Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 LE TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL Affaire IT-94-1-T

2 POUR LEX-YOUGOSLAVIE

3 vendredi, le 14 juin 1996

4 (Audience publique)

5 (10 heures)

6 Rappel de MME KLIPIC à la barre

7 Poursuite de l'interrogatoire par M. NIEMANN

8 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Vous pouvez vous asseoir. Mme Klipic, vous

9 êtes toujours sous serment.

10 TEMOIN (Interprétation) : Oui.

11 M. NIEMANN : Mme Klipic, vous avez expliqué hier dans votre témoignage

12 comment tous ces gens sont descendus de la colline vers Kozarac puis

13 se sont dirigés vers la ville de Kozarusa. Vous en souvenez-vous ?

14 R. : Oui.

15 Q. : Ce mouvement a pris beaucoup de temps parce que certaines personnes

16 marchaient tandis que d'autres se déplaçaient à bord de véhicules

17 motorisés.

18 R. : Oui.

19 Q. : Quelle était la nationalité des personnes formant la colonne ?

20 R. : Elles étaient toutes des Musulmans, à l'exception d'un Serbe du nom

21 de Mirko.

22 Q. : Quand vous êtes arrivés à Kozarusa, outre la répartition des

23 personnes dans les différentes catégories - celles allant à

24 Keraterm, Omarska, Trnopolje - vous rappelez-vous si quelque chose

25 d'autre s'est passé les concernant ?

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1 R. : Que voulez-vous dire ? Où est-ce qu'on les a emmenées ?

2 Q. : Les a-t-on fouillées ?

3 R. : Oui, elles ont toutes été fouillées, hommes et femmes.

4 Q. : Je vois. Avez-vous vu si des personnes dans cette colonne étaient

5 armées ?

6 R. : Oui. Les Serbes étaient armés mais pas nous.

7 Q. : Oui. Les personne formant la colonne n'étaient pas armées ?

8 R. : Non.

9 Q. : Des membres de la colonne ont-ils résisté aux Serbes durant le

10 trajet ?

11 R. : Nous n'étions pas armés. Tous ceux qui avaient des armes les avaient

12 remises à la police ou à la Défense territoriale.

13 Q. : Voulez-vous regarder la photographie que je vous montre maintenant

14 s'il vous plaît ? Peut-on marquer la copie mais c'est l'original que

15 je montre au témoin. Reconnaissez-vous la photo que je vous montre

16 maintenant ?

17 R. : Oui. C'est une photo de mon frère aîné, Enver Alic.

18 M. NIEMANN : Je verse cette photographie, Madame la Présidente.

19 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : a-t-il des objections ? Je pense qu'il s'agit

20 de la pièce à conviction 213 de l'Accusation. Des objections ?

21 M. NIEMANN : Pour la Défense, il s'agit du No Z5/25.

22 M. WLADIMIROFF : Pas d'objections Madame la Présidente.

23 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce 213 est admise.

24 M. NIEMANN : Peut-on présenter la photographie originale sur l'écran s'il

25 vous plaît ? Merci. Peut-on l'agrandir au maximum ? (Au témoin) : En

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1 regardant cette photographie sur l'écran vidéo, le projecteur vidéo

2 et non l'écran en face de vous, pouvez-vous désigner votre frère

3 avec la baguette ?

4 R. : Voici mon frère Eno, Enver Alic, mon frère aîné.

5 Q. : Qui est la femme assise près de lui ici ?

6 R. : C'est sa femme, Kelima.

7 Q. : Elle allaite un enfant n'est-ce pas ?

8 R. : Il s'agit de leur fille, Azra. Elle a maintenant 13 ans.

9 Q. : Votre frère Enver avait-il un surnom ?

10 R. : Oui, on l'appelait "Eno".

11 Q. : Vous souvenez-vous de sa date de naissance ?

12 R. : 1949.

13 Q. : Il est d'ethnie musulmane n'est-ce pas ?

14 R. : Oui.

15 Q. : Pour autant que vous sachiez, est-il toujours en vie ?

16 R. : Je ne le crois pas. Je ne sais pas. Mon père a fait sortir mon frère

17 , Enver, du camp d'Omarska.

18 Q. : Votre père était avec Enver à Omarska n'est-ce pas ?

19 R. : Oui.

20 Q. : Avez-vous demandé à votre père s'il sait s'il est toujours vivant ?

21 R. : Mon père essaye peut-être de nous consoler mais il dit toujours :

22 "Vous devez savoir que Eno n'est plus des nôtres ".

23 Q. : Pour autant que vous sachiez, est-il décédé ou a-t-il disparu quand

24 il était à Omarska ?

25 R. : Non, mon père a emmené Eno dans un garage ou une maison, je ne suis

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1 pas certaine, et Jasko, Emir était là. Mon père a été renvoyé après

2 qu'il ait amené mon frère dans cette pièce et ...

3 M. KAY : Puis-je soulever une objection ici, Madame la Présidente ? Il

4 n'est pas établi que cette femme se trouvait à l'endroit auquel cet

5 incident se réfère, c'est-à-dire le camp d'Omarska. La façon dont

6 j'interprète cette situation est que l'Accusation invoque maintenant

7 comme preuve ce que son père lui a raconté. Cette façon de faire

8 enfreint selon nous les règles sur le ouï-dire appliquées

9 généralement par de nombreux tribunaux. L'Accusation devrait peut-

10 être faire valoir devant cette Cour pourquoi cet élément de preuve

11 devrait être invoqué de cette façon et la Cour pourrait alors

12 entendre les conclusions de la Défense sur ce point.

13 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Je répète que quand vous fondez votre

14 objection sur le motif du ouï-dire, j'ai déjà répondu en disant que

15 nos dix articles sur la preuve n'interdisent pas de le recevoir. Le

16 point n'est pas abordé. La norme est l'élément de preuve pertinent

17 ayant force probante. J'accepte l'idée que votre argument est que,

18 bien que ce soit le cas, ce point n'a pas valeur probante. Mais il

19 n'est peut-être pas approprié de ma part de penser que c'est votre

20 conclusion.

21 M. KAY : C'est bien son fondement. Je préférerais qu'il y ait un débat ...

22 la présentation de conclusions plutôt qu'un débat.

23 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Vous voulez dire des conclusions écrites ?

24 M. KAY : Exactement Madame la Présidente, si c'est la procédure que va

25 suivre l'Accusation pour invoquer des éléments de preuve dans cette

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1 affaire. C'est clairement le cas et, bien sûr, l'Accusation m'a

2 communiqué une déclaration relative à son témoignage. Je sais

3 qu'elle n'était pas au camp d'Omarska. Ce que la Cour a entendu et

4 le compte rendu en ma possession montrent clairement que c'est son

5 père, qui était au camp, qui lui a fourni ces renseignements.

6 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Merci.

7 M. NIEMANN : Oui, Madame, messieurs de la Cour. Je ne cherche pas à

8 établir avec ce témoin que c'est effectivement ce qui s'est passé.

9 Tout le but des questions est de faire dire au témoin si elle sait

10 ou non si son frère est en vie et d'indiquer les recherches qu'elle

11 a entreprises à ce sujet. Le point concerne la preuve du décès. Je

12 ne cherche pas à aller plus loin. Il s'agit seulement de savoir si

13 elle a appris où il est mort et si elle a fait des recherches ainsi

14 que le nature de celles-ci. Elle a posé des questions à son père et

15 sa conviction de l'endroit où son frère est mort. C'est tout ce que

16 j'essaye d'obtenir avec ce témoignage, Madame la Présidente.

17 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Je pense qu'elle a déjà répondu. S'agissant

18 de ce que lui a dit son père - le problème - je dirais presque qu'il

19 s'agit d'un double ouï-dire. M. Wladimiroff me regarde ! Je répète

20 que le ouï-dire n'est pas un problème au moins au plan de la

21 recevabilité du ouï-dire devant ce Tribunal. La question est de

22 savoir s'il a force probante. C'est certainement pertinent. Il me

23 semble que son frère est la personne nommée au paragraphe ...

24 M. KAY : Dans l'acte d'accusation.

25 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : ... 6 de l'acte d'accusation. C'est donc

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1 pertinent. Le point est de savoir s'il a force probante. Si vous le

2 présentez uniquement sur la question du décès et non sur l'identité

3 du responsable du décès, je ne sais pas si cela peut porter

4 préjudice. Permettez-moi cependant de conférer avec mes confrères et

5 nous verrons.

6 Ils me disent qu'ils sont entièrement d'accord avec moi, c'est-à-

7 dire que cet élément est recevable, qu'il est pertinent et il semble

8 qu'il ait force probante. Ce qui est présenté n'est pas un élément

9 de preuve relatif à l'identité du responsable de la mort mais

10 concerne le point de savoir si elle croit ou non qu'il est mort et

11 quelle est la raison de cette conviction.

12 Je repousse votre objection, M. Kay.

13 M. NIEMANN : S'il plaît à la Cour. (Au témoin) : Vous rappelez-vous de la

14 question ? Excusez-moi, vous avez parfaitement raison, Madame la

15 Présidente. Je pense que le témoin a répondu à la question de sorte

16 qu'il est inutile de pousser plus avant. Je verse cette pièce à

17 conviction. Peut-on la marquer 213 ?

18 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Il me semble qu'elle a répondu à la question.

19 Vous essayiez de déterminer les raisons de sa conviction et je ne

20 suis pas sûre que vous ayez fini mais, si oui, c'est parfait.

21 M. NIEMANN : Je n'ai pas besoin de poursuivre sur ce point.

22 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Très bien.

23 M. NIEMANN (Au témoin) : Pouvez-vous examiner, s'il vous plaît, la

24 photographie suivante que je vous montre ? La copie de cette

25 photographie peut-elle être marquée No 214 ? L'autre photographie

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1 peut-elle être rendue au Greffier, ma copie ? Reconnaissez-vous la

2 photographie que je vous montre maintenant ?

3 R. : Oui.

4 Q. : Qu'y voit-on ?

5 R. : On y voit deux policiers.

6 Q. : Connaissez-vous l'un de ces deux policiers ?

7 R. : Oui, je connais Hajrudin Jakupovic.

8 M. NIEMANN : Je verse cette photographie au dossier et, pour la Défense,

9 il s'agit de Z5-26, Madame, messieurs de la Cour.

10 M. WLADIMIROFF : Pas d'objections.

11 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce à conviction 214 est admise.

12 M. NIEMANN : Peut-on présenter la photographie sur l'écran ? Pourriez-vous

13 désigner la personne que vous reconnaissez sur cette photographie,

14 s'il vous plaît ?

15 R. : C'est mon parent et ami, Hajrudin Jakupovic, policier.

16 Q. : Avez-vous cherché à savoir s'il était mort ou vivant ?

17 R. : Je ne sais pas. Il a été emmené à Omarska.

18 Q. : Est-il porté disparu depuis la guerre de 1992 ?

19 R. : On ne sait pas.

20 Q. : Il est disparu depuis la guerre de 1992, pour autant que vous

21 sachiez ?

22 R. : Oui.

23 Q. : Pour autant que vous sachiez, est-il allé à Omarska ?

24 R. : Oui, mes amis et voisins m'ont dit qui était revenu d'Omarska.

25 Q. : Connaissez-vous sa date de naissance ?

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1 R. : Il est né en 1961.

2 Q. : Etait-il Musulman ?

3 R. : Oui.

4 Q. : Où vivait-il ?

5 R. : Il habitait à Gornji Jakupovici.

6 Q. : A quelle distance cela se trouve-t-il de Kozarac, approximativement ?

7 R. : Environ huit, neuf kilomètres et il a travaillé à Kozarac pendant

8 cinq ou six ans - en fait, peut-être plus, sept ou huit.

9 Q. : Quelle était sa profession à Kozarac ?

10 R. : Il était policier, policier d'active.

11 Q. : Quel uniforme portait-il sur cette photographie ?

12 R. : C'est l'uniforme d'hiver. Les policiers avaient également un uniforme

13 d'été.

14 Q. : Est-ce l'uniforme d'hiver de la police ?

15 R. : Oui.

16 Q. : Il s'agit de la police civile, par opposition à la police militaire ?

17 R. : Oui.

18 Q. : La photographie est assez vieille, n'est-ce pas ?

19 R. : Oui, je pense qu'elle date de la troisième ou quatrième année de son

20 séjour à Sarajevo.

21 M. NIEMANN : Je verse cette pièce, Madame la Présidente.

22 M. WLADIMIROFF : Pas d'objections.

23 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : 214 est admise.

24 M. NIEMANN : Pouvez-vous regarder la photographie que je vous montre

25 maintenant ? Peut-on en marquer également la copie de sorte que

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1 l'original puisse être rendu au témoin ? Reconnaissez-vous cette

2 photographie ? Pour la Défense, il s'agit de la photographie Z5-27.

3 Reconnaissez-vous cette photographie ?

4 R. : Oui.

5 Q. : Qu'y voit-on ?

6 R. : C'est un membre de ma famille, Esad Alic, un policier de Kozarac.

7 M. NIEMANN : Je verse cette photographie, Madame, messieurs de la Cour.

8 Peut-on la marquer 215 ?

9 M. WLADIMIROFF : Pas d'objections.

10 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : la pièce 215 est admise.

11 M. NIEMANN : Peut-on la placer sur l'écran s'il vous plaît ?

12 (Au témoin) : C'est Esad Alic. Il appartient à votre famille. Où

13 habitait-il ?

14 R. : A Kamicani.

15 Q. : Pouvez-vous nous dire approximativement à quelle distance de Kozarac

16 se trouve cette localité ?

17 R. : Trois, trois kilomètres et demi.

18 Q. : Connaissez-vous sa date de naissance ?

19 R. : Je pense que c'était en 1955 ou 54, vers cette époque là.

20 Q. : Etait-il Musulman ?

21 R. : Oui.

22 Q. : Quel uniforme porte-t-il sur cette photographie ?

23 R. : L'uniforme d'hiver de la police de Kozarac.

24 Q. : De quelle couleur est-il ?

25 R. : Bleu, comme tous les autres uniformes de la police, gris-bleu.

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1 Q. : Où exerçait-il en tant que policier ?

2 R. : A Kozarac.

3 Q. : L'avez-vous revu depuis la guerre de 1992 ?

4 R. : Non.

5 Q. : A-t-il été envoyé à Omarska, pour autant que vous sachiez ?

6 R. : Je ne crois pas, non.

7 Q. : Avez-vous cherché à savoir ce qui lui est arrivé ?

8 R. : Oui. Son frère est venu d'Omarska et dit qu'ils ont été emmenés

9 d'Omarska.

10 Q. : Vous ne l'avez jamais revu ... on ne l'a jamais revu depuis ?

11 R. : Non.

12 Q. : Pouvez-vous examiner la photographie suivante ? Peut-on rendre celle-

13 ci au Greffier ? La copie de la photographie suivante peut-elle être

14 marquée 216 ? Reconnaissez-vous cette photographie ?

15 R. : Oui.

16 Q. : Pour la Défense, il s'agit de la Z5-28. Reconnaissez-vous la personne

17 sur cette photographie ?

18 R. : Oui, c'est Muhamed Jakupovic, un policier.

19 M. NIEMANN : Je verse cette photographie au dossier.

20 M. WLADIMIROFF : Pas d'objections.

21 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce 216 est admise.

22 M. NIEMANN : Peut-on placer la pièce 216 sur l'écran et l'agrandir au

23 maximum ? C'est une photographie de Mohamed Jakupovic. Vous est-il

24 apparenté ?

25 R. : Oui.

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1 Q. : Quel uniforme porte-t-il ?

2 R. : Celui de la police.

3 Q. : Etait-il Musulman ?

4 R. : Oui.

5 Q. : Connaissez-vous sa date de naissance ?

6 R. : 1966.

7 Q. : 1966 ?

8 R. : Oui.

9 Q. : Etait-il officier de police ?

10 R. : Il travaillait à Prijedor comme agent de la circulation.

11 Q. : L'avez-vous revu depuis la guerre de 1992 ?

12 R. : Non, il a disparu à Kozarac.

13 Q. : Avez-vous cherché à savoir où il se trouve après la guerre ?

14 R. : Oui.

15 Q. : Reconnaissez-vous la photographie suivante que je vous montre

16 maintenant et qu'on peut marquer 217, c'est la Z5- 22. La

17 reconnaissez-vous ?

18 R. : Oui.

19 Q. : C'est une photographie de votre époux ?

20 R. : Oui.

21 Q. : Est-ce un extrait de la pièce à conviction 211, la première

22 photographie que je vous ai montrée hier ? A-t-elle été tirée de

23 cette photographie ?

24 R. : Oui.

25 Q. : Votre époux est-il né en 1965 ?

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1 R. : Oui.

2 Q. : Est-il Musulman ?

3 R. : Oui.

4 Q. : Est-il porté disparu depuis ce jour à Kozarac, le 27 ... Je m'excuse,

5 je retire cette question. A-t-il disparu depuis la première attaque

6 contre Kozarac en mai 1992 ?

7 R. : Oui.

8 Q. : Etait-il aussi un policier ?

9 R. : Oui.

10 M. NIEMANN : Je verse cette photographie au dossier, Madame la Présidente.

11 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Des objections ?

12 M. WLADIMIROFF : Non, Madame la Présidente.

13 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce 217 est admise. Quelle était cette

14 pièce ?

15 M. NIEMANN : 211, Madame la Présidente.

16 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : 211. Je pense que Juge Vohrah aimerait ...

17 M. NIEMANN : Qu'elle soit présentée à l'écran ?

18 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Oui.

19 M. NIEMANN : Peut-on la présenter à l'écran ?

20 JUGE VOHRAH : Merci.

21 M. NIEMANN (Au témoin) : Pouvez-vous examiner la photographie suivante que

22 je vous montre maintenant s'il vous plaît ? La reconnaissez-vous ?

23 R. : Oui.

24 Q. : Pour la Défense, il s'agit de la Z5-23. Est-ce une photographie de

25 votre époux et de sa famille ?

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1 R. : Oui.

2 M. NIEMANN : Je verse cette photographie au dossier, Madame, messieurs de

3 la Cour.

4 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : C'est la pièce à conviction 218, n'est-ce

5 pas ?

6 M. NIEMANN : 218.

7 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Des objections à 218 ?

8 M. WLADIMIROFF : Non, Madame la Présidente.

9 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Elle est admise.

10 M. NIEMANN : Peut-on la placer sur l'écran s'il vous plaît ?

11 (Au témoin) : Mme Klipic, votre époux est l'homme en uniforme vers

12 le centre de la photographie ?

13 R. : Oui.

14 Q. : Votre beau-père figure-t-il sur cette photographie ?

15 R. : Non, c'est mon beau-père.

16 Q. : Oui, votre beau-père ?

17 R. : Oui.

18 Q. : Est-il sur cette photographie ?

19 R. : Oui, c'est Fuad Klipic. Il a été tué au camp de Trnopolje.

20 Q. : Connaissez-vous sa date de naissance ?

21 R. : 1941 ou 42 je crois.

22 Q. : Avez-vous cherché à connaître les circonstances de sa mort ?

23 R. : Oui, je suis allé à Trnopolje et les personnes qui l'ont enterré

24 ainsi qu'un autre homme de Kamicani m'ont raconté.

25 Q. : Savez-vous comment il est mort ?

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1 R. : Pas de causes naturelles. Je ne sais pas comment il a été tué.

2 Personne n'a pu le voir. On l'a seulement trouvé mort.

3 Q. : Votre belle-mère est-elle sur cette photographie ?

4 R. : Oui, c'est ma belle-mère. Elle est en vie.

5 M. NIEMANN : Je verse cette pièce, Madame la Présidente.

6 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Elle serait admise comme la pièce 218, n'est-

7 ce pas ?

8 M. NIEMANN : 218. (Au témoin) : Pouvez-vous regarder maintenant la

9 photographie que je vous montre ? La copie peut-elle être marquée

10 219 ? Pour la Défense, c'est la Z5-24. Reconnaissez-vous cette

11 photographie ?

12 R. : Oui.

13 Q. : C'est une photographie de votre frère, Ekrem ?

14 R. : Oui.

15 M. NIEMANN : Je verse cette photographie, Madame la Présidente.

16 M. WLADIMIROFF : Pas d'objections.

17 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : 219 est admise.

18 M. NIEMANN : Peut-on la présenter sur l'écran, s'il vous plaît ?

19 R. : Oui, c'est mon frère, Ekrem, Ekro. Il a disparu de Benkovac le

20 mercredi 27.

21 Q. : C'est-à-dire le 27 mai 1992 ?

22 R. : Oui.

23 Q. : Est-il né vers 1955 ?

24 R. : Non ... 1955, oui.

25 Q. : Son surnom est Ekro ?

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1 R. : Non, Ekro.

2 Q. : Quelle était sa profession ?

3 R. : Mon frère avait une entreprise privée, il avait ses camions et ses

4 tracteurs et travaillait dans le domaine du bois d'oeuvre.

5 Q. : A l'époque de sa mort, savez-vous s'il était engagé ou non dans une

6 activité militaire ?

7 R. : Non. Il n'appartenait pas à la Défense territoriale. C'était une

8 personne ordinaire. Je ne sais pas comment nous aurions pu être

9 organisés. Si nous l'avions été rien de tout cela ne serait arrivé.

10 Q. : Est-il Musulman ?

11 R. : Oui.

12 M. NIEMANN : Je verse cette pièce au dossier, Madame la Présidente. Peut-

13 on rendre la pièce 211 au témoin s'il vous plaît ?

14 JUGE STEPHEN : Peut-on simplement préciser un point ? C'est son troisième

15 frère, n'est-ce pas ?

16 M. NIEMANN : Deuxième frère, Monsieur le Juge.

17 JUGE STEPHEN : Son deuxième frère ?

18 M. NIEMANN : Oui, il a deux frères, Enver Alic et Ekrem Alic et l'autre

19 est son mari. On peut peut-être montrer la photographie proprement

20 dite sur l'écran ? (Au témoin) : La personne au centre de cette

21 photographie que je vous ai montrée hier est votre époux ?

22 R. : Oui.

23 Q. : Qui est l'homme assis à sa gauche ? Pouvez-vous le voir, si vous

24 pouviez le désigner d'abord ... non, l'autre côté.

25 R. : C'est son frère, Fikret Klipic.

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1 Q. : Connaissez-vous sa date de naissance ?

2 R. : Fikret est né en 1960.

3 Q. : Est-il en vie ?

4 R. : Oui, il est en Australie.

5 Q. : On peut peut-être rendre cette pièce à conviction ? Mme Klipic, avez-

6 vous établi une liste de vos parents disparus depuis la guerre de

7 1992 dans la région de Kozarac ?

8 R. : Oui.

9 Q. : Combien de vos parents sont-ils disparus depuis cette époque ?

10 R. : 35.

11 Q. : Ces parents étaient-ils une combinaison d'hommes, de femmes et

12 d'enfants ou appartenaient-ils à un seul sexe ?

13 R. : Seulement des hommes. Je n'ai pas inscrit les femmes et les enfants.

14 Q. : Savez-vous où ces parents se trouvaient la dernière fois que vous en

15 avez entendu parler ou que vous leur avez parlé ?

16 R. : Certains étaient à Omarska, certains à Benkovac, d'autres à

17 Trnopolje, Keraterm, etc.

18 Q. : Où se trouve Benkovac ?

19 R. : Benkovac est près de Mrakovica. Il y a un village de jeunes à cet

20 endroit.

21 Q. : Avez-vous établi une liste de policiers musulmans que vous

22 connaissiez et qui travaillaient dans la région de l'opstina de

23 Prijedor que ...

24 R. : Oui.

25 Q. : Les policiers musulmans figurant sur la liste que vous avez établie

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1 ont-ils disparu depuis 1992 ?

