 qui est plutôt technique. Je ne dis pas que les questions techniques

21 n'exigent pas la plus grande attention de temps en temps.

22 M. EMMERSON : [interprétation] Oui.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien sûr, on ne dit rien en ce qui

24 concerne la situation du point de vue des éléments de preuve, une fois que

25 l'acte d'accusation a été modifié. Nous parlons juste pour le moment de --

26 M. EMMERSON : [interprétation] Oui, je suis tout à fait disposé à répondre

27 au calendrier que la Chambre de première instance voudra décider.

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, mais ce que je voudrais vous

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1 suggérer c'est trois jours. Est-ce que cela pourrait être acceptable ? Je

2 regarde également dans votre direction, Maître Guy-Smith, et dans votre

3 direction, Me Harvey.

4 M. GUY-SMITH : [interprétation] Quatre.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Quatre jours. Ce qui veut dire que nous

6 recevrions cette réponse à la fin de la déposition du témoin, jeudi. Il y

7 aurait lundi qui serait un jour.

8 M. GUY-SMITH : [interprétation] Oui.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Harvey, est-ce que ceci pour vous

10 serait également acceptable ?

11 M. HARVEY : [interprétation] Oui, je peux le faire ainsi, Monsieur le

12 Président.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien. Donc la Chambre s'attend à avoir

14 une réponse, une position de la Défense, pas plus tard que jeudi.

15 M. EMMERSON : [interprétation] Si nous sommes à même de faire une réponse.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, ce serait vivement apprécié.

17 Je suspends la séance jusqu'à quatre heures et quart.

18 --- L'audience est suspendue à 15 heures 50.

19 --- L'audience est reprise à 16 heures 19.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La Défense peut-elle nous indiquer de

21 combien de temps elle aura besoin à peu près pour le contre-interrogatoire.

22 M. EMMERSON : [interprétation] Je prévois de ne pas poser de questions au

23 témoin.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Rien du tout ? Maître Guy-Smith ?

25 M. GUY-SMITH : [interprétation] J'aurais peut-être besoin d'une demi-heure,

26 mais je n'en suis pas sûr.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Maître Harvey ?

28 M. HARVEY : [interprétation] Je ne poserai pas de questions.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien. Monsieur Di Fazio, à vous.

2 M. DI FAZIO : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

3 Q. Encore quelques sujets à aborder avec vous, Monsieur le Témoin.

4 Connaissez-vous un endroit qui répond au nom de Lugi i Izufit p40 ?

5 R. Oui.

6 Q. Est-ce que un endroit situé non loin de Vranoc ?

7 R. Oui. C'est près de Vranoc le bas, parce qu'il y a deux Vranoc : Vranoc

8 le haut et Vranoc le bas.

9 Q. Vous est-il arrivé de vous y rendre dans le cadre de la recherche de

10 votre soeur ?

11 R. Oui.

12 Q. Dans quelles conditions avez-vous été amené à vous y

13 rendre ?

14 R. J'y suis allé sur la base de renseignements qui m'ont été fournis par

15 des gens qui connaissaient cet endroit.

16 Q. Pourquoi êtes-vous allé là-bas ? Qu'espériez-vous y faire ou y trouver

17 ?

18 R. Fadil Nemani m'a présenté ses condoléances, donc j'ai pensé que le

19 cadavre de ma sur était sans doute caché quelque part dans la région, dans

20 la forêt, ou sur la montagne. J'avais des amis qui avaient suivi de près

21 l'évolution de la situation, et selon ce que ces amis m'ont dit, je suis

22 allé sur place et j'ai trouvé l'endroit où elle était enterrée. J'ai

23 d'ailleurs vu son sang à cet endroit. C'était près d'un puit. Il y avait

24 aussi un ruisseau dans les environs, à 7 ou 10 mètres de distance. C'était

25 dans un ravin et ma sur avait été enterrée à cet endroit, à 40 ou 50

26 centimètres de profondeur. La fosse où elle avait été enterrée avait été

27 recouverte, mais j'ai découvert que le sol avait été remanié récemment.

28 Donc, je suis resté là-bas. Mes amis de l'UCK, ma famille, mes frères

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1 essayaient de me protéger. Ils étaient tout autour de moi. Quand j'ai pris

2 contact avec eux, ils m'ont demandé si j'avais trouvé le corps de ma sur,

3 j'ai répondu par l'affirmative. Certains sont venus me voir. Pas mal

4 d'entre eux ont versé des larmes et nous avons continué.

5 Q. Merci. Est-ce que vous êtes retourné à cet endroit pendant le procès

6 d'Idriz Gashi ?

7 R. Oui. Robert Dean et Irving Morris m'ont interrogé. C'est à ce moment-là

8 que j'y suis retourné et que je me suis retrouvé à cet endroit avec eux.

9 Avant cela, j'y suis allé en compagnie des forces de la MINUK. De sorte que

10 l'accusé qui était accusé d'avoir commis ce crime, un homme vil qui avait

11 tué cette femme simplement pour lui prendre son argent, il a essayé de

12 salir notre famille, mais n'y est pas parvenu car personne ne peut salir

13 notre famille. Notre famille descend des Gervalla. Tout le monde la connaît

14 au Kosovo.

15 Mon père descend de la famille Sejfijaj de Gllogjan. Nous comptons trois

16 martyrs dans notre famille qui est connue dans tout le Kosovo. Nous sommes

17 également en rapport avec la famille Dervishaj. Donc trois membres de notre

18 famille sont des martyrs qui ont donné leur vie pour la liberté du Kosovo.

19 L'un d'entre eux est un soldat, il s'appelait Kuqi. Il est donc impossible

20 de salir notre famille.

21 Q. Je vous remercie. Vous avez bien expliqué votre position. J'aimerais

22 maintenant vous poser quelques questions supplémentaires au sujet de votre

23 sur, des questions générales pour en finir. Elle dirigeait une agence de

24 voyage, si je ne m'abuse, à Peje. Et vous avez déjà dit, n'est-ce pas, que

25 c'est un travail qu'elle a conservé jusqu'à 1997 au moins. Vous rappelez-

26 vous quand elle a cessé de diriger cette agence de voyage ?

27 R. En 1996, 1997, je n'en suis pas tout à fait sûr. Les forces serbes se

28 sont mises à commettre des pillages un peu partout, y compris dans cette

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1 agence de voyage. J'avais de l'argent, je pouvais donc subvenir à ses

2 besoins, car mes frères travaillaient en Allemagne et ils rapportaient de

3 l'argent à la maison à notre intention. Chaque fois que j'avais de

4 l'argent, elle en avait aussi. A ce moment-là, un litre d'essence coûtait

5 10 deutsche marks.

6 Q. Je vous remercie. Donc une fois qu'elle a cessé de travailler à

7 l'agence de voyage, parce qu'elle était empêchée de continuer son activité

8 professionnelle, n'est-ce pas, est-ce que c'est vous qui avez subvenu à ses

9 besoins ?

10 R. Oui, bien sûr. J'ai subvenu à ses besoins. Je l'aurais fait jusqu'à ma

11 mort.

12 Q. Je vous remercie. Vivait-elle avec vous dans la même maison, sous le

13 même toit, sous votre protection ?

14 R. Bien sûr. Elle vivait dans ma maison où elle avait sa propre chambre.

15 Elle aimait beaucoup mes enfants. C'était ma sur cadette. Je l'aimais

16 beaucoup.

17 Q. S'occupait-elle de vos enfants pendant les mois et les semaines qui ont

18 précédé sa disparition ?

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Balaj --

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, elle l'a fait, tout le temps. Je

21 travaillais toute la journée, quant à elle, elle s'occupait de mes enfants.

22 Elle leur achetait des vêtements. Bien sûr, l'argent venait de moi mais

23 c'est elle qui s'occupait des enfants, de la maison. Nous étions un frère

24 et une sur. Nous n'avions pas de secret l'un pour l'autre. Son argent

25 était le mien et mon argent était le sien. Nous étions une famille unie,

26 une maisonnée. Je ferai tout ce que je peux pour découvrir ce qui lui est

27 arrivé. Je continuerai jusqu'à ma mort.

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Balaj, je vous ai déjà demandé,

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1 lorsque vous déposez, de regarder éventuellement du côté de M. Di Fazio, du

2 côté des Juges de la Chambre, sans chercher à établir le moindre contact

3 visuel avec d'autres personnes dans ce prétoire. J'aimerais vous rappeler

4 que je vous l'ai déjà demandé, mais cela vous semble un peu difficile,

5 semble-t-il.

6 Veuillez poursuivre.

7 M. DI FAZIO : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Excusez-moi, je vous présente mes excuses,

9 Monsieur le Président. Je me suis un peu calmé maintenant, mais pendant

10 neuf ans j'ai contenu cette rage à l'intérieur de moi. Maintenant, suite au

11 3 juillet, jour où j'ai enterré ma sur, pour moi c'était un peu comme un

12 mariage parce que je l'ai ramenée à la maison. Je l'ai ramenée auprès de ma

13 mère et de mon père. Donc aujourd'hui je suis beaucoup plus calme que je ne

14 l'étais à l'époque. Il y a quelque temps, j'aurais été incapable de

15 témoigner, de faire une déposition devant vous. Aujourd'hui, j'en suis

16 capable. Et je ne voudrais pas qu'un innocent soit impliqué dans tout cela,

17 car je ne souhaite pas qu'une famille, quelle qu'elle soit, soit

18 discréditée et salie. Je viens d'une famille qui est une bonne famille,

19 honorable et respectable et je ne permettrai à personne de salir ma

20 famille, notre famille.

21 M. DI FAZIO : [interprétation]

22 Q. Merci beaucoup. Vous parliez à l'instant de la période qui a précédé

23 immédiatement sa disparition. Vous avez dit qu'elle résidait sous votre

24 toit, sous votre protection, qu'elle s'occupait de vos enfants et que de

25 temps en temps elle leur achetait des cadeaux. Est-ce ce qu'elle faisait au

26 cours des semaines et des mois qui ont précédé sa disparition ?

27 R. Oui, exactement. Elle vaquait à diverses occupations dans la maison.

28 Elle aidait mon épouse aux tâches ménagères, à la cuisine. A cette époque-

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1 là, plusieurs personnes résidaient dans notre maison. Elle aidait ces

2 personnes aussi. Il était assez difficile de se procurer des vivres. Elle

3 allait à Malisheve chercher à manger. Elle rapportait des vivres pour nous,

4 mais aussi pour tous les habitants du village. Tout le village lui était

5 très reconnaissant. Elle aimait beaucoup mes enfants.

6 Q. Ces tâches domestiques l'ont occupée jusqu'à la date de sa disparition

7 ?

8 R. Oui. Elle a continué à faire ce genre de choses jusqu'au jour de sa

9 disparition. Elle souhaitait disposer d'un téléphone portable qui lui

10 aurait permis de se faire un peu d'argent. Car il y avait pas mal de monde

11 dans le village et dans les environs qui souhaitaient pouvoir communiquer

12 avec des gens à l'étranger et c'est comme cela que tout a commencé. Elle

13 m'a demandé l'argent que je lui ai donné. Mais cela a conduit au pire, car

14 elle a été volée et son cadavre n'a pas pu être retrouvé pendant neuf ans.

15 Q. Merci.

16 M. DI FAZIO : [interprétation] Monsieur le Président, je n'ai plus de

17 questions à poser à ce témoin, mais le témoin aimerait beaucoup montrer aux

18 Juges de la Chambre quatre photographies de l'inhumation de sa sur. Je le

19 sais, il me l'a dit. Donc je me demandais si les Juges accepteraient de

20 voir ces photographies où l'on voit le corps de sa sur. Je ne pense pas

21 que cela prendra beaucoup de temps.

22 [La Chambre de première instance se concerte]

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Des objections du côté de la Défense ?

24 Les Juges comprennent bien que cette requête n'a que peu de rapport

25 avec l'aspect probant des éléments qui lui seront montrés, mais tout de

26 même.

27 Monsieur Balaj, la Chambre croit comprendre que vous souhaitez que

28 les Juges voient quelques photographies qui pourraient être placées sous le

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1 rétroprojecteur. La Chambre vous autorise donc à montrer ces photographies

2 de l'enterrement de votre sur.

