Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le lundi 9 octobre 2006

2 [Audience publique]

3 [L'accusé est introduit dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 14 heures 18.

5 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Bonjour encore à tout le monde. Encore

6 une fois, je m'excuse auprès de tout le monde. J'ai eu quelques problèmes.

7 Je suppose que l'Accusation aimerait s'occuper de maintenance avant

8 de faire rentrer le témoin.

9 M. WHITING : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

10 Première chose, d'après la décision de chaque Chambre de première instance

11 du 30 septembre 2006, nous, le bureau du Procureur, sommes censés répondre

12 d'ici mercredi aux écritures déposées concernant le témoignage de Milan

13 Babic. Je voudrais encore une fois qu'on demande, le conseil de la Défense

14 ici, ils ont dit qu'ils sont d'accord, on prolonge un peu ce délai jusqu'à

15 lundi 16 octobre.

16 La raison en est que nous avons énormément à faire, et cette réponse,

17 je me dois de la rédiger moi-même, parce que c'est moi qui m'occupais de la

18 déposition de Milan Babic. Je me prépare également à citer à la barre

19 d'autres témoins et d'autres choses. Par conséquent, il me serait

20 convenable à autoriser à pouvoir déposer votre réponse d'ici le 16 octobre.

21 En effet, à un moment donné, nous avons demandé et obtenu une période de 10

22 jours pour répondre à la requête du conseil de la Défense ou répondre aux

23 écritures du conseil de la Défense. A un moment donné, lorsque nous avons

24 dû fixer le calendrier, il nous a été donné 10 jours pour répondre. A la

25 fin, nous avons encore une fois redemandé 10 jours, et vous avez interprété

26 comme quoi nous avons demandé une prolongation, une extension du délai,

27 alors que nous ne voulions avoir autre chose que 10 jours qui nous ont été

28 primitivement accordés à la différence des 7 jours normalement. Tout

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1 simplement, nous le demandons, parce que tout simplement, ceci nous serait

2 davantage approprié, mais cela ne va pas au-delà de ce que je voulais

3 demander.

4 J'ai d'autres choses. Est-ce que vous voulez peut-être, Monsieur le

5 Président, trancher au sujet de cette question.

6 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Nous voulons d'abord apporter une

7 décision à cette question. En effet, nous nous rappelons, le préjudice se

8 portait par vos arguments. Mais, Monsieur Milovancevic, bonjour. Est-ce que

9 vous êtes d'accord, est-ce que vous, comme on vient de le dire, le conseil

10 de la Défense, vous êtes d'accord pour ce qui est de la requête de

11 l'Accusation.

12 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Monsieur le Président, bonjour. Nous

13 sommes parfaitement d'accord au sujet de cette demande formulée par

14 l'Accusation.

15 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci beaucoup.

16 [La Chambre de première instance se concerte]

17 Mme LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Nous confirmons que ces quelques

18 dernières remarques que nous devons faire étaient quelque chose qui fait

19 que vous avez en quelque sorte mal argumenté votre requête. Mais

20 nonobstant, nous faisons droit à votre requête.

21 M. WHITING : [interprétation] Je vous remercie. Je vous suis redevable,

22 Monsieur le Président. Une seconde question, le conseil de la Défense a

23 demandé des mesures de protection pour le proche témoin MM-117. Je crois

24 que cette requête a été déposée aujourd'hui. Je ne sais pas si la Chambre

25 de première instance en a été saisie. Nous l'avons. En tout cas, nous ne

26 voyons pas d'opposition pour que tout simplement la Chambre de première

27 instance puisse avoir l'attitude qui est la nôtre. Nous ne voyons pas

28 d'inconvénients.

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1 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Lorsque vous dites "le prochain

2 témoin," c'est le prochain témoin qui va être cité à la barre ?

3 M. WHITING : [interprétation] Non, non, non. Il s'agit du témoin MM-117,

4 celui qui commencera à déposer demain ou après-demain.

5 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Maître Milovancevic, je n'ai pas vu

6 cette motion. Peut-être que mes collègues l'ont vue.

7 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] J'ai été informé par mon équipe du

8 conseil de la Défense que nous avons déposé. De telles mesures nous sont

9 nécessaires, M. Whiting interprète correctement en disant que ce témoin MM-

10 117 viendra seulement après que nous aurons cité à la barre le témoin

11 d'aujourd'hui.

12 Je vous remercie, Monsieur le Président.

13 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Monsieur Milovancevic, j'ai entendu ce

14 que vous venez de dire, mais je ne suis pas loin de supposer, qu'à un

15 moment donné, par le passé, la Chambre de première instance avait demandé

16 que vous déposiez une demande concernant la citation à la barre de tous les

17 témoins pour qu'on puisse regarder tout un lot de témoins pour en trancher.

18 Je ne sais pas si c'était une requête aux fins de mesures de protection ou

19 peut-être le sauf-conduit ou - en tout cas, il serait bon que vous déposiez

20 à la fois une requête concernant les mesures de protection et le

21 sauf-conduit.

22 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Je suis d'accord avec vous, Monsieur le

23 Président, en principe. Mais, il y a toujours que pour chacun de ces

24 témoins des circonstances spécifiques. D'abord, pour ce qui est d'une

25 première requête concernant non seulement les mesures de protection mais le

26 sauf-conduit, nous en tiendrons bien compte. Pour ce qui est du témoin qui

27 a, lui, réclamer des mesures de protection - hier soir, j'ai pu

28 l'apprendre, que lui, réclamait avec instance de telles mesures. C'est

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1 peut-être un petit peu tardif, mais je n'ai pas d'autres arguments à vous

2 offrir à l'appui.

3 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci beaucoup. Lorsque vous dites que

4 vous ne voyez pas d'objection, alors, très bien. La Chambre de première

5 instance s'occupera de cette requête le moment venu.

6 Monsieur Whiting.

7 M. WHITING : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président. Je

8 voulais dire que je suis tout à fait d'accord avec

9 M. Milovancevic au sujet de ce qu'il vient de dire. A nous aussi, il

10 arrivait pour une raison ou une autre que des témoins, à la dernière

11 minute, demandaient des mesures de protection.

12 Troisième point, Monsieur le Président, que je voulais soulever

13 concerne 92 bis, c'est-à-dire, 92 quater. C'est-à-dire, c'était les témoins

14 au titre de l'article 89(F), préalablement. Nous avons compris que pour ce

15 qui est du premier groupe de témoins, nous aurions pu obtenir une requête

16 la semaine dernière. Secundo, pour ce qui est des conseils de la Défense,

17 j'ai parlé avec M. Milovancevic et M. Sekulic. Peut-être il y a eu un

18 malentendu. Ont-ils pensé que c'est aujourd'hui le dernier délai, mais le

19 compte-rendu d'audience précise bien la date du 2 octobre.

20 Quoi qu'il en soit, cette requête n'a pas été déposée. C'est ce qui

21 fa que nous sommes pris de court, parce que c'est seulement maintenant que

22 nous revenons de recevoir une liste de six témoins qui, probablement,

23 commenceront par déposer la semaine prochaine. De ces six témoins, quatre

24 témoins devraient déposer au titre de l'article 89(F) soit 92 quater, nous

25 n'avons toujours pas reçu de motion ni d'écriture quelconque. Si les

26 témoins sont prévus pour être cités à la barre la semaine prochaine, il

27 nous sera difficile de nous y préparer, il nous sera difficile également de

28 répondre à la requête avant que la Chambre de première instance en

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1 considère le tout pour régler le problème. Il me semble tout simplement que

2 c'était un peu trop tard.

3 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Maître Milovancevic.

4 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Monsieur le Président, je ne sais pas si

5 mon confrère Whiting a bien compris notre écriture déposée. Je vais

6 vérifier tout cela pendant la première pause.

7 En tout cas, il serait mauvais de notre côté de voir, faire en sorte

8 que le Procureur soit pris de court pour ce qui est de ce dernier témoin,

9 encore que nous avons un témoin au titre de

10 l'article 92. Nous y travaillons, et nous voulons faire tout pour que le

11 rythme auquel nous travaillons soit approprié et recevable pour le

12 Procureur. Il ne peut pas recevoir un résumé aujourd'hui pour demain et

13 demain pour après-demain. Lorsque nous avons des témoins viva voce, sans

14 déclaration au titre de 92 bis, je vous demande à ce titre-là de

15 m'accorder, Monsieur le Président, quelques minutes, après la première

16 pause, pour essayer de voir avec le conseil de l'Accusation ce que nous

17 pouvons faire, et je vous donnerai une bonne information. Nous y

18 travaillons avec intensité. Nous avons eu un autre problème, à savoir nous

19 rendre sur le site. C'est le

20 21 septembre au 29 que notre enquêteur était en dehors de La Haye. Par

21 conséquent, il n'était pas à Belgrade, et ce n'est que par la suite que

22 nous avons pu organiser le tout. Nous y travaillons pour ne pas que notre

23 confrère de l'Accusation non plus que la Chambre de première instance

24 pensent que nous avons tout simplement oublié. Nous nous en acquitterons de

25 la tâche qui nous incombe.

26 Je vous remercie, Monsieur le Président.

27 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Monsieur Whiting, avez-vous quelque

28 chose à dire, à répondre à ce que vient de dire Me Milovancevic ?

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1 M. WHITING : [interprétation] Bien, je suis heureux de pouvoir en reparler

2 à la suite de la première pause lorsque des vérifications auront été faites

3 par Me Milovancevic. Je ne pense pas avoir mal compris. En tout cas, nous

4 sommes déjà en difficulté, je parle du point de vue de l'Accusation.

5 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Oui, Monsieur Whiting. Nous en

6 reparlerons après la première pause.

7 Maître Milovancevic, soyez sûr, vérifiez tout pour qu'on puisse avoir une

8 idée au titre de 92 bis et au titre de 92 quater - comment prononce-t-on

9 d'ailleurs ?

10 M. WHITING : [interprétation] Je ne sais pas, je ne suis pas sûr non plus.

11 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Oui, d'accord. S'il s'agit de témoins

12 au titre de 92 bis ou d'autres, faites en sorte que vous puissiez nous

13 procurer leurs déclarations.

14 Est-ce tout ? Je vous remercie, Monsieur Whiting.

15 Maître Milovancevic, avez-vous d'autres questions d'ordre préliminaire ?

16 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] A ce stade-là, ce n'est pas le cas,

17 Monsieur le Président. Je vous remercie.

18 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci beaucoup.

19 Monsieur Whiting -- pardon, je m'excuse. Monsieur Milovancevic, voulez-

20 vous, s'il vous plaît, faire entrer votre prochain témoin.

21 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

22 Nous sommes prêts.

23 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

24 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Que le témoin donne sa déclaration

25 solennelle, qu'il la fasse.

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

27 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

28 LE TÉMOIN: NIKOLA MEDAKOVIC [Assermenté]

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1 [Le témoin répond par l'interprète]

2 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci beaucoup. Veuillez vous asseoir,

3 Monsieur.

4 Maître Milovancevic, c'est à vous.

5 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

6 Interrogatoire principal par M. Milovancevic :

7 Q. [interprétation] Monsieur le Témoin, bonjour.

8 R. Bonjour.

9 Q. Vous venez de prêter serment, et à partir de ce moment le conseil de la

10 Défense entame le contre-interrogatoire [comme interprété] dont vous êtes

11 l'objet. Les règles de procédure sont telles qu'au cours de votre

12 déposition vous n'êtes pas autorisé à utiliser aucun document. Je suppose

13 ce que vous avez sous vos yeux, il s'agit d'une documentation que vous avez

14 eue sur vous pendant que vous aviez à nous attendre. Par conséquent, je

15 vous prie de la déposer par terre.

16 Avant qu'on parle, déclinez votre identité. Je vous prie de parler

17 lentement et de bien vouloir observer entre questions et réponses pour

18 faciliter le travail des interprètes. Voulez-vous nous dire comment vous

19 vous appelez ? Déclinez votre identité.

20 R. Je suis Nikola Medakovic.

21 Q. Où, quand êtes-vous né et quelles sont vos écoles faites ?

22 R. Je suis né le 1er janvier 1967 à Plasko, où j'ai terminé mes études

23 élémentaires et les deux premières années d'école secondaire. Troisième et

24 quatrième année de l'école secondaire, je les ai terminées à Ogulin au

25 lycée mathématique.

26 Je me suis inscrit à la faculté d'agriculture où j'étais depuis 1986

27 à 1991. Je ne les ai pas terminées, mes études universitaires.

28 Q. Merci. Puisque nous en parlons déjà de votre identité, dites-nous de

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1 quelle appartenance ethnique êtes-vous et de quelle confession êtes-vous.

2 R. Je suis Serbe et je suis orthodoxe de religion chrétienne.

3 Q. Merci. Où viviez-vous lorsque vous avez terminé vos études ? Vous avez

4 dit qu'en 1986, vous avez terminé vos écoles secondaires, vos études

5 secondaires, où étiez-vous ?

6 R. Une petite correction. C'est en 1985 que j'ai terminé mes écoles

7 secondaires. J'ai dû me rendre sous les drapeaux. J'ai accompli mon service

8 militaire à Zadar, après quoi, je venais chez mes parents à Janjic, Plasko.

9 C'est là où j'habitais en 1990 et en 1991.

10 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Est-ce que vous avez entendu, Monsieur

11 Milovancevic, que les interprètes n'ont pas entendu le nom du village de

12 Plaski où le témoin disait qu'il habitait. Je n'ai pas entendu non plus le

13 témoin répondre à votre question pour savoir où il réside actuellement.

14 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Nous y arriverons, Monsieur le

15 Président. Merci, Monsieur le Président.

16 Q. Monsieur Medakovic, vous avez mentionné un village près de Plasko où

17 vous avez été né. Voulez-vous le répéter encore une fois ?

18 R. Il s'agit du village de Medakovic, et pour ce qui est de l'adresse,

19 c'est Janja Gora numéro 32.

20 Q. Pour ce qui est de la question évoquée par l'honorable Juge Moloto, ma

21 question était la suivante : où habitiez-vous, où viviez-vous en 1990 et

22 1991. Est-ce que vous avez répondu à cette question ?

23 R. Oui, oui.

24 Q. Est-ce que je suis dans mon droit pour citer ce que vous venez de dire

25 que vous habitiez Plasko, n'est-ce pas ?

26 R. Oui. La maison dans laquelle j'habitais, la maison se trouve à une

27 distance de 2 à 3 kilomètres du centre même de Plasko.

28 Q. Puisque nous y sommes déjà à parler de l'adresse à laquelle vous

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1 habitez, dites-nous où résidez-vous - je ne pense pas seulement à l'adresse

2 - mais au secteur même le territoire.

3 R. Depuis 1995, j'habite la Serbie. Je me trouve actuellement à Sremski

4 Karlovci; une petite localité près de Novi Sad. C'est là que j'habite

5 pendant les trois dernières années.

6 Q. Merci. Vous dites que vous habitiez Plasko. Jusqu'en 1990, comment se

7 présentait la situation dans Plasko jusqu'en 1990 ?

8 R. Plasko est une localité caractéristique, compte environ 5, 6 000

9 habitants, tout près des localités : Latin, Vojinovac, Plavca, Draga, Licka

10 Jesenica. Et près de Saborsko aussi, mais à une distance de 20 kilomètres

11 environ en direction des lacs de Plitvice. Le centre municipal se trouve à

12 Ogulin. La commune d'Ogulin compte environ

13 30 000 habitants. C'est là que se trouvaient les écoles secondaires. A

14 Plasko, on vivait d'ordinaire du travail effectué dans les usines de papier

15 de cellulose. Environ 3 000 hommes ont été employés. Il y avait pas mal de

16 retraités. Les gens vivaient de leurs terres qu'ils cultivaient. Pour ce

17 qui est de l'autre question, je ne sais pas très bien à quoi vous pensiez,

18 la situation qui prévalait.

19 Q. Merci. On s'en occupera. Lorsque vous dites qu'à Plasko il y avait 30

20 000 habitants, pouvez-vous nous dire comment se présentait la composition

21 ethnique ?

22 R. A Plasko même, outre Saborsko, du total de la population, 97 ou 98 %

23 était constitué par des Serbes. Il y a eu des mariages mixtes. Par un jeu

24 de circonstances j'ai pu apprendre après la guerre, que de la part de la

25 mission de la Communauté européenne qu'il y avait dans Plasko environ 70

26 personnes d'appartenance ethnique non-serbe.

27 Nous n'avons jamais voulu nous dénombrer. Ce sujet-là et par de tels

28 principes, encore aujourd'hui, j'ai parmi les miens, d'ailleurs la femme, à

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1 commencer par la femme de mon frère, une Croate, par conséquent, nous

2 n'avons jamais eu de problèmes à cause de cela.

3 Q. Merci de cette réponse. Moi non plus je ne partageais pas les gens. Je

4 ne les divisais pas quant à leur appartenance ethnique, mais tout

5 simplement, je voulais vous poser des questions de ce genre-là qui ont de

6 trait à l'affaire pendante.

7 Vous dites que vous habitiez à Plasko. On a vu sa composition ethnique.

8 Comment se présentait la situation entre les hommes, la situation

9 interethnique ? Comment vivaient les gens entre eux jusqu'en 1990 ?

10 R. Jusqu'en 1990, soit la victoire emportée aux premières élections

11 multipartites, avant la victoire de HDZ, il n'y avait aucun accès, aucun

12 accident, chacun s'occupait de son camp de travail. En tout cas, j'ignore

13 des incidents de ce genre à base ethnique, chacun vivait en paix et

14 s'occupait de sa besogne.

15 Q. Vous dites qu'en 1990, c'est le HDZ qui a remporté les élections

16 législatives et que la situation était paisible avant cette victoire de

17 HDZ. Quels étaient les changements survenus, et provoqués par quoi, ces

18 changements ? Pour ce qui est de la vie qui était la vôtre ?

19 R. A prime abord, je voudrais dire que les gens de Plaski sont ceux qui

20 étaient employés dans Plaski même, au nombre de 1 000, tout comme les

21 grandes villes de Croatie, telles que Rijeka, Zagreb, Ogulin. Avec la venue

22 au pouvoir du HDZ, les gens se trouvent sans emploi et retournent vers

23 leurs foyers ancestraux. Il y a qui sont restés sans foyer, sans

24 appartement. Je parle de l'année 1990. Par conséquent, à Plaski, il y avait

25 de plus en plus d'habitants et de moins en moins d'employés.

26 Ensuite, en 1990, les usines ferment leur porte, et nous avons donc

27 d'autres problèmes auxquels il a fallu faire face quotidiennement avec la

28 télévision, la chaîne de télévision croate, avec des médias, avec des gens

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1 qui passaient par Plaski et qui provoquaient des gens, surtout les gens de

2 Saborsko qui avaient des réunions politiques, des meetings. Voyez-vous,

3 pour venir à Ogulin, ces gens-là devaient traverser Plaski. Ils avaient

4 avec eux des banderoles et des mots d'ordre qui étaient absolument

5 inadmissibles pour nous, qui nous ont rappelé des moments difficiles vécus

6 par la population dans la Seconde Guerre mondiale, et ils affichaient de

7 façon ostentatoire le damier, et cetera.

8 Plaski, il faut le dire, a connu un triste sort au cours de la

9 Deuxième Guerre mondiale. Je pense notamment à l'ensemble de la vallée de

10 Plaski. Environ 2 500 hommes ont péri au cours de la Seconde Guerre

11 mondiale, tués par la main oustachi. Il n'y avait pas d'offensive, pas

12 d'hostilité ni de guerre. Or, les symboles affichés par le nouveau pouvoir

13 croate en 1990 étaient tout à fait identiques à ces symboles de pouvoir qui

14 existaient au temps du programme de la Seconde Guerre mondiale, ce dont je

15 viens de vous parler.

16 Q. En relatant cela dans le détail, vous avez expliqué le changement de la

17 situation intervenue. Quelle était la réaction de la population de Plaski ?

18 Comment avez-vous réagi vous-mêmes face à ces événements ?

19 R. Ecoutez, comme on dit chez nous, chaque oiseau va vers sa volée. Les

20 Croates ont organisé leur programme national des nationalistes. Les Serbes

21 voulant s'organiser eux aussi, nous avons accepté l'idée de la SAO de la

22 Krajina. Nous avons organisé un référendum. La grande majorité soit de

23 l'ordre de 99 % des gens se sont rendus aux urnes en faveur du référendum

24 de Krajina, après quoi, nous avons procédé à un référendum portant

25 sécession des collectivités locales face à Ogulin, la municipalité d'Ogulin

26 où la population croate est en majorité.

27 Q. Merci. Est-ce que je peux vous interrompre un instant, Monsieur

28 Medakovic. Vous dites qu'au cours de cette époque-là, en 1990, au temps des

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1 toutes premières élections législatives

2 Multipartite, est-ce qu'à Plaski et dans les environs des partis ont été

3 fondés, auxquels partis vous apparteniez-vous peut-être ?

4 R. Oui. En avril, à Plaski jusqu'avant les élections législatives, le SDS

5 (Parti démocratique serbe) a été organisé. A une dernière minute, nous

6 avons pu remettre les documents requis, et c'était comme cela que nous

7 avons reçu notre député, Dimitrijev Kosanovic, qui était conseiller

8 municipal au nom des Serbes à Ogulin.

9 Il y avait d'autres Serbes mais au nom d'autres partis, le parti SDP,

10 ou peut être un parti socialiste, et cetera. En tout cas, en avril 1990, le

11 SDS, le Parti démocratique serbe, a été organisé.

12 Q. Pouvez-vous nous dire si vous avez adhéré à ce parti ?

13 R. Oui, j'ai adhéré au SDS depuis sa fondation, et une première fonction

14 remplie par moi, était celle de secrétaire dans un comité local du SDS.

15 Q. Vous avez mentionné tout à l'heure un référendum à Plaski, est-ce que

16 vous pouvez nous dire maintenant un peu plus en détail, avec d'avantage de

17 précision de quoi il s'agit, le pourquoi, parlez-nous du pourquoi de ce

18 référendum, le pourquoi, du pourquoi de la sécession à faire par vous ?

19 R. Oui. Nous avons été insatisfaits depuis l'organisation du pouvoir

20 croate. C'est Rudolf Spehar qui était le président de la municipalité.