2 R. : Oui.

3 M. KAY : Puis-je soulever un point ici ? Mon honoré confrère a eu

4 l'obligeance de discuter de ces questions avec la Défense ce matin

5 et il nous a communiqué une liste de noms. J'ai maintenant eu

6 l'occasion de réfléchir sur le but de cet élément de preuve et nous

7 soulevons une objection sur ce fondement. Il s'agit d'une liste de

8 personnes dont ce témoin n'a rien entendu depuis mai 1992. C'est une

9 liste générale de personnes résidant généralement dans la région.

10 Nous savons qu'il y a eu un énorme brassage de population. Ce qui me

11 préoccupe est que la cause contre M. Tadic va comprendre une liste

12 de noms de personnes disparues dans toute la région et cela

13 obscurcit peut-être les questions intéressant sa cause et les chefs

14 de son acte d'accusation et engage cette Cour dans des questions qui

15 n'intéressent peut-être pas ces poursuites.

16 La Cour souhaite peut-être entendre mon honoré confrère en exposer

17 le fondement ? Mais en ce qui nous concerne, nous pensons que c'est

18 un élément de preuve trop éloigné de ce procès.

19 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Monsieur Niemann, vous êtes l'honoré

20 confrère. Voulez-vous répondre ?

21 M. NIEMANN : Madame, messieurs de la Cour, s'agissant en particulier du

22 chef de persécution, des allégations ont été avancées concernant les

23 activités ou mesures dirigées contre les Musulmans et/ou les non-

24 Serbes dans la région de Kozarac et l'opstina de Prijedor. Ces

25 éléments de preuve sont présentés d'un certain nombre de façons. Ils

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1 le sont en ce qui concerne spécifiquement les personnes à la

2 persécution desquels nous alléguons que l'accusé a participé

3 directement.

4 Ils le sont aussi sur une base plus générale parce que, selon nous,

5 c'est une politique visant les non-Serbes de la région. Nous

6 soutenons que la référence aux personnes qu'elle connaît, qu'il

7 s'agisse de parents ou de policiers de la région, intéresse

8 également l'identification de certaines personnes même si ce n'est

9 que par référence non pas tant à leur nom mais même s'il s'agit

10 uniquement de référence à leur catégorie, touche la question plus

11 générale de la persécution des non-Serbes de la région.

12 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Voulez-vous ajouter quelque chose M. Kay ?

13 M. KAY : Je comprends le caractère du tableau plus général que

14 l'Accusation présente comme partie de sa cause mais ma préoccupation

15 est qu'elle l'a peut-être déjà dressé par le biais des témoins que

16 cette Cour a entendu durant les cinq ou six dernières semaines. Les

17 questions relatives à la cause contre M. Tadic et les présomptions

18 avancées spécifiquement contre lui risquent maintenant d'être noyées

19 dans ces questions plus générales.

20 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Nous avons entendu énormément de choses.

21 C'est certain. La persécution est l'un des éléments, l'un des chefs

22 d'accusation. On allègue dans ce chef qu'on a assisté à

23 l'arrestation et à l'incarcération de milliers de Musulmans et de

24 Croates dans des conditions violentes à Omarska et dans d'autres

25 camps puis à la déportation ou à l'expulsion de la majorité des

Page 2845

1 résidents musulmans ou croates de l'opstina de Prijedor par la force

2 ou la menace de la force. L'accusé, M. Tadic, est cité dans ce chef

3 d'accusation ...

4 M. KAY : Oui.

5 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : et de toute évidence, un lien devra être

6 établi entre, d'une part, la déportation et l'expulsion, qui sont

7 présumés comme un acte parmi d'autres, et M. Tadic d'autre part,

8 mais cela concerne le premier point. Je pensais que vous vous

9 inquiétiez de ce que cet élément émanant à ce stade de ce témoin

10 sous cette forme pourrait vous nuire et pourrait revêtir un

11 caractère exceptionnel. Mais il s'agit d'un procès par les juges. Je

12 pense que nous sommes capables de comprendre le caractère du

13 témoignage, qui le donne et dans quelles circonstances. Mais c'est

14 certainement pertinent. Dans la mesure où le témoin peut dire qu'ils

15 ont disparu, je pense que c'est probant pour ce chef. Je repousse

16 donc votre objection et nous entendrons le témoin mais voyez si vous

17 ne pouvez pas avancer plus rapidement, M. Niemann, s'il vous plaît .

18 M. KAY : Merci, Madame la Présidente.

19 M. NIEMANN : Oui, Madame la Présidente. (Au témoin) : S'agissant des

20 policiers qui figurent sur cette liste, avez-vous cherché vous-même

21 à savoir s'ils avaient ou non disparu depuis cette époque ?

22 R. : Oui.

23 QUESTION: Savez-vous si oui ou non votre frère Enver Alic connaissait

24 l'accusé Dule Tadic ?

25 R. : Oui.

Page 2846

1 Q. : Comment le savez-vous ?

2 R. : Je le sais parce que Dule Tadic, Vasa Crnogorac, Fadil Hrustic ont

3 acheté chez mon frère des planches et d'autres matériaux en bois

4 pour le café. Je les ai vus là.

5 Q. : Vous dites que votre frère, Enver Alic, a aidé Dule Tadic à

6 construire son café.

7 R. : Oui, il construisait une maison et tout le monde l'aidait avec ces

8 pièces de bois.

9 Q. : Votre frère, Ekrem, connaissait-il Dule Tadic, pour autant que vous

10 sachiez ?

11 R. : Oui, très bien.

12 Q. : Comment le savez-vous ?

13 R. : Je le sais parce que nous fréquentions beaucoup les cafés et nous

14 nous connaissions tous, de même que mon frère et Eno.

15 Q. : Dans votre témoignage hier, vous êtes parvenue au moment où vous

16 arriviez à Trnopolje. Vous souvenez-vous ?

17 R. : Oui.

18 Q. : Vous avez dit, je crois, que vous aviez vos enfants avec vous à ce

19 stade ?

20 R. : Oui.

21 Q. : Durant votre séjour à Trnopolje, avez-vous jamais eu l'occasion de

22 voir Dule Tadic ?

23 R. : Oui, à deux reprises.

24 Q. : Pouvez-vous dire au Tribunal quand vous l'avez aperçu pour la

25 première fois au camp de Trnopolje ?

Page 2847

1 R. : Oui, mes enfants étaient malades et je suis allée de Trnopolje vers

2 Trnjani, c'est-à-dire dans la direction de Prijedor.

3 Q. : Où l'avez-vous vu ?

4 R. : Je l'ai de nouveau vu avec Bolta dans une Golf de la police se

5 dirigeant vers Trnopolje.

6 Q. : Etiez-vous à pied à ce moment là ?

7 R. : Oui, je marchais avec mes deux jeunes fils.

8 Q. : Conduisaient-ils la voiture à ce moment là ?

9 R. : Oui.

10 Q. : Allaient-ils vite ou lentement quand ils vous ont dépassé ?

11 R. : Lentement.

12 Q. : Qui était au volant ?

13 R. : Brane Bolta.

14 Q. : Où l'accusé Dule Tadic était-il assis dans la voiture ?

15 R. : Il était assis à côté de lui, sur le siège du passager.

16 Q. : C'était à l'avant de la voiture, sur le siège du passager à l'avant

17 de la voiture ?

18 R. : Oui.

19 Q. : Quelle distance approximative vous séparait de la voiture quand elle

20 est passée le plus près de vous ?

21 R. : Nous nous sommes seulement croisés. J'allais vers Prijedor et ils

22 allaient vers Trnopolje. Ils allaient lentement et vous voyez tout

23 ce qui vient vers vous.

24 Q. : Etiez-vous sur le côté de la route ?

25 R. : Non, je marchais dans la direction opposée, pas vers l'automobile

Page 2848

1 mais en face de l'automobile, c'est-à-dire que je marchais sur le

2 côté droit de la route et il conduisait aussi sur sa droite.

3 Q. : A quel endroit vous trouviez-vous sur la route ?

4 R. : J'étais entre Trnjani et Trnopolje. C'est environ un kilomètre, un

5 kilomètre et demi. Je ne me souviens pas exactement. Je ne peux pas

6 me rappeler du bâtiment où nous nous sommes rencontrés mais je sais

7 exactement où nous nous trouvions.

8 Q. : La route est-elle revêtue de bitume à l'endroit où vous les avez

9 aperçus ?

10 R. : Oui.

11 Q. : Marchiez-vous sur l'asphalte ou sur le bas-côté

12 R. : Non, nous étions sur l'asphalte. Il n'y a pas de bas-côtés à cet

13 endroit. Tout est asphalté, revêtu d'asphalte.

14 Q. : Avez-vous vu comment les hommes étaient vêtus dans la voiture ? Tout

15 d'abord Bolta. Que portait-il ?

16 R. : Bolta portait toujours un uniforme de policier et Dule une tenue

17 camouflée.

18 Q. : Vous souvenez-vous approximativement de la date de cette rencontre ?

19 R. : C'était tout à fait au début de juin.

20 Q. : Au début de juin 1992 ?

21 R. : Oui.

22 Q. : Pouviez-vous voir Dule Tadic clairement dans la voiture pendant son

23 approche ?

24 R. : Oui, je le répète. Oui. Tout ce qui m'intéressait étaient les

25 policiers comme Bolta et pas Dule. J'ai aussi rencontré Dusko.

Page 2849

1 QUESTION: Avez-vous parlé avec Bolta en cette occasion ?

2 R. : Oui. Non, non pas alors mais vous nous voyions assez souvent à la SUP

3 à Prijedor.

4 Q. : Vous avez dit, je crois, que vous l'avez vu une deuxième fois.

5 Pouvez-vous nous dire où vous l'avez aperçu pour la deuxième fois

6 quand vous étiez à Trnopolje ?

7 R. : Oui, c'était en face de l'école au café Huskina à Trnopolje.

8 Q. : Il s'agit d'un hôtel ou d'un café, n'est-ce pas, directement en face

9 de l'école de Trnopolje ?

10 R. : Oui, c'est un café, un pub privé.

11 Q. : Où vous teniez-vous, ou à quel endroit vous trouviez-vous quand vous

12 avez vu Dule Tadic en cette occasion ?

13 R. : J'étais avec mes deux fils qui étaient tombés malades et étaient

14 incontinents. Je devais les accompagner à Prijedor.

15 Q. : L'avez-vous vu durant le jour ou durant la nuit ?

16 R. : Durant le jour, dans la matinée.

17 Q. : Avez-vous eu un bon aperçu de Dule Tadic en cette occasion ?

18 R. : Il était très proche et je l'ai bien vu.

19 Q. : Vous marchiez dans la rue lorsque vous l'avez vu, n'est-ce pas ?

20 R. : Oui, j'étais à pied et je me tenais là. Il y avait Zoka de la station

21 service, Goran Babic, un policier et Mejakic et je connais tous les

22 autres mais j'ignore leur nom.

23 Q. : A quelle distance étiez-vous de Dule Tadic quand vous l'avez vu en

24 cette occasion ?

25 R. : Ils se tenaient sur un côté de la route et je passais sur l'autre

Page 2850

1 côté.

2 Q. : Un obstacle quelconque aurait-il pu vous empêcher de le voir ?

3 R. : A Prijedor ?

4 Q. : Je m'excuse, oui, à Prijedor.

5 R. : Oui.

6 Q. : Où l'avez-vous aperçu ensuite ?

7 R. : Seulement dans la SUP en passant, Stenko, lui, Cigo, Brdar, Sujica,

8 Goran ... tous ces policiers que je connaissais.

9 Q. : Il s'agit d'autres policiers que vous connaissiez. Etaient-ils des

10 policiers serbes ?

11 R. : Oui.

12 Q. : La SUP est le poste de police. n'est-ce pas ?

13 R. : Oui.

14 Q. : En ces occasions où vous l'avez vu dans le voisinage du bâtiment de

15 la SUP en compagnie de ces policiers serbes, vous rappelez-vous

16 comment il était vêtu ?

17 R. : Il portait constamment une tenue camouflée.

18 Q. : Cela s'est passé chaque fois dans la localité de Prijedor proprement

19 dite ?

20 R. : Oui.

21 Q. : Pouvez-vous regarder dans le prétoire et me dire si vous voyez Dule

22 Tadic ?

23 R. : Oui.

24 Q. : Pourriez-vous le désigner ?

25 Q. : Il n'était jamais aussi bien vêtu. Vous devriez avoir honte ! Oui,

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1 dans le milieu, entre les deux policiers.

2 Q. : Pendant que vous résidiez dans la région de Kozarac et l'opstina de

3 Prijedor, avez-vous jamais ...

4 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Le procès-verbal mentionnera que le témoin a

5 identifié l'accusé.

6 M. NIEMANN : S'il plaît à la Cour.

7 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Excusez-moi, M. Niemann.

8 M. NIEMANN (Au témoin) : Avez-vous jamais vu ou rencontré quelqu'un ou

9 connu quelqu'un qui ressemblait à Dule Tadic ou qui était parfois

10 pris pour Dule Tadic ?

11 R. : Non. Non, il n'avait pas de frère jumeau.

12 Q. : Connaissez-vous quelqu'un d'autre qu'un de ses frères qui aurait pu

13 lui ressembler ?

14 R. : Non.

15 QUESTION.: Non.

16 M. NIEMANN : Je n'ai pas d'autres questions, Madame la Présidente.

17 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Merci. M. Kay.?

18 Contre-interrogatoire par M. Kay

19 M. KAY : Merci, Madame la Présidente. (Au témoin) : Mme Klipic, le premier

20 point que je veux aborder avec vous est la date de l'attaque contre

21 Kozarac. Vous avez fait référence à la date de l'attaque quand vous

22 vous êtes réfugiée avec vos amis dans un bâtiment à Kozarac, pas

23 dans votre maison mais plus haut dans la rue Marsala Tita, est-ce

24 exact ?

25 R. : Oui, j'étais dans la maison d'un ami dans la rue Marsala Tita mais je

Page 2852

1 ne suis pas certaine du nom de la rue qui mène vers l'hôpital.

2 J'étais dans la maison de Hamid Najic.

3 Q. : Il semble que ce soit dans le voisinage de l'hôpital ?

4 R. : Oui.

5 Q. : Kozarac était-il bombardé pendant que vous étiez dans cette maison ?

6 R. : Oui.

7 Q. : Et aussi le secteur où vous vous trouviez ?

8 R. : Oui.

9 Q. : J'ignore si vous pouvez nous aider mais le bâtiment dans lequel vous

10 vous trouviez a-t-il été touché par un obus ?

11 R. : Pas la maison mais le magasin de Tafik a été touché par un obus.

12 Q. : En fait, la position que vous nous avez montrée hier sur la carte

13 était très proche de l'endroit où habitait Dule Tadic ?

14 R. : Oui, je pense que ça se trouvait deux ou trois maisons derrière.

15 Q. : Si vous étiez sortie de votre abri pour aller dans la rue et tourner

16 au coin, vous auriez été très proche du café et du bar de Dule Tadic

17 et de sa maison familiale ?

18 R. : Oui.

19 Q. : Après vous être réfugiés là, vous avez décidé avec d'autres personnes

20 de quitter Kozarac et de vous réfugier dans les bois derrière la

21 ville ?

22 R. : Oui.

23 Q. : Avez-vous quitté cette maison le deuxième jour de l'attaque contre la

24 ville ?

25 R. : Oui, le lundi 25.

Page 2853

1 Q. : Donc après avoir passé la nuit dans la ville de Kozarac, vous avez

2 décidé le lendemain avec d'autres personnes qu'il était préférable

3 de quitter cette ville et de chercher un refuge ailleurs ?

4 R. : Oui.

5 Q. : Est-ce que de nombreuses personnes avaient également pris cette

6 décision de quitter Kozarac et de se réfugier dans les bois derrière

7 la ville ?

8 R. : Oui.

9 Q. : Comme vous, ils s'abritaient dans les refuges qu'ils pouvaient

10 trouver ?

11 R. : Oui.

12 Q. : Vous nous avez dit que c'est le troisième jour que vous avez décidé

13 de quitter cet endroit et de descendre à Kozarac et qu'on vous a

14 transportés sur un tracteur avec une remorque ?

15 R. : Oui, pas le troisième mais le quatrième jour. En fait, le troisième

16 jour à compter du moment où nous sommes allés dans les bois et le

17 quatrième jour à compter de l'attaque le mercredi 27.

18 Q. : Merci beaucoup. Cela explique bien. Est-ce que d'autres personnes

19 quittaient aussi comme vous cet endroit où elles s'étaient réfugiées

20 et redescendaient les collines vers Kozarac ?

21 R. : Oui, le mardi après-midi nous sommes descendus dans Vidovici, un

22 village serbe constitué d'environ huit ou neuf maisons, je ne suis

23 pas certaine, et qui n'avait pas été bombardé.

24 Q. : Savez-vous si d'autres personnes avaient quitté les bois avant que

25 vous preniez la décision de descendre à Kozarac; si d'autres

Page 2854

1 personnes avaient déjà en fait abandonné ces refuges ?

2 R. : Oui, de nombreuses colonnes étaient descendues le mardi 26, beaucoup

3 de gens s'étaient rendus.

4 Q. : Quand vous êtes partie le troisième jour de votre refuge dans les

5 bois mais le quatrième après le début de l'attaque, est-ce que la

6 plupart des gens avaient quitté les bois ; étiez-vous parmi les

7 derniers ou est-ce que de nombreuses personnes continuaient de s'y

8 réfugier ?

9 R. : Je pense que nous étions la colonne la plus importante et la

10 dernière. Des gens venant de partout se joignaient à nous. Nous

11 étions nombreux et la colonne était longue.

12 Q. : C'est donc dans le village de Vidovici que vous avez pu monter à bord

13 du tracteur avec la remorque ?

14 R. : Oui.

15 Q. : Quand vous avez quitté Vidovici, vous êtes-vous dirigés vers le

16 centre de Kozarac ou vers une autre partie de Kozarac ?

17 R. : Non, vers le centre de Kozarac.

18 Q. : La route que vous avez empruntée, si vous pouvez nous aider ...

19 pourrions-nous avoir la pièce à conviction 12 de la Défense qui est

20 un agrandissement de la carte et peut-être qu'on pourrait la placer

21 devant le témoin sur le rétroprojecteur ? Est-il plus facile pour

22 vous madame de l'avoir devant vous plutôt que de vous pencher vers

23 le projecteur ? Je ne sais pas si la Cour objectera à ce qu'on la

24 place devant vous. Je sais que la Cour a une copie de la carte.

25 R. : Oui.

Page 2855

1 Q. : Peut-être que si on la place devant vous vous n'aurez aucune

2 difficulté à vous orienter. Pouvez-vous lire "VIDOV" dans le coin en

3 haut à droite ?

4 R. : Oui.

5 Q. : C'est l'endroit où se trouve le village de Vidovici ?

6 R. : Oui.

7 Q. : Pouvez-vous voir le nom "Kozarac" sur le côté gauche de la carte ?

8 R. : Oui.

9 Q. : Pouvez-vous voir le triangle au bout de la rue Marsala Tita ?

10 R. : Vous voulez dire ici ?

11 Q. : Oui, je peux voir que vous le désignez avec la baguette. Je peux voir

12 ce que vous désignez de l'endroit où je me trouve. Oui.

13 Reconnaissez-vous la rue Marsala Tita sur cette carte ? Descendant

14 vers le triangle au bout de Kozarac, madame ?

15 R. : Nous avons ici Kalate. Je pense que ceci est la grande rue.

16 Q. : Merci. . En fait, nous pouvons voir ce que vous faites si on met

17 l'écran vidéo. Merci beaucoup. Maintenant vous pourriez peut-être

18 nous dire - et si on peut refaire la même chose avec la vidéo - vous

19 pourriez peut-être placer votre doigt sur la région de Vidovici sur

20 la carte et nous indiquer la route que vous avez suivie de Vidovici

21 à Kozarac ? Utilisez votre doigt madame, si c'est plus facile que la

22 baguette.

23 R. : Mutnik ... Je pense que nous sommes allés ici puis là et nous avons

24 ensuite descendu Marsala Tita. Nous sommes allés à Vidovici, Brdjani

25 et ensuite ici, là, Arfagici et ce n'est pas où nous étions.

Page 2856

1 M. KAY : Nous avons maintenant la carte que nous voulions.

2 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La décision vous appartient, M. Kay. Si vous

3 voulez que le témoin utilise le rétroprojecteur, elle le peut; c'est

4 à vous de décider.

5 M. KAY : Oui. Nous y reviendrons peut-être. Je me suis rendu compte hier

6 qu'elle avait quelques difficultés, Madame la Présidente. (Au

7 témoin) : Peut-être que si nous pouvions ...

8 R. : Je ne suis pas bonne en géographie.

9 Q. : Peu importe. Nous pourrons trouver la route que vous avez prise.

10 Peut-être que si nous placions la carte sur le rétroprojecteur,

11 M. Bos et que nous essayions de nouveau ? Vous pourriez peut-être

12 approcher votre chaise, madame, cela pourrait vous aider. Le

13 microphone situera votre voix près du projecteur.

14 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Mme Klipic, avancez un peu dans cette

15 direction et approchez votre microphone. Merci.

16 M. KAY : Pouvez-vous voir ici, Vidovici.

17 R. : Oui.

18 Q. : Pouvez-vous tracer avec votre baguette la route que vous avez prise

19 de Vidovici à Kozarac ?

20 R. : Je pense que c'était peut-être cette route.

21 Q. : Oui.

22 R. : Puis nous sommes allés là, dans cette direction et ensuite dans

23 celle-ci, puis nous sommes arrivés à la mosquée Mutnik.

24 Q. : Oui.

25 R. : Puis je pense que nous sommes arrivés là.

Page 2857

1 Q. : Bien.

2 R. : Ici nous allons vers Hrnici, là dans la direction de Prijedor et nous

3 nous trouvons ici dans le voisinage de Kalate.

4 Q. : Oui. Peut-on s'arrêter ici un instant ? Pouvez-vous me dire à quelle

5 heure vous avez quitté Vidovici ?

6 R. : Je pense vers midi ou 13 heures.

7 Q. : Vous souvenez-vous du temps qu'il vous a fallu pour arriver à la

8 mosquée Mutnik ?

9 R. : Cela dépend de vos capacités et de la façon dont nous avons traversé

10 ici.

11 Q. : Vous rappelez-vous de l'heure qu'il était quand vous y êtes arrivés

12 sur le tracteur ?

13 R. : Brdjani, à Brdjani ou Kozarusa ?

14 Q. : Non, à la mosquée Mutnik.

15 R. : Je ne peux pas me rappeler. Comme je l'ai dit, nous marchions peut-

16 être pendant une demie heure puis nous nous arrêtions et nous

17 repartions pendant une demi-heure et nous nous arrêtions de nouveau

18 pendant 10 ou 20 minutes et nous avons continué ainsi.

19 Q. : Pouvez-vous nous donner une idée du nombre de personnes qui

20 avançaient avec vous sur cette route ?

21 R. : Nous étions nombreux. La colonne était très longue avec des

22 tracteurs, des automobiles, des piétons.

23 Q. : Etiez-vous au milieu de la colonne ou en tête, ou à l'arrière ?

24 Pouvez-vous nous préciser à quel niveau ?

25 R. : Je crois que nous étions parmi les premiers. Je ne sais pas

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1 exactement où se situait mon tracteur mais peut-être le premier,

2 deuxième ou troisième.

3 Q. : Quand vous avez quitté la mosquée Mutnik, vous avez descendu la rue

4 Marsala Tita ?

5 R. : Oui.

6 Q. : Vous avez atteint le triangle au bas de la rue, le triangle vert près

7 de l'école à Kozarac, est-ce exact ?

8 R. : Oui.

9 Q. : Pouvez-vous me dire vers quelle heure de la journée vous y êtes

10 parvenue ?