3 Je crois comprendre également qu'il n'est pas nécessaire de donner

4 une cote à ces documents. La mention sera faite au compte rendu d'audience

5 que ces photographies ont été vues par les Juges.

6 Un technicien peut-il peut-être intervenir pour faire fonctionner le

7 rétroprojecteur. Merci à la régie.

8 Monsieur, vous pourrez peut-être nous dire qui l'on voit sur ces

9 photographies ?

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Ici, on voit mon fils qui avait

11 8 ans -- non, excusez-moi, 5 ans à cette époque-là. Il a entre les mains la

12 photographie de sa tante et il est en larmes. A côté de lui, c'est ma fille

13 qui lit un texte dont le sujet est sa propre vie. Puis, on voit un

14 villageois qui lit une pétition rédigée par de nombreux habitants du

15 village et qui donne lecture aussi de télégrammes venus de la diaspora et

16 d'amis qui habitaient dans plusieurs pays du monde, Etats-Unis et Pays-Bas

17 notamment, puisque j'ai travaillé plusieurs années aux Pays-Bas.

18 Tout cela s'est passé le 3 juillet 2007. Puis on voit aussi sur cette

19 photographie d'autres enfants et les couronnes de fleurs.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Madame l'Huissière, vous pouvez

21 peut-être maintenant placer sur le rétroprojecteur la photographie

22 suivante.

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Ici on voit mes amis et les membres de ma

24 famille qui prient pour ma sur durant cette cérémonie.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Troisième photographie.

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Ici on voit les centaines de personnes qui ont

27 participé à l'enterrement. Ce sont des gens qui s'efforcent de salir ma

28 famille sans y parvenir.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Enfin, quatrième photographie.

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Voilà l'endroit où gît ma bien-aimée sur,

3 entre la tombe de mon père et de ma mère. C'est donc l'endroit où se trouve

4 sa tombe.

5 Je vous remercie, Monsieur le Président, Messieurs les Juges, d'avoir

6 accepté de voir ces photographies.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Monsieur le Président.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous comprenons à quel point la

10 situation est émouvante et affectivement chargée pour vous. Comme vous

11 l'avez sûrement remarqué, la Chambre n'a levé absolument aucune objection

12 par rapport à votre requête. Elle y a accédé avec un grand plaisir. Dans le

13 même temps, je vous demanderais maintenant de vous concentrer sur les

14 questions qui vont vous être posées par le conseil de la Défense, Monsieur

15 Balaj.

16 Maître Emmerson, c'est à vous.

17 M. EMMERSON : [interprétation] J'ai dit clairement, Monsieur le Président,

18 que je n'avais pas l'intention de poser de questions à ce témoin. Je

19 maintiens cette position, mais j'aimerais m'exprimer quelques instants au

20 sujet du compte rendu d'audience, si vous m'y autorisez.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Est-ce que le témoin peut garder

22 ses écouteurs ?

23 M. EMMERSON : [interprétation] Je suis à votre disposition, Monsieur le

24 Président.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pour être tout à fait sûr, je

26 préférerais que le témoin enlève ses écouteurs.

27 Monsieur, pourriez-vous enlever vos écouteurs une seconde ?

28 M. EMMERSON : [interprétation] Voici, Monsieur le Président, quelle est la

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1 situation. Vous avez le premier évoqué le fait que le témoin a cherché à

2 établir un contact visuel. Je pense que c'était à la page 26 du compte

3 rendu d'audience.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

5 M. EMMERSON : [interprétation] Ligne 4. Je voulais simplement pour le

6 compte rendu d'audience faire enregistrer les observations suivantes, à

7 savoir qu'à partir de l'endroit où je suis assis, j'ai vu que le témoin

8 jetait des regards un peu partout autour de lui dans le prétoire, car page

9 25, ligne 2 du compte rendu d'audience, il se soit posé une question par M.

10 Di Fazio qui porte sur la raison pour laquelle il se rendait à Gllogjan.

11 Puis page 27, lignes 7 à 13, il répond à cette question en faisant une

12 référence à Ramush.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Après quoi M. Di Fazio demande ce que

14 Ramush --

15 M. EMMERSON : [interprétation] Oui. La question précise était la suivante :

16 "s'agissait-il de Ramush Haradinaj ?" Le témoin a répondu en regardant

17 autour de lui dans le prétoire : "Que voulez-vous dire ?"

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, je suis au courant. Je suis au

19 courant aussi que M. Haradinaj a fait un geste en même temps --

20 M. EMMERSON : [interprétation] Qui, je crois, permettait de l'identifier

21 lui-même comme étant la personne à laquelle --

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, oui.

23 M. EMMERSON : [interprétation] -- était --

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je comprends le contexte. Le contexte

25 est clair. Mais vous comprendrez aussi.

26 M. EMMERSON : [interprétation] Je comprends tout à fait.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Tout est clair à présent.

28 Le témoin peut remettre ses écouteurs.

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1 LE TÉMOIN : [Le témoin se conforme]

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Balaj, des questions vont

3 maintenant vous être posées par Me Guy-Smith, qui est le conseil de la

4 Défense de M. Balaj.

5 Veuillez poursuivre, Maître Guy-Smith.

6 M. GUY-SMITH : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

7 Contre-interrogatoire par M. Guy-Smith :

8 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur.

9 R. Oui. Oui. Bonjour.

10 Q. J'aimerais tenter de faire mieux comprendre un certain nombre de choses

11 qui ont été évoquées dans votre déposition jusqu'à présent ici même

12 aujourd'hui. Je commencerai par le moment où vous avez appris la

13 disparition de votre sur. C'est votre cousin qui vous en a informé, n'est-

14 ce pas ?

15 R. Deux membres de ma famille, Hamdi et Hazir m'ont appris la nouvelle.

16 Ils étaient avec elle, ils m'ont donc appris la nouvelle, après quoi j'ai

17 essayé de la retrouver, de découvrir où elle se trouvait.

18 Q. Je comprends. Lorsque vous avez parlé à ces deux membres de votre

19 famille Hamdi et Hazir, ils vont dit --

20 R. J'ai parlé avec eux dans l'après-midi. Est-ce qu'il était

21 2 heures, 3 heures ou 4 heures de l'après-midi, je ne me souviens pas

22 exactement. A ce moment-là, je ne faisais pas particulièrement attention à

23 l'heure. J'ai perdu le sens du temps.

24 Q. Je comprends. Ce n'était pas l'heure qui m'intéressait

25 particulièrement. Ce qui m'intéressait, c'était le renseignement qu'ils

26 vont ont donné. Quand vous avez parlé avec ces deux membres de votre

27 famille, ils vous ont dit qu'ils avaient eux-mêmes communiqué avec Mete

28 Krasniqi, qui leur avait dit que votre sur était allée à Strellc, c'était

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1 un mensonge, n'est-ce pas ? Et par ces mots, je veux dire que Mete Krasniqi

2 avait menti.

3 R. Oui. Oui. Mete Krasniqi leur a dit que ma sur était partie pour

4 Strellc. En fait, c'est Cufe Krasniqi qui leur avait dit cela. Ils n'ont

5 pas rencontré Mete Krasniqi, mais Cufe Krasniqi. Ils étaient allés se

6 renseigner pour savoir qui l'avait interrogée. On leur a dit que c'était

7 Cufe Krasniqi, et c'est ainsi qu'ils ont appris qu'elle était censée s'être

8 rendue à Strellc. Enfin, maintenant, je ne suis plus très sûr. En tout cas,

9 quelqu'un leur a dit que ma sur était allée à Strellc. Je les ai

10 rencontrés à Strellc, tout près de ma maison. J'étais chez un cousin. Ils

11 m'ont dit qu'ils se sentaient très mal au sujet de ce qui s'était passé, et

12 ils m'ont donné les nouvelles. J'étais en colère. J'ai dit : "Mais pourquoi

13 ? Pourquoi est-ce que vous avez laissé cela se faire ? Pourquoi est-ce que

14 vous n'êtes pas allés avec elle ?" Mais tout cela ne servait à rien.

15 J'ai ouvert la portière de ma voiture et je leur ai dit de montrer. Nous

16 sommes allés à Gani Gjukaj, ensuite nous avons poursuivi notre chemin

17 jusqu'à Baran.

18 Q. J'aimerais que vous écoutiez attentivement les questions que je vous

19 pose. Peut-être que je vais un peu trop vite pour vous. D'accord ?

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Avant de poursuivre, j'aimerais demander

21 l'aide des techniciens. Le système qui permet au texte du compte rendu

22 d'audience de défiler sur les écrans semble se bloquer de temps en temps,

23 même assez souvent. Je l'ai d'abord remarqué sur les écrans de mes

24 collègues, maintenant cela se produit également sur le mien. Maintenant,

25 tout va bien.

26 Veuillez procéder, Maître Guy-Smith.

27 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je suis en train d'essayer de faire un test

28 avec mon écran.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Si vous ménagez une pause entre les

2 questions et les réponses, le système finit par fonctionner, mais ce n'est

3 pas régulier.

4 M. GUY-SMITH : [interprétation] D'accord.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Enfin, ce n'est pas tout à fait parfait.

6 M. GUY-SMITH : [interprétation] D'accord.

7 Q. Cufe Krasniqi, c'est un membre de la famille de Mete Krasniqi, n'est-ce

8 pas ?

9 R. Oui.

10 Q. Avni Krasniqi est le frère de Mete Krasniqi, n'est-ce pas ?

11 R. Oui.

12 Q. Iber Krasniqi est un autre membre de la famille ?

13 R. C'est leur cousin. C'est le cousin de Mete, de Cufe et d'Avni, mais il

14 est plus proche de Mete et d'Avni que de Cufe.

15 Q. Lorsque vous avez entendu la nouvelle au sujet de votre sur, vous avez

16 été très ébranlé. Vous avez déjà dit dans votre déposition que vous avez

17 été très ébranlé, parce que je cite : "Je ne leur devais rien." Alors,

18 voici ma question.

19 Lorsque vous leur avez dit que vous ne leur deviez rien, est-ce que cela

20 signifie que vous n'aviez aucune dette à leur égard et que c'est cela qui a

21 provoqué la surprise chez vous, parce qu'il n'y avait aucune dette entre

22 votre famille et leurs familles à ce moment-là.

23 R. Je n'avais aucune dette à leur égard ni en numéraire ni autrement. Ils

24 constituaient une espèce de milice qui n'était commandé par personne. Leur

25 seul objectif était de piller et de voler.

26 Q. Quand vous dites qu'ils étaient "une espèce de milice qui n'était

27 commandée par personne, dont le seul objectif était de piller et de voler,"

28 vous parlez de Mete Krasniqi, Avni Krasniqi et Iber Krasniqi, n'est-ce pas

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1 ?

2 R. C'est évident, parce que Mete les a arrêtés. Avni et Iber sont allés

3 voir Cufe Krasniqi qui avait interrogé ma sur, et Idriz Gashi, surnommé

4 Galani, se trouvait là. Donc c'était un commandement qui ne méritait pas

5 d'être appelé un commandement, parce que quand on a un commandant, un

6 officier qui interroge quelqu'un, il ne doit permette à personne d'être

7 présent dans la même pièce et d'écouter ce qui se passe.

8 On connaît bien le nom d'Idriz Gashi, bien, Idriz Gashi est resté

9 très longtemps dans ce bureau. C'est ce qui a été dit publiquement lors du

10 procès qui a eu lieu à Peje. Il a été dit que Avni et Iber ne cessaient

11 d'entrer et de sortir de la pièce, alors que Galani et Idriz Gashi

12 restaient dans la pièce tout le temps et qu'il a vu l'argent. C'est la

13 raison pour laquelle le meurtre a eu lieu, à cause de l'argent.

14 Q. Vous venez de prononcer le nom de Galani qu'on connaît également sous

15 le nom d'Idriz Gashi. Alors, je vais vous poser une question très simple

16 qui est la suivante : savez-vous quelle était la relation entre Idriz Gashi

17 et la famille Tahiraj ?