21 C'est un extrémiste, un faucon qui, de toutes les façons possibles,

22 essayait de faire revivre les fantômes du passé. Il parlait déjà de l'Etat

23 indépendant croate à cette époque-là, qui existait dans le passé, et la

24 situation qui prévalait dans Plaski nous incitait à nous auto-organiser.

25 Parce que, ne serait-ce que parler d'un nombre d'habitants qui a été élevé,

26 il a fallu d'abord de maintenir là-bas, survivre et s'organiser d'une

27 manière politique pour essayer de survivre à la situation pour éviter les

28 fâcheux événements de nos ancêtres au cours de la Seconde Guerre mondiale.

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1 Q. Vous avez parlé de la population de Plaski, vous avez parlé de quelque

2 6 000 hommes, et vous dites que le nombre de ces habitants fut élevé. Vous

3 comptez combien ?

4 R. Environ 1 000 personnes étaient revenues pour différentes raisons

5 regagner leurs foyers ancestraux. Ce sont des gens qui travaillent à

6 Rijeka, Karlovac, Zadar. Ils étaient venus tout simplement, parce que leur

7 vie dans les grandes villes était insoutenable, parce que licenciés, parce

8 que persécutés, sans travail. A Plaski, ces gens-là se sentaient en

9 sécurité tant bien que mal, eux et leurs familles, respectivement.

10 Maintenant, voilà ce qui me passe par l'esprit. Maintenant, nous

11 avions un petit centre médical, et tout d'un coup, nous avons eu à Plaski,

12 huit médecins spécialistes en chômage, 17 ingénieurs des eaux et forêts,

13 plus de 50 techniciens des eaux et forêts. C'était par tradition que ces

14 gens-là vaquaient à ces occupations. Ces gens-là, lorsqu'en pleine force,

15 pour ainsi dire et apte au travail, voilà, ils se sont trouvés licenciés.

16 Q. Vous avez mentionné à peu près 1 000 personnes sont arrivées, parce

17 qu'ils ont été licenciées. Pourquoi ? Est-ce que vous en savez la raison ?

18 R. En parlant à ces gens, en parlant à mon frère qui travaillait à Brinje,

19 un petit endroit à Lika, majoritairement peuplé par les Croates, j'ai

20 appris qu'ils ont été licenciés tout simplement parce qu'ils étaient

21 Serbes.

22 Q. Vous avez mentionné qu'en 1990 votre réaction à tout cela était

23 d'organiser le référendum. Quel était l'objectif du référendum et qui l'a

24 organisé ?

25 R. A l'époque, j'étais président de la communauté locale de Plaski. Il y

26 avait une procédure à suivre pour organiser ces organes et leur président.

27 Q. Puis-je vous interrompre ici. Vous dites qu'à l'époque, j'étais

28 président de la communauté locale. A quelle période ? Pouvez-vous nous dire

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1 le mois ?

2 R. Il s'agit de l'année 1990. Il s'agit de l'été de cette année-là. Je ne

3 peux pas vous donner le mois.

4 Q. Cela suffit. En tant que président de la communauté locale et les

5 autres également, qu'est-ce que vous avez fait par rapport au référendum ?

6 R. A part de la communauté locale de Plaski, il y avait là les communautés

7 de MLatin, Komanovac [phon], Plavca Draca et Licka Jesenica. Toutes les

8 communautés locales et les présidents de ces communautés, dans une réunion,

9 nous avons rendu une décision selon laquelle il fallait organiser le

10 référendum pour voir ce que la population, nos citoyens pensent par rapport

11 à la sécession de notre communauté locale et rejoindre la communauté locale

12 de Titova Korenica. Nous avons appelé ces communautés de Titova Korenica,

13 et il a déjà pris une décision selon laquelle il fallait adhérer à la SAO

14 de Krajina.

15 Q. Je vous remercie. Est-ce que selon la constitution et la législation il

16 était possible d'organiser un tel référendum ? Je pense à la constitution

17 et à la législation croate.

18 R. L'équipe qui a préparé le référendum était composée de plusieurs

19 juristes diplômés. Je pense, qu'à l'époque, il s'agissait de la loi portant

20 sur les initiatives des citoyens. Je pense que le référendum a été organisé

21 et réalisé conformément à cette loi et toutes les autres dispositions

22 légales.

23 Q. Pouvez-vous nous dire quand le référendum a été organisé ? Quel était

24 le résultat du référendum ?

25 R. A la fin de l'année 1990, nous avons organisé une tribune publique.

26 J'ai parlé à cette tribune et on a parlé en général des raisons pour que le

27 référendum soit organisé. On a demandé que les citoyens nous soutiennent.

28 C'était à Plaski, à la maison de ZAVNOH. On a organisé une réunion, un

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1 rassemblement avec 200, 300 personnes. Et par acclamation, selon la

2 procédure à appliquer, on a adopté l'initiative selon laquelle il fallait

3 organiser le référendum. C'était le 22 ou le 23 décembre. Je retiens cette

4 date, parce que le lendemain, on m'a arrêté et on m'a emmené au poste de

5 police d'Ogulin.

6 Q. Je vous remercie. Donc, le 22 décembre ou le

7 23 décembre 1990, vous avez dit que ce rassemblement politique a été

8 organisé et la décision pour organiser le référendum a été prise à ce

9 rassemblement.

10 R. Oui.

11 Q. Vous avez mentionné que le lendemain vous avez été arrêté et vous avez

12 été emmené à Ogulin. Qui vous a arrêté et qui est ce qui est arrivé par la

13 suite ?

14 R. Le lendemain, vers 8 heures, une patrouille de la police est arrivée.

15 Je connaissais un policier, l'autre non. Ils m'ont dit que je devais partir

16 avec eux à Ogulin pour un entretien d'information. Je suis parti avec eux à

17 bord d'un véhicule. Quelques-uns de mes voisins ont vu cela et je suis

18 parti avec eux. Le trajet a duré une demi-heure ou 45 minutes de ma maison

19 jusqu'à Ogulin et on m'a emmené au poste de police d'Ogulin.

20 Q. Pouvez-vous nous dire ce qui est arrivé au poste de police. Soyez bref.

21 Qui vous a interrogé ?

22 R. Au poste de police, Grozovic; un certain Grozovic. Je ne me souviens

23 pas de son prénom. Il était adjoint au chef du poste de police. C'était

24 Ante Vujovic. Il y avait Rudolf Spehar, président de la municipalité qui

25 était en face. Rudolf Spehar a parlé le plus. On m'a menacé. On me disait

26 toutes ces menaces, et on m'a dit que je n'avais pas le droit de parler

27 contre la Croatie, que je contribuais à la municipalité d'Ogulin se sépare.

28 J'ai dit que c'était la volonté de la population et j'ai dit à la fin

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1 ouvertement que c'était mon point de vue politique.

2 Pendant qu'on parlait, pendant une heure et demie ou deux heures,

3 j'ai pu remarquer qu'ils étaient très nerveux, qu'ils sortaient tout le

4 temps. Soudainement, ils ont dit : "Partons tous à Plaski."

5 A Plaski, il y avait un bâtiment où se trouvait un département de la

6 police où il y avait entre 10 ou 12 policiers, et une foule s'est

7 rassemblée, une foule de Plaski et d'autres endroits environnants. Ils ont

8 tous demandé qu'on me relâche, sinon, ils auraient été prêts de capturer

9 ces policiers jusqu'à ce que je ne sois relâché.

10 Avec Grozovic, on est partis vers le centre de Plaski, et j'ai vu

11 qu'il y avait plus de 2 000 personnes. Il faisait froid, c'était le mois de

12 décembre. Tout le monde m'attendait.

13 Q. Est-ce que quand vous êtes rentré à Plaski, la situation s'est calmée ?

14 Est-ce que le référendum a été organisé ?

15 R. Oui. J'ai dit aux citoyens de se disperser et que je n'avais pas été

16 malmené, au moins pas physiquement. Je leur ai dit que le référendum serait

17 organisé, et c'était ainsi, sans incident, aucune fenêtre n'a été cassée.

18 Il n'y avait aucun problème.

19 Q. Quand le référendum a eu lieu, pouvez-vous nous dire quel a été le

20 résultat ?

21 R. Je ne me souviens pas de la date du référendum. Nous avons respecté

22 tout, les bulletins de vote, et plus de 99 % de la population a voté pour.

23 C'était au début de l'année 1991.

24 Q. Vous avez dit au référendum, au début de 1991, la réponse était oui.

25 Mais quelle était la question ? Pouvez-vous nous dire pour qu'on en finisse

26 avec ce sujet.

27 R. Pour chaque communauté locale, il y avait un bulletin de vote

28 particulier sur lequel figurait la phrase suivante : est-ce que vous êtes

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1 pour la scission de la communauté locale de Plaski, de la municipalité

2 Ogulin et pour que la communauté locale de Plaski rejoigne la communauté

3 locale de Tito Korenica ? Il y avait des réponses oui ou non ou contre. Je

4 ne m'en souviens plus. 99 % de la population était -- enfin, a encerclé

5 oui.

6 Q. Après le référendum, ce qui se passe à Plaski, est-ce qu'il y a eu des

7 changements politiques par rapport aux résultats du référendum ?

8 R. Par cette décision, nous sommes devenus pratiquement une partie de la

9 communauté locale de Korenica. Entre Plaski et Korenica, il y a à peu près

10 60 kilomètres, et nous avons décidé conformément à la législation en

11 vigueur de former une conférence ou une communauté de -- communes locales

12 pour qu'elles puissent résoudre les problèmes de la vie quotidienne de la

13 population. Nous avons tenu des pourparlers avec le côté croate surtout sur

14 le fonctionnement de la police.

15 Q. Pouvez-vous nous dire --

16 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Puis-je vous interrompre, Maître

17 Milovancevic ? Est-ce qu'on peut vérifier si tout va bien avec M. Martic.

18 Est-ce qu'il va bien.

19 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

20 M. Martic m'a dit que tout va bien et je vous remercie. Il a bu un peu

21 d'eau, et maintenant, il va mieux. Il a avalé -- à travers un peu d'eau

22 mais maintenant tout va bien.

23 Q. Cette conférence de communautés locales, pouvez-vous nous dire quand

24 cette conférence a été organisée ou fondée ?

25 R. Cela fonctionnait même avant. Il s'agissait d'une municipalité en --

26 après le référendum, cela a été proclamé de façon publique au début 1990,

27 en janvier ou en février. Je pense que déjà en janvier cela a été proclamé.

28 Q. Vous avez organisé, qu'en tant que conférence de communautés locales,

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1 vous avez eu des pourparlers avec le côté croate. Avec qui avez-vous eu ces

2 pourparlers et quand ?

3 R. Après cet événement à Plaski, lorsque la foule, enfin les gens se sont

4 rassemblés après mon arrestation, le côté croate a vu en moi un

5 interlocuteur sérieux, parce que je jouissais du soutien du peuple.

6 Et avec Josip Boljkovac, qui était ministre de l'Intérieur à

7 l'époque, j'ai parlé également avec Slavko Degoricija, qui était

8 représentant pour les négociations avec les Serbes et avec soi-disant

9 commandant Ante Vujovic, qui était à Ogulin et ainsi que le chef de la

10 direction de la police à Karlovac, Ivan Stajduhar. Nous avons parlé à

11 plusieurs reprises.

12 Nous avons essayé moi et mon équipe de résoudre tous les contentieux de

13 façon pacifique. Nous nous sommes mis d'accord que le département de la

14 police a Plaski fonctionne. Donc, il a fonctionné composé de 12 personnes

15 dont huit Serbes et quatre Croates de Saborsko.

16 La composition nationale, si Saborsko fait partie de cette conférence de

17 communautés locales, il y avait 10 % ou 12 % de Croates et nous leur avons

18 permis d'être représentés en nombre double.

19 On s'est mis d'accord que ces Croates travaillent en affichant des

20 emblèmes anciens. De nouveaux symboles croates n'étaient pas encore

21 utilisés dans la police.

22 Q. Je vous remercie. Pouvez-vous nous dire quand ces pourparlers

23 politiques ont eu lieu et quand l'accord a été conclu ? Voulez-vous nous

24 dire au moins si c'était au printemps, en été, en automne ou en hiver ?

25 R. C'était au début de l'année 1991. Tout cela a fonctionné jusqu'au 31

26 mars. Je me souviens très bien de cette date-là. Cela a fonctionné jusqu'au

27 31 mars 1991.

28 Les négociations ont commencé tout de suite après mon arrestation et

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1 le référendum, à savoir en janvier.

2 Q. Je vous remercie. Par rapport à ce que vous nous avez dit par rapport

3 au département de la police, le siège de la municipalité se trouvait

4 Ogulin. Est-ce qu'à Ogulin, il avait un poste de sécurité publique ou un

5 poste de police ?

6 R. Oui. A Ogulin même un poste de police existait. Cela s'appelait comme

7 cela, selon le nouveau vocabulaire adopté.

8 Q. Merci. Un département de la police existait à Ogulin. Cela, selon la

9 hiérarchie dans la police, se trouve donc au plus bas de la hiérarchie.

10 R. Cela a été formé en 1990. Avant cela, une dizaine d'années avant cela,

11 il n'y avait pas de tels organes à Ogulin. Il n'y avait que des

12 patrouilles.

13 Q. Les personnes avec qui vous avez parlé et qui étaient les représentants

14 de la Croatie, du gouvernement croate, vous avez mentionné M. Boljkovac.

15 Quelle était sa fonction à l'époque ?

16 R. Il était ministre de l'Intérieur de la République de Croatie.

17 Q. Vous avez mentionné M. Degoricija. Quelle était sa fonction ?

18 R. Je suis allé le voir à Zagreb, au parlement croate pour parler avec

19 lui, négocier avec lui. Il était chargé des négociations avec les

20 communautés locales. Il jouissait de la confiance du gouvernement croate.

21 Q. Je vous remercie. Vous avez dit qu'avec ces personnes, vous avez

22 négocié sur la résolution de la situation politique ainsi que des problèmes

23 de la vie quotidienne et que vous avez atteint un accord selon lequel un

24 département de la police se serait organisé. Est-ce cet accord que vous

25 avez conclu au début de l'année 1991, pour ainsi dire, avec le côté croate,

26 à savoir avec le ministre de l'Intérieur, avec M. Degoricija, est-ce que

27 cet accord a été appliqué ? Est-ce que cela a été réalisé ?

28 R. De notre côté, oui. Les policiers, les Serbes qui travaillaient

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1 portaient des emblèmes anciens, les Croates également, et ils s'occupaient

2 que de la sécurité publique. Ces années-là, il y avait beaucoup de

3 criminalité comme dans d'autres sociétés, dans d'autres endroits, et

4 quelqu'un devait s'occuper de cela. Ils travaillaient bien, de façon

5 correcte, et tout cela a fonctionné jusqu'au 30 ou 31 mars.

6 Q. Déjà, en deuxième reprise, M. Medakovic, vous avez mentionné le 31 mars

7 1991. Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là par rapport à la situation à

8 Plaski ?

9 R. Le 31 mars, l'Eglise orthodoxe a fêté une fête religieuse, le Dimanche

10 des Rameaux, et l'Eglise catholique également. C'était Pâques. Jovan

11 Raskovic devait venir à Plaski ainsi qu'une délégation de Knin et de Gornji

12 Karlovac, avec Nikanor devait venir. Cela devait être organisé à Plaski. La

13 veille, la nuit la veille, une unité assez forte, une unité spéciale du MUP

14 commandée par Josip Turkovic est passée par Plaski à bord d'un bus. Ils ont

15 formé à Saborsko un point de contrôle. Ils ont coupé la voie de

16 communication pour assurer l'aile durant l'opération de Plitvice. Le 31

17 mars, il y avait le premier conflit armé sérieux à Plitvice.

18 Q. Qu'est-ce que vous en saviez par rapport à ce conflit ? Quelles étaient

19 les parties qui se sont confrontées et quelle a été l'issue du conflit ?

20 R. D'un côté, il s'agissait des forces spéciales de la Croatie, et de

21 l'autre côté, il y avait des membres de la police d'active et des

22 réservistes de Korenica. Il y avait quelques volontaires qui se

23 défendaient, qui empêchaient le passage de la police.

24 L'issue du conflit était le suivant : les policiers de l'unité

25 spéciale sont entrés à l'hôtel à Plitvice et la JNA s'est interposée. Rajko

26 Vukadivonic de Korenica s'est fait tuer pendant cette opération.

27 Q. Est-ce que vous avez entendu dire que du côté croate, il y a eu des

28 pertes ?

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1 R. J'ai dit Vukadinovic, et au compte rendu, je vois qu'une erreur s'est

2 glissée. Il s'agissait de Rajko Vukadinovic. Je vois au compte rendu

3 "Kadijevic".

4 Q. Je vous remercie, Monsieur Medakovic, d'avoir attiré notre attention

5 sur cela.

6 Vous avez dit qu'un Serbe s'est fait tuer pendant ce conflit. Est-ce

7 que vous savez s'il y avait des victimes du côté croate ?

8 R. Je pense que Josip Jovic a été mentionné comme étant la première

9 victime de ce conflit.

10 Q. Les lacs de Plitvice, pouvez-vous nous dire à quelle distance se

11 trouvent les lacs de Plitvice, de Plaski et de Saborsko, et quelle était

12 l'incidence de ce conflit à Plitvice sur la situation à Plaski ?

13 R. A l'époque où le conflit a eu lieu à Plitvice, à Plaski, entre 4 000 et

14 5 000 personnes se sont rassemblées, non seulement de Plaski, mais les

15 Serbes de Gorski Kotar et de Kordun. Ils sont arrivés pour fêter les

16 Rameaux, et on a reçu les nouvelles de Plitvice par rapport au conflit.

17 A Plaski, nous avions une sécurité interne. Quatre policiers de

18 Saborsko ne sont pas arrivés au travail ce jour-là. Nous avons une sécurité

19 interne, et ils ont dit qu'une voiture de type Golf ne voulait pas

20 s'arrêter et qu'elle se dirigeait vers le poste de police de Plaski.

21 Dusan Latas était au poste de police. Il était chef de ce poste de police.

22 A l'intérieur, il y avait quatre personnes dont trois se sont présentées

23 comme étant membres de la sécurité de la Sûreté d'Etat de Karlovac. L'un

24 d'entre eux avait un fusil semi-automatique et il était en civil, mais dans

25 un sac en plastique, il y avait un uniforme de camouflage, un couvre-chef.

26 Je me souviens, il y avait un couvre-chef sur lequel figurait un damier.

27 Il était en retard. Il était membre de cette unité spéciale, et ils se sont

28 proposés de l'escorter jusqu'à Saborsko.

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1 Les membres de notre sécurité interne sont arrivés. J'y étais. Nous avons

2 désarmé ce groupe pour leur propre sécurité et nous les avons escortés,

3 parce que la foule était menaçante et parce que les nouvelles du conflit de

4 Plitvice ont commencé à affluer en disant qu'il y avait des centaines de

5 morts. Ces quatre personnes sont restées à Plaski ce jour-là, et le

6 lendemain, elles sont parties, on les a relâchées.

7 Q. Vous avez dit jusqu'au 31 mars, tout fonctionnait selon notre accord,

8 après quoi, la situation a changé.

9 Est-ce qu'à part l'arrestation de ces quatre personnes, il y avait d'autres

10 choses qui ont changé ?

11 R. Oui. Le poste de police de Plaski a continué à couvrir Saborsko. Josip

12 Turkovic a formé une unité de 60 personnes qui ont formé le poste de police

13 à Saborsko ou le point de contrôle - je ne sais pas comment l'appeler -

14 mais c'était contraire à notre accord. Ils sont arrivés à Plaski. Ils nous

15 ont coupés de Korenica, et la situation est restée comme cela jusqu'au mois

16 novembre 1991.

17 Q. Monsieur Milovancevic, vous avez dit qu'à la veille des événements à

18 Plitvice le 31 mars, pendant la nuit, un bus à bord duquel se trouvait

19 Turkovic est passé par Saborsko. Est-ce que c'était ces personnes-là qui

20 ont organisé le poste de police ou le point de contrôle à Saborsko ou

21 c'était une autre personne ?

22 R. Il faut que je tire cela au clair. A Ogulin, il y avait le poste de

23 police qui avait un peloton. Il y avait entre 50 et 60 personnes. Cette

24 unité s'appelait l'unité spéciale du MUP commandée par le Josip Turkovic.

25 Ils sont passés par Plaski, parce qu'en partant d'Ogulin à Saborsko, il

26 faut passer par Plaski si on emprunte cette voie de communication. C'était

27 entre 2 heures et 3 heures du matin, en catimini, ils se sont faufilés pour

28 couper la communication. Le 31 mars, il ne pouvait plus passer personne par

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1 là.

2 Q. Je vous remercie. Par rapport à ce que vous venez de dire, j'ai une

3 question à vous poser. Vous avez dit, ils ont formé une unité ou un poste à

4 Saborsko et il ne pouvait plus passer personne.

5 Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'est-ce que cela voulait dire pour Plaski

6 et pour vous ?

7 R. Pour Plaski, cela voulait dire être coupés tout à fait du monde

8 extérieur. Et par le référendum, nous avons décidé que notre communauté

9 locale faisait partie de la municipalité de Korenica. Toutes nos questions

10 devaient être résolues à Korenica. Notre ravitaillement commençait à

11 arriver de Korenica, nos vivres. A Plaski, il n'y avait même pas une

12 boulangerie. Nous nous sommes appuyés en tout sur Korenica.

13 Q. Lorsqu'on regarde la carte, à l'ouest de Plaski se trouve Ogulin, vers

14 le nord-ouest, ou on peut dire plutôt vers le nord.

15 R. Oui, plus vers le nord.

16 Q. Saborsko, c'est de l'autre côté de la route. Est-ce que de Plaski, il y

17 a une autre voie de communication vers Korenica, excepté la voie de

18 communication qui passe par Saborsko ? Pouvez-vous nous expliquer cela ?

19 R. Il y a une route qui passe par une forêt qui servait d'exploitation du

20 bois de forêt qui menait vers Rudopolje et plus loin vers Korenica. Ce

21 n'était pas sûr.

22 Q. Est-ce que jusqu'à ce moment-là cette route a été utilisée de façon

23 normale par la population ?