11 R. : Je n'avais pas de montre.

12 Q. : Etait-ce dans l'après-midi ou dans la soirée ?

13 R. : L'après-midi.

14 Q. : Pouvez-vous nous dire le temps qu'il vous a fallu pour aller de

15 Vidovici à proximité de l'école à Kozarac ?

16 R. : Je répète que je ne sais pas. Avec toute cette peur, ces pleurs,

17 c'est difficile à dire.

18 Q. : Vous avez fini par aller à Kozarusa, n'est-ce pas ?

19 R. : Oui.

20 Q. : Pouvez-vous nous dire, en regardant la carte que vous venez

21 d'examiner, la pièce à conviction 12 de la Défense, quelle route

22 vous avez prise de Kozarac à Kozarusa ?

23 R. : Je pense que c'est ici. (Le témoin désigne la route).

24 Q. : Nous ne pouvons pas voir l'endroit que vous désignez et M. Bos va

25 vous aider.

Page 2859

1 R. : Ceci est la grande rue. Elle va vers Krkici. Voici Krkici.

2 Q. : Ce n'est probablement pas la direction de Kozarusa, n'est-ce pas, à

3 partir de Kozarac ?

4 R. : Krkici ?

5 Q. : Voyons si je peux vous montrer une autre carte, ce sera peut-être

6 plus facile. Peut-on montrer la carte 79 en la centrant sur Kozarac

7 et en l'agrandissant. C'est ce qu'il nous faut. Pouvez-vous voir

8 cette carte maintenant, madame ? Pouvez-vous voir où se situe

9 Kozarac ? Pouvez-vous voir deux routes, une avec un "4" dessus ?

10 Serait-ce la nouvelle route qui relie Banja Luka à Prijedor ?

11 R. : Oui.

12 Q. : Pouvez-vous voir cela ? Votre maison était très proche de cette

13 nouvelle route, n'est-ce pas ?

14 R. : Oui.

15 Q. : Peut-être qu'en regardant maintenant cette carte vous pourrez nous

16 dire exactement où se trouvait votre maison, cela pourrait vous

17 aider ? Pouvez-vous l'indiquer en regardant cette carte ? Peut-être

18 que si vous pouviez garder votre doigt sur la carte à l'endroit où

19 votre maison est proche de la nouvelle ...

20 R. : Je ne peux pas vous dire, soit ici, soit là.

21 Q. : Bien. Pouvez-vous voir le nom "Kozarusa" ?

22 R. : Je l'ai vu mais je l'ai perdu. Oui.

23 Q. : C'est très proche de Kozarac n'est-ce pas ?

24 R. : Oui.

25 Q. : C'est l'endroit où vous vous êtes rendus sur cette remorque et avec

Page 2860

1 la colonne ?

2 R. : Oui.

3 Q. : Vous pouvez peut-être nous montrer, en regardant cette carte, la

4 direction que vous avez prise sur cette remorque pour aller à

5 Kozarusa ? Pouvez-vous indiquer la route en regardant cette carte ?

6 R. : Je pense que ceci est la route principale, Kozarac, Kozarusa.

7 Q. : Est-ce la route que vous avez prise, celle sur laquelle vous promenez

8 la baguette en ce moment ?

9 R. : Il y a une vieille route et une nouvelle route. Il y a Donja Kozarusa

10 et Gornja Kozarusa.

11 Q. : Oui. J'essaye seulement de déterminer la direction que vous avez

12 prise avec votre remorque quand vous nous dites que vous êtes allés

13 à proximité d'un café et que la colonne s'est arrêtée et que vous

14 avez été envoyés dans différents endroits ?

15 R. : Oui.

16 Q. : Pouvez-vous indiquer en regardant cette carte où se trouve l'endroit

17 où vous vous êtes arrêtés ? Etait-ce au-dessus de la nouvelle route

18 ou au-dessous ? Etait-ce à proximité de la vieille route ?

19 R. : C'était à proximité et au-dessous de la nouvelle route.

20 Q. : Merci. C'est probablement tout ce dont j'ai besoin pour l'instant

21 pour vous interroger en ce qui concerne cette carte Vous avez donc

22 quitté Kozarac. Vous êtes allée à Kozarusa et la colonne ...

23 R. : Oui.

24 Q. : ...s'est arrêtée à Kozarusa, est-ce exact ?

25 R. : Oui.

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1 Q. : De Kozarac, vous avez pris la nouvelle route qui vous mènerait

2 jusqu'à Prijedor; est-ce exact ?

3 R. : Oui.

4 Q. : Donc en quittant Kozarac, vous seriez passée devant la vieille

5 scierie n'est-ce pas ? Est-ce un des endroits que vous auriez passés

6 en chemin ?

7 R. : Oui.

8 Q. : Vous avez tourné à droite sur la nouvelle route, n'est-ce pas ?

9 R. : Oui.

10 Q. : Merci. Vous souvenez-vous de l'heure qu'il était quand vous êtes

11 arrivés à Kozarusa et que la colonne s'est arrêtée ?

12 R. : Je pense qu'il pouvait être vers 15 ou 16 heures. Il faisait encore

13 chaud.

14 Q. : A ce stade, d'autres personnes s'étaient-elles jointes à la colonne

15 partie initialement de Vidovici ?

16 R. : Oui.

17 Q. : A quelle endroit dans la colonne vous trouviez-vous quand elle est

18 arrivée à Kozarusa ? Etiez-vous toujours à l'avant ou dans un

19 endroit différent ?

20 R. : Oui, toujours à l'avant.

21 Q. : Est-il exact que de nouvelles personnes s'étaient en fait jointes à

22 cette colonne pendant le trajet vers Kozarusa ?

23 R. : Oui. J'ai constaté que la colonne s'allongeait sans cesse à

24 l'arrière.

25 Q. : Vous avez dit à la Cour hier que pendant le trajet vous avez vu une

Page 2862

1 Volkswagen Golf de la police qui était conduite par Brane Bolta ?

2 R. : Oui.

3 Q. : Vous avez dit que Dusko Tadic se trouvait dans cette voiture avec un

4 homme appelé Goran Borovnica et quelqu'un d'autre que vous ne

5 pouviez pas voir ?

6 R. : Oui.

7 Q. : Quand vous avez vu cette voiture, à quel moment durant le trajet

8 s'est-elle approchée de vous ? A quel stade du trajet vous trouviez-

9 vous alors exactement ?

10 R. : Je pense que j'étais près de la taverne Bajina.

11 Q. : La taverne Bajina se trouve où ? Est-ce dans Kozarac ou près de la

12 nouvelle route ?

13 R. : Oui, près de la nouvelle route, à proximité de Susici.

14 M. KAY : Nous avons d'autres cartes ici à présenter à la Cour. Leur

15 échelle est inférieure à celle de la pièce à conviction 12 de la

16 Défense, Madame la Présidente, mais elles peuvent peut-être nous

17 aider. Madame la Présidente, je présente maintenant à la Cour une

18 carte d'une échelle légèrement différente de celle que nous avons

19 utilisé précédemment. Je la verse comme la pièce à conviction 13 de

20 la Défense.

21 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Vous n'allez pas demander à ce témoin de

22 l'identifier ? Je suppose que l'Accusation n'a pas d'objection à

23 propos de cette carte. a-t-il un problème ?

24 M. NIEMANN : Pas de problèmes.

25 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Très bien. C'est quelle pièce à conviction ?

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1 M. KAY : Pièce 13 de la Défense.

2 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce 13 de la Défense est admise. Que

3 représente cette carte ?

4 M. KAY : La région de Kozarac.

5 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Bien. Merci.

6 M. KAY : Peut-on la présenter sur le rétroprojecteur ? De nouveau madame -

7 peut-être que si on pouvait la réduire sur l'écran vidéo, montrer

8 davantage de terrain ou la déplacer, merci - pouvez-vous repérer

9 Susici ?

10 R. : Oui, Susici.

11 Q. : Peut-être que vous pourriez l'indiquer sur la carte qui est présentée

12 sur le rétroprojecteur ?

13 R. : Susici.

14 Q. : Oui. Pouvez-vous voir la nouvelle route au-dessous de Susici ?

15 R. : Oui.

16 Q. : C'est la nouvelle route, n'est-ce pas ?

17 R. : Susici, Huskici, fonction de la façon dont vous les marquez.

18 Q. : Pouvez-vous nous montrer sur cette carte où se trouve la taverne près

19 de laquelle vous nous dites que vous avez vu la voiture avec Dule

20 Tadic et Brane Bolta; où se trouve-t-elle ?

21 R. : Elle pourrait se trouver ici, entre Susici et probablement près de

22 Kozarac, à environ un kilomètre de Kozarac vers Susici.

23 Q. : A quelle distance de l'endroit où la colonne a fini par s'arrêter,

24 Kozarusa ?

25 R. : Je pense à environ deux kilomètres.

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1 Q. : Ce serait dans l'autre direction par rapport à Kozarac, n'est-ce pas

2 madame ?

3 R. : Oui.

4 Q. : A ce moment là, la route aurait été remplie de nombreux véhicules et

5 de gens, tous allant dans la même direction que vous, est-ce exact ?

6 R. : Non. Nous allions dans une direction et les Serbes se dirigeaient

7 dans l'autre direction.

8 Q. : Quand vous dites que les "Serbes se dirigeaient dans l'autre

9 direction", quel était le volume de trafic allant dans la direction

10 opposée à la vôtre ?

11 R. : Le trafic était modeste parce que la route n'est pas large et ils

12 étaient surtout à pied ou en voiture.

13 Q. : Quand vous dites que le "Serbes de dirigeaient dans l'autre

14 direction", de quels sortes de Serbes parlez-vous ?

15 R. : Des Serbes armés, toutes sortes.

16 Q. : Le trafic sur la route était-il alors divisé en deux colonnes, une

17 allant dans une direction et l'autre dans la direction opposée, de

18 sorte que la route était divisée, comme d'ordinaire en deux

19 sections ?

20 R. : Oui.

21 M. KAY : Madame la Présidente, le moment est propice à une suspension.

22 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : L'audience est suspendue pendant 20 minutes.

23 (11 heures 30)

24 (Brève suspension d'audience)

25 (11 heures 50)

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1 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Vous pouvez reprendre M. Kay.

2 M. KAY : Merci, Madame la Présidente. (Au témoin) : A quelle distance de

3 l'endroit où la colonne a fini par s'arrêter à Kozarusa est-ce que

4 se trouvait la taverne où vous avez vu Brane Bolta dans une Golf

5 avec Dusko Tadic ?

6 R. : Deux kilomètres et demi environ, je pense.

7 Q. : Combien de temps vous a-t-il fallu pour couvrir la distance jusqu'à

8 l'arrêt de la colonne à Kozarusa ?

9 R. : Si nous avions avancé normalement, disons à 60 ou 70, cela nous

10 aurait pris 10 minutes environ mais ça a pris beaucoup plus de

11 temps. La colonne s'arrêtait fréquemment. Je ne sais pas pourquoi.

12 Q. : Vous pouvez peut-être me dire combien de temps cela vous a pris ?

13 R. : Je dirais environ une heure.

14 Q. : Quand vous avez aperçu la voiture conduite par Brane Bolta, elle se

15 dirigeait dans la direction opposée, ce qui serait dans la direction

16 de Kozarac et Banja Luka, est-ce exact ?

17 R. : Oui.

18 Q. : Où la colonne s'est-elle arrêtée quand vous êtes arrivés à Kozarusa ?

19 R. : Près du café Zika à Kozarusa.

20 Q. : Est-ce dans le centre de Kozarusa ou près de la nouvelle route ?

21 R. : Près de la nouvelle route, à l'arrêt d'autocars en face du café Zika.

22 Q. : Quand votre colonne s'est arrêtée en cet endroit, est-ce que d'autres

23 Musulmans ou Croates, d'autres personnes qui avaient quitté leurs

24 maisons se trouvaient déjà là ?

25 R. : Oui, il y avait un petit groupe mais c'est alors qu'ils ont commencé

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1 à séparer les hommes de 16 à 65 ans, devant le café Zika et nous,

2 les femmes et les enfants, nous sommes restés sur nos tracteurs, nos

3 autocars, nos voitures etc.

4 Q. : Quand vous êtes arrivés près du café Zika, combien de temps s'est-il

5 écoulé avant que vous ayez été séparés et envoyés dans la direction

6 de Trnopolje ?

7 R. : Jusqu'à ce que tous les hommes aient été séparés et qu'ils aient

8 fouillé tous nos sacs.

9 Q. : Donc quand vous êtes arrivés à l'arrêt d'autocars près du café Zika,

10 la procédure de séparation avait-elle déjà commencé ou a-t-elle

11 commencé quand vous êtes arrivés avec votre colonne ?

12 R. : La séparation a commencé, je pense, et d'autres personnes m'ont dit

13 qu'ils avaient déjà commencé à séparer les hommes à Kozarac.

14 Q. : Mais quand vous êtes arrivés à cet endroit, il n'y avait pas grand

15 monde à ce moment là, est-ce exact ?

16 R. : Il y avait pas mal de monde.

17 Q. : Quand vous dites "pas mal de monde", que voulez-vous dire ? Qui

18 étaient ces personnes ? Pouvez-vous les identifier d'une certaine

19 façon ?

20 R. : Ceux qui effectuaient la séparation étaient des Serbes et ceux qui

21 étaient séparés étaient des Musulmans.

22 Q. : Les Serbes qui triaient les gens quand vous êtes arrivés, qui

23 étaient-ils ? Pouvez-vous les identifier ?

24 R. : Ils étaient nombreux. J'en connaissais beaucoup et il y en avait

25 beaucoup plus encore que je ne connaissais pas.

Page 2867

1 Q. : Parmi ceux effectuant le tri, quels sont ceux que vous connaissiez ?

2 R. : Milos Preradovic, Rade Strika, Dule Tadic, Goran Borovnica, Tomo

3 Stojakovic.

4 Q. : Mais n'avez-vous pas été très surprise de voir là Dule Tadic parce

5 que vous l'aviez vu peu de temps auparavant dans une automobile

6 allant dans la direction opposée, s'éloignant de Kozarusa dans la

7 direction de Banja Luka ou Kozarac ?

8 R. : Oui, mais il était en voiture et il était facile de revenir en une

9 heure et demie. C'est à peu près le temps que nous sommes restés là.

10 Q. : Je vous ai demandé le temps que les choses ont prises durant ce

11 trajet jusqu'à Kozarusa. Vous nous avez dit que du voisinage du café

12 où vous avez vu Dusko Tadic dans une automobile à l'endroit où vous

13 vous êtes arrêtés au café près de l'arrêt de cars à Kozarusa, il

14 fallait à peu près une heure ?

15 R. : Une heure, une heure et demie. Je vous l'ai dit, je n'avais pas de

16 montre et le temps ne m'intéressait pas. Je voulais savoir où

17 allaient les gens et ce qui allait leur arriver.

18 Q. : Avez-vous vu l'automobile, la VW Golf, dans laquelle vous dites que

19 vous avez vu M. Tadic, vous dépasser durant le trajet ?

20 R. : En provenance ou en direction de Kozarac ?

21 Q. : Durant votre trajet vers Kozarac, vous nous dites que vous avez vu

22 Dusko Tadic dans une automobile allant dans la direction opposée ?

23 R. : Oui. Et après un certain temps je l'ai revu devant Kozarusa, devant

24 le café Zika.

25 Q. : Vous nous avez dit hier que la voiture avançait lentement, qu'elle ne

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1 pouvait pas aller vite en raison de la foule sur la route ?

2 R. : Oui.

3 Q. : Et il allait dans la direction opposée à la votre ?

4 R. : Oui.

5 Q. : Vous étiez en tête d'une longue colonne de personnes ...

6 R. : Oui.

7 Q. : ... qui avançaient dans cette longue chaîne qui avait commencé à

8 Vidovici, traversant Kozarac et avançant vers Kozarusa ?

9 R. : Oui.

10 Q. : Vous nous avez dit que des personnes se joignaient à cette colonne ?

11 R. : Oui.

12 Q. : Et que, en chemin, la voiture allant lentement dans la direction

13 opposée avec Dusko Tadic à bord vous a croisée et vous nous dites,

14 cependant, que quand vous êtes arrivés à Kozarusa et que les

15 personnes étaient triées ...

16 R. : Oui.

17 Q. : ... Milos Preradovic, Goran Borovnica ...

18 R. : Oui.

19 Q. : ... Qu'ils étaient là à Kozarusa alors que vous les aviez vus se

20 dirigeant dans la direction opposée ?

21 R. : Ils ont dû revenir en voiture, ils étaient en voiture.

22 Q. : Ils auraient donc du dépasser toute la longue colonne de personnes

23 pour arriver avant vous ?

24 R. : Ils ne respectaient pas le code de la route. Ils ont utilisé le même

25 côté.

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1 Q. : Mais vous vous intéressiez beaucoup aux voitures bleues de la police,

2 comme vous nous l'avez répété en de nombreuses occasions. Vous étiez

3 intéressée par les personnes à bord de ces véhicules en raison de la

4 relation avec votre mari ?

5 R. : Oui.

6 Q. : Vous auriez remarqué une voiture bleue de la police avançant

7 lentement dans une colonne de personnes ?

8 R. : Il y avait de nombreuses voitures de police et de très nombreuses

9 Mercedes à Kozarac et ce jour là ils les utilisaient plus que

10 jamais.

11 Q. : Mais vous n'avez pas vu cette voiture vous dépasser durant le temps

12 qu'il vous a fallu pour aller de l'endroit sur la nouvelle route où

13 vous dites que vous avez vu la voiture avec Tadic à bord ?

14 R. : Non, je ne l'ai pas vu revenir. Je l'ai vu juste avant Kozarusa après

15 un laps de temps indéterminé.

16 Q. : Mais quand vous êtes arrivés à Kozarusa, il faisait partie de ce

17 groupe de Serbes qui triaient les gens ?

18 R. : Oui.

19 Q. : Comment est-il revenu là ?

20 R. : Je ne sais pas. Demandez-lui ?

21 Q. : C'est à vous que je pose la question, madame. Vous souhaitez peut-

22 être examiner une déclaration que vous avez faite le 20 octobre

23 1995. Je veux présenter au témoin une traduction en serbo-croate de

24 la déclaration en anglais qui nous a été communiquée par le Greffe.

25 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Oui. Avez-vous des objections, M. Niemann ?

Page 2870

1 M. NIEMANN : Je n'ai pas encore vu la déclaration, Madame la Présidente.

2 Je dois donc l'examiner.

3 M. KAY : Je vais vous la passer.

4 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Quel est le numéro de cette pièce ?

5 M. KAY : Quatorze.

6 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Merci.

7 M. KAY : 14 A, peut-être. Voici une copie pour M. Niemann.

8 (Au témoin) : Vous rappelez-vous avoir fait une déclaration le 20

9 octobre 1995 à quelqu'un du nom de Thomas Ackheim ?

10 R. : Oui.

11 Q. : Avec une interprète appelée Nevenka ?

12 R. : Je crois.

13 Q. : Vous avez fait une déclaration qui a été traduite du serbo-croate en

14 anglais, est-ce exact ?

15 R. : Oui.

16 Q. : Après que vous ayez fait cette déclaration, Nevenka vous l'a relue

17 dans votre propre langue et elle vous a dit qu'il s'agissait d'une

18 déclaration faite dans votre langue en votre âme et conscience, est-

19 ce exact ? Vous en rappelez-vous ? Et qu'elle était destinée au ...

20 R. : Oui.

21 Q. : Tribunal pénal international ?

22 R. : Oui.

23 Q. : Vous rappelez-vous qu'elle vous a demandé d'en signer un exemplaire ?

24 R. : Oui.

25 Q. : Vous pouvez peut-être examiner ce document ici et confirmer

Page 2871

1 simplement que c'est bien votre signature ? (Remise du document au

2 témoin). Est-ce votre signature ?

3 R. : Oui.

4 Q. : Si vous tournez la page, vous pouvez voir que vous avez également

5 signé les autres pages, est-ce exact ?

6 R. : Oui.

7 Q. : Merci. Peut-être que cette version en anglais peut m'être rendue,

8 M. l'huissier. J'aimerais que vous examiniez la première page de

9 cette déclaration que je vous ai donnée dans votre propre langue.

10 Pouvez-vous confirmer qu'il n'ait nulle part fait mention dans cette

11 déclaration que vous avez aperçu Dusko Tadic dans une Golf le 27 mai

12 durant votre trajet vers Kozarusa, est-ce exact ?

13 R. : Oui, j'avais oublié cela. Je peux vous raconter tout ce qui m'est

14 arrivé pendant six heures de plus jusqu'au 28 juin à Prijedor. Je

15 veux la vérité. Où sont ces personnes ? Je ne sais pas si Dule les a

16 tuées mais il doit savoir la vérité sur leur sort.

17 Q. : Vous avez été interrogée spécifiquement sur Dule Tadic, n'est-ce pas,

18 c'est la raison pour laquelle l'enquêteur vous a parlé ?

19 R. : Oui, j'ai peut-être oublié cela. Je peux vous donner autant de

20 déclarations que vous voulez mais je ne pense pas que seules toutes

21 mes déclarations sont importantes.

22 Q. : Votre déclaration ne concerne réellement rien d'autre de ce qui vous

23 est arrivé, elle se concentrait sur Dule Tadic ?

24 R. : Oui.

25 Q. : Vous étiez au courant, n'est-ce pas, de la présomption contre

Page 2872

1 M. Tadic qu'il aurait tué votre frère ?

2 R. : Oui, je l'ai entendu dire mais ce n'était pas seulement Dule. Ils

3 sont des milliers comme Dule.

4 Q. : Je suggère que vous avez fabriqué de toute pièce votre récit selon

5 lequel vous avez vu Dule Tadic le 27 mai dans une Golf sur la route

6 et à Kozarusa.

7 R. : C'est faux. J'ai dit la vérité. Je sais qui j'ai vu. Je serais

8 heureuse de vous mentir et que les membres de ma famille soient en

9 vie.

10 Q. : J'aimerais maintenant vous demander quelques détails relatifs au

11 triage des gens à Kozarusa. Avant cela, j'aimerais que vous

12 examiniez votre déclaration dans votre propre langue et le

13 paragraphe intéressant le 27 mai 1992, afin que vous puissiez voir

14 ce que vous avez déclaré l'an dernier. C'est sur cette première page

15 que vous venez de regarder.

16 R. : Oui.

17 Q. : Est-il exact que vous dites dans cette déclaration qu'il triait les

18 gens, décidant qui devrait être envoyé à Omarska, Keraterm et

19 Trnopolje ?

20 R. : Oui, lui, Milos et tous les autres énumérés ici.

21 Q. : Mais vous dites dans cette déclaration qu'il prenait les décisions.

22 "Je l'ai entendu décider qui serait envoyé à Omarska, Keraterm et

23 Trnopolje".

24 R. : Oui, ils se consultaient à haute voix. "Que va-t-on faire avec celui-

25 ci ? Où va-t-on envoyer celui-là ?" Je ne savais pas ce que cela

Page 2873

1 signifiait à l'époque; j'ai appris par la suite qu'ils les

2 emmenaient à Omarska et Keraterm.

3 Q. : Si je peux vous rappeler ce que vous avec déclaré hier à la Cour, à

4 savoir que Dusko Tadic demandait : "Où est-ce que je les emmène?" On

5 vous a demandé : "A qui demandait-il?" et vous avez répondu à la

6 Cour : "Milos Preradovic".

7 R. : Oui, Strika, Bolta, ils étaient tous là.

8 Q. : Mais c'est très différent, n'est-ce pas, de votre récit quand vous

9 dites que Dusko Tadic décidait qui allait être séparé, qui allait

10 être envoyé vers une destination particulière, et ce que vous avez

11 déclaré hier à la Cour, à savoir qu'il demandait où envoyer ces

12 gens. On lui disait où les envoyer. Vous rendez-vous compte de la

13 différence ?

14 R. : Je ne sais pas ce que vous ressentiriez après quatre ans, ou je ne

15 sais combien de temps, sans votre famille, si quelqu'un vous posait

16 cette question.