18 R. Je n'ai pas entendu parler d'une famille Tahiraj. Je ne connais que les

19 Krasniqi. Galani faisait partie de leur état-major et il n'y est pas resté

20 très longtemps, mais on l'a vu dans le QG de Mete Krasniqi qui se trouvait

21 dans la maison de Mete Krasniqi.

22 Q. J'aimerais que nous reparlions de la première fois où des membres de

23 votre famille sont allés au domicile de Mete Krasniqi pour essayer de

24 résoudre le problème qui se posait.

25 R. Bien, nous sommes allés chez Mete et chez Din, parce que c'est la même

26 famille. Ce sont des gens qui sont cousins germains. Mete est celui qui est

27 à l'origine de l'arrestation de ma sur, ensuite les autres ont repris les

28 choses entre leurs mains. Mete était parti quand les autres ont pris la

Page 8690

1 relève. Elle n'avait rien à voir avec ce qui s'est passé par la suite.

2 Q. Ma question suivante est la suivante : lorsque vous êtes allé au

3 domicile de Mete accompagné de membres de votre famille - et dites-moi si

4 je me trompe - j'ai cru comprendre que vous étiez allé chez Mete pour

5 tenter de résoudre le problème que posait la disparition de voter sur dans

6 le cadre de l'application du "kanun" de Dukagjini, n'est-ce pas ?

7 R. Exact. C'est la raison pour laquelle nous sommes allés là-bas, pour

8 résoudre le problème lié à ma sur.

9 Q. Et lorsque vous êtes allés là-bas pour résoudre ce problème, vous y

10 êtes allé avec des villageois, parce que d'après les règles du "kanun"

11 c'est dans ces conditions que de tels problèmes doivent être résolus,

12 n'est-ce pas ? Vous avez emmené avec vous des villageois d'un certain âge

13 de façon à ce qu'ils déterminent quelle était la meilleure façon d'agir,

14 n'est-ce pas ?

15 R. Oui, nous y sommes tous allés ensemble avec des cousins à moi, et nous

16 nous sommes mis d'accord sur le fait qu'une personne allait nous

17 représenter tous. Donc qu'il n'y aurait qu'une seule personne qui parlerait

18 et que les autres se contenteraient d'écouter en silence. C'est ce que

19 prescrit le "kanun" dans de telles circonstances.

20 Q. Au moment où Avni se cachait et où Mete n'était pas encore présent,

21 donc dans les premiers moments de la rencontre, il y n'a eu aucun accord

22 entre votre famille et la famille Krasniqi au sujet du problème posé par

23 votre sur, n'est-ce pas ? Je parle de la première rencontre.

24 R. C'est exact. Nous avons rencontré Din Krasniqi qui est cousin germain

25 de Mete, et nous lui avons fait savoir ce sur quoi nous nous étions

26 entendus, à savoir qu'une personne parmi nous, une personne âgée, Shaqir

27 Balaj, allait faire connaître notre position à tous, aller dire ce que nous

28 pensions de Mete Krasniqi. Une date limite a été fixée qui était située 24

Page 8691

1 heures plus tard - c'est ce que prévoit le "kanun" - pour la découverte du

2 cadavre de ma sur, car nous étions sûrs que ma sur était morte.

3 Q. Quand vous dites "ce que prescrit le "kanun" - ce que prescrit le

4 "kanun" dans de telles circonstances - c'est que Mete Krasniqi était

5 responsable de ramener votre sur, vivante ou morte, dans un délai de 24

6 heures. Dans le cas contraire, cela impliquait une dette à l'égard de votre

7 famille, n'est-ce pas ?

8 R. Exact. Il était obligé d'agir ainsi, car il savait ce qu'avait fait son

9 frère, il savait qu'il travaillait avec Galani. Il travaillait lui-même

10 avec Galani, comme ses frères. Il faisait partie de la police militaire,

11 c'était le commandant. Ils s'adressaient les uns aux autres en s'appelant

12 commandant.

13 Q. La deuxième fois que les familles se sont rencontrées, je crois que

14 vous avez dit qu'il y avait 50 hommes dans l'oda, et c'est à ce moment-là

15 que l'imam est arrivé et c'était l'imam Gashi, n'est-ce pas ?

16 R. Non. C'était Mullah Llukmani, l'imam Mullah Llukmani. Il était hoxha,

17 en tout cas il remplissait les fonctions de hoxha.

18 Q. D'accord. Sur l'une des photographies que vous nous avez montrées,

19 c'est l'un des hommes qui étaient présents à l'enterrement, n'est-ce pas ?

20 R. Non, c'était l'imam de Gllogjan - le hoxha de Gllogjan.

21 Q. Lorsque l'imam est arrivé accompagné de Mete Krasniqi pendant cette

22 rencontre qui a constitué la deuxième tentative de résolution du problème

23 dans l'application du "kanun" de Lek Dukagjini, c'est bien ce "kanun" que

24 vous appliquiez, n'est-ce pas ?

25 R. Oui, c'est exact. Il n'a pas eu le courage de venir tout seul. Il a

26 choisi l'imam. Il a pris mon cousin germain, Ramadan Gashi, puis un autre

27 cousin à moi et un ami, ainsi que quelqu'un qui était natif du village, un

28 ami à moi. Ils étaient tous ensemble. Quand un groupe arrive ensemble,

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1 quels que soient les griefs que l'on peut avoir à l'égard des uns ou des

2 autres, on est censés recevoir ces personnes comme des hôtes, quelles que

3 soient les circonstances.

4 Q. Ce qui s'est passé durant cette deuxième rencontre, est-il permis de le

5 décrire en disant que vous vous êtes tous réunis pour essayer de résoudre

6 le problème lié au sort de votre sur afin de déterminer les

7 responsabilités de déterminer qui devait payer, quelle dette, à qui; c'est

8 bien cela ? C'était une tentative allant dans ce sens ?

9 R. Nous étions déjà sur place. Il y avait des postes de contrôle. Il y en

10 avait deux autour du village d'un côté et de l'autre à 200 mètres du bout

11 du village. Mete Krasniqi est arrivé. Il y a 31 familles, 31 maisons qui

12 appartiennent à la famille Balaj. Et parmi nous il y avait aussi bien des

13 personnes âgées que des jeunes. Bien entendu, les jeunes n'ont pas ouvert

14 la bouche, parce qu'une personne était censée être le porte-parole de toute

15 la famille Balaj. C'est donc lui qui a commencé à converser avec Mete. Il a

16 dit : "Pourquoi es-tu venu ?" Il a dit ça à Mete. Et Mete a répondu : "Je

17 suis venu pour m'exonérer de toute culpabilité. Ma seule faute c'est de

18 l'avoir arrêtée, mais je n'ai rien d'autre à voir avec sa disparition."

19 Q. Et Mete a dit aussi qu'il ne pouvait pas garantir --

20 R. Il a dit cela en présence de toutes les autres personnes, en présence

21 de l'iman, de Ramadan Gashi, de Zeqir Gjoci. Il a dit : "Je jure

22 personnellement devant vous tous que je n'ai rien à voir avec sa mort. Je

23 ne peux pas jurer pour mon frère parce que lui porte une tache." En fait,

24 le tribunal a déterminé que c'était vrai car il était présent. Il a été

25 présent jusqu'au dernier moment, jusqu'à son dernier souffle. Et c'est ce

26 qui a été prouvé durant le procès.

27 Q. Donc ma question est la suivante : à ce moment-là, il a dit qu'il ne

28 pouvait pas jurer pour son frère Avni Krasniqi et qu'il ne pouvait pas non

Page 8693

1 plus jurer de la responsabilité d'Idriz Gashi, connu également sous le

2 surnom de Galani. Il ne voulait pas dire que ces deux hommes n'étaient pas

3 responsables.

4 R. Il a dit qu'ils étaient responsables.

5 Q. Je vois.

6 R. Il ne voulait s'engager, c'est-à-dire il ne pouvait jurer que vis-à-vis

7 de sa propre responsabilité à lui.

8 Q. Au cours du procès, vous nous avez dit que la personne âgée a déclaré :

9 "Si vous ne ramenez pas son cadavre, vous nous devez deux corps." C'est

10 bien cela ?

11 R. C'est exact. C'est ce qu'il a dit au nom de l'ensemble d'entre nous, au

12 nom des jeunes comme des vieux. Il a dit : "Vous devez ramener le corps

13 vivant ou mort. Mete a dit : "Je ne peux pas ramener son cadavre, parce

14 qu'il a été déplacé de l'endroit où il a été enterré à l'origine." Et la

15 personne âgée qui nous représentait a dit : "Où est-elle ?" Et la réponse a

16 été : "Je ne sais pas." Il a été dit également que Galani avait forcé son

17 frère Iber Krasniqi. Il a prononcé le nom de Togeri à ce moment-là, a

18 déplacé le corps par rapport à l'endroit où il avait été enterré au départ.

19 Je ne sais plus où il a dit qu'on l'avait emmené.

20 Q. Je comprends. Ma question maintenant est la suivante : encore une fois,

21 lorsque cette déclaration a été faite, à savoir que le cadavre ne pouvait

22 être rendu et que si le cadavre n'était pas rendu la dette concernerait

23 deux corps, donc, encore une fois, tout ceci c'est l'application de la loi

24 du "kanun," n'est-ce pas ?

25 R. Oui, c'est ce qui a été dit et on en est resté là. Il ne pouvait pas

26 restituer le corps. La personne qui a tué ma sur a été identifiée. Il

27 s'agit d'Idriz Gashi, surnommé Galani, commandant fantoche qui n'était sous

28 les ordres de personne et qui se désignait lui-même sous le nom de

Page 8694

1 "commandant de Lugu i Drinit, et il est en train de servir une peine de

2 prison à Peje.

3 Q. Est-ce que la dette de deux cadavres a été remboursée aux termes du

4 "kanun" ?

5 R. Non, elle n'a pas été remboursée. Le criminel est maintenant en

6 liberté. Mais tôt ou tard, la dette sera remboursée. Si elle n'est pas

7 remboursée par ses frères, elle le sera par son neveu ou sa nièce qui la

8 pleurent encore aujourd'hui. Un moment viendra où ils rembourseront cette

9 dette.

10 Q. Mais vous êtes assis ici aujourd'hui et est-ce que vous savez si Mete

11 Krasniqi est vivant ou mort ?

12 R. J'ai entendu dire qu'il était mort.

13 Q. Vous avez pris contact avec la MINUK en 1998 et vous avez parlé aux

14 représentants de la MINUK des renseignements dont vous disposiez au sujet

15 de --

16 R. Je n'ai rencontré personne. En 1998 ? Non, pas en 1998. La MINUK

17 n'était pas là en 1998.

18 Q. J'aimerais vous donner lecture de quelque chose qui pourrait vous

19 rafraîchir la mémoire quant au fait que vous avez rencontré des

20 représentants de la MINUK au QG régional de Peja, le

21 28 septembre, -- excusez-moi, effectivement c'est en 2002. Toutes mes

22 excuses.

23 R. Ça, c'est exact.

24 Q. Durant cette rencontre vous avez parlé de la disparition de votre sur

25 et du fait que son cadavre avait été déplacé. Et voici ce que vous leur

26 avez dit.

27 R. C'est exact.

28 Q. "Je déclare que le 12 août 1998, ma sur Sanije Balaj s'est rendue vers

Page 8695

1 Peja, qui est connue sous le nom de Sanije Balaj. Le jour-même, elle a été

2 arrêtée par Mete, Kadri, Avni Krasniqi du village et --

3 L'INTERPRÈTE : Les interprètes demandent au Président de demander au témoin

4 d'attendre que la question soit posée avant de donner sa réponse.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Témoin, voulez-vous bien

6 attendre que la question soit posée avant de répondre. Vous avez tendance

7 fréquemment à donner une réponse après que la moitié de la question ait été

8 posée seulement. Ce qui pose problème pour les interprètes, parce qu'il y a

9 plusieurs personnes qui parlent en même temps. Donc voulez-vous bien

10 attendre que Me Guy-Smith ait posé la question avant de nous donner votre

11 réponse.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, je le ferai.

13 M. DI FAZIO : [interprétation] Monsieur le Président, je voudrais une

14 précision. Il s'agit de quelle déclaration pour être

15 sûr ?