24 R. Non. Cela a été utilisé par les entreprises dans le domaine de

25 l'exploitation du bois. Il s'agissait d'une route qui n'était pas en bon

26 état et qui passait par la forêt.

27 Q. Jusqu'à la formation du poste de police ou du point de contrôle à

28 Saborsko, quelle route avez-vous empruntée pour aller à Korenica ?

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1 R. De Plaski, lorsqu'on se dirige vers Korenica, il faut passer par Plavca

2 Draga, Licka Jesenica, Saborsko, Poljanak, Plitvice, Korenica. Il s'agit

3 d'une route goudronnée, et sur une portion très étroite mais quand même

4 goudronnée, les camions et les véhicules, d'autres véhicules peuvent

5 l'emprunter.

6 Q. A partir du 31 mars 1991, dites-nous ce qui s'est passé par rapport à

7 cette route ? Est-ce qu'on pouvait toujours passer par cette route ou pas ?

8 R. A partir de cette date-là, après l'accalmie de la situation à Plitvice

9 et après l'arrivée de la JNA qui s'est interposée à Plitvice, ce point ou

10 ce poste a continué à fonctionner à Saborsko vers la sortie. Ils ont

11 malmené et ils ont fouillé toutes les personnes qui voulaient passer par

12 cette route. Pour beaucoup de gens de Plaski ce n'était pas possible

13 d'emprunter cette route de même pour moi, parce que j'aurais été arrêté. Et

14 pour toutes les personnes qui travaillaient à la police ou dans la fonction

15 publique, elles ne pouvaient pas passer par cette route. Ils ont laissé

16 passer uniquement les personnes dont ils avaient besoin pour réparer, par

17 exemple, le système d'adduction d'eau ou le système électrique, et cetera.

18 Q. Vous avez dit qu'à Plaski, il n'y avait pas de boulangerie, à Plaski,

19 il y avait plusieurs milliers de personnes. Comment avez-vous résolu ces

20 problèmes par rapport au ravitaillement quotidien ?

21 R. Il s'agissait de grands problèmes. On a commencé à fabriquer du pain

22 chez nous. Les femmes ont eu beaucoup de mal pour ce faire, via Javornik et

23 Ravki Kriej [phon], on recevait de la farine à bord de camions qui avaient

24 beaucoup de problèmes pour passer par cette route.

25 Comme nous avions un centre médical qui fonctionnait somme toute

26 comme une maison de santé, grâce à l'enthousiasme des médecins qui y

27 travaillaient, s'il fallait intervenir une urgence, le patient qui avait

28 une appendicite risquait beaucoup parce qu'il fallait passer plus de trois

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1 heures sur la route pour arriver au premier hôpital.

2 Q. Est-ce qu'on aurait pu aller plus vite si on pouvait passer par

3 Saborsko ?

4 R. En tout cas, oui.

5 Q. Avez-vous essayé de surmonter ce problème en vous entretenant avec vos

6 voisins de Saborsko; j'entends, des négociations politiques ?

7 R. Oui, on a eu des entretiens. Mais d'un autre côté, celui qui a été

8 autorisé à le faire était Knezevic Mihajlo. A l'époque, il était, à mon

9 avis, soit secrétaire à la communauté locale de Licka Jesenica qui se

10 trouvait être la plus proche de Saborsko. Je crois qu'il avait travaillé

11 dans l'administration. Du reste, c'était quelqu'un qui était très respecté

12 dans le coin. Je pense qu'il a même été enseignant à Saborsko pendant un

13 certain temps. C'est quelqu'un que tout le monde connaissait. C'est donc

14 au-devant de la conférence des communautés locales et ultérieurement de la

15 municipalité qu'il a été autorisé à négocier.

16 Nous avions demandé à ce que cette voie de communication soit libérée

17 sans condition aucune et de voir ces gens armés s'en aller. Nous avons

18 demandé aux gens de Saborsko d'aller à l'école de Plaski puisqu'il y avait

19 une belle école avec un chauffage central. Nous leur avons même proposé,

20 nous avons proposé que les enseignants de Saborsko viennent travailler là

21 puisque, c'était là l'école primaire principale, afin de faire fonctionner

22 la vie, et ceci, en attendant que les choses soient résolues à un niveau

23 plus élevé.

24 A chaque fois que nous aboutissions à un accord ou lorsqu'on était

25 près d'un accord, il arrivait quelque chose de côté, et notamment de la

26 part des autorités croates, pour que l'accord soit entravé.

27 Q. Est-ce que vous pouvez nous citer des exemples ? Que s'est-il passé du

28 côté croate ?

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1 R. Dans le courant de l'été, il y a eu d'abord création de ce poste de

2 contrôle. Puis ensuite le premier groupe avec Josip Turkovic est revenu en

3 passant par Slunj, par Primislje et Trzic. Et une autre unité est venue de

4 Duga Resa. C'est une autre localité qui se trouve non loin de Karlovac. Ils

5 ont continué à tenir ce poste de contrôle en empêchant une communication

6 normale entre Plaski et Korenica, parce que la population locale, du moins

7 c'était mon impression, était très disposée à s'entendre avec Plaski.

8 Ensuite, à deux reprises, ils ont appelé cela des renforts, mais cela n'a

9 pas été des renforts, cela a été de l'huile sur le feu. Il est arrivé de

10 Zagreb quelque 200 hommes en arme sous le commandement de Luka Hodak, et

11 ils ont apporté des armes pour armer toute la population de Saborsko.

12 Q. Merci. S'agissant de cette situation, vous nous l'avez décrite comme

13 vous venez de le faire. Y a-t-il eu des conflits pendant cette période-

14 là dans le secteur ? Quand je dis conflits, j'entends conflits armés.

15 R. Chez nous, le jour où il y a eu le conflit à Plitvice, il y a eu un

16 incident survenu à Vojinovac. C'était le début des territoires en majorité

17 serbes en allant de Vojno. Malheureusement, un Serbe qui était membre du

18 MUP a tué un Serbe, un autre Serbe qui faisait partie de ces gardes

19 villageoises à la rampe ferroviaire. Cela nous a grandement inquiété, cela

20 a constitué un grave problème.

21 Ensuite, il y a eu création d'une unité à affectation spéciale du MUP

22 de la Krajina à Plaski. Suite à notre séparation vis-à-vis d'Ogulin et

23 suite à la création de ce poste de contrôle, il ne restait que huit

24 policiers pour toute la population locale. C'étaient les seules personnes

25 armées. De l'autre côté, il a déjà été créé un rassemblement de la Garde

26 nationale. On commençait à montrer les armes, à les exhiber, et on a vu de

27 terribles images à la télévision. Je suis allé alors à Knin pour demander à

28 M. Martic de faire en sorte que les effectifs de réserve soient armés afin

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1 d'élargir cette unité de police à Plaski, afin de contrôler la sécurité

2 publique et de riposter à toute incursion éventuelle des forces croates en

3 provenance de Bugojno.

4 Q. Merci. Quand est-ce que vous êtes allé voir M. Martic pour lui demander

5 de renforcer les effectifs de la police ?

6 R. C'était en mai 1991.

7 Q. Pouvez-vous nous dire si vous avez exercé des fonctions quelconques à

8 Plaski ?

9 R. Oui. J'étais président de cette communauté des communautés locales.

10 Etant donné que j'étais à la tête d'une communauté locale, j'ai été élu à

11 la tête de cette conférence des communautés locales que nous appelions

12 parfois aussi communauté des communautés locales.

13 Q. Lorsque vous êtes allé voir M. Martic au mois de mai 1991, je suppose

14 que vous êtes allé voir à Knin, pouvez-vous nous dire si vous avez convenu

15 de quoi que ce soit ?

16 R. Je lui ai expliqué la situation telle qu'elle se présentait. Je lui ai

17 demandé de nous aider en nous fournissant des armes. Nous avions un peu de

18 gens, d'hommes qui avaient déjà passé une formation de police à l'armée. Il

19 y a eu des gens qui avaient fait leur service au sein de la JNA, mais dans

20 les rangs de la police militaire. Au retour de l'armée, c'était devenu des

21 réservistes de la police. J'ai demandé des armes pour ces gens-là afin

22 d'élargir les différentes sections, parce que nous avions des problèmes au

23 niveau de la sécurité publique, et bien entendu, nous avions surtout

24 redouté une intrusion du MUP dans Plaski.

25 M. Martic m'a dit à ce moment-là que des armes ne pouvaient être

26 distribuées qu'à des gens qui avaient passé une formation et avaient des

27 attributions parce qu'on ne pouvait pas créer des unités de cow-boys à

28 Plaski. Alors, je lui ai demandé quelle était la voie à suivre. Il m'a dit

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1 d'envoyer les gens qui le voulaient à Knin pour qu'ils aillent à Golubic

2 pour avoir une formation de courte durée. Ils se verraient confier des

3 armes à canon long, des fusils automatiques, et au retour, ils feraient

4 partie de cette unité à affectation spéciale à Plaski.

5 Il m'a dit à ce moment-là, personnellement, que cela ne me ferait pas de

6 mal que de passer cette formation moi aussi, parce que j'avais un problème

7 d'excédent de poids.

8 Q. Merci, Monsieur Medakovic. Avez-vous accepté cette suggestion ?

9 Dites-nous ce qui s'est passé par la suite.

10 R. Oui. J'ai pris un groupe de 25 hommes. Vers la fin du mois de mai,

11 début juin, nous sommes allés à Golubic dans ce campement pour y suivre un

12 entraînement.

13 M. WHITING : [interprétation] Si je puis prendre la parole.

14 Je ne vais pas procéder à une objection mais j'ai une question. Il n'y a

15 aucune information de ceci qui se trouve reprise au 65 ter ou au résumé du

16 65 ter.

17 Je suis plutôt surpris, parce que bien entendu, non pas que nous ne

18 sachions rien de tout ceci, mais j'aurais des questions à poser au témoin

19 là-dessus. Toujours est-il que nous avons posé la question à la Défense

20 s'il y aurait des informations particulières à ajouter au résumé en

21 application du 65 ter. Ils ont fourni quelques autres documents, mais rien

22 de tout ceci.

23 Je me demande pourquoi, parce que ce sont là des informations pertinentes

24 qui concernent l'accusé. Je me demande pourquoi cela n'a pas été repris au

25 résumé en application du 65 ter.

26 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Monsieur Whiting, si vous n'êtes pas

27 en train de faire objection, est-ce que ceci ne serait pas plutôt une

28 question à poser ?

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1 M. WHITING : [interprétation] Oui, peut-être pourrais-je soulever la

2 question à un autre moment. Je suis en train de penser déjà au contre-

3 interrogatoire.

4 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Oui, mais y penser est autoriser.

5 M. WHITING : [interprétation] Oui, Monsieur le Président. Mais ce que j'ai

6 à l'esprit, ce sont les témoins à venir. J'ai voulu soulever la question

7 parce que la situation est survenue. C'est tout à fait frais, et nous nous

8 attendons à la possibilité de voir cela se réitérer avec les témoins à

9 venir. A plusieurs reprises déjà nous avons soulevé la question, notamment

10 celle des résumés en application du 65 ter. Cela n'a pas été résolu. Peut-

11 être n'est-ce pas le bon moment de le faire, mais je le fais à la lumière

12 des témoignages à venir.

13 Je me demande pourquoi ceci n'a pas été fait pour ce qui est de ce

14 témoignage-ci.

15 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Est-ce que vous voulez une réponse

16 tout de suite ou est-ce que vous voulez poser la question à la fin du

17 témoignage de ce témoin, ou plutôt à la fin de l'interrogatoire principal ?

18 M. WHITING : [interprétation] Bien, je vous laisse décider, Monsieur le

19 Président.

20 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Alors, pouvons-nous attendre la fin du

21 principal ?

22 M. WHITING : [interprétation] Bien sûr.

23 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci beaucoup.

24 Vous pouvez continuer, Monsieur Milovancevic.

25 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

26 Q. Vous nous avez dit que vous avez suivi un entraînement fin mai avec

27 quelque 25 hommes. Quelle est cette formation, cet entraînement ? Combien

28 de temps cela a-t-il duré et que s'est-il passé ?

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1 R. Excusez-moi, mais j'ai sauté un détail très important.

2 Si vous le permettez, je dirais qu'avant tous ces contacts que j'ai eus

3 avec M. Martic, les membres de ce département de la police ont signé un

4 document pour être transférés au SUP de Krajina. Ils ont accepté par leur

5 propre déclaration de faire partie du SUP de la Krajina, et il y a eu un

6 document émanant de ces communautés locales. M. Martic a été l'homme numéro

7 un de la SAO de la Krajina. Tout à fait normalement, je me suis adressé à

8 lui de façon légale, conformément à la décision que nous avions déjà

9 adoptée.

10 Pour y aller, nous avons emprunté cette route forestière en civil, sans

11 porter d'arme, et nous sommes passés par Vekorine [phon] et Korenica pour

12 arriver à Knin.

13 Nous avons été accueillis à Golubic. On nous a donné des vêtements, des

14 vêtements de camouflage. Je crois que nous avions retrouvé dans les poches

15 des messages écrits par des mains féminines, qui disaient "Dieu vous

16 garde", et des choses de ce genre. Donc, ce n'était pas des uniformes de

17 camouflage mais un tissu bariolé. Et nous avons obtenu des armes.

18 Nous avons commencé à suivre un entraînement. Au départ, cela m'a paru

19 surprenant, parce qu'on nous a appris comment on chargeait un fusil et

20 comment on le déchargeait. Parce qu'il devait, parmi nous, y avoir des gens

21 qui n'avaient pas fait leur service militaire. Nous qui avions fait notre

22 service, nous avions considéré cela trop facile.

23 Ensuite, il y avait un mur en bois où l'on s'entraînait pour descendre le

24 long de certaines cordes, et il y avait une inscription qui disait : c'est

25 ici que l'on met un terme au terrorisme ou que l'on stoppe le terrorisme.

26 Q. Pouvez-vous nous dire combien de temps cela a-t-il duré ?

27 R. Vingt et un jours.

28 Q. Que vous a-t-on appris là-bas ?

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1 R. Nous avons surtout mis ou employé beaucoup de temps pour ce qui est de

2 la surveillance du terrain, le mouvement, le nettoyage du terrain. Enfin,

3 c'était un entraînement militaire simple. Il y avait la connaissance des

4 armes et de l'utilisation de ce ces armes.

5 Q. Après ces 21 jours, que s'est-il passé ? Où êtes-vous allé ?

6 R. Nous somme revenus à Plaski en autocar jusqu'à la localité qui

7 s'appelle Javornik -- ou plutôt jusqu'à Rudopolje. De là, nous sommes allés

8 à pied jusqu'à la gare ferroviaire de Javornik. Çà et là, il passait encore

9 des trains. Je crois que nous avons pris un train pour nous transporter

10 jusqu'à Plaski.

11 Q. Aviez-vous des uniformes et des armes ?

12 R. Oui. Nous avions des uniformes et des armes. C'est à l'école secondaire

13 de Plaski qui était fermée à l'époque, c'est là que nous avons établi le

14 siège de cette unité. Nous étions 25. C'est là que nous avons dormi, vécu,

15 et cetera, puisqu'au poste de police, il n'y avait pas assez de place. Nous

16 y avons passé plusieurs mois.

17 Q. Où vous a-t-on donné ces uniformes et ces armes ? Parce que vous nous

18 avez dit que vous étiez partis sans uniforme et sans arme. Où avez-vous

19 reçu cela ?

20 R. Le campement de Golubic, il y avait plusieurs baraquements. C'était

21 certainement un centre de jeunesse et de travail volontaire des jeunes.

22 C'est là qu'on nous a distribué tout ceci, je ne connaissais pas les gens

23 mais cela va vite. Il s'agissait de prendre vite cela et de courir là-bas.

24 Je n'ai retenu aucun nom, mais c'est là qu'on nous a donné des armes et des

25 munitions. Lorsque nous avons quitté pour rentrer chez nous, nous avions

26 reçu un complet de combat, ce qui signifiait que quelque 150 balles par

27 homme.

28 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Monsieur le Président. Peut-être le

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1 moment serait-il opportun pour faire une pause à présent.

2 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Cela est effectivement le cas. Nous

3 allons faire une pause et nous allons reprendre à

4 16 heures.

5 --- L'audience est suspendue à 15 heures 30.

6 --- L'audience est reprise à 16 heures 01.

7 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Maître Milovancevic, à vous.

8 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

9 Q. Pendant la pause, j'ai été sollicité par les interprètes pour que nous

10 fassions, vous et moi-même, des pauses plus longues entre les questions et

11 réponses. Je vous prie d'en tenir compte.

12 Vous nous avez dit que suite à cet entraînement de 21 jours, vous êtes

13 rentré à Plaski avec ces gens qui ont suivi cet entraînement et que vous

14 vous êtes installés dans l'école. Vous en souvenez-vous ?

15 R. Oui.

16 Q. Quelle a été votre mission ? Combien de policiers y a-t-il eu à Plaski,

17 en tout et pour tout, lorsque vous êtes revenus de cet entraînement ?

18 R. Il y a eu les huit qu'il y avait avant, puis les autres 25 que nous

19 étions. Et à Golubic, il est allé encore 16 ou 18 hommes. Eux, ils sont

20 revenus un peu plus tôt.

21 En tout, donc les policiers d'active et de réserve, confondus, cela

22 faisait quelque 50 hommes.

23 Q. Quelle a été la mission de ces gens qui ont suivi un entraînement, tant

24 vous que les effectifs d'active ? Quel est le devoir qui était le vôtre ?

25 R. Nous avons eu des problèmes comme dans d'autres milieux. Il y a eu des

26 criminels qui ont mis à profit ces tensions pour commettre des vols, des

27 abus. Je ne sais plus combien il y a eu de meurtres et de vols. Il fallait

28 les empêcher, il fallait les arrêter. Mis à part ce fait, nous avons

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1 procédé au contrôle des voies de communication. Et personnellement, j'ai

2 pris part à des fouilles du terrain, à des formations complémentaires.

3

4 Nous avons donc veillé à sécuriser ce territoire tant à l'intérieur

5 que sur ses pourtours. Je précise que je ne me suis pas mêlé du travail

6 classique de la police qui était prise en charge par Dusan Latas et les

7 policiers formés à cet effet et la police scientifique et autres. Ce sont

8 des choses dont je ne me suis pas mêlé.

9 Q. Merci. Vous avez mentionné Dusan Latas. Qu'a-t-il exercé comme fonction

10 à l'époque ?

11 R. Il était commandant de cette section de la police qui est devenue un

12 poste de sécurité publique. Par la suite, il a été à la tête de ce poste de

13 sécurité publique.

14 Dasan Latas, de sa formation, était un juriste, il a fait une école

15 administrative.

16 Q. Dans le compte rendu d'audience, on ne voit pas le nom de famille. Est-

17 ce que je me trompe si je dis Latas ?

18 R. Oui, c'est tout à fait cela.

19 Q. Vous nous avez dit que vous avez aidé à sécuriser le secteur de Plaski.

20 Vis-à-vis de qui vous êtes-vous sécurisé ?

21 R. A l'époque, la Croatie avait déjà les ZNG qui constituaient des unités

22 paramilitaires classiques, et ils avaient des civils armés, des membres du

23 HDZ qui se sont aventurés à commettre des attaques terroristes contre des

24 installations sur des institutions serbes, notamment dans le secteur

25 d'Ogulin.

26 Par exemple, un café qui appartenait à Rade Milanovic, surnommé là-

27 bas à la sortie d'Ogulin. Cela a été dynamité plusieurs fois. Pour finir,

28 cela a été pratiquement détruit. C'étaient des lieux de rassemblement de

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1 jeunes Serbes, des cafétérias.

2 Q. Merci. Cela suffira. C'est d'Ogulin que vous parlez, à quelque distance

3 de Plaski. Contre quoi vous êtes-vous protégés à Plaski ?

4 R. Nous nous sommes protégés vis-à-vis l'arrivée de ces paramilitaires.

5 Nous avons opté en faveur d'une vie au sein de la SAO Krajina. Nous avons

6 opté en faveur d'un travail effectué par la police de la SAO de la Krajina.

7 Il nous appartenait à nous de mettre en uvre, de réaliser la volonté du

8 peuple.

9 Q. Y avait-il des installations militaires de la JNA à Plaski ?

10 R. Quand je parle de Plaski, je parle de la région toute entière, donc de

11 tout ce qui faisait partie de Licka Jesenica, de la vallée de Plaski.

12 Il y avait une caserne avec des entrepôts, du matériel médical et un

13 entrepôt qui appartenait à la direction fédérale des réserves, qui était

14 sécurisé par l'unité de JNA sise à Plaski. Cette unité était plutôt petite.

15 Elle n'avait qu'une vingtaine de soldats. Son chef était un sergent, Ivica

16 Gace, qui était ressortissant croate.

17 Mis à part ce fait -e précise que c'est à 10 ou 12 kilomètres de

18 Plaski - il y avait à Licka Jesenica une caserne au niveau de la voie

19 ferrée qui mène de Plaski à Knin. Là, il y avait des entrepôts de

20 carburant. Il devait y avoir quelque 7 000 tonnes là-bas. Cela, je le sais

21 pour sûr, et cela était sécurisé par un peloton d'une trentaine de soldats.

22 Le commandant en chef de cette caserne était Bruno Pecirep, un capitaine de

23 première classe également Croate.

24 Q. Merci. Cela suffira.

25 Est-ce qu'à Plaski il y a, pour finir, des conflits armés qui surviennent

26 en 1991 ?

27 R. Un conflit sérieux est survenu le 22 juillet, date à laquelle les

28 forces croates de Josipdol se sont dirigées vers Plaski. Puis, dans le

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1 secteur de Vojnovci, il y a eu là un conflit. Nous avons entravé cette

2 avancée, et c'est depuis lors qu'il y a eu blocus des voies routières

3 allant de Plaski vers Josipdol et Ogulin. Dane Bunjevac, membre de mon

4 unité, chef de la première section, a été tué, et Letica Bodgan a été

5 blessé. Du côté croate, il y a également eu des victimes, d'après ce que

6 nous en a dit la radio.

7 Q. Vous nous avez dit que les forces croates sont parties de Josipdol et

8 que vous avez entravé cette attaque. Vous avez entravé qui, vous, et où

9 vous trouviez-vous ? Comment avez-vous entravé cette avancée et d'où, les

10 victimes dont vous avez parlé ?