17 Q. : Parce que ce que je vous suggère, c'est que vous avez fabriqué de

18 toute pièce ce récit contre ...

19 R. : Non.

20 Q. : ... M. Tadic ?

21 R. : Non, c'est ce que vous pensez mais nous savons ce que nous savons et

22 ce que nous avons vu.

23 Q. : Que vous lui inventez un rôle dans les événements qui se sont

24 déroulés dans la région de Kozarac ?

25 R. : Je serais très heureuse d'inventer cela et que ma famille soit en

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1 vie. Je veux connaître la vérité, savoir où se trouvent mes frères,

2 mon mari et mes proches.

3 Q. : Quand vous dites que vous avez vu M. Tadic ce jour là, le 27 mai,

4 pouvez-vous décrire son aspect, à quoi il ressemblait ?

5 R. : A Kozarusa ce jour là ?

6 Q. : Oui.

7 R. : Il portait une tenue camouflée, il était légèrement négligé, pas

8 vraiment, mais il n'était pas rasé. Il n'avait pas de barbe mais il

9 n'était pas rasé.

10 Q. : Dans cette déclaration que je viens de vous présenter, si vous pouvez

11 examiner le paragraphe au-dessous de celui intéressant le 27 mai, il

12 y a deux lignes. Ne dites-vous pas qu'il était rasé de près ?

13 R. : Non, non. Il n'avait pas le temps d'être rasé de près. Il était rasé

14 quand je l'ai vu pour la dernière fois à Kozarac. Alors il était

15 rasé de près. Je ne sais pas comment l'expliquer. Il n'avait pas de

16 barbe mais il ressemblait à quelqu'un qui ne s'était pas rasé

17 pendant deux ou trois jours.

18 Q. : Mais vous convenez avec moi cependant, n'est-ce pas, que vous êtes

19 très spécifique dans votre déclaration ici. Vous dites que, autant

20 que vous vous souveniez, il était rasé de près ? N'est-ce pas ?

21 R. : Je ne sais vraiment que vous dire. Vous êtes un expert et pas moi. Je

22 vous dit la vérité et vous pouvez penser ce que vous voulez. Sa

23 barbe et son aspect ne présentaient aucun intérêt pour moi.

24 Q. : Mais on vous a demandé de réfléchir à ces questions parce que, au

25 paragraphe précédent, quand vous racontez ce qui s'est passé le 21

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1 mai 1992 ... peut-être aimeriez-vous examiner ce paragraphe sur les

2 événements antérieurs au 27 mai dans votre déclaration dans votre

3 langue ? Le paragraphe qui précède celui sur le 27 mai. C'est en

4 première page. Il commence : "le 21 mai 1992 ...". C'est à vous de

5 décider si vous voulez examiner ou non cette déclaration, mais vous

6 y dites qu'il avait alors une barbe de quelques jours, pas vraiment

7 une barbe, avant l'attaque ? Vous avez donc réfléchi à ces questions

8 n'est-ce pas ?

9 R. : Qu'est-ce que j'ai dit ?

10 Q. : Vous avez réfléchi à ces questions. Vous essayiez de vous souvenir de

11 son aspect parce que vous l'avez décrit comme ayant non pas vraiment

12 une barbe mais un "duvet" de quelques jours et cela quelques jours

13 avant l'attaque ?

14 R. : Non. Il paraissait négligé avec une barbe de quelques jours. Il a une

15 barbe dure et il ne se rase pas pendant un jour ou deux et, de toute

16 manière, j'ai dit que sa barbe ne m'intéressait pas. Je ne

17 m'intéressais pas à l'homme. Je l'ai vu passer à Kozarac ce jour

18 particulier. Malheureusement je n'avais pas de caméra ou quoi que ce

19 soit pour prendre une photo de lui.

20 Q. : Quand vous dites qu'il portait une tenue camouflée, avez-vous

21 remarqué quelque chose d'inhabituel concernant l'uniforme que vous

22 dites qu'il portait ?

23 R. : Il s'agissait d'une tenue camouflée comme tout autre uniforme

24 camouflé; il avait un fusil automatique, un pistolet et une ceinture

25 et Dieu sait quoi d'autre.

Page 2876

1 Q. : J'aimerais maintenant que nous passions à Trnopolje, qui est

2 l'endroit où vous avez été envoyée de Kozarusa, est-ce exact ?

3 R. : Oui.

4 Q. : Etes-vous arrivée à Trnopolje le 27 mai ?

5 R. : Oui.

6 Q. : Combien de jours y êtes-vous restée ?

7 R. : Dix ou 12 jours, je ne sais pas exactement. J'y suis entrée le 27 et

8 je suis partie le 8 pour Prijedor.

9 Q. : Pouvez-vous vous rappeler la date à laquelle vous êtes partie pour

10 Prijedor ?

11 R. : Je n'en suis pas certaine mais je pense que j'ai dit le 8 ou le 10.

12 Mes enfants souffraient de dysenterie et j'ai du les emmener

13 d'urgence à Prijedor.

14 Q. : Etiez-vous dans le camp à Trnopolje, où se trouvait le cinéma et les

15 autres bâtiments ?

16 R. : Non, j'étais dans la troisième maison à partir du camp et elle était

17 aussi gardée par l'armée. C'était la maison d'Alija Grdan.

18 Q. : Vous étiez donc à l'extérieur de ce que j'appellerais le centre du

19 camp, est-ce exact ?

20 R. : Oui, mais j'allais au centre, au camp quotidiennement.

21 Q. : Vous aviez vos deux enfants avec vous ?

22 R. : Oui, mes deux fils, âgés de deux ans et demi et de quatre ans et

23 demi.

24 Q. : L'un d'eux ou les deux souffraient-ils de la dysenterie ?

25 R. : Oui, les deux. Ils étaient déshydratés. Ils avaient tous les deux la

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1 diarrhée. Ils ne pouvaient pas marcher. Je suis donc partie avec

2 l'une de mes collègues. Je suis allée chez le docteur pour lui

3 demander s'il pouvait prescrire quelque chose. Il m'a dit qu'il

4 n'avait rien. J'ai donc emmené mes enfants pour prendre l'autocar et

5 Pero m'a autorisé à aller à Prijedor.

6 Q. : La raison pour laquelle vous êtes allée à Prijedor était de vous

7 rendre à l'hôpital de la ville pour obtenir un traitement, est-ce

8 exact ?

9 R. : Oui, je suis allée au centre médical à Prijedor.

10 Q. : A combien de reprises avez-vous quitté Trnoploje de cette façon pour

11 vous rendre au centre médical de Prijedor ?

12 R. : Non, je suis restée à Prijedor tout le temps jusqu'au 8 ou 10.

13 Q. : Donc quand vous êtes partie pour aller au centre médical de Prijedor

14 avec vos enfants, était-ce le dernier jour de votre incarcération à

15 Trnopolje ?

16 R. : Oui.

17 Q. :Vous avez donc quitté Trnopolje ce jour là ? Aviez-vous un moyen

18 d'hébergement à Prijedor ?

19 R. : Oui, j'étais avec le frère de mon mari, c'est-à-dire sa femme à Donja

20 Puharska.

21 Q. : Quelqu'un vous a-t-il donné l'autorisation de quitter Trnopolje pour

22 que vous puissiez aller vivre à Prijedor ?

23 R. : Oui.

24 Q. : Et on vous a donné des documents pour justifier cela, est-ce exact ?

25 R. : Oui, ils m'ont donné un laissez-passer pour que je puisse aller de

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1 Trnopolje à Prijedor.

2 Q. : Donc cette occasion, quand vous êtes allée au centre médical de

3 Prijedor, marque le jour où vous n'êtes plus retournée à Trnopolje ?

4 R. : Oui et je suis allée de Prijedor à Trnopolje quand j'ai appris que

5 mon beau-père avait été tué et c'était en juin, vers la fin juin,

6 j'ignore quand exactement mais à la fin juin.

7 Q. : En une autre occasion donc vous avez pu quitter Prijedor pour vous

8 rendre à Trnopolje ?

9 R. : Oui et j'ai de nouveau du obtenir un document de la SUP.

10 Q. : Mais vous n'avez pas eu à rester à Trnopolje; vous avez pu après cela

11 retourner à Prijedor, est-ce exact ?

12 R. : Oui. je suis retournée à Prijedor et je suis allée rechercher ma

13 belle-mère à Duracci, obtenir un document et la ramener à Prijedor.

14 Q. : En ce qui concerne votre séjour effectif dans le village de

15 Trnopolje, le point que je veux examiner maintenant, étiez-vous chez

16 des gens qui y avaient une maison ou vous a-t-on mise dans une

17 maison appartenant à d'autres personnes ? Pouvez-vous nous le

18 préciser ?

19 R. : J'étais avec ces gens. Il y avait le propriétaire Adil et un grand

20 nombre de nos autres voisins de Kamicani.

21 Q. : Vous avez déclaré à la Cour ce matin que, à deux reprises pendant

22 votre séjour à Trnopolje, vous avez vu Dusko Tadic non pas dans le

23 camp mais dans le village de Trnopolje proprement dit, est-ce

24 exact ?

25 R. : Oui, je l'ai vu une fois, je l'ai déjà dit, quand je suis allée du

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1 camp à Trnjani chez mes proches pour chercher mes enfants.

2 Q. : Combien de temps après votre arrivée au camp pensez-vous que vous

3 avez vu Dusko Tadic pour la première fois dans le voisinage de

4 Trnopolje ?

5 R. : Dans le voisinage de Trnopolje, j'ai vu Dule quelques jours plus

6 tard, cinq ou six jours.

7 Q. : Etait-il seul ou en compagnie d'autres personnes ?

8 R. : La première vois que je l'ai vu, je pense que c'était la première

9 fois mais peut-être était-ce la deuxième - je l'ai vu venant de

10 Prijedor et se dirigeant vers Trnopolje. J'allais vers Trnjani avec

11 mes enfants pour qu'ils puissent prendre un bain et avoir un repas

12 chez des parents. Je l'ai aperçu avec Bolta. Je ne sais pas si

13 c'était une Golf mais c'était une voiture de police et ils se

14 dirigeaient vers Trnopolje.

15 Q. : Pouvons-nous nous arrêter ici un instant. Serait-ce donc la première

16 fois que vous alliez quelque part pour que vos enfants puissent

17 prendre un bain dans une autre maison ?

18 R. : Oui.

19 Q. : Où se situe la maison où vous les emmeniez ?

20 R. : C'était à la maison d'Ilijaz Trnjanin, mon parent. C'est à environ un

21 kilomètre et demi de Trnopolje vers Duracci au-dessous de la route

22 allant vers Garevic, la route basse.

23 Q. : Nous pourrions peut-être examiner la pièce à conviction 79 et en

24 placer une copie devant le témoin sur le rétroprojecteur. Pouvez-

25 vous regarder cette carte, Mme Klipic; peut-on rapprocher l'écran et

Page 2880

1 faire monter un peu la carte de sorte à inclure partie du lac. Ici.

2 Merci. Nous ne voyons pas le nom de la ville de Trnopolje sur cette

3 carte parce que cela a été appelé "Kozarac Station" (gare de

4 Kozarac). Voyez-vous cela ?

5 R. : Oui.

6 Q. : On nous a dit que c'est la région de Trnopolje autour de Kozarac

7 Station. Etes-vous d'accord sur ce point ?

8 R. : Oui, on l'appelait autrefois la gare ferroviaire de Kozarac.

9 Q. : Pouvez-vous voir l'endroit où vous vous rendiez avec vos enfants, la

10 maison de votre parent, pour pouvoir leur donner un bain ?

11 R. : Oui, je peux voir Trnjani.

12 Q. : Vous pouvez peut-être désigner cet endroit avec la baguette sur la

13 carte qui est présentée sur le rétroprojecteur ? Je pense que vous

14 trouverez que Trnjani est dans l'autre direction ?

15 R. : Trnjani.

16 Q. : Pouvez-vous reconnaître l'endroit où se situerait leur maison ?

17 R. : Oui. (Le témoin désigne l'endroit). Je pense que c'est dans ce coin

18 là.

19 Q. : Oui. Quand vous avez aperçu Dusko Tadic avec Brane Bolta dans un

20 véhicule, où se trouvait ce véhicule alors que vous quittiez

21 Trnopolje ?

22 R. : La voiture venait de Prijedor et je me dirigeais vers Prijedor.

23 Q. : C'était quelque part sur cette route, n'est-ce pas, que nous pouvons

24 voir marquée sur ...

25 R. : Oui, je ne peux pas me rappeler exactement où, à quel endroit précis

Page 2881

1 Q. : Vous marchiez sur la route plutôt que sur d'autres sentiers ou

2 chemins ?

3 R. : Oui, nous marchions sur la route, sur le côté de la route parce qu'il

4 n'y a pas de trottoir; uniquement le revêtement.

5 Q. : La voiture s'est-elle arrêtée ?

6 R. : Non.

7 Q. : Elle est passée sans s'arrêter. Avez-vous dit quelque chose ou fait

8 un geste quelconque à destination de la voiture ?

9 R. : Oui, j'ai regardé Bolta et, bien sûr, je me demandais ce qu'il allait

10 me dire. Nous nous rencontrions fréquemment à Prijedor et nous

11 échangions toujours des nouvelles sur les gens mais cette fois là il

12 est passé sans s'arrêter.

13 Q. : La voiture allait-elle dans la direction opposée ou dans la même

14 direction que vous ?

15 R. : Dans la direction opposée, de Prijedor vers Trnopolje et j'allais de

16 Trnopolje vers Prijedor, ce qui veut dire vers Trnjani.

17 Q. : Il s'agit bien de nouveau d'une voiture bleue de la police ?

18 R. : Oui, je crois. Je ne sais pas exactement quel type de voiture mais

19 c'était une voiture de police. C'est ce que j'ai remarqué.

20 Q. : Comment était la circulation à ce moment là sur la route ?

21 R. : Je ne me souviens pas. Je ne sais pas.

22 Q. : La voiture allait-elle à une vitesse ordinaire ?

23 R. : Oui, normale. Elle n'allait pas vite parce que la route était pleine

24 de trous. Elle est goudronnée mais pleine de trous.

25 Q. : L'autre occasion quand vous dites que vous avez vu Dusko Tadic à

Page 2882

1 Trnopolje, c'était dans le camp proprement dit ?

2 R. : Non, c'était à l'extérieur du camp. Il y avait un café, le café

3 Huskina en face de l'école.

4 Q. : Etait-il accompagné ?

5 R. : Oui, il était avec Goran Babic, Zoka de la station service, Goran, le

6 chauffeur de taxi. Il y avait de nombreux visages familiers mais je

7 ne peux pas me rappeler de tous les noms.

8 Q. : S'agit-il de Goran, le chauffeur de taxi dont la femme est

9 musulmane ?

10 R. : Oui.

11 Q. : Appelé aussi Zoran, est-ce exact ?

12 R. : Zoran, Goran, Zoran, je ne suis pas sûre. Je sais seulement qu'il

13 était marié à Amina, qu'il avait trois enfants et qu'il était

14 chauffeur de taxi. Je ne suis pas certain de son nom et je ne

15 connais même pas son patronyme.

16 Q. : Savez-vous si sa femme ou ses enfants se trouvaient dans le camp ?

17 R. : Oui.

18 Q. : Ils y étaient ?

19 R. : Oui.

20 Q. : Savez-vous ce qu'il faisait là ?

21 R. : Je ne sais pas. Tout le monde était debout. Je ne sais pas vraiment

22 ce qu'ils faisaient mais je les ai vus.

23 Q. : Etes-vous certaine que c'était Goran ou Zoran dont la femme était une

24 Musulmane dans le camp, ou est-ce que cela aurait pu être quelqu'un

25 d'autre ?

Page 2883

1 R. : Je pense que c'était Goran. Zoka de la station service était là.

2 Goran, Zoran ... c'est un nom fréquent que je mélange fréquemment

3 mais je sais que lui et Amina avaient trois enfants. Zoka, de la

4 station service, est celui que je connaissais le mieux et je l'ai vu

5 ainsi que Goran Babic, un policier qui a travaillé jusqu'au samedi

6 matin à Kozarac.

7 Q. : avait-il de nombreux policiers, gardiens ou militaires dans ce

8 secteur ?

9 R. : Oui. Il y avait un groupe de personnes, je ne sais pas combien, dans

10 ce café. Je ne les ai pas comptés. Je ne savais même pas si je

11 finirais par être libre et par survivre.

12 Q. : Est-ce que des personnes dont des proches étaient internés au camp

13 sont venues les voir, des épouses peut-être ou d'autres membres de

14 leur famille, pour essayer d'obtenir leur libération du camp ?

15 R. : Je ne sais pas.

16 Q. : Avez-vous réussi à faire sortir quelqu'un de votre famille du camp ?

17 R. : Où ?

18 Q. : De Trnopolje. Avez-vous obtenu la libération de quelqu'un incarcéré

19 dans le camp ?

20 R. : Non. J'avais ma belle-mère. Je suis allée la chercher au village de

21 Duracci et je l'ai emmenée à Puharska. Elle n'était pas dans le

22 camp.

23 Q. : L'endroit où se trouvait votre belle-mère était-il situé près du camp

24 de Trnopolje ?

25 R. : Oui, il s'appelait Duracci. Je ne sais pas à combien de kilomètres

Page 2884

1 cela se trouve de Trnopolje, peut-être trois ou quatre, dans la

2 direction de Prijedor.

3 Q. : Est-ce que des gens venaient au camp de Trnopolje pendant que vous y

4 étiez et y cherchaient des parents ou des amis qu'ils croyaient être

5 dans le camp ?

6 R. : Je ne sais pas qui a fait sortir qui. Je sais que j'ai vu plusieurs

7 Musulmans à Prijedor qui n'étaient pas dans le camp et ce sont

8 probablement des amis qui les ont fait sortir. Par exemple, j'ai

9 entendu dire que Dule a fait sortir Adil et Nasiha Jakupovic et à

10 Prijedor, j'ai vu Hamdija Tadic et il avait ses deux fils, son beau-

11 frère et un de ses fils.

12 Q. : Vous pensez donc que Dule Tadic a réussi à faire sortir un de ses

13 amis musulmans de Trnopolje ?

14 R. : Je ne sais pas à quel endroit il l'a fait sortir - de la colonne ou

15 de Trnopolje - je n'en suis pas certaine. Je sais qu'ils étaient

16 avec nous à Kozarusa. Nasiha et Adil étaient avec nous. Nous sommes

17 restés ensembles dans la colonne mais je ne sais pas si c'est Dule

18 ou quelqu'un d'autre qui les a fait sortir.

19 Q. : J'avais cru comprendre que vous aviez dit que Adil Jakupovic était

20 dans le bâtiment où vous vous trouviez à Trnopolje, dans la maison

21 où vous demeuriez ?

22 R. : Pas à Trnopolje. Dans l'abri à Kozarac.

23 Q. : Je vous suggère que vous ne l'avez pas vu à deux reprises dans la

24 région de Trnopolje.

25 R. : (Inaudible).

Page 2885

1 Q. : Mais il se peut que vous l'ayez vu une fois durant votre séjour et

2 bien, de fait, avec un homme cherchant quelqu'un dans le camp.

3 R. : A qui pensez-vous ?

4 Q. : Jovo Samovic.

5 R. : Jovo Samovic ?

6 Q. : Oui. Le connaissez-vous ?

7 R. : Non, je n'en ai jamais entendu parler.

8 Q. : Mais il ressort de votre récit que la fois où vous l'avez vu il était

9 accompagné d'un homme qui était marié à une femme musulmane, qui

10 avait trois enfants et qui s'appelait Goran ou Zoran ?

11 R. : Oui.

12 Q. : Vous avez aussi déclaré à la Cour que vous avez vu M. Tadic à

13 Prijedor plus tard en juin ?

14 R. : Oui.

15 Q. : Et il était vêtu en civil ?

16 R. : Oui.

17 Q. : Vous dites qu'il se trouvait devant le bâtiment de la SUP, est-ce

18 exact ?

19 R. : Oui.

20 Q. : Vous mentionnez en fait qu'il était accompagné d'un Musulman, Adil

21 Jakupovic ainsi que de sa femme, est-ce exact ?

22 R. : Oui.

23 Q. : Dans votre déclaration de l'an dernier, si vous pouvez passer à la

24 deuxième page, je veux simplement vous aider avec une date. Vous

25 donnez effectivement une date, n'est-ce pas, le 15 juin 1992 ?

Page 2886

1 R. : Quand j'ai vu Adil et Siha, oui.

2 Q. : Oui. Vous dites que vous avez vu M. Tadic ce jour là, le 15 juin, en

3 tenue civile à Prijedor, est-ce exact ?

4 R. : Oui, je l'ai vu mais je ne sais pas si c'est exactement la date. J'ai

5 dit qu'elle était approximative. Je ne peux pas vraiment me rappeler

6 la date exacte.

7 Q. : Bien, mais en cette occasion vous avez en fait donné cette date du 15

8 juin qui doit vous être apparue exacte ou assez proche quand vous

9 l'avez donnée, n'est-ce pas ?

10 R. : Oui, approximativement. Je me rappelle de façon générale mais je ne

11 suis pas absolument certaine. J'ai dit que je l'avais vu le matin.

12 Je me souviens que c'était tôt le matin.

13 Q. : Quand vous l'avez vu avec Adil Jakupovic, aurait-il pu se trouver

14 devant l'hôtel Balkan à Prijedor plutôt que devant le bâtiment de la

15 SUP ?

16 R. : Non. C'était devant le bâtiment de la SUP.

17 Q. : Est-ce qu'une raison particulière explique que vous vous en

18 rappeliez ?

19 R. : Oui, nous étions nombreux à devoir chaque jour obtenir ces mêmes

20 autorisations qui nous permettaient de nous déplacer dans Prijedor.

21 Q. : Pouvez-vous vous rappeler le jour de la semaine où vous l'avez vu ?

22 Avez-vous une raison particulière de vous rappeler un jour

23 spécifique de la semaine ?

24 R. : Je ne sais vraiment pas. Je ne peux pas me rappeler.

25 M. KAY : Merci. Je n'ai pas d'autres questions.

Page 2887

1 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Merci. M. Niemann, avez-vous de nouvelles

2 questions ?

3 M. NIEMANN : Non, Madame la Présidente.

4 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce à conviction 14 de la Défense n'a

5 pas été versée au dossier. Je ne sais pas si vous voulez verser

6 l'ensemble de la déclaration ou simplement la verser au dossier à

7 des fins d'identification pour être utilisée uniquement dans le

8 cadre de l'interrogatoire ?

9 M. KAY : Uniquement à des fins d'identification dans le cadre

10 d'interrogatoire, Madame la Présidente.

11 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Très bien. M. Niemann, vous avez mentionné

12 une liste de policiers établie par le témoin, une liste des

13 policiers disparus ou simplement de policiers qui, selon elle,

14 seraient portés disparus. Vous vous rappelez de l'échange que vous

15 avez eu sur cette question et vous ne l'avez pas versée.

16 M. NIEMANN : Non.

17 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Entendez-vous le faire ?

18 M. NIEMANN : Non, Madame la Présidente.

19 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Est-ce que l'un ou l'autre des conseils a

20 quelque chose d'autre ? Non. a-t-il des objections à ce que Mme

21 Klipic soit libérée de façon permanente ?

22 M. KAY : Non, Madame la Présidente.

23 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Mme Klipic vous pouvez vous retirer. Merci

24 d'être venue témoigner. Vous pouvez vous en aller.

25 TEMOIN : Merci. Je veux qu'on sache la vérité.

Page 2888

1 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Vous pouvez vous retirer.

2 (Départ du témoin)

3 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : L'audience est suspendue pour le déjeuner

4 jusqu'à 14 heures 30.