16 M. GUY-SMITH : [interprétation] C'est une déclaration reçue de la part de

17 l'Accusation et j'ai une référence qui donne R0629065.

18 M. DI FAZIO : [interprétation] Merci. Mais est-ce que je pourrais avoir une

19 date ?

20 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je l'ai dit dès le début. C'est le 28

21 septembre 2002.

22 M. DI FAZIO : [interprétation] C'est la déclaration des représentants de la

23 MINUK, n'est-ce pas ?

24 M. GUY-SMITH : [interprétation] Oui, c'est cela.

25 Q. Vous avez dit également à ce moment-là, en 2002 que : "Elle a été

26 relâchée et elle s'est rendue toute seule vers le village de Kodadiq chez

27 son neveu."

28 R. Kodradiqi.

Page 8696

1 Q. Merci de la correction. "Avni, Kadri Krasniqi ainsi qu'Idriz Gashi

2 l'ont arrêtée de nouveau et l'ont amenée à la forêt de Vranoc, près du

3 village de Vranoc qui se trouve à la colline portant le nom de Lug e

4 Shabanit [phon] et c'est là où ils l'ont exécutée."

5 R. C'est une erreur. C'était Lugu. C'étaient Ibra et Avni qui l'on emmenée

6 de façon amicale. Enfin, au moins c'est ce que m'a dit Cufe. Je n'y étais

7 pas. Je ne le sais pas.

8 Q. D'accord. Ma question est la suivante, Monsieur : vous poursuivez dans

9 cette déclaration en disant : "D'après ce que nous avons découvert, elle

10 est restée enterrée là pendant deux jours. Après cela, Hysen Ukaj et Ahmet

11 Ukaj du village de Vranoc e Vogel ont cédé à la pression d'Idriz Gashi et

12 d'Avni Krasniqi et ont exhumé le corps. Jusqu'à maintenant nous n'en savons

13 rien en ce qui concerne l'endroit où elle aurait été enterrée et où se

14 trouve sa dépouille." Est-ce que correct ?

15 R. Je l'ai mentionné et c'est comme cela que cela s'est passé. Il y avait

16 deux témoins, Ahmet et Hysen Ukaj. Cela a été mentionné lors du procès de

17 Peje, le 17 mai. Ahmet Ukaj et Durim Hasanaj, un jeune garçon qui a vu par

18 hasard les deux soldats, mais il n'a pas donné les noms. Ils se sont rendus

19 à Lugu i Isufit dans une Golf rouge et c'est une Golf rouge numéro II.

20 Q. Monsieur, vous avez eu une autre rencontre avec la MINUK, à savoir le 2

21 octobre 2002.

22 R. Oui.

23 Q. A cette occasion, lors de cette rencontre, vous leur avez dit, et je

24 cite : "Conformément à l'enquête que j'ai menée, ces personnes ont tué ma

25 sur." Et les personnes à qui vous faites référence étaient Mete, Avni et

26 Idriz Gashi. Vous poursuivez, et je cite : "Le 15 août, ils l'ont enterrée.

27 Ensuite ils l'ont déterrée. Idriz Gashi, Avri, pardon Avni Vranoci --

28 Krasniqi l'a fait le

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1 15 août, et deux autres personnes, Hysen Ukaj et Ahmet Ukaj, du village de

2 Vranoc, y ont participé et on ne sait pas où se trouve le cadavre."

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Guy-Smith, c'est la deuxième fois

4 que vous posez une question de la même façon. Vous présentez une citation

5 au témoin et vous demandez "si c'est correct." Est-ce que vous êtes en

6 train de lui demander si c'est ce qu'il a dit à ce moment-là, ou autre

7 chose ?

8 M. GUY-SMITH : [interprétation] Excusez-moi, Monsieur le Président, je vais

9 préciser.

10 Q. C'est ce que vous avez dit à ce moment-là ? C'est ce que vous avez dit

11 aux représentants de la MINUK ? Vous avez dit que c'étaient les quatre

12 personnes qui étaient impliquées dans le déplacement du corps de votre

13 sur, n'est-ce pas ?

14 R. C'est correct. A ce moment-là, je ne connaissais pas Galani. Je

15 connaissais Mete Krasniqi, Iber et Avni, qui avaient arrêté ma sur, et je

16 leur ai demandé à eux de me dire où elle se trouvait. Mais ils ont voulu

17 faire porter la responsabilité à d'autres. C'est pour ça qu'ils ont

18 mentionné d'autres noms. Je ne les connaissais pas ni Galani ni les autres,

19 mais je connaissais d'autres personnes qui ont collaboré avec eux, qui

20 étaient avec eux. Je ne sais pas pendant combien de temps, peu de temps ou

21 longtemps. Cela ne m'intéressait pas à l'époque. Et maintenant ils ont

22 témoigné devant le tribunal de Peje.

23 Q. Je comprends. Le 15 octobre 2002, vous avez parlé avec les

24 représentants du bureau du Procureur, entre autres, avec Ole Lehtinen, un

25 enquêteur, et vous lui avez raconté ce qui s'est produit lors du procès où

26 il y avait présence de l'imam et vous avez dit la chose suivante, et je

27 cite :

28 "Après cela, il y avait toujours des rumeurs comme quoi, par exemple, il y

Page 8698

1 avait une femme qui était enterrée à la montagne de Vranoc, à Lugu i

2 Isufit, près d'un puit. Je m'y suis rendu avec quelques amis et nous avons

3 trouvé un endroit où on avait remué le sol. Et tout aux alentours, j'avais

4 trouvé des papiers qui, je savais, appartenaient à Sanije. J'ai remué le

5 sol, mais très clairement, j'ai vu qu'il n'y avait plus de cadavre. J'ai

6 totalement perdu le contrôle et j'ai quitté l'endroit. En descendant de la

7 montagne, j'ai rencontré un jeune berger qui a vu que j'étais très remué.

8 Il m'a demandé ce que j'avais. Je lui ai dit que ma sur avait été tuée là.

9 Le garçon m'avait dit qu'un cadavre avait été enterré à l'endroit. Il avait

10 vu Avni Krasniqi, le commandant Galani, et je sais que c'est le surnom

11 d'Idriz Gashi. Donc il les avait vus en train de forcer deux soldats à

12 déterrer le cadavre qui, ensuite, a été transporté dans une 4X4. Avni et

13 Galani avaient menacé les deux soldats. Il leur avait dit qu'ils devaient

14 faire disparaître le corps. Je ne sais pas comment s'appelle le berger.

15 J'étais tellement affecté à l'époque. Je pense qu'il avait 13 ans, 14 ans

16 environ. Le berger m'avait dit que les deux soldats venaient du village de

17 Vranoc, et que leur nom de famille était Ukaj."

18 Lorsque vous l'avez dit au représentant du bureau du Procureur en octobre

19 2002, c'était vrai, n'est-ce pas ? C'est bien ce que vous leur avez dit ?

20 R. Oui, c'est vrai. Et ils l'ont dit ouvertement devant le tribunal. Même

21 le jeune garçon qui avait 8 ans à l'époque, il a maintenant 16 ans, lui

22 comme d'autres, ils ont témoigné devant le tribunal de Peje. Ils l'ont dit

23 aussi au procureur. Ils ont raconté ce qu'ils ont vu. Il y avait quatre

24 témoins.

25 Il y a avait quelqu'un avec Idriz Gashi. Ils ont également dit que le jeune

26 garçon s'occupait du bétail. Il était très dérangé. Il est rentré chez lui,

27 il a raconté à sa mère ce qu'il a vu et lorsque son père est venu, Zymer

28 Hasanaj, c'est la mère, donc l'épouse qui a raconté --

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1 Q. Vous avez témoigné, vous avez dit dans votre témoignage tout à l'heure

2 que quelques personnes vous auraient dit en 2002, et je vous cite :

3 "Lorsqu'on m'a demandé, des personnes au tribunal m'ont montré des

4 informations le concernant et en disant : 'Il a tué, il a tué ta sur.'

5 J'ai dit : 'Non, non, Togeri n'a pas tué ma sur.'"

6 R. Oui, oui. C'est bien ce que j'ai dit.

7 Q. Voilà ma question : lorsque vous parlez des gens, des personnes au

8 tribunal, est-ce que vous parlez du procès en 2002 qui impliquait Idriz

9 Balaj, et c'est lorsque vous l'avez vu que des personnes vous ont dit qu'il

10 avait tué votre soeur ?

11 R. C'est ce que j'ai toujours dit lorsqu'on m'a posé la question. A chaque

12 fois que l'Accusation m'a demandé, j'ai toujours dit : Idriz Balaj n'a pas

13 tué ma sur. J'ai trouvé le coupable, mais ils ont sali le nom d'Idriz

14 Balaj. C'est Avni Krasniqi et Iber Krasniqi. Je n'ai jamais dit qu'Idriz

15 Balaj l'ait fait. Même récemment, à Prishtine, lorsqu'on m'a posé des

16 questions, on m'a demandé s'il avait tué ma sur, j'ai dit non. Pendant le

17 procès contre Idriz Gashi, je l'avais dit. Cela a été dit par eux, mais je

18 ne le sais pas.

19 Q. Vous parlez de l'Accusation, vous dites "eux, ils l'ont mentionné."

20 Lorsque vous avez parlé avec l'Accusation aujourd'hui, est-ce qu'ils vous

21 ont demandé si Togeri ou Idriz Balaj avait tué votre soeur ?

22 R. Ils m'ont demandé, j'ai dit que non mais Mete et Avni ont dit cela. Ce

23 sont eux qui l'ont accusé, ce n'était pas moi. Jamais je n'ai accusé Idriz

24 Balaj d'avoir tué ma sur. Eux, ils l'ont accusé d'avoir éliminé son corps.

25 Pour ma part, je n'ai aucun doute. Mais Avni Krasniqi est toujours en vie.

26 On peut lui poser la question.

27 Q. Lorsque vous dites : "Ils l'ont accusé d'avoir éliminé le corps," ma

28 question en fait est la suivante : lorsque vous parliez aujourd'hui avec

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1 l'Accusation, est-ce que l'Accusation vous a suggéré que ça aurait été

2 Idriz Balaj qui aurait déplacé le corps ?

3 R. Ils ne l'ont pas suggéré. J'ai tout simplement dit que j'avais oublié

4 de le mentionner dans ma déclaration. Vous avez sous les yeux la

5 déclaration, ce qui a été dit par Avni Krasniqi lors du procès de Peje, et

6 c'est lui, Avni, ainsi que Mete, qui l'avait accusé d'avoir déplacé le

7 corps. Je n'en sais rien, moi. Ce sont eux qui le savent.

8 Q. En 2002, à trois occasions, deux fois en discutant avec des

9 représentants de la MINUK et une fois en discutant avec un représentant du

10 bureau du Procureur, vous n'avez jamais mentionné cette information, c'est-

11 à-dire que Mete Krasniqi ou quelqu'un d'autre aurait suggéré qu'Idriz Balaj

12 avait déplacé le cadavre de votre sur; est-ce exact ?

13 R. Je ne l'ai jamais mentionné. C'était Mete Krasniqi et son frère qui l'a

14 suggéré dans sa déclaration devant le tribunal de Peje le 17 mai. Je n'ai

15 jamais accusé Idriz Balaj. C'est lui qui l'avait accusé.

16 Q. Je --

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Témoin, je pense que vous

18 avez peut-être mal compris la question. Vous avez peut-être mal compris de

19 quoi il s'agit ici. Lorsque vous dites que Mete Krasniqi a accusé -- donc

20 ce n'est pas vous, mais c'est lui qui aurait accusé Idriz Balaj d'avoir été

21 impliqué, d'avoir déplacé le cadavre, Me Guy-Smith souhaite savoir

22 pourquoi vous ne l'avez pas dit en 2002 ? Pourquoi est-ce que vous ne

23 l'avez pas mentionné au moment où vous avez fait votre déclaration aux

24 représentants de la MINUK ?

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Cela ne m'est pas venu à l'esprit. J'étais

26 très affecté.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Me Guy-Smith.

28 M. GUY-SMITH : [interprétation]

Page 8701

1 Q. En ce concerne des informations que vous aurez reçues de la part de

2 Mete Krasniqi, concernant la disparition de votre sur, est-ce que ces

3 informations sont vraies ?