11 R. Je dirais qu'à l'époque, mis à part l'unité qui était commandée par

12 moi-même et cette section de police que je vais appeler police régulière

13 commandée par Dusan Latas, de notre côté, il y a eu déjà un détachement de

14 la TO de créé. Cela s'est créé en début juillet 1991.

15 Ce que je sais, c'est qu'on leur a confié au niveau de la base

16 logistique de Karlovac - je crois que c'était un dénommé Skondric qui leur

17 a confié 750 fusils semi-automatiques - ce détachement de la TO était déjà

18 armé. Il a été créé un QG de la TO qui était commandé par un capitaine de

19 réserve de première classe qui s'appelait Nikola Dokmanovic. Eux avaient

20 déjà commencé à exercer leurs fonctions en guise de TO faisant partie des

21 forces armées de la RSFY.

22 Suite au début du conflit, je dirais que le conflit est survenu entre

23 mon unité et le MUP croate et leurs unités paramilitaires. Je sais que

24 c'était des unités paramilitaires parce que je les ai vues. Nous étions

25 près les uns des autres. En nous battant, ils étaient en civil, et entre

26 Vojnovac et Josipdol, dans le secteur de Sabljacke Drage. C'est là qu'il y

27 a eu un conflit avec utilisation d'armes à feu d'infanterie.

28 Q. Excusez-moi. Dans le secteur, aviez-vous des positions de déploiement

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1 ou des postes de contrôle ? Comment le conflit est-il survenu ?

2 R. Oui, je me suis dépêché, excusez-moi. Nous avions là un poste de

3 contrôle vers la ligne de démarcation ethnique, parce que Vojinovac était

4 la dernière des localités avec une majorité de la population serbe, et

5 c'était la dernière des municipalités locales faisant partie de ce que nous

6 avions déjà proclamé comme étant la municipalité de Plaski. Là, nous avions

7 un poste de contrôle. Ce contrôle était exercé suivant une ligne allant de

8 Vajin Vrh jusqu'à --

9 L'INTERPRÈTE : Un village dont l'interprète n'a pas saisi le nom.

10 LE TÉMOIN : [interprétation] -- Ce sont deux côtes entre Plaski et Ogulin.

11 C'est à mi-chemin.

12 Nous avions donc contrôlé cette voie routière de notre côté, et eux,

13 ils avaient des barricades et un contrôle d'organisés de leur côté à eux.

14 Q. Comment y a-t-il eu conflit ?

15 R. Dans le courant de la nuit --

16 Q. Attendez, la pause, la pause, s'il vous plaît.

17 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Oui, justement. Les interprètes

18 réclament des pauses entre les questions et réponses.

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Je m'excuse.

20 La nuit avant le 22, il y a eu des échanges de tirs dans ce secteur de

21 Sabljacke Drage, parce que leur unité du MUP qui sécurisait ce poste de

22 contrôle ne laissait pas passer -- ne laissait personne vers Plaski et ne

23 laissait pas passer des équipements funéraires. Nous n'avions pas de quoi

24 enterrer des gens, nous n'avions pas une production locale à Plaski.

25 Il y a eu des échanges de coups de feu, et de leur côté à eux, ils

26 ont lancé une attaque sérieuse. L'attaque s'est déroulée tout au large de

27 la ligne, et cela a duré toute la journée du 22 juillet.

28 M. MILOVANCEVIC : [interprétation]

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1 Q. Nous n'allons pas élaborer davantage là-dessus. Il y a eu une attaque

2 grave, sérieuse. Qu'est-ce que cela signifie ? Avec quoi vous a-t-on tiré

3 dessus et quelle est la largeur de cette ligne d'intervention ?

4 R. D'après ce que nous avons appris ultérieurement, de leur côté, il y a

5 eu participation de tous les membres du MUP. Il devait y avoir au moins 200

6 ou 300 hommes dans l'attaque. Nous avons riposté avec les forces que nous

7 avions.

8 Je précise que dans l'après-midi du 22 juillet, la Défense

9 territoriale s'est déployée, et ils sont restés là jusqu'à peu près

10 l'opération Tempête en 1995. L'attaque a été lancée de leur côté à l'aide

11 de mortiers et d'armes d'infanterie.

12 Q. Merci. Vous parlez du 22 juillet 1991, n'est-ce pas ?

13 R. Exact.

14 Q. Comment se présentait la situation à Plaski après le conflit ? Qu'est-

15 il arrivé ensuite ?

16 R. Après le 22 juillet, Plaski s'est trouvée encerclée complètement. Le

17 peu d'approvisionnement qui arrivait d'Ogulin par les voies détournées,

18 tout a été bloqué. Les forces ennemies nous ont encerclés de toutes parts.

19 D'un côté, il y avait Slunj, puis le polygone militaire. Cela s'enchaînait

20 en direction d'Ogulin. Ensuite, d'Ogulin, cela suivait après la chapelle

21 des localités ou des villages --

22 L'INTERPRÈTE : Dont l'interprète n'a pas entendu le nom.

23 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est tout ce qui est sur l'axe Plaski, l'axe

24 de Plitvice. Nous avons organisé une défense circulaire. Nous avons fait

25 sortir vers les lignes tout ce que nous avions comme effectif et nous avons

26 déployé nos forces de défense sur tous les axes.

27 Q. Merci. Lorsque vous dites que Plaski a été totalement isolée, pouvez-

28 vous nous dire ce qu'il était advenu des médicaments, de vivres, du courant

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1 électrique, et cetera ? Comment avez-vous résolu tous ces problèmes ?

2 R. A partir de ce jour-là, il n'y avait plus de courant du tout, plus

3 d'électricité. Pour ce qui est de médicaments, nous avons pu nous en

4 procurer tant bien que mal, mais il avait fallu emprunter une route à

5 travers la forêt. On courait de forts risques, parce que nous avons

6 toujours eu à être exposés à des incursions de groupes sans pouvoir les

7 contrôler.

8 Il s'agit d'un vaste secteur peu habité. Il s'agit évidemment d'une

9 altitude de 800 à 900 mètres, de forêts de pins et de sapins, donc peu

10 franchissables et difficilement praticables. Et là, nous avons eu beaucoup

11 de problèmes. Mis à part cela, problèmes de ravitaillement, de vivres,

12 problèmes de courant, problèmes de ligne téléphonique coupée. Ensuite, il y

13 a eu un autre problème. Les enfants qui faisaient leurs études en dehors de

14 Plaski devaient rentrer. Il a fallu les sécuriser.

15 Il a fallu sécuriser tant bien que mal le fonctionnement de courrier,

16 le PTT, le système de pension retraite. C'était encore lacunaire. Il a

17 fallu évidemment se procurer de l'argent pour des retraités. Nous étions 7

18 000 habitants encerclés totalement.

19 Q. Dans ces circonstances d'encerclement dont vous parlez maintenant,

20 lorsque vous parlez de Plaski, savez-vous ce qu'il était advenu des unités

21 de la JNA dans ce secteur ? Quelles étaient les positions et la situation

22 de la JNA, je pense aux garnisons de la JNA ?

23 R. Quelle était la situation ou le sort des Serbes de Plaski. Ce sort

24 devait être partagé par les unités de la JNA parce que tout un chacun

25 savait que la Croatie avait proclamé la JNA comme étant une force agressive

26 et d'agresseurs. Il faut dire aussi que la première caserne de la JNA qui

27 était tombée entre les mains des Croates était celle d'Ogulin.

28 Par conséquent, les unités de la JNA se trouvaient sous un blocus

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1 absolu et total. Cela dit, ils avaient la possibilité de communiquer avec

2 le polygone militaire de Slunj où se trouvait déplacé le commandement du 5e

3 Corps d'armée, de la 5e Armée. Celle-là bloquée aussi, mais depuis la

4 caserne de Plaski pouvait-on se rendre à Slunj. Il y avait Tovonj [phon],

5 Kukaca [phon] et ailleurs, les secteurs qui déjà se trouvaient sous le

6 contrôle des Croates.

7 Q. Y a-t-il eu des activités militaires à l'encontre des installations

8 militaires de la JNA à cette époque-là, et cela évidemment lancées par des

9 Croates ?

10 R. Je vous ai déjà dit que la première caserne à tomber entre les mains

11 des Croates, c'est la caserne d'Ogulin au mois de septembre. Ensuite, 1991,

12 près d'Ogulin et Josipdol, il y avait d'autres entrepôts à Ostarije et à

13 Skradnik. A Skradnik, il y avait les entrepôts d'armes et d'armements,

14 d'équipements militaires. Je sais avec certitude qu'il y avait plus de 100

15 000 pièces d'armes d'infanterie. Il s'agissait d'entrepôts de l'armée. Il y

16 avait plus de 700 mortiers et un important nombre de pièces d'artillerie de

17 moindre calibre, ZIS et autres marques. Il y avait Mirko Radakovic,

18 lieutenant-colonel, qui avait emmené un groupe, un détachement de

19 volontaires pour sécuriser les entrepôts de Skradnik. Parce que les soldats

20 d'autres nationalités outre que celles de Serbes ont quitté les casernes

21 sans coup férir. Et cela aurait été un grand problème de voir cette caserne

22 tombée entre les mains de Croates.

23 Q. Puis-je en déduire de façon positive que l'entrepôt de Skradnik était

24 un entrepôt important, un des majeurs de la JNA ?

25 R. Oui.

26 Q. Vous avez dit tout à l'heure qu'à Licka Jesenica se trouvait un

27 entreposage de carburant, 7 000 tonnes de carburant. C'était aussi un

28 entrepôt de la JNA ?

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1 R. Oui.

2 Q. Est-ce qu'il y a eu d'autres entrepôts ? Vous avez mentionné les

3 localités.

4 R. Oui. Ostarije 1 et 2. Ostarije, c'est une localité entre Josipdol et

5 Ogulin. Là se trouvaient d'importants entrepôts de munitions. Il s'agissait

6 des munitions d'artillerie pour missiles. La JNA l'a fait sauter en l'air

7 d'ailleurs, cet entrepôt.

8 Q. Pourquoi, d'après vous, la JNA l'aurait fait sauter en l'air ?

9 R. La JNA l'a fait, parce qu'il n'y avait pas de possibilité d'évacuer

10 tous ces équipements. Les hommes ont été évacués, mais pour ce qui est des

11 munitions, on les a fait sauter en l'air.

12 Q. Merci. Essayons d'observer une petite pause entre questions et

13 réponses.

14 Vous venez de faire la description de la situation de Plaski comme étant un

15 isolement, un blocus. Est-ce que vous avez essayé de résoudre ce problème

16 en négociant avec les gens de Saborsko; c'étaient vos voisins ?

17 R. Justement, il s'agit de parler d'importantes négociations avec eux.

18 Nous avons même demandé à la JNA, qui était pluriethnique, d'intervenir

19 pour être le médiateur pour offrir des garanties comme quoi la population y

20 devait y être sécurisée, que personne ne devait être évacué de Plaski. On

21 avait demandé à lever le blocus des voies de communication.

22 Mais lorsque, au mois de septembre, nous semblions obtenir un compromis, il

23 y avait à Saborsko un renfort depuis Zagreb. Ces gens-là venaient à Lipice,

24 Stajnica, Lipovski Kriej [phon]. Eux, ils ont fini par capturer nos gardes

25 qui étaient des unités de la TO. Deux policiers actifs ont été capturés

26 également, qui étaient de retour de Korenica. Et ces forces croates ont

27 fini par capturer des civils même d'âge mineur, en âge mineur. Il y avait

28 un homme qui était quelqu'un qui, avec six enfants à Kapela, loin de toute

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1 civilisation, vivait en pleine forêt. La localité la plus proche était à 10

2 kilomètres. Ces enfants sont venus nous dire que les gens les avaient

3 capturés, et tous ces gens ont été capturés pour être emmenés à Saborsko.

4 Voilà ce qui a définitivement fait échouer toutes nos tentatives et plans

5 en vue d'un cessez-le-feu et en vue d'une paix négociée.

6 Q. Merci. Mais nous n'en savons rien quant à ces négociations. Qui c'est

7 qui a négocié avec qui de Saborsko ? Est-ce que vous vous en souvenez ?

8 Dites-le-nous très brièvement. Et qu'est-ce que c'est que vous avez obtenu.

9 Vous disiez que vous étiez sur le point d'obtenir un compromis et un

10 accord, et cetera, et lorsque les gens de Croatie sont venus, tout a été

11 raté ?

12 R. Je vous ai déjà dit que de notre côté, c'était Mihajlo Knezevic qui

13 était chargé des négociations. Il était professeur à Saborsko, homme

14 respectable et maître de maison respectable avant la guerre.

15 De leurs côtés, les Croates, je ne me souviens plus de noms, mais je

16 crois que leur homme avait des problèmes d'une mauvaise respiration. Il

17 était doté d'un appareil qui devait l'aider à mieux respirer. Enfin, est-ce

18 qu'il s'appelait Mataj, ou quelque chose. Il était, enfin, de Saborsko, en

19 tout cas, chargé de négocier au nom de Saborsko.

20 Q. Qu'avez-vous demandé ? Qu'avez-vous réclamé ? Qu'est-ce qui a été

21 adopté par qui, et lorsque ce groupe évidemment est venu pour évidemment

22 tout faire tomber à l'eau et faire échouer vos négociations ?

23 R. Nous avons demandé à ce que la voie de communication soit libérée

24 depuis Licka Jesenica jusqu'au lac de Plitvice pour qu'il y ait une

25 circulation civile normale, un ravitaillement régulier, pour que les gens

26 se retirent, qu'ils, évidemment, soumettent les armes à la JNA.

27 Outre évidemment ces quatre personnes policiers à Plaski, que toutes

28 les autres forces armées devaient être évacuées de Plaski et devaient

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1 remettre leurs armes à la JNA, pas à nous, pas à nous ni à la police de

2 Plaski ni à la TO de Plaski, et que nous avons voulu que la JNA se porte

3 garant de la bonne exploitation des voies de communication, et notamment

4 pour répondre aux besoins des civils de Plaski.

5 Parce que mis à part le fait que nous n'avons pas eu de courant

6 électrique, nous n'avons pas eu d'eau non plus, il a fallu avoir des

7 groupes électrogènes. Il a fallu avoir évidemment du carburant. Rien n'a pu

8 être procuré de notre côté et par nous-mêmes tant que la situation était

9 comme elle était.

10 Q. Est-ce qu'à un moment donné, dans le secteur de Saborsko et de

11 Plaski et ailleurs, il y a eu des actions de combat et armées, et si oui,

12 quand ? Dites-nous si oui et quand ?

13 R. Même avant le mois de septembre, déjà en août, étant donné que

14 Saborsko se trouve à une altitude plus importante par rapport à Licka

15 Jesenica, il y a là une colline surplombant le tout, répondant au nom de

16 Borik et sous contrôle des Croates. Eux, ils sont capables de voir et

17 d'observer la Licka Jesenica, ayant une vue dégagée, comme s'il était sur

18 leurs paumes. Les gens ne pouvaient pas évidemment travailler dans les

19 champs, il y avait toujours des échanges de tirs.

20 Or, déjà au mois d'août, ai-je dû évacuer un détachement vers l'école

21 de Licka Jesenica --

22 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Puis-je vous interrompre. Excusez-moi.

23 Vous parlez du mois d'août, en quelle année, s'il vous plaît ?

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Je parle de l'année 1991.

25 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci.

26 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

27 Q. Vous dites que vous avez déployé ce détachement. Quelle était leur

28 mission ?

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1 R. Il s'agissait d'une section qui devait sécuriser les gens qui

2 travaillaient normalement dans les champs. Parce que là, l'hiver vient

3 vite, et si on n'arrive pas évidemment à s'occuper de la récolte et du

4 bois, évidemment, de chauffage, on risquait de ne pas pouvoir survivre à

5 l'hiver. Ce détachement les a sécurisés pour riposter tout simplement à

6 tout tir, à tout feu sans faire rien de plus.

7 Q. Vous avez évoqué tout à l'heure la venue d'un groupe d'hommes armés de

8 Zagreb. Est-ce que vous avez une information selon laquelle on pouvait

9 savoir combien de gens, combien de troupes étaient venues et quelles

10 étaient leurs armes ? Est-ce que vous avez pu l'observer et le voir et le

11 savoir ?

12 R. Oui, nous avons pu le savoir. Une fois qu'il y a eu - cela, je me dois

13 de relater l'ensemble de cet événement. Cela va nous prendre un peu de

14 temps.

15 J'ai dit qu'il y avait un groupe de Zagreb commandé par Luka Hodak, qui a

16 emprunté la voie de communication de Stajnica, Lipice, Glibodol, à travers

17 la forêt, traversant les Ravni Lugovi [phon]. A cette époque-là, ils

18 étaient au nombre de plus de 200. Ils étaient supérieurs. Ils ont pu

19 capturer quatre de nos hommes qui sécurisaient cette voie de communication,

20 parce que cette voie de communication, nous l'empruntions nous aussi.

21 Il y avait quatre autres troupes de Licka Jesenica, qui ont été capturés,

22 de même que furent capturés deux policiers qui étaient de retour. Moi, par

23 l'enjeu de circonstances bizarres, je me rendais à Korenica. Il y avait

24 Milan Botsas [phon], commandant, lui il a été capturé, j'ai réussi à

25 m'évader.

26 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Puis-je vous interrompre, s'il vous

27 plaît. Je crois que vous y allez beaucoup trop en étendu et largeur.

28 La question était : Vous avez évoqué qu'il y avait un groupe d'hommes

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1 armés venus de Zagreb. Est-ce que vous savez combien d'hommes il y avait

2 dans ce groupe et quel était leur armement ?

3 Alors maintenant vous vous êtes mis à raconter une longue histoire

4 sans nous dire combien d'armement ils possédaient. Essayez de répondre

5 brièvement si possible et en détail, Monsieur le Témoin.

6 Vous dites qu'ils avaient emprunté une voie de communication à

7 travers les forêts, si le conseil de la Défense souhaite savoir ces

8 détails, il vous posera des questions.

9 Maître Milovancevic, essayez de contrôler les réponses de ce témoin.

10 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Oui, Monsieur le Président, je m'en

11 occuperai.

12 Q. Monsieur le Témoin, vous avez entendu une question et pour y répondre

13 vous dites : "Je vais vous relater cela un petit peu de long en large." Sur

14 la base de quoi pouvons-nous comprendre comment vous avez pu observer tout

15 cela et obtenir toutes ces informations ? Il y avait des gens qui ont été

16 capturés et libérés, c'est pour cela qu'il y a eu des échanges, non ?

17 R. Oui.

18 Je voulais dire, et je m'excuse auprès de la Chambre de première

19 instance, que j'avais des informations de première main. Il y avait Vlado

20 Vukovic qui a été capturé et qui était un des membres des leurs de

21 Saborsko.

22 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Excusez-moi, je me dois de vous

23 interrompre. Vous ne nous avez toujours pas répondu à la question du

24 conseil de la Défense.

25 Maître Milovancevic, vous n'insistez pas à la question posée par vous. La

26 question était : Combien de gens étaient au sein de ce groupe et quels

27 étaient leurs armements ? Monsieur le Témoin, vous dites qu'ils étaient au

28 nombre de 200. Nous ne savons pas quelles étaient leurs armes. Maintenant

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1 vous racontez autre chose. Maître Milovancevic, vous laissez faire. Essayez

2 de guider le témoin vers la substance même de la question.

3 M. MILOVANCEVIC : [interprétation]

4 Q. Monsieur le Témoin, soyez précis. Je vais vous poser des questions,

5 répondez-y très concrètement, et si on en a besoin encore, je vais vous

6 poser d'autres questions. Voilà ce que suggère, Monsieur le Président, et

7 c'est une procédure normale.

8 Vous dites il y avait 200 personnes dans ce groupe, et dites-moi, quels

9 étaient leurs armements ? Si j'ai besoin d'autres détails, je vais vous

10 interroger là-dessus, s'il vous plaît.

11 R. Dans ce groupe il y avait environ 12 camions, environ 200 hommes. Ils

12 transportaient des armes d'infanterie à l'intention de toute la population

13 de Saborsko. Eux dans ce groupe-là, ils étaient armés, ils avaient au moins

14 deux mortiers de 82 millimètres de calibres, ils avaient un canon à défense

15 antiaérienne, de 20 millimètres, ensuite il y avait un Browning de calibre

16 12,7 millimètres, et ils avaient également un canon sans recul.

17 Q. Bon, merci. Vous avez dit que tout cela s'est déroulé au mois de

18 septembre 1991, n'est-ce pas ?

19 R. Oui, exact.

20 Q. Vous dites que la venue de ce groupe a fait échouer vos négociations

21 avec les gens de Saborsko portant une solution à l'amiable, à la solution,

22 n'est-ce pas ?

23 R. Oui.

24 Q. Que s'est-il produit à Saborsko lorsque ce groupe y était venu ?

25 Comment évolue la situation, s'il vous plaît, à Saborsko?

26 R. A Saborsko on tire dans l'air, on célèbre, et les gens qui ont été

27 emmenés là-bas comme étant des prisonniers de guerre sont passé à tabac,

28 torturés, et ils doivent passer à travers les fourches --

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1 Q. Ma question vise à savoir quel était le rapport de force entre vous

2 autres de Plaski et les autres de Saborsko. Est-ce que vous pouvez nous en

3 dire davantage ?

4 R. A cette époque-là, Saborsko devient un point d'appui important, il

5 compte plus de 400 troupes sous armes, ils avaient tout ce que j'ai évoqué

6 tout à l'heure comme artillerie, ils prenaient leur position tout le long

7 de la voie de communication et suivant tous les points importants qui

8 séparent Licka Jesenica de Saborsko.

9 Q. Lorsque vous dites que les gens de Saborsko se trouvaient déployés tout

10 le long de votre communication et suivant les points, points importants. A

11 quels points vous référez-vous, est-ce qu'il s'agit de noms à citer ou des

12 cotes ?