5 (12 heures 05)

6 (Suspension d'audience pour le déjeuner)

7 (14 heures 40)

8 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Je m'excuse auprès des avocats et de M. Tadic

9 pour ce retard de près de 10 minutes de la Chambre. Nous avons fait

10 attention à l'horaire et nous avons encouragé les parties à être

11 ponctuelles. Il est arrivé que vous ne soyez pas là au moment voulu.

12 Je m'excuse. Nous avons du examiner trois autres questions et nous

13 avons eu un déjeuner de travail. Je m'excuse donc. Nous récupérerons

14 le temps perdu ! Où en sommes-nous ? M. Niemann ?

15 M. TIEGER : Madame la Présidente, l'Accusation ...

16 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Je m'excuse. Est-ce le bon canal ? J'ai dit

17 simplement, M. Tadic, que je m'excuse pour le retard des Juges, leur

18 retard de neuf minutes. La raison de notre retard est que nous avons

19 du examiner trois ou quatre autres questions et nous y avons

20 consacré notre déjeuner. Je m'excuse parce que nous voulions établir

21 une norme de ponctualité. M. Tieger, voulez-vous appeler le témoin

22 suivant à la barre, s'il vous plaît ?

23 M. TIEGER : Oui, Madame la Présidente. Le témoin suivant de l'Accusation

24 est Nihad Seferovic.

25 M. NIHAD SEFEROVIC est appelé à la barre

Page 2889

1 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : M. Seferovic, voulez-vous prêter serment ?

2 TEMOIN (Interprétation) : Je jure solennellement ... une déclaration

3 solennelle. Je jure solennellement de dire la vérité, toute la

4 vérité, rien que la vérité.

5 (Prestation de serment du témoin)

6 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Merci. Vous pouvez vous asseoir. M. Tieger,

7 vous pouvez commencer.

8 M. TIEGER : Merci, Madame la Présidente.

9 Interrogatoire par M. TIEGER

10 Q. : Comment vous appelez-vous monsieur ?

11 R. : Nihad Seferovic.

12 Q. : Quel est votre lieu de naissance, M. Seferovic ?

13 R. : Kozarac.

14 Q. : Quelle est votre nationalité ?

15 R. : Musulman.

16 Q. : Avez-vous grandi à Kozarac ?

17 R. : Oui.

18 Q. : Dans quelle rue de Kozarac avez-vous grandi ?

19 R. : Au 38 de la rue Marsala Tita.

20 Q. : Quelle professions exerciez-vous avant la guerre ?

21 R. : J'étais charpentier à la scierie. Je participais au traitement, à la

22 transformation du bois d'oeuvre à la scierie.

23 Q. : Avez-vous servi dans les rangs de la JNA ?

24 R. : Oui.

25 Q. : Quelles étaient vos fonctions en tant que soldat dans la JNA ?

Page 2890

1 R. : J'ai été fantassin pendant six mois puis affecté à un service de

2 travail.

3 Q. : Quelle est votre année de naissance ?

4 R. : 1950.

5 Q. : Durant les années 1970 et au début des années 1980, avez-vous

6 fréquemment travaillé ailleurs qu'à Kozarac, dans d'autres régions

7 d'Europe ?

8 R. : Oui, tout le temps.

9 Q. : Durant cette période, êtes-vous retourné à Kozarac aussi fréquemment

10 que possible ?

11 R. : Oui, en particulier durant les week-end.

12 Q. : Durant les années 1980, vers 1984, êtes vous retourné à Kozarac pour

13 y travailler en permanence ?

14 R. : Oui.

15 Q. : Vous n'êtes pas parti avant la guerre.

16 R. : Non.

17 Q. : Avez-vous construit votre maison à proximité de celle de vos

18 parents ?

19 R. : Oui, à 70 mètres de la vieille maison, plus haut sur la route.

20 Q. : Monsieur j'aimerais vous montrer un enregistrement vidéo et vous

21 demander d'y identifier les maisons et les magasins. Le film peut

22 défiler rapidement . J'aimerais aussi, si vous le pouvez, que vous

23 désigniez la partie de votre maison qu'on aperçoit sur le film.

24 Peut-on présenter la pièce à conviction 195, s'il vous plaît ?

25 (Présentation de la pièce à conviction 195)

Page 2891

1 TEMOIN : Krkici, une pâtisserie, pâtisserie, bouchers, boulangerie,

2 "Restaurant".

3 Q. : Est-ce effectivement un restaurant ou un bâtiment appelé

4 "Restaurant" ?

5 R. : Un bâtiment appelé "Restaurant".

6 Q. : Le voisin de Dule, le café-bar de Dule, la maison de famille, la

7 maison de son voisin, des magasins, une route vers l'hôpital, la

8 maison d'un voisin, une autre, une autre, une autre. Ici une

9 boutique qui devrait être la cinquième, sixième ... arrêtez, c'est

10 ma maison. Si vous pouvez revenir un peu en arrière, à gauche ?

11 Q. : En avant, je pense ?

12 R. : Oui.

13 Q. : Ici.

14 R. : Oui. Avancez un tout petit peu.

15 Q. : Avancez un tout petit peu, s'il vous plaît .

16 R. : Oui, c'est ma maison, ma vieille maison et on ne peut pas voir la

17 nouvelle.

18 Q. : Peut-on continuer, s'il vous plaît ?

19 R. : Oui, les maisons d'Ismet Fazlic, Alija Redic, les sapeurs-pompiers,

20 la vieille mairie, la maison d'Edam Susic, la poste, le cinéma,

21 derrière le cinéma, la route vers la vieille ville, une boutique,

22 une boutique, un jardin d'été, la maison d'Hamza Tadic, la vieille

23 poste, un jardin, une route vers la vieille ville, une boutique, un

24 supermarché, le siège de Vakuf, des boutiques, Mezarluk - c'est-à-

25 dire des cimetières - une route vers la vieille ville et les

Page 2892

1 villages avoisinants, la mosquée, avec des cimetières devant, la

2 mosquée, oui.

3 Q. : Bien, merci.

4 R. : Je vous en prie.

5 Q. : Monsieur vous avez désigné la maison et le café de Dule Tadic ?

6 R. : Oui.

7 Q. : Elle semblait séparée de la votre par moins de 10 maisons ?

8 R. : Pas dix, peut-être huit ou neuf, je ne me souviens pas.

9 Q. : Connaissiez-vous Dule Tadic durant votre jeunesse ?

10 R. : Oui.

11 Q. : Avez-vous joué ensemble durant votre enfance ?

12 R. : Oui.

13 Q. : Sous quel nom le connaissiez-vous comme enfant ?

14 R. : "Dule", "Dusko", "Dusan".

15 Q. : Etiez-vous plus près en âge de son frère aîné ?

16 R. : Oui, Mladen et Ljubo.

17 Q. : Connaissiez-vous aussi les noms des parents de Dule Tadic ?

18 R. : Oui.

19 Q. : Quel était le nom de son père ?

20 R. : Late Ostoja.

21 Q. : Et de sa mère ?

22 R. : Staka.

23 Q. : Avez-vous continué d'avoir des relations avec Dule Tadic en

24 grandissant ?

25 R. : Jusqu'à ce que je trouve un emploi. J'ai toujours travaillé à

Page 2893

1 l'étranger mais on s'est toujours salué depuis l'enfance. Quand j'ai

2 commencé à travailler on se saluait, on demandait des nouvelles, des

3 choses comme ça.

4 Q. : Après votre retour permanent à Kozarac, avez-vous rencontré Dule

5 Tadic fréquemment et discuté souvent avec lui ?

6 R. : Non, pas souvent, mais nous discutions parfois.

7 Q. : Connaissiez-vous sa femme ?

8 R. : Oui.

9 Q. : Comment s'appelle-t-elle ?

10 R. : Mira.

11 Q. : Savez-vous combien il a d'enfants ?

12 R. : Oui, ils ont deux enfants, deux filles je crois.

13 Q. : Avez-vous participé à la construction du café de Dule Tadic ?

14 R. : Oui.

15 Q. : Est-ce parce que vous êtes un charpentier professionnel et que vous

16 étiez rémunéré ?

17 R. : Non, je ne sais pas comment cela s'est passé. Nous avons d'abord posé

18 les fondations puis la structure jusqu'au grenier. Je suis ensuite

19 allé travailler à la maison de Mladen et à celle de Dule, des

20 fondations à la pose de la toiture.

21 Q. : Avez-vous également travaillé sur l'intérieur du café ?

22 R. : Non.

23 Q. : Est-ce que Mladen construisait une addition à sa maison à l'époque ?

24 R. : Non, il ne construisait pas une maison mais une sorte d'addition à sa

25 maison. Je ne sais pas exactement comment l'appeler.

Page 2894

1 Q. : Est-ce que d'autres personnes, d'autres voisins , des résidents

2 locaux, ont aidé à la construction du café ?

3 R. : Oui.

4 Q. : Cette aide tenait-elle à ce que ces gens étaient payés ou reflétait-

5 elle une coutume locale ?

6 R. : Oui, c'est une coutume lors de travaux majeurs. Les gens de

7 connaissance se retrouvent. Tout était convenu et en cas de travaux

8 majeurs, nous aidons, avec les fondations, avec le rez-de-chaussée

9 et le toit.

10 Q. : Cette coutume a-t-elle un nom ?

11 R. : Oui, on l'appelle "gajret".

12 Q. : Et qu'est-ce que "gajret" signifie ?

13 R. : je n'ai pas entendu votre question.

14 Q. : Comment traduit-on "gajret" ? Le terme " gajret" a-t-il une

15 traduction ?

16 R. : Je ne sais pas. Je n'ai jamais entendu.

17 Q. : Bien. Il se réfère seulement à cette coutume consistant à aider les

18 témoins ?

19 R. : Oui.

20 Q. : Les Musulmans locaux ont-ils participé à la construction du café de

21 Dule Tadic ?

22 R. : Oui, mon frère était là également.

23 Q. : Durant les années que vous avez connu Dule Tadic depuis votre enfance

24 et vos relations en tant qu'adultes, avez-vous fini par bien

25 connaître son apparence ?

Page 2895

1 R. : Oui.

2 Q. : Quelle était sa stature ? Etait-il malingre ou fort ?

3 R. : Oui, il était assez costaud, et je dirais qu'il l'est toujours.

4 Q. : Portait-il parfois la barbe ?

5 R. : Parfois, pas toujours.

6 Q. : Parfois oui et parfois non ?

7 R. : Oui.

8 Q. : Connaissiez-vous certains de ses amis ou relations ?

9 R. : Oui.

10 Q. : Savez-vous s'il était ami ou non avec Emir Karabasic ?

11 R. : Oui, ils étaient amis. Ils s'entraînaient et s'exerçaient au karaté

12 ensembles mais par la suite je ne sais pas.

13 Q. : A l'approche de l'ouverture du conflit et de l'attaque contre

14 Kozarac, est-ce que Dule Tadic a commencé à s'associer davantage

15 avec les Serbes et moins avec les Musulmans ?

16 R. : Je ne sais pas.

17 Q. : Savez-vous avec qui il entretenait des relations peu de temps avant

18 l'attaque contre Kozarac ?

19 R. : Oui, je connais Miso Radulovic et Vaso ... je ne connais pas son

20 patronyme.

21 Q. : Qui était Miso Radulovic ?

22 R. : Il était enseignant à Kozarac.

23 Q. : Etait-il Musulman ou Serbe ?

24 R. : Je ne sais vraiment pas.

25 Q. : Qui était Vaso ?

Page 2896

1 R. : Il était du Monténégro.

2 Q. : Connaissiez-vous un homme appelé Goran Borovnica ?

3 R. : Oui.

4 Q. : D'où était-il ? Où vivait-il ?

5 R. : Je sais où il vivait mais j'ignore d'où venaient son père et sa mère.

6 Q. : Dans quelle ville résidait-il ?

7 R. : A Kozarac; il habitait au-dessus du "Restaurant".

8 Q. : Savez-vous si lui et Tadic se connaissaient ?

9 R. : Je pense, oui.

10 Q. : Les avez-vous jamais vus en présence l'un de l'autre ou fréquemment

11 ensembles avant l'éclatement du conflit ?

12 R. : Je pense qu'il venait souvent au café de Dule Tadic avant la guerre.

13 Q. : M. Seferovic, permettez-moi de vous poser quelques questions sur la

14 période qui a précédé immédiatement l'attaque contre Kozarac et par

15 là, j'entends durant les quelques semaines qui l'ont précédée.

16 Pendant cette période, les Musulmans pouvaient-ils se déplacer en

17 dehors de Kozarac ?

18 R. : Non.

19 Q. : Les routes étaient-elles bloquées, en ce qui concerne les Musulmans,

20 à la fois en direction de Prijedor et en direction de Banja Luka ?

21 R. : Oui.

22 Q. : Vous souvenez-vous si quelque chose s'était passé ou non à cette

23 époque en ce qui concerne les programmes de télévision ?

24 R. : Oui, tous les relais ont été occupés et nous avons été contraints de

25 regarder la télévision serbe.

Page 2897

1 Q. : Les institutions importantes de Kozarac étaient-elles gardées ?

2 R. : Oui, elles l'étaient.

3 Q. : Vous rappelez-vous lesquelles ?

4 R. : Je crois que l'école était gardée, l'église et plusieurs autres

5 institutions à Kozarac, le supermarché et je ne sais plus quoi

6 d'autre.

7 Q. : Vous rappelez-vous du nombre de gardes à chaque institution ?

8 R. : Deux ou trois gardes ... en fait, la scierie également, j'ai oublié

9 de mentionner cela, les usines autour de Kozarac. Il était normal

10 bien sûr qu'ils augmentent le nombre de gardiens. Ils l'ont doublé

11 et, comment pourrais-je dire , oui, il y avait une protection

12 civile. Il y avait des gens, de jeunes hommes, qui portaient les

13 uniformes SMB et, bien sûr, ils portaient des armes.

14 Q. : Existait-il des points de contrôle ?

15 R. : Oui, aux croisements majeurs.

16 Q. : Les gardes étaient de quelle nationalité ?

17 R. : Je pense que les trois nationalités étaient représentées, Serbes,

18 Croates et Musulmans.

19 Q. : Vous rappelez-vous quand l'attaque contre Kozarac a été déclenchée ?

20 R. : Je crois que c'était le 26. Je sais que c'était un dimanche mais je

21 ne me souviens pas exactement de la date.

22 Q. : Les résidents serbes de Kozarac étaient-ils déjà partis ?

23 R. : Oui, mais pas tous.

24 Q. : Savez-vous si oui ou non Dule Tadic était toujours à Kozarac quand

25 l'attaque a commencé ?

Page 2898

1 R. : Il ne l'était pas.

2 Q. : Où vous trouviez-vous quand l'attaque a commencé ?

3 R. : J'étais à Kozarac.

4 Q. : Au travail ou chez vous ?

5 R. : C'était un dimanche et je ne travaillais donc pas.

6 Q. : Qu'avez-vous fait quand l'attaque a commencé ?

7 R. : J'ai couru dans la rue. Une voiture est passée, je suis monté à bord,

8 j'ai dit "stop" et je suis allé dans les collines, à Besici.

9 Q. : Vous êtes-vous arrêté pour changer de vêtements ou faire une valise ?

10 R. : Non, non. Je suis simplement parti. J'étais habillé en civil, comme

11 d'habitude.

12 Q. : Etiez-vous armé ?

13 R. : Non.

14 Q. : Avez-vous fini par vous rendre à la maison de personnes de

15 connaissance ?

16 R. : Oui.

17 Q. : D'autres Musulmans du centre de Kozarac se sont-ils aussi enfuis dans

18 ces collines ?

19 R. : Non, pas tous. Il y avait plusieurs convois.

20 Q. : Etes-vous jamais retourné à Kozarac pour récupérer certains biens ?

21 R. : Oui. J'y suis retourné plus tard. Je suis retourné chez moi dans la

22 soirée. J'avais de nombreux oiseaux et je les ai nourris. J'ai pris

23 mon sac à dos et je suis parti dans les collines.

24 Q. : Le bombardement continuait-il à ce stade ?

25 R. : Oui.

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1 Q. : La plupart des résidents de Kozarac avaient-ils alors quitté la

2 ville ?

3 R. : Oui.

4 Q. : Vous avez mentionné que l'attaque avait commencé un dimanche. Vous

5 rappelez-vous quel jour de la semaine les gens ont commencé à se

6 rendre ?

7 R. : Non, je ne m'en souviens pas du tout.

8 Q. : Etait-ce ...

9 R. : Je me souviens que la matinée était très belle.

10 Q. : Etait-ce approximativement dans les trois jours qui ont suivi le

11 début du bombardement ?

12 R. : Je le pense. Je ne m'en souviens pas parce que j'ai moi-même été

13 victime d'une terrible catastrophe.

14 Q. : En tout état de cause, quelque soit le jour de la semaine ou la date,

15 êtes-vous retourné à Kozarac ? Avez-vous quitté Besici et êtes-vous

16 retourné à Kozarac le premier jour où les gens ont commencé à se

17 rendre ?

18 R. : Oui. Je cherchais mon frère, les membres de ma famille, des amis, des

19 parents.

20 Q. : Que se passait-il quand vous êtes rentré pour la première fois à

21 Kozarac ? Qu'avez-vous vu ?

22 R. : Oui, c'était l'exode. Les gens ne savaient pas où ils allaient. Je me

23 suis rendu à la maison de mon frère.

24 Q. : Dans quelle rue votre frère habitait-il ?

25 R. : Je ne me souviens pas du nom de la rue mais c'était tout droit de

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1 l'église vers l'hôpital et vers la grande rue. La route allait tout

2 droit, puis l'hôpital se trouverait sur la droite et la rue

3 principale à gauche, par rapport à l'église.

4 M. TIEGER : Madame la Présidente, si je peux me permettre, nous pourrions

5 peut-être marquer pour identification une carte susceptible d'aider

6 le témoin ? Il s'agit de la pièce 220. (Au témoin) : M. Seferovic,

7 reconnaissez-vous cette carte comme montrant des parties de

8 Kozarac ?

9 R. : Oui. C'est évident.

10 M. TIEGER : Madame la Présidente, je verse cette pièce au dossier.

11 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Des objections ?

12 M. WLADIMIROFF : Non, Madame la Présidente.

13 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce 220 est admise.

14 M. TIEGER : Peut-on la placer sur l'elmo, s'il vous plaît ?

15 (Au témoin) : Tout d'abord M. Seferovic, pouvez-vous nous désigner

16 votre maison ? Si vous pouviez indiquer sur la carte qui apparaît

17 sur la machine à votre droite ?

18 R. : Je pense ici et là. (Le témoin désigne l'endroit).

19 Q. : Pouvez-vous indiquer la région générale de Besici ou la direction

20 générale de Besici dans la mesure où c'est possible sur cette

21 carte ?

22 R. : Je pense que le pont se trouve ici.

23 Q. : M. Seferovic, vous allez devoir indiquer sur le document figurant sur

24 cette machine pour que l'on soit en mesure de voir.

25 R. : Voici le premier pont que vous pouvez prendre pour Besici. Et voilà

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1 le deuxième.

2 Q. : Pouvez-vous indiquer sur cette carte l'endroit où se trouvait la

3 maison de votre frère ?

4 R. : (Le témoin désigne l'endroit). Ici, quelque part ici, oui.

5 Q. : Ce serait la rue entre l'hôpital et l'église ?

6 R. : Oui.

7 Q. : Votre frère était-il chez lui quand vous êtes arrivé ?

8 R. : Non je n'ai trouvé personne chez lui.

9 Q. : Vous êtes-vous ensuite rendu à un endroit plus proche de la route

10 Prijedor/Banja Luka ?

11 R. : Oui, j'ai vu ce qui se passait autour de l'église.

12 M. TIEGER : Madame la Présidente, pourrait-on marquer ce document comme la

13 pièce 221 pour identification ? C'est une partie élargie de la même

14 carte qui vient d'être introduite. (Au témoin) : M. Seferovic,

15 pouvez-vous reconnaître ce document comme une partie élargie de la

16 même carte que vous venez d'examiner ?

17 R. : Oui, je pense qu'il s'agit ... que c'est seulement un secteur plus

18 étendu, oui, plus étendu.

19 M. TIEGER : Madame la Présidente, je verse la pièce 221 au dossier.

20 M. WLADIMIROFF : Pas d'objections.

21 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce 221 est admise.

22 M. TIEGER (Au témoin) : M. Seferovic, pouvez-vous nous montrer sur cette

23 carte où se trouvait la maison de votre frère et l'endroit où vous

24 vous êtes rendu après l'avoir quittée ?

25 R. : (Le témoin désigne l'endroit). Ici, je pense. C'est là que se

Page 2902

1 trouvait la maison de mon frère et j'ai traversé les jardins et les

2 cours puis je suis arrivé à cette maison, la dernière maison ici.

3 Q. : Qu'est-ce qui se trouve en face de cet endroit, de l'autre côté de la

4 rue ?

5 R. : Une église et un cimetière.

6 Q. : Qu'est-ce qu'il y avait à l'endroit où vous avez fini par vous

7 arrêter ?

8 R. : Devant la maison il y a des buissons et un jardin avec des fleurs.

9 Q. : Peut-on présenter Z5-29 s'il vous plaît ? M. Seferovic, reconnaissez-

10 vous ce qui apparaît au bas de la photo ?

11 R. : Oui, une église.

12 Q. : Est-ce celle qui se trouvait en face de l'endroit où vous vous

13 trouviez ?

14 R. : Oui.

15 Q. : Tout d'abord, avant de commencer, voyez-vous la barrière devant

16 l'église ?

17 R. : Oui.

18 Q. : Sur la photo en haut à gauche, voyez-vous une continuation de cette

19 barrière ? On pourrait peut-être grossir cette partie de la photo ?

20 R. : Oui, je peux la voir maintenant.

21 Q. : Voyez-vous le verger ou le jardin où vous vous trouviez ce jour là ?

22 R. : Oui, je peux le voir très bien.

23 Q. : Est-ce l'endroit apparaissant sur la droite de l'écran ?

24 R. : Oui, sur la droite de l'écran.

25 Q. : C'est l'endroit immédiatement derrière ces haies où se trouvent les

Page 2903

1 arbres ?

2 R. : Oui, ce sont des pruniers.

3 Q. : On peut également voir sur cette photographie la route qui longe

4 cette clôture. Quand nous regardons la photographie, la route va

5 dans quelle direction ? Je parle de la route sur laquelle on peut

6 voir des gens en train de marcher.

7 R. : Elle va vers Krkici, vers Kozarac.

8 Q. : On peut également voir la partie inférieure d'une route qui rencontre

9 celle se trouvant en bas à gauche de la photo. Peut-on revenir à Z5-

10 29, s'il vous plaît ?

11 R. : Oui, cette route ici mène à l'hôpital, à droite, sur le côté droit et

12 la route sur la gauche va vers la rue principale.

13 Q. : La route sur la droite va donc de l'église vers l'hôpital ?

14 R. : Oui, et celle sur la gauche mène vers la rue Marsala Tita.

15 Q. : Ces deux photos montrent donc un croisement ?

16 R. : Oui.

17 Q. : Peut-on grossir la partie supérieure gauche de la photo ? Pour

18 confirmer, bien que tout le monde ici en soit déjà conscient, ces

19 haies à gauche sur cette photographie sont-elles les mêmes que

20 celles figurant sur la photographie que nous examinions auparavant ?

21 R. : Les haies sur la gauche, oui.

22 Q. : Vous étiez donc de l'autre côté, dans le jardin de l'autre côté de

23 ces haies ?

24 R. : Oui. J'étais dans le verger de pruniers parce que c'était l'été ou le

25 printemps, c'était le printemps de sorte que les arbres étaient

Page 2904

1 couverts de feuilles et dans cette photo, les arbres ont perdu leurs

2 feuilles et cela ressemble donc...

3 Q. : Peut-on revenir de nouveau à Z5-29 ? Quand vous êtes arrivé dans le

4 jardin que l'on voit le plus clairement dans la partie supérieure

5 gauche de la photographie, pouviez-vous voir de l'autre côté de la

6 rue ce qui se passait près de l'église serbe ?