4 R. Je ne le sais pas. Je ne sais pas si c'était la vérité. Lorsqu'il m'a

5 fait ce qu'il m'a fait, il m'a envoyé pour aucune raison à Gllogjan. Qui

6 sait ce qu'il aurait pu faire ? Mais je ne le sais pas. Je vous ai dit ce

7 qu'il a dit. Son frère a dit la même chose, Avni Krasniqi. Il a fait une

8 déclaration. Que ce soit ici ou à Peje, je ne sais pas. Mais ce sont eux

9 qui l'ont dit. Je les ai accusés et eux ils ont accusé quelqu'un d'autre.

10 Donc qu'ils soient placés en face l'un de l'autre avec leurs différentes

11 accusations et ceci devant la justice. Pour ma part, je n'ai accusé

12 personne.

13 La dernière fois que j'étais à Prishtine, je n'ai accusé personne.

14 Lorsque l'Accusation m'a demandé s'il était impliqué dans la disparition de

15 ma sur, j'ai dit que non. Je parle de Togeri, bien sûr. Je ne l'ai jamais

16 vu. Cela ne m'intéressait pas de savoir qui il était, ce qu'il faisait.

17 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je vous remercie d'avoir répondu à mes

18 questions, et je vous prie d'accepter mes condoléances pour la disparition

19 de votre sur.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Harvey.

21 M. HARVEY : [interprétation] Je n'ai pas de questions, Monsieur le

22 Président.

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci. Merci beaucoup.

24 [La Chambre de première instance se concerte]

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Balaj, j'aimerais poser

26 quelques questions. C'est pour clarifier un certain nombre de choses.

27 Questions de la Cour :

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Au début de votre témoignage, vous avez

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1 expliqué que Sanije devait acheter des vivres pour les familles. Et vous

2 avez dit cela en réponse à une question qui vous a été posée, et la

3 question était de savoir si elle avait appartenu à l'UCK d'après ce que

4 vous saviez.

5 Est-ce que dans votre réponse, je dois comprendre que vous étiez en train

6 de dire qu'elle achetait des vivres en tant que membre de l'UCK ?

7 R. Elle n'était pas membre de l'UCK. Elle voulait porter l'uniforme. Je

8 lui ai donné mon fusil, le fusil que j'avais attaché avec mon propre argent

9 en Albanie. Mais elle voulait tellement porter l'uniforme, je lui ai donné

10 le fusil. Et lorsqu'elle est allée à Malisheve, elle a vu un groupe de

11 jeunes femmes. Elle s'est jointe à elles pour chanter l'hymne national,

12 plutôt l'hymne de l'UCK. Elle était donc avec ce groupe de jeunes filles.

13 Je ne l'ai pas vue. Je pense que cela a été enregistré sur vidéo, mais je

14 ne l'ai pas vue. Elle portait mon uniforme et elle portait mon fusil.

15 A ce moment-là, elle est allée acheter des vivres non pas pour l'UCK, mais

16 pour des gens du village. Elle achetait des cigarettes, en fait. Plutôt des

17 cigarettes qu'autres choses. Elle achetait autres choses avec l'argent que

18 les gens lui avaient donné. Les gens savaient qu'elle se déplaçait à Baran,

19 à Malisheve, et les gens savaient que Sanije avait de l'argent et nous

20 étions une bonne famille et ils lui ont demandé de leur rapporter des

21 choses.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

23 R. Notre famille a déjà travaillé à l'étranger, en Allemagne et ailleurs,

24 et nous avons de l'argent.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Donc d'après ce que vous dites,

26 j'ai compris que vous lui avez donné l'uniforme, vous lui avez donné le

27 fusil, fusil non pas parce que vous étiez membre de l'UCK ou est-ce que

28 j'ai mal compris ce que vous dites ?

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1 R. Non, je n'occupais aucune fonction. J'étais un soldat. Je voulais tout

2 simplement protéger ma maison. J'étais quelqu'un d'honnête, un villageois

3 honnête. J'étais honnête aux yeux de tout le monde, mes frères, tous les

4 membres de notre famille, les trentaines de foyers de la famille Balaj. Je

5 lui ai tout simplement donné l'uniforme pour qu'elle puisse le porter. Je

6 l'avais rapporté de l'Albanie. J'avais énormément d'expérience. J'aurais pu

7 être tué pendant ce temps-là. J'aurais pu être tué par les Serbes. Je pense

8 que j'avais le droit de lui donner mon uniforme si je le voulais.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] S'agissait-il d'un uniforme de l'UCK ou

10 avec des insignes de l'UCK ?

11 R. C'était un uniforme de l'armée albanaise. C'était un uniforme de

12 camouflage avec plusieurs couleurs, du vert et d'autres couleurs. Il y

13 avait une casquette aussi. Je crois que sur la casquette il y avait un

14 insigne de l'UCK. Il y en avait aussi sur la manche et sur la poitrine.

15 Quant à la casquette, elle était comme celles qui sont actuellement portées

16 par les policiers.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Lorsque je vous ai posé la question

18 tout à l'heure de savoir si vous occupiez une fonction au sein de l'UCK -

19 vous lui avez donné, bien sûr, l'uniforme de l'UCK et le fusil - ce que je

20 voulais savoir est la chose suivante : aviez-vous une compétence

21 quelconque, une autorisation à distribuer des armes ou des uniformes ? J'ai

22 compris, dans ce que vous avez dit dans votre témoignage ou dans une

23 déclaration préalable, que vous étiez impliqué dans l'obtention des armes

24 depuis l'Albanie. Ai-je bien compris ?

25 R. Oui. Je me rendais en Albanie pour me procurer des armes. J'ai essayé

26 de faire ma contribution. Ma propre vie ainsi que celle de ma famille

27 étaient ainsi mises en danger. Je voulais tout simplement protéger,

28 défendre le Kosovo -- ou défendre sa propre famille, sa patrie. Je voulais

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1 défendre la vie toute personne vivant au Kosovo. J'avais mon uniforme et

2 j'ai donné cet uniforme à ma sur.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Ai-je bien compris ? Est-ce que

4 cela veut dire qu'elle n'était jamais sous les ordres d'un quelconque

5 supérieur au sein de l'UCK ?

6 R. Non, elle n'était sous les ordres de personne. Elle était à la maison.

7 Il y avait une cinquantaine de personnes de la famille Selmani qui étaient

8 chez moi pendant six mois et elle les aidait. Elle aidait cette famille-là,

9 elle aidait notre famille, elle s'occupait d'eux. Pendant mon absence,

10 c'est elle qui protégeait tout le monde. J'aurais pu être tué lorsque je

11 donnais de l'aide à l'UCK pendant des combats. A ce moment-là, c'était elle

12 qui s'occupait des enfants. Les enfants à l'époque étaient très jeunes.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci. J'ai une autre demande de

14 clarification. Vous avez dit et je lis, vous parliez de Din Krasniqi à ce

15 moment-là et je lis : "Il savait qu'il travaillait avec Galani." Il faisait

16 référence à son frère Mete Krasniqi. "Lui-même ainsi que ses frères

17 travaillaient avec Galani. C'étaient des policiers militaires, des

18 commandants. Ils s'appelaient entre eux 'commandant'".

19 J'aimerais vous poser une question : est-ce que vous pouvez y

20 répondre précisément ? Qui exactement appelait qui "commandant" ?

21 R. Comme je l'ai dit tout à l'heure, tout le monde était commandant. Din

22 Krasniqi a été nommé commandant, je crois, nommé ou élu par son village. Il

23 a été nommé comme comandant du village, mais en ce qui concerne les autres,

24 personne ne les a nommés. Il n'y avait pas de commandant suprême. Comme je

25 l'ai déjà dit et je le redis : s'il avait été sous l'ordre de Tahir Zemaj

26 ou de Ramush ou de Nazif Ramabaja, ils n'auraient jamais pu faire ce qu'ils

27 ont fait. Tahir Zemaj, Nazif Ramabaja ou Ramush ne les auraient pas permis

28 de faire ce qu'ils ont fait à ma sur.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous avez également dit : "Ils étaient

2 policiers militaires." Lorsque vous dites "ils" pluriel, il s'agit de qui

3 exactement ?

4 M. GUY-SMITH : [interprétation] Excusez-moi, Monsieur le Président, juste

5 pour que je puisse avoir quelques éclaircissements. Est-ce que nous sommes

6 en train de parler de sa déposition ou est-ce que --

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] C'est à la page 55, on lit : "Lui-même

8 travaillait avec Galani et ses frères. Ils étaient la police militaire,"

9 c'est à la ligne 10.

10 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je vous remercie.

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien.

12 Pouvez-vous, s'il vous plaît, nous dire exactement de qui vous

13 parliez lorsque vous avez dit, je cite, "Ils étaient la police militaire,

14 ils étaient des commandants." Pourquoi vous avez compris qu'ils étaient la

15 police militaire ?

16 R. Eux-mêmes s'appelaient membres de la police militaire, parce que les

17 vrais policiers militaires ne faisaient rien de stupide comme eux l'en

18 faisaient. La police militaire se comportait correctement à l'égard de la

19 population.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Alors, vous voulez parler de Mete

21 Krasniqi à nouveau ou qui d'autre ?

22 R. Mete, Avni, Iber, ces personnes qui ont été mêlées au fait d'arrêter,

23 de tuer ma sur, en collaboration avec Galani. Je n'étais pas au courant en

24 ce qui concernait Galani. J'ai vu une photo de lui à Peje. Il portait des

25 vêtements noirs avec Mete Krasniqi et Vesel Dizdari. Ils étaient également

26 dans des costumes noirs. C'est alors que je les ai vus dans des vêtements

27 noirs. Lorsque j'ai rencontré moi-même Mete, il portait des vêtements

28 civils la première fois que je suis allé le voir. J'étais si en colère et

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1 si troublé que je ne fais pas attention aux vêtements, mais lorsque j'ai vu

2 la photographie dans la salle d'audience, la photographie a été montrée au

3 juge, au procureur et au conseil de la défense, j'ai vu Mete Krasnigi

4 portant un uniforme noir, Vesel Dizdari en uniforme noir, et Galani, Idriz

5 Gashi en uniforme noir. C'est à ce moment-là que je les ai vus.

6

7 Ils auraient pu avoir porté toutes sortes d'uniformes, des uniformes

8 noirs ou de camouflage, et ainsi de suite.

9 Nous avons des gens dans notre village qui avaient des uniformes

10 noirs, mais qui ne faisaient pas partie de la police militaire.

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie de votre réponse.

12 Un instant s'il vous plaît.

13 [La Chambre de première instance se concerte]

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vais vous demander de retirer vos

15 écouteurs, mais avant cela, dites-moi si vous comprenez l'anglais. Non ?

16 Vous comprenez l'anglais ? Non ? Monsieur Di Fazio.

17 M. DI FAZIO : [interprétation] Je ne crois pas qu'il comprenne l'anglais.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je voudrais évoquer la question suivante

19 : nous avons autorisé le témoin à montrer quelques photographies

20 d'obsèques. Le corps était couvert d'un drapeau rouge ou le cercueil était

21 couvert d'un drapeau rouge portant un aigle noir dessus. La Chambre, bien

22 qu'elle n'ait pas cherché à obtenir ces renseignements comme éléments de

23 preuve, néanmoins note que tout le monde n'est pas enterré avec un drapeau

24 -- où le cercueil est couvert d'un drapeau. La Chambre voudrait donner une

25 possibilité aux parties, si elles considèrent que ceci est pertinent, à

26 poser des questions à ce sujet et de l'aviser de ce que la Chambre a

27 observé afin qu'il y ait une pleine transparence dans nos observations.

28 Je ne sais pas maintenant si vous souhaitez demander des

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1 éclaircissements supplémentaires.

2 La Chambre pourrait poser une question d'office, mais en même temps,

3 elle ne le souhaite pas le faire à moins qu'on ait donné aux parties

4 d'examiner la possibilité de poser une question à ce sujet.