13 R. Je me référais à des points qui sont dominants. Il s'agit de Borik et

14 de Sivnik. Il s'agit des aiguilles dominantes, qui dominent Saborsko et

15 Licka Jesenica, ils y prennent possession et pour s'y fortifier également.

16 Et en profondeur aussi ils le font, je le sais de première main parce que

17 je me suis lancé à des observations à une distance de 6 kilomètres de

18 Saborsko. Ils creusent des tranchées et des Casemates, le tout fortifié,

19 moyennant les solides et des troncs d'arbres, par conséquent ils se

20 préparaient à organiser une défense sérieuse et soutenue.

21 Q. Y a-t-il eu des accrochages ou des conflits entre la JNA et ces forces

22 de Saborsko avant le mois de novembre 1991 ?

23 R. Pour ce qui est des accrochages ou conflits, les installations de la

24 JNA ont été prises pour cibles en septembre 1991 au même moment que Plaski.

25 Une attaque fut lancée en novembre 1991 contre la caserne de Licka

26 Jesenica.

27 Q. Merci. Vous dites que les accrochages étaient au moment lorsque les

28 gens de Saborsko prenaient pour cible la caserne de la JNA et Plaski ?

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1 R. Depuis Saborsko ils ne pouvaient pas prendre Plaski pour cible parce

2 que la distance qui les séparait dépassait la portée de leurs armées, de

3 leurs artilleries, depuis Kapela à Modrasa [phon] Josipdol, il pouvait le

4 faire.

5 Mais de Saborsko ils avaient une vue dégagée parce que je vous ai

6 déjà dit qu'ils étaient à une altitude plus importante que celle de la

7 Licka Jesenica. Or, les forces qui prenaient pour cible la caserne tiraient

8 depuis Licka jesenica et Josipodol. Leur visibilité n'étant pas bonne, eux

9 ils dirigeaient leur feu vers Licka Jesenica parce que la caserne fut

10 touchée par plus de 200 projectiles, viser et bien toucher sans des tirs

11 ratés, ni cours ni long. Ainsi le centre médicale de Licka Jasenica a été

12 touché encore que bien marqué par une croix rouge, et c'est Javorka Vukelic

13 une infirmière qui a été tuée, et Dusanka Grba a été grièvement blessé à

14 cette occasion-là, elle aussi infirmière.

15 Q. Monsieur Medakovic, vous êtes un habitant de Plaski, vous habitez

16 Plaski, vous êtes en train de relater l'attaque contre la caserne Licka

17 Jesenica, vous êtes en train de dire que moyennant leurs tirs, Saborsko --

18 Saborsko, ont été pris pour cibles et touchés. D'où tenez-vous toutes ces

19 informations, comment le saviez-vous ?

20 R. A cette époque-là, je me trouvais in situ approximativement début

21 novembre, ce point névralgique Glibodolski, qui marque une intersection de

22 routes lorsque vous venez de Licka Jesenica, c'est là que se trouvaient

23 positionnés nos sentinelles. A cette époque-là ils ont été attaqués, deux

24 de nos hommes ont été blessés et ont été obligés de se retirer.

25 Ensuite j'ai envoyé, j'y ai dépêché un groupe qui devait prendre

26 possession tout le long de cette voie de communication.

27 Et c'est ainsi que nous tombons en plein feu moyennant lesquels tirs

28 et feux, a été pris pour cible la caserne. J'ai pu commander moi-même un

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1 groupe qui devait encore reprendre et libérer Glibodolski.

2 Q. Vous dites que ceci se passait en début novembre, le 4 novembre 1991,

3 des forces s'attaquaient contre la caserne de Licka Jesenica. Les forces de

4 qui attaquaient la caserne ?

5 R. Il s'agissait des forces de la MUP croate et de ZNG de la Garde

6 populaire de Croatie.

7 Q. Merci. A cette époque-là, en ce moment-là, lors de ces attaques, la

8 caserne de Licka Jesenica a-t-elle été prise ?

9 R. Les combats ont duré plusieurs jours, nous avons pu défendre et

10 protéger la caserne Licka Jesenica grâce aux effectifs de Plaski. Il y

11 avait un homme qui a été tué, il était Croate, Zeljko Gajsak, le nom de

12 famille échappe à l'interprète. Il y avait d'autres blessés.

13 Mais du côté Croate, il y avait un soldat qui était tué, il portait

14 un uniforme de camouflage, il aurait dû être touché par un tir de grand

15 calibre. Nous n'avons même pas pu l'identifier comme il le faut. Il a été

16 enterré tout près de la voie ferrée de Licka Jesenica.

17 Q. S'il vous plaît, vous avez dit que vous avez pris part à ces combats

18 près de la caserne de Licka Jesenica, le 4 novembre 1991.

19 Comment avez-vous pu déduire que les feux des artilleries ont été guidés

20 depuis le secteur Saborsko pour prendre pour cible la caserne ?

21 R. Non seulement les forces de Saborsko ont orienté leur tir vers la

22 caserne mais de l'autre côté de la voie ferrée, elles ont lancé une

23 attaque.

24 Cette attaque a été contrecarrée, leurs forces sont passées par les

25 monts Vukelic Poljana, et c'est sur le seuil de sa maison que Vukalic

26 Branko, surnommé Sapina, a été tué. Les Croates se sont ensuite vantés pour

27 dire s'ils n'ont pas pu prendre la caserne, ils ont tué un Chetnik. Il

28 s'agit de ces Croates qui ont été capturés par nous et qui ont raconté tout

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1 cela pour se vanter. Or, ce Chetnik avait plus de 50 ans, il était sur le

2 seuil de sa maison et il voulait se rendre dans ses étables, et cetera.

3 Q. Merci. Je vais vous poser des questions additionnelles là-dessus tout à

4 l'heure. Saviez-vous si en novembre 1991 la JNA entreprenait des activités

5 militaires en vue d'une levée de blocus des voies de communication ou en

6 vue de protéger ses propres installations ?

7 R. A cette époque-là, la JNA se trouve dans ce secteur en situation

8 difficile, ils sont eux-mêmes complètement bloqués.

9 M. WHITING : [interprétation] Je soulève une objection, Monsieur le

10 Président, parce qu'il s'agit d'une question directive. La toute dernière.

11 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] M. Milovancevic, il y a une objection

12 soulevée par l'Accusation comme quoi il s'agissait d'une question

13 directive.

14 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Monsieur le Président. Je n'ai pas cette

15 impression-là, pour éviter tout problème, avec votre permission, je vous

16 reformuler ma question. Ceci me semble être tout à fait pertinent, je ne

17 souhaite pas poser des questions directives à ce témoin. Avec votre

18 permission, puis-je reformuler ma question ?

19 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Je suis d'accord. Je fais droit à

20 votre demande mais le témoin connaît déjà la réponse à la question, étant

21 donné la nature suggestive directive de la question de tout à l'heure. Mais

22 allez-y. Vous êtes autorisé à reformuler votre question.

23 M. MILOVANCEVIC : [interprétation]

24 Q. Est-ce que le nom Cedomir Bulat, colonel de JNA, vous dit quelque

25 chose, Monsieur le Témoin.

26 R. Oui. J'ai eu la possibilité de le connaître personnellement.

27 Q. Dans quelle circonstance l'avez-vous connu ?

28 R. J'ai fait sa connaissance une première fois lorsque les anciens

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1 commandants de la caserne, Bruno Pecirep dont le nom j'ai évoqué et le

2 commandant de Plaski, Ivica Gace, ils étaient Croates tous les deux, je les

3 ai escortés vers le polygone militaire parce que leur sécurité a été mis à

4 péril à cause des déclarations faites par Bruno Pecirep. Je leur ai garanti

5 la sécurité et je les ai remis au colonel Cedo Bulat. C'est à ce moment là

6 que j'ai fait sa connaissance, il était colonel, au grade de colonel, je

7 crois qu'il était à la tête du département chargé des opérations, mais je

8 ne suis pas certain pour autant.

9 Q. Où se trouvait-il à cette époque-là ?

10 R. Il se trouvait dans le secteur du polygone militaire de Slunj.

11 Q. Est-ce que le groupe de tactique de la JNA vous dit quelque chose ?

12 R. Oui. Je sais que le groupe tactique a été commandé par Cedo Boulat, et

13 je sais que le Groupe tactique 2, pour ainsi dire, a été le commandement le

14 plus ancien sur le terrain auquel tout le monde répondait et était

15 subordonné.

16 Q. Pouvez-vous nous dire quand le Groupe tactique 2 est apparu sur le

17 terrain ? Parce que vous avez dit que tout le monde lui a été subordonné ou

18 a été supérieur, tout le monde. Quand ces groupes ont apparu sur le

19 terrain ?

20 R. C'était à l'époque où la coopération sérieuse entre la TO de Plaski et

21 les unités de la JNA qui défendaient la caserne de Licka Jesenica a

22 commencé cette coopération. C'est le début de novembre 1991. C'est sûr que

23 cela a commencé à cette époque-là et peut-être même plus tôt.

24 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Est-ce qu'on peut voir un document et

25 l'afficher sur nos écrans de la liste 65 ter de l'Accusation qui porte le

26 numéro 1246.

27 Q. Avant que le document soit affiché sur les écrans, pouvez-vous nous

28 dire à quelle armée appartenait le Groupe tactique 2 ? Il faisait partie de

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1 quelle armée ?

2 R. De la JNA ou de la 5e Région, l'Armée de Zagred.

3 Q. Je vous remercie. Vous pouvez maintenant voir afficher sur votre écran

4 un document. S'il vous plaît, regardez ce document, est-ce qu'on peut

5 afficher la partie haute du document, la partie gauche des documents,

6 pouvez-vous nous lire le texte qui apparaît à gauche en haut.

7 R. "Le commandement de la 5e Région militaire, très expressément, le 23

8 octobre 1991."

9 Q. En dessous, il figure un intitulé bref. Pouvez-vous nous lire cela ?

10 R. La formation du Groupe Tactique 2, l'ordre.

11 Q. M. Medakovic, vous avez lu cela comme étant la formation du GT 2.

12 Pouvez-vous nous dire l'appellation complète de cette abréviation ?

13 R. Le Groupe tactique 2.

14 Q. Je vous remercie. Est-ce qu'on peut maintenant afficher en bas de la

15 page, au-dessous du texte, les points 2 et 3 de l'ordre. Pouvez-vous nous

16 lire le texte des points 2 et 3 de l'ordre ?

17 R. "Le commandement du GT 2 doit être formé des supérieurs du commandement

18 des unités de la 5e Région militaire selon la liste qui à l'annexe de cette

19 ordre. Pour le commandant du Groupe tactique 1 est nommé le colonel Cedomic

20 Bulat, chef du département chargé des opérations."

21 Q. Lisez le point 3, s'il vous plaît.

22 R. "La tâche du commandement du GT 2 est de coordonner les opérations des

23 unités de la JNA dans le secteur de Slunj et des unités de la TO de Plaski

24 dans la zone des municipalités de Slunj, Veljun, Perjasica, Primislje,

25 Plaski, Grabovac, Koranski Leskovac, Cetingrad, le Groupe tactique 2"

26 Q. Je vous remercie, cela suffit.

27 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Est-ce qu'on peut voir maintenant la

28 page 2 du document ? D'ailleurs, le document n'est composé que de deux

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1 pages. Est-ce qu'on peut voir qui a signé le document ? En B/C/S, il s'agit

2 du numéro 7806.

3 Q. Pouvez-vous voir le sceau et la signature en bas à gauche de la page 2

4 du document ?

5 R. Il est écrit : "Le commandement de la région militaire." Après, c'est

6 illisible. C'est ce qui figure sur le sceau. Après -- "le général des

7 divisions Zivota Avaramovic," si j'ai bien vu.

8 Q. Je vous remercie. Tout à l'heure, vous avez dit que tout le monde a été

9 subordonné au Groupe tactique 2. Vous avez pensé au Groupe tactique 2 de la

10 JNA ?

11 R. Oui, c'est exact. Déjà à l'époque, l'unité que je commandais faisait

12 partie de la brigade de la TO de Plaski qui a été rattachée. L'unité

13 n'existait plus comme étant une unité aux forces spéciales, et une partie

14 des membres de cette unité sont devenus les membres actifs de la police, et

15 les autres ont rejoint la brigade de la TO selon leur domicile respectif.

16 J'ai dit que le 1er juillet un détachement a été formé, et du 1er septembre

17 déjà, on a une brigade de la TO avec les trois bataillons d'infanterie.

18 Q. Est-ce que vous savez quelle était la relation entre la JNA et la TO de

19 Plaski ainsi que d'autres unités sur ce territoire ?

20 R. Selon la législation en vigueur, je sais que la JNA et la TO

21 représentaient les forces armées, il faut dire que la JNA avait le

22 commandement direct, c'est-à-dire le supérieur qui avait le plus haut grade

23 commandait la TO et la police pendant la guerre. C'est quelque chose qui

24 était notoire à l'époque.

25 Q. Merci.

26 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Monsieur le Président, je propose que ce

27 document soit versé au dossier comme pièce à conviction de la Défense.

28 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Le document est versé au dossier comme

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1 pièce à conviction de la Défense. Est-ce qu'on peut accorder une cote à ce

2 document ?

3 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Cela deviendra la pièce à conviction

4 portant la cote 960.

5 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Je vous remercie.

6 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Accordez-moi quelques instants, s'il

7 vous plaît, Monsieur le Président.

8 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Prenez votre temps.

9 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

10 Q. Monsieur Medakovic, pouvez-vous nous dire, après avoir vu l'ordre

11 portant sur l'information du Groupe tactique 2, l'information de la 5e

12 Région militaire de la JNA, pouvez-vous nous dire, après avoir vu cela, si

13 vous aviez connaissance si cet ordre a été exécuté et quelles unités

14 faisaient partie du Groupe tactique 2 ?

15 R. Je sais que l'ordre a été exécuté, et je sais que le colonel Bulat est

16 devenu commandant de ce groupe tactique. Je sais que notre brigade est

17 devenue une partie de ce groupe et était directement subordonnée au colonel

18 Bulat.

19 Q. Vous avez dit : "Notre organe a commencé à faire partie de et a été

20 directement subordonné." Votre brigade -- enfin, quelle brigade ?

21 R. La brigade de la Défense territoriale de Plaski.

22 Q. Est-ce que vous savez si le Groupe tactique 2 a opéré sur le territoire

23 en novembre 1991, s'il a mené des opérations dans la région ?

24 R. Je sais qu'un ordre est arrivé selon lequel il fallait lever le blocus

25 sur Plaski, à savoir de toute notre municipalité, des installations

26 militaires en attaquant le fief des Oustachi à Saborsko.

27 Q. Pouvez-vous nous dire qui vous a transmis cet ordre ? Pouvez-vous nous

28 expliquer préalablement ce que veut dire la partie de votre phrase : le

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1 fief des Oustachi à Saborsko ? D'abord, répondez à cette partie de ma

2 question.

3 R. Je dois l'appeler comme cela, ce fief, parce qu'avant cet ordre, un

4 incident affreux est arrivé à Gribodolski Kriz, qu'on a beaucoup de fois

5 mentionné, où ont été massacrés trois hommes de Plaski. C'était dans le

6 cadre de l'attaque contre la caserne de Licka Jesenica.

7 Q. Puis-je vous interrompre ?

8 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Je m'excuse, Monsieur le Témoin. On

9 vous a posé la question suivante : savez-vous si le Groupe tactique 2 a

10 mené des opérations dans la région en novembre, vers la fin de l'année

11 1991, et vous nous avez parlé de l'ordre.

12 Mais pouvez-vous nous dire par un oui ou par un non si le Groupe

13 tactique 2 a mené des opérations dans la région en novembre 1991 ? Je ne

14 veux qu'un seul mot de votre bouche : oui, non ou je ne sais pas.

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

16 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Ecoutez bien les questions et essayez

17 d'y répondre.

18 M. MILOVANCEVIC : [interprétation]

19 Q. Vous avez dit que ce groupe a mené des opérations et vous expliquez que

20 les objectifs de ces opérations - et là je vous paraphrase - étaient de

21 détruire les forces des Oustachi à Saborsko. Ma question précédente était :

22 pourquoi avez-vous utilisé le terme "les forces des Oustachi" à Saborsko ?

23 Répondez brièvement. Vous avez mentionné Glibodolski Kriz ?

24 R. J'ai utilisé ce terme parce qu'il s'agissait d'un moment crucial de la

25 population de Plaski, parce que tout le monde a pu voir de quelles forces

26 il s'agissait après le massacre qui a eu lieu à Glibodolski Kriz.

27 Q. Je m'excuse. Est-ce que cela veut dire qu'à cause de ce massacre à

28 Glibodolski Kriz, les forces à Saborsko ont été désignées par vous comme

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1 étant les forces des Oustachi ?

2 R. Jusqu'ici, j'ai parlé des forces croates au MUP, au rassemblement de la

3 Garde nationale, mais après avoir vu ce qui s'est passé sur le terrain,

4 utiliser le terme "Oustachi" pour les désigner, c'est un euphémisme.

5 Q. Pouvez-vous nous dire brièvement ce que vous avez vu à Glibodolski Kriz

6 et pourquoi vous avez utilisé ce terme, Glibodolski Kriz ?

7 R. Après avoir libéré Glibodolski Kriz.

8 Q. Pouvez-vous nous indiquer la date ?

9 R. Je pense que cela s'est passé le 7 ou le 8 novembre, au début de

10 novembre, dans le cadre de l'attaque contre la caserne de Licka Jesenica

11 qui a duré trois jours. A l'occasion de la reprise de ce carrefour à

12 Glidobolski Kriz, nous avons vu un tas de terre, un amas de terre

13 fraîchement fait. Nous n'avons pas eu d'outils; nous avons déterré cela par

14 nos propres mains. Il y avait deux cadavres de chevaux et il y avait une

15 carcasse d'un petit modèle de Fiat qui a été produit en Serbie, des pneus

16 crevés, et dans cette carcasse on a trouvé une oreille humaine coupée d'une

17 tête humaine, ce qui nous a dit que les gens qui se trouvaient dans ce

18 véhicule ont été tués. Il y avait à côté de cette carcasse de Fiat un

19 tracteur avec une sorte de remorque.

20 Après, les cadavres de chevaux ou en dessous de cet amas de terre, on a pu

21 tirer trois corps d'hommes, Susnjar Bogdan, Susnjar Milan et Petrovic

22 Bogdan.

23 Q. Vous avez mentionné trois hommes. Ils appartenaient à quel groupe

24 ethnique ?

25 R. Ils étaient Serbes. Petrovic Bogdan, il était membre de l'unité que je

26 commandais. Ce jour-là, il portait un pantalon, un vêtement civil, un

27 pantalon civil et une blouse avec l'emblème de la police de la Krajina, et

28 les deux autres portaient des vêtements civils.

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1 Q. Je vous remercie. Dans quel état se trouvaient-ils, ces cadavres ? Vous

2 avez dit que vous les avez trouvés en dessous des carcasses de chevaux ?

3 R. Bogdan Petrovic avait une ceinture en cuir sur sa jambe. Il avait plus

4 de 40 coups de couteaux, le plus dans les organes sexuels. Il a été castré

5 vivant. C'est le médecin qui m'a dit cela. Il s'agissait de Bogdan

6 Petrovic.

7 Ensuite, Susnjar Milan, surnommé Mijak, sur place, il avait une bague, et

8 ce doigt sur lequel il avait cette bague a été coupé. Il a été donc

9 massacré.

10 Susnjar Bogdan a eu de la chance pour être tué dans le tracteur d'un

11 projectile lancé d'une roquette portative.

12 Q. Vous avez dit que vous les avez trouvés, ces cadavres, en dessous des

13 carcasses de chevaux. Sur la base de quoi vous avez pu déterminer la façon

14 dont ils ont été tués ?

15 R. On a enlevé la terre en utilisant nos propres mains. Nous étions à peu

16 près une trentaine. Dusan Latas y était. Nous étions membres de la police

17 et nous avons enlevé la terre en utilisant nos propres mains, nous avons

18 tiré les carcasses de chevaux, et on a transporté les cadavres à Janja Gora

19 [phon]. C'était l'endroit d'où ils étaient originaires. Nous les avons mis

20 dans des cercueils en bois et nous avons appelé le médecin, un chirurgien

21 de Plaski.

22 C'est là où on a déchiré leurs vêtements pour voir quelles étaient

23 leurs blessures, et c'est là où j'ai pris les photographies, donc comment

24 on les a tirés. J'espère pouvoir trouver cela à Belgrade, au centre qui

25 s'occupe des enquêtes sur les crimes de guerre, et j'espère pouvoir les

26 envoyer à ce Tribunal.

27 Q. Je vous remercie.

28 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je m'excuse, Maître Milovancevic.

Page 8996

1 Juste un instant. Est-ce qu'on peut s'assurer que les trois de ces trois

2 victimes soient bien consignées au compte rendu ?

3 Il s'agissait donc de Petrovic Bogdan, de Milan -- quel était le nom

4 de famille de Milan ? Susjnar ?

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Susnjar.

6 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Et la troisième personne ? Pouvez-

7 vous nous dire le nom et le prénom de la troisième victime ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] C'était Susnjar Bogdan.

9 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

10 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Juste un instant, Maître Milovancevic.

11 Est-ce que cela veut dire que nous avons deux personnes dont le nom de

12 famille est Susnjar et nous avons deux personnes dont le prénom est

13 Bogdan ? L'un des deux est Petrovic Bogdan, et l'autre Bogdan Susnjar ?

14 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Bogdan Susnjar et Bogdan Petrovic.

15 L'autre Susnjar s'appelle Milan. C'est son prénom. Donc, Bogdan et Milan

16 Susnjar et Petrovic Bogdan, ce sont ces trois victimes.

17 Mme LE JUGE NOSWORTHY : [interprétation] Avant de continuer, j'ai une

18 question à poser au témoin.

19 Comment avez-vous pu conclure que l'oreille que vous avez trouvée

20 appartenait à Bogdan, ce premier Bogdan, Bogdan Petrovic ? Sur la base de

21 quoi vous avez pu conclure cela ?

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Le carrefour a été sous le contrôle de la

23 Croatie pendant à peu près deux jours. Ce Fiat, ce petit véhicule qui a été

24 produit en Serbie appartenait à ce Petrovic. C'était le premier indice.

25 A côté du siège, à travers la fenêtre, nous avons pu conclure que l'oreille

26 lui a été coupée. Au moment où ils se sont croisés et après l'avoir tiré du

27 véhicule, nous avons pu constater qu'une oreille lui manquait.