7 R. : Oui, je pouvais tout voir clairement parce que je pouvais bouger, je

8 ne sais pas dans quel espace, mais devant l'église se trouvaient des

9 policiers de Kozarac avec leurs mains derrière la nuque. Je pense

10 qu'il y en avait six. Je ne me souviens pas exactement. Sur les six

11 j'en ai reconnu quatre, Emir, Osman, Edin et Ekrem. Devant se

12 trouvaient Dusko Tadic, Borovnica, Dule et d'autres membres des

13 groupes paramilitaires. Je ne suis pas certain de leur identité.

14 Q. : Vous avez mentionné certains noms de policiers musulmans; vous avez

15 mentionné le nom "Edin". Connaissez-vous son nom de famille ?

16 R. : Besic.

17 Q. : Vous avez mentionné "Ekrem". Connaissez-vous son nom de famille ?

18 R. : Besic également.

19 Q. : Vous avez mentionné "Emir" ?

20 R. : Karabasic.

21 Q. : Vous avez mentionné "Osman", connaissez-vous son patronyme ?

22 R. : Non, Osman n'était pas de Kozarac. Je connais seulement son prénom.

23 Q. : Connaissiez-vous sa fonction dans la police ?

24 R. : Oui, il était le commandant d'une unité de la police, quelque chose

25 du genre.

Page 2905

1 Q. : Vous avez aussi mentionné certains membres de groupes paramilitaires.

2 Quel était leur nombre approximatif ?

3 R. : Une quinzaine. Je ne les ai pas comptés. J'ai vu un groupe nombreux

4 de soldats.

5 Q. : Quelle était la nationalité de ces membres de groupes

6 paramilitaires ?

7 R. : Serbe, naturellement.

8 Q. : Pourriez-vous indiquer sur la pièce 221 l'endroit où se trouvaient

9 les policiers musulmans et la position occupée par les membres des

10 organisations paramilitaires serbes quand vous les avez observés ?

11 Madame la Présidente, nous pouvons faire cela avec le document ou je

12 peux fournir une autre copie du même document ?

13 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : M. Wladimiroff, voyez-vous une objection à ce

14 que le témoin marque la pièce 221 ?

15 M. WLADIMIROFF : Aucun problème.

16 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Parfait.

17 M. TIEGER (Au témoin) : Monsieur, la ligne droite que vous avez tracée

18 indique-t-elle les policiers, les agents de police musulmans ou les

19 soldats serbes ?

20 R. : Oui, parce qu'ils étaient alignés.

21 Q. : Je m'excuse, la ligne droite concerne-t-elle les policiers, les

22 policiers musulmans ou les soldats serbes ?

23 R. : Les policiers musulmans, pas l'armée serbe.

24 Q. : Les soldats serbes sont indiqués par les divers points apparaissant

25 entre l'église et les chemins ?

Page 2906

1 R. : Oui.

2 Q. : Vous étiez de l'autre côté de la rue, est-ce exact ?

3 R. : Oui.

4 Q. : avait-il des civils dans le secteur ?

5 R. : Oui, un groupe nombreux est passé et je n'ai y prêté attention qu'une

6 minute puis j'ai concentré mon attention sur l'église et les

7 événements qui s'y déroulaient.

8 Q. : Pendant que vous regardiez, les soldats serbes dirigeaient-ils ou

9 contrôlaient-ils les mouvements des civils qui passaient ?

10 R. : Oui, personne n'était autorisé à regarder sur le côté. Ils agitaient

11 leurs armes et les pointaient vers les civils.

12 Q. : Comment étaient vêtus les soldats serbes ?

13 R. : Ils portaient des tenues camouflées, certains d'entre eux peut-être

14 des SMB. Je ne sais pas. Je n'ai pas fait attention à tout.

15 Q. : Les soldats serbes étaient-ils armés ?

16 R. : Oui.

17 Q. : Certains d'entre eux dirigeaient-ils leurs armes vers les policiers

18 musulmans ?

19 R. : Oui, bien sûr. Les armes étaient toujours dirigées contre nous.

20 Q. : Est-ce que certains de ces soldats serbes portaient un type de

21 chapeau ?

22 R. : Oui. Certains avaient des bérets, d'autres pas. Je ne me souviens

23 pas. C'était une belle journée. Cest peu important. La plupart

24 d'entre eux portaient des bérets.

25 Q. : Vous rappelez-vous si certains d'entre eux portaient des brassards ?

Page 2907

1 R. : Oui, ils avaient des brassards bleus ou blancs. Je ne me souviens pas

2 parfaitement de tout mais je pense que, de façon générale, ils

3 portaient des brassards blancs.

4 Q. : Avez-vous continué d'observer cette scène pendant un certain temps ?

5 R. : Oui. Ces membres d'unités paramilitaires n'ont pas cessé de harceler

6 les civils. A un certain moment, Dule Tadic est venu, a tiré Osman

7 du groupe et a crié : Suis-moi". Il l'a attrapé par le cou, lui a

8 tranché la gorge puis lui a donné plusieurs coups de couteau. Je ne

9 sais pas combien. Puis il est passé à Edin Besic et il l'a frappé de

10 la même façon qu'Osman. Et cette action a été suivie par une vive

11 fusillade et je me suis enfui. J'ai suivi le même sentier et j'ai

12 couru vers Besici.

13 Q. : J'aimerais que l'on revienne sur ce point un peu plus lentement ?

14 Quand vous avez vu Dule Tadic s'approcher d'Osman, que l'avez-vous

15 vu faire ?

16 R. : Il l'a retiré rapidement de cette file. Je n'ai pas vu le couteau,

17 seulement le sang qui a jailli de tous les côtés puis il a donné de

18 nouveaux coups de couteau et il est ensuite passé à Edin. Je l'ai vu

19 faire la même chose à Edin puis ils ont déclenché cette fusillade

20 pour célébrer, je pense, je ne sais pas pourquoi, et je me suis

21 enfui désespéré.

22 Q. : Vous parlez bien de coups de feu ?

23 R. : Oui.

24 Q. : Vous dites que vous avez quitté l'endroit. Où êtes-vous allé ? Etes-

25 vous retourné à Besici ?

Page 2908

1 R. : Oui, je suis allé à Besici très, très lentement. Je ne sais pas

2 comment j'y suis parvenu.

3 Q. : Avez-vous emprunté les axes principaux ou d'autres voies pour

4 retourner à Besici ?

5 R. : Non, il y a de nombreuses routes à Kozarac. Toutes les maisons

6 étaient ouvertes, partout, et vides de monde. Avant la guerre, tout

7 le monde était le bienvenu, toutes les maisons étaient ouvertes en

8 grand de sorte que je ... la dernière fois je suis passé sans être

9 accueilli; je suis allé à Besici. Vous ne pouvez pas comprendre.

10 J'ai traversé très, très lentement pour aller à Besici.

11 Q. : Etes-vous retourné à Kozarac quelques jours plus tard ?

12 R. : Oui, je suis constamment retourné à Kozarac parce que j'avais de

13 nombreux oiseaux et je devais les nourrir. La dernière fois,

14 malheureusement, j'ai été blessé à la jambe par une balle tirée de

15 je ne sais où. Je ne sais pas s'il s'est agi d'une balle perdue ou

16 si on me visait spécifiquement, parce qu'on me tirait constamment

17 dessus.

18 Q. : Après avoir été blessé par cette balle, avez-vous réussi à retourner

19 à Besici ?

20 R. : Oui. Je suis parvenu à retourner à Besici en m'aidant d'un bâton,

21 oui.

22 Q. : Où êtes-vous resté après cela ?

23 R. : Je suis resté dans cette châtaigneraie. Il y a un ruisseau creusé par

24 la nature ... les pluies l'ont érodé et ont creusé une sorte d'abri

25 et c'est là que je suis resté. Je ne me souviens pas combien de

Page 2909

1 temps j'y suis resté parce que je souffrais énormément. J'étais tout

2 seul et je n'avais pour m'aider que de l'alcool et mes sous-

3 vêtements.

4 Q. : Cet alcool, s'agit-il de boisson ou d'alcool pour votre blessure ?

5 R. : Je ne bois pas. J'ai arrêté de boire il y a sept ou huit ans, je ne

6 suis pas sûr, sept ans je crois. Non, je m'en suis servi pour

7 décoller mes vêtements de ma plaie. Elle saignait énormément et je

8 n'avais rien d'autre. Je devais la nettoyer. Je ne disposais que

9 d'alcool, d'eau de vie de prune, notre Slivovitz.

10 Q. : Un ami ou quelqu'un de Besici vous a-t-il aidé au début ou durant

11 quelque temps pendant que vous étiez dans ce trou ?

12 R. : Oui, un ami m'a apporté des vivres, du pain pendant les cinq ou six

13 premiers jours. Je ne me souviens pas exactement puis je suis parti

14 et je ne l'ai jamais revu.

15 Q. : Avez-vous finalement quitté le trou et essayé de retourner à Kozarac

16 pour essayer de retrouver votre famille ou vos amis ?

17 R. : Oui, je ne me souviens pas combien de jours je suis resté dans le

18 trou mais la douleur était terrible. J'ai perdu connaissance

19 plusieurs fois et quand l'enflure a diminué, je me suis levé. J'ai

20 trouvé je ne sais comment la force surhumaine de me redresser, de me

21 tenir debout avec l'aide de ce bâton puis d'essayer de me déplacer

22 et d'essayer de trouver mon frère parce que je savais qu'il était

23 resté à Kozarac et ...

24 Q. : Je vais continuer donc. Quand vous êtes allé à Kozarac, avez-vous

25 rencontré votre frère ou n'y êtes vous pas parvenu ?

Page 2910

1 R. : Quand je suis descendu, j'ai traversé la route Besici-Mutnik et je me

2 suis rendu vers la vieille ville. J'étais assoiffé, épuisé par mon

3 trajet et j'ai bu énormément d'eau. Tout était en friche, les

4 herbes, les pruniers atteignaient tous le sol et j'ai donc pu

5 marcher normalement. Je n'essayais pas de me cacher. Quand je suis

6 arrivé sur la route, j'ai entendu une rafale de coups de feu, puis

7 d'autres et ils me visaient tous.

8 J'ignore pourquoi je n'ai pas été touché et ils m'ont capturé cette

9 nuit là. Ils m'ont infligé des mauvais traitements toute la nuit. Je

10 ne sais pas ce qu'ils ont fait. Ma plaie saignait et je ne pouvais

11 pas arrêter le sang. Ils me frappaient de tous côtés à coup de

12 crosses de fusil. Non, je ne me souviens pas. Je ne me souviens de

13 presque rien.

14 Q. : Où vous ont-ils emmené après cela ?

15 R. : J'ai passé la nuit là puis le lendemain matin deux hommes sont venus,

16 deux oustachis, qui m'ont frappé. Ils m'ont lié les mains autour du

17 cou et m'ont pendu à la balustrade près du petit camion. Je suis

18 resté conscient un certain temps puis je me suis évanoui. J'étais

19 allongé sur le plancher. Je ne sais pas combien de temps ils ont

20 conduit et nous sommes arrivés au camp.

21 Cinq ou six d'entre eux m'ont sorti et m'ont jeté comme un ballon,

22 la tête la première contre le sol. Ils m'ont frappé à coups de pied

23 dans la mâchoire, je ne sais pas, et après cela j'ai perdu

24 connaissance.

25 QUESTION ; D'après l'interprétation, vous auriez dit que deux oustachis

Page 2911

1 vous ont lié les mains; qu'entendez-vous par oustachis ? Quelle

2 était la nationalité de ces personnes ?

3 R. : Non, ils m'ont appelé "oustachi". Il s'agissait de deux chetniks,

4 l'armée paramilitaire serbe, ils m'ont appelé "oustachi", moi qui

5 n'ai jamais touché un fusil en dehors de l'armée.

6 Q. : A quel camp vous a-t-on emmené ?

7 R. : Au camp d'Omarska.

8 M. TIEGER : Madame la Présidente, avant que je poursuive, peut-on verser

9 Z5-29 comme la pièce à conviction 222 ?

10 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Des objections ?

11 M. WLADIMIROFF : Simplement pour confirmation, il s'agit du montage de la

12 photo et non de l'agrandissement ?

13 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Il s'agit des trois photos je crois.

14 M. WLADIMIROFF : S'il s'agit des trois photos combinées, c'est parfait.

15 Nous savons ce qui est versé.

16 M. TIEGER : En fait, cela soulève un point intéressant. J'aimerais verser

17 les trois photos séparément pour que la Cour en ait une meilleure

18 idée et pour lui faciliter les choses mais la copie-papier

19 représentera éventuellement les trois.

20 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Mais pas les agrandissements ?

21 M. WLADIMIROFF : Non.

22 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Très bien. Comment voulez-vous les

23 numéroter ? 222A. B, C ou 222 conjointement ... peut-être A, B, C de

24 sorte que nous ne les perdions pas.

25 M. TIEGER : Parfait.

Page 2912

1 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce à conviction 222 A, B et C de

2 l'Accusation est admise sans objection.

3 M. WLADIMIROFF : Qu'est-ce que couvrent alors A, B et C ?

4 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Je dirais ... A serait ... je ne sais pas,

5 nous leur demanderons de la marquer. Une excellente remarque,

6 M. Wladimiroff. Comment voulez-vous qu'elles soient marquées,

7 M. Tieger ?

8 M. TIEGER : Je demanderais une représentation générale de la pièce à

9 conviction que nous venons d'examiner et nous pourrions l'appeler

10 222 puis A, B et C seraient les photos individuelles.

11 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Bien. 222 représentera les trois photos

12 réunies; comment les marquerez-vous séparément ?

13 M. TIEGER : Pourrait-on me redonner les chiffres ? Je m'excuse. A serait

14 49/9; 49/10 serait B et 1/27 serait C. 1/27 montre l'église au bas.

15 C'est la raison pour laquelle je la marque C. 49/9 et 49/10 sont la

16 droite et la gauche des photos ci-dessus. Vous avez donc A à gauche,

17 B à droite et C en bas.

18 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : M. Wladimiroff, vous comprenez cela ?

19 M. WLADIMIROFF : Oui, je comprends. Merci beaucoup.

20 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Très bien. Les pièces sont admises. Merci.

21 M. TIEGER (Au témoin) : M. Seferovic, reconnaissez-vous le modèle devant

22 vous comme représentant le camp d'Omarska ?

23 R. : Oui.

24 Q. : Vous pouvez peut-être nous montrer dans quelle partie d'Omarska on

25 vous a emmené lors de votre arrivée ? Nous procéderons une étape à

Page 2913

1 la fois. Pouvez-vous nous désigner tout d'abord le bâtiment où on

2 vous a emmené ?

3 R. : Oui, ici. J'ai été amené ici dans ce bâtiment pour être interrogé.

4 (Le témoin désigne le bâtiment). Je n'ai rien dit. Je ne pouvais

5 rien dire. En fait, j'avais perdu connaissance du fait des coups.

6 Ils ne m'ont même pas interrogé ou frappé. Ils m'ont simplement

7 envoyé dans ce grand bâtiment. Je ne me souviens pas quand ou

8 comment. Je sais seulement que je suis allé dans la dernière pièce.

9 Je crois ...

10 Q. : Pouvez-vous alors nous montrer, monsieur, puis nous ...

11 R. : C'est ici que se trouve la pièce. (Le témoin désigne la pièce), ici,

12 la dernière pièce.

13 Q. : Bien. Madame la Présidente, si on pouvait enlever les toits, le

14 témoin pourrait peut-être nous montrer la pièce où il se trouvait ?

15 R. : Non, ce n'est pas nécessaire. Le toit, les toits nous protégeaient

16 ... nous maintenaient parfaitement au chaud. Nous étions juste au-

17 dessous du toit. Nous étions juste au-dessous du toit qui était un

18 toit en fer blanc. Vous rendez-vous compte de la chaleur que génère

19 un toit en fer-blanc en été. Non, vous n'avez pas besoin.

20 Q. : Puis-je vous demander de décrire l'endroit où vous vous trouviez,

21 étiez-vous au rez-de-chaussée ou à l'étage dans ce grand bâtiment ?

22 R. : Oui, à l'étage. Il y a un grand escalier, un escalier. A droite vous

23 avez l'entrée de la grande salle et à gauche les toilettes et des

24 placards. Il n'y avait pas place pour un paquet de cigarettes. C'est

25 comme ça que nous étions allongés. Il n'y avait aucune place d'un

Page 2914

1 bout à l'autre de la pièce.

2 Q. : Peu de temps après votre arrivée, avez-vous vu dans cette même pièce

3 quelqu'un que vous aviez aperçu à l'église ?

4 R. : Oui, presque tous les résidents de Kozarac, presque tous mes amis,

5 mes voisins et j'ai aussi été très surpris de voir Emir Karabasic.

6 J'étais très faible, épuisé. J'étais allongé. Je ne pouvais pas

7 bouger et on m'a fait de la place, on m'a accepté dans le camp. Je

8 ne sais pas. La nuit a passé.

9 Je pense que de graves sévices ont été infligés à Emir. Le

10 lendemain, nous n'étions plus que trois à rester, moi-même, Emir

11 Karabasic, Mujo Kolera, Julenovic. Tout le camp est sorti. Je me

12 suis levé. J'ai rampé jusqu'à Emir et pris une cigarette, J'avais

13 une tranche de pain. Nous l'avons partagée puis j'ai allumé la

14 cigarette et j'ai demandé à Emir "Pourquoi trembles-tu ? Pourquoi

15 as-tu des cauchemars quand tu ne peux pas te tenir debout

16 correctement" ? Il a répondu : "ils voulaient me trancher la gorge

17 mais j'ai survécu".

18 Je lui ai raconté ce qui s'est passé à l'église et il me l'a

19 confirmé. Les gens commençaient à entrer dans le camp et dans la

20 pièce et tout le monde devait s'asseoir à sa place parce que

21 personne, aucun des détenus du camp ne voulait donner sa place et

22 j'a regagné la mienne en rampant, déçu.

23 Q. : A-t-on appelé Emir Karabasic à l'extérieur de la pièce durant les

24 quelques jours qui ont suivi ?

25 R. : Le lendemain, je crois, vers ... en fin d'après-midi, il a été

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1 appelé, de même que Jasko Hrnic, Enver Alic, le père d'Enver, je ne

2 me souviens pas de son nom, mais il était âgé. Il était dans ma

3 pièce. Il a été appelé pour qu'on lui montre ce qui attendait son

4 fils, s'il allait survivre.

5 Q. : Avez-vous entendu des hurlements venant du rez-de-chaussée ?

6 R. : Oui, des hurlements inhumains. Je ne sais pas où ces personnes

7 trouvaient la force de hurler autant, si fort et puis soudain tout

8 est devenu silencieux, le silence régnait partout, tout le monde est

9 resté silencieux pendant deux jours.

10 Q. : Emir Karabasic est-il revenu dans la pièce ?

11 R. : Jamais, non, aucun des trois n'est revenu et je ne les ai jamais

12 revus.

13 Q. : Durant votre séjour à Omarska, d'autres prisonniers ont-ils été

14 appelés à l'extérieur des pièces et battus ?

15 R. : Chaque jour ils en appelaient, quoi que vous ayez fait ou qui que

16 vous soyez, les riches, les cadres, ont été tués de même que les

17 pauvres, bien sûr, qui souffrent toujours le plus.

18 Q. : Savez-vous si des prisonniers ont été battus ou non durant les

19 interrogatoires ? Pouviez-vous voir leur état lorsqu'ils partaient

20 pour les interrogatoires et lorsqu'ils en revenaient ?

21 R. : Non, ils n'avaient pas besoin d'expliquer. Ils ne l'ont jamais fait..

22 On pouvait le voir sur eux. Ils étaient tuméfiés; seul leur visage

23 était intact.

24 Q. : Combien de repas aviez-vous par jour à Omarska ?

25 R. : Je ne sais pas si je peux dire qu'il s'agissait de nourriture. Nous

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1 recevions un huitième d'une baguette de pain. Cela représentait une

2 tranche de pain par jour. Il s'agissait presque toujours de restes

3 qui étaient devenus rances.

4 Q. : Vous a-t-on frappé à Omarska ?

5 R. : Oui. J'étais frappé constamment. J'étais toujours le dernier. Je ne

6 pouvais pas courir, parce qu'il fallait courir pour manger. Un

7 groupe de 30 personnes terminaient leur repas en 30 secondes ou une

8 minute. Ils mangeaient et je restais affamé. Je ne pouvais pas

9 prendre mon repas. Je prenais seulement mon pain et je sortais.

10 Q. : Est-ce que des prisonniers appelés pour être battus ne sont pas

11 revenus dans leurs pièces ?

12 R. : Oui, chaque soir, tous les soirs, ils appelaient des détenus et ceux-

13 ci ne revenaient jamais dans la pièce. Ils la remplissaient avec des

14 détenus venant d'autres endroits à Kozarac et Prijedor.

15 Q. : Vous a-t-on transféré au camp de Manjaca quand la grande masse des

16 prisonniers ont été transférés d'Omarska ?

17 R. : Oui. J'ai été transféré à Manjaca. Ils ont lu des listes pendant huit

18 heures et quand ils ont atteint un certain nombre - ils n'étaient

19 pas d'accord sur le nombre de prisonniers figurant sur la liste -

20 ils nous ont finalement ordonné de monter dans les autocars, ce que

21 nous avons fait et ils nous ont asséné des coups de crosse ou des

22 coups de pied et nous ont écrasé.

23 Puis nous sommes partis pour Manjaca, je veux dire Omarska - quand

24 nous sommes montés à bord des autocars à destination de Manjaca.

25 Nous sommes arrivés tard à Manjaca. Je n'avais pas de montre.

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1 Personne n'avait de montre. Ils nous les avaient toutes prises -

2 bijoux, montres, les chaussures de sport des détenus. Qu'est-ce que

3 c'est que cette époque où on vole les chaussures des détenus,

4 laisser un prisonnier pieds nus, et enfiler ses chaussures !

5 Quand nous sommes arrivés à Manjaca, il faisait nuit et le camp ne

6 voulait pas nous recevoir. Nous avons dormi à Manjaca . Tout allait

7 bien jusqu'en fin de soirée quand les soldats ont commencé à chanter

8 et puis à nous frapper et les hurlements ont repris. Chacun de nous

9 l'a vécu à sa façon mais il a fallu y passer.

10 Le matin, à l'aube, ils nous ont laissé sortir de ces autocars. Je

11 ne sais pas combien de personnes sont mortes, avaient des crampes,

12 et elles ont été sorties de ces autocars et emmenées dans une

13 clairière à l'avant des véhicules; et nous étions assis là. Ils ont

14 tranché la gorge de plusieurs autres personnes mais je ne l'ai pas

15 vu, d'autres détenus l'ont vu. Je ne suis entré à Manjaca que vers

16 le soir.

17 Q. : M. Seferovic, je m'excuse mais je ne vais pas entrer dans les détails

18 de Manjaca avec vous et c'est la raison pour laquelle je vous ai

19 interrompu. J'ai simplement une ou deux dernières questions à vous

20 poser. Vous nous avez dit que vous connaissez Dule Tadic depuis

21 votre enfance. Pouvez-vous regarder dans le prétoire, s'il vous

22 plaît et nous dire si vous y voyez M. Tadic ?

23 R. : Oui.

24 Q. : Pouvez-vous le désigner, s'il vous plaît ?

25 R. : Oui, c'est cet homme là bas. (Le témoin désigne l'accusé).

Page 2918

1 Q. : Est-ce l'homme aux cheveux noirs portant la veste bleue et une

2 cravate ?

3 R. : Oui, c'est lui.

4 Q. : M. Seferovic, êtes-vous absolument certain que c'est l'homme que vous

5 avez vu à l'église assassinant Osman et Edin ?