5 Non, je vois que du côté de la Défense, il ne semble pas y avoir de -

6 -

7 Monsieur Di Fazio.

8 M. DI FAZIO : [interprétation] Monsieur le Président, Messieurs les

9 Juges, pourriez-vous me donner un instant, s'il vous plaît.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

11 [Le conseil de l'Accusation se concerte]

12 M. DI FAZIO : [interprétation] J'aimerais bien poser quelques questions si

13 vous permettez.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous en prie.

15 Monsieur le Témoin, voulez-vous remettre, s'il vous plaît, vos

16 écouteurs ?

17 Et je voudrais vous demander de bien vouloir présenter la question avec

18 beaucoup de tact, disons, parce que c'est une question très sensible du

19 point de vue émotion.

20 M. DI FAZIO : [interprétation] Je comprends.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je peux imaginer qu'on pourrait poser

22 des questions sur quelles sont les habitudes ou, en tous les cas, essayer

23 de trouver un moyen très prudent.

24 M. DI FAZIO : [interprétation] Oui, oui, oui.

25 Contre-interrogatoire supplémentaire par M. Di Fazio :

26 Q. [interprétation] Témoin, Monsieur Balaj, vous nous avez montré, je

27 pense, précédemment, les photographies - quatre photos au total - des

28 obsèques de feue votre sur, au début de cette année, je crois, et je me

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1 demande si vous les avez encore.

2 Est-ce que je pourrais les revoir, s'il vous plaît.

3 R. Oui.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La première et/ou la troisième, mais pas

5 la deuxième et la quatrième.

6 M. DI FAZIO : [interprétation] Bien. Je ne parviens pas à me rappeler la

7 séquence, mais je crois que je sais de laquelle il s'agit.

8 Oui. Bien. Est-ce qu'on pourrait rendre ces deux-là au témoin, ces

9 deux-ci, et celle-ci aussi, donc les deux autres peuvent être mises de

10 côté.

11 Q. Alors, juste en ce qui concerne les deux photos que je vous montre

12 maintenant. On voit une partie des obsèques de votre sur. Vous voyez qu'il

13 y a là un drapeau. Comment et pourquoi ce drapeau est placé à cet endroit-

14 là ?

15 R. C'est notre drapeau national. Nous l'utilisons.

16 M. DI FAZIO : [interprétation] Je vous remercie.

17 Questions de la Cour :

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Est-ce que je comprends bien qu'il

19 était habituel d'utiliser le drapeau national lors d'obsèques pour couvrir

20 le corps de civils de façon générale ?

21 R. Non. Les personnes qui ont été tuées pendant la guerre ont été

22 ensevelies avec ce drapeau. Les personnes qui sont mortes de mort naturelle

23 n'ont pas ce drapeau sur leur - ce drapeau venait de la morgue. En fait,

24 c'était là que le corps de ma sur a été gardé, à Rahovec. Nous n'avons pas

25 mis ce drapeau sur le cercueil. Il venait de la morgue comme ça et c'est

26 comme ça que ma sur se trouvait là-bas.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie de cette réponse.

28 Est-il nécessaire de poser d'autres questions au témoin ?

Page 8710

1 Sinon, Monsieur Balaj, ceci donc conclut votre déposition d'aujourd'hui.

2 Bien sûr, la Chambre a remarqué que ceci vous a fait repensé à des

3 événements qui étaient très durs, émouvants. La Chambre souhaite vous

4 remercier d'être venu à La Haye pour répondre aux questions des deux

5 parties ainsi qu'aux questions des Juges de la Chambre. Nous souhaitons que

6 vous puissiez faire un bon voyage de retour chez vous. Nous vous souhaitons

7 un bon voyage de retour chez vous.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci beaucoup, Monsieur le Président,

9 Messieurs Les Juges. Vous savez ce qui concerne la justice. Vous êtes en

10 train de juger cette affaire et vous ferez éclater la vérité. Je vous

11 remercie beaucoup.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame l'Huissière, pourriez-vous, s'il

13 vous plaît, escorter le témoin hors de la salle d'audience.

14 [Le témoin se retire]

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] La Chambre a été informée du fait que le

16 prochain témoin qui est prévu souffre actuellement de problèmes médicaux et

17 il est prêt à comparaître à 18 heures 15 dans cette salle d'audience.

18 D'après les derniers renseignements que nous avons obtenus à 17 heures 31,

19 nous avons été informés du fait que le témoin était encore en train de

20 recevoir des soins médicaux. A

21 17 heures 36, nous avons été informés du fait qu'il pourrait être là à six

22 heures et quart.

23 Donc je considère qu'on fera comme il faut attention à l'état de

24 santé du témoin. Bien entendu, la Chambre elle-même vérifiera aussi cela,

25 mais en public il n'est peut-être pas possible de faire cela de façon

26 approfondie. Mais enfin, je comprends, Monsieur Di Fazio, qu'on fera bien

27 attention à ce témoin qui, pour des raisons médicales -- si, pour des

28 raisons médicales, il n'était pas en mesure de dépose, dans ce cas-là, il

Page 8711

1 ne faudrait pas qu'il entre dans la salle d'audience.

2 Mais sur la base de renseignements reçus, nous allons maintenant

3 suspendre la séance et --

4 Oui, Monsieur Di Fazio.

5 M. DI FAZIO : [interprétation] Je ne suis pas absolument sûr d'avoir

6 bien compris. Est-ce que vous-même, Monsieur le Président, et les Juges

7 invitent l'Accusation à s'assurer que le témoin est en mesure de --

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien --

9 M. DI FAZIO : [interprétation] En mesure dans, quelles soient les

10 circonstances, de commencer ce soir ?

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] J'ai lu à 17 heures 31 - et maintenant

12 je paraphrase le message - que pour autant que l'Accusation le sache, il

13 est encore à l'hôpital. Si ensuite, cinq minutes plus tard, je reçois --

14 nous sommes informés que le témoin peut être ici à six heures et quart pour

15 commencer sa déposition, la seule chose que je dis, c'est que compte tenu

16 des circonstances, bien sûr, il est important de vérifier, ne serait-ce que

17 pour vous-même, que le témoin que vous citez à comparaître est en état de

18 le faire et est dans un état de santé qui lui permette de déposer.

19 Je comprends que ces renseignements viennent, non seulement qu'il peut se

20 trouver en salle d'audience dans une demi-heure, mais également son état de

21 santé est suffisamment bon pour qu'il puisse comparaître.

22 M. DI FAZIO : [interprétation] Bien, je vais m'assurer de tout cela et

23 poser les questions nécessaires, et si pour une raison quelconque nous

24 avons des doutes quant à savoir s'il est à même de commencer aujourd'hui ou

25 de déposer demain, je vais m'assurer, je vais faire ne sorte que tout le

26 monde soit avisé immédiatement.

27 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

28 Alors maintenant, nous allons suspendre la séance et je crois que --

Page 8712

1 M. GUY-SMITH : [interprétation] Non, non, ça va très bien.

2 M. Di Fazio et moi-même, nous nous sommes entretenus à ce sujet au début de

3 l'après-midi et c'est moi qui avais suggéré que, à moins que ceci ne cause

4 une fatigue trop grande pour --

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui --

6 M. GUY-SMITH : [interprétation] Quelqu'un qui souffre d'un état de santé

7 qui --

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Ces renseignements ont été reçus par la

9 Chambre. Bien, disons, sur la base de ce que l'on sait pour les questions

10 médicales, ceci n'indique pas nécessairement que le témoin pourrait être en

11 mesure à un moment de déposer. En même temps, s'il est en mesure de le

12 faire, il faut quand même faire preuve de précautions supplémentaires.

13 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je vous remercie pour ces renseignements.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Nous levons la séance jusqu'à six

15 heures et quart.

16 --- L'audience est suspendue à 17 heures 44.

17 --- L'audience est reprise à 18 heures 22.

18 [Le témoin vient à la barre]

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, mettez les écouteurs. Veuillez vous

20 asseoir un instant, s'il vous plaît, Monsieur le Témoin. Je demande que

21 l'on aille d'abord en audience à huis clos partiel, s'il vous plaît.

22 M. LE GREFFIER : [interprétation] Monsieur le Président, nous sommes en

23 audience à huis clos partiel.

24 [Audience à huis clos partiel]

25 (expurgé)

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17 (expurgé)

18 (expurgé)

19 [Audience publique]

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Avant que vous ne commenciez l'autre

21 déposition, notre Règlement, Monsieur Hasanaj, exige que vous disiez --

22 vous faites une déclaration selon laquelle vous direz la vérité, toute la

23 vérité et rien que la vérité. Je vais vous demander de vous lever. Le texte

24 de la déclaration solennelle va vous être présenté par l'huissier et je

25 vous invite à faire cette déclaration solennelle.

26 Monsieur l'Huissier, remettez-le au témoin.

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

28 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

Page 8714

1 LE TÉMOIN: ZYMER HASANAJ [Assermenté]

2 [Le témoin répond par l'interprète]

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur Hasanaj.

4 Veuillez vous asseoir.

5 Vous allez d'abord être interrogé par M. Re, qui est conseil pour

6 l'Accusation.

7 Monsieur Re, c'est à vous.

8 Interrogatoire principal par M. Re :

9 M. RE : [interprétation] Bonjour, Monsieur Hasanaj.

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

11 Q. Je vais vous poser quelques questions. Je vais vous montrer

12 une déclaration ainsi qu'une carte -- non, excusez-moi, deux cartes.

13 Pour commencer, votre nom est bien Zymer Hasanaj ?

14 R. Oui.

15 Q. Et votre date de naissance c'est bien le 16 juin 1952 ?

16 R. Oui.

17 Q. Vous êtes né à Vranoc e Vogel à Degan ?

18 R. Oui.

19 Q. Vous êtes un Albanais du Kosovo ?

20 R. Oui.

21 Q. Quelle est maintenant votre profession ?

22 R. Maintenant, je suis chauffeur de taxi.

23 Q. Où cela ?

24 R. A Degan.

25 Q. Je vais maintenant vous montrer une déclaration qui est en anglais et

26 en albanais. Vous l'avez signée aujourd'hui, mais je vais vous poser

27 quelques questions concernant cette déclaration.

28 M. RE : [interprétation] Il s'agit de la pièce que je demande que l'on

Page 8715

1 présente au témoin. Voici une copie papier. Il s'agit de la pièce 2068 de

2 liste 65 ter, et il y est annexée une carte qu'on appellera l'annexe A.

3 Je ne suis pas sûr que la Défense ait en fait reçu l'annexe, à savoir

4 la carte qui porte un "X" que le témoin a apposé à côté de certains

5 villages. Est-ce que j'ai bien raison ?

6 M. EMMERSON : [interprétation] Je pense que nous l'avons annexée à une

7 déclaration antérieure, pas le document 92 ter sur la question.

8 M. RE : [interprétation]

9 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, regarder cette déclaration, Monsieur

10 Hasanaj.

11 Ceci était bien la déclaration que vous avez signée ce matin, Monsieur

12 Hasanaj ?

13 R. Oui.

14 Q. Est-ce bien votre signature qu'on peut lire sur ce texte et ce

15 texte correspond-il à votre déclaration ?

16 R. Oui. Oui.

17 Q. Ce texte dit-il bien ce que vous diriez aux Juges si des

18 questions vous étaient posées sur les mêmes sujets aujourd'hui ? Si moi-

19 même ou l'un quelconque des juristes dans cette salle vous posait des

20 questions sur les même sujets aujourd'hui, les réponses de votre part

21 correspondraient-elles à ce qu'on peut lire dans ce texte ?

22 R. Oui.

23 M. RE : [interprétation] Sur cette base, Monsieur le Président, je

24 demande le versement au dossier de la déclaration du témoin.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Greffier, pourriez-

26 vous accorder une cote à cette déclaration.

27 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce P923,

28 Monsieur le Président.

Page 8716

1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Y a-t-il des objections ? Non ? Ce

2 document est donc versé au dossier.

3 Monsieur Re, vous avez demandé au témoin de décliner son identité.

4 Avec le témoin précédent, la chose n'a pas été faite. Je crois comprendre

5 que l'identité du témoin précédent avait été établie sur la base du fait

6 qu'il a confirmé avoir signé la première page de la déclaration écrite qui

7 lui a été soumise, même si la question précise de savoir s'il était la

8 personne dont le nom apparaissait sur le document ne lui a pas été posée.