28 Mme LE JUGE NOSWORTHY : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le

Page 8997

1 Témoin.

2 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Pendant qu'on vous pose les questions

3 à ce sujet, puis-je vous poser des questions par rapport à deux choses ? La

4 première chose est la suivante : qui était le médecin légiste que vous avez

5 mentionné ?

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Il est difficile de dire qu'il s'agissait d'un

7 médecin légiste. Il s'agissait d'un chirurgien, Vrcelj Zivko, qui était

8 chez nous un médecin chirurgien d'un autre centre médical. Nous n'avons pas

9 eu de conditions nécessaires pour procéder à une expertise complète.

10 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

11 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Pouvez-vous nous répéter son nom ?

12 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Le nom du médecin ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Le médecin, Zivko Vrcelj. Maintenant, il est

14 médecin à Sremska Mitrovica en Serbie.

15 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie. La deuxième chose

16 est la suivante. Vous avez remarqué avant, que c'était pour la première

17 fois que vous avez utilisé le mot "Oustachi". Vous souvenez-vous de cela ?

18 C'était il y a cinq minutes. Qu'est-ce que vous avez entendu par cela :

19 c'était pour la première fois que j'ai utilisé le mot Oustachi à l'époque,

20 et non aujourd'hui ? C'est à l'époque où vous avez vu cela ? Est-ce que je

21 vous ai bien compris ?

22 LE TÉMOIN : [interprétation] J'ai dit que c'est pour la première fois

23 pendant mon témoignage que j'ai utilisé ce mot, le mot "Oustachi", en

24 parlant de cet événement. D'ailleurs, j'ai dit que c'est l'événement qui

25 nous a fortement rappelé d'autres événements du passé.

26 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Je vous remercie.

27 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Maître Milovancevic, vous pouvez

28 continuer.

Page 8998

1 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

2 Q. Vous avez répondu que le Groupe Tactique 2 a opéré dans cette région.

3 Pouvez-vous nous dire quand c'était, et pouvez-vous nous dire si vous étiez

4 lié en quelque sorte aux opérations de ce groupe ?

5 R. Après avoir défendu la caserne à Licka Jesenica, le commandant du

6 bataillon m'a dit, et d'ailleurs dans cette zone de responsabilité se

7 trouvait Licka Jesenica, il s'appelait Bogdan Grba, il m'a dit que l'ordre

8 pour débloquer de la voie de communication est arrivée pour s'emparer du

9 carburant. Il s'agissait de 7 000 tonnes de carburant, parce que la JNA est

10 restée sans carburant parce que le deuxième entrepôt, qui se trouvait plus

11 vers le sud à Rabjlani [phon] à côté de la voie ferrée, est tombé entre les

12 mains des Croates.

13 C'était la seule réserve de carburant dont la 5e Armée disposait à

14 l'époque. Un ordre urgent est arrivé pour libérer la voie de communication

15 qui passait par Saborsko.

16 Q. Je vous remercie.

17 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Je prie qu'on affiche sur les moniteurs

18 le document portant le numéro 108 de la liste d'accusation 65 ter, portant

19 le numéro 1248. Il s'agit du journal des opérations du Groupe tactique

20 numéro 2.

21 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Pendant que nous attendons l'affichage

22 des documents sur l'écran, est-ce que le témoin pourrait répondre s'il a

23 participé aux opérations avec le Groupe tactique 2 ? C'était une partie de

24 votre question, mais je ne l'ai pas entendu répondre à cette question.

25 M. MILOVANCEVIC : [interprétation]

26 Q. Je vous ai posé la question pour savoir si vous avez participé aux

27 opérations du Groupe tactique 2 ?

28 R. Oui, j'ai commandé personnellement une compagnie.

Page 8999

1 Q. Qui commandait cette opération lors des opérations menées à Saborsko ?

2 R. Le colonel Cedomir Bulat a commandé l'opération.

3 Q. Vous avez expliqué que vous avez commandé une compagnie. Qui faisait

4 partie de cette compagnie ?

5 R. C'étaient des policiers d'active, ensuite des forces de réserve de la

6 police et quelques volontaires des unités qui ne se trouvaient pas sur

7 cette direction, cela veut dire du 1er et du 2e Bataillons qui se trouvaient

8 dans la direction de Josip Dol [phon], et certains combattants qui se

9 trouvaient dans mon unité, aux fins spéciales, qui par la suite ont été

10 donc transférés dans la brigade de la TO.

11 Nous étions à peu près une soixantaine d'hommes. Il ne s'agissait pas

12 vraiment d'une compagnie.

13 Q. Avant de passer au document, j'ai encore une question.

14 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Oui, Monsieur le Président ?

15 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Quelle était cette unité aux fins

16 spéciales, qui avait des missions spéciales ?

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Dans la première partie de mon témoignage,

18 j'ai dit qu'un groupe d'hommes qui ont été formés à Knin, une unité aux

19 missions spéciales a été formée. Il ne faut pas la relier à une autre unité

20 qui portait le même nom. Il s'agissait d'hommes de Plaski, et jusqu'au 1er

21 septembre 1991, j'ai été commandant de cette unité.

22 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Lorsque vous parlez de l'unité qui

23 avait des missions spéciales dans ce contexte, vous pensez aux hommes qui

24 ont été formés à Knin, à Golubic ?

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, c'est exact.

26 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Je vous remercie. Vous pouvez

27 continuer, Maître Milovancevic.

28 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Avant la pause, j'ai deux questions pour

Page 9000

1 en finir avec ce sujet.

2 Q. Vous avez dit que le colonel Bulat était commandant du Groupe tactique

3 2, que vous avez commandé votre unité, et est-ce que vous aviez un

4 supérieur hiérarchique direct vous-même ?

5 R. Dans le cadre de l'opération, de cette opération, le commandant du

6 bataillon a été mon supérieur hiérarchique direct. Il s'appelait Grba

7 Bogdan.

8 Q. Je vous remercie.

9 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Monsieur le Président, si je ne m'abuse,

10 à 17 heures 15, on devrait faire une pause. Je ne sais si c'est le moment

11 pour faire une pause.

12 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Oui, effectivement. Nous allons faire

13 une pause et nous allons revenir dans la salle d'audience à 18 heures.

14 --- L'audience est suspendue à 17 heures 15.

15 --- L'audience est reprise à 17 heures 45.

16 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Maître Milovancevic, à vous.

17 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Vous permettez que je continue, Monsieur

18 le Président ?

19 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] En effet, Maître Milovancevic, je l'ai

20 déjà dit. Je l'ai déjà dit à voix basse peut-être, mais ces microphones

21 sont, je crois, très sensibles, et point n'est besoin de heurter les

22 oreilles de quiconque en parlant très fort.

23 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Je n'avais

24 pas mis mes écouteurs, donc la faute en retombe sur moi.

25 Q. Monsieur Medakovic, nous avons sur les moniteurs un document que je

26 vous demanderais d'étudier dans ses différents paragraphes, le journal

27 opérationnel du Groupe tactique 2; c'est l'intitulé du document.

28 J'attire votre attention sur l'alinéa 3. A côté du 3, dans la colonne

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1 verticale, on voit d'abord Slunj, et c'est la colonne qui, d'après le haut,

2 désigne l'endroit, la date et l'heure. On voit la date du 5 novembre 1991.

3 Etant donné qu'il s'agit d'un texte manuscrit, j'aimerais que vous suiviez

4 ce qui figure sur le moniteur. Je vais vous en donner lecture, et vous me

5 direz si j'ai bien donné lecture de ce qui est écrit. On y dit : "Le 5

6 novembre 1991, vers 22 heures, cela a été noté." Alors, on dit : "Vers 18

7 heures, depuis le secteur de Glibodolski Kriz, les forces du ZNG et du MUP

8 ont entamé leurs activités en direction du SKPG, Licka et Jesenica,

9 activités qui ont duré jusqu'à 22 heures. Les forces de l'ennemi sont

10 intervenues à partir du secteur d'Alan et de Veliki Sivnik. Il a été

11 riposté à ces tirs par des tirs d'artillerie de 26 obus."

12 Est-ce que vous voyez ce texte ?

13 R. Oui, c'est clair.

14 Q. Merci. Ici, on dit que l'on est intervenu sur SKPG Licka Jesenica. Est-

15 ce que vous pouvez nous dire ce que, à votre avis, cette abréviation SKPG

16 veut dire ?

17 R. Cette abréviation désigne entrepôt de carburant. C'est la JNA qui s'est

18 servie de ce type d'abréviation pour écourter les textes.

19 Q. Merci.

20 M. LE JUGE HOEPFEL : [interprétation] Oui, j'allais le dire. C'est SKPG,

21 mais ici, on dit qu'en traduction, il y a "sic", mais cela doit être une

22 erreur dans l'original. Mais pourriez-vous tirer cela au clair, Monsieur

23 Milovancevic ?

24 M. MILOVANCEVIC : [hors micro]

25 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Micro, Monsieur.

26 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Pardon.

27 Q. SKPG, c'est bien ainsi que cette abréviation se lit ?

28 R. Oui, SKPG. Cela veut dire entrepôt de carburant.

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1 Q. Ce sont les lettres au début en langue serbe, en B/C/S ?

2 R. Exact.

3 Q. Merci. J'aimerais maintenant que nous nous penchions sur l'alinéa 4 de

4 ce journal opérationnel. C'est ce qui figure tout en bas de la page. Je ne

5 sais pas en quelle page de la version anglaise cela se trouve, mais le

6 mieux serait peut-être de nous référer à l'alinéa 4 et à la date du 7

7 novembre 1991.

8 Monsieur le Président, je crois vous n'aurez pas de mal à retrouver

9 ce passage.

10 On lit : "En direction de la caserne (SKPG de Licka Jesenica), les

11 effectifs de la TO de Plaski ont fait l'objet de tirs de MB et Brownings de

12 la part des ZNG depuis le secteur de Saborsko."

13 Il me semble ici qu'on dit Zuzni Vrh, Bozin Vrh, et autres axes. Le voyez-

14 vous, cela ?

15 R. Je vois, mais Zuzni Vrh, je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas Zuzni

16 qui est écrit ici.

17 Q. Peut-être n'ai-je pas bien lu, c'est mal écrit, que c'est un autre Vrh.

18 Là, j'aimerais qu'on nous montre la page 7 798, page suivante. C'est

19 là que l'on retrouve l'alinéa 5, et on revoit la même date, celle du 7

20 novembre 1991. La localité est Licka Jesenica et l'heure est de 2 heures

21 50, c'est donc tard la nuit ou très tôt le matin. A côté du 7 novembre, on

22 dit : "Soumis à des tirs puissants de Saborsko et Glibodol en direction de

23 la caserne."

24 Voyez-vous ce texte ?

25 R. Oui, c'est exact, je vois.

26 Q. Ensuite, à l'alinéa 6, on voit une fois de plus Licka Jesenica, la date

27 du 7 novembre 1991, puis on voit plusieurs heures, 16 heures 30, 16 heures

28 15, 16 heures 45, 17 heures et 20 heures. Je me propose de vous donner

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1 lecture de la phrase du début. "Très forte attaque en direction de la

2 caserne de Licka Jesenica de la part des ZNG."

3 Ensuite, on dit : "Tirs à l'artillerie de 130 millimètres en direction des

4 secteurs Mala Kapela, Glibodolski Kriz, Ugala Vrlakna, Draga." Le voyez-

5 vous ?

6 R. Ce n'est pas Vrlakna, c'est Vrletna Draga.

7 Q. Dans l'alinéa 8, il y a toujours à Licka Jesenica, 20 heures, on dit :

8 "Un soldat tué."

9 Le voyez-vous ?

10 R. Oui.

11 Q. A l'alinéa 9 qui suit, on voit : "Slunj, 8 novembre," et on voit

12 l'heure, "10 heures 45."

13 Je m'excuse auprès des interprètes, je leur demande de me prévenir si je

14 vais très vite. Je m'efforce d'aller plus lentement, mais il se peut que

15 j'aille vite, en effet.

16 Alors, on dit : "Transporter par hélicoptère la dépouille mortelle du

17 soldat Zeljko Gajsak."

18 Le voyez-vous, ce texte ?

19 R. Oui.

20 Q. Tous ces renseignements se rapportent à la caserne de Licka Jesenica et

21 aux attaques des forces croates contre cette caserne. C'est bien de cela

22 que vous nous avez parlé lorsque vous avez dit que vous aviez

23 personnellement pris part à la défense de Licka Jesenica entre le 4 et le 7

24 novembre ?

25 R. Oui, c'est bien de cela que j'ai parlé.

26 Q. Vous avez également dit qu'un soldat du JNA avait été tué. Vous nous

27 avez même donné son nom, me semble-t-il. C'est ce soldat-ci ?

28 R. Oui. J'ai vu sa dépouille mortelle et j'ai assisté à son embarquement à

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1 bord d'un hélicoptère.

2 Q. Merci.

3 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] D'après ce que j'en sais, ce document de

4 la liste 65 ter de l'Accusation est déjà versé au dossier, je ne vais donc

5 pas proposer cette pièce pour versement. Je crois qu'on peut l'écarter du

6 moniteur, maintenant.

7 Q. S'agissant de vos réponses qui se sont rapportées à l'action déployée à

8 proximité de Saborsko dans le cadre du Groupe tactique numéro 2, je me

9 propose de vous montrer un document portant la référence pièce à conviction

10 52. C'est une pièce de la liste 65 ter de l'Accusation. C'est la pièce 1251

11 et cela constitue la pièce à conviction 52.

12 Avant de nous pencher plus en détail sur ce document, je dois dire, M.

13 Medakovic, que vous aviez précisé qu'il y avait à Saborsko et dans les

14 alentours beaucoup de gens en armes. Vous aviez qualifié cela d'effectifs

15 croates armés. Vous en souvenez-vous ?

16 R. Oui.

17 Q. En haut à gauche de ce document que vous avez sous les yeux, on parle

18 du commandement à partir duquel le document a été envoyé. Pouvez-vous nous

19 en donner lecture, je vous prie ?

20 R. "Commandement du 13e K," 13e Corps, et "IKM", je sais que c'est le poste

21 de commandement avancé. La date est celle du "7 novembre 1991", et on dit

22 "heures", en dessous.

23 Q. A qui ce document est-il adressé ? Est-ce qu'on peut le voir ?

24 R. Oui. On dit commandement du Groupe tactique 2.

25 Q. Que nous dit ensuite le texte ?

26 R. Ordre d'attaque.

27 Q. Bien, cela suffit. A l'alinéa 1 ou au paragraphe 1 de ce document, il y

28 a un texte qui je me propose de vous lire pour ne pas perdre du temps. "Les

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1 forces du MUP et des ZNG de la Croatie, depuis une longue période de temps,

2 procèdent à des fortifications dans les secteurs de la faille de Borik,

3 village de Saborsko, village de Funtana, village de Panjici et village de

4 Kuselj.

5 "On estime que la force desdits effectifs sur le territoire indiqué se

6 chiffre à environ 400 membres de ces formations paramilitaires."

7 Le voyez-vous ?

8 R. Oui.

9 Q. Ensuite, on indique quels sont les endroits où ces effectifs sont

10 déployés. Je ne vais pas les détailler, mais ce qui m'intéresse

11 particulièrement, c'est la page 2 de ce document. La page 2 de la version

12 B/C/S, c'est la référence 7774, et ce serait juste le texte après le

13 paragraphe 3. Je ne vois pas ici le paragraphe 4 dans le texte, Monsieur le

14 Président, mais cela devrait être l'ordre qui nous donne le 4e paragraphe

15 qui commence par : "J'ai décidé."

16 Il y a, aux paragraphes 3 et 4, un texte qui commence par : "J'ai

17 décidé." Si vous avez retrouvé ce passage, j'aimerais poser ma question au

18 témoin.

19 Celui qui a rédigé le document dit: "J'ai décidé : à partir des

20 secteurs actuels, procéder au déplacement des unités jusqu'à Licka Jesenica

21 et jusqu'au village de Kuselj pour procéder à une attaque sur les axes

22 suivants : village Kuselj, Funtana et Licka Jesenica, Saborsko, dans

23 l'objectif d'assurer avec le soutien de l'aviation et de l'artillerie, avec

24 attaque simultanée de chars en mouvement sur les axes sus indiqués, de

25 briser et détruire la formation ennemie sise sur le territoire de Saborsko,

26 empêcher son repli vers le nord et anéantir à titre définitif sa résistance

27 sur ce secteur."

28 Le voyez-vous ?

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1 R. Oui. C'est clair.

2 Q. Merci. Au paragraphe 5 de cet ordre, on dit, mais c'est un ordre qui se

3 rapporte à la 5e Brigade des Partisans qui, moyennant les armes qui sont

4 indiquées dans l'ordre que je n'ai pas cité, devrait procéder depuis le

5 secteur présent, un déplacement sur l'axe du village Plitvice, Cerpic,

6 Poljana, village de Kuselj, et attaqué sur l'axe le village Kuselj, village

7 Funtana, avec pour mission : action énergique de la part des chars et de

8 l'infanterie, devant briser les forces de l'ennemi sur l'axe indiqué,

9 procéder à la jonction avec les effectifs du Groupe tactique 2 et, en

10 coopération des deux, briser la résistance à part entière sans laisser

11 l'ennemi se replier vers le nord."

12 C'est l'ordre émanant du 13e Corps à l'intention du Groupe tactique

13 numéro 2. Vous avez dit que vous aviez pris vos activités de ce Groupe

14 tactique numéro 2 pour mettre en échec les forces oustachi de Saborsko.

15 Vous en souvenez-vous ?

16 R. C'est exact.

17 Q. Le Groupe tactique numéro 2 a-t-il exécuté cet ordre ?

18 R. Le Groupe tactique numéro 2 l'a exécuté à part entière.

19 Q. Merci. Nous allons à présent nous pencher sur un autre document qui

20 constitue la pièce à conviction 51. Le document fait partie de la liste 65

21 ter de l'Accusation et figure au numéro 1257. Dans l'en-tête, on y voit pas

22 très bien, c'est assez peu clair, mais la page qui nous intéresse est la

23 page numéro 2, paragraphes 3 et 4 de la page 2 de la version B/C/S. En

24 B/C/S, c'est l'indication 9991 qu'on trouve en haut de page.

25 Etant donné qu'il y a là un ordre comportant des paragraphes 3 et 4, je

26 m'excuse auprès des Juges de la Chambre, j'aimerais que dans le document

27 indiqué, ils procèdent à la recherche des paragraphes 3 et 4.

28 A votre intention, si vous arrivez à suivre ce qui fait l'objet de ma

Page 9007

1 question, j'aimerais vous indiquer que c'est la page 9991 qui, tout à fait

2 en haut, commence avec deux paragraphes qui sont les seuls dont nous avons

3 besoin dans ce document. On y lit : "La 5e Brigade de Partisans" --

4 R. Je m'excuse, mais j'ai ici un texte en anglais que je ne comprends pas.

5 Q. Tout à l'heure on avait le texte en B/C/S et tout à coup, ça a changé.

6 R. Maintenant, cela va.

7 Q. Oui, merci. Alors, on va voir le texte en B/C/S et on lit : "La 5e

8 Brigade des Partisans réalisant des activités de combats sur l'axe" --

9 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Excusez-moi, Monsieur Milovancevic, de

10 quel paragraphe donnez-vous lecture ?

11 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Monsieur le Président, c'est l'alinéa 2

12 du paragraphe 3 de cet ordre, parce qu'on a les trois premiers paragraphes

13 qui sont peu lisibles en B/C/S et en page 2, c'est le paragraphe 3 qui

14 comporte deux alinéas. Je suis en train de donner lecture du deuxième

15 alinéa qui précède le paragraphe 4.

16 Cela commence par "5e Brigade des Partisans, la 5e Brigade des

17 Partisans réalisant ses activités."

18 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Je ne le vois pas. Peut-être suis-je

19 en train de regarder au mauvais endroit ? Quelqu'un qui serait capable de

20 me retrouver le passage en anglais serait le bienvenu.

21 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Je vais essayer de vous le retrouver,

22 Monsieur le Président.

23 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci, Monsieur Milovancevic. On

24 vient de me dire que c'est la dernière des phrases qui figure en bas de

25 page, au paragraphe 3, mais je ne vois pas de mots ou de textes disant 5e

26 Brigade. On m'a dit que c'était la phrase qu'il fallait voir.

27 Je vois une phrase illisible, et il dit : "-- réalisera des

28 opérations de combats sur l'axe de --"

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1 L'INTERPRÈTE : L'interprète n'a pas entendu le nom.

2 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] "-- pour déployer les forces," et

3 cetera. On passe à la page suivante.

4 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] C'est bien cela. Je l'ai retrouvé en

5 page 1 de la version anglaise, mais il y a deux documents en application du

6 65 ter.

7 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci, Maître Milovancevic. Continuez,

8 je vous prie.

9 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Merci.

10 Q. Je disais donc, à ce paragraphe 3, on dit : "La 5e Brigade des

11 Partisans réalise des opérations de combat sur l'axe Kuselj-Funtana-

12 Saborsko, avec pour mission de briser les forces sur l'axe d'intervention

13 et dans le secteur du village de Saborsko, en coordonnant ses activités

14 avec les forces du Groupe tactique 2 pour débloquer la caserne de Licka

15 Jesenica."

16 Le voyez-vous ?

17 R. Oui.

18 Q. Au paragraphe 4 de cet ordre, il est dit : "J'ai décidé de procéder

19 moyennant soutien aérien et activités coordonnées des forces du Groupe

20 tactique Plaski et de la TO de Licka Jesenica, d'attaquer sur l'axe

21 Begovic-Licka Jesenica-Saborsko, en assurant des appuis sur les axes,

22 villages de Glibodol-Korac, dans l'objectif de briser les forces de

23 l'ennemi sur l'axe d'intervention et de débloquer la caserne dans le

24 village de Licka Jesenica. Puis, de concert ultérieurement avec la 5e

25 Brigade des Partisans, procéder à l'anéantissement des forces dont le

26 village de Saborsko."