6 R. : Oui, j'en suis certain. Oui, je suis certain que c'est le même homme.

7 M. TIEGER : Pas d'autres questions, Madame la Présidente.

8 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : L'audience est suspendue pendant 20 minutes.

9 (16 heures)

10 (Brève suspension d'audience)

11 (16 heures 20)

12 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Envisagez-vous un contre-interrogatoire,

13 M. Kay ?

14 M. KAY : Merci.

15 Contre-interrogatoire de M. KAY

16 Q. : M. Seferovic, vous avez déclaré à la Cour que vous avez quitté

17 Kozarac le jour du bombardement de cette ville et que vous vous êtes

18 réfugié dans la campagne derrière Kozarac vers Besici, est-ce

19 exact ?

20 R. : Oui.

21 Q. : Vous avez déclaré à la Cour aujourd'hui en début de journée que vous

22 pensez être resté dans ce coin pendant trois jours environ après le

23 bombardement puis que vous êtes retourné à Kozarac pour voir ce qui

24 se passait, et c'est ce jour là que vous avez vu l'incident à

25 l'église ?

Page 2919

1 R. : Oui.

2 Q. : Vous ne pouvez pas vous rappeler exactement de la date de l'attaque

3 contre Kozarak mais vous vous souvenez que c'était un dimanche ?

4 R. : Oui, cétait un dimanche.

5 Q. : Pendant que vous étiez en dehors de Kozarac durant le bombardement de

6 la ville, étiez-vous seul ou avec d'autres personnes ?

7 R. : Avec d'autres personnes dans les collines, naturellement.

8 Q. : Je présume qu'il y avait de nombreuses personnes avec vous dans la

9 forêt derrière Kozarac ?

10 R. : Oui, il y avait de nombreuses personnes dans les bois et les

11 collines, dans les caves. Besici a moins souffert du bombardement.

12 Q. : Le jour où vous êtes retourné à Kozarac et que vous êtes allé à la

13 maison de votre frère, vous rappelez-vous de la date ?

14 R. : Quand Kozarac s'est rendu, je ne me souviens pas non plus du jour,

15 mais je sais qu'il faisait beau et que les gens se rendaient.

16 Q. : De nombreuses personnes se sont probablement rendues à des moments

17 différents ?

18 R. : Oui, à différents moments et de nombreuses personnes se sont rendues

19 parce que Kozarac ne pouvait pas être capturé en une seule journée.

20 Q. : Quand vous parlez de trois jours après le bombardement, seriez-vous

21 donc retourné à Kozarac à la maison de votre frère le mercredi ?

22 R. : Je ne pense pas.

23 Q. : Pouvez-vous m'aider avec le jour ?

24 R. : Je pense que c'était un mardi mais je ne me souviens pas; je crois

25 que c'était un mardi.

Page 2920

1 Q. : Je sais que les personnes qui se trouvaient à l'extérieur de Kozarac

2 étaient dans une situation chaotique et étaient désespérées mais, si

3 possible, je veux essayer d'identifier ce jour particulier où vous

4 dites que vous avez vu Dusko Tadic tuer ces deux hommes. Nous

5 pourrions peut-être retracer vos pas et si cela vous aide à

6 identifier la date, ce serait d'une importance considérable, vous

7 comprenez ?

8 R. : Oui.

9 Q. : Vous êtes parti assez rapidement le dimanche quand le bombardement a

10 commencé, est-ce exact ?

11 R. : Oui, très rapidement parce que Besici n'était pas loin ... Besici, le

12 village de Besici n'est pas loin de Kozarac.

13 Q. : Vous êtes allé à Besici pour éviter ce qui se passait en ville.

14 R. : Oui.

15 Q. : Pouviez-vous voir le bombardement de Kozarac de l'endroit où vous

16 vous trouviez à Besici ?

17 R. : Oui, parce que Besici est sur la colline et Kozarac est dans la

18 plaine.

19 Q. : Pouvez-vous vous rappeler la durée du bombardement, le nombre de

20 jours que Kozarac a été bombardée ? Etait-ce uniquement ce jour là,

21 le dimanche, ou le bombardement s'est-il poursuivi le lendemain ?

22 R. : Ils ont constamment bombardé Kozarac jusqu'à ce que la population se

23 rende.

24 Q. : Pouvez-vous me dire combien de jours le bombardement de Kozarac a

25 duré ?

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1 R. : Même après la capture de Kozarac ils ont continué de bombarder la

2 ville.

3 Q. : Quand vous êtes allé à Besici, êtes-vous resté dans une maison ou

4 êtes-vous resté à l'extérieur, dans les bois ?

5 R. : Non, j'étais dans une maison, dans une cave parce que c'est une

6 région vallonnée et il est facile de creuser une cave.

7 Q. : avait-il d'autres personnes avec vous dans cette cave ?

8 R. : Oui, il y avait d'autres personnes, ma famille, mes beaux-frères ou

9 belles-soeurs, des enfants. J'ai quatre frères; nous étions trois à

10 vivre à Kozarac et le quatrième habite à Zagreb.

11 Q. : Peut-on dire alors que ce bâtiment à Besici est une résidence de

12 votre famille, d'autres membres de votre famille ?

13 R. : Non, ils n'habitaient pas là. C'est une famille que nous

14 connaissions.

15 Q. : Avez-vous passé la première nuit dans cette cave, le dimanche que le

16 bombardement a commencé ?

17 R. : Non. je suis retourné à Kozarac. J'ai pris quelques possessions

18 personnelles dont j'avais un besoin urgent, mes sous-vêtements, mes

19 chemises ... et j'en ai vraiment eu besoin quand j'ai été blessé

20 parce que je m'en suis servi pour me panser la jambe. Je n'avais pas

21 de bandages ou choses de ce genre.

22 Q. : Donc, bien que Kozarac ait continué d'être bombardé le dimanche soir,

23 vous y êtes retourné pour prendre certains biens personnels, est-ce

24 exact ?

25 R. : Oui, les obus de mortier pleuvaient et je suis allé cherché quelques

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1 biens personnels.

2 Q. : Vous êtes donc allé les chercher cette première soirée. Avez-vous

3 passé cette nuit là à Kozarac ou êtes-vous rentré à Besici ?

4 R. : Je suis rentré à Besici.

5 Q. : Vous êtes retourné à l'endroit où vous aviez passé la journée du

6 dimanche, n'est-ce pas ?

7 R. : Oui.

8 Q. : Le lendemain, qui serait le lundi, êtes-vous resté à Besici, dans la

9 cave ?

10 R. : Oui, mais pas tout le temps. Je suis allé chercher des vivres et des

11 couvertures. Il y avait des femmes, des enfants des vieillards. Il y

12 avait un groupe nombreux de personnes. C'était terrible.

13 Q. : Durant cette journée du lundi, quand vous avez distribué des

14 couvertures et d'autres choses aux gens, le bombardement de Kozarac

15 continuait-il en contrebas ?

16 R. : Oui et pas simplement celui de Kozarac mais aussi des villes voisines

17 qui relèvent de Kozarac, habitées par une population musulmane et

18 croate. J'ai oublié de le mentionner.

19 Q. : Cette deuxième nuit, la nuit du lundi, êtes-vous resté à Besici ou

20 êtes-vous retourné à Kozarac durant la nuit ?

21 R. : Non, je suis resté à Besici. J'ai passé la nuit dans la cave. J'ai

22 dormi sur du foin ... je ne me souviens pas exactement, oui, du

23 foin. Naturellement, nous avions des couvertures. Je ne suis pas

24 rentré chez moi parce que j'avais peur ... nous avions peur des obus

25 parce qu'ils transperçaient les maisons. Il n'y avait pas une seule

Page 2923

1 maison qui n'avait pas été percée par un obus.

2 Q. : Le lendemain, qui serait le mardi, après avoir passé la nuit dans la

3 cave, êtes-vous resté à Besici ?

4 R. : Non, je suis rentré chez moi durant la matinée. A l'aube, j'ai nourri

5 mes oiseaux. Je ne me souviens pas exactement à quelle heure mais

6 c'était à l'aube. J'ai nourri mes oiseaux, je leur ai donné beaucoup

7 d'eau, beaucoup de graines, parce que je savais que je ne pourrais

8 pas revenir tous les jours pour les nourrir. Puis je suis retourné à

9 Besici avec du pain et des couvertures et d'autres articles parce

10 que les maisons en étaient remplies.

11 Q. : Oui. Vous seriez donc retourné alors à l'endroit où vous vous

12 trouviez auparavant à Besici, dans la cave, est-ce exact ?

13 R. : Non, je ne me souviens pas mais ce n'était pas seulement une cave ou

14 un groupe de personnes. Il y avait davantage de monde. Le groupe le

15 plus important se trouvait entre Kozarac, Kamenje; je suis également

16 allé apporter des vivres, des couvertures et je ne sais plus quoi

17 d'autre à ce groupe.

18 Q. : Il y aurait donc eu de très nombreuses personnes réfugiées dans les

19 collines et les bois derrière Kozarac, n'est-ce pas ?

20 R. : Oui.

21 Q. : Donc après avoir nourri vos oiseaux à l'aube, vous avez quitté

22 Kozarac et vous êtes retourné dans les collines et vous avez de

23 nouveau distribué les couvertures et les provisions que vous avez pu

24 emmener ?

25 R. : Oui.

Page 2924

1 Q. : Cette nuit là, la nuit du mardi, vous rappelez-vous si vous l'avez

2 passée dans la cave ou en un autre endroit ?

3 R. : Le mardi ?

4 Q. : Oui.

5 R. : Non, je ne me souviens pas.

6 Q. : Après que vous ayez nourri ...

7 R. : Je ne me souviens pas si Kozarac s'était déjà rendu à ce moment là,

8 si c'était mercredi ou non. Kozarac ne s'est rendu qu'après

9 plusieurs jours. 26 000 personnes ne peuvent pas quitter une ville

10 en une journée. C'est la raison pour laquelle je ne me souviens pas

11 du jour de la reddition de Kozarac.

12 Q. : Peut-être que si nous repassons la journée pas à pas, ce qui vous est

13 arrivé, nous pourrons peut-être l'identifier. Vous nous avez dit que

14 vous avez nourri vos oiseaux le mardi matin puis que vous avez

15 emmené des provisions pour les distribuer aux personnes réfugiées

16 dans les collines. Etes-vous retourné à Kozarac ce même jour où vous

17 avez nourri vos oiseaux dans la matinée ?

18 R. : Non, je ne me souviens pas mais je pense que j'étais à Kozarac le

19 mardi.

20 Q. : Oui.

21 R. : Non, je ne me souviens pas.

22 Q. : Donc quand vous avez nourri vos oiseaux à l'aube du mardi, vous leur

23 avez donné suffisamment de nourriture pour plusieurs jours, est-ce

24 exact ?

25 R. : Oui.

Page 2925

1 Q. : Etes-vous retourné voir vos oiseaux pour vous assurer qu'ils avaient

2 suffisamment de nourriture et d'eau ?

3 R. : Non, mais je suis retourné constamment à la maison pour voir les

4 oiseaux. Même après la reddition de Kozarac. Je retournais toujours

5 chez moi pour m'occuper des oiseaux, pas seulement des miens mais

6 aussi ceux de mon voisin.

7 Q. : Les choses que vous avez emmenées de votre maison le mardi matin pour

8 distribuer à d'autres personnes, il se serait agi des personnes

9 réfugiées dans les collines derrière Kozarac n'est-ce pas ?

10 R. : Oui.

11 Q. : Après cela, êtes-vous retourné voir les membres de votre famille ?

12 Les avez-vous vus ?

13 R. : Le mardi ?

14 Q. : Oui.

15 R. : Oui, j'ai vu mon jeune frère.

16 Q. : L'avez-vous vu dans la cave où vous aviez séjourné auparavant durant

17 le bombardement de Kozarac ?

18 R. : Non, il était sous les pierres et c'est la raison pour laquelle je

19 retournais souvent à cet endroit.

20 Q. : Après avoir vu votre jeune frère, avez-vous passé la nuit en dehors

21 de Kozarac dans les collines ?

22 R. : Oui, j'ai personnellement passé chaque nuit dans la cave ou pour la

23 majeure partie dans la cave ou dans les collines.

24 Q. : Quand vous dites que vous êtes retourné à Kozarac à la maison de

25 votre frère qui était proche de l'hôpital, était-ce le mercredi, le

Page 2926

1 jour après que vous ayez nourri les oiseaux dans la matinée ou

2 était-ce le même jour que celui où vous les avez nourris à l'aube le

3 mardi ?

4 R. : Non, je ne me souviens pas de la date de la reddition de Kozarac mais

5 quand Kozarac s'est rendue je suis allé voir mon frère.

6 Q. : Quand vous êtes allé à la maison de votre frère, étiez-vous seuls ou

7 étiez-vous accompagné par quelqu'un ?

8 R. : Non, j'étais seul.

9 Q. : La maison de votre frère est sur cette route qui va de l'église vers

10 l'hôpital, n'est-ce pas ?

11 R. : Oui, sur la gauche.

12 Q. : Pourrait-on examiner la photographie 222B et en placer une copie

13 devant le témoin ? La Cour n'en ont pas de copies si je comprends

14 bien ?

15 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Non, nous ne les avons pas encore mais si

16 vous le voulez on peut les montrer sur le rétroprojecteur si c'est

17 nécessaire ?

18 M. KAY : Oui, peut-on les présenter sur le projecteur ?

19 TEMOIN : La maison de mon frère était au-dessus de cette camionnette, la

20 première maison à gauche, au-dessus du tournant vers l'hôpital, la

21 première maison à gauche.

22 Q. : On peut voir une camionnette garée sur la route ?

23 R. : Oui.

24 Q. : Pouvez-vous nous dire à quelle distance de l'église se trouve cet

25 endroit ?

Page 2927

1 R. : 60, 70 mètres, je ne sais pas exactement. Je pense que c'est ce que

2 je vous ai dit.

3 Q. : C'est à peu près à mi-chemin sur la route entre l'église et

4 l'hôpital ?

5 R. : Non, c'est plus près de l'église.

6 Q. : Merci. Vous rappelez-vous à quel moment de la journée vous êtes allé

7 à la maison de votre frère ?

8 R. : C'était au début de l'après-midi.

9 Q. : Que se passait-il à Kozarac pendant que vous vous y trouviez à ce

10 moment là ?

11 R. : Tout le monde se dirigeait vers le point de rassemblement et c'est

12 une route qui est parallèle à la route Prijedor/Banja Luka, et cette

13 vieille route où se trouve l'église est parallèle - là où se

14 trouvent l'église et la maison - cette route est parallèle et c'est

15 la vieille route. Et celle-ci au-dessous est la nouvelle route et

16 elle est parallèle à cette route qui va à Prijedor ou à Banja Luka.

17 Q. : Peut-être que si vous examinez le plan 220 vous pourriez nous montrer

18 l'endroit où se trouvait le point de rassemblement. Peut-on placer

19 le plan sur le projecteur ? Vous pouvez voir que sur ce plan ...

20 R. : Oui, le point de rassemblement est ... voici le point de

21 rassemblement, les gens étaient dirigés vers Prijedor de tout

22 Kozarac.

23 Q. : La route que vous venez d'indiquer, sur laquelle se trouve le point

24 de rassemblement, est-ce la nouvelle route Banja Luka/Prijedor ?

25 R. : Oui, la nouvelle route Prijedor/Banja Luka.

Page 2928

1 Q. : Comment saviez-vous qu'il s'agissait du point de rassemblement où

2 tout le monde devait se réunir ?

3 R. : C'est parce que je l'ai vu personnellement. J'étais à la scierie,

4 l'entreprise où je travaillais. Elle est située au-dessous du champ

5 et à proximité de la route.

6 Q. : Si vous pouviez indiquer sur cette carte l'endroit où se trouve la

7 scierie ? Pouvez-vous le faire avec la baguette ?

8 R. : La scierie est ici. C'est l'endroit où elle se trouve. C'est ... il

9 n'y a qu'une maison entre le champ et la scierie. Cette maison se

10 situe à côté et du champ et de la scierie.

11 Q. : Etes-vous descendu vers la scierie ?

12 R. : Oui, je suis allé à la scierie, oui. Je suis allé l'examiner.

13 Q. : A quel moment êtes-vous allé à la scierie après vous être rendu à la

14 maison de votre frère ?

15 R. : Non, je ne me souviens pas à quel moment je me trouvais à la scierie

16 mais je sais que j'y étais parce que j'ai pris de nombreuses boîtes

17 de conserves provenant d'un entrepôt qui avait été bombardé. Les

18 boîtes jonchées toute la route. C'est probablement ce qui m'a sauvé

19 la vie.

20 Q. : Je vous parle du moment où vous êtes allé à Kozarac et à la maison de

21 votre frère. Vous m'avez dit que c'était au début de l'après-midi,

22 est-ce exact ?

23 R. : Oui.

24 Q. : Vous m'avez dit que les gens se rendaient vers un point de

25 rassemblement et vous avez montré que ce point se trouvait ..

Page 2929

1 R. : Oui.

2 Q. :..sur la nouvelle route de Banja Luka ?

3 R. : Oui.

4 Q. : Je vous ai demandé comment vous saviez qu'il s'agissait du point de

5 rassemblement et vous nous avez répondu que vous pouviez le voir

6 quand vous êtes descendu à la scierie qui est l'endroit où vous

7 travailliez.

8 R. : Oui, mais je n'étais pas à la scierie le jour où je me trouvais à

9 proximité de l'église. Je ne me souviens tout simplement pas de la

10 date parce que, comme je l'ai dit, la reddition de Kozarac ne

11 pouvait pas se faire en une seule journée. Cela a pris plusieurs

12 jours. Je ne me souviens pas du nombre de jours parce que j'étais

13 blessé. Je ne me souviens pas.

14 Q. : Retournons donc une étape en arrière. Vous pouvez peut-être réfléchir

15 de nouveau et me dire comment vous saviez le jour où vous êtes allé

16 à la maison de votre frère que des gens se rendaient au point de

17 rassemblement sur la nouvelle route de Banja Luka ?

18 R. : On le savait parce que tout le monde en parlait, les gens allaient

19 dans toutes les directions et cétait le chaos généralisé. Les gens

20 ne savaient pas quoi faire. Tout le monde s'agitait dans toutes les

21 directions. C'était le chaos absolu. Certaines personnes rentraient

22 le soir, d'autres descendaient. Les autocars ne pouvaient pas

23 emmener tout ce monde. J'étais désespéré mais je savais que tout le

24 monde se dirigeait vers Prijedor.

25 Q. : Mais vous ne vous trouviez pas dans les artères principales, n'est-ce

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1 pas ?

2 R. : Non, je n'ai pas emprunté les rues principales. Kozarac a de

3 nombreuses petites rues, des cours permettant d'aller de maison en

4 maison et c'est essentiellement ce que j'ai fait. Il m'est arrivé

5 d'emprunter la grande rue. Je ne prêtais aucune attention à la

6 possibilité d'être tué ou de survivre.

7 Q. : Mais quand vous vous êtes déplacé dans Kozarac le jour où vous êtes

8 allé à la maison de votre frère, vous étiez seul n'est-ce pas ?

9 R. : Oui, j'étais seul.

10 Q. : Avez-vous rencontré et parlé avec d'autres personnes à Kozarac

11 pendant que vous vous trouviez à Kozarac ?

12 R. : Non, comme je l'ai dit, Kozarac était en train de tomber, des

13 milliers de personnes se rendaient, mais je n'ai parlé à personne.

14 Je sais que je cherchais ma famille, mon frère qui n'est plus parmi

15 nous.

16 Q. : Empruntiez-vous les cours et les jardins à l'arrière des maisons

17 ainsi que les petites rues parce que vous ne vouliez pas qu'on vous

18 voie, vous ne vouliez pas être capturé ?

19 R. : Non, parfois des chars ou des voitures blindées passaient. Je ne sais

20 pas comment on les appelle, les véhicules blindés, qui traversaient

21 Kozarac et je devais partir mais je ne voulais pas abandonner mon

22 peuple. Je continue de l'aimer aujourd'hui.

23 Q. : Pour quelle raison n'êtes-vous pas allé au point de rassemblement sur

24 la route, pourquoi avez-vous choisi de ne pas y aller ?

25 R. : Je ne sais pas. Quelque chose s'est passé en moi, quelque chose a

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1 craqué et je me suis dit : "je ne vais pas y aller".

2 Q. : Les gens se déplaçaient-ils en convoi ou en groupes dans les rues de

3 Kozarac vers le point situé, avez-vous dit, sur la route de Banja

4 Luka ?

5 R. : Oui, le gens empruntaient tous les moyens de transport possibles,

6 automobiles, tracteurs, camions, à pied, charrettes, tombereaux,

7 personnes âgées, enfants et Dieu sait quoi.

8 Q. : Les avez-vous vus se déplacer ainsi le jour où vous êtes allé à la

9 maison de votre frère ?

10 R. : Oui. La population a pris de nombreux jours à se rendre. Je ne sais

11 pas combien mais de nombreux jours.

12 Q. : avait-il un point de rassemblement devant léglise ?

13 R. : Non, je ne le saurais pas. Je ne pense pas.

14 Q. : Quand vous empruntiez les cours et les jardins et que vous descendiez

15 vers le verger après être allé à la maison de votre frère, vous avez

16 dit que vous pouviez clairement voir l'église de l'endroit où vous

17 vous trouviez dans le verger ?

18 R. : Oui. Je pouvais voir l'église clairement, trop clairement, parce

19 qu'il y avait des feuilles partout. L'herbe faisait un mètre, un

20 mètre et demi de haut. La haie, les branches des pruniers allaient

21 jusqu'au sol. Je pouvais me déplacer à loisir et personne ne pouvait

22 vraiment me voir.

23 Q. : Ces choses vous empêcheraient également de voir clairement s'il vous

24 fallait regarder à travers l'herbe ou les arbres, les branches, les

25 haies ?

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1 R. : Non. Je ne bougeais pas à ce moment là. J'avais trouvé un endroit et

2 j'avais une bonne vue. Personne ne faisait attention à moi mais

3 seulement à la police.

4 Q. : Combien de temps êtes-vous resté à cet endroit dans le verger ?

5 R. : Pas longtemps. L'incident a eu lieu peut-être quelques minutes après

6 mon arrivée. Je n'avais pas de montre alors ...

7 Q. : Etes-vous parti immédiatement après l'incident ?

8 R. : Oui, je suis parti quand ils ont commencé à tirailler partout. Ce

9 n'est pas vraiment un verger. Il s'agit de pruniers. Je l'appelle un

10 verger parce Kozarac est entouré d'arbres fruitiers.

11 Q. : L'endroit où vous vous êtes mis dans ce verger se trouve au bout de

12 la rue une fois passées les maisons, est-ce exact ?

13 R. : Derrière les maisons, non. Devant la maison qui surplombe le

14 cimetière et l'église.

15 Q. : Il n'y avait pas de maison entre vous et le verger et l'église ?

16 R. : Non, il y avait une route.

17 Q. : Vous aviez couvert une distance considérable par rapport à la maison

18 de votre frère, n'est-ce pas ?

19 R. : Oui, pendant que je marchais vers l'église.

20 Q. : Combien de maisons environ auriez-vous passées pour aller de la

21 maison de votre frère au verger qui se trouve au bout de la rue ?

22 R. : Je dirais six; je ne connais pas le nombre exact mais je pense qu'il

23 y en a six, je ne suis pas certains. Six.

24 Q. : Pouvez-vous nous dire quelle est la distance entre la maison de votre

25 frère et le verger où vous vous trouviez; à quelle distance se

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1 trouvait-il ?

2 R. : Quelque 50 ou 60 mètres, je n'ai jamais mesuré.

3 Q. : Il n'y avait pas de point de rassemblement à l'église qui aurait pu

4 bloquer votre vue ?

5 R. : Non, ce n'était pas un point de rassemblement mais les gens passaient

6 devant.