9 Si la Défense pense que ce que je viens de dire ne correspond pas à

10 la réalité, j'aimerais le savoir maintenant plutôt que d'avoir à demander

11 au témoin de revenir dans le prétoire.

12 Monsieur Re, nous venons de parler du témoin précédent pendant

13 quelques instants. Ceci n'avait rien à voir avec le témoin qui est assis

14 actuellement sur la chaise des témoins. Veuillez procéder.

15 M. RE : [interprétation]

16 Q. J'aimerais vous demander quelques questions de précision compte

17 tenu de ce qu'on peut lire dans la déclaration écrite que vous avez entre

18 les mains.

19 Pourriez-vous, je vous prie, vous rendre au paragraphe 2 du texte -

20 non, excusez-moi. Est-ce qu'il importe, Monsieur le Président, que je donne

21 lecture à haute voix du résumé de la déposition du témoin qui compte une

22 page à peu près, que j'ai établi --

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Le témoin sait-il comment les

24 choses fonctionnent ? Dans le cas contraire, je vais lui donner quelques

25 brèves explications de ce qui va se passer maintenant.

26 M. RE : [interprétation] J'aurais grand plaisir à vous laisser faire

27 cela, Monsieur le Président.

28 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Hasanaj, puisqu'il n'est

Page 8717

1 pas nécessaire que vous répétiez toutes les réponses que vous avez déjà

2 faites par le passé et qui ont déjà été consignées par écrit, mais qu'il

3 faut que le public sache quelle est la teneur de votre déposition, M. Re va

4 donner lecture d'un bref résumé de ce qui figure dans votre déclaration

5 écrite de façon à ce que le public soit informé de ce que vous avez dit

6 dans votre déposition. Pour le moment, il vous est demandé d'écouter et un

7 peu plus tard M. Re aura des questions complémentaires à vous poser.

8 Monsieur Re, est-ce que la Défense a reçu un exemplaire des résumés ?

9 Pas d'objections du côté de la Défense ? Vous pouvez procéder.

10 M. RE : [interprétation] Le témoin est originaire de Vranoc e Vogel,

11 municipalité de Degan. Depuis le mois de mars 1998, son village ainsi que

12 sept ou huit autres villages dans les environs, ont commencé à s'organiser

13 pour suivre l'évolution de la situation. Ces personnes se considèrent comme

14 membres de l'UCK et ont reçu des armes et un équipement militaire portant

15 les insignes de l'UCK.

16 Un peu après l'attaque serbe du 29 mai 1998, les villageois ont été

17 envoyés via Gllogjan pour obtenir des armes en provenance d'Albanie.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Re, vous hésitez. Je me

19 demandais pourquoi.

20 M. RE : [interprétation] J'attendais simplement que l'interprète

21 française ait rattrapé.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] D'accord. Vous pouvez poursuivre.

23 M. RE : [interprétation] Ramush Haradinaj est venu à Vranoc à

24 plusieurs reprises. A la mi-avril 1998, il y est venu pour annoncer la

25 nomination de Din Krasniqi au poste de commandant de la région de Lugu i

26 Baran qui intégre 25 villages environ, y compris Vranoc.

27 Les gens ont accepté l'expression suivante : "Dieu au ciel, Ramush

28 sur terre," ce qui signifie qu'il avait un pouvoir important.

Page 8718

1 Les forces serbes ont attaqué le 29 mai 1998. Elles se sont retirées

2 du village aux environs de 18 heures. Elles ont attaqué également le même

3 jour Prilep, Carabreg et Strellc. Et ce qu'il est convenu d'appeler "une

4 zone libre" a vu le jour dans la vallée de Dukagjini. Donc dans cette

5 vallée, il n'y avait pas de forces serbes, qu'il s'agisse de la police ou

6 de l'armée, sauf lors des offensives serbes telles qui celle qui a eu lieu

7 contre mon village le 29 mai. Le témoin pouvait donc se déplacer entre

8 Vranoc et Gllogjan sans rencontrer de soldat serbe ou d'officier de police

9 serbe.

10 Le témoin s'est rendu à Gllogjan pour rencontrer Ramush Haradinaj après

11 l'attaque du 29 mai. Il cherchait de l'aide. Ramush Haradinaj est arrivé

12 ensuite à Vranoc pour voir s'ils avaient suffisamment de matériel. Le jour

13 de l'assassinat de Sanije Balaj en août 1998, le jeune fils du témoin qui

14 avait 8 ans lui a dit que lui-même et deux de ses amis s'étaient trouvés

15 près d'une source à Lugu i Isufit et avaient vu deux hommes en train de

16 faire sortir de force une femme d'une voiture. Les hommes ont crié aux

17 jeunes garçons de partir, ce qu'ils ont fait, après quoi ils ont entendu

18 trois coups de feu. Le témoin s'est rendu sur place en compagnie de son

19 fils et d'Ahmet Ukaj et Hysen Ukaj. Ils se sont rendus sur les lieux. Alors

20 qu'ils étaient sur place, quelqu'un leur a dit de s'arrêter et ils ont vu

21 un homme qui portait un couvre-chef avec le symbole de l'UCK accroupi sur

22 le sol.

23 Ahmet Ukaj a dit plus tard qu'Idriz Gashi et Avni Krasniqi se

24 trouvaient là. Ahmet Ukaj lui a dit que Galani avait tué une femme à cet

25 endroit et que Galani l'avait menacé, lui, donc Ahmet Ukaj, en lui

26 enjoignant de n'en parler à personne. Le témoin a rendu compte de

27 l'incident à Din Krasniqi, dans la soirée, Din Krasniqi étant le commandant

28 de la région, et lui a dit d'en parler au commandant à Baran, c'est-à-dire

Page 8719

1 Nazif Ramabaja.

2 Voilà. C'est la fin du résumé de la déposition du témoin que l'on peut

3 trouver dans le document 92 ter.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Re, j'ai le paragraphe 15 de la

5 déclaration en ce moment sur mon écran. Je ne sais pas à quoi cela est dû,

6 mais j'ai remarqué que dans le texte en anglais, en tout cas, il est

7 question d'une troisième personne qui fait une déclaration. Si vous

8 regardez la deuxième ligne du paragraphe 15, elle ne se lit pas comme suit

9 : "Je ne sais rien," mais "Il ne sait rien," ce qui est assez

10 extraordinaire dans une déclaration de témoin.

11 M. RE : [interprétation] Oui.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Est-ce que c'est l'original qui est

13 exact ou est-ce qu'il y a une erreur de traduction ? Est-ce qu'à cet

14 endroit le témoin parle de Toger, ce qui me surprendrait, pour le moins ?

15 M. RE : [interprétation] Non, non, c'est simplement une erreur.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Une simple erreur. D'accord.

17 M. RE : [interprétation] Elle a été corrigée au moment où la déclaration a

18 été recueillie. Je pense que quelqu'un a écrit "il" en parlant du témoin.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

20 M. RE : [interprétation] C'est corrigé. La version qui a été saisie dans le

21 système du prétoire électronique doit donc se lire comme suit : "Je ne sais

22 rien de leurs activités." Et il faut que la signature du témoin figure à

23 côté de cette correction.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. La Chambre n'a aucune possibilité

25 de se mêler de la saisie des documents dans le système du prétoire

26 électronique. Elle s'appuie sur des exemplaires papier. Quoi qu'il en soit,

27 la correction est donc faite. Le problème est résolu.

28 Veuillez procéder, Monsieur Re.

Page 8720

1 M. RE : [interprétation]

2 Q. Pourriez-vous nous rendre au paragraphe 2 de votre déclaration écrite,

3 je vous prie, Monsieur Hasanaj. Dans cette déclaration, vous dites que vous

4 vous considériez comme membre de l'UCK, mais que vous n'aviez pas de

5 commandant en bonne et due forme.

6 Ma question est la suivante : pourquoi est-ce que vous vous

7 considériez membre de l'UCK ?

8 R. En tant que membre de l'UCK et représentant de Vranoc e Vogel, qui est

9 un petit village, j'étais en fait responsable avant tout de questions de

10 plusieurs genres, c'est-à-dire notamment de l'approvisionnement en vivres,

11 de la surveillance du terrain pour remarquer une attaque éventuelle, auquel

12 cas il fallait organiser l'évacuation de la population.

13 Q. Monsieur Hasanaj, comment est-ce que vous êtes entré dans les rangs de

14 l'UCK officiellement ?

15 R. Je suis devenu membre de l'UCK au moment où Lugu i Baranit faisait

16 partie de la commune de Peje. A Vranoc e Vogel, nous étions tout près et

17 lorsque Gllogjan a été attaqué nous avons eu peur d'être attaqués aussi.

18 Nous ne nous sentions plus en sécurité dans notre village, donc nous nous

19 sommes réunis tous ensemble dans une pièce pour attendre l'arrivée

20 éventuelle des forces serbes.

21 Q. Quand êtes-vous officiellement devenu membre de l'UCK ?

22 R. Je ne me rappelle pas la date exacte. Je sais que c'était un jour de la

23 mi-avril. Je suis fier d'avoir été membre de l'UCK.

24 Q. Y avait-il un commandant, quelqu'un qui commandait toutes ces personnes

25 qui se considéraient membres de l'UCK au mois

26 d'avril 1998 dans votre village ?

27 R. Nous n'avions pas de commandant à ce moment-là, mais il y avait

28 quelqu'un qui avait la possibilité de contacter pas mal de monde, donc de

Page 8721

1 servir de représentants, d'une certaine façon. C'est dans ces termes que je

2 le qualifierais.

3 Q. Au paragraphe 4, vous parlez de Ramush Haradinaj qui arrive à Vranoc à

4 plusieurs reprises, y compris pour annoncer la nomination de Din Krasniqi

5 au poste de commandant de la région de Lugu i Baran. Connaissiez-vous

6 personnellement Ramush Haradinaj ?

7 R. Je connaissais personnellement Ramush Haradinaj. Après l'attaque contre

8 Vranoc, ce n'est pas Ramush Haradinaj qui a nommé Din Krasniqi à son poste.

9 Il a été choisi et élu à ce poste par la population. C'est après

10 l'offensive contre Gllogjan que Ramush Haradinaj a commencé à être connu et

11 j'indique que cette offensive a fait pas mal de victimes.

12 Q. Pourriez-vous me donner la date de l'offensive contre Gllogjan ?

13 R. Je ne suis pas sûr de la date, mais dans la communauté de Degan on

14 parle de la première offensive. En tout cas, ce sont les termes qu'on

15 utilisait quand on parlait de l'attaque contre Gllogjan.

16 Q. Est-ce que cela s'est passé avant l'offensive serbe du 29 contre votre

17 village ? L'offensive du 29 mai ?

18 R. Le 29 mai, c'est nous qu'ils ont attaqués à 5 heures du matin.

19 Q. Je vous demandais si Ramush Haradinaj a commencé à être connu avant

20 l'attaque de votre village et si oui, combien de temps avant ?

21 R. Ramush Haradinaj n'était pas connu avant l'attaque de Gllogjan. En tout

22 cas, je ne le connaissais pas ni personnellement, je ne connaissais même

23 pas son nom.

24 Q. Pour que tout le monde comprenne bien ce que vous appelez l'offensive

25 contre Gllogjan, pourriez-vous dire plus en détail aux Juges de la Chambre

26 ce qui s'est passé pendant l'offensive contre Gllogjan, ce dont vous parlez

27 exactement.

28 R. D'après ce que j'ai entendu - parce que je n'étais pas sur les lieux -

Page 8722

1 pendant l'offensive de Gllogjan le village a été attaqué. Tout le monde a

2 entendu parler de l'importance des forces en présence. Trois personnes ont

3 été tuées ce jour-là. D'autres ont fui vers d'autres villages, je ne sais

4 pas où exactement. Mais tout ce que je dis se fonde uniquement sur de

5 l'ouï-dire, parce que je n'étais pas présent sur les lieux. Je n'ai pas vu

6 les choses de mes yeux.

7 Q. Au paragraphe 5, vous mentionnez une expression : "Dieu au ciel, Ramush

8 sur terre," ce par quoi vous voulez dire qu'il avait un pouvoir important.