27 Le voyez-vous ?

28 R. Oui, je le vois.

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1 Q. Dernière page de ce document maintenant qui comporte six pages en

2 version B/C/S et qui porte le numéro 7783, version B/C/S, on y voit une

3 désignation qui dit : "Le commandant". Je le fais pour que l'on voit bien

4 qui est-ce qui a rédigé l'ordre en question. Voyez-vous, monsieur, qui est

5 le commandant qui a donné cet ordre ?

6 R. Le commandant est le colonel Cedomir Bulat.

7 Q. Le colonel en question était-il colonel de la JNA et commandant du

8 Groupe tactique ?

9 R. Oui, c'était un colonel de la JNA et c'était le commandant du Groupe

10 tactique numéro 2.

11 Q. Merci. Je pense que ce document fait partie de la liste des pièces

12 versées, je ne vais donc pas demander son versement.

13 Alors, Monsieur, vous êtes intervenu avec votre unité lors de

14 l'opération réalisée par la JNA pour briser les effectifs qui sont

15 mentionnés ici.

16 Pouvez-vous nous dire brièvement s'il y a eu des échanges de tirs et

17 effectivement, est-ce que combats il y a eus ?

18 R. C'est moi qui dirigeais l'attaque sur la droite. J'étais donc tout à

19 fait à droite, à l'extrême droite. Je suis parti du village Momcilovic, je

20 suis passé par Vukelic Poljana en regardant de Licka Jesenica, c'est sur la

21 droite de la colline Borik. On a pris le col pour rejoindre les effectifs

22 venus de Korenica, à savoir de la 5e Brigade des Partisans vers le secteur

23 de Alan.

24 Q. Merci. Qu'aviez-vous comme armes, vous et la soixantaine d'hommes que

25 vous aviez sous votre commandement ?

26 R. Nous avons disposé d'armes d'infanterie --

27 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Puis-je juste essayer de constater

28 comment vous avez pu savoir qu'ils étaient 60, les hommes placés sous un

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1 commandement ? Parce que rien n'a été dit à ce sujet jusqu'à présent ou

2 est-ce le cas ?

3 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Monsieur le Président, pour ne pas que

4 je réponde, permettez-moi de poser la question. Je crois que le témoin en

5 avait parlé auparavant. Il s'était trouvé à la tête de l'une des unités

6 faisant partie du bataillon sous le commandement de Bogdan Grba, et il

7 avait mentionné le nombre d'hommes qu'il avait de placés sous ses ordres.

8 Q. J'aimerais, Monsieur le Témoin, que vous nous redisiez combien d'hommes

9 vous aviez.

10 R. J'ai dit que suite à l'ordre donné, j'ai été le commandant d'une

11 compagnie. J'ai souligné que ce n'était pas une compagnie comportant un

12 total normal de prévu, parce que normalement, ils devraient être 150 dans

13 une compagnie, mais je n'en n'avais que 60. J'ai dit quels étaient les

14 effectifs que j'avais sous mes ordres et j'avais également dit de quelles

15 unités ils étaient venus.

16 Si M. le Président insiste, je peux répéter.

17 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Non, non, vous n'avez pas à le faire.

18 Je vous en remercie.

19 M. MILOVANCEVIC : [interprétation]

20 Q. Vous nous avez dit que vous aviez des armes d'infanterie. Alors dites-

21 nous aussi comment les opérations de combat ont commencé, à quel moment de

22 la journée et de quelle manière ? Pouvez-vous le dire brièvement ?

23 R. Il est difficile de le dire brièvement. Il y a eu d'abord un survol de

24 deux avions qui ont lancé des frappes. Enfin, j'ai vu les frappes de l'un

25 des deux dans le secteur des collines. Il y avait là-bas une grande

26 casemate. Les avions ont survolé, ensuite il y a eu des préparatifs aux

27 tirs d'artillerie. Cela a été réalisé au lance-roquettes léger depuis le

28 village de Vidakovici. Je pense qu'il y a eu un soutien au canon de 130

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1 millimètres. On ne pouvait pas les voir parce qu'ils étaient sur le

2 polygone, mais cela, ce sont des armes de longue portée. Je crois que le

3 peloton de mortiers à 120 millimètres est intervenu aussi, et nous avons

4 ensuite suivi les axes qui nous ont été affectés dans le texte de l'ordre

5 concerné.

6 Q. Merci. Pouvez-vous m'indiquer si vous avez rencontré une résistance

7 quelconque ?

8 R. L'unité que j'ai commandée s'est déplacée dans un terrain très

9 accidenté. C'était une montée très forte. Nous avons redouté les champs de

10 mine, et c'est la raison pour laquelle nous avons emprunté ce terrain

11 accidenté pour surprendre l'adversaire. Nous n'avons pas encore déployé nos

12 effectifs en ordre de combat. Nous étions encore en colonne. Il y a eu dès

13 ce moment-là contact avec l'ennemi. Il y a eu des combats rapprochés où

14 nous avons liquidé trois de leurs soldats.

15 Ensuite, nous nous sommes déployés en formation de combat, en ordre

16 de combat, et il y a eu des échanges de tirs. Ils nous ont tiré dessus

17 depuis ces positions fortifiées, et nous, on a riposté à partir de la ligne

18 de déploiement dans cette colline dans une espèce de petite forêt de pins.

19 Q. Je vais vous interrompre, Monsieur le Témoin. Vous nous dites qu'ils

20 vous avaient tiré dessus à partir de positions fortifiées. Est-ce que vous

21 pouvez nous indiquer où se trouvaient ces positions fortifiées à partir

22 desquelles on vous a tiré dessus ?

23 R. Si l'on regarde les choses de leur côté, donc du côté de Saborsko,

24 c'était leur aile gauche de la défense qui va de la colline de Borik en

25 direction de Brdina et de cette élévation de Alan. Il y a eu là une ligne

26 fortifiée sur laquelle nous sommes tombés.

27 Q. Merci. Quand vous dites "ligne fortifiée", qu'est-ce que cela signifie

28 au juste ? Pouvez-vous étoffer votre propos ?

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1 R. Cela signifie qu'il y avait des tranchées avec un élément surplombant

2 la tranchée, quelque chose du style d'une casemate, mais c'est improvisé,

3 c'est fait avec des troncs d'arbres et c'est à partir de ces abris-là qu'on

4 nous a tiré dessus.

5 Q. Merci. Avez-vous réussi à vous emparer de ces tranchées ? Qu'est-il

6 arrivé ensuite ?

7 R. Après ce premier contact où trois de leurs soldats ont péri, nous avons

8 eu un blessé léger par explosion d'une grenade à main et nous avons déployé

9 nos 60 hommes pour couvrir 600 à 700 mètres. Là, nous étions près de

10 Saborsko. Nous avons franchi et escaladé la colline, mais étant donné qu'il

11 y a une petite forêt, nous pouvons entendre les tirs des chars qui accèdent

12 au centre de la ligne d'attaque, parce que le char a une façon très

13 caractéristique de tirer. Il y a très peu de temps entre le bruit de la

14 détonation et l'explosion, et nous avons entendu ces chars. Nous avions

15 pour mission de rejoindre les rangs de la 5e Brigade, et nous avions porté

16 le drapeau de la Yougoslavie pour le hisser aux fins de nous permettre

17 qu'on nous reconnaisse.

18 Mais il n'y a pas eu jonction parce que la brigade en question n'a

19 pas réussi à franchir le secteur de Kuselj. Nous, nous avons été exposés à

20 des tirs de la part des nôtres, parce que depuis la caserne de Licka

21 Jasenica qui se trouve sur les hauteurs dans notre dos, il a été tiré en

22 direction de Brdina. La communication et les transmissions n'étaient pas

23 très bonnes. J'ai donné l'ordre de sortir, d'extraire l'unité en direction

24 de Vukelic Poljana, parce que j'avais redouté des pertes plus importantes

25 occasionnées par notre propre artillerie.

26 Q. Merci. Pour que nous ayons une idée appropriée de ces combats, je

27 dirais que cette 5e Brigade de Partisans était censée venir de Kuselj. Si

28 l'on prend la route goudronnée qui va en direction de Titova Korenica pour

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1 bifurquer vers Saborsko, quels sont les villages qui se suivent ? Pouvez-

2 vous les énumérer ?

3 R. Oui. Lorsqu'on passe de Korenica, on traverse le pont de Korenica. On

4 tourne à gauche. Le premier village, c'est celui de Poljanak; ensuite,

5 c'est Sertic Poljana; ensuite vous avez la forêt, et sur une clairière,

6 vous débouchez où commence Kuselj. Derrière Kuselj, l'ensemble de ce

7 secteur, nous appelions une espèce de gorge de Saborsko Funtana; ensuite

8 vous venez à Funtana et vous dévalez une colline où commence l'élévation de

9 Borik, et vous êtes définitivement à Licka Jesenica.

10 Q. Merci. D'après ce plan de la JNA, la 5e Brigade des Partisans devait

11 être en mouvement depuis Kuselj vers vous, vers Licka Jesenica. Est-ce que

12 je vous ai bien interprété de façon correcte ?

13 R. Oui. Vous avez raison de dire cela. Ils avaient eux une forêt, ensuite

14 les gorges où passent la voie de communication barraient moyennant les

15 arbres abattus; par conséquent, tant qu'on ne les a pas déblayés, on ne

16 pouvait pas passer.

17 Q. Monsieur Medakovic, vous dites qu'il y avait là-bas une forêt. On ne

18 pouvait pas y passer. Qui a barré la route ?

19 R. Depuis le site où les Korenicani, c'est-à-dire les soldats de la 5e

20 Brigade de Partisans, opéraient et qui devaient venir nous joindre à mi-

21 chemin dans le rayon, dans les secteurs de Brdina et Jelen.

22 Q. Par conséquent, la 5e Brigade des Partisans débouche sur une voie de

23 communication barrée; par conséquent, elle ne pouvait pas exécuter sa

24 mission ?

25 R. Exact. Ils n'ont pas pu exécuter leur mission.

26 Q. Vous dites : c'est de la direction opposée qu'ils viennent, de

27 Saborsko, et vous, vous avez dû vous retirer et replier parce que vous avez

28 subi votre propre tir, les tirs de la JNA, n'est-ce pas ?

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1 R. Oui. Cette unité devait aller vers le centre, la voie de communication.

2 Il y avait un char qui, avec à son bord le commandant Bulat, était allé

3 vers la caserne à Licka Jasenica pour nous appuyer grâce à une visibilité

4 optique qui était la leur à une distance de quatre à cinq kilomètres à vol

5 d'oiseau, ce qui était une bonne portée pour un char. Or, le char nous

6 tirait dessus. Eux, ils ne pouvaient pas le savoir parce que la

7 transmission était mauvaise, voilà pourquoi j'avais dû ordonner le repli de

8 mes forces.

9 Q. Est-ce que vous connaissez bien la localité de Saborsko ? Peut-on dire

10 que vous saviez où se trouvaient les installations vitales, les bâtiments

11 substantiels, l'école, les églises et les autres bâtiments et immeubles ?

12 R. Oui, on peut dire ainsi.

13 Q. Combien d'églises il y avait à Saborsko à cette époque-là lorsque cette

14 opération ou cette attaque fut lancée ?

15 R. Dans Saborsko même, il y avait une grande église catholique sur un

16 tertre, une petite élévation. Regardez de Licka Jesenica à droite à côté de

17 la route goudronnée, près du cimetière, il y avait une petite église en

18 pierres, je dirais, qu'elle était bâtie.

19 Q. Lorsque vous faites la description de cette petite église, dites-vous,

20 en pierres, que l'on peut voir de la caserne Licka Jesenica, dites-nous où

21 se trouvaient les positions fortifiées sur lesquelles vous avez pu

22 déboucher, tout près de cette église ?

23 R. Dans le voisinage immédiat, et c'est là qu'on a pu voir que le secteur

24 a été bombardé par l'aviation.

25 Q. Monsieur Milovancevic, excusez-moi. Lorsque vous dites dans le

26 "voisinage immédiat", est-ce que ce n'est pas un peu vague ? Est-ce que

27 vous pouvez être un peu plus précis pour nous dire en centaines de mètres

28 ou en dizaines de mètres de là, et cetera, pour être un peu plus précis

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1 dans votre déposition ?

2 R. Un commandant sérieux responsable n'aura jamais ses positions près

3 d'une église sur toutes les cartes topographiques. C'est une cible très

4 facile.

5 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Monsieur le Témoin, ce n'était pas la

6 question qu'on vous a posée. On vous a demandé de parler de distance en

7 mètres. Ecoutez à la question et essayez d'y répondre. Ne nous parlez pas

8 de bon ou de mauvais commandement. Dites-nous quelle était la distance qui

9 la séparait.

10 Lorsque vous dites dans le "voisinage immédiat", à quelle distance se

11 trouvait-elle, cette position ?

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Approximativement à une distance de 50 mètres.

13 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci, c'est une bonne réponse.

14 M. MILOVANCEVIC : [interprétation]

15 Q. Est-ce que vous avez eu l'information comme quoi cette petite église en

16 pierres a été endommagée lors de ces opérations, ces combats ?

17 R. Oui, je le savais. Savez-vous dans quelles circonstances ces

18 endommagements ont-ils été effectués, et par qui ?

19 R. Je vous ai parlé de préparatifs de l'artillerie, je vous ai parlé de

20 survol de deux avions. Il ne s'agit pas de parler d'une tranchée, il s'agit

21 d'une ligne de défense non loin de là, par conséquent, pas au-delà d'une

22 distance de 50 mètres, tout près de l'église.

23 Si on y tire dessus depuis le polygone militaire, l'ensemble de ce

24 rayon, de ce secteur a été pris pour cible. Il y a une forte ressemblance

25 que ceci a été le tir de mortier, mais aussi d'un canon de 130 millimètres.

26 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Excusez-moi. Répondez à la question

27 qui vous a été posée.

28 La question était de voir si vous connaissez la raison pour laquelle

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1 que ceci s'était produit et dans quelles circonstances, et par qui. Vous

2 pouvez répondre : oui, non ou j'en connais la raison, dans telles ou telles

3 circonstances, voilà la personne qui en est l'auteur. Voilà ce que doit

4 contenir votre réponse.

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Monsieur le Juge, je suis là pour déposer sous

6 serment. Je ne peux pas être sûr pour dire que ceci a été touché par un tir

7 d'un canon de calibre 130 millimètres, je ne peux pas le dire parce que je

8 n'étais pas là pour le voir. Mais il s'agissait de dire que cette église se

9 trouvait tout près d'une position militaire que nous avons tous pris pour

10 cible.

11 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] C'est pour cela, Monsieur, que la

12 question était : dites si vous le savez. Si vous ne le savez pas, dites :

13 "Je ne sais pas".

14 S'il vous plaît, répondez directement aux questions posées. Il ne

15 faut pas tournoyer.

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Je sais que cette église a été touchée par des

17 tirs d'artillerie. Cela, je le sais.

18 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] C'est la réponse la plus simple à

19 donner à cette question. Il y avait d'autres questions, la question comme

20 quoi : savez-vous la raison pour laquelle l'église a été touchée et savez-

21 vous dans quelles circonstances elle l'a été ?

22 LE TÉMOIN : [interprétation] La raison en était que ce secteur servait d'un

23 poste d'observation parce qu'il permettait une vue dégagée en direction de

24 la caserne de Licka Jesenica. Justement, on en a une bonne vue dégagée à

25 partir de cette petite église.

26 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Savez-vous qui l'a fait, qui l'a

27 touchée, cette église, par ce tir ?

28 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne peux pas vous le dire avec certitude, je

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1 ne sais pas qui étaient les servants de ce canon.

2 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci beaucoup. Merci,

3 Me Milovancevic. Voyez-vous, ces trois questions qui ont été posées sous

4 forme d'une seule phrase, lorsque vous les démembrez, fragmentez, ces trois

5 questions posées une par une vous permettent d'obtenir une réponse directe

6 pour en finir le plus vite possible avec la réponse à votre question.

7 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Je m'en suis rendu compte, Monsieur le

8 Président, je vous en remercie.

9 Q. Vous avez dit, Monsieur le Témoin, qu'à un moment donné, vous avez

10 ordonné à votre unité de se replier pour ne pas subir des tirs de votre

11 propre artillerie. Est-ce que vous êtes entré ce jour-là dans Saborsko,

12 lorsque des combats ont été menés à Saborsko et autour de Saborsko ?

13 R. Non.

14 Q. Merci. Savez-vous si d'autres unités étaient entrées dans Saborsko ?

15 R. Lorsque nous avons repris nos positions de départ, c'est-à-dire lorsque

16 nous avons dû sécuriser les lignes du hameau Vukelic Poljana, qui est le

17 hameau de Serbes le plus proche de Saborsko, je suis arrivé tout près de la

18 route goudronnée, derrière une pinède, lorsque vous quittez Saborsko --

19 Poljana -- lorsque l'action fut achevée.

20 A ce moment-là, il y avait un groupe de civils qui allait à ma

21 rencontre. C'était un des unités de la TO qui portait un fusil sur son

22 épaule. Il était petit de taille et il s'appelait Sveto ou Sreto. Il était

23 originaire de Licka Jesenica pour sûr.

24 Q. Ce que vous venez de dire, qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'est-ce que

25 cela signifie ? Est-ce qu'à ce moment-là, l'action menée à Saborsko avait

26 pris fin ou les combats duraient-ils encore ?

27 R. A ce moment-là, les combats ont été achevés.

28 Q. Une autre question. A quel moment vous êtes entré à la tête de votre

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1 compagnie dans la bataille et à quel moment vous vous en êtes replié ? Au

2 cours de la journée, à la fin de la journée ?

3 R. Si nous disons par exemple que nous étions partis vers 9 heures et

4 qu'il nous a fallu y arriver jusqu'à 14 heures, alors les combats duraient

5 de 11 heures à 13 heures, au plus tard jusqu'à 14 heures, après quoi

6 survient le repli, pas de façon de panique, mais le tout suivant nos règles

7 organiques. Par conséquent, le tout était terminé vers depuis 14 heures

8 jusqu'à la tombée de la nuit. Je sais, parce que nous étions déjà tout près

9 de l'hiver.

10 Q. A titre d'orientation, vers quelles heures ceci devait être ? Etait-ce

11 un temps crépusculaire ou quoi ?

12 R. C'était vers 4 ou 5 heures.

13 Si vous le permettez, je dois vous dire que jamais je ne portais de montre

14 bracelet ou quoi ce soit qui aurait pu me déranger. Par conséquent, lors de

15 combats, je n'avais pas de choses à me déranger.

16 Q. Merci. Est-ce que vous savez quelles étaient les unités qui étaient

17 entrées dans Saborsko et à quel moment elles étaient de retour et qu'était-

18 il advenu de Saborsko par la suite ?

19 R. Je sais que lorsque des ordres d'attaque nous avait été donnés, que

20 nous étions partagés en trois compagnies sur trois axes d'attaque. C'est

21 Rade Jaksic [phon] qui a commandé à gauche, le centre était réservé à

22 Ogrizovic Djuro [phon], et j'étais sur l'aile droite. Le centre a pu voir

23 aussi une compagnie de blindés. Il y avait une dizaine de chars et aussi

24 des transports de troupes blindés.

25 Sur l'aile gauche au-dessus de Sivnik, c'était un axe dominant, le

26 centre longeait la route goudronnée, et je me tenais plutôt de la colline

27 de Borik.

28 Q. Avez-vous reçu un ordre d'arrêter les combats ? L'ordre vous fut donné

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1 et commencé en tel ou tel jour et terminé en telle ou telle heure, à tel ou

2 tel jour. Pouvez-vous nous le dire, nous situer dans le temps ?

3 R. L'ordre de combat prévoyait également à titre d'orientation un moment

4 où les actions devaient prendre fin. On ne peut pas préciser comment les

5 opérations devaient durer, mais je sais qu'avant la tombée de la nuit les

6 chars étaient de retour. Or, qui parle de nuit, la tombée de la nuit

7 coïncide à 7 heures à cette saison. Je n'avais pas de transmission; j'avais

8 tout simplement une station radio avec manivelle qui a raté.

9 Q. Pouvez-vous nous dire ce qui s'était passé avec les civils de

10 Saborsko ? Vous avez dit avoir vu un groupe de civils avec un homme avec

11 eux. Où se sont-ils rendus ces civils de Saborsko ?

12 R. Pour ce qui est du groupe que j'ai pu observer et avec lequel groupe

13 d'hommes je me suis entretenu, s'était rendu dans une école de Licka

14 Jesenica qui est à une distance de 1 kilomètre, peut-être 2 par rapport au

15 lieu de notre rencontre. C'est le même homme qu j'ai pu voir qui les avait

16 dirigés. Parmi ce groupe de civils, je ne connaissais pas tous les

17 habitants de Saborsko, mais j'ai pu reconnaître un Serbe, parce qu'à

18 Saborsko, il y avait trois ou quatre maisons de Serbes qui répondaient au

19 nom de famille Salaja [phon].

20 Il m'était difficile de le reconnaître aussi tôt, parce qu'il avait

21 maintenant une paire de moustaches qu'il n'avait pas avant. Il y avait des

22 jeunes gens là à ses côtés. Eux, ils nous ont quittés. Ils ont été pris en

23 charge par la TO de Licka Jesenica. Je le sais bien. Là-bas, ils ont reçu

24 un accueil, une ration de nourriture, un repas chaud. Il n'y avait pas de

25 courant, mais on leur a donné lanterne. On leur a dit tout simplement

26 qu'ils n'avaient rien à craindre, qu'ils étaient en sécurité.

27 Le lendemain, je me suis rendu auprès de ce groupe de civils. Je me

28 suis rendu dans cette école. Je me suis entretenu avec eux, et ils avaient

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1 exprimé leurs vux de passer du côté des Croates, chose faite d'ailleurs. A

2 bord d'autobus, ils ont été évacués de Licka Jesenica. Je leur di dit tout

3 simplement qu'il a fallu patienter encore peut-être un jour, Saborsko

4 n'étant plus viable. En pleine forêt on ne pouvait plus survivre. Je me

5 disais qu'on pouvait les prendre en charge et répondre à leurs vux pour

6 les évacuer vers l'autre partie.