7 Q. : Il n'y avait pas de rassemblement de Musulmans à cet endroit ?

8 R. : Non, sauf la police.

9 Q. : Les seules personnes qui se trouvaient alors en cet endroit près de

10 l'église étaient donc la police et les troupes serbes ou les membres

11 de groupes paramilitaires serbes, est-ce exact ?

12 R. : Oui.

13 Q. : Vous avez mentionné aujourd'hui un groupe de civils passant dans la

14 rue ?

15 R. : Oui, mais les soldats avaient des fusils. Ils pointaient les fusils

16 sur les civils. Ils devaient tourner la tête et passer près de

17 l'église; ils se dirigeaient vers Krkici et allaient rapidement vers

18 la route principale, la route Banja Luka/Prijedor.

19 Q. : Combien de policiers musulmans se trouvaient près de l'église ?

20 R. : Six environ, je pense qu'ils étaient six.

21 Q. : Quel était le nombre des autres personnes présentes ?

22 R. : Non, il n'y avait personne d'autre que la police, la police et les

23 soldats serbes.

24 Q. : Combien de policiers et de soldats serbes y avait-il ?

25 R. : A ma connaissance, quand je les ai vus, il y avait six policiers et

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1 des soldats serbes ... je ne sais pas, une quinzaine. Je ne les ai

2 pas comptés.

3 Q. : Donc pas un groupe d'une cinquantaine de personnes ?

4 R. : Que voulez-vous dire ?

5 Q. : Près de l'église ?

6 R. : Oui, les gens n'avançaient pas en groupes. Ils formaient des

7 colonnes, familles après familles, voisins suivant les pas de leurs

8 voisins. Ils se tenaient presque par la main. Ils avançaient sur un

9 très large front.

10 Q. : Vous souvenez-vous avoir fait une déclaration sur ces questions à

11 l'Accusation l'an dernier, le 4 mai 1995 ?

12 R. : Oui, je m'en souviens.

13 Q. : Vous avez été interrogé par un homme par l'intermédiaire d'une

14 interprète appelée Aida, vous en rappelez-vous, Aida Jahic ?

15 R. : Je pense.

16 Q. : Vous souvenez-vous qu'après votre interrogatoire, ils vous ont relu

17 votre déclaration dans votre langue ?

18 R. : Oui.

19 Q. : Vous rappelez-vous avoir signé un certificat à ce sujet ?

20 R. : Oui, je m'en souviens.

21 Q. : Aimeriez-vous voir une copie de cette déclaration dans votre langue,

22 le serbo-croate ?

23 R. : Oui, si c'est nécessaire.

24 Q. : Oui. J'aimerais attirer votre attention sur quelque chose figurant

25 dans cette déclaration. Je présente ce document au témoin, Madame la

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1 Présidente, comme la pièce 14 de la Défense, je crois. (La pièce à

2 conviction 14 de la Défense est remise au témoin).

3 C'est une copie de la déclaration dans votre langue qui a été

4 fournie dans cette forme. Si vous passez à la page suivante,

5 M. Seferovic, vous verrez que le premier paragraphe présente des

6 détails personnels sur votre résidence à Kozarac; le deuxième

7 paragraphe intéresse les contacts que vous avez eus concernant votre

8 témoignage devant ce Tribunal; le troisième paragraphe porte sur le

9 dimanche 24 mai 1992. Voyez-vous ce paragraphe ? Pouvez-vous voir ce

10 paragraphe ?

11 R. : Oui. Je pense que l'attaque contre Kozarac et les villages voisins a

12 commencé le dimanche 24, ou le 25 mai 1992.

13 Q. : Exact. Je n'ai pas besoin d'examiner ce paragraphe avec vous mais je

14 vous demanderais seulement d'examiner celui qui suit, ce serait le

15 quatrième paragraphe, sur la même page. Si vous pouviez revenir une

16 page en arrière et lire ce long paragraphe qui y commence ?

17 R. : Le deuxième ?

18 Q. : Le dernier paragraphe où vous voulez raconter un incident spécifique.

19 Lisez le. Avez-vous pu lire tout ce paragraphe sur cette page ?

20 R. : Est-ce que je peux le lire ? Non, je n'ai jamais lu ce paragraphe

21 jusqu'à maintenant.

22 Q. : C'est un paragraphe qu'on a du retraduire dans votre langue le jour

23 où vous avez été interrogé et que vous avez donné une déclaration

24 aux enquêteurs.

25 R. : Oui, j'ai donné ... j'ai bien fait cette déclaration.

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1 Q. : Avez-vous déclaré que la maison de votre frère se trouvait à une

2 centaine de mètres de l'église orthodoxe serbe dans le centre de

3 Kozarac ?

4 R. : C'est possible et il est possible que ce soit la distance. J'ai dit

5 que je ne l'avais jamais mesurée; c'est possible.

6 Q. : Avez-vous déclaré que vous avez couvert seulement une trentaine de

7 mètres entre la maison de votre frère et un petit verger ?

8 R. : Non, j'ai dit que la maison était à une trentaine de mètres ou plus

9 du verger à l'église. C'est ce que j'ai dit.

10 Q. : Avez-vous dit que vous vous déplaciez à proximité d'un point de

11 rassemblement ?

12 R. : Non.

13 Q. : Parce que je suggère que vous avez fabriqué cette histoire concernant

14 l'incident que vous auriez vu dans l'après-midi à Kozarac devant

15 l'église orthodoxe serbe ?

16 R. : Non, je ne l'ai pas inventé. Je l'ai vu de mes propres yeux.

17 Q. : Quand vous dites que les policiers musulmans étaient alignés,

18 étaient-ils contre le mur de l'église ?

19 R. : Je le pense, mais on pouvait les voir tous. Ils étaient sur mon côté

20 de sorte que je pouvais surtout les voir plus ou moins de profil.

21 Q. : Si nous regardons la photographie 222A - si une copie pouvait être

22 placée sur l'écran par le témoin - vous dites que cette photographie

23 ici montre le verger où vous vous dissimuliez ?

24 R. : Oui, c'est le petit verger. J'ai toujours dit que Kozarac est

25 complètement couvert d'arbres fruitiers, je l'ai toujours dit et je

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1 le répète aujourd'hui.

2 Q. : Dans ce petit morceau de terrain, nous avons de très nombreux arbres,

3 n'est-ce pas ?

4 R. : Oui.

5 Q. : Non seulement cela, une haie touffue entoure complètement le terrain,

6 n'est-ce pas ?

7 R. : Oui.

8 Q. : Il y a quelque six ou sept maisons après celle de votre frère, peut-

9 être plus ?

10 R. : Six maisons à partir de celle de mon frère dans la direction de

11 l'hôpital, vers l'hôpital, à compter de cette première maison ici.

12 Q. : Si vous n'avez parcouru que 30 mètres à partie de la maison de votre

13 frère, vous vous trouveriez encore parmi ces maisons n'est-ce pas ?

14 R. : Non, non je n'ai pas dit cela. J'ai dit que j'avais parcouru une

15 trentaine de mètres par rapport à la maison de mon frère.

16 Q. : Mais si vous n'aviez parcouru que cette distance, n'est-il pas exact

17 que vous vous trouveriez toujours parmi les maisons dans cette rue

18 qui mène de l'église à l'hôpital, est-ce exact ?

19 R. : Je ne comprends pas très bien la question.

20 Q. : Si vous n'avez parcouru que 30 mètres à partir de la maison de votre

21 frère, vous vous trouveriez encore parmi ces maisons dans la rue ?

22 R. :Non, mais je ne descendais pas la rue et je n'ai pas dit que je

23 n'avais couvert que 30 mètres parce que la distance est plus grande

24 que cela. Il y a six maisons entre celle de mon frère et cette

25 maison devant, et je me tenais ici devant cette maison, et ces

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1 arbres fruitiers et les haies. Et à cette époque, le feuillage était

2 dense alors qu'ici les feuilles sont tombées.

3 Q. : Oui, et c'est la raison pour laquelle je suggère que vous n'auriez

4 pas pu voir clairement les événements se déroulant dans le

5 cimetière ?

6 R. : Oui, mais j'avais choisi un excellent endroit. J'étais à environ six

7 ou sept mètres devant la maison.

8 Q. : Il y avait donc des soldats qui ordonnaient aux ...

9 R. : Où ?

10 Q. : ... civils musulmans de ne pas regarder ce qui se passait et vous

11 avez été suffisamment brave pour le faire ?

12 R. : Non, ils ne parlaient pas, ils brandissaient seulement leurs fusils

13 et les agitaient pour indiquer qu'il fallait avancer dans la

14 direction de Krkici.

15 Q. : Combien de personnes avançaient donc sur cette route entre le

16 cimetière et le verger ?

17 R. : De 40 à 60 personnes. Je ne sais pas. Je ne les ai pas comptées. Je

18 n'avais pas le temps de les compter. Je ne prêtais pas attention aux

19 gens qui passaient. Mon attention était concentrée sur ce qui se

20 passait devant l'église.

21 Q. : Vous n'êtes resté à cet endroit que quelques minutes, est-ce exact ?

22 R. : Non, je n'ai pas dit que j'y suis resté plusieurs minutes. Je suis

23 arrivé quelques minutes avant le meurtre des policiers de Kozarac.

24 Q. : Vous dites qu'après avoir assisté au meurtre, vous êtes parti

25 rapidement ?

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1 R. : Après le meurtre, ils ont commencé cette fusillade intensive. Je ne

2 sais pas d'où ou contre qui mais les balles sifflaient partout. Je

3 me suis donc replié derrière la maison et je suis parti vers la

4 colline de Besici à Kozarac.

5 Q. : C'est donc exact quand je vous dis que vous n'êtes resté en cet

6 endroit que quelques minutes ?

7 R. : Non. J'ai dit que je suis arrivé plusieurs minutes avant l'incident.

8 Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, je n'ai pas fait

9 attention, mais il m'a semblé que ça n'en finissait pas quand j'ai

10 vu toutes ces provocations, les meurtres, les fusillades et, je ne

11 sais pas, je ne sais pas ce que j'ai fait. Je suis simplement parti

12 dans l'autre direction. J'étais désespéré et je suis parti.

13 Q. : Tout meurtre qui se serait déroulé de la façon que vous avez décrite

14 aurait été caractérisé par une perte de sang considérable, est-ce

15 exact ? Vous dites qu'on a tranché la gorge aux deux hommes ?

16 R. : Oui. C'était dans la région du cou. Qu'ils aient été assassinés ou

17 non, je ne sais pas mais oui, le sang giclait partout.

18 Q. : C'est votre description des événements. Vous dites qu'Osman a eu la

19 gorge tranchée et qu'il a été poignardé à plusieurs reprises.

20 R. : Oui. Oui, je n'ai pas compté le nombre de fois ...

21 Q. : Et si ...

22 R. : ... mais je l'ai vu.

23 Q. : Si la même chose est arrivée à Edin, comme vous dites, on lui a aussi

24 tranché la gorge ?

25 R. : La même chose est arrivée à Edin. J'ai vu un coup donné vers le haut

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1 puis la confusion la plus totale a commencé avec cette fusillade. Je

2 me suis dit que j'étais désespéré. Je suis resté quelques instants

3 de plus puis je suis parti.

4 Q. : Alors, la gorge d'Edin a-t-elle aussi été tranchée ?

5 R. : J'ai vu un coup donné vers la haut. Bien sûr que sa gorge a aussi été

6 tranchée.

7 Q. : Avez-vous vu le sang gicler lors de ces deux attaques ?

8 R. : Oui, j'ai vu le sang. Evidemment on pouvait voir le sang. Quand la

9 fusillade a commencé, je suis resté sur place un instant puis je

10 suis parti. Je n'avais plus le temps de continuer à regarder; ce

11 n'était pas vraiment une question de temps mais je ne pouvais plus

12 supporter de regarder.

13 Q. : Quand vous dites que M. Tadic a commis ces actes parmi le groupe de

14 policiers serbes aux policiers musulmans, a-t-il saisi Osman par

15 derrière ou par devant ?

16 R. : Oui, Osman et Edin se tenaient côte à côte. Je crois qu'Osman se

17 trouvait derrière Edin. Il l'a saisi et l'a tiré vers lui, il l'a

18 tiré vers lui et il lui a asséné les coups.

19 Q. : Les coups ont donc été portés sur le devant du corps d'Osman dans la

20 région du cou ?

21 R. : Oui.

22 Q. : Et le sang aurait alors giclé vers l'avant ?

23 R. : Oui, naturellement.

24 Q. : On pourrait donc s'attendre à ce qu'une personne qui aurait commis un

25 tel acte soit couverte de sang ?

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1 R. : Je pense que oui, parce que les vaisseaux sanguins sont nombreux dans

2 la régions du cou. Je crois que beaucoup de sang, une grande

3 quantité de sang a giclé.

4 Q. : Vous dites que, originellement, Osman était derrière Besic ?

5 R. : Je crois que oui. Edin était le plus visible parce qu'il était très

6 fort.

7 Q. : Quand vous dites que Esek a été tué à coups de couteau par M. Tadic,

8 l'a-t-il saisi de l'avant ?

9 R. : Edin, pas Esek. Oui, le coup était aussi dirigé vers le haut et je

10 pense qu'il a fait la même chose à Edin. Ils ont ensuite déclenché

11 une vive fusillade et j'ai déclaré cent fois et je le répéterais

12 cent fois que j'étais sous le choc. Je suis resté là quelques

13 secondes, j'ignore combien de temps, puis je suis parti.

14 Q. : Combien de temps après le passage du groupe de civils sur la route

15 est-ce que cet incident a eu lieu ?

16 R. : Tout cela n'a pris que quelques minutes. On pouvait encore voir les

17 civils sur la route en train de se diriger vers Krkici.

18 Q. : C'est à un moment où de nombreuses personnes, des milliers de

19 personnes, se déplaçaient autour de Kozarac pour se rendre au point

20 de rassemblement ?

21 R. : Oui.

22 Q. : Pour que ce soit bien clair, je suggère que vous avez fabriqué cette

23 histoire de toutes pièces; vous n'avez jamais vu cet incident ?

24 R. : Non, je ne l'ai pas inventé. Je l'ai vu de mes propres yeux et c'est

25 ce que j'affirme.

Page 2942

1 M. KAY : Merci. Pas d'autres questions, Madame la Présidente.

2 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : M. Tieger ?

3 M. TIEGER : Merci, Madame la Présidente.

4 (Nouvel interrogatoire par M. Tieger)

5 Q. : M. Seferovic, permettez-moi d'évoquer brièvement avec vous cette

6 déclaration à propos de laquelle M. Kay vient de vous interroger.

7 Tout d'abord, quand vous avez parlé avec l'enquêteur du Tribunal,

8 vous a-t-il montré des photos de l'endroit où se trouvait la maison

9 de votre frère ou l'église ?

10 R. : Non, il n'avait aucune photographie.

11 Q. : Avait-il une carte de l'endroit ...

12 R. : Oui.

13 Q. : Avait-il des photographies de l'endroit ?

14 R. : Non, il n'avait pas de carte. Il avait uniquement cette photo qui est

15 sur l'écran.

16 Q. : La personne qui est venue vous voir en 1995 ?

17 R. : Non, il n'avait rien.

18 Q. : Permettez-moi donc de passer tout cela en revue très rapidement en

19 utilisant les photographies et la carte que nous avons maintenant.

20 Peut-on replacer 220 sur l'écran ? Pouvez-vous désigner de nouveau

21 l'endroit où se trouvait le point de rassemblement sur la route

22 Prijedor/Banja Luka pour la Cour ?

23 R. : Vers Prijedor, tout le monde se rassemblait à ce point ici, de

24 partout puis ils étaient envoyés vers Prijedor.

25 Q. : Pouvez-vous désigner de nouveau l'endroit où se trouvait la maison de

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1 votre frère ?

2 R. : (Le témoin désigne l'endroit).

3 Q. : Et l'église est entre les deux ?

4 R. : Elle était plus proche de l'église que de l'hôpital.

5 Q. : L'église se trouve donc entre la maison de votre frère et le point de

6 rassemblement, est-ce exact ?

7 R. : Non, j'ai dit que la maison de mon frère est entre l'église et

8 l'hôpital.

9 Q. : C'est exact, mais quand vous passez la maison de votre frère pour

10 aller vers l'église, cela vous rapproche aussi du point de

11 rassemblement, n'est-ce pas ?

12 R. : Non, j'étais plus près de la maison qui est juste devant l'église.

13 Q. : Bien. Reprenons tout cela une étape à la fois. Si nous examinons la

14 carte dont nous disposons maintenant, nous pouvons voir que la

15 maison de votre frère est dans la rue entre l'hôpital et l'église,

16 est-ce exact ?

17 R. : Oui.

18 Q. : Vous vous êtes rapproché de l'église ?

19 R. : Oui.

20 Q. : Bien. Si on continue, par exemple, en descendant ce sentier qui passe

21 près de l'église ...

22 R. : Oui, nous arriverions à la vieille route entre Prijedor et Banja Luka

23 et cette route servait d'autre ... on l'utilisait pour les mêmes

24 raisons que les autres routes à Kozarac.

25 Q. : Bien. C'est en bas de cette route au croisement que se trouvait le

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1 point de rassemblement ?

2 R. : Au croisement qui était un tournant près du champ et de la scierie et

3 menait à la grande rue, la route principale entre Prijedor et Banja

4 Luka.

5 Q. : Bien sûr, l'église est plus proche de ce point que la maison de votre

6 frère ?

7 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : M. Tieger, je ne veux pas vous interrompre

8 mais il est un peu plus de 17 heures 30 et nous devons nous ajourner

9 rapidement aujourd'hui. Combien de temps vous faut-il avec ce

10 témoin ? C'est le weekend et je sais que vous aimeriez le renvoyer

11 chez lui.

12 M. TIEGER : J'aimerais vraiment y parvenir Madame la Présidente et je vais

13 essayer de couvrir ce terrain rapidement. Je ne connais pas le

14 calendrier de la Cour. Je suppose que vous me donneriez cette marge

15 de manoeuvre à moins de quelque chose d'urgent. J'aimerais pouvoir

16 continuer si c'est possible.

17 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Bien, 10 minutes.

18 M. TIEGER : Merci.

19 Monsieur, la question était : l'église est plus proche du point de

20 rassemblement que la maison de votre frère ?

21 R. : Non, l'église est plus proche de la maison de mon frère.

22 Q. : Bien, merci monsieur. Vous dites dans votre déclaration que, à partir

23 de la maison de votre frère :"...je me suis rapproché du point de

24 rassemblement". Pourriez-vous regarder le libellé de cette

25 déclaration.

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1 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : On supposera que c'est bien ce que dit la

2 déclaration.

3 M. TIEGER : Merci, Madame la Présidente.

4 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Parfait, monsieur, vous n'avez pas besoin de

5 l'examiner.

6 M. TIEGER : Monsieur, avez-vous également dit à l'enquêteur du Tribunal

7 que vous cherchiez à vous mettre en sécurité et à vous réfugier dans

8 un petit verger ?

9 R. : Oui.

10 Q. : Lui avez-vous également dit que, de cet endroit dans le verger, vous

11 aviez une vue ininterrompue de l'activité se déroulant devant

12 l'église serbe ?

13 R. : Oui.

14 Q. : C'est la vue que vous aviez à partir de l'endroit que vous nous avez

15 montré dans la photo, est-ce exact ?

16 R. : Oui.

17 Q. : De cet endroit vous avez observé une quinzaine de membres de

18 formations paramilitaires serbes, environ 6 policiers musulmans et

19 aussi des civils qui passaient, est-ce exact ?

20 R. : Oui, c'est exact.

21 Q. : Bien. Vous n'aviez pas de photographie de sorte que vous ne pouviez

22 pas montrer au représentant du Tribunal exactement où se trouvaient

23 les policiers ou exactement où se trouvaient les troupes

24 paramilitaires serbes, n'est-ce pas ?

25 R. : Non, je n'en avais pas.

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1 Q. : Mais vous nous avez montré sur la carte aujourd'hui, est-ce exact ?

2 R. : Oui. Oui et je suis très confiant à ce sujet.

3 Q. : Vous avez également pu, en utilisant les photographies, expliquer

4 exactement où les civils étaient en train de passer sur la route ?

5 R. : Oui.

6 Q. : Très bien. Vous avez dit au représentant du Tribunal, n'est-ce pas,

7 que vous avez vu une cinquantaine de personnes au total : six,

8 environ six policiers musulmans, environ 15 soldats paramilitaires

9 serbes et le reste était constitué de civils musulmans, est-ce

10 exact ? C'est ce que vous leur avez dit et c'est ce qui figure dans

11 votre déclaration ?

12 R. : Les civils musulmans passaient près de l'église quand les policiers

13 musulmans se tenaient dans le cimetière de l'église. C'est ce que

14 j'ai dit et je suis affirmatif à ce sujet.

15 Q. : C'est ce que vous lui avez dit et c'est ce qui figure dans cette

16 déclaration - vous avez observé une cinquantaine de personnes au

17 total, y compris six policiers musulmans etc. Puis vous avez aussi

18 expliqué dans la déclaration ...

19 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Est-ce exact monsieur ? Avez-vous vu une

20 cinquantaine de personnes au total, civils, officiers de police,

21 serbes en tenues paramilitaires ?

22 R. : J'ai dit que je n'avais pas compté les personnes qui passaient. J'ai

23 dit que j'avais vu les gens. C'est impossible de compter les gens

24 pendant une guerre.

25 M. TIEGER : Bien. Puis vous avez décrit au représentant du Tribunal la

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1 façon dont Dule Tadic a tué les deux policiers, de la façon dont

2 vous l'avez décrit ici devant la Cour, et c'est ce qui apparaît dans

3 la déclaration, n'est-ce pas ?

4 R. : Oui.

5 M. TIEGER : C'est tout, Mme le Président.

6 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : M. Kay ?

7 M. KAY : Mme le Président, pas d'autres questions pour le témoin.

8 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Vous n'avez pas d'autres questions ?

9 M. KAY : Non.

10 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Bien. Y a-t-il des objections à ce que

11 M. Seferovic soit libéré de façon permanente ?

12 M. KAY : Non, Madame la Présidente.

13 M. TIEGER : Excusez-moi, Madame la Présidente, avant qu'il soit libéré,

14 deux points très rapides. Je crois comprendre que 221 est marqué et

15 versé comme élément de preuve, est-ce exact ? C'est le document à

16 propos duquel nous avons eu un petit échange sur la façon de le

17 marquer et je veux être certain qu'il l'est.

18 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : M. Bos, est-il versé comme élément de

19 preuve ? Oui.

20 M. TIEGER : Comme marqué. Bien. Je ne crois pas qu'à aucun moment ... je

21 pense que le procès verbal devrait mentionner que l'accusé a

22 identifié le témoin que nous ...

23 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Ne l'ai-je pas dit ?

24 M. TIEGER : Non.

25 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Le procès-verbal reflètera que M. Seferovic a

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1 identifié l'accusé.

2 M. TIEGER : Merci, Madame la Présidente.

3 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : La pièce à conviction 14 de la Défense a été

4 marquée aux fins d'identification et je crois comprendre que vous ne

5 voulez pas la verser au procès-verbal ?

6 M. KAY : Je ne l'ai pas versée au dossier.

7 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE : Très bien. Y a-t-il d'autres questions

8 maintenant ? Toutes les pièces à conviction sont-elles marquées,

9 M. Bos, comme élément de preuve sauf pour la pièce 14 de la

10 Défense ? Très bien. M. Seferovic, vous êtes libéré de façon

11 permanente. Vous pouvez partir, Merci d'être venu témoigner. Vous

12 pouvez partir maintenant.

13 Je rappelle aux Conseils que nous commencerons mardi à 11 heures 30

14 parce que nous avons deux comparutions initiales à régler avant de

15 poursuivre ce procès. La Cour s'ajourne jusqu'à mardi 11 heures 30.

16 (Ajournement de la Cour jusqu'au mardi 18 juin 1996)

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