9 Puis plus loin, vous dites : "Personne n'était supérieur à lui."

10 J'aimerais que vous disiez aux Juges de la Chambre ce que vous

11 entendez exactement par les mots "personne n'était supérieur à Ramush."

12 R. J'ai dit cela, parce que chaque fois qu'il y avait une attaque serbe et

13 tant que l'UCK ne s'était pas engagée dans la guerre, on entendait parler

14 de Ramush Haradinaj, mais c'est moi qui ait créé cette expression, "Dieu au

15 ciel, et Ramush sur terre."

16 Q. Qu'entendez-vous exactement par "personne n'était supérieur à lui" ?

17 R. Ce que je pensais, c'est qu'il était très difficile de résister à

18 l'ennemi. Je savais combien il était difficile de résister. En fait, la

19 résistance a été très limitée.

20 Q. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris votre réponse. Ce que je vous

21 demande, c'est ce que vous entendez par l'expression "personne n'était

22 supérieure à lui." Qu'est-ce que vous voulez dire lorsque vous parlez de la

23 supériorité par rapport à Ramush ?

24 R. Quand il a commencé à être connu, je ne sais pas comment ça a été

25 interprété. Mais c'est moi personnellement qui l'ai décrit dans ces termes.

26 J'exprimais mon avis personnel.

27 Q. Mais c'est ce que je vous demande. Quel était exactement votre avis ?

28 Qu'est-ce que vous vouliez dire quand vous parliez de sa supériorité ?

Page 8723

1 R. Il était dieu à l'époque, et il est toujours dieu aujourd'hui. Il est

2 aimé par les gens. Il est extrêmement estimé par la population albanaise.

3 Si vous me permettez de poursuivre, parce que j'aimerais continuer en

4 vous rappelant l'existence d'un adage qui est le

5 suivant : "Les enfants mangent les fruits qu'ils cueillent sur les arbres,

6 et ce sont les parents qui ont les dents cariées."

7 L'INTERPRÈTE : Note des interprètes de cabine albanaise. Cela peut vouloir

8 dire que ce sont les parents qui souffrent en raison des actes commis par

9 leurs enfants.

10 M. RE : [interprétation]

11 Q. Très bien. Dans le même paragraphe, vous dites que "Ramush se

12 comportait toujours comme un simple soldat et qu'il était toujours aux

13 avant-postes avec les gens qui étaient assis autour de lui."

14 Alors, je vous demande ce que vous entendez exactement par là.

15 Qu'entendez-vous exactement par il était toujours aux avant-postes avec des

16 gens assis autour de lui en cercle ?

17 R. Selon les coutumes et les habitudes albanaises, toute personne

18 extérieure au village se voit offrir une place de choix quand on s'assied

19 tous ensemble.

20 Q. Veuillez, je vous prie, décrire l'intensité de l'attaque qui a eu lieu

21 le 29 mai contre votre village de la part des forces serbes et la réaction

22 de l'UCK.

23 R. Le 29 mai à 5 heures du matin, nous avons entendu des tirs. Ils étaient

24 arrivés - quand je dis "ils," je veux parler de forces d'infanterie - et se

25 sont mis à tirer. Ce jour-là, il n'y avait qu'un seul garde en patrouille,

26 et ce garde n'a pas vu arriver les forces. Donc ensuite, ils sont arrivés

27 avec des pièces d'artillerie, nous n'avons pas pu riposter, parce que quand

28 on les a vus avec leurs chars, leurs blindés transport de troupes, leurs

Page 8724

1 engins lourds, nous, dans le village, nous nous sommes rendu compte que

2 notre village était une cible très facile pour ces forces. Je parle de

3 notre village de Vranoc e Vogel.

4 Il y avait une forêt pas loin de là. Dès les premiers coups de feu,

5 la population a commencé à sortir de chez elles pour se rendre dans

6 d'autres villages, Maznik et d'autres villages environnants. Je parle de

7 ceux qui pouvaient s'enfuir. Parce que certains ont été brûlés, il y a eu

8 des gens qui ont été carbonisés. Trois corps, en fait. L'un de ces corps

9 était celui de quelqu'un qui a été tué par des tirs provenant d'un char.

10 Pas loin de Lugu i Isufit. Cet homme s'appelait Emir Ukaj, celui qui a été

11 tué.

12 Q. Combien d'hommes y avait-il du côté serbe et combien du côté de

13 l'UCK au cours des affrontements de ce jour-là, à peu près ?

14 R. Du côté serbe, on ne les a pas comptés. On a simplement vu qu'ils

15 disposaient de pièces d'artillerie très nombreuses. Quant à nous, nous

16 étions très peu nombreux. Nous ne pouvions rien faire. Nous ne pouvions pas

17 leur résister.

18 Q. Pourquoi les Serbes se sont-ils retirés aux environs de

19 18 heures ce jour-là ?

20 R. Je ne sais pas pourquoi. Ils ont mis le feu au village. Plus de la

21 moitié des maisons du village ont été affectées. Ils ont tué des gens,

22 comme je l'ai déjà dit. Ils ont tué des bêtes aussi. Ils ont détruit tout

23 ce qu'ils pouvaient détruire. Je l'ai déjà dit. Quatre personnes ont été

24 brûlées.

25 Q. Dans votre déclaration écrite au paragraphe 15, vous parlez d'Idriz

26 Balaj et de Toger comme étant une seule et même personne. Connaissiez-vous

27 Idriz Balaj en 1998, Idriz Balaj dit Toger ?

28 R. Non, non.

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1 Q. Saviez-vous s'il était venu dans votre village à quelque moment que ce

2 soit ?

3 R. Non.

4 M. RE : [interprétation] Je demanderais que l'on soumette au témoin la

5 pièce P10, grâce au prétoire électronique.

6 Q. Pendant que nous attendons l'affichage de ce document sur les écrans,

7 je vous indique, Monsieur, que je vais vous montrer une carte géographique,

8 et que je vous demanderais d'apposer un certain nombre d'annotations sur

9 cette carte, en montrant où se trouve Lugu i Isufit.

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Re.

11 M. RE : [interprétation] Oui.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Si un témoin déclare savoir qu'une

13 personne à laquelle deux noms sont donnés est une seule et même personne et

14 qu'ensuite plus loin dans sa déposition il déclare ne pas connaître cette

15 personne, est-ce que ce ne serait pas une bonne idée d'établir le fondement

16 qui lui a permis de conclure qu'il s'agissait d'une seule et même personne

17 ?

18 M. RE : [interprétation] Si ça peut aider la Chambre --

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Dans le cas contraire, je ne

20 pourrais pas savoir ce que sait le témoin.

21 M. RE : [interprétation] D'accord.

22 Monsieur Hasanaj, comment savez-vous que Toger et Idriz Balaj ne font

23 qu'une seule et même personne ?

24 R. Les gens le disaient, parce qu'à l'époque il y avait pas mal de gens

25 désignés par des pseudonymes et la population connaissait ces hommes par

26 leurs pseudonymes. J'ai même entendu cela après la guerre. Quand il a été

27 mis en prison pour la première fois, tout le monde savait de qui il

28 s'agissait. C'est pourquoi j'ai dit qu'Idriz Balaj et Togeri était une

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1 seule et même personne.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

3 La carte est maintenant sur les écrans. Je suppose, Monsieur Re, que

4 vous savez faire fonctionner l'agrandissement et le rapetissement de

5 l'image et que vous savez qu'une fois que le témoin a commencé à annoter la

6 carte, il n'est plus possible de l'agrandir ou de la rapetisser.

7 M. RE : [interprétation] Nous avons obtenu la dimension comme nous

8 souhaitions.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

10 M. RE : [interprétation] Est-ce que vous voyez Vranoc e Vogel sur la carte

11 et Dashinoc vers le coin supérieur droit, en descendant un peu vers le

12 milieu ?

13 R. Entre Dashinoc et Vranoc, on voit Vranoc e Vogel.

14 Q. Est-ce que vous situez sur la carte Lugu i Isufit ?

15 R. Oui. Lugu i Isufit est ici.

16 M. RE : [interprétation] Bien. Est-ce que nous disposons de marqueurs de

17 couleur rouge ? Oui ?

18 Q. Veuillez prendre ce marqueur et inscrire une croix, une croix de grande

19 taille, à cet endroit.

20 R. Oui. C'est ici.

21 Q. En fait, vous avez inscrit la croix juste en dessous de Dashinoc [comme

22 interprété]. Mais est-ce que cela ne se trouve pas un peu au-dessus de la

23 route ou est-ce que je me trompe ?

24 R. Je ne retrouve plus l'endroit.

25 Q. Est-ce que vous voyez Zarki Pojas ?

26 R. Non, je n'arrive plus à situer Zarki Pojas.

27 Q. Si vous descendez un peu par rapport à l'endroit où vous avez inscrit

28 la Croix-Rouge, vous trouverez peut-être ce lieu.

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1 R. Je ne vois pas très bien, en fait. Ce ne serait pas ici à peu près ?

2 C'est entre Dashinoc et Vranoc. C'était une entreprise coopérative agricole

3 qu'on appelait aussi Zarki Pojas. C'est là que se trouve Lugu i Isufit.

4 Q. D'accord. Alors, si vous partez de Zarki Pojas --

5 R. Oui, oui, oui. Je l'ai trouvé. Oui, c'est là. C'est là que sont les

6 deux endroits, Zarki Pojas et Lugu i Isufit. Est-ce que je peux annoter ?

7 Q. Est-ce qu'on pourrait recevoir un exemplaire vierge de façon à ce que

8 le témoin refasse l'exercice ?

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Mais pour moi, c'est une façon de

10 se débarrasser d'un exemplaire annoté. Je ne sais pas si vous pouvez

11 supprimer toutes les annotations d'un coup.

12 M. RE : [interprétation] Dans ce cas-là, il faudrait effacer simplement et

13 demander au témoin d'inscrire une deuxième croix. Je pense que ce serait

14 bon pour le compte-rendu d'audience.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Il faudrait faire réafficher

16 l'exemplaire vierge de la carte sur les écrans.

17 Est-ce que vous pourriez maintenant annoter l'endroit --

18 LE TÉMOIN :[Le témoin s'exécute]

19 M. RE : [interprétation] Merci. Peut-être pourrait-on donner une cote

20 à ce document.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, Monsieur le Greffier, quelle

22 est la cote de ce document ?

23 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce P924,

24 Monsieur le Président.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] S'il n'y a pas d'objection, le

26 document est versé au dossier.

27 Monsieur Re, je regarde l'horloge. Je pense qu'il faut lever

28 l'audience pour aujourd'hui.

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1 M. RE : [interprétation] Je crois avoir terminé, mais je vous le

2 ferai savoir de façon définitive demain matin. Pour le moment, je crois

3 avoir terminé.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien.

5 Monsieur Hasanaj, nous avons terminé notre audience d'aujourd'hui.

6 vous êtes donc attendu demain à 14 heures 15 dans le même prétoire pour la

7 suite des questions qui vous seront posées.

8 J'aurais une question à vous poser, Monsieur Re. Est-ce que je suis

9 bien au clair de la situation, à 18 heures 15 j'ai reçu la dernière version

10 de la déclaration 92 ter du témoin - je veux parler de la version corrigée

11 de sa déclaration - dites-moi si je me trompe si je dis que la Chambre ne

12 l'avait pas reçue avant.

13 Je me demandais quel était le sens exact du langage qui nous a été

14 indiqué tout à l'heure, celui selon lequel les parents ont à souffrir des

15 actes de leurs enfants. Cela pourrait également s'appliquer à des personnes

16 qui profitent de ce qui constitue un fardeau pour d'autres. Ceux qui

17 profitent pourraient être des dirigeants et ceux qui portent le fardeau, le

18 peuple, comme on avait les parents et les enfants.

19 Je me demandais si quelqu'un, ou les interprètes peut-être,

20 pourraient trouver le sens exact de ce dicton, ce qui aiderait très

21 certainement la Chambre.

22 Nous suspendons jusqu'à 14 heures 15, 2 octobre.

23 --- L'audience est levée à 19 heures 03 et reprendra le mardi 2

24 octobre 2007, 14 heures 15.

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