7 Q. Sont-ils partis vers l'autre côté adverse ?

8 R. Oui. Je crois qu'ils l'ont fait. Il y avait dans ce groupe une

9 vingtaine de femmes et d'hommes plutôt en âge mûr; personnes âgées. Plus

10 tard, j'ai pu apprendre de Dusan Latas, chef de la police, qu'un groupe

11 était en retard, et c'est lui qui les a escortés moyennant un véhicule de

12 la police, trois ou quatre qu'ils étaient, ces personnes-là, pour évacuer

13 tous ces gens-là vers le secteur de Josipdol. Ils devaient être au nombre

14 d'une trentaine de personnes.

15 Q. Monsieur Medakovic, savez-vous combien d'habitants comptait Saborsko au

16 début des années 1990, approximativement, dites-le-nous, si vous le savez ?

17 R. Je crois qu'il devait y en avoir un millier.

18 Q. Merci. Vous dites qu'il y avait une trentaine de personnes qui

19 s'étaient remise, livrées là avec l'intention et le vu de passer de

20 l'autre côté du front. Savez-vous ce qu'il est advenu des restants des

21 habitants ?

22 R. Je n'en ai jamais parlé avec feu commandant Bulat, mais lors des

23 actions menées, il y avait un axe de Saborsko vers Slunj, qui n'a été

24 couvert par personne. C'était peut-être un axe servant à l'évacuation de la

25 population civile. Je ne m'en suis pas occupé personnellement, je ne

26 pouvais rien apprendre de précis. Je crois que le gros de la population qui

27 était resté à Saborsko avait emprunté justement cette voie de

28 communication, cet axe en direction de Slunj.

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1 Q. Merci. Saviez-vous s'il y avait des victimes à Saborsko ? Je veux dire

2 "victimes" subies par les Croates, parce qu'il s'agit d'un village de

3 Croates. Vous avez dit que seul un hameau comptait des Serbes.

4 R. Je le savais bien pour parler de ces trois personnes. Ils étaient des

5 soldats. Mais plus tard, je devais traverser Saborsko, une fois débloquée,

6 et je sais qu'il y avait des victimes parmi les civils également. J'ai même

7 - étant donné que ceci relevait de ma compétence - j'ai même donné l'ordre

8 d'assainissement à exécuter. Il ne s'agissait pas seulement de parler de

9 cadavres, de corps humains, mais il y avait également des carcasses de

10 bétail. Il a fallu procéder à l'assainissement du terrain. C'est ainsi que

11 j'ai donné un ordre dans ce sens-là.

12 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Excusez-moi. Pouvez-vous nous faire

13 une estimation de nombre de civils qui ont péri ?

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Je n'ai guère besoin de faire des conjectures.

15 J'ai reçu un rapport d'assainissement, c'est-à-dire la protection civile

16 s'en était chargée. Le QG de la protection civile s'en était chargée. J'ai

17 reçu un rapport que j'ai vu sur mon bureau. Je ne saurais vous dire le

18 chiffre exact, mais je crois qu'il y a plus de 20 personnes qui ont péri et

19 dont les cadavres ont été enterrés.

20 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Merci beaucoup.

21 M. MILOVANCEVIC : [interprétation]

22 Q. Nous y reviendrons sur la question d'assainissement.

23 Dites-nous, s'il vous plaît, c'est la JNA qui menait cette opération,

24 cette bataille pour Saborsko. Lorsque les unités se sont retirées du

25 village, y a-t-il eu lieu de dire qu'il y avait une unité qui restait là

26 pour sécuriser le village ?

27 R. Oui. On y avait laissé une unité, une section commandée par Savator

28 Bojavic [phon] surnommé Savo Crni, le noir de Lapad entre Plaski et Blacka

Page 9023

1 Drage. Ils étaient dans le secteur du village à Dumancici [[phon], non loin

2 de Borik.

3 Q. Ont-ils exécuté cet ordre ? Est-ce que vous le saviez ou pas ?

4 R. Quant à mes informations là-dessus, c'était juste le contraire qui

5 s'était produit. L'ordre qui leur était donné était tout à fait clair, et

6 je crois que c'est le contraire qui a été réalisé. Je ne me suis pas trouvé

7 cette nuit-là, mais c'est seulement le lendemain que j'y suis venu. Par

8 conséquent, je ne peux pas vous donner des informations de première main.

9 Q. Excusez-moi. Vous dites, on savait très bien en quoi consistaient les

10 ordres, et qu'ils devaient prévenir quoi ?

11 R. Ils devaient prévenir que les gens qui n'ont pas pris part aux actions

12 de combat - ici, je dois faire une parenthèse, ouvrir une parenthèse pour

13 dire qu'il y a des soldats qui, comme ailleurs, ne s'occupent pas seulement

14 de combats mais de pillages, qui ont mis du feu un peu partout, et cetera -

15 alors, ces gens-là, une fois le combat livré font du mal, ils pillent. Ce

16 sont des voleurs, voleurs de volailles comme on dit chez nous. Puis, ils

17 mettent du feu.

18 Cette section a eu pour mission justement d'empêcher de telles

19 actions. Mais malheureusement, pour autant que je sache, de telles actions

20 ont été perpétrées.

21 Q. Vous avez dit tout à l'heure qu'à titre de président de la

22 municipalité, vous avez donné l'ordre de procéder à l'assainissement du

23 terrain. A qui avez-vous donné cet ordre et par qui l'ordre a-t-il été

24 exécuté ?

25 R. Au terme de l'opération, on a d'abord procédé au déblocage des

26 communications. Il a fallu déblayer le terrain surtout la route de

27 communication et qui était barrée. Nous avons eu bien besoin de cette voie

28 de communication.

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1 Entre-temps, un ordre fut donné depuis Belgrade portant formation

2 d'une brigade de la JNA dans Plaski, et Petar Trbovic devait en être le

3 nouveau commandant.

4 Q. S'il vous plaît, arrêtez-vous là pour tirer au clair comme suit. Vous

5 dites qu'un ordre était venu de Belgrade. Emanant de qui, s'il vous plaît,

6 portant formation d'une brigade de la JNA avec Petar Trbovic à sa tête ?

7 R. A ce moment-là, ce n'est que le secrétaire fédéral à la Défense

8 nationale qui a pu donner un tel ordre. La JNA et la RSFY étaient les

9 seules entités, pour nous, officielles.

10 Q. Poursuivez.

11 R. Il y avait une vingtaine de personnes. Une mobilisation a été faite

12 d'après les affectations. Le commandement de la brigade fut organisé

13 suivant le domicile des gens. Il y avait une compagnie baptisée de

14 Jesenica, une compagnie latine, une compagnie Janja Gora, et cetera.

15 Q. Est-ce que je peux vous interrompre ? Vous parlez de la brigade de la

16 TO de Plaski, n'est-ce pas ?

17 R. Je voulais justement faire une distinction entre cette brigade et la

18 brigade de la JNA.

19 Q. Allez-y.

20 R. La brigade devait être formée suivant les aptitudes de chacun des

21 soldats aptes à porter les armes. Chacun était sans avoir une affectation

22 et chacun était prévu pour être intégré dans telle ou telle unité. Des

23 livrets militaires ont été formés dans le commandement, et la brigade était

24 baptisée la 140e Brigade d'infanterie légère de Plaski.

25 Q. Puis-je vous interrompre ? Etant donné la coopération de Saborsko et

26 les actions de Saborsko, quand c'était, la date à laquelle il y a eu

27 formation de cette brigade ?

28 R. Une dizaine de jours seulement.

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1 C'était important parce qu'il y avait une opération à Slunj.

2 Lorsqu'il y a eu la chute de Saborsko, il y avait des attaques de l'autre

3 côté de Josipdol ou de Vojnovic [phon]. Peut-être il y avait des unités de

4 l'ennemi qui certainement avaient pour mission de s'attaquer à certaines de

5 nos unités.

6 Or, une partie de nos forces devaient servir à mener une attaque

7 contre Slunj, les autres devaient être repliées pour entamer le processus

8 qui consistait à recueillir le butin de guerre et procéder à

9 l'assainissement du terrain.

10 Q. Pour que l'on puisse comprendre ce que vous venez de dire, le même jour

11 où a été menée cette opération de Saborsko, l'opération a été achevée ?

12 R. Oui.

13 Q. Vous dites que l'opération en direction de Slunj a été continuée. Par

14 qui, s'il vous plaît ? Qui combat qui ?

15 R. Le Groupe tactique 2 devait détacher une compagnie pour y prendre part

16 à ces combats. Je crois que c'était le 16 ou le 17, quelques jours après la

17 bataille de Saborkso. Lorsque vous détachez d'une brigade, alors cela se

18 ressent d'une façon substantielle.

19 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Merci.

20 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Excusez-moi. On a fait mention tout à

21 l'heure de la nécessité de recueillir le "butin de guerre." Qu'est-ce que

22 c'était qu'un butin de guerre que vous avez pu y trouver et réunir ?

23 LE TÉMOIN : [interprétation] J'ai dit tout à l'heure que cette unité venue

24 de Zagreb était dotée de mortiers, d'un canon sans recul, un canon

25 antiaérien. Tout ce qu'il ne pouvait pas évidemment prendre, nous avons dû

26 les recueillir, ces armes-là, pour ne pas qu'elles tombent entre les mains

27 de la partie adverse.

28 Ensuite, l'ordre du commandant portait également sur tout le bétail

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1 qui était complètement dérouté et lequel bétail pouvait servir évidemment à

2 l'alimentation et au ravitaillement de nos forces armées.

3 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Est-ce que vous saviez quel était le

4 nombre de bêtes qui ont été collectées pour nourrir l'armée ?

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Je sais que le bétail a été amené à Plaski et

6 qu'il y avait plus de 50 têtes de gros bétail.

7 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Pendant qu'on parle du bétail, vous

8 avez mentionné avant que vous avez trouvé des carcasses de bétail qui a été

9 tué pendant des combats. Pouvez-vous nous dire quel était le nombre de

10 têtes du bétail qui a été tué pendant les combats ?

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Saborsko, c'est un village, et toutes les

12 maisons avaient du bétail, au moins des porcs, des cochons et de la

13 volaille. Il y avait quelques moutons. Le bétail ne pouvait pas rester en

14 vie longtemps sans les soins fournis par les hommes. Il y avait des

15 carcasses de bétail, on pouvait voir ces carcasses depuis la route. Je

16 n'entrais pas dans les maisons et dans les étables, et j'insistais que ces

17 carcasses soient collectées. Dans un manuel portant sur la protection

18 civile dans la municipalité, j'ai pu me renseigner que c'était l'état-major

19 de la protection civile de faire cela. Parce que Sabarsko se trouve sur une

20 élévation et les réservoirs se trouvent au-dessous du niveau de Saborsko à

21 Liska Jesenica, et il fallait donc éviter une épidémie parce qu'il y avait

22 ces carcasses de bétail.

23 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Pouvez-vous répondre à ma question,

24 maintenant ?

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Vous m'avez demandé quel était le nombre de

26 têtes de bétail, des carcasses de bétail ? Il y avait beaucoup de carcasses

27 de bétail. Je ne peux pas vous fournir le nombre précis, mais pas moins

28 d'une centaine de têtes de bétail, des cochons, d'autre bétail.

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1 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Je vous remercie.

2 Maître Milovancevic, vous pouvez continuer.

3 M. MILOVANCEVIC : [interprétation]

4 Q. A propos de cela, vous avez dit que vous avez ordonné à une équipe de

5 la protection civile de procéder à l'assainissement du terrain. Est-ce que

6 cette équipe de la protection civile avait une obligation par rapport aux

7 cadavres humains ?

8 R. Il y avait un changement. Je me souviens de cela. Il s'agit des

9 personnes âgées qui ne faisaient pas partie des forces d'active de la

10 brigade qui a été déjà formée.

11 Je me souviens d'un nom. C'est Nikola Kordic que j'ai désigné

12 auparavant chef du QG de la protection civile. C'était un homme qui était

13 un peu maladif, et c'est Milan Susnjak qui l'a remplacé. Il avait plus de

14 60 ans aussi à l'époque. Cette unité qui a été formée ad hoc des personnes

15 qui ne faisaient pas partie des forces d'active de la brigade. Il y avait

16 Ozran Popovic, mon voisin, il s'agit d'un technicien -- ensuite Djura, qui

17 travaillait à une usine d'exploitation forestière.

18 Q. Pouvez-vous nous dire le nombre d'hommes dans cette unité et s'ils

19 disposaient de l'équipement nécessaire pour procéder à l'assainissement du

20 terrain ? Qu'en est-il des cadavres humains ?

21 R. On n'avait pas d'équipement, mais avec le commandant Trbovic, on s'est

22 mis d'accord pour qu'un engin excavateur lui soit mis à la disposition.

23 Selon le rapport que j'ai reçu par la suite, à deux ou à trois

24 reprises, on a procédé à l'assainissement du terrain parce que le secteur

25 est très étendu entre Saborsko et Plaski. Il y a quand même un trajet à

26 parcourir. En tant qu'une mesure provisoire, on a redonné d'enterrer les

27 cadavres humains près du lieu où ils ont péri avec tous les vêtements, tous

28 les papiers qu'ils avaient sur eux pour pouvoir les échanger, ces cadavres,

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1 de façon normale. Après quoi, on a procédé à un échange de tous les

2 cadavres et de tous les détenus.

3 Donc, on leur a ordonné de ne pas mettre ensemble le bétail et les

4 cadavres humains et de désigner tous les endroits où ils ont enterré les

5 cadavres humains en posant par-dessus une croix en bois, et de les

6 enterrer, de les inhumer tout près du lieu où ils ont péri.

7 Le rapport disait que cela a été fait en série. Mais je n'aimais pas

8 dans ces rapports le fait qu'ils ont écrit dans les rapports : les membres

9 du MUP 1 ou 3. J'ai fait donc un reproche par rapport à cela au chef du QG

10 de la protection, mais ils m'ont persuadé que tout a été fait selon les

11 normes du droit international humanitaire. Il y avait donc des croix en

12 bois improvisées à chaque endroit où une personne a été enterrée ou

13 inhumée.

14 Q. Lorsqu'on a procédé à l'inhumation de ces cadavres humains, est-ce que

15 vous avez disposé de cercueils ou de sacs pour mettre les dépouilles à

16 l'intérieur de ces cercueils ou de ces sacs pour les enterrer dignement ?

17 R. Nous n'avions pas d'équipement. Nos hommes, nos combattants ont été

18 enterrés dans des cercueils improvisés. Nous n'avions pas d'électricité,

19 nous n'avions pas de menuisier non plus et ces hommes ont été enterrés à

20 Saborsko. Mais nous n'avions pas de sacs pour mettre leur dépouille dedans.

21 Donc, ils les ont posés dans la terre et c'est ainsi qu'ils ont été

22 inhumés.

23 Bien sûr, je croyais qu'il s'agissait d'une mesure provisoire et je

24 me suis attendu à ce qu'une équipe pour négocier avec le côté croate, que

25 ces cadavres soient échangés, mais ces cadavres à Saborsko n'ont jamais été

26 demandés du côté croate.

27 Q. Est-ce que vous savez si à Saborsko a été endommagée l'église

28 principale ? Vous avez mentionné une grande église se trouvant au centre du

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1 village, c'est comme cela que vous l'avez décrite.

2 R. Oui, l'église a été endommagée, parce que je l'ai vue quand je passais

3 par cette voie de communication.

4 Je sais également que Luka Hodak, le fameux Luka Hodak qui a mené du

5 renfort, a déployé ses hommes. Il a mis dans son église un nid de

6 mitrailleuses et il y avait les munitions et les obus qui ont été déposés

7 dans cette église.

8 Mais il est un peu bizarre qu'en Croatie, qui est en majorité

9 catholique, que le commandant de cette unité était quelqu'un qui n'était

10 pas catholique; il est leader d'une secte. Je n'ai rien contre celui-ci. Je

11 pense que cette secte s'appelle Hare Krishna. On l'a trouvé à Zagreb et on

12 l'a envoyé à Saborsko pour qu'il soit commandant. Je crois que les vrais

13 habitants de Saborsko étaient Croates catholiques et ils soignaient une

14 relation particulière avec leur église catholique. Je ne crois pas qu'un

15 vrai habitant de Saborsko ait transformé son église en entrepôt de

16 munitions.

17 Q. Vous avez dit qu'à Saborsko, du matériel a été collecté. Avez-vous des

18 informations concernant les véhicules, les tracteurs, les remorques ?

19 R. Vous avez fait une faute. Vous avez dit de Plaski.

20 Q. Je m'excuse, Saborsko. J'ai pensé à Saborsko.

21 R. Quand le commandant Trbovic a donné l'ordre selon lequel la police

22 militaire, en coopération avec la police civile, de ceux qui se sont

23 appropriés de façon illicite de ces biens, qui ont volé cela dans les cours

24 des maisons abandonnées, de collecter tout cela et d'amener tout cela dans

25 l'enceinte de l'usine à Plaski et de former une commission qui pourra

26 procéder au recensement de ces biens. Je me souviens que cette commission a

27 eu de grands problèmes concernant ces criminels, mais je pense que le

28 travail a été bien fait et je pense que c'est bien, selon une procédure à

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1 suivre.

2 Je ne connais pas de détails -- ont été recensés, selon l'ordre du

3 colonel Trbovic.

4 Q. Est-ce que cela veut dire que ces biens, ces objets qui ont été volés à

5 Saborsko ont été donc pris d'entre les mains des personnes qui les ont

6 volés, selon l'ordre du colonel Trbovic ?

7 R. Oui, parce que -- mais pas tous les objets, parce qu'ils ont pu cacher

8 un certain nombre de ces objets.

9 Entre Slunj et Saborsko où la population s'est réfugiée, la plupart

10 de la population, il y avait une route accessible par les tracteurs, et je

11 pense qu'une partie s'est dirigée vers cette route et a pu partir en

12 empruntant cette route.

13 Q. Par rapport à des églises que vous avez mentionnées, est-ce qu'à

14 Plaski, il existait une église catholique ?

15 R. Au centre de la ville, il y avait une église de Sainte Anne, une église

16 catholique qui, en 1995, était intacte. Peut-être qu'on l'a pillée, à

17 l'intérieur de l'église, mais je ne crois qu'il y avait des valeurs à

18 piller, donc il ne manquait pas une tuile. C'est dans la rue de Vukovic,

19 cette église, et dans cette rue, il y avait des Croates, des Croates qui

20 étaient de Plaski et qui sont restés à vivre à Plaski en 1995. Il y en

21 avait parmi eux qui travaillaient chez moi à la municipalité. Cette église

22 est restée intacte.

23 Q. Je vous remercie.

24 Mme LE JUGE NOSWORTHY : [interprétation] Avant que vous ne continuiez à

25 témoigner, dites-moi : l'équipement agricole, les tracteurs, les remorques

26 que vous avez mentionnés, vous avez dit que ces gens les ont volés. A quels

27 gens avez-vous pensé en disant cela ?

28 LE TÉMOIN : [interprétation] Après la fin de l'action, ceux qui ont

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1 participé à l'action se sont retirés. Mon unité s'est retirée pour exécuter

2 ses tâches habituelles.

3 Ces voleurs, ces criminels, il y en avait chez nous, dans la Krajina,

4 dans les prisons. Il y en avait. Il n'y avait pas d'électricité et ils

5 pouvaient opérer facilement. Mais nous n'avions pas de moyens ni de

6 mécanismes pour les empêcher de faire ces actes criminels.

7 Mme LE JUGE NOSWORTHY : [interprétation] Est-ce qu'ils faisaient partie de

8 votre unité ou d'une autre unité, ou ils étaient civils ? Je n'ai pas tout

9 à fait compris qui étaient ces gens. Bien sûr, je comprends qu'ils ont

10 opéré contrairement à votre souhait.

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne peux pas spéculer, mais malheureusement,

12 ils étaient de Licka Jesenica, de Plaski, de partout, de Larkin [phon] et

13 même de Vojinovac, qui est à une vingtaine de kilomètres par rapport à

14 Plaski, même 30 kilomètres.

15 Il ne s'agissait pas d'un groupe déterminé qui volait ces biens. C'était

16 les criminels qui étaient déjà les criminels pendant la paix. A cause des

17 circonstances particulières pendant la guerre, le nombre de ces criminels a

18 augmenté, peut-être.

19 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Mais vous avez également dit que vous

20 n'aviez jamais caché le fait que de tels criminels étaient parmi nous.

21 Est-ce qu'il y en avait parmi vous ? Je pense que c'était le sens de

22 la question de la Juge Nosworthy.

23 Mme LE JUGE NOSWORTHY : [interprétation] Oui, exactement, Monsieur le

24 Président.

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Je pense à la population tout entière dans la

26 municipalité de Plaski. Il y avait entre 6 000 et 7 000 habitants et entre

27 1 000 et 2 000 combattants, donc il y avait des enfants, des femmes, des

28 mineurs, des personnes âgées qui n'ont pas participé à tout cela.

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1 Je ne peux pas dire qu'il n'y avait que des saints dans la brigade de

2 Plaski. Il faut donc situer cela, tous ces événements, dans le contexte de

3 l'époque. Aujourd'hui, on peut croire que c'était quelque chose qui était

4 organisé, mais je vous dis qu'il s'agissait des incidents sporadiques faits

5 par les gens qu'il faudrait arrêter et punir pour ce qu'ils ont fait.

6 Mme LE JUGE NOSWORTHY : [interprétation] Je vous remercie.

7 Maître Milovancevic, vous pouvez procéder.

8 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai encore une

9 ou deux questions, mais on est presque arrivés à la fin de l'audience. J'en

10 ai presque fini avec mon interrogatoire principal. Demain, je pourrai

11 poser, au début de l'audience, une ou deux questions, parce que mon

12 imminent collègue de l'Accusation procèdera au contre-interrogatoire.

13 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Je vous remercie, Maître Milovancevic.

14 Est-ce qu'on peut croire que demain, vous ne poserez que deux questions au

15 maximum ?

16 M. MILOVANCEVIC : [interprétation] Certainement, Monsieur le Président.

17 M. LE JUGE MOLOTO : [interprétation] Je vous remercie. On est arrivés à la

18 fin de l'audience aujourd'hui. L'audience est levée. Demain, nous allons

19 commencer à 9 heures du matin dans la salle d'audience numéro I.

20 --- L'audience est levée à 19 heures 05 et reprendra le mardi 10 octobre

21 2006, à 9 heures 00.

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